‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 14 sur 43 · LXV11I · texte numérisé non relu

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cratie, cependant nous ne le pouvons négliger. Le 22 décembre 1590, il est décidé que les maïeur et échevins nommeront pour les aider, dans les grandes affaires qui surviennent, douze habitants auxquels pourront s'adjoindre messieurs de l'église et de la noblesse (t. II, pp. 258-259).

Plus tard (1 3 novembre 1 59 1) , quand la ville jugera nécessaire de lever elle-même quatre cents hommes de pied, il sera bien entendu que ces troupes seront sous le commandement supérieur des maïeur et échevins, et commandées, au-dessous d'eux, par quatre capitaines « choisis et elleus par lesd. maïeur et eschevins » (t. II, p. 307).

En ces derniers mois de 1591, le sénat bourgeois qui siège en l'Echevinage {Senatus Populusque Abbavillœus, écrira-t-on bientôt sur le satin des fêtes), tend vers une sorte de supprématie, d'autorité en matière de guerre. Pour ce qui regarde la ville et ses environs immédiats, de fait, la commune abbevilloise est devenue une petite république. L'échevinage décide que les habitants des campagnes seront mandés et conviés à fournir un certain nombre d'hommes par village « pour la deffence de ceste ville » (t. II, p. 307-208). Il siège au milieu des armes, et c'est bien comme un sénat respecté qu'il reçoit les trophées rapportés des combats livrés aux environs t. II, p. 338-339).

Une compagnie de gens de guerre loge-t-elle par

hasard dans la ville, elle est tellement sous le coup des lois municipales qu'on voit (en février 1592) celle d'un sieur de Belleville retenue en gage dans les hôtelleries de la ville pour n'avoir pu acquitter ses dettes (t. II, p. 365) (t).

La justice municipale s'exerce d'ailleurs librement sur les troupes momentanément logées dans la ville (t. III, p. 74).

Enfin, depuis longtemps, la ville subit impatiemment la vue du château attaché à son enceinte, comme un cadenas sur la Somme, par le dernier duc de Bourgogne, et ne supporte pas sans frémissements le gouvernement militaire que délient au-dessus d'elle un gentilhomme logé dans ce château (2). C'est avec joie que les bourgeois démolissent, le lendemain de

(i) II n'en était pas toujours ainsi. Quelque temps auparavant l'e'chevinage avait payé l'entr. tien dans les hôtels de la ville et dans les faubourgs des chevaux du régiment de Lheure envoyé au secours de Saint-Valéry. H est vrai que la ville prenait ainsi sa part de l'expédition (t. 11, p. 324).

(2) Les occasions de conflit entre l'échevinage et le gouverneur étaient sans fin renaissantes. Tantôt les fortifications, les fossés de la place leur donnaient lieu; il s'agissait, par exemple, de la pêche dans les fossés: de là contestations dans lesquelles se trouvaient en présence le droit de propriété de la ville et l'autorité militaire du gouverneur (t. I, p. H); ou bien il s'agissait des murs mêmes à consolider, à développer : de là, discussion encore et avis différents (t. Il, p. 220-221) ; tantôt le dissentiment portait entre le gouverneur et le maïeur sur retendue de leurs droits respectifs : ainsi le 18 mai 1590 à l'occasion d'un passeport d'armes (t. II, pp. 215-216).

Noël 1591, sur la proposition du duc d'Aumale, la masse fortifiée, leur ombrage et l'ombrage de leurs pères depuis 1471. Le duc d'Aumale, intéressé à leur plaire, il est vrai, s'est rendu de sa personne dans l'Echevinoge pour faire la proposition (1) et a donné le premier coup de pic. Le château n'existe plus, mais le gouverneur se trouvant maintenu, les bourgeois ne se donnent pas de repos qu'ils n'aient acquis le gouvernement même, pour le réunir à leur échevinage. Nos registres gardent de nombreuses preuves des négociations. L'accord fut conclu enfin le 16 avril 1592 en la présence du duc de Mayenne (t. II, p. 379 et suivantes) (2).

