‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 13 sur 43 · LX · texte numérisé non relu

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civil voulait gagner en autorité et se constituer gardien de tous les intérêts réguliers et pacifiques audessus des gens de guerre et des capitaines exigeants et peu sûrs (t. Iï, p. 71-72).

Abbevilie qui n'a pas adhéré, ainsi qu'on le devine par ce qui précède, à l'organisation d'une chambre du conseil trop puissante au profit d'Amiens, ne se refuse pas cependant, ainsi qu'on l'a vu aussi déjà, à l'établissement d'une véritable représentation de la province. Les délibérations de mars 1589 sont explicites à cet égard. Abbevilie admet bien la création d'une chambre des états de la province de Picardie, mais voici les conditions qu'elle désire pour cette représentation à la fois délibérante et dirigeante dans toute l'étendue de la province (1). Les députés des trois ordres aux états de la province de Picardie « ne pourront convenir et accorder aulcunes levées de deniers » ni décider « autres choses de conséquence » important au bien commun du pays sans en référera leurs commettants, ce qu'ils pourront commodément faire, est-il supposé. Il est remis à la prudence des députés du Ponthieu de décider s'ils

«orption autoritaire de la chambre des estats ou d'Amiens. Elle entend rester maîtresse de ses actes, apprécier elle-même, mesurer seule retendue de ses sacrilices.

(1) 11 y a eu le même jour, 30 mars, pour la rédaction des avis, assemblée des trois, ordres à Saint-Pierre sans doute, et assemblée du tiers-état à l'échevinage.

avoueront indifféremment tout ce qui a été fait jusqu'alors par l'assemblée d'Amiens. « Le tiers-estat est d'avis que la Chambre soit composée de nombre esgal de deppulés de chacun bailliage et séneschaulcée »> (t. II, pp. 97-100) (1).

Ces résolutions arrêtées le 30 mars ont été portées en avril, par le gouverneur de la ville et par le maïeur, à l'assemblée générale des états de la province de Picardie, réunie à Amiens. L'accord n'a pu se faire. Abbeville se replie, se renferme dans son indépendance. Nous saisissons en effet bientôt de nouvelles résolutions qui constatent toujours la résistance. Les rapports ne sont pas cependant rompus entre l'échevinage d'Abbeville et la Chambre du Conseil d'Amiens, mais Abbeville, qui s'est toujours réservée envers cetle Chambre, se refusera encore à la reconnaître comme légitime. Les rapports subsistants n'impliquent donc ni abdication ni même soumission confiante de la part d'Abbeville; bien au contraire, Abbeville correspond désormais de préférence avec l'échevinage d'Amiens , même sur des questions posées par la Chambre des Etats. Abbeville tient bon particulièrement sur les questions de finance. Le 14 avril encore une assemblée générale décide qu'il sera fait requeste à Mgr de Mayenne et messieurs

(1) La fin de ces curieux avis manque malheureusement. Trois pages qui (levaient les recevoir sont restées blanches dans le registre de l'échevinage.

du Conseil général de l'Union de Paris et Nosseigneurs du Parlement « de régler le point de la chambre provincialle de ceslc province s'ils trouvent expédient qu'il y en ait une, sur les considérations qui seront remonstrées ausd. Seigneurs, pour lesquelles il a . semblé à la présente assemblée que lad. chambre provincialle n'estoit nécessaire » (t. H, pp. 101- 104). Ainsi, par un travail de jalousie communale, Abbeville en est venue, en quinze jours, à ne plus vouloir de Chambre de la province, ou, du moins, à ne plus vouloir de celle qui délibère sous ce nom, ou en cette qualité, à Amiens, et dont elle persiste à contester les droits.

Ce n'est pas, cependant, que la Chambre « des eslats de Picardie » ne tienne parfois, de son côté, un langage presque moderne. Leurs députés, adjurant un jour Messieurs d'Abbeville, emploient des mots que l'on croirait en avance de deux cents ans ; ils invoquent « la foy deube à la conservation de la patrie, mère commune de tous; » ils les supplient de « fraterniser et user de mutuelle correspondance, » de. ne pas se sépnrer de la Chambre des eslats « pour la conservation des bons et la terreur des méchans, » de se conduire en chrétiens et « bons compatriotes » (t. II, pp. 109-110). Mais cette phraséologie élevée ou cordiale ne suffit pas pour séduire ou ramener les Abbevillois ; ils tiennent particulièrement à leur autonomie, et on étonnerait bien ceux

d'aujourd'hui en faisant un rapprochement aussi réservé, aussi prudent, aussi craintif que possible, entre certaines opinions de leurs pères et les théories les moins inacceptables, bien entendu, de la dernière commune parisienne.

