‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 27 sur 43 · LA POLICE · texte numérisé non relu

LA POLICE

Nous diviserons ce chapitre en deux parties, d'abord la police des métiers, des marchés, des rues, puis la police que nous appellerons morale, celle qui regarde la conduite individuelle, l'observance des règles religieuses.

Police des Métiers

Je ne veux pas aborder en plein, dans ce chapitre, les règlements des corporations. Il suffit à notre projet de jeter le regard du passant sur les relations quotidiennes, les chicanes, les grosses affaires de ménage des bourgeois entre eux Je n'ai pas la prétention d'écrire ici une histoire des métiers d'Abbeville , mais seulement de montrer, dans les professions diverses, les mœurs honnêtes ou non, de saisir quelques supercheries, de retrouver quelques usages. De là, le choix des notes que j'assemble pour en tirer de simples ré\élations familières. J'entreprends ces rapprochements, non dans l'espoir de compléter, mais dans le désir d'ébaucher sous un nouvel aspect, sous le jour de la boutique ou de l'atelier, la physionomie des habitants d'Abbeville aux environs et

au moment de la Ligue. Les témoignages, il faut le dire, ne sont pas tous à l'honneur de la probité commerciale, mais n'y avait-il pas aussi plus d'exigence de la part des chalands, plus de hâte dans leurs plaintes, plus de sévérité dans les répressions? Estimons que les bourgeois du seizième siècle aimaient à être bien servis et à avoir en tout bonne mesure.

Voyons d'abord comment étaient punies les fautes commises dans la fabrication ou dans la vente des choses nécessaires à la vie.

Les boulangers nous entraînent les premiers devant la justice municipale. Le premier jour de décembre 1576, un d'eux est condamné « pour avoir faict pain deffectif » à une amende de xxvi sols mi deniers \ en juillet 1577, un autre est condamné pour la même cause à xv sols. — Argentiers, 1576-1577. — Le premier jour de février 1588, un autre est condamné, « pour avoir vendu pain blancq à plus hault pris que l'ordonnance, » à un écu d'amende dont le tiers aux accusateurs, soit pour la ville xl sols.

— Argentiers, 4587-1588.— Un autre est condamné, le onzième jour du mois de mars 4592, à xxvi sols vm deniers » pour avoir faict pain deffectif, » et, le quatorze du même mois, un autre, « pour avoir faict pain trop léger, » est frappé de l'amende alors énorme de six écus.

— Argentiers, 4591-151)2.— Deux autres condamnations indiquent des limites de métiers ou la protection même de l'industrie des boulangers: le vingtiesme jour du mois de septembre (1586), Michel de Bernay est « condampné en ung escu pour avoir trouvé du pain d'espice en sa maison contre la deffense. » — Argentiers, 1586- 1587. — Peut-être ne devons nous pas oublier ici que Tannée 1586-1587 fut une année de grande misère et

d'ateliers de charité — « Dudit jour (1111e de novembre 1583), Charles de Rambures, pour avoir vendu pain du dehors à ses hostes, est condamné à xx sols. »

Aux boulangers succèdent en grand nombre les marchands de vin et les brasseurs. Le commerce des vins paraît avoir été important. L'échevinage ne s'ingérait pas de fixer le prix du vin qui était une boisson de luxe et qui venait de loin, mais il n'en était pas de même pour la bière, boisson fabriquée dans la ville et regardée comme de nécessité. En l'année 1587-0,588, un sergeant reçoit la somme de six escus trois sols six deniers « pour les Irais d'une esproeuve faicte affin de donner pris à la bière (1). » Les condamnations pleuvent d'ailleurs sur les marchands de vin comme sur les brasseurs pour des contraventions diverses. Le 3 septembre 1579, un marchand de vin est condamné, « pour avoir vendu du vin

(l) Le 21 janvier 1588, une commission compose'e d'échevins présente, un état des mises « qu'il leur a fallu faire pour faire un brassin de bière de deux sacqs pour esproeuve, aflin de donner prix raisonnable à icelle pour le bien public. »

Suivent toutes les dépenses de ce brassin.

Le prix, disait-on, pouvait être établi, en définitive, à 23 sols 9 deniers pour chaque baril, ce qui serait pour chaque pot 4 deniers.

On avait tiré 31 barils du brassin. II devait, à ce prix, rester en bénéfice pour le brasseur 3 deniers par chaque baril, plus le 21e baril.

On fait venir les brasseurs , la délibération continue avec eux.

« A Nicolas de Calmont, sergent, la somme de six escus trois sols six deniers pour les frais d'une espreuve faicte affin de donner pris à la bière. — Ordonnance du XXIIIe jour d'aoust (1588), cy \TSC m8 vid. »

— Même année, 1587-1588.

sans afforer, » en xxx sols d'amende ; le même jour, un autre, pour semblable cause, est condamné à xx sols; — beaucoup d'autres encore ; - et le lendemain , pour même cause, un échevin est frappé de la même amende de xx sols j— d'autres encore. — La police municipale avait, parait-il, jeté largement le tilet —Argentiers, 1579 15S(i. — On trouve aussi, en 1580, des condamnations à deux écus d'amende, «pour avoir niellé vin. » — Le XVIIe jour de novembre (1584), un marchand est condamné à \i sols vin deniers, « pour avoir remply vins sans avoir appelle l'esgard ; » le même jour , quatre autres sont condamnés pour avoir faict remplir lesdicts vins.— Le XXVIIe jour dudict mois de juillet (1582), François de la Plante , gascon , « pour avoir souffert emplir en sa cave une barique de Bordeaux de vin de Charente, condampné en xl sols ; ledict jour, Nicol. Franqhomme, tonnellier, pour l'avoir emply, xm sols m deniers; ledict jour, Anthoine de Hault, pour avoir vendu la futaille entre deux fonds, xl sols. »—Argenti<rs, 4581-4582.— Le XVIIe juillet (15^6), condamnation en un écu pour vente de vin deffectif. — 1585-1586. — Le seizième jour de juillet (1588), un brasseur, pour avoir vendu sa bière à plus haut prix que l'alfeure, est condamné en un écu dont le tiers aux accusateurs, soit pour la ville xl sols; le même jour, le même brasseur, « pour sa bière n'avoir esté estol'fé suivant l'ordonnance, >• est condamné en pareille amende; le dix-neuviesme jour du même mois, nouvelle condamnation en quarante sols, dont le tiers aux accusateurs, pour vente de bière à plus haut prix que l'affeure — Argentiers, 4587 1588.— Le vingt-huitiesme jour de septembre (1589), condamnation pour vente de bière defl'ective à xxx sols. - Argentiers,

1589-1590.— Les coalitions des brasseurs étaient poursuivies; il est vrai qu'il s'agissait alors d'une affaire importante, d'une conspiration sérieuse pour les bourgeois du seizième siècle : le vingtiesme du mois d'aoust (1590), sept brasseurs sont condamnés en un écu d'amende chacun. * pour s'estre liés et complotés ensemble de ne faire bière. » — 1589-1590.— Et le registre de la même année nous donne, pour quelque cause grave sans doute : « A este paie pour une sentence du greffe de la sénescbaussée contre les brasseurs unze sols quatre deniers — xis imd. » — 1589-1590.

