LES ANNALES
Nouvelle explication sur le développement de ce travail.
L'histoire de la Ligue, sommes-nous tenté de dire en commençant, appartient un peu à notre ville et de deux manières , si nous regardons en même temps dans le présent et dans le passé. Notre ville, en effet, peut revendiquer déjà d'assez belles parts dans les recherches et dans les travaux critiques suscités par les derniers troubles du seizième siècle, et puis elle a joué elle-même un certain rôle daus l'histoire active de 1576 à 1594 5 un rôle assez calme, malgré quelques poursuites de suspects, quelques emprisonnements et quelques bannissements ; un rôle marqué cependant de dévouement par des sacrifices d'argent et par des expéditions contre les villes et les châteaux voisins; un rôle de sagesse enlin, non de sagesse expectante ni égoïslement calculée, mais
défiante cependant et jalouse des immunités communales, en refusant parfois ses portes à l'intrusion de troupes même alliées et en maintenant le refus contre les sollicitations vives jusqu'à la menace des princes du parti servi par elle, des chefs tout puissants dans la province. Ses archives, malgré des mutilations, des enlèvements, des pertes, sont restées riches et d'autant plus précieuses qu'elles peuvent, en bien des cas, suppléer à celles des autres villes du Ponthieu complètement perdues. Quant aux travaux sortis déjà de notre ville sur la Ligue, il faut citer l'excellent chapitre h du tome n de M. Louandre qui a posé, dans des proportions en rapport avec l'histoire générale d'Abbeville et en les resserant par une sage critique, les faits importants de cette époque dans notre ville et dans le Ponthieu; le livre de M Ch. Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue (1); les travaux de MM. Ch. Louandre et Félix Bourquelot dans le Recueil des Documents de l'histoire du Tiers état. Nul n'ignore de quelle manière, en quelque sorte abstraite, M A. Thierry présidait, dans les dernières années de sa vie, à la publication de ces documents. Plongé dans des ténèbres uniquement étoilées par un esprit toujours aussi net, mais rebelle à l'application soutenue, il se contentait de dicter lente-
(l) Première édition, Paris, Joubert, 1841 ; seconde édition, Paris, Durand, 1866. — On peut voir, entr'autres articles sur ce livre, ceux de la Revue des Dtux Mondes du 15 juillet 1841, par M. Cli. Louandre; du Journal des Savants d'août 1841, par M. Patin: des Débats du 4 octobre 1842, par M. Philarète Chastes; enliu de la R vue des Deux Mondes du 1" mai 1846, par M. Sainte-Beuve, et du Journal des Savants d'avril 1847, par M. Patin.
ment l'introduction du tome ier ou la préface du tome m, mais c'était aux yeux heureux et à l'intelligence historique de MM. Louandre et Bourquelot qu'il confiait la découverte, le choix, le classement, le soin entier de la mise en œuvre des pièces. Sa direction supérieure, presque impersonnelle, ne descendait pas aux détails. Le travail que ma curiosité grossit viendra se joindre modestement à ceux où j'ai puisé le goût de ces recherches.
Un mot encore sur les développements de cette élude.
Incliné d'abord pour quelques vérifications sur les registres où dort toute l'histoire de notre ville, je n'ai pu m'en détacher facilement, et, saisi par cet impérieux attrait du passé qui ne lâche pas les interrogateurs imprudents de l'énigme, j'ai usé, de page en page, de longues heures qui m'ont paru courtes. Apparente seulement est l'ingratitude de cette obstination à remuer la poudre. Le sol du passé n'est jamais aride. La poussière reprend vie et se lève sous la main qui la touche, et les générations renaissent et redeviennent contemporaines de 1 historien qui s'éprend d'amitié pour elles. Une pénétration se fait dans l'esprit de l'écrivain des passions des siècles morts et de celles du siècle vivant. De là une sorte de fécondation de cet esprit rétrospectivement créateur Une lumière descend sur le passé pour les clairvoyances de la science moderne. Les générations anciennes se mettent à marcher, à parler, à combattre sous les noms mêmes, sous les costumes qu'elles ont portés. Miracle des hallucinations passionnées de l'étude! il ne manque à la vision, pour être tout à-fait saisissante et réelle, que les visages des hommes rendus à leur tâche humaine dans cette résurrection d'un instant.
