‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 2)Chapitre 28 sur 43 · ESPRIT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ESPRIT RELIGIEUX

L'étude sur l'esprit religieux devrait prendre une grande place dans la peinture d'une époque où les questions de foi et de conscience pénètrent si activement dans les querelles civiles, que les ayant suscitées sou vent, elles suffisent presque seules à les soutenir. Jusqu'à présent, et à moins que la continuation de nos recherches ne nous procure, pendant la rédaction de ce travail, de nouveaux documents, nous ne voyons pas que le clergé ait joué dans la Ligue abbevilloise le rôle déclamatoire qu'on lui a quelquefois prêté (4). Nous nous rendrons avec la plus entière bonne foi et l'impartialité la plus aisée aux témoignages pour ou contre qui pourront se produire. Les emportements de la parole, lorsqu'ils partent de convictions vives, peuvent être regrettables; tout parti opposé, politique ou religieux, qui s'accorderait le droit de les blâmer, manquerait lui même de sincérité Mais une simple exposition de faits comme celle que nous voulons tenter n'est pas une dissertation

damné en un écu (le 25 janvier 1591 ). — /6t./., 1590-1591.

Le septiesme jour de janvier (1594), Jehan Duputel, pour avoir juré le nom de Dieu x\

Ledict jour, Lois Lartois, pour avoir joué aux cartes . x\ — Ibid., 1593-1594.

(1) Histoire de Ponlhieu, par Devérité, tome n, p. 81, 131, 133. — M. Louantlre, avec plus de réserve el de précaution, s'abrite derrière d'Aubigné, — Hist. d'Abb , tome n, p. 80-81, — et derrière un extrait des archives municipales,— Ibid., p. 88.

Il est certain que les habitants d'Abbeville portaient, à la fin du seizième siècle, un attachement très sincère, non-seulement à leur religion, mais aux pratiques de leur culte, aux cérémonies religieuses, à certaines solemnités. Ainsi l'échevinage participait par quelques petites sommes à la fête de Saint-Vulfran, patron de la principale église (1).

Ils attachaient une importance communale, pourraiton dire, aux enseignements donnés dans la chaire chrétienne, et payaient des deniers même de la ville un certain nombre de prédications

Tous les ans, après le renouvellement de la loi, un des religieux Cordeliers de la maison de Sainte Madeleine prononçait un sermon à l'échevinage (2). Son

(1) On trouve ces dépenses annuellement:

« A Anthoine Mestier, clocquemant, pour avoir sonné les cloches au grand échevinage la veille et le jour de monsieur Sainct-Wulfran, ainsy qu'il est accoustumé, la somme de xxvi sols tournois par mandement du XXIIe jour de mars audict an, cy. . xxvis. » — Argentiers, 1576-1577.

« A Anthoine Meslier, pour avoir sonné les cloches pour la feste de Sainct-Wulfran, ainsy qu'il est accoustumé, etc., comme l'année précédente. » — lbid., 1577-1578.

A Marand [?] Plantart, pour avoir sonné les cloches de l'eschevinage la veille et le jour Sainct-WIfran, ainsy qu'il est accoustumé, vingt-cinq sols xxvs. —

Jehan de Bailloeul, guetteur au clocher du grand esehevinage, reçoit un écu deux tiers pour avoir faict sonner toutes les cloches dud. échevinage pour la solennité de la fête de Saint-Vulfran, ainsi qu'il est accoutumé.— Ibid., 1590 1591.

(2) Auxdicts relligieux Cordeliiers la somme de trente et une livres quatre sols pour avoir par l'un des religieux de ladicte maison dict et célébré trois messes chacune sepiuaine en ta maison du grand Échevinage durant l'an de ce compte. . xxxi1 mi5.— Argentiers, 1576-1577.

sermon fini, il présentait au nouveau corps élu une requête qui était toujours suivie du vote de soixante barils de bière, en rémunération des prédications que les frères de son couvent devaient faire dans l'année.