Nous trouvons moins de condamnations contre les boucliers: le XIIe jour du mois demay (1584), deux bouchers sont condamnés à xl sols « pour avoir tué sans montrer. » — Argentiers, 1583-1584 — Le XIIIe jour du mois de septembre (1585), un boucher est condamné à dix sols « pour n'avoir mis du drap rouge sur de la chair de thoreau. » — Argentiers, 1585-1586.

Les marchands de poisson étaient soumis à des réglementations que l'on peut encore saisir dans les amendes infligées aux délinquants. Le poisson devait être vendu publiquement dans un lieu ouvert à tous les acheteurs et ne pouvait être enlevé sans avoir été mis en vente. Le vingtiesme du mois de roay (1593), « la vefve de Jehan Sanson, hoste de la Poissonnerie, pour avoir vendu du poisson en sa maison, » est condamnée en un écu.— Argentiers, 1592-1593.- Le XXVIIe jour du mois de septembre (ioS5), Charles Davesne, chasseur de marais (1), « pour avoir chargé son poisson pour trans-

(1) Marée évidemment. Nous ne disons plus chasseur de mdrée, mais chasse-marée.

porter par basteau sans l'exposer en vente, » est condamné aussi en un écu.— Argentiers, 1585-1586 —Le l'ait eut été puni non moins sévèrement, quand bien même cette année n'eut pas été une année de disette.

Marchands d'épices, de vinaigre Un grand nombre de condamnations frappent, en mars 158G, des bourgeois qui ont vendu « des espiecs defiectives. » — 15S5 1586, année malheureuse, nous l'avons dit. — Le trentiesme de juin 1592, Jehan Damerval, vinaigrier, « pour avoir abusé de son mestier, » est condamné en quatre écus, dont le tiers aux accusateurs.— 1591-1592.

Les hommes de notre temps n'ont plus toujours contre leurs fournisseurs les garanties du seizième siècle. Ce ne sont pas seulement les boulangers et les marchands de vin que nous trouvons à chaque instant ramenés à l'honnêteté par la justice municipale, mais aussi les tailleurs, les cordonniers, les fabricants et marchands de drap Nous relevons rapidement les condamnations suivantes: du XVIIe jour dudict mois (de may), Guillaume Seguin, tailleur d'habits, pour avoir l'aict ung manteau deffectif, xxvis vmd — Argentiers, 1577-1578.

— Le dix-huictiesme jours du mois de janvier (1593), un autre tailleur d'habits est condamné, « pour avoir gatté une robe, » en un écu. — Argentiers, 1592-1593. — Le treiziesme jour d'octobre (1576), un cordonnier est condamné en xv sols, « pour avoir faict mulles defièctives. »

— Argentiers, 1576-1577 Le cinquiesme jour de mars (1590), un pareur, « pour avoir paré ung drap défectif, » est condamné en xxx sols. — Argentiers, 1589- 1 690. — Le quatorziesme jour du mois de janvier 1588, un marchand chez qui on a trouvé « ung aulne deffectif» est condamné en trente sols, dont le tiers aux accusateurs; — 1587

1588- le 1111e jour du mois de septembre lo8i, un drapier chez qui on a trouvé « une aulne de ceste ville trop longue » est condamné en mi livres-, — 15s5-l5Sr> — le XVe de jour de janvier 1586, le même marchand, chez qui on a trouvé cette fois « ung aulne trop courte, » est condamné en xmsmi deniers.— J 585-1586. — En ce mois de janvier, un grand nombre de marchands sont condamnés pour la même raison. — i8N5-15vN6. — Le quatrième jour demay (1594), onze marchands sont encore condamnés comme possesseurs d'aulnes trop courtes — 1593-1595.

Les arquebusiers aussi étaient tenus de fournir de bonnes armes: « Le vingt-huictiesme jour d'aoust (1586), INicol. Temps, harquebusier, pour avoir fuict des harquebuses deffectives, condamné en trente sols, le tiers à l'accuaateur; cy à la ville, xx sols. »— J586-lo87.

La justice municipale n'était pas moins sévère pour les jauges. Nous trouvons, au cinquiesme jour d'octobre 1589, dix contrevenants condamnés à cinq sols chacun « pour avoir des tombereaux n'estans de jaulge. » — '1 589- i 590.

Cette même justice punissait les malhonnêtetés intéressées qui faussaient les règles dans les réceptions aux maîtrises : Le trentiesmejour de may (1592), un tailleur d'habits est condamné en quatre écus « pour avoir receu argent d'i;ng tailleur pour le passer maistre » — 1591- '1592. - (I)

Llle condamnait aussi les contraventions aux statuts

(t) La ville tirait un certain produit des maîtrises. Je lis, en l'année 1591-1592:

« Autre recepte à cause de certaines maîtrises vendues en

intérieurs des corporations, aux invasions d'un métier sur un autre. Je prends quelques exemples au vol, en feuilletant chronologiquement les registres : Le seiziesme du mois de décembre (lo78J, un bourgeois est, « pour entreprinse par luy faicte sur le mestier de vinaigrier, » condamné en soixante sols, dont le tiers aux esgards. - Argentiers, 1578-1579 (1) — Le dix septiesme jour de février (15S8), un mercher (mercier), qui a contrevenu aux statuts, est condamné encore en soixante sols, dont

l'année, en conséquence des délibérations faictes en Tan précédent.

D'Antoine Dentier [?], pour une maistrise de fournisseur, deux escus nosc.

De Pierre. Gorenflos, pour une maistrise de marcschal, huict escus vin"1.