11 se peut et nous l'espérons, que, des groupes de faits
recueillis par nous, on tire encore, pour les considérations générales de l'histoire, quelques vues nouvelles, quelques éclaircissements. Voilà pourquoi nous donnerons des proportions très larges à notre travail. Les lecteurs attentifs extrairont du tableau multiple, plein de foule, fourmillant de faits divers, de détails familiers, des conclusions qui sortiraient moins facilement d'une œuvre aux lignes plus sobres, mais ne devant sa valeur correcte qu'aux éliminations. En somme, et pour parler net, — il faut bien que je me décide à dégager un peu ce travail des mirages que créent peut-être au-dessus de lui les ardeurs dune évocation trop tendue et trop récente, — ce n'est qu'un recueil de documents que j'offre au public, mais de documents où l'amour du pays, la piété envers les générations disparues, peuvent véritablement, et sans passion exagérée ou factice, trouver leur compte.
Raisons que j'aime à caresser! Elles excuseront une prodigalité particulière de cette étude, celle des noms propres, si indifférents aux yeux de la grande histoire, de l'histoire abstrayant les faits, mais qui pour nous sont, je le pense, une partie de la vie de nos modestes annales. Ces noms d'honnêtes échevins. ces noms rencontrés dans les fonctions les plus simples, sont-ils donc à dédaigner dans les histoires étroitement locales? A mesure que l'intelligence monte, que la justice affirme ses droits, que l'appréciation des événements devient plus humaine et que l'amour des hommes et de la société se dilate, ne devons-nous pas enlever des étages inférieurs, arbitrairement fixés, les hommes qui ont été les plus utiles à leur pays? C'est une première pensée de justice dans ce sens, d'équitable répartition
de l'honneur, qui m'a engagé à entreprendre autrefois les Hommes utiles d'Abbeville, c'est-à-dire, comme je l'écrivais alors, une petite part du livre d'or moderne. Le moment est en effet venu, pour la reconnaissance éclairée des temps nouveaux, de faire passer dans le souvenir les serviteurs dévoués et désintéressés des villes avant les soudards, gentilshommes ou non, traîneurs d'épées trop souvent mercenaires et solliciteurs affamés de gouvernements Ces bourgeois d'ailleurs n'avaient-ils pas eux mêmes tous les mérites, et les meilleurs, des hommes d'épée? Avec quelle vaillance inconsciente, et par conséquent héroïque, ne défendaientils pas au besoin leurs villes? Et leur premier, leur plus vif souci, —je viens de le dire et on le verra, — n'étaitil pas, au risque des fatigues de la garde et des dangers de la guerre même, de repousser de leurs murs (1), en vertu de privilèges toujours chers, les gens de guerre non levés par la commune? Des bourgeois se gardant eux-mêmes et refusant aux troupes des princes, leurs chefs politiques et leurs alliés, l'entrée de leurs villes, donnaient un spectacle très lier et aussi beau que tous ceux qu'eussent pu offrir, par les plus éclatants faits d'armes, les gouverneurs des villes et des châteaux. Le parti sage des modérés, comme celui des politiques, ne pouvait être honorablement qu'un parti de bourgeois. Toute halte de conscience étant interdite dans les lois militaires à peine de forfaiture, la forfaiture à ces lois
(!) Il put arriver à Abbcville de demander — rarement — quelques secours en hommes au gourverneur de la province, mais toujours polir la sûreté du plat pays ou tout au plus pour la garde des faubourgs de la ville où les troupes demandées devaient se loger.
était la seule issue pour les capitaines de tous les degrés que leur position, la nécessité, une sympathie particulière amenaient à changer, et il leur fallait passer tout d'une pièce, au détriment de leur honneur, du roi à la ligue ou de la ligue au roi, c'est-à-dire sous des commandements nouveaux aussi exigeants pour leur honneur nouveau et pour leur dépendance nouvelle. Les chefs militaires ne pouvaient que trahir où les bourgeois s'arrêtaient loyalement Les trahisons furent habilement sollicitées, et avec succès, par Henri IV En l'honneur donc des vieux bourgeois d'Abbeville, je donnerai, le plus souvent que je pourrai, leurs noms, et heureusement dans les circonstances les plus recommandables pour eux. Il m'est arrivé déjà d'émettre avec plus de développement, dans l'histoire de la ville de Saint- Riquier, une opinion qui tient peut-être encore aux mirages accusés plus haut. Si.itirait-il, pour restituer la physionomie ancienne d'une ville, de relever des ruines par la pensée ou de fixer des dates et le souvenir des faits, si l'on ne rendait à la vie en quelque sorte les habitants de cette ville, si l'on ne donnait à reconnaître aux échos des murs les sons qui les frappaient autrefois, si on ne réveillait les murs même par les noms des hommes qui les ont bâtis et défendus? L'histoire, et la plus petite histoire, n'aime pas les personnages anonymes. Abstraite et philosophique avec des faits, elle ne prend corps qu'avec des noms d'hommes.
