FAITS ÉTRANGERS A L'HISTOIRE POLITIQUE ET A LA LIGUE
Amende honorable et bannissement pour une falsification de bulle. — Réclamation pour les impôts. — Condamnation de la tille par les élus du Ponthieu — Un ambassadeur d'Angleterre.— Peste à Pont-de-Remy.— Le papier de la garde.— La Visitation des remparts. — Les armes d'Abbeville.
Tout en cherchant dans les registres municipaux les signes caractéristiques du mouvement politique et religieux de la lin du seizième siècle dans notre ville, je n'ai pu retenir ma main, et j'ai relevé, sans compter, bien des faits de toutes sortes, mais qui n intéressent que la curiosité locale la plus étroite. Je grouperai ces faits à
— IdO —
la fin de chaque année. Peut-être en se pressant sous nos yeux ajouteront-ils quelques traits à l'image du temps.
Un fait religieux que je n'ai pu rattacher plus haut à l'histoire se présente d'abord. Une somme est donnée — x sols tournois — à l'exécuteur des hautes œuvres Didier Henry « pouravoir conduict à faire réparation honorable et banny Benoist de ... (quelqu'un a étendu volontairement en couleur brune sur tout cet article et je ne peux lire le nom), porteur de rogatons, pouravoir falsifié une bulle de nostre sainct père le pappe suivant l'arrest de la court confirmatif de la sentence dudict échevinage.
La discussion des impôts a occupé les habitants de la ville et ils ont réclamé de plusieurs côtés 11 est question dans le registre des comptes d'un voyage fait à Paris par Me François Caisier, procureur fiscal, vers monsieur le révérendissime cardinal de Bourbon, chef au conseil privé, afin que la somme de cinq mille livres « sur le poeupleen ladicte année fut prinse par les recepveurs au pris que les espèces avoient cours et qu'elles avoient esté receues des habitans. »
Une somme est encore payée, — seize livres trois sols, — au même Me François Caisier, procureur fiscal, » pour partie des frais par luy déboursés au voiage qu'il auroit faict à Amiens pour faire descharger et tirer des rolles de la contribution de l'arrière ban les fiefs appartenant aux habitans de ladicte ville »
Les habitants avaient eu à se défendre de négligence, sinon dans l'emploi de certaines sommes destinées aux fortifications de leur ville, au moins dans 1 exposé de leurs comptes (1).
(1) » Payé à M' Lancelot de Bacouel, sieur d'Inval, recepveur des aydes eu l'eslection de Poiithieu, la somme de quatre-vingts
Un ambassadeur d'Angleterre avait traversé la ville, ainsi qu'en fait foi le don mentionné : - A Anthoine Bellenger, Me appoticaire, la somme de cincquante-huict sols pour deux pots d'ypocras par luy livrés pour le présent à l'ambassadeur d'Angleterre passant par ceste ville sellon qu'il appert par mandement du XXVI1 jour de novembre (I57G), cy lviii3. »
Une peste se déclara à Pont-de-Ueroy ; les habitants d'Abbeville prirent quelques mesures de précaution contre l'arrivée chez eux de la maladie (1).
Point n'est besoin de dire que le « renouvellement du papier pour la garde » ainsi que la Visitation des remparts se firent comme de coutume; nous ne reviendrons plus que par exception sur ces opérations annuelles (2).
livres tournois pour dommaiges et intérests par luy soufferts et voiages par luy l'aicts en l'an mil VI (1576) les emprisonnement et détention de ladicle somme fa ut te d'avoir faict apparoir de l'employ que doibvent faire les habitans de ladicte ville de la somme de xvicl. par chacune année à la forliflication d'icellc, à fautte de quoy plusieurs sommes estoient rayées en ses comptes, et laquelle somme de quatre-vingts livres ladicte ville avoit esté condampnée par messieurs les eslcus de Ponlhieu sellon qu'il
appert par plusieurs (I) des poursuiltes. Mandement du
premier mars mil Ve LXXV1I et quittance un" '. »
(1) « A Jehan Fossette, trompette, pour estre allé de ceste ville (d'Abbeville) au Pont-Dremy l'aire deffense aux pestiférés dudict lieu de venir en ladicte ville, la somme de quinze sols par mandement du... aoust mil Ve LXXVI, cy xv'. »
(2) « A And rieu Boullenger, cuisinier, et Jehan Anger, sergeant à mace, la somme de quinze livres huict sols six deniers tournois pour la dispense fiiicte durant quatre jours misant la reveue et recherche des habitans pour rétablissement de la garde sellon
(I) Significations?
Enfin, et nous ne savons dans quelle intention, pour quelque fête sans doute ou pour quelque procession, la ville fit peindre une douzaine d écus à ses armes [i).
qu'il est porté par mandement du IIIe jour de novembre mil
V* soixante-seize, cy xv' vin* vid.
« A esté payé pour aucunes dtspences faictes après la Visitation de la muraille et inventaire des munitions et artillerie où ont assisté le lieutenant de monsieur le gouverneur, messieurs les quatre premiers esehevins, officiers, canonitrs et ouvriers, la somu de vingt-trois livres quinze sois dont appert par délibération du XII" jour de décembre audit an (1576), cy. xxm1 xvs. »
(1) « A Cliarlis Lefébure, Hle paintre, pour avoir faict une douzaine de blasons de la ville, la somme de vingt-quatre sols tournois seilon qu'il appert par mandement du XVI octobre Ve LXXVI (1576) XXIII1V »>
Le raaieur maintenu en charge. — Renouvellement des e'chevins. — Lt paix. — Compagnies en garnison à Abbeville — Une procession générale et solennelle.
Par une exception assez rare dans notre vieille histoire (1), Pierre Le Boucher fut continué maire à la saint Barthélémy de 1577; il est vrai qu'il n'y eut élection que pour la forme ou plutôt acceptation forcée de la part des maïeurs de bannières. A chaque pas nous avons à regretter ainsi la perte des registres aux délibérations. Pierre Le Boucher - fut continué maire, dit Waignart, par le commandant du roy suivant les lettres sous le cachet données à Blois le vingt septiesme jour de février adressantes à messire André de Bourbon, chevalier de l'ordre du roy. seigneur de Bubempré et gouverneur des ville et chasteau d' Abbeville, et aux échevins d'icelle. »
(1) L'infraction à la règle qui voulait tous les ans un maïcur nouveau, rencontrée cinq fois seulement dans le treizième siècle, inconnue dans le quatorzième, mais qui se piésente onze fois,— tantôt pour un an, tantôt pour deux,— dans le quinzième, paraît ici pour la seconde fois dans le seizième siècle qui ne connut que quatre exceptions.
Par contre, l'élection modifia, comme de coutume, l'échevinage (1).
Henri III fait la guerre aux Huguenots, mais leur accorde la paix dès le mois de septembre 1577.
L'ordonnance (royale) du 20 décembre 1577 désigne pour Abbeville, entre les compagnies qui doivent tenir garnison en Picardie sous les ordres de M. de Saint-Luc, celles des capitaines Guytault et Perdillon. — La Ligue, documents relatifs à la Picardie, par A Dubois
Parmi les faits qui peuvent se rattacher, selon les habitudes du temps, à quelque circonstance politique de l'année, nous ne pouvons mentionner qu'une procession générale et solennelle (2).
(1) Les quatre premiers échevins furent: M* Claude Hermant, conseiller au comté et sénéchaussée de Ponthieu, M* Nicolas Laignel, seigneur de Buigny, examinateur, Bernard Bohault et Jean du Chesne; les argentiers furent: pour la Ville, Sanson Barenque; pour le Val, Claude Melan.— Waignart.
(2) « Aux sergeants à mace la somme de soiiante sols à eulx
ordonnée par mandement du XXIII* jour de février audit
an (je crois lire un peu plus haut Tannée mil Ve LXXVII, mais comment cela s'expliquerait-il dans le registre de 1577-1578, puisque Tannée échevinale commençait au mois d'août — août ,.15774?— y avait-il des paiements arriérés?) pour avoir faict plusieurs vaccations. .... (à l'occasion?) d'une procession généralle et solempnelle faicte aud. temps lx\
« Aux sergeants de la vingtaine pour avoir porté les torses (torches) et luminaires de lad. prpeession et faict plusieurs vaccations soixante sols lx\
« A Anthoine Meslier, clocquemant, pour avoir sonné pour lad. procession les cloches du grand Échevinage la somme de vin^t-six sols, cy xxvi*. »
ConBrmation d'an affranchissement d'impôt. — Abbeville approvisionne les magasins de Rue. — Députations à Amiens pour les intérêts de la ville. — Une procession générale. — La peste.
L'année 1578-1579 paraît avoir été fort paisible, si nous en jugeons par les registres aux comptes, et la mairie de Pierre Tillette (1) n'eut rien à envier sans doute aux règnes qui n'ont pas d'histoire
Henri 111 confirme aux habitants d' Abbeville l'affranchissement de son impôt — Formentin.
Le maire et les échevins d'Abbeville étaient encore, comme en 1575, les munitionnaires de la ville de Rue. Les magasins de cette dernière place contenaient du vin et du blé (2).- Nous rejetons ci-dessous les renseigne-
(1 ) Noble homme maistre Pierre Tillette, seigneur de Mautort, Aufinicourt.ctc, conseiller ilu roy et son lieutenant particulier au comté, sénéchaussée et siège présidial du Ponthieu (1 ).— Waignart.
Les quatre premiers échevins furent : M" Jean le Prévost, escuyer, seigneur de Sanguines, conseiller audit siège, honorables hommes Jean Mallot, Philippe de Lestoille et Nicolas Waignart; les argentiers: de la Ville, Mathieu Noël; du Val, Thomas M athon. — Waignart.
(•i) M. de Saisseval, général des vivres, et M. de Fontaines, paraissent écrire à Messieurs de la ville d'Abbeville à l'occasion de ces magasins.
ments que nous fournissent, sur les devoirs de notre ville envers ces magasins, les registres aux comptes (1).
Nous trouvons trace de députations à Amiens pour des questions de finances, d'impôts ou d'autres affaires
« À Pierre de Vincheneuil pour avoir porté lettres de
(1) « A maistre Nicolas Doremieulx, nottaire roial, la somme de quarante sols, pour avoir passé les contracts faicts avec les munitionneurs du magasin de Rue pour le remplacement des bleds et aultres munitions que y debvoit lad. ville, dont appert par l'acquit dudict Doremieulx, cy xl".
« A François de Susleaue, eschevin, la somme de deux escus pour al'er à Rue et au Crotoy pour faire la main-levée des bleds dud. magasin qui estoient arrestés, dont appert par mandement du XVII" jour d'octobre mil Ve LXXV1II, cy VI1.
« A Meunce Lefevre, voiturier de lad. ville de Rue, la somme de vingt sols pour avoir porté audict lieu des cercles et ozier pour rebattre les vins dudict magazin sellon qu'il appert par mandement et quittance, cy xx*.
« A Jacques Catheu et Jehan Cardon, mesureurs jurés de la vicomte du pont aux poissons, la somme de huict livres tournois pour par eulx avoir esté plusieurs diverses fois en la ville de Rue faire mesurage des bleds dudict magazin sellon qu'il appert par la requeste et quittance cy rendue, cy vm1.
« A Anthoine Maisne [?] et M' François de , muni-
tionneurs du magasin du roy à Rue, la somme de sept cens cinquante livres sur la somme de cinq cens soixante-quatorze
escus deue de reste par lad. ville pour le remplacement des
bleds dudict magasin par obligation passée devant Delecourt et Doremieulx, nottaires, le septiesme jour de mars M Ve soixantedix-neuf vnc l1 tournois. »
— Reg. de 1578-1579.
Et plus tard, en l'année 1581-1582, dans une assemblée au grand Échevinage (le 18 juin 1582), le maïeur entretient les échevins des contrats qu'il a passés avec les munitionuaires du magasin de Rue pour satisfaire au remplacement des vins de ce magasin « à quoy la ville estoit tenue et obligée. » —Reg. aux délib. de 1581-1582,
ceste ville à messieurs les généraulx à Amiens, quatorze sols six deniers xmi8 vid.
« A monsieur Tillette, bailly, la somme de vingtquatre livres pour avoir esté député de ceste ville à Amiens pour plusieurs affaires d'importance reprinses au mandement du XXilll jour de juillet, cy. xxim1. »
Une procession générale fut faite le \\ avril 1579, au son des cloches de l'Échevinage, ce qui d'ailleurs était de règle en pareil cas (l).
L'emploi des écus de Flandres était interdit dans Abbeville; le 7 novembre 1578, un bourgeois et sa femme sont, « pour avoir baillé ces escus en paiement contre l'ordonnance, condampnés en trois escus d'amende et les pièces confisquées. »
Il est certain qu'une peste affligea Abbeville en cette année échevinale ou dans la précédente ; il en est question dans les registres aux comptes de 1578-1579.
(1) « A Anthoine Meslier, clocquema.t, pour avoir sonné Ips cloches du grand Eschevinage à la procession généralle faicte le Xllil* jour d'avril xnii". »
Renouvellement de l'Échevinage.— Passage du duc d'Anjou. — Prise de Lu Fère par les Huguenots. — Leur tentative sur Rue. — Recrudescence de la Ligue — Siège de La Fère.— Abbeville y envoie de l'artillerie. — Des coureurs fatiguent le pays.— On travaille aux fortifications — Réunion des états de Ponthieu.— Subsides demandés. — Création d'un bureau des pauvres. — Messagers expédiés par la ville.
Mentionnons d'abord le passage par Abbeville du duc d'Anjou.
« Le 1er septembre 1579, Abbeville eut l'honneur de
(l) Dorénavant nous donnerons toujours ainsi en première note la composition de l'Échevinage.
Maieur : maistre Claude de Waconsins, cscuyer, seigneur... (1), conseiller du roy en la sénéchaussée et siège présidial de Ponthieu.— Waignart.
Le P. Ignace nous apprend que ce maïeur, élu pendant un séjour à Paris, alla trouver Nosseigneurs du conseil pour notifier son refus, craignant de déroger à sa qualité de gentilhomme s'il acceptait; il se rendit lorsqu'on lui apprit que la noblesse était attachée à la mairie d'Abbeville. L'abbé Buteux, plus net, dit qu'on se moqua de lui; la mairie, lui répondit on, loin de déroger,
(1) Waignart ne donne pas le nom de la seigneurie qui n'est pas dans les registres municipaux.
recevoir le prince François de Valois, duc d'Anjou, fils et frère des rois de France Ce prince revenoit d'Angleterre où il avoit esté question de son mariage avec la reine Elisabeth; si jamais néantmoins cette princesse, aussi dissimulée qu'ambitieuse, y pensa sérieusement. » Rumet, -je copie encore, —s'arrête « sur l'idée de Tabouet qui conjecture que les meilleures maisons de France tirent leur origine de celles des Romains qui étoient les plus recommandables par leurs triomphes et fait venir la maison de Valois de celle de Valère Publicola qui avoit triomphé par trois fois des Veïens et des Sabins. Cela est bien beau. » — Dom Grenier, paquet XIV, tome 90.