De François , pour une maistrise de cordicr,

trois escus m"0.

De François Sarazin, pour pareille cause, deux escus. n'sc.

De Jehan Platel , pour une maistrise de serrurier, cincq escus V"'.

De Charles Petit, receu maistre harquebusier, quatre escus ivosc.

De Nicol. Daullé, receu maistre brasseur, cincq escus. vcsc.

Ces sommes n'empêchent pas la perception de quelques droits de bourgeoisie sur les titulaires de ces nouvelles maîtrises. Ainsi, je lis au chapitre des receptes, pour les droits de bourgeoisie :

De Pierre Gorenflos, receu maistre marcschal et bourgeois, xvi".

De Jehan Platel, maistre serrurier xvi'.

— Argentiers, 1591-1592.

(i) A plus forte raison la ville protégeait-elle dans loin s professions ses habitants contre les empiétements du dehors: Le quinziesme jour de may (1579), Nicolas Tellier, carrelier du Pondremy, « pour entreprinses faictes sur le mestier de gribeunier, « est condamné à l'amende.

Le 15' jour de novembre, Jehan Gaffé, charpentier forain, « pour avoir besongné en ceste ville, condamné en xv sols, moitié aux

le tiers aux accusateurs — 1587 15SS. -Le quinziesme jour du mois de mars de la même année, un autre marchand, « pour avoir entreprins sur le mestier de chaulseteur, - est condamné en trente sols, dont la moitié aux accusateurs. — 1587-J5S8 — Le septiesme jour de septembre (151)2), un savetier est condamné en vingt sols, « pour avoir faict des souliers neufs. » — 1592- 1593. — Le vingt huictiesme de may (!o93), l'hostesse du Petit- Sainct-Jacqucs. « pour avoir entreprins sur le mestier de cuisinier, » est condamnée en \ ingt six sols huit deniers-, — 1592-1593)- et le huictiesme jour d'aoust (1594), un cuisinier est condamné à xxx sols, » pour avoir entreprins sur le mestier de boucher. » — 1593- 159't. — La soumission aux règlements devait être si stricte, le qui -vive était si prompt sur les limites des différents métiers, que la justice municipale avait à maintenir parfois les droits des brouttiers contre les simples manouvriers : Ledeuxiesmejour dejuing(1592), cinq manouvriers sont condamnés en la somme de quarante-cinq sols, » pour avoir entreprins sur le mestier de brouttiers. » — -1591-1592. — Deux autres manouvriers

esgards vu* vid. »

— Argentiers, 1578-1579.

« Le XXI" jour du mois de janvier (1580), un tellier (tisserand) estranger (l), pour avoir raporté (apporté) une toille en ceste ville, condampné en x sols. »— 1579-1580.

En 1589-1590 encore, je vois des forains condamne's pour avoir vendu des meubles à des bourgeois. Cette interdiction d'acheter des meubles aux forains était un grand encouragement à la fabrication dans la ville même, la ville étant riche d'ailleurs et les bons bourgeois pouvant bien payer la prospérité des métiers, du métier des buchiers, par exemple.

(1) Ou estrange, ce qui a le même sens.

sont condamnés, l'année suivante, en vingt sols, pour la même cause (1).

Quelquefois aussi on condamnait les gens de métiers qui refusaient de travailler quand ils en étaient requis. Un tonnelier est condamné pour cette cause, en 1579. — Argentiers, 1579-158».

Police des Marchés

Passons à un chapitre qui intéresse les hommes de tous les temps, mais qui préoccupait visiblement les hommes du seizième siècle. Les raffinements des princes, les grosses joies à ventre déboutonné des écrivains, excusent fort les braves bourgeois de ce temps Rabelais n'était pas encore très loin, et la date ne serait pas mal choisie pour traiter de la gourmandise à Abbeville.

Certaines précautions écrites dans les règlements protégeaient, dans les marchés au gibier et ù la volaille, le gros des habitants de la ville contre les cuisiniers et les releveurs forains. Cuisiniers et acheteurs du dehors ne pouvaient faire leurs emplettes dansces mai chésqu'à une heure fixée. 11 leur était également interdit d'arrêter les denrées au passage en tes achetant partout ailleurs dans la ville. IN'ous courrons vite au milieu des condamnations qui pleuvent, d'année en année, sur les cuisiniers Le XVIIe jour de novembre (1578), un cuisinier est condamné, « pour avoir acheté gibier avant l'heure, » à x sols (2) ; le même jour, un autre pour pareille cause, à

(1) Ne serait-ce pas par suite de certaines interdictions imposées aux manouvriers que nous verrons quelquefois dans les travaux de la ville les terres transportées sur les remparts dans des hottes?

(2) On achetait encore (et avant l'heure !) du gibier au mois de

xx sols; le même jour, un autre à xx sols; le lendemain, deux autres cuisiniers sont condamnés pour semblable contravention chacun en xxx sols. Les amendes grossissent, on fe voit, avec l'indignation des juges; elles retombent en général, cependant, à x sols dans les années suivantes où il n'y a encore qu'à choisir, car les cuisiniers paraissent surtout incorrigibles entre les gens des métiers divers à cette date. Ainsi on peut, pour trouver plus vite, voir au XXX décembre 1583, et passim dans les années 1585- 1586 et 15S7-1588. Les cuisiniers tiennent ainsi beaucoup de place dans nos registres Ils devaient être nombreux, à en jugerparlesnomsdifférents que je rencontre. Une rue même de la ville était appelée rue des Cuisiniers, du rapprochement sans doute de plusieurs d'entre eux. Et les bourgeois de ce temps avaient tous leurs maisons, leurs femmes, leurs cuisines particulières. Les cuisiniers ne semblent pas avoir souffert beaucoup, dans les teivps que nous étudions, des troubles civils et des misères de la guerre. Si les bourgeois prudents prenaient et faisaient appliquer cependant quelques mesures contre eux, ils les protégeaient, en se défendant eux-mêmes, contre les acheteurs étrangers: Le XXIIe jour de novembre 1578, Simon Dubo, forain, est condamné en xx sols, dont le tiers aux accusateurs, pour avoir acheté gibier avant l'heure.— Argentiers, 1578-1579.— Le XXI novembre de l'année suivante, un homme du village de Frireille [?] est condamné seulement à dix sols pour la même cause.— 1579-

mai. Les lois conservatrices du gibier étaient loin de la pensée des bourgeois du seizième siècle.