Les Cordeliers étaient, en effet, les prédicateurs attitrés de la ville, et plusieurs d'entre eux méritaient cette distinction par leur science Leur maison possédait peutêtre dès lors l'école de théologie que vante le P. Ignace; elle était, suivant le même historien, « la pépinière des grands prédicateurs, où se forment les grands professeurs et où ont estudié la pluspart de ceux qui reluisent maintenant en vertu et en science. » Mais nous invoquons dans le P Ignace une autorité postérieure d'un demi-siècle au moins au temps le plus furieux de la Ligue (1).

Ils prêchaient tous les dimanches dans l'église de Sainte- Catherine. Le fait est à noter par nous au point de vue politique j l'église de Sainte-Catherine fut un des centres du mouvement de la Ligue à Abbeville.

Les mêmes « mises» se renouvellent d'ailleurs tous les ans, « pour les paouvres relligieux Cordeliers qui prêchaient tous les dimanches en l'église Ste-Catherine (2)j

(1) Parmi les prédicateurs cordeliers de 1579-1580, les frères Guillaume Filliet et Pierre de Ricquebourg étaient docteurs eu théologie. — Argentiers, 1579-1580.

(2) « A esté aulmoné aux paouvres relligieux Cordelliers le nombre de soixante barils de bierre à eulx dellivrée par Denis Œuillot, M' brasseur, au prix de vingt-quatre sols le baril, quy montent à la somme de soixante- douze livres tournois, laclicte aulmone à eulx faicle en considération de la prédication quy se faict par lesdicts Cordelliers chacun dimanche de l'an en l'église

Saincle-Catheriue Mandement et quittance tant dudict

Œuilliot que de frère Charles Rambert, gardien de ladicte maison.

durant lavent dans les églises de St-Vulfran, du St-Sépulcre, de St-Georges et de Ste-Catherine encore (1);

cy lxxh1.—

Argentiers, 1576-1577. — Cet extrait, remarquerons-nous, fait paraître tout d'abord et déjà en sa qualité de gardien des Cordeliers Charles Rambert, un des ardents soutiens, a-t-on été porté à croire, de la Ligue à Abbeville.

En 1589-1590, le chapitre portant en tète : Misés pour aumosnes tant aux Cordelliers de lad. ville, religieux prédicateurs comme aullrement, est beaucoup plus court que d'ordinaire; on y lit

seulement : la somme de seize escus pour trente-trois

barils de bière, au prix de trente sols le baril, aumosnes au couvent des Cordeliers. — Ordonn. du 23 août 1590 - Rien de plus.

Nous sommes ici en pleine ardeur de la Ligue ; les prédicateurs, loin d'être stimulés dans leur éloquence par l'argent reçu, prêchaient pour rien et de leur propre mouvement.

En 1590-1591, trente-six écus pour soixante barils de bière aux Cordelliers aumosnes en faveur de leurs prédications chaque dimanche en l'église de Sainte -Catherine.

En 1591-1592, dépenses ordinaires, mais pas plus pour les Cordeliers. Soixante barils de bière pour les mêmes causes.

(l) A frère Rlaise Fourbisseur, frère Hucgues du Gard et frère Laurens Henry, prédicateurs, pour avoir presché le sainct Evangille durant l'advent, en l'année de ce compte, es églises de Saint Wlfran de la Chaussée, Saint-Georges et Sainte-Catherine, à chacun la somme de quatre livres tournois, sellon qu'il appert,

etc., cy xn'.—

Argentiers, 1576-1577.