Vers la fin de l'année, la ligue, suivant l'expression de Formentin, « se renouvela par la prise de La Fère. » Cette prise ayant eu lieu le 29 novembre 1679, ce n'est, tout au moins, qu'en décembre, mais plutôt en 1550, que « les huguenots, irrités, dit encore Formentin, de ce qu'on refusait de reconnaître le prince de Condé comme gouverneur de Picardie, tentèrent de s'emparer de Rue comme ils avaient fait de La Fère, » projet qui échoua.
Néanmoins la guerre était rallumée. « La noblesse et la bourgeoisie des villes de ce pays, » reprend Formentin, entrèrent dans cette ligne renouvelée. — Je crois qu'il faut entendre ici par ligue, non l'engagement signé à
rend plus noble celui qui l'est. N'y a-t-il pas là quelque histoire inventée après coup par la famille des Waconsins, e'teinte d'ailleurs aujourd'hui?
Les quatre premiers échevins furent: noble homme maistre Antoine Tiremont, advocal, honorables hommes Jean Calippe, Nicolas de la Hodde et Adrien Asselin; les argentiers : pour la Ville, Nicolas Boully; pour le Val, François Lefebure. — Waignart.
Péronne, mais un mouvement religieux et guerroyant correspondant aux motifs de cet engagement. Nous sommes désormais en 1580. «Le duc d'Aumale fut, avec le sieur de Crèvecœur, lieutenant du roi en ce comté, au siège de cette ville (Lafère?), où la noblesse de Ponthieu qu'il commandait se distingua par sa valeur. » — Formentin. - La ville ne fut prise que le 12 septembre 1580.
Abbeville avait prêté au roi pour ce siège une partie de son artillerie — M. Traullé, Notes diverses, etc. (1).
Pendant tout le printemps de cette année, voit-on dans d'Aubigné, les coureurs fatiguent le pays dans les coins de la Picardie, de l'ile de France et de Champagne (2).
(1) Cette artillerie ne fut-elle ramenée que l'année suivante?
« Catherine Granthomme, veuve, demeurant à Amiens, reçoit de noble homme Gaston Mydorge, conseiller du roi, trésorier général de l'artillerie, certaine somme pour avoir été à Roye, avec son chariot et ses cinq chevaux , chercher certains engins de guerre que le maire et les échevins d'Abbeville ont prêtés an roi pour employer à la réduction de la ville de La Fère, et en outre pour avoir travaillé avec lesdits cinq chevaux , dans la ville d'Amiens, à rouler six canons depuis le magasin jusqu'au lieu dit le Cay (sic). (15 décembre 1581). — Vente de chartes, etc., du collège héraldique et historique de France, catalogue publié chez Techener, 1866, première partie Picardie, p. 9.
(2) On crut devoir travailler aux fortifications d'Abbeville :
« A Philhert Pacquier dix sols pour avoir esté à Cressy et à Dompva chercher des briquetiers pour faire travailler à l'ouvrage
de la ville x sols. » —
Reg. de 1579-1580.
On dut veiller, soit avant, soit pendant ces travaux, à quelques endroits rendus trop acccessibles :
« Cinquante sols sont donnés à quatre hommes qui ont fait la garde pendant cinq nuits chacun « à une bresche estant au rain-
part, » mandement du XXV11 avril 1580, cy V- »-«
Ibid.
Au mois de juillet, « les états de Ponthieu s'assemblèrent pour délibérer sur les subsides (1). » La réunion fit mieux que de s'occuper de questions politiques : elle décida l'établissement d'un bureau des pauvres à Abbeville, résolution que le roi confirma par lettres patentes registrées au parlement le 10 mai 1581 (2). — Formentin.
(t) En cette année échevinale (ou en la précédente)* le roi demanda une subvention assez forte à la ville. Il est encore question de cette subvention dans les recettes de 1581-1582 :
« A esté receu des deniers provenant d'une assiette faicte sur les habitans de la somme de quatorze cens livres restans à paier de la somme de unze cens unze escus six sols huict deniers de subvention extraordinaire demandée par le roy en ladiete ville en l'année mil cinq cens soixante-dix-neuf. » — Reg. aux comptes de 1581-1582.
(2) Ces lettres ne furent données que le 3 mars 1581, à Blois ; par conséquent, si la pensée première de fonder un bureau des pauvres remonte, pour l'honneur des Abbevillois, à l'année 1579- 1580, les lettres royales qui approuvèrent la fondation appartiennent pour nous à l'année 1581-1582. On y lisait:
« Henri, etc les commissaires establis par le séneschal du
Ponthieu ou son lieutenant, sur le faict de la bourse et police des paouvres de nostre ville d'Abbeville, capitale de nostre comté de Ponthieu, nous ont faict entendre que, pour pourvoir au bon ordre, à la nourriture et entretien d'un grand el effréné nombre de paouvres mendians en lad. ville et fauxbourgs d'Abbeville, suivant le soixante et treiziesme article de nos ordonnances faictes à Moulins, et arrest de nostre cour du parlement de Paris du 22 juin dernier passé, et aussy par l'advis et consentement des trois estats de lad. ville pour ce faire assemblés, a esté estably en icelle un bureau perpétuel pour la bourse desd. paouvres, lequel establissement lesdicts commissaires nous ont très-humblement supplié et requis auctoriser, confirmer et approuver comme chose très-utile et nécessaire; et p:>r mesme moien leur permettre de pouvoir faire contraindre, si besoin est, à la contribution de lad. bourse, les abbés, collèges, chapelains, prieurs,
Ainsi en ces temps de troubles, malgré les troubles, à cause d'eux peut-être, la société ne restait pas stationnaire. L'œuvre de l'humanité se continuait, et, quelque
communaultés, curés, bénéliciers et aultres particuliers, habitans de lad. ville et fauxbourgs, mesmes ceulx quy y ont maisons, possessions et revenus, selon leurs faculte's; aultrement seroient lesdicts commissaires contraincts de rompre ladicte police, laisser et souffrir les paouvres mendians comme devant, avec grand désordre, confusion, danger de la peste, et aultres invéniens quy s'en pourroient ensuivre; et qu'il nous plaise leur permettre de faire toutes cotisations et contrainctes raisonnables; pour le faict de lad. police, commettre collecteurs, huissiers, sergens, pour la direction dud. bureau, ouir les comptes desd. collecteurs, avec pouvoir de visiter tous hôpitaux, maladreries, léproseries et hostel Dieu de lad. ville et fauxbourgs, pour scavoir et congnoistre les revenus d'iceulx, le traitement et nourriture des paouvres malades, et assister à la reddition des comptes; d'autant que, sy tel pouvoir n'estoit donné ausd. commissaires, il seroit impossible de pouvoir maintenir led. bureau quy est une œuvre de piété et de charité très-agréable à Dieu, utile et nécessaire en ce royaume. A raison de quoy, désirans sur toutes choses que l'érection et establissement de lad. aumosne soit perpétuellement entretenu, Scavoir faisons, que Nous, comme père et protecteur desd. paouvres, après avoir fait voir en nostre conseil le procès- verbal
dud. bureau, et ayant pour bien agréable l'esta-
blissementdud. bureau pour la police, nourriture et entretenement des paouvres de lad. ville et fauxbourgs d'Abbeville, de nostre certaine science, pleine puissance et auctorité royale, avons loué, auctorisé, confirmé et approuvé, louons, auctorisons, confirmons et approuvons par ces présentes, l'establissement dud. bureau.— Voulons et entendons, et nous plaist qu'il ayt lieu et que la police desd. paouvres soit administrée en lad. ville d'Abbeville à l'instar des aultres establis es bonnes villes de nostre royaulme, mesme
en celles de Paris, Orléans et Amiens. — Donnons pouvoir
ausd. commissaires de s'assembler en iceluy bureau toutes fois et quantes qu'ils verront bon estre. » — Les articles suivants pourvoyaient aux revenus du bureau, à la taxe des pauvres, di-
soit-le jugement que l'histoire doive en définitive porter sur le misérable et dernier prince des Valois, la bienfaisance publique, favorisée déjà par ses prédécesseurs,
rait-on de nos jours ; les commissaires recevaient pouvoir de faire « en leur conscience, toutes cotisations nécessaires pour la nourriture, subvention et entretenement desd. paouvres sur tous les habitans de lad. ville et fauxbourgs d'Abbeville et sur ceulx quy ont maisons, bien et facultés en icelle, de quelque qualité et condition qu'ils soient, » c'est-à-dire sur ceux qui, n'étant pas bourgeois et ne demeurant peut-être pas dans la commune, y étaient cependant propriétaires. — « Voulons, disait encore le roi sur ce point des cotisations, que tous ceulx quy se sont cy-devant taxés et cotisés volontairement et quy, au refus de ce faire, ont esté ou seront cy après taxés et cotisés par lesd. commissaires, soient contraincts chacune sepmaine, par noslre huissier ou sergeant, à payer leursd. taxes es mains du recepveur quy sera estably pour lad. aumosne, ensemble les arréraiges deubs et escheus depuis l'establissement de lad. bourse, en vertu des rolles quy seront baillés par lesd. commissaires, signés de leur greffier, et ce par prise, saisie, vente et exploitation des biens les plus exploitables, jusques à l'entier paiement de ce quy sera deub
par lesd. cotisés » — Ainsi les lettres royales, d'accord
sans doute avec l'intention des « trois états de Ponthieu, » ne transigeaient pas sur les garanties à accorder à la perception de l'impôt pour les pauvres.— Les commissaires recevaient d'ailleurs, conformément aux considérants reproduits plus haut, le pouvoir de visiter « les hostel-Dieu, hospitaux, maladreries et léproseries
de lad. ville et fauxbourgs, d'assister à la reddition des
comptes des lieux susdicts, etc »— Le président du prési-
dial, le lieutenant civil, le maire d'Abbeville, pouvaient toujours
« assister aud. bureau et esdictes assemblées. » « Donné
à Blois, le troisiesme mars mil cincq cent quatre-vingt-un et de nostre règne le septies;:ie. » —Tous les ans, les élections des commissaires pour le bureau des pauvres sont inscrites, avec grand soin, dans les registres aux délibérations de la ville. — Voyez plus haut, dans notre Introduction, chap. iv, le Renouvellement de la loi in fine.
s'étendait encore sous sa main. L'ombre de l'histoire générale passe ainsi sur toutes nos villes, et nous en saisissons mieux la marche, cela ne peut faire doute, en la suivant au milieu de nous, dans nos établissements communaux, dans nos modestes annales.
Le bureau des pauvres fut établi Tannée suivante, conformément aux lettres patentes du roi.
On reconnaît d'ailleurs dans les Comptes l'activité des affaires de la ville (1).
FAITS DIVERS
Un tremblement de terre. — La fabrication des draps émigrant en partie d'Abbeville.
Le mercredi de Pâques 1580, quelques secousses de tremblement de terre s'étaient fait sentir « dans ce pays » — Formentin. — (2)
(1) « Aux dénommés cy après la somme de cinquante sols, scavoir: à Jehan Herny, Jehan Calippe, Bastien Pecquet, gribenniers, pour avoir conduict ung basteau sur la rivière de Somme par commandement de monseigneur de Crèvecœur, vingt sols, etc. » - Reg. de 1579-1580.
« A Guillaume de Vienne, messager de Paris, la somme de vingt sols tournois à luy taxée pour avoir porté et raporté plusieurs fois des lettres et pacquets concernant les affaires de lad. ville en la ville de Paris, sellon qu'il est porté et contenu par sa requête ordonnancée en tin d'icelie du 1111" jour de juillet mil
Ve quatre-vingt, cy xx*. » -
Ibid.
(2) « Audict Merlier pour avoir sonné les cloches — du grand
En cette année, suivant M. Traullé (Abrégé des Annales du commerce de mer d'Abbeville), les manufacturiers de draps, repoussés d'Abbeville par la peste peut-être, portent leur industrie en Hollande— Extraits des délibérations par M. Traullé. — Ainsi M. Traullé put encore consulter ces registres ou en connaître des extraits. — Les manufactures de draps ne devaient revenir, de Hollande même , avec tous les perfectionnements de l'industrie des Pavs-Bas, que sous Louis XIV, pour prospérer dans une restauration éclatante pendant deux siècles et ne disparaître qu'en iSG6.
Échovinnge— pour la procession générale et solempnelle faicle à raison du tremblement de terre advenu en ceste ville et aux environs, vingt sols, mandement du 15 avril 1580, cy . . xx\ *
Le renouvellement de la loi.— Un ouragan —Passage de B. Brisson, premier président du parlement. —Il visite la biblolhèque de Rumet.
Du renouvellement de la loi à la fin de l'année 1580, les historiens d'Abbeville ni les registres des comptes ne nous fournissent aucun fait à relever.
La paix conclue par le roi, le 26 novembre 1580, est peut être une des causes de cette pénurie qui ne fut sans doute pas alors un malheur.
Nous n'inscrirons donc que des événements fortuits ou étrangers à l'histoire de la Ligue, du moins dans Abbeville.
(t) Maieur : noble homme maistre Jacques Le Roy, seigneur de Saint-Lnu, conseiller du roy et esleu en l'élection de Ponthieu.— Voyez pour le scandale de ses funérailles l'année 1588-1589. — Jacques Le Roy mourut le 25 août 1588, à Page de cinquante-huit ans. -Waignart.-- Un Antoine Le Roy, e'chevin, était fieffé en
Les quatre premiers échevins furent : M« François Rumet, escuyer, seigneur de Beaucorroy, advocat, honorable homme Hugues Rohaui.t, seigneur de Coudé, Iean Claveton et Laurent Gaillard ; les argentiers : pour la Viile, Simon Le Quieu ; pour le Val, François Lefebure. — Wavjnart.
Formentin mentionne, au 26 mars 1581, un ourngan si terrible qu'il abat nombre de clochers, de moulins, d'édifices, découvre toutes les maisons et brise les vitres.
L'abbé Buteux ajoute que le fracas des vitres du chœur de Saint Georges fit fuir le peuple et le prédicateur alors en chaire.
« Barnabe Brisson, premier président du Parlement, arriva à Àbbeville le 21 juin 1581, retournant de son ambassade en Angleterre, où il estoit allé avec le prince François de Bourbon, le prince dauphin d'Auvergne, Artur de Casse, mareschal de France, seigneur de Lansac. Le premier président fit l'honneur à Rumet de visiter sa bibliothèque dont il (Rumet) lui presta quelques manuscrits. » — Dom Grenier, paquet XIV, tome 90.