Je produirai toujours amplement mes extraits des registres de la ville Cette méthode qui, dans le développement que prend ce travail, est plus sincère et plus loyale, donne aussi plus d'autorité à l'exposition des événements. Ce n'est d'ailleurs qu'un premier pas dans
une voie où il y en a beaucoup à faire. Les histoires des villes ne seront définitivement complétées que lorsqu'on aura publié intégralement leurs archives avec de bonnes tables analytiques. Dans le cas présent, je n'aurai pas à me repentir des emprunts textuels. Les scribes de la ville n'étaient pas absolument des barbares; il suffit de quelques coupures, d'un mot jeiô en trait d'union, d'un encadrement nouveau quelquefois, pour faire valoir en très bons récits les exposés laissés par eux des discussions échevinales. Quelques formules parasites de la phraséologie délibérative du temps enlevées, il reste des textes dans lesquels le langage, sans être celui de Montaigne ou de d'Aubigné , sans rappeler, on s'en doute, la grâce d'Amyot, la légèreté de Brantôme ou la multitluence aux sources profondes de Rabelais, ajoute cependant une véi ité de plus, et, selon nous, un charme, des tons justes, un accord à la résurrection de l'époque évoquée.
Le nouvel échevinage — Élection des députés aux états généraux de Blois. — Discussion entre le député du clergé du Ponthieu et le député du clergé du bailliage d'Amiens. — Le député du tiers état d'Abbeville et Henri III.— La guerre est décidée contre les Huguenots. — Lettres patentes du roi en faveur d'Abbeville. — Procession générale pour l'heureuse issue des états de Blois. — Le goûter du mardi gras ne se fait pas après la montre.— Misère signalée. — Affaires poursuivies par le maieur député aux états. — Un envoyé d'Abbeville va dénoncer au maieur la ligue qui se trame. — J. de Hurnières fait engager Abbeville à signer le pacte. — Noms des signataires qui figurent le plus dans l'histoire du Ponthieu.
iXous avons, en abordant l'histoire de la Ligue chez nous, un grand regret à exprimer: les registres aux délibérations de la ville manquent de l'année 1o73 à l'année \ôù i C'est là une perte très-regrettable, car les
registres aux comptes ne nous permettront que bien imparfaitement de combler la lacune. Si succinctes et sèches que soient cependant les indications fournies par paiements de la ville, nous les saisirons toujours avidement dès qu'elles recèleront la moindre lueur historique, et souvent le lecteur pourra, par un travail inductif de la pensée sur les rappVochements, retrouver la liaison des faits et lire dans les vides mêmes. Pour plus d'ordre, de clarté, de suite aussi, devons nous dire, dans l'enchaînement de ces témoignages, seule fortune aujourd'hui de noms pour la plupart éteints, nous diviserons ce travail en années échevinales (années brisant le calendrier en deux et commençant avec le renouvellement de la loi, le 24 août;. Nous rangerons ainsi, dans le cadre le plus naturel et le plus logique, et comme nous les avons trouvés groupés nous-même, les événements divers qui ont exercé l'activité de chaque Magistrat (I). De la sorte, les actes louables ou non, accusateurs ou méritants, apparaîtront bien sans conteste à la charge ou à l'honneur de chaque maieur, de chaque échevinage. De plus, dans ces premières années où les registres aux délibérations nous l'ont défaut, il nous serait difficile parfois de classer, sans crainte d'erreur, les faits qui, bien qu'enfermés strictement en l'année échevinale, manquent cependant de date précise dans les registres des comptes.