Il était détendu d'aller au-devant des vivres. On -voulait chance égale pour tous devant les bonnes fortunes de la table. Je trouve, au XXI novembre (lo7à), une condamnation de quatre sols contre Catherine de Vincheneuil, veuve de Guillaume Darras, pour avoir esté au-devant des vivres, - i57S-1o79, — et plus tard une autre condamnation de trente sols, dont le tiers aux ascusateurs, contre un bourgeois qui était allé au-devant des vivres et en avait fait acheter pour transporter hors la ville..— Argentiers, lo87-:5V-.

Il ne fallait pas d'ailleurs que les cuisiniers, protégés comme nous le voyons par toutes ces mesures, se permissent de vendre du gibier avancé ou mal en point. Le quatriesme jour du mois de septembre (1578), Thomas Clanchart, cuisinier, « pour avoir vendu ung levrault delfectif, » est condamné à l'amende. — 1578- J579. — Mais ce qui marque encore mieux le souci des habitants d'Abbeville pour la correction en toutes les choses de la bouche, c'est cette condamnation à quarante sols qui frappa, le 2 décembre 1585, Marguerite Leleu, veuve de Claude de Bonnelles, « pour avoir vendu des pattes (pâtés) reschaulés »— 15N5 JÔ86. — (I)

(1) L'auteur qui voudra ëcrire un jour l'histoire des métiers d'Abbeville devra nécessairement parcourir d'année en année, dans les registres aux comptes, les chapitres des amendes. Chaque année fournit un bon contingent de condamnations qui montrent avec quelle sévérité on punissait les transgressions aux règlements des diverses professions. Tous les métiers étaient plus ou moins frappés par ces condamnations. Je retrouve celle-ci : « le troisiesme jour dudict mois de septembre (1579), Martin d'Escaufour, tailleur d'images, pour avoir faict des ymages de bois deffectif, condampné en ung escu, le tiers aux accusateurs, xl sols pour la ville. » - Argentiers, 1579-1580.

Ces observations sur les vivres nous amènent natu Tellement aux lieux où étaient vendus les objets de consommation les plus ordinaires et les plus nécessaires.

La place des marchés, sauf celle du Marché-au-BIé, était fixée par des ordonnances ('). Le bois et le charbon se vendaient a la place Saint-Pierre (2); les œufs, le beurre, le fromage « et aultres sortes de campenaige venans des portes Saint Gilles, du Bois et Marcadé, » au Pilory (3); les mômes denrées, venans de la porte Docquet, au-devant de la porte de l'Hostel-Dieu (4).

Police des Rues

L'ordonnance des alignements existait déjà depuis longtemps peut-être. 11 était, comme de nos jours, défendu de faire, sans autorisation, exécuter des travaux aux façades des maisons, ou suivant l'expression du temps, aux frocs.— Le 1er jour de mars (I5b6)- Jacques

(1) Ordonnance du mois de septembre de Tannée 1585-1586; mais celte ordonnance était renouvelée annuellement.

(2) » Le XVIIe jour dudict mois (de décembre 1579), Adrien Dairainnes, forain, pour avoir ebarié bois ailleurs que en la place

Saint Pierre, condampné en xx'. »

— Argentiers, 1579 1580.

« Le XXVI" jour dudict mois (de juillet 1586), Pierre ,

Mathieu de le Pierre cl Jehan Garbe, pour avoir < stalle charbon en aultre lieu qu'en la place Saint Pierre, condampnés en. . xv'. » * — Argentiers, 1585-1586.

(3) Le cinquiesme jour de septembre (1592), Anthoine Caumartin, pour avoir estallé beurre sur le pont aux Poissons, condampné en xx sols xx'. —

Argentiers, 1592-1593.

(4) 11 nYst pas question, dans cette ordonnance, des denrées entrant par la Portelette.

de Huppy, pour avoir touché sur le frocq sans congé, est condamné en xxs. - Argentiers, 1585-1580. — Le treiziesme jour du mois d'avril, Pierre de Brucamp, masson, pour avoir travaillé sur le frocq sans permission, est condampné en un écu ie,c.

Le même jour, un autre maçon et un charpentier sont condamnés pour même cause —Ibid., 1589-1590. — Le vingt et ungiesme (uniesme) jour dudict mois d'avril (1592), Henry Darras, pour avoir entreprins et basty sur

frocq, est condampné en ung escu rsc.-~

Ibid., 1591-1592.

La police municipale n'était pas indifférente à la propreté des rues, à la salubrité même des cours d'eau qui traversaient la ville, bien que nous puissions douter du parfait succès des ordonnances à cet égard et de l'efficacité des peines appliquées aux contraventions; on voit, cependant. que les rues n'étaient pas encore régulièrement balayées, et l'on trouve de ces mentions dans les registres aux comptes : A tels ou tels « la somme de cinquantedeux sols à eulx deube pour avoir nettoie les immondices estans près de l'Hôtel- Dieu; » de même pour le Pilori ou d'autres lieux. — Argentiers, 1581-1582. — Les habitants se débarassaient volontiers dans les rues ou dans la rivière des ordures qui s'entassaient dans leurs étroites maisons. Les condamnations, « pour avoir jeté des immondices sur les places publiques » ne sont pas rares. — Voyez en l'année 1585-1580, Reg. aux comptes, mars, et dans les autres années passim: « Le VIe dudict mois (d'août 1585), Charles Gaffé, meunier, pour avoir charié immondices en la place Saint-Pierre, » est condamné « en xl sols » - Argentiers, 15S5-1580 — Je rencontre, en l'année KMM58S , plusieurs condamnations pour

avoir jeté des immondices dans la rue pendant la nuit. Et de même pour la souillure de la rivière-, en 'i 683ioS/j : du XXI ï ii jour dudict mois de septembre, Jehan de Poilly, pour avoir l'aict jetter immondices en la rivière xs.

Et en Î5S;)-158G: le XVIIe dudict mois de décembre ( :;5oo) Jacques Noëli, pour avoir fait jeter des immondices en la rivière . xiii'im'.

Lediet jour, Jehan Ikquet, pour pareille cause, même condamnation.

