‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 22 sur 43 · DERNIER MOT · texte numérisé non relu

DERNIER MOT

Avant d'abandonner cette époque ancienne qui a pris tant d'années de ma vie, je veux rentrer une dernière fois, par la pensée, par le regard, dans mes

— CXXH —

murs regrettés. Regrettés au pied du mot, peut-on dire, car déjà la pioche les attaque et bientôt il n'en restera plus rien. Impuissants contre les convenances

du temps ont été tant de souvenirs Je veux

saluer encore cette enceinie du seizième, du dixseptième siècle, à laquelle nous avons dû, en 1871 , de ne recevoir l'ennemi vainqueur qu'après les derniers efforts brisés de Paris, et encore en vertu des conventions malheureuses de l'armistice de Versailles et de la paix. Ainsi, en 1594, elle avait permis à nos pères de ne se soumettre au roi qu'après M. le prévôt des marchands et MM. les échevins de Paris. La ville d'Abbeville, place de guerre, est pure de tout affront. Abbeville la pucelle, c'est un nom qu'elle partage avec d'autres villes, mais qu'aucune n'a mieux mérité. Aujourd'hui, son manteau de pierre tombant, son histoire militaire est finie. Le souvenir lui reste et., consolation, aucune honte ne s'y mêle. En ses retours complaisants vers le passé, elle rencontrera l'auteur de ces pages. Puisse-t-elle l'agréer pour un de ses guides, et quand elle s'arrêtera à l'époque tourmentée qui s'agite des commencements du dernier roi Valois aux commencements du premier roi Bourbon, puisse cette époque, une des mieux remplie de sa vie municipale sept fois centenaire, sortir pour elle, en mon livre, de la poussière de près de trois cents ans. La vision de notre ville, à cette date, m'a été possible. Qu'un dernier effort réduise cette vi-

sion, la fixe et la fusse saisir. Les faits, à mesure que je m'en éloigne moi même en fermant ces trois volumes, se resserrent, comme les aspects dans le petit cercle de la lorgnette où se résument les lointains débarrassés des détails. Sous les clochers du xvie siècle, sous les toits de tuiles ou de chaume, derrière les murs dont l'eau mouille le pied, avec la vue de la mer au loin, et, au loin aussi, à droite et à gauche, comme sur deux promontoires, le Crotoy et St-Valery (1), je crois reconnaître en notre ville une de ces républiques de puissance moyenne qui , en Grèce, groupaient autour d'elles, dans les temps de guerre, et surveillaient d'autres villes, d'autres bourgs plus faibles. Je ne voudrais pas exagérer. Elever Abbeville beaucoup au-dessus des républiques , colonies ou sujettes des puissantes cités grecques, serait trop. Le rôle de Sparte, d'Athènes, de Thèbes, revient de droit à d'autres puissances, à Paris avant tout, au parlement et aux états des grandes provinces; le rôle du roi de Pella revient de droit au roi de Navarre (et Henri IV vaut mieux que Philippe), mais enfin la comparaison se présente et on peut la soutenir. Le rapprochement avec les républiques grecques (ou italiennes si l'on veut) s'offre et se fait accepter d'autant pius naturellement qu' Abbeville aussi, à la date

(l) Ce point de vue, si on veut se ménager cette vision de l'esprit dans un paysage re'el, peut être pris des hauteurs qui dominent la ville à l'est et au sud.

où nous nous transportons, s'est déjà enrichie par le commerce, et, au milieu de ces guerres qu'elle soutient sans découragement, se montre très-prudenfe à ménager, de près ou au loin, ses relations de trafic, ses intérêts commerciaux. S'associe-t-elle, négotiet-elle, fait-elle des conventions avec les chefs de la Ligue, avec le duc d'Aumale, avec le comte de Mansfeld, elle ne perd pas de vue ses intérêts, et on ne saurait nier qu'il n'y ait de sa part spontanéité de résolution, engagement libre. Sicyone ou Sienne ne se déterminait pas mieux. A la fa<;on des républiques italiennes aussi, elle fait la guerre, non en envoyant très-souvent ni en grand nombre hors de ses murs des hommes, mais en faisant des prêts, des avances, des fournitures aux armées qui passent ou qui assiègent les places voisines. Pendant ce temps, antres signes et moyens de rapprochement, dans les maisons de bois hautes et étroites, aux retraits profonds, ses riches bourgeois, ses magistrats, lisent Homère, et Virgile, fidèles de l'antiquité épris de la renaissance. Le dernier sculpteur d'Egine ne trouverait pas indigne d'attention l'atelier du tailleur de bois, de l'imagier ; le peintre de Sicyone ne dédaignerait pas de causer avec le brosseur d'allégories, et Catherine de Sienne elle-même ne désavouerait pas Gabrielle Foucquart déjà dans toute la ferveur de sa foi, en son zèle ardent., ou Catherine de Vis qui grandit pour le dévouement et les ardeurs dévorantes.