Nous trouvons en 1586-1587: mises pour aulmones tant aux Cordeliers, etc. :

« A frères Noël de , carme, Charles Rembert, cordelier,

et Guillaume Fillet, jacobin, la somme de quatre escus à eulx ordonnée et taxée pour avoir anoncé au poeuple la parollede Dieu durant l'advent en l'année de ce compte mr. »

Ainsi, pas d'augmentation de prix, non plus que pour les messes à Saint- Georges, Sainte-Catherine et Saint-Vulfran pendant le carême et les messes dites a l'échevinage.

pendant le carême, dans les mêmes églises (4). » Les extraits que nous faisons courir sous cette exposition rapide, nous donnent à connaître tout d'abord, dès 1576, et déjà en sa qualité de gardien des Cordeliers, un des hommes qui eurent de l'importance dans les troubles, un des futurs et des plus ardents, peut-on supposer, prédicateurs de la Ligue à Abbeville , Charles Rambert (2). Rembert signe encore, en l'année 1592-

En 1590-1591, Rambert et Roussel, prédicateurs, reçoivent, « pour avoir annoncé la parole de Dieu durant Fadvent, » la somme de trois escus vingt sols.

(1) Auxdicts Fournisseur et du Gard et frère Bernard ,

pour avoir durant ledict an annoncé la parolle de Dieu pendant le quaresme esdictes églises, la somme de six livres tournois

chacun, attendu la cherté des vivres xvm1.-

Argentiers, 1576-1577.

Je ne trouve en 1585-1586, au chapitre des sommes payées pour prédications, qu'une seule somme de six écus et cette somme se rapporte au carême :

« A frère Pierre de Riquebourg, relligieux augustin, frère

Hubert Le , relligieux de Saint-Dominique, et frère ,

Becquet, gardien des Cordeliers, pour avoir presché la parole de Dieu durant le caresme, comme il appert par la requeste ordonnancée sur icelle, etc., la somme de six escus VIe".

De même en 1593-1594, je lis seulement, pour ce qui regarde les orateurs de l'ordre de Saint-François :

« A frères Nicolas Malateste, Guillaume Fillet (ou Follet) et Charles Rambert, prédicateurs, pour avoir presché et anoncé la parole de Dieu durant le caresme en églises de Sainct-Georges, Sainct-Wllïan et Saincte-Catherine , la somme de six escus, cy vr*c. »

Puis les soixante barils de bière comme de coustume à leur couvent.

(v) Ou Rembert. Les registres, ainsi que les extraits le prouveverout, uous laissent indécis sur l'orthographe de ce nom.

— no —

1593, et je pense en 1593-1594, le reçu des soixante barils de bière que la ville aumônait chaque année au couvent des Cordeliers, en considération de la pauvreté de ces religieux et des prédications qu'ils faisaient chaque dimanche en l'église de Sainte-Catherine.

Les Cordeliers, enfin, disaient la messe trois fois par semaine au grand Échevinage.

En raison de tous ces services, Messieurs — ainsi désignait-on déjà parfois dans les registres les membres du corps municipal — envoyaient tous les ans, le jour de la fête de saint François, du pain, de la viande, du vin, au couvent des Cordeliers, où « Messieurs » étaient euxmêmes « invités (1) »

(1) A Jehan Gouchon, cuisinier, demeurant en ladicte ville, la somme de deux escus quarante sols pour viande par luy portée au couvent des Cordeliers le jour de Saint-François, ainsi qu'il esl accoustumé par ordonnance du huictiesine jour d'octobre

(1586) ll"c xl'.—

Argentiers, 1586-1587.

« A , cuisinier, la somme de deux escus quarante et

ung sols à luy deube et ordonnée pour viande et pain qu'il auroit livré et fourni au couvent des Cordelliers où messieurs auroient esté invités le jour de sainct François, dont appert par ordonnance du unziesme jour d'oclobre (1587) hcsc xli*. »

— Ibib., 1587 1588.

Deux écus au cuisinier qui fournit, en 1589, la viande au couvent des Cordelliers le jour de saint François, ordonnance du 22 décembre 1589.— Ibid., 1589-1590.

« A Thomas Blanchart, cuisinier, et Jehan Beauvarlet, la somme de cincq escus vingt-cinq sols, pour viande et vin portés au couvent des Cordeliers le jour de saint François, ainsi qu'il est accoustumé v"c xxv*. »

— Ibid., 1590-1591.

En 1593-1594, pour la viande portée au couvent le jour de saint François, quatre escus et demi.

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