Abbeville, dans son esprit d'indépendance locale, aime mieux se rattacher à Paris qu'à Amiens. Centralisatrice au moins par cette préférence, elle décide en avril 1589 l'envoi d'une députation au conseil directeur de la Ligue. Elle tient une dernière fois à protester contre les tendances envahissantes d'Amiens et des Etats de Picardie, contre leur maintien, du moins en la forme actuelle ; elle demande, en désespoir de cause, que la chambre d'Amiens, si on la conserve, soit « ambulatoire » et composée de telle sorte qu'aucune prépondérance n'écrase un bailliage ou une sénéchaussée sous un autre bailliage, une autre sénéchaussée. Fidèle à l'Union, elle ne croit pas le sacrifice de ses privilèges nécessaire à la cause commune. Juridiction indépendante du bailliage d'Amiens , elle désire ne conserver au-dessus d'elle , comme par le passé, que la Cour du Parlement. Exempte de garnison par l'édit même d'union, elle peut et sait se passer de gens de guerre dans ses murs. On n'a pas à s'inquiéter des attaques ou surprises qui la menacent. Elle désire que les deniers de Ponlhieu, retenus en la ville d'ALbeville, servent à payer les gages des' offices, les rentes dues aux habi-

tanls, enfin à acquitter les charges ordinaires et extraordinaires, à réparer les fortifications de la ville, etc. (t. II, pp. 112-118).

Remarque glorieuse pour l'esprit d'indépendance, de probité politique de nos pères ! Abbeville, fidèle désormais à l'Union, comme nous l'avons dit, ne faiblira pas plus devant le roi que devant le Conseil établi à Amiens, que devant le duc d'Aumale dont les troupes tiennent la campagne presque sous ses murs et pour le même parti qu'elle. Etant donné l'entraînement religieux, dont nous ne discutons pas ici la sagesse ou la justice et qui lui imprime la direction générale, (1), nous la verrons, dans la plupart des circonstances, jalouse de tous ses droits et de toutes ses libertés, ombrageuse, en garde contre les empiétements étrangers, ferme de tous côtés.

En cet isolement voulu par elle, dans ses défiances, dans ses jalousies de privilèges, dans ses intérêts d'argent, Abbeville comprend qu'elle doit constituer dans ses murs, pour la circonscription de la sénéchaussée, un conseil, — de salut public, pourrait-on dire, — analogue au conseil des Etats de Picardie auxquels elle n'adhère pas. Nous aurons donc à appeler l'attention sur la formation (fin de novembre 1589) d'un conseil des trois ordres (t. II, pp. 184— 188). Nous ne verrons guères d'ailleurs fonctionner

(l) Se rappeler notre paragraphe du mobile religieux de la Ligue.

ce conseil. Dans les circonstances importantes, les trois ordres sont bien réunis, « en assemblées générales, » mais au prieuré de saint Pierre ; point de procès-verbaux pour nous ; les assemblées générales « du poeuple » et de « tout le tiers-estat du comté de Ponthieu » se réunissent seules à l'échevinage. Celles-là nous appartiennent, nous en possédons les acles ; d'elles seules nous tenons presque tout ce que nous pouvons savoir sur ee temps.

L'Echevinage, la maison commune, c'était là que siégeait l'orgueil municipal, que se renfermait la dignité bourgeoise. Déplacer de l'Echevinage les délibérations qui y étaient tenues traditionnellement de droit eût été regardé comme déchéance par toute lacommunauté abbevilloise. En février 1590, le corps écbevinal maintient en l'hôtel commun, contre les prétentions du gouverneur, le siège des délibérations concernant l'intérêt et la sûreté de la ville (t, II, pp. 201-202).

Et c'est devant le corps échevinal, en l'Echevinage même, que, peu de temps après, le gouverneur, accusé de trahison, est heureux de venir se justifier, repousser les méchants bruits, les paroles qui attaquent sa loyauté. C'est devant le conseil des bourgeois que M. de Hucqueville porte la cause de son honneur, et ce conseil se reconnaî naturellement juge du fait ; il fait comparaître et interroge ls gentilhomme, auteur des mauvais propos; il apprécie, il

juge (t. II, pp. 226-227). Il y a là certainement signe de démocratie.

Le 4 octobre 1590, c'est en l'Echevinage que M. de Rambures désire rencontrer M. de Hucqueville, le gouverneur, « pour se purger d'une lettre que led. sieur de Hucqueville a cy devant représentée en cest Eschevinage et maintenue avoir esté par luy escripte à Me Jean de Grebetmesnil. » (t. II, pp. 245-246). Et le 6 du même mois, M. de Hucqueville, qui a obtenu de l'évêque d'Amiens une censure contre ses accusateurs renfermant trois points dont un semble mal sonnant pour l'échevinage, ne peut obtenir du corps de la ville la publication complète de cette censure aux prônes des paroisses. L'éehevinage ordonne que la censure ne sera publiée qu'en ce qui concerne M. de Cornehotte, le gentilhomme accusateur, et défend aux curés d'en étendre au-delà la lecture. On voit, par ce fait, qu'Abbeville catholique connaissait parfaitement les limites des pouvoirs, et ne se laissait ni intimider ni dominer par la hiérarchie ecclésiastique. Bien mieux, M. de Hucqueville ayant, à quelques jours de là (13 octobre), obtenu une nouvelle censure de l'évêque, l'échevinage se décide à appeler comme d'abus des deux censures, et nous ne voyons pas que le clergé d'Abbeville enfreigne les défenses de lecture portées par le corps de la ville (t. II, pp. 246-247).

Le fait qui suit n'est pas tout à fait signe de démo-

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