C'est ce malheureux Brisson qui, quoique honnête homme, finit si déplorablement en place de Grève
Le renouvellement de la loi.— La ville se prétend exempte de tailles et antres impositions!— Requête et dëpntalion pour le maintien de l'immunité.—
Le roi conli me l'ancien privilège moyennant composition — Subvention demandée à Al>be\ille pour les villes closes du royaume.— Le lieut nant général de Picardie demande l'entrée de la ville pour une compagnie. — La perception de l'impôt du sel excite des troubles dans les campagnes. — Passages de troupes royales et catholiques. — Voyages dans des intérêts divers.
Nous retrouvons cette année, et fort heureusement, les registres aux délibérations.
Le conseil de la ville se rassemble le M septembre
(t) Maieur: maistre Je\n de Mvupin, escuyer, seigneur de Bellencourt, Monflières, etc., cous- Hier du roy en la sénéchiiussée et siège présidial d'Abbeville, maire pour la seconde fois. — Wagniirt.
Les quatre premiers échevins furent: nobles hommes maistre Jacque^ Le Roy, seigneur de Saint Lau, » sien et ancien maieur, M' André Vincent, conseiller, honorables hommes Galliot de Le Wabde et Ancel Gourdin; les argentiers: pour la Ville, Josse Le Viel; pour le Val, Nicolas de Poili.y.— Waignav.
Voyez d'ailleurs plus haut, pour la composition intégrale de l'éclievinase en cette année, le chapitre îv de notre Introduction, où les élections de 1581-1382 sont prises comme exemple d'un r. nouvellement de la loi.
1581. II s'agissait d'aviser sur une assignation donnée à comparoir le in octobre au conseil d'Ltat du Roy pour y porter les titres et privilèges en vertu desquels la ville se prétendait exempte des (ailles et autres impositions L'ordonnance do comparution était datée du o août; on n'avait plus un mois, il était pr» ssant.de décider, « d'autant que l'affaire coucernoit le faiel do la taille » et « advenant qu'on no fut deschargé des partit s < sjm Iles la ville avoit esté coltiséo et dont en\oi a\oit été fuict par messieurs les généraulx et les esleus, » on pouvait craindre que la ville <t les habitans ne demeurassent à l'avenir » cotiisabhs à lad. taille-, [ce] quv sentit chose préjudiciable et de «grande conséquence » .1 était donc nécessaire de « nommer et eslire gens cappables et bien suflisans pour faire le \oiage et l'aire entendre au conseil l< s droicts et privilléges de lad ville, suivant losd. tailles. »
On décide que les chartes et titres seront portés « en court, » et on choisit pour les présenter et les faire valoir, les sieurs Le Boucher, do Maupin et Lagaehe (1). — Rey. aux délib , 1 58 1- Jo^2.
« Le XVIIIe jour de septembre, remontrance est faite
(1) Le registre aux comptes de cette année fait foi de leur voyage :
« Item la somme de cinq cens cinquante hnict escus vingt sois employée andict chapitre soubs les noms de M" Jehan Lagaehe
pour le voi.ige faict par messieurs Maupin, naieur, Le
Boucher et Le Roy [?"], antiens maieurs, et ledict Lagaehe, pour l'affranchissement de la taille et obtention de nouveaux imposts. N'en a esté passé que la somme de vc Vsc xxxv*. Le surplus montant cinquante-deux éscus quarante-cinq sols rayé qui
est pour frais de justice, sallaire di- seciettere et greffier et leurs clereqs pour expédition de lettres, requestes et auitres affaires,
par le procureur de la ville « qu'il estoit besoing et nécessaire d'en\oier en la ville d'Amiens, vers messieurs les généra ulx. et trésoriers de France establis aud. Amiens et en la province de Picardie, pour scavoir
ensemble pour louage de ehev;iulx et s:ill;iire des serviteurs qui
(déchiré dans le tegilrc) cy. . L|["c XLV'. »
El encore :
« A esté p.iyé ,i J.-han l.agache, procureur fiscal rie ceste ville, pour sou remboursement tje plusieurs Frais par luy faicts | endaut le v<yage faict en couit pour l'affranchissement peipéluel de la taille et obtention de nouveaux nnposls, la somme de soixanle-
d x-sept i scu> sellon qu'ii est bien au long déclaré par
le proces-verbiil et délibération dudict esclnvina.e du XXill' jour d'aoust m I V1- (pialre-vingl et d ux, cy. . . Lxxvu "c. »
Un autre vovage est iiientiouné cil celle année (l â»l- l J82), du même Laguhe, a Amiens, sur la « véiillicatiou desd. Icsllrcs. » Enljli :
« A Jacques Le Roy, sr de St-Lo, la somme de sept livres quatorze sols pour le louage d'un cheval sur lequel ledict Le Roy seroit retourné d'un voiage par luy faict en court. . vu"50 (i) xiin*. »
« A esté payé a Rolland Couppicr douze escus pour p >r er à monsieur le maieur estant à Paris et deux escus pour son voiage
selon qu'il appert parle mandement du jour de mars audict
an mil Ve llll" 11, cy xuu "". »
« A Nicolas Pou tier la somme de deux escus pour douze journées d'un cheval sur lequel (un nom que je ne peux lire) estoit allé en court pour les affaires de la ville, mandement du XV
nui vc mr ii, cy . ir\ »
Les demandes poursuivies entraînèrent encore quelques dépenses :
« A esté payé pour les espic.es et frais de la vérifhYation de l'affranchissement peipéluel de la taille et des nouveaux imposts devant ineiilionnés, la somme de treize escus, comme il appert par mandement, etc., cy xuf,c. »
« A esté payé à maistie Jehan Delecoui t, substitut du procu-
(1) Le texte donne sept livres, et l'argentier s'est servi ici d'un signe qui ressemble, bien à celui des eacus.
et entendre d'eulx le temps et le jour qu'ils entendoient partir et s'acheminer pour aller en court à l'assignation à eulx et à nous ordonnée par le roy en son conseil privé sur la descharge que prétendons de douze cens quinze
escus d'une p^rt, trois cens escus d'aultre et de
deux quartiers de révocquation de l'affranchissement de talle, et pour le prier (l) de nous voulloir estre propice et favorable vers sa majesté et son conseil. » L'assemblée, ayant écouté cette remontrance et quelques autres, décide « que M Jehan de Mnuphi, lietntié es loix, conseiller du roy nostre sire et controlhur de son domaine, sera prié en qualité dnutien maieur, de se transporter en l.t'l. ville d'Amiens. »
Les sollicitations de la ville obtinrent enfin à peu près le succès désiré :
renr de la ville, pour bailler à monsieur le procureur du roy, pour la vérifticalion des chartes tant de laffram hissement perpétuel de la taille que des imposls perpétuels, la somme de deux escus,
cy n"c. »
Je lis plus loin :
« A esté payé pour les espices et frais de la vérification de l'affranchissement perpétuel delà tai le, des nouveaux imposts devant mentionnés, la somme de treize escus, cy . . xiif". » Enlin :
a A esté payé pour une despence faicte par monsieur
de Moienmville, qui eslo;t venu en ceste ville où il aurait séjourné tant po;:r faire rayer lad. ville des rolles «le la taille en conséquence du privillége et affranchissement perpétuel, la somme de douze escus, scavoir: à Guillaume Burret [?J, mai chant de vin, pour pain, vin, dessert, feu, la somme de huict escus deux tiers, et à François Boullenger, poui viande, la somme de trois escus ung tiers, lesd. deux sommes revenans à lad. première
somme île douze eseus, cy xn '". » —
Reg. des comités, 15ttl-l582.
(1) Pour prier qui? Ellipse un peu forte.
« Au mois de novembre 1581, le roi confirma par lettres patentes l'exemption du ban et arrière ban dont jouissaient les habitants d'Abbeville » — Formenlin.
Sangnier d'Abrancourt nous fournit l'analyse de ces lettres : « Le roi exempta la ville d'Abbe\ille des tailles, subside-set impositions, et confirma les anciens privilèges des habitants, en considération que cette ville étant l'une des principales clefs du royaume, assise sur la frontière des Anglais qui y peuvent venir par mer en huit heures de temps, et des Bourguignons qui y peuvent venir en trois heures, elle est de très-grande importance pour l'Etat, joint à ce que cette ville étant gardée jour et nuit par les habitants, si on y levait lesdites tailles, ils abandonneraient la ville dont le roi serait obligé de faire garde faute d'habitants suffisants ce qui lui coûterait plus de cinquante mille livres par an; ces raisons sont contenues dans les lettres patentes du roi données à Paris le '\ novembre I08I, registréesen la cour des aides, en la chambre des comptes et mises aux registres de la trésorerie générale de France établie à Amiens. »
Sangnier d'Abrancourt n'ajoute pas cependant qu'il fallut acheter à beaux deniers la faveur établie sur de si belles considérations (I)
Et on n'en avait pas fini avec les exigences en détresse de la cour de Henri 111.
(1) « Le dernier jour d'avril, le maieur expose au grand Eschevinage qu'il est expédient d'envoier an plus lot, à la recepte générale d'Amiens, la somme de cent escus pour le premier quarter de la composition de l'affranchissement perpétuel de la taille, d'autant que commaiulemens lui ont déjà été faits, etc. Le conseil décide en conséquence que la somme sera envoyée par une grihanne. »— Rrg. aux délib., 1581-1582.
Le maieur de Maupin était retourné, vers les premiers jours de printemps, à Paris, pour les affaires de la ville. Pendant son absence, l'Echevinage reçut copie des lettres royales demandant la levée sur Abbeville de mil six cent soixante six écus deux tiers pour la subvention aux villes closes du royaume. L'Echevinage décida que le maieur, alors à Paris (1er avril 15S>), solliciterait du roi décharge entière ou partielle de la somme, en considération des pertes infligées aux habitants de la ville et du plat pays par « les gens de guerre passans et repassa ns (i). »•
En IoîS'2, le sieur de Crèvecœur, lieutenant général, demanda l'entrée de la ville pour sa compagnie de cin-
(i) « Du premier jour d'apvril ! 582 au son «le la cloche, par dev nt \ Vincent, cschivin tenant les sceaux, (te - Ledict sieur Vincent a ren-onstre luy avoir esté envoie, p ir ordonnance de Mr le séneschal de Po thieu ou son lieutenant, une coppie des lettres patentes du roy. données à Paris le VIe jour de fehvrier (i5«'2j, laquelle coppie luy a esté d.lliviée pour l'aire lever sur tous et chicuiis les hahitans de ceste ville d'Abbeville la somme de mil six cens soixante-six escus u tiers, à laquelle somme les haliitans ont esté cotlisés pour la subvention aux villes clos-'S du roiaulme, que le roy prétend lever en ceste année présente pour les causes au long reprinses esd lettres. » Le conseiller Vincent ajoutait « qu'il esloit be«>ingd'a Ivisci et dellihérer àquoy avoit à faire sur ce faict et qu'à ceste lin il avoit faict assembler, im-smcs prié et requis aulcuusde messieurs îles antiens maieurs. » Lecture des lettres royales étant faite, l'Echevinage décide « qu'il s-'ra envoie coppie dciibmcnt collationnée à Mr le maienr estant député à Paris, et qu'il luy sera escript pour le prier aflin de présenter nqueste au roy pour eslre (bschargé de lad. somme ou pour obtenir au moines une modération en considération des pertes que les habitans et ceulx du plat pays ont souft'ert pour raison des gens de guerre passans et repassaus. — Registre aux déUb., 1581-1582.
quante hommes d'armes —M. Traullé, Table de Chartes.
Était ce avant ou après la saint Barthélémy qui sert de départ à nos années?
Le prélèvement de l'impôt du sel émut les habitants des campagnes et provoqua des troubles qui refluèrent jusques dans Abbeville.
Le IS juillet 1582, le maieur exposait, à PÉchevinage convoqué « que, depuis plusieurs heures en ça, se sont retirés vers luy plusieurs habitans de ceste ville accompagnés de quelques femmes des villages proches de ceste ville, lesquels luy ont remonstré que, pour les exécutions rigoureuses, emprisonnemens et recherches qui sont par le plat pays d'allentoi;r de ceste dicte ville sur les habitans du plat pays, en vertu, l'on dict, de certaine commission à monsieur Lorrains commissaire pour l'exécution de Pimpost du sel nouvellement mis
sus par sur lesd. habitans du pays , il ne leur
estoit possible de vacquer à la récolte et messon des ablests estans sur terre et près à recoeuillir
... Ces choses avoient aussy esté remonstrées aud. maieur en plein marché de ceste ville par plusieurs femmes de.» villages, en grand nombre, levant leurs lauchilles en la main, et quy avoient esté contrainctes de s'acheminer en cest estât en ceste ville, à la suite de leurs maris que l'on avoit amenés » ici même « prisonniers, aulcuns morts et blessés »» En ces circonstances, « pour éviti r autre désordre quy en pounoit advenir à lad. ville au préjudice du service du roy, »• le maieur requérait que l'on voulut prendre quelque sage avis. On résout donc d'envoyer, sur les faits exposés ci-dessus, des remontrances au sieur Lorrains - estant en ceste
ville, « et de le prier « de mettre ordre que telles exécutions et emprisonnements ne puissent apporter aulcun préjudice au service du roy, repos public et seureîé de ceste ville quy ne se poeult bonnement conserver ny estre deubment munitionnée de vivres, cessant lad. récolte et libre accès desd. habitans du plat pais » On
décide encore que de ces plaintes « et de la response que fera le sieur Lorains, il sera incontinent et diligemment escript à monseigneur de Crèvecœur, lieutenant général pour le roy en ce pays de Picardie, pour en advertir sa majesté et ordonner ce qu'il iuy plaira. »»
Quelques passages de troupes du parti royal et catholique se firent dans le pays :
« A Jehan Auger, sergeant à mace pour les vaccations par luy faictes pour trouver gribennier (gribannier) affin d>- passer des soldats sur la rivière à Port, comme
appert par sa requeste, cy xxs »
— Rtg. aux comptes, 15M-1582.
Les comptes de la ville relatent enfin un certain nombre de voyages pour des intérêts de la ville que nos successeurs dans ces travaux pourront expliquer mieux, et que nous indiquons succinctement (1).
(I) « A Jehan de Brailly un cseu vingt sols pour le voiage par luy fuict à Crèvecœur pour les affaires de la ville, ainsi qu'il
est porté, etc., cy r,er\ » —
Regi\tre anx comptes, 1581-1582.
a A Pierre M , eschevin, la somme de deux escus pour
ung voiage par luy faict à Amiens par d-vers monsieur de Crèvecœur pendant que les troupes de monseigneur fils du roy
passoient pour aller en Flandres, cy IIe". » —
Ibid.