Si les émotions politiques ou religieuses du temps sommeillaient encore à Abbeville lors de la Saint-Bar-
(1) On appelait je crois déjà, on appela, dans tous les cas, peu de temps après, Magistrat, le corps même des officiers de TÉchevinage.
thélemy de 1576, il est probable qu'elles s'éveillèrent peu après l'élection du nouveau maïeur Pierre Le Boucher (l), quand !es trois ordres s'occupèrent de nommer leurs délégués aux états-généraux du royaume convoqués à Blois.
Le député du tiers-état de la sénéchaussée de Ponthieu fut élu probablement à l'Échevinage si nous nous fondons sur ce qui se pratiqua en 15SS ; ceux du clergé et delà noblesse à Saint-Vulfran, peut-être, et au prieuréde Saint Pierre. La perte du registre aux résolutions nous laisse sans certitude à cet égard, mais après l'élection, et s'il faut en croire Formentin, « les états particuliers de ce comté s'assemblèrent au prieuré de Saint-Pierre pour délibérer sur les instructions à donner à leurs députés, qui furent Jean Savary, docteur et doyen de Saint-Vulfran (2), pour le clergé, André de Bourbon Rubempré, chevalier de l'ordre (3), pour la noblesse, et
(1) Noble homme maistre Pierre Le Bouc er, dit Waignart que nous consultons à défaut des registres qui nous manquent, conseiller du roy et son lieutenant général criminel au comté et sénéchaussée de Ponthieu (une autre main que celle de Waignart a ajouté: écuyer, sieur du Castelet).
Les quatre premiers échevins furent : M* Claude de Waconsws, escuyer, conseiller audit siège, honorab es hommes Blaise du Val, Charles Manessier et Simon Belle; argentiers de la ville: Jacques Palette (du Val de la maison et de la terre du Val aux lépreux), Claude Melan (t). — Waignart.
(2) Sangnier d'Abrancourt dit: docteur en théologie, doyen de Saint-Vulfran et curé de Saint-Gilles.
(3) Sangnier d'Abrancourt ajcute : gouverneur du château d'Abbeville, ce qui était vrai.
(1) Ce nom et ce prénom destinés à devenir illustres nous sont ici une heureuse rencontre.
Pierre Le Boucher, maieur, lieutenant criminel d'Abbeville, pour le tiers-état On leur recommanda sur toutes choses de veiller a la conservation de la religion. » — Formentin. — Quelques mots de Sangnier d'Abrancourt précisant d'autres détails pourraient nous faire inférer cependant — avec précaution que toutes les élections se firent à Saint Pierre: » Toute la noblesse et le tiersétat d'Abbeville s'assemblèrent au réfectoire du prieuré de Saint-Pierre, dont le P. Charles Laignel était alors prieur, en la présence de messire Jean du Gard, chevalier, sénéchal de Ponthieu, et maître Jacques Bernard sieur de Moismont, lieutenant général; on y députa. .. » Mais il ne s'agissait sans doute d'abord, dans la réunion ainsi rappelée, que de la communication réciproque, de la proclamation détinitive des choix et de la tenue d'un procès-verbal commun.
» Aux états ouverts à la fin de novembre (i), Jean Savary, député du clergé de Ponthieu eut une contestation avec Louis Larguillant, prévôt de la cathédrale d'Amiens, parce que ce dernier se qualifiait député du clergé d'Amiens; le premier soutint qu'il ne devait se qualifier que de député du bailliage d'Amiens, ce qui fut ainsi ordonné par la chambre ecclésiastique. » - Formentin.
Le 20 décembre ( lo70), le maire d'Abbeville et d'autres députés du tiers état de Picardie furent introduits par le député de la noblesse du Ponthieu, M. de Rubempré,
(t) Je cite Formentin, mais il y a erreur; les états ouvrirent le 6 de'ccmbre 1576, ils fermèrent au commencement de. mars 1577 — Art de vérifier les dates. — L'erreur de Formentin s'explique peut-être par ces mots de Sangmer d'Abinucourt : « L'assernble'e fut remise au mois de décembre. »
au cabinet du roi qui leur parla, voit-on, le premier. Il les engagea à n'avoir qu'un Dieu et un roi, une loi et une foi; il les exhorta à demeurer dans l'union jurée. Le maieur d'Abbeville, désigné par les autres députés du tiers état pour faire la réponse, répliqua en leur nom Ils remerciaient Dieu de la bonne volonté mise au cœur du roi -, ils prieraient Dieu de continuer le roi en cette intention; ils suppliaient S. M. de les croire, entre tous ses sujets, les plus attachés à une seule religion, la catholique, etc Pour cette religion et pour le service de S M ils n'avaient épargné et n'épargneraient leurs propres vies. Le roi répondit: « Je le scay bien et vous en remercie. » — Recueil des documents du tiers étal, tome il p. H7 1-876.
