‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 18 sur 43 · CI · texte numérisé non relu

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de l'humanité se continua et que la bienfaisance publique, déjà favorisée par ses prédécesseurs, s'étendit sous sa main, par ses ordres. Sur ses volontés exprimées à cet égard, voyez t. I, p. 236-237. Rencontre dont notre ville n'a pas à se glorifier, c'est au roi d'Angleterre, Edouard II, châtié de ses vices par la reine Isabelle, usufruitière du Ponthieu, qu'Abbeville a dû aussi quelques-uns de ses privilèges.

Les portraits abondent, avons nous dit, dans d\Aubigné. Je ne rappellerai pas ceux de Charles IX (1), la mort de Charles IX (2), parce que Charles IX n'appartient pas à notre période, mais le maréchal de Relz, un duc de Nevers y font figure. Le maréchal visitait -il Abbeville pour y faire construire l'ouvrage de défense qui porte son nom, je ne pouvais m'empêcher, en le voyant marcher sur nos remparts, de mettre sur son visage un vers qu'il est impossible de citer (3) .

Le duc de Nevers paraissait-il dans nos annales à l'occasion de la ville de Saint-Valéry, ou comme lieutenant-général en Picardie, je le voyais claudiquer comme au conseil du roi, dans ce vers :

Un boiteux estranger y bastit son trésor (4). Quant à Henri IV, on dirait que le poète, ami du

(1) Les Tragiques, p. 101 (Princes) et p. 239-240 (les Fers).

(2) Ibid., p. 288, (Vengeances).

(3) Les Tragiques, p. 105, (Princes).

(1) Les Tragiques, p. 93, (Princes).

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roi, mais désolé de la conversion royale, a craint de le peindre. Il ne touche à la figure populaire aujourd'hui que métaphoriquement (t) et dans les trois mots de cet hémistiche :

Flambeau luisant, esteint (2).

Pour les événements, je ne tirais pas moindres ressources de la société de mes poètes. Nos modestes annales présentent souvent une réduction assez complète de la grande histoire. Presque tous les faits que je rencontrais dans nos registres, dans nos historiens,

(1) Dans les Tragiques bien entendu, car dans son Histoire universelle et surtout dans Vappendix de cette histoire, bien des traits de la figure du roi se détachent nettement. En Vappendix même, d'Aubigné est revenu aux vers. S'adressant au roi, frappé par Ravaillac, il remonte aux jours passés, aux batailles, aux victoires, au profit de ces victoires pour tous les Français :

Tu veins vis et vainquis : c'est toy qui as porté A tes juges, proscrit, le présent de la vie : Ils ont par toy, banni, recouvré la patrie, De toy, leur prisonnier, Mceu la liberté.

Et il lui voue enfin, en forme d'épitaphe, ces quatre vers qui, ■ si la défaveur de leur autheur les fait refuser au tombeau de S. Denis, ne le seront pas en celui qui est posé et sacré dans le marbre permanent, l'éternelle mémoire de la postérité : »

Henri le Grand, si grand que la paix ni la guerre Ne lui ont fait souffrir raaistres ni compagnons, Trouve repos au Ciel, qu'il n'eut point en la terre : Guerrier sans peur, vainqueur sans fiel, roi s$ns mignons.

(2) Les Tragiques, p. 255, (les Fers). 11 est vrai que d'Aubigné fait, par ces mots, allusion à la mort du roi, mais on voit, par les vers qui précèdent, qu'il n'eût pas reculé devant l'allusion à l'apostasie royale et peut-être même n'a-t-il pas reculé.

je ne les retrouvais pas seulement dans les historiens de la France, mais aussi, et rendus plus caractéristiques, dans ses poètes. Ronsard et d'Aubigné soutenaient la persévérance de mes lectures. Témoins oculaires des crimes, des folies, des combats, des misères, ils prêtaient seulement meilleure langue à mes vieux compatriotes. Croisais-je, en 1584, dans les rues de la ville, une procession de pénitents blancs (1), c'étaient les vers mêmes de d'Aubigné que je voyais marcher sous les capuchons (2), à grand tort sans doute pour les bons bourgeois qui, dans leur naïveté, étaient à cent lieues des « ribaus de la paillarde » dénoncés sous les frocs par d'Aubigné. Apprenais-je à Abbeville, en 1587, la bataille de Coutras, j'entendais venir ces vers :

O Coutras ! combien tost cette petite plaine

Est de cinq mille morts et de vengeance pleine (3) !

Si je voyais, dès avril 1588, les suspects appelés à l'hôtel-de-ville, les plus honnêtes gens, les plus modérés peut-être et les plus sages, admonestés ou bannis sur des rumeurs d'opinion, sur des accusations fanatiques , je ne pouvais oublier ces saisissantes peintures d'une époque de terreur :

(t) C'est à tort que j'ai suspecté pour ces processions le témoignage de Formentin. Je ne sais comment j'avais oublié celui du P. Igaace. (Voyez Hist. des Mayeurs, à l'année 1584).

(2) Les Tragiques, p. 108-109, (Princes).

(3) Les Tragiques, p. 253, (les Fers).

Pour vivre il faut fuir de son proche la vue, Fuir l'œil incognu et l'oreille incognuë : Que dis-je ? pour parler on regarde trois fois Et les arbres muets et les pierres sans voix (1).

Si nos registres, nos historiens me montraient au loin Paris révolté pnr les Guise, les barricades, l'assassinat de Blois, mes yeux étaient guidés aussi par le poëte :

Voicy Paris armé soubs les loix du Guysard Etc (2).

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