« A Jehan Freillot [?], manouvrier, pour avoir esté de ceste
FAITS DIVERS
La peste. — Misère. — Refus de sommes dues au bureau des pauvres. — Recherche du vin — Dépense d'horlogerie.— Les fermiers de la ville s'acquittent mal de leurs paiements
Le lundi 18 juin (1582), se présentent, dans une réunion de l'échevinage, les commissaires du bureau des pauvres; la peste qui commence à courir dans la ville exposent ils, et la grande multitude des pauvres augmentant chaque jour, ne leur permettent plus de satisfaire aux nécessités du bureau, « d'autant que plusieurs et des principaulx habitans » refusent les sommes auxquelles ils ont été cotisés Le conseil décide que tous les moyens légaux seront employés pour vaincre la mauvaise volonté de ces habitants. -• Registre aux délibérations, 1581-1582.
ville à Port v*. » —
Ibid.— Peut-être à l'occasion du passage des troupes.
(f A Pierre Toulfoh, messager, pour avoir râ porté lettres de Paris île mous' de la Croix [?] touchant le faict de l'argenterie. » -Ibid
Il est question aussi d'un voyage de Jehan Marcoul à Paris « pour le fait de l'argenterie, comme est plus amplement déclaré sur le compte des octroys. » Mais nous n'avons pas ce compte des octrois. — Ibid.
o A Jehan deCourchelles et Pierre Pou!tier,eschevins, la somme de nng escu deux liées pour les frais du voiage faict par eulx en la ville du Crotny pour gouster les vins pour le remplissement
du magasin de Rue, cy rKii'. » —
Ibid.
Est-ce au point de vue de l'approvisionnement de la ville, au point de vue des fournitures à faire au magasin de Rue, — voyez à l'année 157&-io79, — que la recherche du vin était faite?
« A Pierre de Buigny, Mathieu Freilloy [?] , Jehan de Villers et Jacques Uoussel , la somme de deux escus quarante sols à eulx taxée pour avoir faict une reveue et recherche des vins estans en ceste ville, cy. . irsc xls. »
— Beg aux comptes, 1581-1582.
11 est à croire que la ville qui avait, comme on sait, fait cadeau d'une horloge à la reine Marie Stuart, eut encore cette année quelque don du même genre à offrir, a moins que l'échevinage n'eût à faire réparer ou renouveler l'appareil que « conduisait » Artus Formentin ( I) :
« A .Nicolas Plantart, maistre orloger, lit-on dans le registre aux comptes, la somme de treize escus vingt sols pour ouvrage de son dict mestiër sellon qu'il est porté par mandement du Xlll jour d'octobre mil Ve quatre vingt et ung, cy xiu"c xxs. »
En Tannée 1581-1582, l'échevinage est obligé de faire faire des commandements par un sergent royal aux fermiers de la ville Je payer le prix de leurs fermes. Deux escus sont donnés au sergent, ce qui prouve un bon nombre de commandements
(1) Voyez les traitements au chapitre du Renouvellement de la loi.
Renouvellement de la loi. — Différend entre le gouvernement et le maieur sur les passe-ports à signer pour la sortie des blés, des vins, etc. — Une lettre de la reine-mère annonce l'approche de l'armée ne Mî' frère du roi. — Magasin à établir pour fuurn'r de vivres cette armée — Le blé pour les fournitures du pain sera pris sur la maison du Val et dans les greniers que les communautés religieuses ont dans la ville — Pirateries exercées vers l'embouchure de la Son. me.— Navire construit par M. de Rambures pour les réprimer. — Abbcville refuse d'appuyer l'intention de M. de Rambures.— Le comté de Puulhieu est donné à Diane de France.
Les registres aux délibérations ne nous feront plus défaut maintenant jusqu'à l entrée du roi dans Abbeville, mais le registre aux comptes nous manque pour celte année 1jî>'2-1o83.
(i)Maï< ur; noble homme innistre François IVIourette, seigneur de Cumont et Maison, conseiller du roy ci sou premier advocat au comté, sénéchaussée de Pouthieu et siège présidial d"\bbevilic.
Les quatre premiers echevins lurent : nobles hommes M' François Le Cabon , seigneur de Conteville , esleu ; M* François Caisier, seigneur de Réalmont, advocat; honorables hommes ROGt.RiN Noël et M* Jacques du Candas, maistre des ouvrages du Comté de Pontbieu.
Les argentiers turent : de la Ville, Antoine Boullon ; du Val, Pierre de Meldeman. — Waignart,
La poste, qui nous arrêtera plus loin, sert de fond sinistre à toute i'histoire de cette année échevinale. Sur le premier plan apparaissent cependant, par instants, des pronostics de guerre, des précautions de ville qui se garde, et ces messagers qui précèdent les massacres, — les commissaires des vivres et des munitions.
Dans une assemblée du S novembre 15s-?, le maïeur expose que, le jour même. les portiers sont venus l'avertir que 31. de Hucqueville leur a envoyé une ordonnance signée de lui et de son secrétaire, avec ordre de l'attacher aux cori s-de garde des portes, - touchant qu'il est enjoint à lous chef et gardes desd. portes de ne laisser passer aulcunes armes ny laisser sortir bleds et aultres sortes de grains, vins et aultres vivres, sans passeport de Iny ou de son lieutenant. » Cette ordonnance, les portiers la lui out présentée et il l'a retenue, « parce qu'il croit ictlle estre de conséquence et faire préjudice aux droicts. prééminences et aultres de la ■ville et des habilans d'icelle , d'aultant que par icelle led. sieur gouverneur se vo.ildroit attribuer seul la congnoissance et commandement sur le maniment [?] et pollice de ceste \ille » Le maieur s'est donc décidé à faire faire la présente assenblée, et il y a convoqué messieurs les lieutenant et officiers du roy; mais ces messieurs ont répondu au substitut même du procureur de la ville que, « pour le présent, ils avoient quelque empeschement en leur chambre, » et ils ont demandé communication de l'ordonnance au lieu ordinaire de leurs réunions.
L'Echevinage, assez mécontent sans doute de la réponse dilatoire et de la réserve des gens du roi, décide que l'assemblée sera remise au lendemain « pour résoudre; » l'ordonnance du gouverneur sera portée aux ofticiers du
roi, qui « seront requis et priés » de se trouver à cette assemblée du lendemain.
Mais le lendemain étaient survenues des nouvelles assez graves pour détourner en partie, vers d'autres préoccupations, l'esprit de l'Eehevinage
L'assemblée, qui se réunit !e 9 novembre sous les impressions de la veille et du jour, est très nombreuse; des maieurs de bannières y assistent Le h aienr raconte que le matin même, sur les onze heures, M. de Hucqueville lui a communiqué une lettre de la reine-mère, avec d'autres lettres de Monsieur de Montpensit r, conducteur de l'armée de Monseigneur frère du roi, de Messieurs de Bniron et Pied Gaillard « et mesme qu'il en avoit aussv receu, de sa part ( ), desd Sieurs de Monpensier, Beron [?] et Pied Gaillard, al'tin de dresser ung magasin en ceste ville pour subvenir de vivres à à lad. armée. » — Ces lettres avaient été apportées par le sieur de Cesseval (Saisseval sans doute), commissaire général des vivres et munitions de France, « quv avoit charge de donner ordre au\d. munitions. ••
Lecture faite des diverses lettres, l'assemblée, inquiète, discute les moyens de parer aux inconvénients
«• qu\ pourraient advenir et rellever ce pais de la
et oppression que l'armée de Monseigneur frère du roy y feroit, y faisant long séjour. » Llle décide qu'à la plus grande dilligence que faire se pourra « on Fournira jusques au nombre de XXV à XXX (:) de pains; pour à quo> satisfaire sera prias jusques à quarante septiers de blé sur la maison du Val, et que le surplus sera
(1) De son côté, lui-même.
(2) Un nombre ou un poids que je ne peux lire.
prins es greniers dos abbaies et communaultés estans en ceste ville, vers lesquelles la ville s'obligera de la somme à quoy se montera l'estimation de ce quy sera par culx (\) livré; » et, pour exécuter la présente délibération et aller \isiter ces greniers, furent nommés plusieurs commissaires.
De Tord nuance du gouverneur pour les portes, pas un mot dans cette délibération La question fui eut. née sans doute au milieu des nouvelles de l'armée et des lettres de la reine.
Les dd bémlions suivantes s'occupent encore des fournitures de pain à l'armée.
Dans la séance du XI jar vier 1583, on décide que « les trente septiers de blé n oietié, prins depuis deux mois au logis de Botlebopgne (ce bié appartenait aux religieux CéUslins d'Amiens), pour f.iire le pain de munilion pour nourrir l'armée de son altesse passant par ce quartier suivant la lettre missive de la royne mère régence du roy et de monseigneur duc de Monpensier, seront paies au pris de quatre livres buict sols le seplier, quy monteroit à la somme de quarante -quatre escus. » — Reg. aux délibérations, 15^2 ioS3.
Le maï.ur vient d'exposer, le 4 janvier, que M de Rambures a fait construire un navire « pour n.eltre sur la mer et empescher les volleries » qui s'y corn m 'tient au grand détriment des marchands et particulièrement des marchands d'Abbeville, mais que, pour en ployer ainsi ce navire, une permission de Monseigneur le duc de Joyeuse, amiral de France, est nécessaire. La réunion a donc pour objet d'arrêter une requête au duc Les
(l) Par lis représentants des abbayes.
marchands de la ville sont consultes sur l'urgence de cette requête On ne sait si la ville cramt quelque demande d'argent pour l armement du navire, mais il est certain qu'elle refuse d'appuyer le projet.
En ce mois de janvier, d'ailleurs, et jusqu'à la Saint- Barlliélemy , le bruit dis événements extérieurs ne semble plus guères entrer dans la \\th\ L'attribution en apanage, que nous allons rapporter, passe un peu par-dessus la tète des habilans «i'.v bbc ville
Le I3 août 5S3 Henri lll donna à Diane de Fiiwce le comté de l'onthieu en échange du comté deChâti Hérault, pour en j'uir, par usufruit, avec les menus honneurs et prérogatives qu'en jouissait le feu roi (*i). Ces lettres d'échange ne furent vérifiées qu'en vertu de lettres de jussion.
Henri lll avait gouverné le Ponthieu comme comte pendant neuf ans et quelques mois( ).— Formenliu.
Diane, légitimée de Franc»', fille d'Henri II et de Philippe Duc (piémontaise), était veuve d'Horace Farnèse, duc de Castro, mort en lod3, et de François, duc de 31ontmorency, mort en lo79 — Art de vérifier les dates.
(1) C'est-à-dire depuis son avènement au trône, le comté de Ponthieu étant réuni an domaine de France.
(2) Formeutin renvoie pour la période occupée par le gouvernement de Diane de France (elle mourut le 11 janvier 1619), aux chartriers et registres des hostels de ville d'Àhbeville, Montreuil, Douleus, Amiens, Saint- Valet y, etc., et registres de Saint-Yul-
fran, Saint-Pierre, Saint Riquicr, archives du , mémoires
manuscrits et anecdotes du Ponthit-u, mémoires manusciits de M" Riimet, Waignart, Hect[uet, Heruian, etc., pandeetes, hist. ms. du Ponthieu ; aux P. Ignace, Daniel, Meseray , Ue S.ires, Mainbourg, du Hai.lau. Satire Menippéc, mémoires de la ligue de Suili, de Brautome, du maréchal d'Jislrées, iNangis de Gramout, etc.
« Le parlement ayant enfin vérifié les lettres patentes de l'échange ci-dessus, Louis Dodieu, maître des comptes, se rendit à Abbe\ille, comme commissaire du roi, pour mettre Jacques Laen, seigneur de Pamply, procureur de Diane, en possession du Ponthieu; cette cérémonie se lit en la chambre d'audience du présidial, en présence de tous les députés des mairies du Ponlhieu (I) Le maieur d'Àbbeville s'opposa à cette prise de possession, attendu que ce comté n'avait pu être démembré de la couronne. »
— F ormenlin.
Empiétons quelque peu sur l'année qui vient, pour sui\re les effets de celte protestation du maieur J Groul.
«Sur l'opposition s'était retiré vers le roi il obtint une déclaration, le 9 janvier 15S4, par laquelle il fut dit que Diane ne jouirait du Ponthieu que comme usufruitière sans que la propriété en fut désuni du domaine et sans dérogation aux privilèges du pays. » — Formenlin.
Kous lisons encore dans le paquet 9, art. 3 B de dora Grenier: « 19 may 15S4. Diane de France, sœur légitimée du roi, duchesse d'Angoulême, douairière de Montmorency, comtesse de Ponthieu, en vertu d'apanage. »
FAITS DIVERS
La peste. — Mesures prises contre l'épidémie.
La peste désole Abbeville pendant toute cette année
(1) Le 20 fin mois de décembre suivant. Diane, le'gitimée de France, lill^ df Henri H, prit possession, par procureur, des revenus du comté de Ponthieu dont le roi lui avait accordé l'usufruit.
— Doin Grenier, paquet 14, tome 90.
échevinale. On décide dans une réunion du 9 octobre 4582:
« Premièrement que les maistres barbiers et chirurgiens de ceste ville seront mandés et à eulx enjoinct de delléguer ung ou deux d'entre eulx pour servir aux mallades de lad. malladie en leur donnant gaiges du sallaire compettant avec maison séquestrée au lieu plus commode qu'il sera advisé; ce que lesd. barbiers seront tenus de l'aire par dedans le jour, à paine de dix escus d'amende et d'estre privés de tous les privillèges de bourgeois de lad ville et desd. maistrises.
« Item, de faire deiïence à tous habitans de ne faire (de faire) aulcunes assemblées soubs prétexte de mariages , confrairie et aultres occasions quelconques, jusques à trois mois ou que autrement en sera ordonné, à paine de cent escus d'amende contre les contrevenans et de prison s'ils persistent.
« item, de mander le maistre de l'Hostel-Dieu et regarder avec luy quel moien il y a de référer les mallades de peste aud. lieu en les séquestrant des aultres mallades.
« Item, de ordonner aux relligieuses deSaint-François,
Saint-Jullien, (le blanc ainsi dans le
registre) de delléguer aulcunes d'entre elles, fortes et sollides, pour secourir les mallades, regarder maison commode où elles pourront être séquestrées.
« Item, demander le maistre des grandes escolles et tous aultres et les enjoindre de fermer leurs escolles jusques à ung mois ou que aultrement en soit ordonné.