Police des Maisons

11 était, à certaines dates du moins plus sévèrement défendu et puni pour la salubrité publique, de garder chez soi des porcs, des canards, des lapins, mais les condamnations pour les porcs sont surtout nombreuses. Nous trouvons, en 457SM580, défenses « de tenir pour ceau* » dans les maisons, et condamnations à ce sujet ; l'année 1583-1584, nous fournit beaucoup de condamnations pour cette cause ; ces condamnations vont parfois à xl sols, avril J58'i - J'ai relevé une condamnation à xx sols au XXVIe de septembre 1585; l'année 1692-1593 nous en fournit d'autres, dont je n'ai pas noté le taux.— Pour la défense de garder des ainettes (des canards) et des connins (des lapins), voyez le Registre aux comptes de L.83-'- Ji.

Lu cloche était sonnée pour la clôture des portes Après cet avertissement, on ne pouvait plus se livrer à certains travaux. Quelques exemples de condamnations à cet égard pourraient être présentés d'année en année: Le XXVI jour d'octobre (1685), Jehan de la Fosse est condamné en cinq sols d'amende pour avoir fait tra-

vailler en sa maison la nuit.— Ibid., 1585-1586. — Le douziesme jour dud. mois (juillet 1593), Nicolas Lataignant, pour avoir faict tirer son vin à heure indeube,

condampné en . infsc xxs. —

Ibid., 1592-1593.

11 était également défendu de se promener dans les rues aux heures de la nuit (1)5 la règle était d'une morale très-sévère.

Le guet se chargeait de remettre dans le chemin de la vertu ou de la réserve les bourgeois ou les étrangers tentés de s'en écarter. Le guet recevait le mot du gouverneur militaire de la ville (2). Les bourgeois qui veil-

(1) Le dix-luiicticsme dudict mois de novembre (1593) Charles Le Fort, pour avoir esté trouvé par la ville à heure indeube,

condampné en . . . iciC.—

argentiers, 1593-1594.

(2) Le XIIIe jour de may a esté ordonné que, à raison de la malladie du cappitaine du guet, Claude Le Cat, clercq du guet, ira par chacun jour quérir le mot au chasteau.— Heg. aux délib , 1583-1584.

Je n'ai encore réuni que peu de notes sur le guet d'Abbeville; je fixe celles-ci pour un chapitre à venir:

Nicolas Lourde! résigne l'office du cappitaine du guet au profit de Bernard Rohault.— 1586-1587.

L'oflice de clerc du guet, résigné aussi par Claude Lecat au profit de Bernard Rohault, reste uni et incorporé à l'oflice de capitaine, dont appert par délibération de l'eschevinage du 5 août

Recepte à raison des droicts du quart de la vente et résiliation des offices de lad. ville :

A ledict comptable receu de Nicolas Briet pourvu de Testât de cappitaine du guet vaccant par la mort de Bernard Rohault, la somme de huict vingts-six escus deux tiers, sefïon qu'il appert par dellibération du jour de décembre audict an Ve quatrevingt et dix. — Argentiers, 1590-1591.

laient dans les corps-de- garde prêtaient main-forte aussi au maintien de l'ordre. On trouve, dans les registres municipaux, mention des rondes faites par leurs officiers (1).

Avant d'en finir avec la police des marchés et des rues, nous savons que la ville était déjà divisée en quatre quartiers, savoir:

du Bois,

Marcadé,

Docquet,

Sainct-Gilles, mais nous n'avons pas vu encore que cette division ait servi sérieusement à la police avant la Révolution de

Les hôteliers étaient tenus dapporter à l'échevinage les noms des voyageurs qui logeaient chez eux. Des amendes variables punissaient ceux qui oubliaient cette obligation.

« Le XXe jour dudict mois (de janvier lo80), Toussaint de la Fosse, pour n'avoir aporté la bulette de ceulx logés en sa maison, » est « condampné en un escu . iesc. » — Argentiers, 1 679 1 ->80.

L année liiï>3-158/Ji nous fournit plusieurs condamnations contre tels ou tels, « pour n'avoir apporté les bulkttes de leurs hostes » Les condamnations sont, en général, de xxx sols — Ibid., 1583-1584.

« Le XXilil jour dudict mois (avril 1588), Jehan

(>) Les quatre portiers fie la ville fournissaient l'encre et le papier a pour faire signa ceulx qui ont faict les rondes en la présente année. » lis rapportaient aussi les bulletins à l'échevinage. Une délibération du '24 août 1581 leur accorde à chacun vingt sols pour ces fournitures et pour ce service.

Wallon, pour avoir logé quelques soldats en sa maison sans les avoir comprins en sa bullette, » est « condampné

en ung escu, le tiers aux accusateurs xls. » —

lbid., 1587-1588.

« Le quinziesme jour du mois de janvier ( 1 593), les hostes des Tripes et du Pain pour n'avoir aporté les buleltesde leurs hostes,» sont «condampnés en v*. » — lbid , 1592-1593.

Les ho eliers étaient encore assujétis à quelques réserves dans l'acceptation de leurs hôtes. « Le quatoi ziesme jour de novembre 1593, un « hostellain ou cabaretier, » est condamné par sentence, « pour avoir receu des femmes impudicques et [des] coupeurs de bourses en sa maison ; » amende un écu » —Argentiers, 1593-1594.

Pas pus que les cuisiniers, les hôteliers ne pouvaient enlever les premières pièces de gibier ou de poisson qui paraissaient sur les marchés; ils ne pouvaient pas davantage entreprendre sur le métier de ces cuisiniers, c'est-à-dire sans doute vendre en ville. Le XV111 septembre 1585, un hôtelier est condamné en x sols, « pour avoir achetté poisson avant l'heure, » et le même jour, il est encore condamné à xl sols, « pour avoir entreprins sur le mestierde cuisinier. » — Argentiers, 1585-158G.— Malgré ces gênes, on obligeait encore lesdits «hostellains» à ménager la bourse de leurs hôles : Le XX.e de décembre (1585), Josse Le Vieil, « pour avoir trop vendu la viande aux hostes logés au Géant, » est « condampné en six livres. » — Argentiers, 4585-1586.

La ville punissait aussi les habitants ou les étrangers qui refusaient les monnaies ayant cours légal Je trouve, en 1592-1593, quelques condamnations pour refus de pièces de six blancs.

La surveillance de l'éche.vinage s'étendait sur les pâturages communaux: « Du XVI jour de rr.ay (Î5S4), Pierre Bonnet, pour avoir mis chevaux ferrés de derrière aux marrests, xms imd. » — Autres condamnations pour la même cause, en cette même année. — Argentiers, !oî>3- 'J5S4.