ABBEVILLE VERS LA FIN DU XVIe SIECLE

M. F.-C. Louandre a, avec les qualités sévères et abondantes des écrivains épris de la vérité et infatigables à la poursuivre, arrêté le dessin, fixé les lignes, mis en lumière les points importants de l'histoire du Ponthieu et de notre ville. Sa sobriété n'a rien de commun avec la parcimonie, sa netteté avec la sécheresse J'ai déjà eu le triste honneur de reconnaître ces qualités parmi toutes celles de l'historien (1); aussi n'ai-je d'autre hardiesse dans cette exposition développée d'une période assez courte, mais riche, des annales de notre pavs, que d'apporter des pièces justificatives au chapitre n du tome h de Y Histoire d'Abbeville et du comté de Ponthieu.

L'histoire locale peut, pour certaines dates, je crois, recevoir avec avantage ces développements. Entre les

(1) Abb(A) dlois et Journal d'Amiens, 1862.

murs de la ville natale, dans ces rues où les bourgeois à robes, à escarcelles, à grands collets, retrouveraient encore quelques unes des sinuosités, quelques angles, des maisonsmêmes et de rarcscharpentessculptées des vieux âges, les détails rapprochés par l'historien ne sont pas jeux stériles, les passe - temps d'une imagination sans ressources -, ce sont les mille hachures du crayon qui reproduit une figure. Ces développements font sortir les faits de l'abstraction où les tient forcément toujours un peu l'histoire générale; ils les font revivre avec les noms des familles qui remplissent nos archives municipales, qui habitent sous nos pieds dans les cimetières transformés en places publiques, qui nous coudoient encore et dont nous sommes partie nous mêmes. La vie d'un homme peut se prêter à cent analyses diverses; la vie d'une ville, d'une communauté, offre à notre esprit mille tableaux qui surgissent du simple rapprochement de quelques traits, souvent des réalités les plus vulgaires. Le nom d'une auberge, le prix du souper d'un homme d'arme, le prix d'une maîtrise, une condamnation contre des joueurs de dés, contre des marchands usant de pots trop petits ou d'aunes trop courtes, contre des tavcrniers ayant reçu chez eux des buveurs en jours de fêtes, contre des cuisiniers trop pressés d'acheter du gibier au marché, les différends d'un maieur et d'un gouverneur pour le mot du guet, pour une porte ouverte ou fermée, pour la pêche dans les fossés de la ville, les discussions des milices bourgeoises tous ces événements qui ont eu de l'importance un jour peuvent en reprendre encore pour nous si nous le voulons bien. Presque insignifiants sous notre premier coup-d'œil, il nous suffira de les contempler sérieusement quelques instants

pour que nous les voyions grandir de nouveau et qu'ils nous représentent toute une époque. Et quel caractère de vérité irréfragable portent tous ces petits traits rapprochés! L'histoire générale ne saurait les saisir; ils font la fortune des histoires restreintes, le bonheur des hommes qui ne dédaignent pas de tirer la Vérité d'un puits rustique et de l'asseoir sur une margelle étroite. 11 n'y aura plus rien à dire sur les histoires de nos villes ou plutôt on commencera seulement à en tirer les dernières conclusions quand toutes leurs archives seront chronologiquement et complètement publiées avec de bonnes tables analytiques.

l'aspect de la ville

Avant d'aborder l'histoire chez nous des années qui remplissent pour la France le règne de Henri 111 et les troubles de la Ligue, je voudrais pouvoir reproduire l'aspect, la physionomie de notre ville même, faire saisir par des exemples, par des cas précis, les usages municipaux, les mœurs bourgeoises, les besoins religieux et les exigences du zèle pendant cette période.

Abbeville avait déjà par ses fortifications (diversement modifiées depuis) l'étendue et les limites que nous lui connaissons. Les grandes rues de notre temps existaient déjà sous divers noms,— étranglées, il est vrai, çà et là, ici par un rapprochement des frocqs, là par une vieille porte oubliée au milieu de la ville. Beaucoup d'autres rues en général assez étroites, beaucoup de ruelles — ou

voyeuls — pour la plupart supprimées aujourd'hui (1), couraient entre les voies principales;— les voyeuls, dans les parties de la ville un peu à l'écart, traversant le plus souvent des jardins et longeant des haies. Des cours d'eau, dont plusieurs ont été comblés ou couverts par des voûtes, partageaient les quartiers bas; les berges de quelques-uns étaient soutenues par des pieux et abritées par des arbres-, ainsi du Rivage certainement (2), ainsi de la rivière de la rue Cache-Cornaille (3), ainsi peut-être de l'Eauette.

La ville, par la plupart de ses édifices religieux portant encore les empreintes vives du ciseau, par un grand nombre de ses maisons mêmes nouvellement bâties, paraissait en grande partie neuve. L'église du Saint Sépulcre avait à peine un peu plus de cent ans; celle de Saint -Gilles datait, — sinon pour une reconstruction complète au moins pour un agrandissement, — de 1485, c'est-à-dire de quatre-vingt-dix ans seulement; celle de Saint-André avait été rebâtie dans le siècle même, en 1516 : elle était donc plus jeune que la dernière branche des Valois sur le trône; la première messe n'avait pu être chantée à Saint-Vulfran que dans l'automne de 1524; les belles sculptures de l'église collégiale s'offraient à l'air dans tout l'éclat de la pierre caressée encore moins

(1) Dans la période qui nous occupe, l'e'chevinage supprime des lues par des baux à cens.— Argentiers, 1587-1588.