« Deffenses à tous curés, vicaires et maregliers, de n'envoier (d'envoyer) les porteurs d'eaux bénites par les maisons es jours des dimanches durant le temps de six
sepmaines ou que aultrement en soit ordonné, à paine de amende contre lesd. curés et maregliers et de prison pour lesd. porteurs d'eaux bénites. » — Reg. aux délibérations, 1. .82-1583.
11 est encore question de la peste dans les délibérations de cette année, notamment et très-longuement dans celle du 17 octobre.
La contagion persistait encore en 15S3. 11 est parlé dans la séance de l'Échevinage du 9 mars de la « cessalion de la maladie des pestiférés, » mais la délibération du 18 mai constate que la maladie a reparu en quelques endroits de la ville. Plus tard encore, une délibération du XXV may (1583) commence ainsi: « Sur ce que la malladie de la peste continue de pulluler en plusieurs endroicts de ceste ville et que plusieurs liabitans se
malcontentent et plaingnent, f'aulte d'estre saignés
etc. » Enfin le XVIe jour de septembre 1583, est « mandé à l'eschevinage Me Marand de Bailloeul, prebtre, maistre des grandes escolles, auquel on i'aict deffense de ne plus recepvoir (de recevoir) aulcuns enffans ny tenir escolle, à raison de la malladie contagieuse de peste qui court et pullule ad présent en ceste ville; et ce, tant qu'il en sera aultrement par nous ordonné » — Reg. aux délibérations, 1583-1584.
L< renouvellement de la loi. — Lettres du mare'chal de Biron. — Pain, vin et bière fournis au maréchal revenant de Flandres. — Différend entre la ville et le gouverneur M de Hucqueville.— Processions de pénitents blancs, plus que douteuses, à Abbeville. — Gens d'armes en passage logés dans la ville. — La compagnie de M. Domont (d'Àumont) en garnison. — Sévérités contre le carnaval.— Emprisonnement de Jacques Le Roy plaidant l'exemption de ban.
Le registre aux comptes de cette année n'est pas complet; les mises ou la plupart des mises manquent.
Les faits particuliers qui remplissent cette année échevinale et qui touchent de loin à l'histoire politique du temps sont assez divers, et il faut en chercher la liaison dans les événements généraux de l'histoire même de France
(l) Maieur: noble homme sire Jacques Groul, seigneur de la Folie.
Les quatre premiers échevins furent : honorable homme M' Jean Le Porc; nobles hommes M' Jean de Canteleu, esleu ; M* François Le Sage, advocat, et Nicolas de Lavernot.
Les argentiers furent: pour la Ville, Nicolas Moitié (l) ; pour le Val, Antoine Sanson, orfebvre.— Waignart.
(1) Le Moictié dans les registres de la ville, mais nous acceptons pour ces noms la forma que nous fournit Waignart quand nous le consultons.
Le XXVIIe jour du mois d'aoust 1583, le maieur annonce au corps échevinal qu'il a reçu le jour même des lettres du maréchal de Biron qui lui réclame comme nécessaire la fabrication et l'envoi de cinq mille sept cents pains « pour la nourriture des troupes françoises et suisses qui s'acheminent par delà à grand' journées, » et quelque quantité de vin et de bière pour leur boisson. L'assemblée décide qu'il sera fourni cinq mille pains, dix barriques de vin et vingt barils de bière.
Le 29 août, le maïeur remontre qu'il est besoin de commettre quelques-uns de 3Iessieurs (les échevins) tant pour « recepvoir les munitions qu'il convient envoier à l'armée de Monsieur le mareschal de Biron que pour les conduire au bourg de Cressy où se doibt rendre lad. armée. Le conseil décide que André Belle, Sanson, Hocquet , Pierre du Maisniel et Anthoine Bellenger prendront la charge de recepvoir et faire charger lesd. munitions, et que Caron et Dubos les conduiront à Cressy. »
Et le premier jour d'octobre suivant, on délibère d'envoyer requête à Messieurs les généraulx à Amiens pour qu'il leur plaise ordonner à MM. les élus de faire assiette sur le pais de la somme à laquelle se sont montées les munitions de vivres fournies à l'armée du maréchal (de Biron) à son retour de Flandres. » — Ibid.
Les sieurs Leboucher, lieutenant criminel, Jacques Leroi, élu, François Caisier, avocat, sont députés à Paris pour une affaire contre le sieur Hucqueville. -M Traullé, Notes diverses.
« Le commencement du gouvernement de Diane de France se signala par l'établissement que Geoffroy de la Martonie, évêque d'Amiens, fit à Abbeville des pro-
cessions de pénitents blancs, à l'imitation de celles que le roi Henri III faisait (1). Ces pratiques, bonnes en ellesmêmes, dégénérèrent en superstitions, ce qui obligea les magistrats à les abolir. » — Formentin.
Je dois dire que rien, dans les registres de la ville, ne nous met sur la voie de cette instigation ou initiative, vraie ou supposée à distance, de l'évêque d'Amiens, ni de l'abolition qui serait venue plus tard.
Le 27 juillet (1584), le maieur déclare qu'il est besoin de contraindre les réfractaires à loger les gens d'armes et à leur bailler les commodités indispensables. On délibère que commandements seront faits « au maître du Cygne et Cerf de raccoustrer et mettre en estât suffisant une chambre de sa maison pour y loger l'enseigne de la compagnie de Monseigneur le mareschal Domont, en dedans ce jour. »
On décide aussi que des publications seront faites à son de trompe, portant commandement à toutes personnes « de ne point donner empeschemens aux gens d'armes qui logeront en leurs maisons, ains de leur fournir chambres, fournitures et aultres choses, en dedans huy, à peine de dix escus d'amende et pugnition de prison. »
On voit, par la suite de la délibération, que la compagnie de M Domont devait tenir garnison dans la ville.
La ville se montre sévère contre le carnaval (2).
(i) Henri III avait établi les pénitents de l'Annonciation au mois de mars 1583.
(2) « Du XXII" jour dud. mois (de février 1584), Nicolas de Broutelles, pour avoir esté en masque contre les deffenses. . xxx\ « Diidict jour, Nicolas dé Hodde, pour pareille cause. . xxx*. « Dudict jour, Anthoine B...? pour pareil faict .... xxx*.
Jacques Leroy, seigneur d'Acquêt, est emprisonné par ordre du roi parce qu'il soutient l'exemption de la ville du droit de ban ; il reçoit une indemnité de la ville. — M. Traullé, Notes diverses, à la date du 22 mars 1584. — (1)
FAITS DIVERS
Le Présidial à la Grutuse.— Dédicace et consécration du chœur de l'église de Saint-Georges.
Le siège du présidial fut transféré, vers la fin de novembre 1583, à l'hôtel de la Grutuse. — Dom Grenier, paquet 14, tome 90.
Messire Geoffroy de la Martonie, « très digne évêque d'Amiens, » dédia et consacra le mardi des fériés de la Pentecôte de cette année, le chœur de Saint-Georges, dont la construction, décidée en 1521), était achevée depuis longtemps.
« Dudict jour, Claude de Vienne et Jacques de Courchelles, pour mesme faict lx\
■ Du XXIIII' jour dudict mois, Maturin de Londre, Andrieu Boully, Simon du Four, Alexis Duplat, Ollive Couppier, Ypolite
Beauvisage, Michel , Anthoine Coullon, Gabriel de Cer-
voise et Jehan Leblond, pour mesme faict, condampnés chacun
en v sols l\ » —
Reg. aux comptes, 1583-1584.
(1) Je me comporte envers M. Traullé comme envers Formentin. Je cite avec scrupule leurs noms à chaque emprunt que je leur fais, honnêtement d'abord, par précaution ensuite. Je ne suis pas sûr d'avoir toujours retrouvé, dans les registres municipaux, les preuves de leurs assertions.
Renouvellement de la loi — Écho dans Abbeville de tous les événements de 1585. — Passages d'ambassadeurs. — Lettres du lieutenant général de Picardie et du roi à celte occasion. — Mesures prises par l'Échevinage pour la réception du comte Dherby. — Recommandations du lieutenant général de Picardie d'être sur ses gardes contre ceux de la religion. — La ville fera valoir en cour ses exemptions de tailles, cens et impositions.— On refusera l'entrée de la ville à M. d'Aumale, s'il se présente devant les portes.— Lettres du roi et du lieutenant général de Picardie sur cette éventualité. — Lettres du duc d'Aumale à l'Échevinage. — Réponse de l'Échevinage.— Nouvelles lettres du roi et du lieutenant général de Picardie — Protestation de fidélité au roi et à la religion catholique.— Le roi prémunit les habitants d'Abbeville contre les entreprises du duc d'Aumale. — Rapports entre le gouverneur et le maieur. — Recommandations faites par le lieutenant général de Picardie. — Le roi conseille de nouveau la défiance envers le duc d'Aumale et veut que le prieur de Saint-Pierre sorte de la ville.— Exigences du gouverneur repoussées par l'Échevinage. — Religionnaires retirés dans la ville. — Quelques défiances des habitants contre
(I) Maieur: maistre Jacques Le Roy, seigneur de Saint-Lau, conseiller du roy et esleu en l'élection de Ponthieu, maieur pour la seconde fois. — Waignart.
Les quatre premiers écbevins furent: noble homme M' Antoine Waignart, advocat et substitut de monsieur le procureur du roy; honorables bommes Nicolas Morel, Robf.rt Le Carbonnier et Jean Le Sage, escuyer, seigneur de Vaucbelles.
Les argentiers furent: pour la Ville, Nicolas Beauvarlet; pour le Val, Jean de Vauchel.— Waignart.
le gouverneur.— L'Échevinage a la garde du magasin à poudre du roi. — Poudre de ce magasin refusée au gouverneur. — Discussion entre M. de Ligny et le maieur d'Abbeville. — L'Échevinage enverra vers S M. pour soumettre le cas à son conseil. — Quelques extraits à discuter de Formenlin. — Diminution de la compagnie du gouverneur. — Les habitants obtiennent du roi le licenciement de cette compagnie qui devait être mise en garnison dans la ville.— L'édit de Nemours. — Ses conséquences. — L'Échevinage consent à prêter dans la maison commune, mais non devant le sénéchal de Ponthieu, le serment demandé par le roi.
Le registre aux comptes de J5S4-15S5 est absent des archives de la ville; heureusement le registre aux délibérations nous fournit une assez belle récolte de faits, de lettres surtout, encore est-il presque entièrement vide du 24 août 4554 au mois de janvier !585. — (1)
On sait que le 31 décembre (1584), les Guises, par un traité fait à Joinville, s'étaient à peu près liés à l'Espagne, et que, presque simultanément (2 janvier lo^), la Ligue s'affirmait à Paris avec une vigueur nouvelle.
Nous entrons donc immédiatement dans l'année fort agitée 1585. Pas un événement tirant sa cause de la politique royale ou de l'intrigue des Guises qui ne laisse en notre ville une trace, un bruit à recueillir.
Par ordre du roi, on reçoit à Abbeville, dans le mois de janvier, « plusieurs envoiiez ou ambassadeurs des Paiis-bas, c'est à dire de Flandre, d'Anvers, de Frise et
(1) Un seul incident à noter dans cet intervalle. Le XXII4 jour d'octobre 1584, une légère difficulté s'élève entre le maieur et
le mareschal , alors dans la ville. — Le maréchal
demandait de l'huile, des chandelles et du bois pour ses soldats « en garde. » L'Échevinage refusait poliment, déclarant qu'il n'avait jamais fourni ces objets qu'aux bourgeois de service. Il offrait cependant de donner du bois, bien que les soldats et hallebardiers du château eussent coutume d'en prendre aux portes. — Reg. aux délib., 1584-1585.
de Gueldres. Albert-Léonin de Longuenil, chevalier de Gueldres, estoit chef de cette ambassade vers le roi. » — Dom Grenier, paquet \k, tome 90.
Le maieur communique, le 4 février 15S5, à l'échevinage, les lettres par lesquelles le sieur de Castelenau lui annonce le passage du comte « Dherby » chargé d'apporter au roi de France l'ordre de la Jarretière (1), et qui partira d'Angleterre dans huit jours au plus tard. L'échevinage décide d'abord qu'une copie de la lettre du sieur de Castelenau sera envoyée à M. de Crèvecœur afin de connaître ses intentions et ce qu'il conviendra de faire.
M. de Crèvecœur répond :
« Messieurs, à ce que m'escript monsieur de ,
nostre ambassadeur en Angleterre, le comte Dherby doibt partir incontinent, de la part de la royne sa maistresse, pour venir trouver le roy avecq tout plain
de démonstrations, » etc Le lieutenant général
de Picardie recommande ensuite une bonne réception : « Surtout que vous aiez pourveu de nombre de chambres compettantes pour ce quy luy en fauldra à sa suitte, entre laquelle vous regarderez particulièrement que n'y ait aucun désordre ny confusion dont ils se puissent se mal contenter de nous. » — Le reste de la lettre est plein d'ellipses d'une grammaire hardie, si la faute n'est pas au copiste. — 31. de Crèvecœur datait d'Artois le 31 janvier 15N5.
Le roi écrivait à son tour, plus correctement, de Paris, le 4 février : « Chers et bien amés, à
(1) La lettre du sieur de Castelnau est tout au long copiée dans le registre aux délibérations ; elle donne des instructions pour la réception du comte qui doit passer avec plusieurs gentilshommes et deux cents chevaux.
ceste cause nous voulions et vous mandons que vous aiez à le (le comte Dherby) recoeullir et accompaigner le mieulx et plus honorablement que vous sera possible et le faire loger en vostre ville, enssemble les gentilshommes, etc et vous nous ferez service fort
agréable. »
Ainsi finit simplement et amicalement le roi Henri III, quand M. de Crèvecœur donne gravement aux bourgeois de la saincte et digne garde.
L'échevinage, ainsi royalement sollicité, décide alors que les capitaines des compagnies des harquebouziers, arbalestriers et archers, seront mandés et qu'on les admonestera de se tenir prests en bon ordre et esquipaige pour la réception du comte Dherby. On admonestera pareillement les hostellains de faire accommoder leurs chambres des choses nécessaires pour loger led. seigneur et sa suite; on arrêtera des chevaux de louage pour faire porter les bagages de l'ambassade.
Le 15 février, l'ambassadeur de la reine Elisabeth, Henri, comte Derby, fit son entrée à Abbeville. 11 était lui même chevalier de l'ordre qu'il apportait au roi de France Les ambassadeurs des Pays-Bas, fêtés à Abbeville dans le mois précédent, l'attendaient à Senlis.— Dom Grenier, paquet 14, tome 90.