La police municipale s'exerçait encore sur la rivière et sur les fossés de la ville contre la pêche illicite ou les délits analogues

« Le vingt-neufiesme dudict mois (janvier 1593), Nicolas et Anthoine Masures pour avoir pesché

en la rivière de Somme, condampnés en . . xls. » — Argentiers, 1^92-1593.

« Le vingt- sixiesme dud. mois ( nuiy L593), sire Anthoine Laioe, pour avoir tiré un brochet avec une harquebuze dans le fusse de la ville, » est <« condampné

en h sc. » —

Ibid.

« Le quatriesme jour de juing aud. an (1593), Baslien Boully, pour avoir tiré sur ung brochet dans le

fossé xxxs. »-—

Ibid.

Administration des Faubourgs

Les faubourgs ne sc gouvernaient pas, ne s'administraient pas à part sans doute, mais formaient cependant, sans grandes attributions il est vrai, sans règles bien fixes, des sortes de sous-communautés dans la commune, des compagnies : « Le dixiesme jour de septembre (■1592), deux chevau'x trouvés espavés [?] aux fauxbourgs du Bois furent vendus trente sept escus et demy, dont moitié fut adjugée à la compagnie dud. fauxbourgs, icy à la

ville dix-huict escus quarante cinq sols, xvm sc xlvs. »

— Argentiers, 1o92-15î>3.— (1)

Police des Mœurs

Abordons maintenant la police que nous avons appelée morale, parce qu'elle porte sur des délits de la vie commune, sur des fautes causées par l'emportement et par les passions, sur des infractions à la morale ou aux bienséances du temps.

Je viens de parler d'emportement et de passions, et cependant je ne vois pas que, dans ces années où les troubles devaient cependant exciter si violemment les esprits, on ait à relever un beaucoup plus grand nombre de voies de fait que de coutume. J'ai avec soin noté les actes de ce genre un peu significatifs dans la période assez longue qui nous occupe, et ne puis en produire que bien peu.

« Le unziesmejour d'octobre (1578), Charles Œulliot, pour avoir blessé Jehan "YYatinelle (2) et ung soldat, » est « condampné en vi1. »

— Argentiers d'AbbeviUe, 5 578 1579.

(1) Il n'était pas inouï de rencontrer ainsi des chevaux e'gare's, mène dans la ville. En Tannée 1590-1591, on trouve un cheval errant de la sorte au milieu des rues. L'échcvinage le vend à un bourgeois, moyennant deux écus cinquante sols (ou sept livres dix sols). Malgré la dépréciation de l'argent depuis Tan 1590, ce cheval n'eut pu sans doute être offert à Henri IV triomphant.

(2) J'ai, plus haut, supprime les noms dans les exemples à demi- honorables d'aulnes trop longues ou trop courtes; ici je puis, sans inconvénient, laisser des visages dans mes extraits. Les noms propres donnent une physionomie aux temps. L'histoire qui les accueille sort des abstractions, et nous voyons marcher devant nous de vrais acteurs, de vrais témoins, ia vie.

En février 1579, une condamnation frappe des habitants un peu pointilleux de la ville, qui se sont battus et blessés à coups d'épées hors la porte Marcadé. « Les partis » étaient trois contre trois « Chacun des partis » paie quatorze livres d'amende. — »578-lu79.. — Mais il s'agissait là d'un véritable duel et dans les formes les plus aristocratiques du temps

Un seul ecclésiastique se trouve amené devant nous par un acte de violence.

« Du XXI 11 Ie février audiet an (IBM)), sire Rr.oul Chevreux, pbre (preblre), pour la blessure par luv commise en la personne de Jehan Parenty, dont il serolt déceddé, condampné par sentence en l'amende de lad. couslume modérée à trois escus ung tiers . . mec î1. » — Argentiers, 1579-1580.

Je remarque d'ailleurs, en cette année, un assez grand nombre de querelles et de rixes. L'année fait donc exception.

« Le VIe jour de mars (1582), Jacques Querard, pour avoir blessé Julien Manessier, » est « condampné

en . . . ls. » —

Argentiers 1581-1582.

«Le II1I jour de novembre (1585), Jacques du Bourgnier, pour avoir injurié Henry Caron,» est « condampné en xxs. »

« Ledict Caron, pour mesme cause, » paie . xxxs — Ibid , 1586-1587.

La police des tavernes a rempli, nous devons l'avouer, bien des pages de nos registres. Les condamnations prouvent que les braves bourgeois du seizième siècle, avant de crier: Vive le Roi ou Vive la Ligue! ne se contentaient pas toujours des honnêtes ragoûts des cuisi-

niers. La plupart des amendes punissent des infractions au respect du dimanche ou des jours de fête. Un extrait pris au milieu de la période que nous étudions montrera avec quel zèle les juridictions diverses se seraient disputées alors la poursuite de ces méfaits, si l'échevinage, jaloux de sa justice, n'avait revendiqué le droit absolu d'en connaître.

« Le IIIe jour de novembre (1584), le procureur de la ville annonce à l'échevinage que, à la requeste de M. le procureurduroy, avoitestédonnéassignationà plusieurs habilans de ceste ville, à cejourd'huy, dix heures du matin, par-devant Mr le lieutenant criminel, afin de eulx voir condamner en amende pour avoir esté en la taverne le jour de sainct dimanche, combien que led. sieur lieutenant criminel ne poeuve congnoistre de ce faict en lequel, ajoutait le procureur de la ville, nous sommes juges compétans » L'échevinage décide que led. procureur fiscal comparaîtra ausd. assignations par- devant led sieur lieutenant criminel et demandera renvoi desd. causes par-devant l'échevinage même, juge compétant dudict cas, et, en cas de refus et que le lieutenant crimiminel en veuille congnoistre, led. procureur se portera appelant avec protestations de prendre led. sieur lieutenant criminel à partie en son propre et privé nom. » — Reg. aux délibérations, iSSb-ïStiS.

Des exemples nombreux justifieraient facilement l'échevinage du reproche de mollesse dans le châtiment des fautes. On n'a qu'à lire.

« Le vingt-quatriesme jour de janvier (1577), Bernard Rohault, tavernier, pour avoir assis les habitants en jour de lestes, » est « condampné en x sols. » - Argentiers, 157 G- 1577.