(2) Les tranchées qu'on y ouvre parfois font tomber, à plusieurs pieds au-dessous du sol, sur de très-vieilles et grosses souches d'arbres. Nous sommes à peu près fondés à croire d'ailleurs que le. Rivage fut en tout temps planté.

(3) Travaux de Pégoût en 1864. Quelques souches, mais surtout une suite de pieux rangés en véritable palissade.

que mordue par la pluie et les vents d'ouest; l'église de Saint-Georges, exécutée à plusieurs reprises, ne devait être finie qu'en 4583; presque seule au milieu de ces édifices nouveaux, l'église du prieuré de Saint-Pierre accusait une grande vétusté. Quant aux maisons, la plupart de celles que décoraient au-dehors des bouts de poutre sculptés, la plupart de celles dont nous avons vu disparaître les unes après les autres les charpentes ouvragées étaient l'œuvre des hommes de ce siècle même ( I ) . Au milieu de ces maisons, on remarquait, pour l'importance de la construction , l'hôtel de la Gruthuse, qui

(l) Pour la décoration de la ville, est -il dit dans les registres de Péehevinage. En cette vue de décoration, aussi bien qu'on pourrait le faire aujourd'hui, quelques avantages étaient accordés aux constructeurs:

« De Anthoine Briet, Thomas Noël et François de Huppy, marchans, demeurant en ladicte ville, la somme de dix escus pour les cens et redebvances de la portion de terre sur laquelle lesdicts Briet, Noël et de Huppy ont faict nouvellement bastir, prinse sur la place des halles, et accordée à cens à la ville par sa majesté, laquelle portion de terre auroit été adjugée à cens and. Briet seul le quatriesme jour de juillet M. Ve soixante-dix-neuf à la charge de bastir pour la décoration de la ville et aultres charges portées audict bail, lesdictes maisons abouttans par derrière aux maisons des changes, par devant et des deux cotés au frocq, cy pour cest an x escus. »

— Comptes des Argentiers, 1581-1582.

Quatre autres maisons avaient été un peu avant bâties sur le pont aux Poissons, voisin de la place des Halles:

« De Loys Sanson, Philippe de Lestoille, Jehan de Hault et Pierre de Lavernot de chacun d'eulx six livres de cens par an pour les quatre maisons de nouveau édifliées sur le pont aux Poissons du costé de la rue aux Changes de la portion duquel Sanson ses père et mère ont retenu l'usufruit pendant leur vie. . . . xxiiii'. »

— Comptes des Argentiers, 1576-1577.

datait de la fin du siècle précédent. Devenu le siège de la sénéchaussée du Ponthieu, il regrettait, en voyant traîner les robes de messieurs les gens du roi, les fêtes du mariage de Louis XII, dont le souvenir ne le reportait qu'à deux tiers de siècle en arrière.

A côté de ces maisons neuves que couvrait la tuile, s'en élevaient d'autres cependant que des toitures en paille exposaient plus facilement aux incendies. Les condamnations ne parvenaient pas à chasser des toits de la ville Yéteule, cause des alarmes fréquentes (1) Aux

(t) Les amendes variaient selon l'importance de la contravention :

« Le XXIIe jour dudict mois de febvrier, Jehan Dupuy pour avoir faict couvrir d'estoeule condampné en. . . . xin' imd. » — Registre aux comptes, 1581-1582.

La même année d'autres condamnations montent pour la même cause à XX sols d'amende.

Nous relevons quelques autres exemples dans les années suivantes :

1583-1684. « Le XVIe jour du mois de septembre. Henry Cornu pour avoir faict couvrir d'estoeulle XL". »

1587-1588. « Le XIIe jour du mois d'octobre (1587) Jehan Le Quieu pour avoir faict couvrir sa maison d'estoeulle condampné en trente sols, le tiers aux accusateurs, cy pour la ville, xx'. »

1589 1590. « Le deuxiesme jour d'octobre (1589) Jacques Palette pour avoir faict couvrir d'estoeulles est condamné en xV. *

1592-1593. « Le sixiesme jour dud. mois (juillet 1593) Anthoine Legrand pour avoir couvert d'estoeulle sans permission, xx'. »

Les termes de cette condamnation prouvent que des autorisations pouvaient être accordées pour la réparation et peut-être, en certains quartiers, pour l'établissement des couvertures de paille. Au commencement du dix-neuvième siècle, bien des maisons étaient encore couvertes en chaume dans la chaussée d'Hocquet.

1593-1594. « Le XXIIIe jour dud. mois de mars (1594) Jehan

brouttiers appartenait alors particulièrement le soin d'éteindre les feux de meschef (\).

Il serait curieux de savoir combien étaient louées celles de ces maisons que n'habitaient pas les propriétaires mêmes, quelle était la valeur moyenne des maisons ordinaires. Nous ne désespérons pas de trouver les indications nécessaires pour répondre à ces questions (2).

Daingnevillc pour avoir faict couvrir ung bastiment d'estoculle xv'. »

(1) Les brouttiers recevaient des gratifications de l'échevinage, selon l'importance de l'incendie. Les gens de quelques autres métiers réclamaient aussi une part quand le feu n'avait cédé qu'à un long combat; ainsi le registre aux comptes de 1575-1576 nous donne :

« A esté payé aux compagnons mariniers pour avoir aydé et donné ordre à esteindre le feu de meschef advenu au pont aux Poissons à raison duquel les quatre maisons estans sur ... . auroient esté brullées la somme de cent sols sellon qu'il appert par leur requesle et taxe en lin du VI' aoust Ve LXXVI, cy. C.