Les états de Blois décidèrent, on le sait, la guerre contre les Huguenots, mais il n'est pas temps encore pour nous de sortir de notre histoire municipale
« Nos députés obtinrent du roi lettres patentes du 6 janvier 157/, confirmatives des foires et francs marchés d'Abbeville » — Formenlin
« Le in, ce prince ordonna que les maieurs de celte ville pourraient être pris dans le corps de la noblesse. * — Formenlin.
M. Traullé note des lettres patentes de Henri 111, du mois de lévrier 1577, portant rétablissement de la justice civile, nonobstant l'édit de Moulins. Table de Chartes, etc.
Tels seraient, suivant l'historien Formentin et suivant M. Traullé, les faits et les actes qui intéressèrent Abbeville aux premiers états de Blois. M. Louandre, privé comme nous des registres les plus précieux, dut renoncer à se rendre compte, sur des témoignages certains, des
sentiments des habitants d'Abbeville à cette date. Nous nous renfermerons dans la même prudence. Les registres des argentiers sont très-laconiques et insuffisants (1).
Quelques lignes de ces registres, voilà cependant encore la seule mention contemporaine qui reste en nos archives d'un événement qui devait avoir des suites si graves pendant le reste du règne et au-delà même du règne des Valois. Un bourgeois d'Abbeville, nommé
(1) « A Anthoine Meslier pour avoir sonné et fait sonner les
cloches du beffroy de la ville pour le et procession
généraile faicte pour prier Dieu de donner lin heureuse et au soullagenient du poeuple à l'assemblée des estais du roiaulme tenus à Bloys dont appert par ordonnance en tin de la requeste
dudict , du douziesme décembre audict an (i 576) la somme
de vingt cincq sols tournois xxv".
« Payé à Jacques Le Cat, sergeant des présents, la somme de vingt livres dix-huict sols tournois pour vin et pain donné aux trois compagnies des einequanteniers , pareurs , bouchers et anltres au lieu de gouster quy se faict chacun an le jour du inardy gras après la montre faicte au bois, lequel en la présente année n'auroit esté faict pour l'absence dudict sieur maieur et aussy pour éviter afray attendu la nécessité des affamés de la ville dont appert par mandement, cy xx1 xvin'.
« Item de la somme de trois cens soixante-quatre livres noeuf sols tournois employés audict compte des octrois sous le nom dudict sieur Boucher, maieur, pour les frais de plusieurs expéditions par luy poursuivies et obtenues pour icelle ville estant aux estais tenus en la ville de Bloys, » et dépense « dudict Caisier qu'il auroil faict séjourner audict lieu pour la sollicitude desdictes affaires et du séjour qu'il auroit faict pour lesdictes expéditions après la rupture de l'assemblée des estats généraux tenus en ladicte ville de Bloys. En a esté seulement passé la somme de huict vingt treize livres treize sols, le surplus rayé montant à la somme de noeuf vingt dix livres seize sols dont ledict Palette est contrainct faire la mise comme dessus , cy ix" x' xvi*. »
Caisier, est envoyé à Blois vers le maïeur alors aux états généraux, « pour l'advertir de la ligue qui se tramoit en ce quartier où l'on voulloit comprendre lad. ville d'Abbeville(l). »
La ligue a paru avec le nom qui doit lui rester « Jacques d'Humières, dit Formentin, le plus riche seigneur de Picardie et gouverneur de Péronne, » mécontent peut-être de voir son gouvernement donné avec celui de Picardie au prince de Condé, fit des premiers une ligue avec la noblesse de Picardie. Toute la noblesse de Picardie, toute la noblesse du Ponthieu signa le pacte d'union, ainsi qu'en l'ont loi les signatures rapportées dans VHistoire de la Ligue du P. Mainbourg. D'Humières envoya à Abbeville Jean d'Àpplaincourt, jeune gentilhomme des environs ('2), pour engager la ville à signer le pacte. Maison lui fit entendre qu'on pouvait, sans cet engagement, « maintenir la religion dans sa pureté; » ceux de Rue et du Crotoy accédèrent néanmoins à la ligue qu'ils signèrent. — Formentin.