Le 16 février 1585, le maieur communique à l'échevinage des recommandations pressantes de M. de Crèvecœur (1). 11 faut être soigneusement sur ses gardes, soit de jour, soit de nuit, contre ceux de la religion qui passent par la ville, à cause des secrètes factions pra-
(1) Lettre de M. de Crèvecœur du 14 fe'vrier 1585. — Registre aux délibérations.
tiquées par eux « jusques à avoir voullu attenter sur la ville de Corbie. » L'échevinage décide que les ordonnances déjà faites pour la garde seront appliquées en toute rigueur.
Dans une séance générale du 18 mars 1585, l'Échevinage décide « qu'on enverra en court pour remonstrer à sa majesté que les habitans de ceste ville sont exempts et non contribuables aux tailles, cens et impositions quelconques, etc. »
Les questions politiques reparaissent vers le milieu d'avril.
Le XIII jour d'avril, en la chambre du grand Échevinage, une délibération, qui paraît être toute amicale, s'engage entre le maieur et M. de Hucqueville, gouverneur de la ville. M. d'Àumasle, remontre le maieur, est depuis peu. revenu en sa maison à Aumasle. Serait-il bon, s'il se présente « en ceste ville pour y entrer, soit avecq gens ou non, luy faire ouverture ou refus des portes ? »
On décide « que si led. sieur d'Aumasle se présente et voeult entrer en ceste ville, soit avecq gens ou non, ensemble ceulx qu'on cognoistra leurs (sic) gens sans commission du roy nostre sire, les portes leur seront fermées et requis à eulx se retirer, attendant sur ce l'advis de sa majesté. »
M. de Crèvecœur écrit d'Amiens, le 21 avril 1585, aux maieur et eschevins :
« Messieurs, cependant que j'ay esté à mon voiage, monseigneur d'Aumalle a eu quelque volonté de voir ceulx de ceste ville et de communicquer avec eulx; à quoy ils ne l'ont voulu escouter que premièrement ils ne l'eussent fait entendre au roy pour scavoir là dessus son intention, me voiant trop loing d'eulx pour leur en donner advis; ains, aiant eu sa response, j'ay pensé;
qu'il ne seroit que bien à propos de vous en faire veoir le double attendu ce quy se présente aujourd'huyde vostre costé, adfin que, s'il advient qu'on vous recherche de la mesme chose, vous vous régliez sur icelle à la volonté de Sa Majesté et vous montriez en cela et toute aullre chose qui regardera son service, ses très fidèles et obéissans subjects , n'estant la présente à aultre fin sinon de m'asseurer et me confier tousjours sur vos fidèles volonté et debvoir. » — Bonnivet.
Suit la réponse du roi :
« De par le roy, « Très chers et bien amés, nous avons receu vostre lettre du XVI* de ce mois et par icelle veu la response que vous oiesme aviez faicte au gentilhomme qui vous a esté envoyé de la part de mon cousin le duc d'Aumalle pour vous convier de communicquer avecq luy sur plusieurs affain-s; laquelle, sy nous avons trouvé fort louable et digne de la fidélité et dévotion que vous nous debvez, nous n'avons pas recongneu moings sage, prudente et accompaignée de la fidélité que portez à vostre roy, la délibération qu'avez prinse sur ce, en vostre assemblée de ville, de différer de communicquer avecq inond. cousin et de l'escouter aucunement, sans scavoir premièrement sur ce nostre volonté et intention, à laquelle vous montrez bien par là voulloir entièrement vous
conformer Nous vous dirons qu'estant
nostre dict cousin associé avecq ceulx quy sont autheurs des
d'armes quy se font en plusieurs endroicts de mon royaulme à mon grand regret, et quy ont ja saisy quelques unes de nos villes contre mon autorité, nous vous deffendons de communicquer avecq luy, près ny loingde nostre ville d'Amyens(l), et ne le recevoir en icelle quant il se contenteroit d'y entrer avecq ung seul cheval, ny semblablement escouter aucun quy y seroit envoie de sa part; aussy de ne donner l'entrée de vostre ville à quelque prince ou qui que ce soit, si ce n'est le sieur de Crèvecœur, nostre lieutenant général en Picardie, » etc., à moins d'ordre contraire
(t) Pour Abbeville. Erreur de la lettre originale ou du copiste.
signé du roy et d'un de ses secrétaires d'Etat. — Paris, 17 avril 1585.— Registre aux délibérations.
Le XXV avril 185, lettre du duc d'Aumale, « escripte de Pont-de-Kemy et adressée aux maieur et eschevins d'Abbeville. » Le duc leur fait beaucoup d'amitié, rappelant d'abord qu'ils ont laissé pénétrer dans la ville quelques gentilshommes « estrangers, » qui y ont fait réparer des armes ; il continue :
« Je ne sais par quelle occasion pour l'amour d'eulx particulièrement vous en pouviez avoir eu ; niais, pour ce que vous n'avez aucun sujet de faire mauvais traictement à ceux qui s'advouent de moy, pour n'avoir receu de moy jamais que courtoisie, je vous prie ne relïuser aux miens ce que vous accorderiez aux plus estrangers et barbares. Quanta moy, je seray tousjours amy de mes amis, priant Dieu, messieurs, vous tenir en sa saincte et digne garde. — A Pont-de-Remy, le XXVe avril 1585. — Vostre entièrement bon amy, Charles de Lorraine. »
A la lettre du duc, le maieur et les échevins répondirent le jour même, XXV avril :
« Monseigneur, nous ne pouvons passer l'occasion par laquelle nous avez escript, veu que assez librement les pourvoieurs de votre suitte et aullres qui se sont présentés en ceste ville en sont party contens avec les vivres et hardes dont ils ont eu besoing, n'est que, mardy dernier, fut osté à un gentilhomme venant du Pont-Dremy une pistole (5), passant par la porte du Bois, pour quelques propos dont il (usa) sur la difficulté que luy tirent ceulx de la garde de le laisser passer avec lad. pistolle et dans le temps que ce n'est chose nouvelle en ceste ville, quy est frontière, d'arrester lesd. armes aux portes. Nous vous supplions, monseigneur, ne trouver mauvais led. arrest et empeschement du passaige des armes et munitions de guerre, parce que, oultre,
(5) Un pistolet.
nous en avons commandement exprès du roi. De'sirons au surplus, la fidélité et respect que debvons à sa majesté gardés, vous faire très humble service, priant Dieu, monseigneur, vous donner en santé bonne et longue vie, A Abbeville, le XXVe avril 1585. Vos très humbles serviteurs les maieur et eschevins de la ville d1 Abbeville. »
C'était un tournoi de coquetterie du roi et du duc d'Aumale autour de la ville. Les missives pleines de bonnes assurances, de promesses, d'abandon confiant et d'amitié, partent presque aux mêmes heures de Paris et de Pont-Remy. Le roi écrivait justement « aux maieur et eschevins, manans et habitans de nostre ville d'Abbeville, >• une lettre datée de Paris le XXVIe jour d'avril 1585. En cette lettre, que nous garde le registre aux délibérations, le roi cherche toujours à maintenir les habitants dans la fidélité.
Le lieutenant général de Picardie, M. de Crèvecœur, vient, quelques jours après, encore en aide au roi :
« Messieurs, je suis adverty qu'il se faict quelques praticques et menées en vostre ville, sur le séjour des voisins que vous avez; à quoy je n'ay pas voulu adjouster foy du tout, mais bien, devant que vous ne tombiez en aulcun danger, vous en donner avis,aflin d'obvier au malheur et de mettre peinne à descouvrir cela tout doulcement pour en estre tant plus certain, car je m'asseure que vous scaurez bien observer si soigneusement que d'en prévenir le hasard et l'inconvénient; surtout esvitez la confusion et pensez, ainsy que sa majesté mesme l'escript en sa lettre de laquelle vous verrez la coppie, qu'il ne désire rien tant que de maintenir ses bons subjects et serviteurs à repos en la religion catholique, de laquelle chacun scait combien il faitdévotieuse profession; mais de se transporter soubs cela (1) hors du debvoir de son obéissance il me semble que, au lieu d'estre conservé, ce seroit se jetter au
(t) Sous le prétexte de la religion à maintenir.
précipice duquel sad. majesté désire voir ses bons serviteurs retirés; à quoy je l'asseureray bien tousjours de vostre intégrité, etc. A Amiens, le second jour de may 1585.
« Aux maieur et eschevins d'Abbeville. — Bonnivet. »
Nos registres gardent, en réponse aux invitations royales soutenues loyalement ainsi par le lieutenant général de Picardie, une lettre de protestation de fidélité au roi et à la religion catholique, écrite par les maieur et eschevins d'Abbeville le 4 may 4585 et adressée par eux à M. de Crèvecœur.
On le voit, à la date où nous sommes arrivés, la ville, par prudence, par modération ou par fidélité, ne se précipitait pas encore dans la ligue.
Le roi écrit une nouvelle lettre le VIIIe" jour de may. Elle semble particulièrement adressée aux maieur et échevins. Il est averti du bon et loyal devoir accompli par eux pour conserver leur ville sous son obéissance et pour maintenir les habitans dans la dévotion et fidélité qu'ils lui doivent. Il les prie de continuer à prendre garde « que le duc d'AumalIe ny aultres ses adhérents •» ne puissent rien entreprendre (en la ville) au préjudice de son service et du bien même de la ville; que ceux qui sont dans les troupes du duc ne puissent venir se fournir dans la ville des commodités qui leur seraient nécessaires, etc.— Donné à Paris, le Y11I may 4585.
Le treize mai (1), les sieurs Waignart et Le Devin rendent compte du voyage entrepris par eux le vingtsept mars précédent en vertu de la délibération du dixhuit du même mois, voyage fait à Paris « pour réclamer sur le faict de la taille. »
(1) Quelques jours auparavant, une assemblée générale s'est tenue; mais je dois laisser à glaner à mes successeurs.
Je crois remarquer vers ce temps que les rapports entre le gouverneur de la ville et le maieur paraissent parfois assez tendus, les communications aigres.
On ne saurait nier qu'un mouvement démocratique (1) assez prononcé ne se manifestât dans les relations de ce temps pour qu'on en vînt à écrire aux échevins des villes dans les termes de confiance et presque d'égalité employés par M. de Crèvecœur dans sa correspondance avec notre échevinage; il écrivait le 14 mai :
« Messieurs, j'ai encore receu ceste lettre du roy pour vous, laquelle j'ay bien voullu vous envoier aussy tost, et, quant à ce que il vous escript pour le prieur de Saint-Pierre, d'aultant que l'occasion est passée beaucoup se dédier de Iuy comme l'on a peu faire cependant que les trouppes ont esté, autour de vous, vous aviserez avecq monsieur vostre gouverneur s'il sera à propos de Iuy bailler la lettre que sa majesté Iuy a escript, aflin de ne rien altérer (sic) pour cela qui vous apporte ou regret ou desplaisir. »
En somme, et dans quelques phrases entortillées qui suivent, M. de Crèvecœur recommande la prudence aux sages habitants d'Àbbeville; il poursuit:
a Principalement que vous ayez aujourd'huy l'œil sur ceulx de la religion et sur leurs comportemens plus que sur aultres, aflin de préveoir leur desseing et mauvaise volonté, s'il se trouve qu'ils l'aient telle que on me l'a dict et que la conjecture y peut estre, etc. A Crèvecœur, ce quatorziesme may 1585. — Bonnivet. »
(1) Le mot n'est pas du temps, du moins tout-à-fait dans le sens moderne, mais il évite des périphrases: développement du tiers-état, entrée plus large du tiers-état dans les affaires publiques, appétence des droits politiques, première tendance à l'égalité de tous les droits; et ce mot explique brièvement, pour nous, un ensemble de mouvements dont les hommes du seizième siècle ne pouvaient se rendre compte eux-mêmes.
Les lettres suivantes du roi sont lues le 17 mai à l'Échevinage :
« De par le roy,
« Chers et bien ame's, vons avez monstre jusques icy une si bonne volonté et affection au bien de nostrc service et à conserver nostre ville d'Abbeville en toute seureté soubs nostre obéissance que nous nous assenions bien que vous y continuerez de pareil devoir et dévotion; mais, d'autant que nous entendons que le duc d'Aumallc a des troupes allentour de vous et qu'il monstre, assez avoir quelque desseing sur vous, nous voulions bien vous advertir d'y prendre garde plus soigneusement que jamais et de ne le souffrir en vostre ville, ny aultre quel quy soit, quy y pourra estre envoie de suspect; comme aussy vous pouvoierez à ce que ceux quy sont en ses trouppes n'y puissent venir prendre aucunes commodités, comme gens quy sont esltvés en armes contre nostre voulloir et authorité. Nous mandons aussy pour quelques considérations particulières à l'abbé de Saint-Michel, qui est prieur de Saint-Pierre dud. Abbeville, qu'il ait à sortir d'icelle ville et se retirer en son abbaie; à quoy vous tiendrez la main qu'il satisfasse à nostre intention. Donné à Paris le huictiesme jour de may 1585. — Henry.
« A nos chers et bien amés les maieurs, eschevins, manans et habitans de nostre ville d'Abbeville. »
Le 28 may, M. de Hucqueville vient à l'échevinage et demande communication des délibérations faites pour pourvoir à la conservation de la ville, et communication aussi des lettres du roi « qu'il a entendu estre adressées au maieur. » On lui répond que toutes les délibérations « luy sont communes » et qu'il les peut bien avoir. Quant aux lettres particulièrement adressées au maieur, elles ne le touchent en rien. Toutes les lettres du roi et de monseigneur de Crèvecœur, adressées « à la communauté » d'Abbeville, ont déjà été communiquées à M. de Hucqueville, et même M. de
- '2()2 — Hucqueville a pris personnellement communication « d'aucunes » qu'il a ouvertes avant de les remettre à l'Échevinage, sans communiquer à son tour à l'Échevinage les lettres adressées au gouverneur de la ville
Le gouverneur, il faut lui rendre cette justice , se dérange à chaque instant d'ailleurs pour venir à l'Éche vinage, en la chambre du conseil. Il est vrai qu'alors il y tient à peu près le même rang ou un rang égal à celui du maieur.
M, de Crèvecœur écrit le 29 may aux maieur et eschevins pour leur annoncer, entr'autres choses, qu'il est » advisé que quelques estrangers de la religion se sont retirés et entretiennent en ceste ville. » — Ces avertissements, fondés ou non sur des vérités, ont toujours pour objet de réchauffer le zèle, de tenir en haleine.
On peut voir, dans la délibération du 3 juin, la longue réponse des officiers municipaux à M. de Crèvecœur, réponse curieuse pour l'état de la ville à cette date.