« Pour la même cause aux serviteurs des brasseurs. . . xx\

« Pour la même cause aux brouttiers de la ville. . . . vi1. »

Mais les brouttiers figurent seuls dans les comptes des années suivantes :

1578-1579. « Aux compagnons brouttiers de ceste ville la somme de quarante sols pour avoir esteint le feu prins par meschef en quelques maisons proches du pont de Sottines, cy. xl*. »

1579-1580. « Aux maistres et compagnons du mestier de brouttiers la somme de cinquante sols a eulx taxée pour avoir travaillé à donner ordre et esteindre le feu de meschef advenu sur la chaussée Saint-Paoul sellon qu'il est porté par leur requeste ordonnancée sur icelle et quittance cy rendue, cy. l*. »

1581-1582. « Aux compagnons brouttiers de ceste ville pour le debvoir par eulx rendu pour esteindre le feu arrivé par meschef durant la nuict en ceste ville cinquante sols L'. »

(?) Comme simple exemple, une maison est louée par l'échevinage deux écus par an, en 1581-1582.

En ces temps où on ne voyageait pas aussi vite que de nos jours, les hôtelleries étaient nombreuses; nous n'en comptons pas moins de quatorze à Abbeville vers la fin de la ligue, savoir: l'hôtel du Bar, l'hôtel du Cerf, l'hôtel du Géant, l'hôtel de l'Escu d'azur, l'hôtel del'Escu de Brabant , l'hôtel de Sainct - Anthoine , l'hôtel du Chevallet, l'hôtel de la Fleur-de-Lys, l'hôtel du petit Sainct-Jacques, l'hôtel des Trois-Lombarts, l'hôtel de la Lanterne, l'hôtel du Bois de Vincennes, l'hôtel de la Teste -de- Bœuf. — Registre aux comptes, 1591-1592, passim.

En plusieurs lieux de la ville s'élevaient des croix: ainsi au Pilori, ainsi sur le port du Guindal ; en d'autres, des puits avaient été creusés et la marge de ces puits était surmontée d'appareils de bois ou de fer: ainsi dans la rue Saint-Gilles, ainsi dans la rue de Larquet (1); en d'autres places s'écoulaient des sources naturelles défendues par des ouvrages en maçonnerie: ainsi sur le port du Guindal , ainsi surtout près du Moulin du Comte (2).

Sur la place du Marché, une croix était entourée par six boutiques ou maisonnettes (3).

Le pavage des rues avait été commencé au quinzième

(t) Comptes de 1578-1579. Je produirai un jour l'indication empruntée au registre de cette anne'e dans la Topographie historique a" 'Abbeville, dont les Notices sur les Rues et les Faubourgs n'auront été qu'un premier brouillon.

(2) On fit des réparations assez importantes à la Fontaine-lo- Comte, dans l'année échevinale 1579-1580. Je renvoie une note sur ces travaux à la Topographie historique d' Abbeville.

(3) Ces boutiques devaient chacune annuellement vingt sols, en total six livres.

siècle, mais il était loin de s'étendre encore par toute la ville 5 dans l'année 1576-1577, nous voyons travailler par corvée à la réparation de la chaussée Docquet (1) ; cette chaussée n'était évidemment pas pavée. Dans l'année 1583- 15S4, les rues du Rivage et de la Pescherie d'eau douce sont pavées aux despens de la ville pour la main-d'œuvre, mais les habitants de ces rues se sont engagés à fournir les matières (2); dans l'année 1586- 1587, une partie tout au moins de la rue Blancu est pavée — ou réparée avec des pavés— (3).

La Somme, qui refluait à chaque marée jusques dans les rues de la ville, faisait la fortune des habitants. Chaque flux (ou flot comme nous l'avons encore entendu dire) était un signe matériel des bienfaits que la mer elle-même jetait au seuil des maisons ; le commerce des Abbevillois couvrait la rivière de gribannes qui descendaient jusqu'au Crotoy et à Saint-Valéry et remontaient jusqu'à Amiens. Le registre aux comptes de 15(J 1-1592 donne une idée de la quantité de ces gribannes par le nombre de celles qui sont employées et quelquefois armées pour les secours portés à Rue et à Saint Valéry. Ces mêmes comptes font supposer aussi un très-grand nombre de marias dans la ville

On peut croire que la rivière servait partout un peu de port, le long de la rue dite du Rivage (4), aux bateaux en relâche; mais le principal, sinon le seul lieu de

(1) Registre aux comptes, 1576-1577.

(2) Registre aux délibérations de 1583-1584. Note renvoyée à la Topographie historique d Abbeville.

(3) Registre aux comptes, année 1586-1587.

(4) Notre strand d'alors.

débarquement des marchandises , était la place dite encore du Guindal (l). Là était un véritable quai (2) dont les pierres, des grès énormes, n'ont été démontées et enlevées qu'en 1865, quand la place a été élargie sur la rivière (3).