Ainsi s'accomplit à la faveur des troubles de la Ligue, une conquête durable de la commune abbevilloise, le gouvernement militaire devant, jusqu'à la Révolution, appartenir aux maïeurs élus par la bourgeoisie. La ville n'avait fait que rentrer d'ailleurs, après un peu plus de cent vingt ans, dans les droits retirés à sa mairie par le duc Charles-le-Téméraire.

(1) Cette proposition peut s'accorder avec la demande précédemment faite par les habitants. (Voyez plus haut, p. uv).

(2) Voyez les lettres d'exemption de gouverneur et de garnison données par le duc de Mayenne (t. H, p. 381-383); ces lettres consacrèrent avant l'autorité royale une délivrance d'Abbeville. (Voyez t. III, p. 66).

Pour le paiement à M. de Hucqueville de l'indemnité convenue pour son gouvernement, voyez t. III. p. 38-39. — Ce paiement fait, tontes les clefs de la ville appartinrent à l'échevinage (t. III, p. 39).

La suite des événements qui se précipitent nous montre encore Abbeville vigilante, soucieuse de son indépendance, de sa sûreté.

Bientôt, sans paraître conserver grand souvenir des gracieusetés récentes du duc d'Aumale, démolisseur du château, le moire, appuyé sur ie conseil de la ville, refuse les portes au chef lorrain pour un passage de troupes, lui tient tête avec persistance et fait enfin passer la petite armée par la Bouvaque, à la grande colère d'abord, puis au dépit déguisé du duc (t. II, pp. 407-410).

Après la soumission de la ville au roi, les tendances de l'opinion que j'appelle, faute de mieux, démocratique, ne s'arrêtent pas court. Le maïeur est toujours, par l'élection, le représentant de la communauté générale des habitants. A cette qualité, considérée ainsi, faut-il rapporter la proposition d'entretenir quatre hommes chargés de suivre le chef municipal « pour l'honneur de la ville et le respect de sa charge » (t. III, p. 17G)? Henri IV réduira bientôt le nombre des échevius, mais, en attendant (juin-août 1594), les maïeurs de bannières s'efforcent d'obtenir poir leurs votes plus de puissance en certain cas (t. III, pp. 171-174). Lorsque le roi voudra, pour la première fuis, toucher quelque peu aux libertés municipales, faire préjudice aux usages, il ne dédaignera pas d'écrire, non-seulement au maïeur en charge et aux échevins, mais, par une

lettre distincte, aux maïeurs de bannières (t. III, pp. 181-183), et le maïeur lui-même désigné par le roi pour la réélection (1) croira devoir protester contre l'infraction proposée et que le désir du roi ne rend pas encore légitime à son jugement (ibid., pp. 185- 18G). Les électeurs mêmes de l'échevinage , avant de céder (au roi, bien entendu), demanderont avec dignité la lecture de ses lettres. L'esprit d'indépendance, respectueux des lois et des formes qui sont les sauvegardes de toutes les franchises, cet esprit qui, malgré des désordres, s'était développé peut-être pendant la Ligue, ferait souffrir impatiemment une soumission trop précipitée, aveugle ou joyeuse, aux volontés du roi. On aime à se représenter, à deviner, qu'il en coûte à l'esprit municipal de recevoir les invitations signées Henry, si gracieusement qu'elles soient enveloppées. N'y peut-on redouter une première atteinte et le présage d'atteintes à venir aux vieilles coutumes, aux libertés plus de quatre fois centenaires de la ville?

Et en effet, les jours brillants de la liberté municipale sont passés. Bientôt Ja ville, qui vient de payer à M. de Hucqueville son gouvernement, aura à lutter pour n'avoir pas de commandant militaire (t. III,

(1) Henri IV n'eut pas osé encore nommer lui-même un maire perpétuel comme Louis XIV le fit en 1693 — quatre-vingt-dixneuf ans plus tard. — La ville avait déjà lutté, on s'en souvient, pour la défense des mêmes droits, en 1587. V. t. I, pp. 289-296.

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