Et mille autres exemples. Nous renverrons succintement à quelques-uns dans les registres des comptes Le XIV novembre 4579, un tavernier est condamné à xxx sols, « pour avoir assis gens en sa maison pour boire et manger en jours de dimanches » — 1579-1 580. — Le XXVII septembre 1585, un autre est condamné en v sols, « pour avoir assisté en sa maison en jour de feste. » — 1585- 1586. — Un autre, le deuxiesme jour de décembre de la mesme année, est condamné en xx sols, « pour avoir assis en sa taverne en jour de dimanche. » — Autre condamnation de même valeur et pour la même cause, le XXIlll de janvier 1586. Autre condamnation en v sols, le XVIe d'aoust (1586), « pour avoir assis en jour de feste. »» -- 1585-1586 — Autre condamnation pour la même cause, le dernier jour de décembre. — 1587-1588.

— Une amende d'un écu, dont le tiers aux accusateurs, frappe, le vingt-huictiesme du mois de mars (1588), un tavernier qui a « receu à boire et manger en sa maison aucuns habitans en jour de feste contre l'ordonnance. »

— 1587-1 5S8.— Une plus légère amende de xv sols, dont le tiers aux accusateurs, frappe un autre tavernier, le quinziesme jour de novembre (1589), « pour avoir assis jeunes gens en jour de dimanche. » — Toutes ces condamnations punissent les taverniers obligeants, mais d'autres atteignaient aussi les coupables qui allaient s'asseoir chez eux. 11 est vrai que plusieurs le méritaient bien.

« Le vingt quatriesme jour de janvier (1577), Jehan Roze, pour avoir souppéau Cœur-Royal le jour des Ynocents et avoirdonné ung soufflet à la femme de Grégoire de Dompierre, » est « condampné en x sols . . x*.

« Ledict jour, Nicolas Thibault, pour avoir esté en la

taverne du Miroir, » est « condampné en xv sols. » — Comptes des argentiers, année 1576-1577.

L'année 1586-1587, bien qu'une année de misères et de travaux de charité, nous fournit un assez grand nombre de condamnations « pour avoir esté en la taverne. »

Et les années suivantes:

Le XXII du mois de décembre (1587), Jehan Le Quieu, « pour avoir esté en la taverne en jour de dimanche, condampné en trente sols , moitié aux accusateurs , cy xvs. »

Le tavernier est condamné aux mêmes amendes, <• pour avoir receu led. Le Quieu en sa maison contre les deffenses. »

Le 16 février (1 90), six cordiers sont condamnés en xxv sols « pour avoir esté en la taverne. » — Argentiers, 15S9-1590.- Autres condamnations en 1590-1591.

Non moins que les tavernes, les tripots subissaient la surveillance sévère de la police municipale Les tripots étaient ordinairement tenus, voyons -nous, par des femmes. Le vingt -huictiesme jour du mois d'octobre (i59l), Françoise Racinne, « pour avoir reccu des jeunes gens à jouer en sa maison à heures indeubes, » est « condampnée en dix sols. » - Argentiers, 1591-1592 — Le XVe jour d'avril, la veuve de Charles Le Maire, tripotière, pour avoir ouvert son tripot en jour de feste, est plus sév.èrement cpndamnée en xl sols. — Argentiers, 1585-

Les danses étaient fort suspectes à la niorale du temps, et particulièrement interdites les jours de fêtes.

« Le vingt-huictiesme jour d'avril (1588), Jehan de le Motte, charpentier, pour avoir esté trouvé dansant publiquement par les rues en jour de dimanche contre les

publications,» est « condampné en vingt sols, le tiers

aux accusateurs xms imd. » —

Argentiers, 1587-1588.

« Le vingt-septiesme dudict mois (d'avril J590), Biaise Carpentier , Jehan de Caieu , Ancel de Franqueville , Toussaint de Lobel et Jehan Seneschal, pour avoir faict

une danse publicque xxxms imd. >» —

Ibid , 1589-1590.

Les jeux étaient défendus avec la même rigueur les jours fériés et surtout pendant les heures des offices. Les condamnations nous apprennent, en outre du taux des amendes selon les circonstances, quels étaient les jeux les plus en honneur parmi les habitants de la ville. Ces jeux assez simples n'eussent pas grossi le chapitre de Rabelais.

« Le XVII dudict mois (de mai 1586), André Thomas, pour avoir joué au fer à cheval en jour de feste pendant les vespres xls.

Ledict jour, Jehan Carbonnier et un autre sont condamnés pour même cause.

Le XXVIe jour de juillet (1586J, Jacques Le Turcq, pour avoir joué au fer à cheval en jour de feste solempnelle, x sols. — Argentiers, 1585-1586.

Le troisiesme jour de novembre (1 587), Jehan Boileau x , pour avoir joué à la (je ne peux lire le nom du jeu) en jour de feste pendant le service, est condampné en dix sols, moitié aux accusateurs, cy. * ..... . . v».

Nicolas Cornu, pour même cause vs.

Un autre encore, même amende vs. —

Ibid., 1587-1588»

Le dixiesme jour de décembre, Nicolas Le Febvre est condamné en dix sols, pour avoir joué à la paulme durant les vespres, la moictié aux accusateurs. vs.

Le XVe jour du même mois, Jehan de Saint-Blimont, pour avoir joué aux cartes en jour de dimanche pendant le service, condamné en trente sols, le tiers aux accusateurs xxs.

Cinq autres ne sont condamnés, le même jour et pour la même cause, qu'à trois sols quatre deniers. Parmi ces cinq autres se trouve un Nicolas de Saint-Blimond, jugé moins coupable sans doute que le premier. — Ibid., 1587-1 583.

Le seiziesme jour du mois d'octobre (1592), le fils de Jacques Josse, pour avoir joué aux quartes. • . xls

Le trentiesme du mois d'octobre (1592), Jehan Papin, pour avoir joué aux dés en jour de leste, condampné

en lxs.—

Ibid., 1592- J593.

Le douziesme jour de juillet (1593), une condamnation à deux écus pour avoir joué au jeu de paulme pendant le service.— Ibid., 1592-1593.

Le travail constaté en jour de fête entraînait aussi des punitions qui variaient de deux sols six deniers à quarante sols, - suivant les exemples du moins relevés par nous ( 1);— ainsi pour un simple fait de travail non déter-

(I) Du IIIe jour dudit mois (de juing 1580), Jehenne du Flos, pour avoir estallé macreaux le jour de la feste Dieu, condampnée

en v

Argentiers, 1579-1580.