Tous les ponts qui traversent aujourd'hui la Somme existaient déjà, sauf le pont Ledien, mais plus loin était le pont du Château dont le gouverneur permettait peutêtre l'usage aux habitants Dans tous les cas, un bac, établi un peu plus haut probablement que le pont Ledien, peut-être en face de l'impasse Coq-Chéru, allait et venait de la rue de la Pointe à la rive opposée (4).

Sur le courant principal de la Somme entrant dans la ville près de la Portelette, et sur les affluents pour lesquels s'ouvraient les murs de la ville, tournaient plus de douze moulins (5).

Le plan de Robert Cordier, gravé environ quatre-

(1) Guindal, cabestan.

(2) Le mot même existait ou à peu près : « De Jehan Lebel commis à la recepte des droicts de ferme du caiage, aultrement appellée le Guindal. consistans etc. — Registre aux comptes de 1590-1591. Note renvoyée à la Topographie historique d'Abbeville.

(3) Le Guindal revient souvent dans le registre aux comptes, ainsi en 1585-1586, en 1587-1588, etc.

(4) Comptes de 1579-1580 et tous les comptes précédents et suivants. La ville tirait X sols par an de l'autorisation donnée pour ce passage.

(5) Le chiffre serait à préciser; Il était de treize au moment de la Révolution. Les registres aux comptes et les registres aux délibérations ont, à chaque instant, à mentionner ces moulins et quelquefois à consigner des affaires qui les regardent , des contrats, des ventes, des procès. Voyez comme exemples: pour le moulin Darragon, les comptes de 1576-1577, de 1581-1582 et tous

vingts ans plus tard, bien que représentant tous les clochers de la ville, et les cours d'eau traversant les murs, et les bateaux remontant la Somme à pleines voiles, et les roues des moulins principaux, ne saurait reproduire l'aspect tissé de quelques parties de la cité, la différence des architectures selon les quartiers, les couleurs variées de la tuile et du chaume. Ce n'est que par des recherches nouvelles, en dressant une topographie, non de cadastre ni de plans levés mais d'érudition, que l'on pourra reconstruire complètement Abbeville autant de fois qu'il y a de siècles depuis la charte qui l'affranchit.

Avant de visiter les deux échevinages où nous trou verons occasion toute naturelle d'assister au renouvellement de la loi, à l'adjudication des fermes, aux actes ordinaires de l'administration municipale, reconnaissons rapidement l'enceinte fortifiée de la ville.

Le registre aux délibérations contient, à la date du 4S mars 1585, un règlement détaillé sur le service des remparts Ce règlement nous fournit le nom, le nombre des corps de garde, la place des sentinelles, etc.

Le chef du corps de-garde de la porte Marcadé devait poster une sentinelle à la tourelle Quanterne.

Celui du corps de-garde de la tour à Bourel en devait mettre une à la tour de la Fontaine.

Celui de la porte du Bois, à Hault degré es bourdeaulx.

Celui du corps-de garde du chasteau de Ponthieu, à Wallen [?] et tour noeufve.

les autres autour de ces dales ; pour le moulin Gaffe', le registre aux délibérations de 1586-1587; pour le moulin Wattepré, le même registre ; pour un moulin à fouler draps, situé hors la porte Marcadé, le registre aux délibérations de 1592-1593.

Les soldats (1) poseront leur corps-de-garde près la couverture Saint-Gilles, pour placer les sentinelles sur la tour nommée le Creno [?]

Le corps-de-garde de la porte Saint Gilles en enverra une à la tour nove (neuve) Cache-Cornaille

Celui de la Portelette au pont des Prés et une autre à Maillefeu.

Le corps-de-garde de Saint-Jehan-des Prés au deuxiesme (2) Sainct-Jehan.

Celui de la porte Docquet à la tour no (neuve) le Beauregard.

Un autre règlement, complémentaire du précédent, sur les corps de-garde et sur les sentinelles, est inscrit sous la date du 21 mars dans le même registre aux délibérations, 1584-4585.

La ville avait l'entière disposition des tours (3); elle les réparait (4) ; c'était elle aussi qui avait fait construire et qui entretenait les corps-de-garde (5), ainsi que les

(1) En principe, les corps -de- garde étaient occupés par la bourgeoisie. A cette date, quelques-uns Tétaient sans doute par des soldats du gouverneur M. de Hucqueville.

(2) Je copie comme je lis. Un mot doit être passé.

(3) Le dernier jour de septembre 1581 , on délibère que les deux tours qui sont sur la porte de la Portelette seront, suivant la requeste faite par monsieur Octomey, baillées and. sieur pour mettre les pouldres sans préjudice aucun à la ville qui pourra les reprendre toutes fois et quand elle en aura affaire. — Registre aux délibérations, 1581-1582.

(4) « A Estienne Prot, manouvrier, pour avoir rassis des pas à

la tour du Maillefeu, sept sols vu'. »

— Reg. aux comptes, 1585-1586.

(5) « Payé à Anthoine du Mesge, couvreur d'ardoises, adjudicataire de la couverture du corps-de-garde du pont des Prés, la

murailles (1) et les ponts (2); on fermait ces ponts le soir, et la porte Marcadé, qui devait être reconstruite sous Henri IV, était alors fort mauvaise (3).

A l'est, sur la ligne même des fortifications nouvelles et coupés par elles, s'assombrissaient les restes de la vieille Cour Ponthieu.