11 faudrait lire aussi les deux lettres de M. de Crèvecœur, datées d'Amiens, le cinquiesme juin 15S5, l'une adressée à toute la communauté d'Abbeville, l'autre à M. le lieutenant du roy (J. Bernard?). Ces lettres sont lues, le 8 juin, dans une assemblée générale à l'Échevinage où se sont rendus, outre le maieur et les échevins, deux chanoines députés par le chapitre de Saint-Vu ll'ran, deux religieux députés par l'abbaye de Saint Pierre, des gens du roy, des anciens maieurs, etc.
Ces lettres ont trait à quelques défiances que certains habitans de la ville entretiennent, dit M. de Crèvecœur, contre leur gouverneur, pour émouvoir des troubles et des confusions.
C'était l'échevinage qui avait la garde du magasin à poudre du roi.
Le trois juillet 1585, le gouverneur de la ville, M. de Hucqueville, envoie demander au maieur une certaine quantité de poudre du magasin du roi pour les soldats qui iront au devant du sieur de Rambures. Le maieur assemble l'échevinage et on fait réponse au gouverneur qu'on ne peut livrer aucune poudre du magasin, si préalablement on n'en a averti « M de Selincourt, lieutenant général de M. de Laguiche, grand maître de l'artillerie, qui en a la charge. » M. le gouverneur peut prendre, si bon lui semble, de la poudre dans le magasin du château qu'il commande, ou bien en acheter autant qu'il lui plaira chez les marchands « qui en ont en grande quantité. »
Il serait, en ce temps, véritablement facile de signaler dans les opinions en suspension, pourrait-on dire, et par suite dans les situations diverses de la société, un mouvement assez large et significatif. Le tiers-état lutte visiblement, énergiquement et souvent avec succès, pour la place qui lui est due et pour le triomphe de la loi, de la justice, de l'égalité en droits et en devoirs sous une règle amenée de plus en plus à devenir commune. On peut surprendre parfois la loi en préstmce de prétentions à des immunités insoutenables ou déjà d'un autre âge, et considérer avec un intérêt satisfait l'issue du conflit. Tel est le cas dans la discussion qui éclata entre M. de Ligny et le maieur d'Abbeville devant le lieutenant général de Picardie. Scène des mœurs du temps, où tout est à remarquer, l'éclat de voix et de gestes du gentilhomme, la résistance calme du maieur, et le bon sens et la droiture du lieutenant général. N'ou-
blions pas, au-delà de cette scène, la fermeté de l'Échevinage à demander justice.
Les faits méritent d'être repris tout au long dans le registre qui garde les traces vives de la discussion emportée.
Le VIe jour de juillet, le maieur propose à l'échevinage, réuni à cinq heures du soir, de se transporter à l'hôtel du Géant où est logé Monseigneur de Crèvecœur, « pour luy faire la révérence et entendre s'il luy vouloit commander chose pour le service du roy »
L'assemblée se rend au Géant où se trouve déjà M. de Ligny.
M. de Ligny s'adresse tout à-coup à monseigneur de Crèvecœur, et « s'expliquant en colère, » dit :
« Monsieur, vous estes icy gouverneur pour le roy 5 je vous demande justice du maieur que voilà, lequel, non content d'avoir voulu déterrer (!) mon frère, pour me fâcher davantaige, a aujourd'huy envoie quelques sergenteaux en mon logis s'informer quel nombre de grains il y avoit en mes greniers »
En parlant ainsi, M de Ligny jurait « aiant la main haulte; » il poursuivit, montrant le maieur : « Par Dieu, il n'a jamais eu pire ennemy que moy; je l'en feray repentir-, — soy démonstrant, » ajoute le registre, « estre du tout transporté de colère, disant en oultre qu'il n'avoit que faire d'un maieur, qu'il n'y estoit subjet de fait, ne luy obéiroit en rien, et usant d'aultres plusieurs propos qui furent interrompus par mond seigneur de Crèvecœur »
Le maieur J. Le Roy entra paisiblement alors, de
(I) C'est le mot que je lis; s'il est synonyme d'exhumer, le grief était en effet un peu foi t.
vant M. de Crèvecœur, en quelques explications « sur le transport du grand nombre de bled qui se faisoit journellement de ceste ville » En considération de ces enlèvements et dans la crainte qu'il n'en advint, - pour cause de la cherté, que sédition et aultres inconvéniens doubteux, par l'advis et délibération de la communuulté et pour le service du roy, la recherche des bleds estans en ceste ville avoit esté faicte généralement en chaque quartier par des eschevins assistés de sergeants, de mesureurs de grains pour en faire l'estimation, et non particulièrement en la maison dud. sieur de Ligny. » Telle était toute l'affaire. M. de Ligny, traité comme les autres habitants de la ville, n'avait donc aucun sujet de se plaindre.
M de Crèvecœur, ne désirant que la paix et probablement aussi l'équité, explique à son tour, pour rapprocher et calmer, « que puis naguères, luy estant dans la ville d'Amiens, en son logis fut faicte pareille recherche de grains par les eschevins du lieu jusques parlant à sa personne. »
Cet exemple de soumission descendu de si haut adoucit la colère de M. de Ligny. — La délibération rappelle ensuite que le maieur, en faisant faire la recherche des bleds, remplissait seulement un devoir de sa charge. Ce n'était pas la première fois que le sieur de Ligny s'emportait ainsi en paroles injurieuses contre les maieurs de la ville, agissant comme maieurs. La délibération rappelle les faits, et l'échevinage décide qu'il sera envoyé vers Sa Majesté et Messeigneurs de son conseil pour leur donner connaissance des derniers actes « sur lesquels il sera advisé et ordonné ce que bon semblera à Sa Majesté. »
Je vais citer ici, avec précaution, quelques passages de Formentin. Les dates et la précision font défaut parfois chez cet historien que nous aurions tort d'ailleurs de critiquer trop vivement, lui ayant emprunté si souvent.
«• Le duc de Guise, renouvelant la ligue, y engagea le vieux cardinal de Bourbon par le moyen d'André de Bourbon Rubempré, capitaine du château d'Abbeville(l), gagné par les Guise à force d'argent. Les ligueurs prennent les armes aussitôt, et le duc d'Aumale s'empare de presque toutes les villes de Picardie. Abbeville et Doullens demeurent fermes en l'obéissance du roi, qui est contraint de devenir lui-même chef de la ligue et de révoquer tous les édits accordés aux religionnaires. » — Formentin. — (*2)
Le 42 juillet, le gouverneur, M. de Hucqueville , apprend au maieur que sa compagnie est restrainte à cenl hommes de pied, mais que, dans les lettres même du roi qui lui annonce cette réduction, il est dit que ces hommes seront mis en garnison dans la ville. Le maieur assemble tout le conseil des échevins, convoque les anciens maieurs, et l'avis unanime est qu'on doit envoyer vers Sa Majesté « pour estre deschargé de
(1) Dans l'intervalle sans doute du traité de Joinyille et de la déclaration publiée par Guise le 18 mars 1585; mais alors Rubempré n'était plus, depuis longtemps, gouverneur du château d'Abbeville, à moins que M. de Hucqueville ne le suppléât presque en titre. Le point est à vérifier.
(2) Je place ici cet extrait, parce que, sans trop contrarier l'ordre exact des faits saisis dans nos registres municipaux, il nous amène à la date on le roi va effectivement traiter avec les chefs de la ligue.
cette garnison. » —Les sieurs Waignart et Le Devin sont immédiatement députés pour cet objet.
Cette affaire de garnison occupe quelque temps la ville ; M. de Crèvecœur écrit de son côté pour l'exécution de la lettre du roi; la ville persiste.
Le 30 juillet, les sieurs Waignart et Le Devin, de retour, exposent le résultat de leur mission. Rien ne pouvait être mieux Sa majesté avait licencié la compagnie du gouverneur et , par ce fait , déchargé les habitants de la garnison.
Un fait grave pour l'histoire de France,— pour nos villes aussi, — s'est passé dans le courant de ce mois, (l'édit de Nemours, 7 juillet). La Ligue a triomphé; les protestants sont sacrifiés, mais le roi s'est désarmé en prodigue; il a donné aveuglément des places contre luimême ; il soldera les garnisons de ses ennemis, et les religionnaires seront chassés de plusieurs villes.
Entre les villes de sûreté que le roi accorda aux ligueurs, il faut compter celle de Rue. « Le duc d'Aumale y mit une grosse garnison (1). » — Formentin.
Le licenciement, rapporté plus haut, de la compagnie de M. de Hucqueville, tient sans doute déjà à la situation nouvelle des choses. D'autres conséquences de 1 édit vont se produire vite chez nous, et, en les signalant, nous aurons à noter, non l'esprit de résistance aux décisions du roi, mais l'esprit de fierté communale défendant ombrageusement les anciens droits de la ville contre la Sénéchaussée.
(1) Devons-nous garantir cette assertion? Rue fut bien, dans tous les cas , concédé aux chefs de la ligue par le traité de Nemours.
Le maieur convoque (I) l'échevinage le samedi troisième jour d'août. 11 expose que, la veille sur les six heures du soir, copie lui a été baillée « par ung sergeant roial de certaines lettres soubs le cachet de sa majesté affin de l'entretenement et observance de l'édict faict pour la réunion de ses subjects à l'église catholique, apostolique et romaine; lequel sergeant luy auroit dict qu'il se transportât cejourd'huy par devers monsieur le séneschal de Ponthieu ou son lieutenant. »
On décide que le procureur de la ville se transportera par devers led. sieur lieutenant en la chambre du conseil , « adfin d'entendre à quelle fin led. sieur maieur y estoit mandé; et, au cas que ce fut adfin de y faire le serment de protestation de garder et faire garder et observer led. édict en ceste ville, remonstrer que Messieurs maieur et eschevins, corps et communaulté de ceste ville, ne sont tenus de prester le serment par devers luy, d'aultant qu'il n'est mandé par lesd. lettres; » d'ailleurs, « que lesd. maieur et eschevins font (ou sont) un corps distinct et séparé dud. siège, fondé en justice, loy et commune, lequel se consiste en deux collèges composés de plusieurs personnes quy ne se poeuvent [réunir] en assemblée sinon au son des cloches dans la maison commune de la ville; » enfin « que, en dedans demain, on fera diligence de les faire convoquer et congréger en lad. maison publicque pour leur faire entendre la lecture dud. édict et desd. lettres, et, ce fait, promettre et jurer publiquement en lad. maison com-
(i) Suivant l'usage, au son de la cloche. Nos lecteurs sont familiers maintenant avec ces coutumes que je ne rappelle plus. Au son des cloches, me verra-t-on dire quelquefois encore, mais pour indiquer des assemblées générales.
mune l'observation et entretenement d'iceluy (de l'édit) en ceste ville; dont procès-verbal sera dressé et envoie au greffe de la séneschaussée, en quoy sera satisfait et fourny à l'intention et vouloir du roy » La délibération se terminait par ces mots qui ont été raturés à la date même qui nous occupe: « quy (ce quy) d'ailleurs ne pouvoit estre en aultre forme pour la multitude des personnes et officiers dont led. corps est composé. »
FAITS DIVERS
Funérailles de Philippe de Rambures.
Le 20 novembre 1584, fut apporté, du village de Dompierre à Abbeville, le corps de Philippe de Rambures, chevalier de l'ordre du roi, maistre des eaux et forêts en Picardie. Jean de Rambures, frère et héritier du défunt, menait le deuil. Philippe fut enterré à Rambures — Dom Grenier, paquet 14, tome 90, d'après Rumet.
Renouvellement de la loi. — Réélection de J. Le Roy. — Circonstances qui marquent cette réélection. — Lettre du lieutenant général de Picardie. — Lettre du roi.— Lettre de la comtesse de Ponthieu. — Nouvelle lettre de M. de Crèvecœur. — Caractère du maieur J. Le Roy.— Le maréchal de Retz à Abbeville. — Il fait tracer un rempart nouveau. — Lettre de M. de Crèvecœur pour une montre de la compagnie de M. de Hucqueville qui doit être licenciée. — Précautions prises par la ville à l'occasion de cette montre. — J. Le Roy entre en charge. — Ordonnances de police. — L'Echevinage refuse de recevoir un contrôleur des deniers de la vilie nommé par le roi. — Inquiétudes pour la sûreté de la ville.— Précautions prises pour la défense. — La garnison d'Abbeville. — Les soldats doivent remettre avant de partir ce qu'on leur a prêté.— Ordonnance royale prescrivant la vente des biens des protestants — M de Crèvecœur combat les défiances de la ville contre le duc d'Aumale. — Le duc pourra entrer dans la ville. — Plaintes sur l'enlèvement et le transport des grains. — Les soldats en garnison dans la ville se rendent coupables de désordres dans les villages voisins.
Le maieur J. Le Roy, réélu dans des circonstances que nous rappelerons dans la note ci-dessous (1), refusa
(1) Maieur: ■ le même Le Roy de Sainct-Lau, » qualifié cette fois, par Waignart, seigneur de Saint- Lau, Valines, Acquêt, etc., etc., continue- tnayeur par le commandement du roy, suivant ses lettres sous le cachet adressantes aux eschevins et maieurs de bannières d'icelle. Led. sieur maieur, après sa nomination, ne voulut prester le serment, espérant se faire descharger par Sa
d'abord la mairie et fit un voyage à Paris pour exposer au roi les motifs de son refus, conduite fort louable s'il voulait, non rejeter simplement les soucis de la mairie, mais soutenir, contre les présentations royales de candidats, les anciennes coutumes de la ville.
Majesté vers laquelle il alla, et, ne pouvont obtenir sa descharge, retourna prester le serment
Les quatre premiers échevins furent : noble homme M* Antoine Waignart, advocat et substitut de monsieur le. procureur du roy ; honorables hommes Nicolas Waignart, seigneur de Vironchaux; Robert Le Carbonnier et Antoine de Moyenneville ; — les argentiers: pour la Ville, Jacques de Campaigne (1); pour le Val, Jean du Vauchel. — Waignart.
Les circonstances qui marquèrent la réélection de Jacques Le Roy sont tout une histoire sur laquelle nous devons revenir.
La veille de l'élection même, M. de Crèvecœur avait écrit:
« Messieurs, le roy estant advcrty des rigueurs de poursuittes quy se font sur le renouvellement du Magistrat de vostre ville où il désire que toultes choses se passent au meilleur bien de son service, utilité, aussy repos et manutention (2) de la ville et des habitans, comme pareillement à toute seureté et bonne police d'icelle, il me commande, par sa lettre du XXIIe que je viens de recevoir par courrier exprès, de me trouver aud. renouvellement et ellection pour y tenir la plus droicte et plus recommandable main quy me sera possible, chose que ne pouvant faire, sy promptement ny avecq la diligence que le temps y requiert pour la caducité et indisposition de mon aage, a esté (sic) cause que je vous ay voulu envoyer un gentilhomme des miens avecq l'intention même de Sa Majesté quy est telle que je vous dicts, en ce qu'elle m'escript que la création dud. maieur soit d'ung des
(1) Jacques de Campaigne mourut vers la fin de sa charge. Les comptes de cette année seront rendus u par Dlle Marguerite Sanelon, verve et légateresse universelle de deffunct Jacques de Campaigne, en son vivant marchant bourgeois de ceste ville et argentier d'icelle » — Comptes de 1585-1586.