« Du sixiesme jour de septembre, Martin de Ponthieu, boucher, pour avoir esté aux champs en jour du dimanche. . . . xxs. »

Dudict jour, Catherine Rumanet, pour pareille cause, condampnée en xx.—

Ibid., 1583-1584.

« Ledict jour (XIXe de septembre 1585), Anthoine Groul, pour

miné, cinq sols; pour d'autres cas, dix sols et treize sols trois deniers; pour l'étalage du poisson ou des fruits, la vente de la viande, cinq sols et quelquefois dix sols; pour apprêt du drap, quinze sols; pour abattage des bestiaux, treize sols quatre deniers; pour sortie aux

avoir travaillé en jour de feste, condampné en. . . xms md. »

— Ibid., 1585-1586.

« Le XXV1P jour de septembre (1585), Jacques de Vincheneuil, pour avoir vendu une pipe de vin en jour de feste . . . xx'. »

— Ibid., 1585-1586.

« Le XXIII1 jour dudict mois (d'octobre 1585), trois bouchers sont condamnés à quinze sols d'amende, pour avoir estallé chair le jour de leur patron. — Ibid., 1585-1586.

Le XXIXe jour dudict mois (d'octobre 1585), Pierre, boquillon (bûcheron), pour avoir charié un quesne le jour de ..... (je ne

puis lire le nom du saint). , XL. —

Ibid., 1585-1586.

Le XXIXe jour du mois d'octobre (1585), Jehan Sanson, pour

avoir vendu chair en jour de feste V. —

Ibid., 1585-1586.

Le XXV8 dudict mois (de novembre 1585), Philippe Queneuille, pour avoir esté aux champs en jour de dimanche. xxvis vnT1. — Ibid., 1585-1586.

Le XII* jour dudict mois (de décembre 1585), Pierre Hecquet, cordier, pour avoir fille en jour de feste xms iiiid.

Le XIII* jour dudict mois, Pierre Bocquet, pour avoir travaillé en jour de feste x".

Ledict jour, Collechon de Liarcourt, pouv mesme cause, deux sols six deniers, cy h* vid.

Ledict jour, Martin du Flos, pour mesme cause v*. —

Ibid., 1585-1586.

Boucher condamné pour avoir acheté bestiaux en jour de dimanche .— Ibid., 1587-1588.

Bouchère condamnée, en novembre 1587, pour avoir vendu chair en jour de feste V.

Et cinq autres bouchers, pour même cause, même amende.— Ibid., 1587-1588.

champs des bouchers en quête d'animaux, vingt sols et quelquefois plus; pour vente de vin en gros, vingt sols-, pour boutique ouverte au public, vingt sols; pour drap exposé dans la rue, trente sols; pour charriage d'un chêne, quarante sols; pour vente de lard pendant le

Le dix-noeuviesme jour du mois de juillet, Cle'ment Accart , Me boucher, pour avoir esté aux champs en jour de dimanche, condampne en trente sols, le tiers aux accusateurs . . . xx'.- Ibid., 1587-1588.

Le vingt-septiesme jour de novembre. (1589), Mariette Lejeune, pour avoir estallé fruicts en jour de feste, condampnée en. vs.

Une autre, pour même cause x'.

Puis, vingt autres marchands ou marchandes (mais surtout marchandes) condamnés le même jour, pour la même cause.— Ibid., 1589-1590.

Le 30 septembre 1589, huit boulangers sont condamnés pour avoir estallé en jour de fête.

Le 19 octobre, un cordonnier pour la même cause.— Ibid., 1589-1590.

Le même 19 octobre 1589, vingt-deux autres condamnations pour faits semblables.

Le dix décembre (1589), Daniel Josse, boucher, pour avoir tué en jour de feste, condampne en xm* mid.

Le quatorziesme dudit mois, un autre boucher est condamné pour avoir esté aux champs en jour de dimenche. . . . xx'.- Ibid., 1589-1590.

Un homme est condamné, le 29 janvier 1590, « pour avoir chasse marée en jour de feste » (voiture du poisson).— Ibid., 1589-1590.

Le 12 février, un boulanger est condamné pour avoir travaillé en jour de fête.

Le 3 juillet (1590), deux boulangers sont condamnés pour avoir cuit en jour de fête

Du quinzicsme dudict mois d'octobre (1590), Jehan Haradin, pour avoir mis ung drap seicher en la rue en jour de dimenche xxx'.

Le 21e dudict mois d'octobre (1590), Pierre Lenfant, pareur.

Carême à des gens de guerre, quarante sois. Si l'on considère la gravité des cas incriminés, il est difficile peutêtre de se rendre compte toujours de la graduation des châtiments.

À plus forte raison, doit-on le deviner, les blasphèmes encouraient la sévérité des ordonnances (1).

pour avoir travaillé le dimanche xv\—

Ibid , 1590-1591.

Un marchand pour avoir ouvert sa boutique en jour de fesle condamné, le 4 novembre (1 591), en vingt sols. — 76irf., 1591-1592.

Le unziesme jour de mars (1592), Jehan Descaufour, pour avoir vendu lart en caresme aux gens de guerre étrangers, condampné

en quarante sols xl'. —

Ibid., 1591-1592.

(1) Le vingt-deuxiesme jour dudict mois (de may 1579), Jehan Grumel, magnier, pour juremens et blasphesmes, condampné en

vingt sols xx*.—

Argentiers, 1578-1579.

Le troisiesme jour de febvrier (1586), Jacques Piquet, pour

blasphesmes du nom de Dieu, condampné en XL*.—

Ibid , 1585-1586.

Autres condamnations pour jurements et blasphèmes, dans le mois de juin 1586.- Ibid., 1585-1586.

Le dix-neuviesme jour dudict mois de septembre (1586), Pierre Boullenger, pour juremens et blasphesmes, condampné en deux escus, ung tiers aux paouvres, ung aultre aux accusateurs et

Paultre à la ville xl'.—

Ibid., 1586-1587.

Le 12* jour de septembre (1587), Nicolas Hennoque condamné à xxx sols d'amende, pour avoir juré le nom de Dieu.— Ibid., 1586-1587.

Quelques condamnations pour blasphèmes et rébellions. — Ibid., 1589-1590.

Un forain est condamné pour blasphèmes en un écu. — Ibid., 1589-1590.

En cette année, un homme, qui a juré et blasphémé est con-

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