Dans la ville, pour ne rien oublier, la porte Comtesse semblait encore vouloir faire un faubourg du quartier du Bois.

Quant au château bâti par Charles le-Téméraire, il s'élevait à l'endroit où les anciens remparts venaient toucher la Somme à sa sortie de la ville. Ce château était la résidence du gouverneur militaire, et l'échevi-

somme de cinquante-cinq escus deux sols sur et tant moings de la somme de quatre-vingt-dix-sept escus à quoy montoit le pris de lad. adjudication, cy lv"c ii*. »

D'autres mises concernent l'ouvrage de massonnerie et de charpenterie dudict corps-de-garde. — Reg. aux comptes, 1586*

(î) « A Jehan Dumeril, portier de la porte Docquet, la somme de cinquante huict sols six deniers pour son remboursement de pareille somme par luy déboursée pour avoir faict adosser la muraille nouvellement faicte contre la porte Docquet par delà la ville LVin'. »

— Reg. aux comptes, 1579-1580.

(2) « A Lois Neudin quinze sols tournois pour une tronche de bois par luy vendue à faire ung trulle? pour lever le pont du boulevert de Longueville xv\ »

— Reg. aux comptes, 1579-1580.

(3) « A Jehan la somme de six livres à luy ordonnée par

messieurs maire et eschevins pour luy aider à se faire pensser une blessure qu'il avoit receue en la teste fermant le dernier pont de la porte Marcadé de la chute de quelques pierres de la voûte d'icelle porte vi1. »

— Reg. aux coinptes, 1578-1579.

nage, bien que toujours en possession des anciens droits consacrés dans ses privilèges, avait parfois à les défendre contre l'officier du roi soumis au lieutenant de Picardie.'!). Ainsi, pour choisir un seul exemple qui ne nous écarte pas des fortifications, dans la délibération du X jour de mars mil Ve 1111" II, le maieur remonstre « que, sur le différend meu entre monsieur de Hucqueville gouverneur pour raison du bail et pesche des fossés, lequel sieur gouverneur auroit faict refus de signer l'acte quy luy auroit esté par nous envoie, mais au contraire que led. sieur gouverneur en a envoie ung aultre du tout au désadvantage du droict de la ville par lequel il prétend que lesd. fossés sont à luy appartenans et qu'il entend que les baulx par nous faicts soient nuls et que lesd. fossés soient de nouveau par luy rebaillés, qu'il faict refus de renvoier Martin du Flos et Estienne Macquet qu'il détient prisonniers au chasteau, n'est que le procès soit faict et instruict en sa présence. Après que lecture a esté faicte dud. acte, a esté advisé et dellibéré qu'il sera envoie par devers led. sieur gouverneur pour luy remonstrer et déclarer qu'on ne poeult accorder led acte en la forme qu'il est, d'aultant que lesd. fossés nous appartiennent et non aud. sieur gouverneur-, confessons qu'on reconnoit bien qu'il a authorité avec nous sur lesd. fossés, mais que c'est à nous à faire les baulx desd. fossés comme il a esté faict de tous temps, par lesquels baulx l'authorité dud. sieur gouverneur est conservée en tant que par lesd. baulx il est dict que les preneurs et pescheurs n'y poeuvent entrer que, au préalable, ils n'aient demandé congé aud. gouverneur et à nous, etc. »

(1) Ainsi qu'on le verra cependant, le roi écrivait souvent directement aux gouverneurs des villes.

Il est encore question de cette affaire de fossés et de pêche dans la séance du premier avril suivant. A cette date, Macquet et autres avaient intenté un procès au maieur aux fins d'être mis en jouissance du droit de pêche contesté L'échevinage décidait qu'on demanderait au gouverneur des explications sur les empêchements opposés par lui à l'exercice de ce droit, et que, dans le cas où il maintiendrait les empêchements, on protesterait contre lui. — Registre aux délibérations, 4581-1582. — (4).

Des discussions aigres s'engagent un jour entre le gouverneur et l'échevinage pour des communications de lettres.— 4585.

Ces discussions nous ramènent aux deuxÉchevinages. Le premier de ces édifices où nous nous arrêterons — le petit Échevinage — était celui où, entre autres actes, se faisaient les adjudications des fermes (2). Très-vraisem-

(1) Le gouverneur n'était pas plus d'accord toujours avec messieurs de lase'néchaussée et du présidial. Les gens du roi s'avisent un jour de donner un avis à M. de Hucqueville (le XXX avril). M. de Hucqueville répond qu'il est gouverneur de la ville, qu'il sait bien ce qui est de sa charge et que, quand il faudra mettre du canon sur les remparts, il en usera selon son propre avis et non d'après celui de messieurs les gens du roy auquel ce n'est affaire d'en délibérer, lui seul étant maître du rempart. — Rtg. aux délibérations, 158f-i585.