11 nous a fallu, pour découvrir la part, sinon de notre
(1) Item de la somme de six vingt dix-sept livres six sols payé par ledict comptable (Palette) audict Caisier en vertu de délibérations et mandement icprins audict compte d'octroy pour aller en la ville de Bloys vers ledict conseiller lieutenant criminel lors maieur pour l'advertir de plusieurs affaires concernant le repos public et signament de la ligue quy se tramoit (1) en ce quartier où Ton voulloit comprendre ladicte ville d'Abbeville; n'en a esté passé et alloué que la somme de quatre-vingt-dix livres, le surplus montant quarante-sept livres six sols rayésellon qu'il appert par ledict compte partant xlvii1 vi'.
(2) Des environs de Péronne. Applaincourt même est un village près de Péronne.
(1) Ce mot est évidemment pris en mauvaise part.
ville, au moins du Ponthieu, dans cette première ligue, recourir au père Maimbourg: « Association faicte, nous dit cet historien, entre les princes, seigneurs, gentilshommes et autres tant de l'état ecclésiastique que de la noblesse et du tiers-état, subjets et habitans du pays
de Picardie » Je passe le texte du traité en dix-huit
articles (1) et vais aux noms particulièrement connus dans le Ponthieu. D'abord se présente J d'Humyières (Jacques de Humières), l'auteur ou promoteur du traité, et qui signe le premier. Après lui nous rencontrons parmi les deux cents signataires environ: A de Monchy, S. de Monchy, Mailly, Louis d'Estoui mel, Adrian de Boufflers, F. de Saint-BIimond, Loys de Belloy, de Calonne, F. d'Aiimalle, A. de Humyères, Lameth, A. du Hamel, M. Kelly, François Hanicque, J. de Belloy, P. de Maillefeu, Charles de Croy, N. Le Boy, N. de la Warde, V. de Brioys, J Lamire, N d'Amerval, Guy Damiette, N. de Hangest, de Forceville, P. Louvel, J. de Belleval, P. Trufh'er, de Mons, N. de Saint-Blimon, de Forceville, de Monthomer, de Monthomer encore, de Rambures, F. d'Acheu, Flour de Baynast, F. de Bacouel, de Pende, d'Aumalle, de Hambures encore, Claude de Créquy, Jheros.i.e de Fertin, B de Mailly, J. de Forceville, Josse de Saveuses, Jehan Destourmel, Belleforiere, Antoine d'Ardre, A. de Monchy, François de Saveuses, J de Hallencourt, J. de Happlaincourt, A. de Lameth, M. Destourmel, P. de Saint-Deliz, J. de Belloy, A. de Biencourt, Claude de Fontaine, Pierre de Blotefiere, Adrien Picquet, Anthoine Le Blond, Jehan Picquet,
(l) Fait en l'hôtel de-ville de Péionne, le 13 février 1577. Ce traité devait d'abord être secret.
Charles de Fontaine, A. d'Estourmel, noms que l'on trouvait déjà ou que l'on trouva peu après dans notre Ponthieu, sauf erreur pour les noms communs peut-être à plusieurs familles des différentes parties de la Picardie. L'attitude froide des habitants d'Abbeville devant les sollicitations de M. de Humières peut être expliquée, en l'absence des registres municipaux, par les raisons mêmes de la résistance des bourgeois d'Amiens (délib. du 5 janvier 1577) « pour doubte de faire préjudice et bresche à leurs privilèges. » — Recueil des documents de Vhist du tiers état, t. h, p 870 — Résistance prolongée pendant tout le mois de février, — Ibid , p. 882 883, — jusqu'à ce qu'ils obtiennent, moyennant huit mille livres, de ne pas signer l'association Les habitants d'Abbeville se montrent encore en toutes circonstances, au seizième siècle, aussi jaloux de leurs droits, — nous en rencontrerons des preuves, — que tous ceux des villes importantes de Picardie.