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pp. 195-198). Lorsque le roi viendra visiter Abbeville, c'est à genoux, dans les sillons de la route d'Ailly , devant le cheval royal , que le maïeur , au milieu des échevius et des notables bourgeois agenouillés, lui fera sa harangue (t. III, p. 220); à genoux, sur la même route, que lui parleront MM. les officiers du Présidial, de l'Election, de la Gabelle, les avocats et procureurs, etc. (ibicl., p. 222); et cependant encore, dans les enveloppes triples du respect et des protestations d'obéissance, les discours prononcés conserveront une certaine liberté de paroles, de remontrances, d'exhortations. A noter : seuls, les chanoines de Saint-Vulfran parleront debout au roi. Maintenant serait-il inopportun de conclure par quelques remarques générales , d'examiner , par exemple, qui fut vainqueur et qui fut vaincu dans cette longue lutte si complexe à laquelle nos pères abbevillois ont assisté, non toujours en simples témoins et quelquefois mieux qu'en comparses? Non, et la question se pose d'elle-même ; mais si nous tentons de la juger par l'étude qu'on en peut faire chez nous, dans nos annales., il faudrait, ce nous semble, distinguer entre le point de vue politique et le point de vue religieux et entre les hommes et les idées, car le succès fut aussi divers que la lutte avait été complexe. Notre travail ne touchant que par exception aux généralités, nous n'entrerons cependant pas dans ces divisions et nous ferons saisir
les résultats opposes sans pousser si loin l'analyse. Si nous considérons donc les hommes en même temps que les principes, leur aiguillon et leur force, à qui pourrons-nous pleinement accorder la victoire? Certainement le roi, le parti royaliste, le parti des politiques a triomphé, mais en transigeant, en cédant beaucoup au point de vue de la Réforme. Les gentilshommes, espoir et soutien de l'émancipation religieuse (1), vont en être réduits à n'offrir pour seuls asiles à l'exercice commun ou réputé public de leur culte que leurs châteaux ou leurs moulins. Dans les environs d'Abbeville, établissons-le, ces gentilshommes étaient en petit nombre, et c'est seulement assez longtemps après l'édit de Nantes que nous voyons des lieux de culte évangélique à la Neufville près de Saint-Riquier et à Poireauville près de Vaudricourt. Les adhérents des seigneurs calvinistes, bourgeois ou paysans, ne peuvent participer au culte reformé que dans ces lieux d'asile ou d'exception. Les bourgeois catholiques ont triomphé, au contraire, au point de vue religieux; ils ont imposé leur religion au roi et
(1) Relative ou plutôt à venir, car le protestantisme d'alors, se croyant seulement maître d'une meilleure interprétation des livres saints et d'une meilleure discipline ecclésiastique, eut, après un couplet triomphe, estimé de son devoir, cela est à craindre, d'extirper le catholicisme, comme le catholicisme, complètement vainqueur, se fut estimé tenu d'extirper la confession ennemie. Henri IV put couper court à l'alternative des deux persécutions. Sa sagesse ne prévoyait pas Louis XIV.
l'obligation de la reconnaître comme dominante ; ils ont obtenu contre les protestants une bonne part de ce qui a fait l'objet de leurs mémoires depuis qu'ils obéissent aux suggestions des Guise ou des Seize, mais ont-ils gogné beaucoup au-delà de ce triomphe de domination parcimonieuse? Nos derniers chapitres donnent la réponse. Les honnêtes bourgeois marchandent encore un peu le serment au roi, mais déjà le roi leur impose des maires contre la règle et les usages immémoriaux, restreint le nombre de leurs échevins, etc. En résumé, nous voyons, d'un côté, le roi vainqueur, les royalistes vainqueurs et les protestants sacrifiés malgré la sécurité gênée que leur promettra redit de Nantes; de l'autre, les ligueurs vaincus, mais le catholicisme triomphant avec diminution des droits politiques ou autonomiques des villes , droits auxquels les troubles , l'interrègne , avaient donné occasion de s'exercer avec une aisance inconnue jusqu'alors ; enfin nous voyons , comme consolation pour tous , le règne réparateur de Henri IV demandant des sacrifices aux uns et aux autres, mais imposant la seule trêve possible aux animosités en ces temps de foi en armes, la seule mesure possible aux prétentions aussi absolues et réciproquement inconciliables des protestants et des catholiques.