(2) « Le mercredy XII* jour d'aoust 1587 a esté délibéré que Adrien Poullain, bourgeois de ceste ville, sera exempt de garde l'espace d'un an à commencher au XVT jour dud. mois et linant à pareil jour enssnivant et ce moiennant une table de bois de chesne de la longueur de xii à xv pieds et de largeur de m pieds et demy ou environ avecq les deux tourteaux de chesne tourné que led. Poullain a délaissé et quitte au prouflit de ceste ville et par luy délivrée et mis en mains de Bernard Rohault cappitainc du guet quy s'en es! chargé pour estre mise en la chambre d'en

blablement au douzième siècle, les délibérations de la ville s'étaient tenues en ce lieu, dans une construction qu'a remplacée celle qui, en gardant jusqu'à la Révolution le nom de petit Échevinage, a pris cependant (1) celui de Bourdois Ce lieu, près de l'église Saint-Georges, au centre de la vieille ville, et qui fut, peut-on fermement croire, le berceau de la liberté communale, est donc le plus vénérable de tous ceux devant lesquels passe notre indifférence. A l'époque où nous nous transportons, le conseil échevinal paraît n'avoir conservé, dans le modeste édifice existant alors, qu'une chambre du haut pour la commodité de quelques opérations, le louage des fermes, quelquefois les nominations des officiers de la milice bourgeoise, etc. Le reste de la maison était loué par adjudication (2).

hault du Bourdois de ceste ville respondant sur le marché où se font les adjudications et baux des fermes de cested. ville. » — Reg. aux délibérations, 1586-1587.

(1) Ou gardé. Le nom de Bourdois est aussi fort ancien. Les deux noms d'Échevinage et de Bourdois ont pu être simultanément employés à cette place dans les temps les plus reculés.

(2) « A Jehan Boutart la somme de unze escus quarante-trois sols huict deniers à lui ordonnée, pour plusieurs ouvrages et réparations qu'il auroit faict faire en la maison du bourg d'or (sic) qu'il auroit occupée à tiltre de louage de la ville — requesle

ordonnancée du 14 may 1587 — cy xi,r xliii5 vmd. »

— Reg. aux comptes, 1586-1587.

« De Toussaint Boutart pour.le louage de la maison du petit eschevinage respondant sur le marché à luy adjugé pour six ans en l'an mil Ve quatre-vingt-quatre commencés au jour de Pasques, premier jour d'avril dudictan (1584), moiennant quarante et ung escus deux tiers. » — Reg. aux comptes, 1587-1588.

« De Jehan de Framery pour le louage de la maison du petit eschevinage respondant sur le marché à luy adjugé comme le plus

LE GRAND ECDEVIXAGE

Le grand Échevinage où nous nous arrêterons enfin datait de 1209 et conservait bien des restes du vieux temps.

Les indications nous font défaut pour que nous puissions nous représenter exactement cette construction au temps de Henri 111. Essayons cependant de rapprocher le peu de notes qu'il nous a été donné de rencontrer. La porte d'entrée était *en forme d'arcade; au fond de la cour s'élevait comme aujourd'hui la grosse tour quadrandrangulaire du beffroi; la toiture pointue de ce beffroi différait seule de la timballe qui l'a remplacée au commencement de notre siècle. En retour, à droite de la grosse et vieille tour, était le bâtiment à porte ceintrée surmontée d'un dessin ogival par laquelle on se rend maintenant au jardin et dont le haut est occupé par le dépôt des archives. De l'autre côté de la tour, c'est-à-dire en face même de la porte en arcade ouvrant sur la rue, courait la galerie sur laquelle le maire haranguait le peuple le jour de sa nomination. Pour le reste, nous ne pouvons plus que reconstruire, et bien incomplètement, en nous aidant des registres municipaux.

Et d'abord où se trouvait la chambre du conseil et

offrant pour trois ans, dont l'an de ce compte est le premier, nioiennant la somme de vingt-trois escus chacun an, cy pour

Tannée dudict compte xxiu"c. »

— Reg. aux comptes, 1591-1592.

cette chambre était-elle différente de celle qu'on appelait la grande salle de l'échevinage? Les notes suivantes, rapprochées d'autres qui pourront se révéler, aideront peut-être à éclaircir le point plus tard :

« A Augustin Lebrun la somme de vingt-six sols pour avoir nettoyé et mis en plomb les verrières de la chambre du conseil, cy xxvi8. »

— Reg. aux comptes, 1578-1579.

« A esté payé par Jacques Lecat à deux manouvriers qui auroient nettoie et porté plusieurs pierres et terres hors de la grande salle dudict eschevinage la somme de quatre livres deux sols, cy rsc xxns. »

— Reg. aux comptes, 4585-1586.

« A Jehan Calippe, menuisier, pour avoir racoutré les de la grand chambre dudit echevinage. . vs. »

— Reg. aux comptes, 1587-158S.

« A esté paie à un menuisier pour avoir levé et remis le refend de la salle du grand eschevinage par plusieurs fois dix sols xs. »

— Reg. aux comptes, 1589-1590.

« A Michel Lebel, peintre de la ville de Paris, la somme de six escus à luy ordonnée pour avoir peint en ung tableau l'image du Crucifix pour poser au manteau de la cheminée de la chambre du conseil dud. eschevinage.—Ordonnance du XXlllle aoust (1593), cy. vrsc. »

— Reg. aux comptes, 1592 1593.

Une grande partie de l'échevinage paraît, d'ailleurs, avoir eu grand besoin de réparations au temps où nous sommes.

L'horloge était en fort mauvais état, au mois d'août 1586, d'autant que le clocher était resté découvert depuis les réparations faites quatre ou cinq mois auparavant. -

Rapport de Artur Formentin, conducteur des orloges du grand eschevinage.

On trouve encore :

« A Nicole Bontin, chartier, pour avoir charié en l'eschevinage une pierre blanche pour faire une ovalle en l'escallier faict de neuf ims. »

A un autre charretier pour avoir charrié « plusieurs grès aud. eschevinage . xs. •»

— Reg. aux comptes, 1585-1586.

A un plombier « la somme de cinq escus dix-sept sols pour ouvrage faict et plomb employé et mis en œuvre au beffroy de l'eschevinage. Ordonnance du 28 mai 1592. »

— Reg. aux comptes, 1591-1592.

Du feu était allumé en quatre lieux au moins de l'échevinage :

« A Hector Torel, housseur de cheminées, pour avoir housse quatre cheminées audict eschevinages sellon qu'il appert par sa quittance huit sols vms. »

— Reg. aux comptes, 1575-1576.

Si nous parcourons maintenant les bâtiments, un peu au hasard au milieu de nos incertitudes, nous trouverons qu'une trésorerie et une chapelle avaient été nouvellement construites:

« A Claude , menuisier, pour avoir racoutré

vingt et une laiettes à mettre pappiers en la noeufve argenterie la somme de trente-quatre sols, cy. xxxims. »

— Reg. aux comptes, ld85-1580.

« A Wall.... Warré, vitrier, pour avoir faict une vitre à la chapelle nouvellement faicte audict eschevinage cinquante-cinq sols lvs. »

- Reg. aux comptes, 1585-1580.

Nous trouverons qu'en un lieu était déposé le poids de la ville :

« Le treiziesme jour de may (1591) , Denis de la Comble, fermier du poids de la ville, pour avoir transporté de son autorité le poids de l'eschevinage au chasteau, condampné en six escus vrsc. »

— Reg. aux comptes, 1590-1591 — Une amende de cette importance marquait alors une grosse condamnation.

Nous trouverons encore un lieu où étaient conservées des armes, une sorte d'arsenal :

« A Anthoine de Caumont, armurier, la somme de ung escu vingt sols pour avoir nettoyé et entretenu les armes estans au grand eschevinage par mandement du vingtiesme dud. mois d'aoust 1592 iesc xxs. »

— Reg. aux comptes, 1591-1592.

Derrière l'échevinage était une grange :

« De Pierre Quoiret, charpentier, pour le louage de la grange derrière l'eschevinage, la somme de ung escu deux tiers, cy r^u*. »

— Reg. aux comptes, 1587-1588.

Même location au même et pour le même prix en 1589-1590.

Le magasin actuel des pompes de la ville ne serait-il pas sur l'emplacement de la grange du seizième siècle?

Dans le jardin même dépendant de l'échevinage coulait un égoût nommé la Rabette :

« la somme de soixante et ung sols huict deniers

pour le nettoiage et eu rement de la Rabette passant par dedans !e jardin de l'eschevinage, cy lxis. »

— Reg. aux comptes, 1557-1588.

Celait le concierge de l'échevinage qui se chargeait des fournitures nécessaires à la chambre du conseii :

« A Jehan Auger, sergeant à mace, garde et geollier dudict eschevinage, la somme de vingt-nœuf livres nœuf sols tournois pour bois, chandelles et feu par luy livré durant l'année de ce compte lors de l'iver et qu'il en a esté besoing es assemblées journellement faictes et pour les affaires de ladicte ville, sellon qu'il est particulièrement et au long déclaré par le rolle de ce dressé et mandement estant en fin d'icelluy du vingt troisiesme jour d'aoust audict an mil Ve soixante-dix-sept, et quittance , cy xxix1 ixs. »

— Reg. aux comptes, 4576-1577 (1).

Le geôlier ne fournissait d'ailleurs que le papier employé dans la salle même du conseil et servant aux détails de la délibération -, la ville achetait elle-même celui que réclamait l'expédition de ses affaires (2).

( I ) Cet article se répétait sans grands changements tous les ans : « A Jehan Auger, geollier des prisons du grand eschevinage, la somme de trente livres dix sols à luy deue pour les bois et chandelles, feu, charbon, pappier et aultres choses par luy livrées durant le temps de ce compte pendant l'hyver qu'il auroit esté besoing y estre journellement assemblés, sellon qu'il est particulièrement déclaré par Pestât de ce dressé et mandement en lin d'icelluy du XXIII16 d'aoust M. Ve LXX1X et quittance, le tout cy rendu, cy xxx1 x\ »

— Reg. aux comptes, 1578-1579.

Il paraît, suivant la déclaration du geôlier, fournisseur de bois, de chandelles et de papier à MM. du conseil, que MM. s'étaient assemblés fort souvent en cette année 1579-1580; aussi l'indemnité qui lui est accordée s'élève-t-elle cette fois à dix écus deux livres cinq sols quatre deniers.

Dans les comptes de 1579-1580 figurent aussi des « torses et aultres luminaires » qui ont servi « tant à monsieur le maieur pour aller aux portes la nuict et aultres endroits pour le faict de la garde comme aultrement. »

(2) En 1587-1588, elle paye la rame du grand papier cent cinq

oub

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