(2) Le style de M. de Crèvecœur a souvent de ces singularités; par le mot manutention, i! entend maintien. Je dois dire cependant que le mot courait alors dans ce sens, et je le retrouve quelquefois dans le registre avec cette signification,— à l'imitation peut-être, sous l'autorité de M. de Crèvecœur.
Ce maieur, dont le nom et la race devaient finir si tragiquement en place du Marché, sur l'infâme roue, en la personne de son arrière-petit-fils Ch.-Fr.-.los. Le Roy de Valines, paraît avoir été un des plus honnêtes et des plus remarquables hommes de notre échevinage pen-
anciens maieurs, et l'ellection aiissy des eschevins des plus anciens des corps des communaultés de la ville que le poeuple congnoisse pour citoyens pacificqms et amateurs du bien et repos d'icelle et surtout quy aient le service de Sa Majesté en recommandation; ce que pour vous faire encoires entendre à tous particulièrement j'ay voulu adresser à monsieur le lieutenant général, aflin que lecture soit faicte à tous publiquement de l'intention et volonté de Sad. Majesté, laquelle (i), par ce moien, lad. ellection soit et demeure libre ainsy que par les privilléges mesmes de la ville il est accoustumé de faire, de sorte que la brigue et circonvention n'y ait aucun lieu ny effect, s'il est possible, pour chose très dangereuse à craindre sur ces temps icy et dont enfin nous pourrions encourir une infinité de malheurs; .. .
» M. de Crèvecœur recommande le bon accord entre
l'échevinage et le gouverneur, et termine : « vous priant
que, pour luy rendre (2) tant plus certain compte de la forme que vous aurez suivie aud. renouvellement et ellection, vous m'en escriviez particulièrement par ce gentilhomme et m'envoyez les noms de ceulx quy y seront esleus —
A Crèvecœur, ce XXIII jour d'aoust 1585. » (3)
Ne fallait-il pas quelque gros in érèt véritablement pour que le roi prit à cœur ainsi la nomination d'un maieur dévoué ou de sa façon? Ne reconnaît-on pas là une complication nouvelle que nous appellerions de nos jours la démocratie? La royauté comptait déjà, non avec les forces naissantes,— l'élection ayant tra-
(1) Un mot passé. Sans doute désire.
(2) Pour rendre à Sa .Majesté.
(•'<) Celte lettre était adressé u à messieurs les maieur et eschevins anciens et de bannières, officiers et autres citoyens et habitans du corps et tommunaulté de la ville d'Aliheville n — Le lieuteuant général de I icardie pouvait être un brave homme et de bon sens ; il montra de la sagesse à Abbev il le lors de la querelle faite par M. de Ligny au maieur, mais sa bonhomie était prolixe et trébuchait dans le choix des mots
dant la Ligue. Autant que nous pouvons nous rendre compte des opinions personnelles à la distance qui nous sépare des mobiles de ce temps, J. Le Roy représente l'homme fidèle à la royauté dans le mouvement même qui emporte le peuple loin du roi, mouvement dont il
versé, vigoureuse et inattaquée, le moyen-âge dans des sphères, il est vrai, restreintes, — ruais avec les puissances politiques, alors nouvelles — et bientôt refrénées — des élections.
Jacques Le Roy avait refusé la mairie. Nous nous sommes expliqué sur ce refus. Le maieur réélu voulait-il réellement protester contre une sorte de violation des usages municipaux? Nous n'oserions bien l'affirmer.
Quoi qu'il en soit, le roi, qui cherchait un appui dans les organisations à demi -indépendantes des villes, écrivait ou faisait écrire le 30 août à l'élu de son choix : « De par le roy,
« Cher et bien amé, nous avons entendu que. en l'assemblée de ville quy a esté légitimement faicte le jour de Sainct-Barthelemy pour le renouvellement du magistrat, vous avez esté choisy et esleu par la pluralité de voix pour estre maieur dud. Abbeville et que vous refusez de prendre et accepter ceste charge pour n'estre la coustume que ceulx qui l'ont tenue une année, ainsy que l'avez eue la dernière, y soient continués la prochaine, ainsy qu'il est contenu au procès-verbal quy a esté faict de lad. eslection, et pour ceste cause nous avons advisé de vous escripre la présente par laquelle nous vous mandons que, aiant agréable ceste eslection pour l'espérance que nous avons que vous nous y ferez tout bon et lidèle service, nous voulons que vous l'acceptiez et que vous exerciez lad. charge de majeur durant ceste année tout ainsy que l'eussiez peu faire sy ne l'eussiez exercée Tannée précédente. Donné à Paris, le XXXe jour d'aousl M Ve 1111" V. — Henry. » (1)
La comtesse de Ponthieu enfin, Diane de France, écrivait le 2 septembre :
« A MM. les eschevins et habitans d'Abbeville,
« Messieurs, aiant entendu par vostre lettre que les ellecleurs
(1) La suscription de celte lettre était: u A nostie cher et bien amé Me Jacques Le Roy, maieur de noslre ville d'Abbeville. n
ne s'isole pas absolument sans doute, mais qui le laisse plus froid et ne lui interdirait ni l'impartialité, ni la justice, ni au besoin le dévouement. Le maieur J. Le Roy, que nous verrons encore réélu en 1587, sur une invitation de Henri 111 et de Diane, déposera sa dernière magistrature au moment même où la Ligue, plus ardente, s'installera définitivement dans Abbeville (1â88); il mourra à cette date même, et les insultes dirigées contre ses funérailles ne sont pas une preuve médiocre de son attachement au parti alors vaincu ou tombé dans la défaveur publique. Les populations ont toujours de ces générosités. Ainsi, selon nous et dans l'état actuel de nos remarques, J. Le Roy est, parmi les maieurs de
de la ville d'Abbeville, procédans à l'occasion du nouveau magistrat et maieur d'icelle, ont esleu et continué M* Jacques Le Roy, sr de St-Lau, j'en ay esté inliniment aise tant pour la preuve qu'il a faicte de sa preudhomie et fidélité au service du roy que du soing et dilligence dont il a usé pour la conservation de lad. ville; mais pour ce que m'avez adverti qu'il s'en voeult excuser et qu'il résiste de prendre encore lad. charge, j'en ai parlé au roy, et luy aiant faict entendre ses mérites et le bon tlebvoir qu'il a faict, j'ay suplié Sa Majesté, suivant la lettre que m'avez escripte par ceulx que vous avez députés pour venir par delà et la requeste qu'ils m'en ont faicte de vostre part, que son bon plaisir fut d'escrire une lettre aud. sieur de St-Lau, par laquelle il luy commande d'accepter lad. charge, ce que Sadiete Majesté a eu fort agréable de luy en escripre comme vous verrez par sadiete
lettre »
La comtesse charge alors MM. les eschevins et habitans de joindre leurs instances à celles que le roi adresse au sieur de St- Lau : « Vous le prierez de ma part de continuer à l'advenir ce qu'il a si bien faict par le passé, Passeurant qu'oultre le service qu'il fera à Sad. Majesté et au publicq, que je en receveray ung plaisir très-agréable, duquel je me revancheray en tous endroicls où j'auray le moitn de m'employer pour luy comme je feray aussy
la période qui nous occupe (1576-1594), la figure personnifiant le mieux la moitié comprise entre 1576 et l'élection de 1588 — J. de Maupin nous offrira une autre figure et comme la personnification de la seconde moitié (15X8-1594), la seconde face de la Ligue elle-même à Abbeville. Succédant immédiatement à J. Le Roy, nous le retrouverons à l'entrée triomphale de Henri IV, ayant ainsi représenté la Ligue passionnée et fougueuse, et aussi la Ligue soumise. Les deux figures sont donc bien distinctes, car, par un contraste à relever, J. de Maupin ne disparaîtra pas, comme le sieur de Saint-Lau, avec une phase accomplie des troubles; bien au contraire, nous le verrons caressé dans sa mairie, gratifié par la
pour vous d'aussy bonne volonté que je prie Dieu, messieurs,
qu'il vous tienne, etc Ce demies me jour de septembre
1585. Votre bonne maistresse et amye, Diane L. de France. »
Ne faut-il pas appuyer encore ici sur cet intérêt extraordinaire que prenait le roi à l'acceptation du maieur?
Si le maieur montra de l'hésitation à accepter la mairie, il ne paraît pas qu'un grand zèle poussa les bourgeois aux votes moins importants qui suivirent le 24 août. L'Échevinage crut devoir punir la négligence apportée à l'élection des maieurs de bannières:
« Ledict jour (XI 1* du mois de septembre 1585), Guillaume de Vienne, Nicolas du Marcq, Lois Herbin et Jehan Josse, pour ne s'estre trouvés a la nomination du maieur de bannière, condampnés en x sols.
« Pierre Lecat, pour mesme cause v sols.
« Ledict jour, Thomas Noël, Jacques Levesque, Nicaise Le ,
Nicole (ou Nicolas) , Jehan Filloeil (ou Fillueul), Jehan
Levesque, Nicole Haradin, Nicole Le Sot, Michel Salomon, Pierre Lenfant, Honoré Guillemotte, Nicole Wabin [?], Nicole Levesque et André Waignart, tous pareurs, pour mesme cause. . xxxvs.
« Le XIIIe jour de septembre, Acart Baret , Jehan Tellier l'aisné, Jehan Tellier le joeune et Nicole Garet, pour mesme cause vns. »
victoire même, à laquelle il n'aura contribué que par une souplesse un peu intéressée Chacun de ces deux maieurs peut donc bien résumer, en quelque sorte, par ses qualités diverses, l'un par sa loyauté, l'autre par sa mobilité dans la passion et dans l'acclamation, une des deux parts de la période totale coupée en \ôb$. Dans cette division à l'aide des hommes, la première et les dernières magistratures de J. de Maupin encadreraient celles des quatre autres maieurs véritablement ligueurs et qu'il n'est pas de notre propos de nommer déjà.
Pendant que J. Le Roy courait les grands chemins, sa mairie en croupe, le maréchal de Retz venait à Abbeville pour visiter les fortifications et en ordonner de nouvelles ( \).—Formeniin. — Entre autres voisinages inquiétants, Abbeville avait alors « la grosse garnison » mise dans Rue par le duc d'Aumale.
Ces précautions pour la défense de la place, bien que conseillées, dirigées au point de vue de la science du temps, « ordonnées » même par l'autorité militaire du roi, n'entraînaient guères d'ailleurs pour la ville que des charges pécuniaires d'exécution , non encore le séjour nécessaire ou permanent de garnisons. Les privilèges, froissés souvent, subsistaient toujours.
(I) Pendant le voyage dudit sieur maieur (pour se faire décharger de sa charge par le roi), le sieur Waignart, premier échevin, reçut monsieur le maréchal de Retz envoyé exprès en la ville d'Abbcville pour faire tracer un boulevard conligu à celui de Longueville; « ce qui fut fait et commencé à fossoyer et revestir de gazons jusqu'à ce qu'on auroit le moyen de le faire revestir de briques, et fut appelé le boulevert de Retz, du nom dudit sieur maréchal. • — Waignart.
Sangnier d'Abrancourt nous apprend que « l'éperon de Retz » ne fut revêtu de briques qu'en lGiO.
Il fallait que les gouverneurs de la province écrivissent à l'Echevinage pour autoriser l'entrée de gens de guerre dans la viile, et on peut voir même, en ce cas, avec quelle précaution ils écrivent, donnant parfois pour excuse à leur demande le licenciement prochain ou immédiat des compagnies en quête d'un logement momentané, mais qu'on doit cependant leur fournir « comme il a esté tousjours accoustumé de faire. »
Le lieutenant général de Picardie écrivait le 30 août août 15S5, à MM. les maieur et échevins :
« Messieurs, attendu que la montre de la compagnie de trenle hommes d'amies dont a charge M. de Hucqueville vostre gouverneur, tant pour le soulaigement du poeuple que pour aultres occasions (l), j'ay advisé d'ordonner qu'elle se fera à Abbeville, etc — A Crèvecœur, ce XXX aoust 1585. »
Et l'ordre suivait ainsi :
« De par monseigneur de Crèvecœur et de Bonivet, chevalier des deulx ordres du roy et son lieutenant général au gouvernement de Picardie,
« 11 est ordonné, pour le melleur soulaigement du poeuple (2) et pour la melleure commodité aussy de la compaignie de trente hommes d'armes dont a charge le sieur de Hucqueville, gouverneur d'Abbeville, qu'elle fera monstre et reveue en armes aud. Abbeville par-devant les commissaires à ce ordonnés; et pour^ce, est mandé aux maieur et eschevins dud. Abbeville de recepvoir lad. compaignie et icelles faire loger et accommoder comme il appartient et a esté tousjours accoustumé de faire, et à iceluy sieur de Hucqueville aussy que, incontinent lad. monstre faicle et
(1) La phrase n'est pas complète, mais ces ellipses ou ces oublis ne jurent pas dans le style ordinaire de M. de Crèvecœur.
(2) La raison e*t meilleure qu'il ne semble. Il faut courir à la fia de l'ordre.
le paiement d'icelle accomply, il la licentie et renvoie sans la tenir davantage par pais, et à ce n'estre faict faulte de part ny d'aultre. Donné à Crèvecœur, le XXXe du mois d'aoust. Bonivet. » — Registre aux délib., 1585-1586.
Cet ordre fut communiqué à l'échevinage dans la réunion du lendemain, dernier jour d'aoust. « A esté advisé de trouver bon que lad. compaignie fasse la monstre hors les portes de la ville, et y entrer en armes, mesme loger en hosteleries en paiant raisonnablement leurs despenses, et sera requis led. sieur de Hucqueville de trouver bon de mettre (qu'on mette) quelque nombre de chinquanteniers aux portes par lesquelles lad compaignie sortira pour l'aire lad. monstre, et rentrera en ceste ville. »
Jacques Le Roy ne prit possession de sa seconde mairie que le Vlll septembre Le même jour fut publiée l'ordonnance suivante :
« On fait savoir que la loy rénovation de l'eschevinage de lad. ville est entièrement faicte selon qu'il est de tout temps accouslumé ; et, en continuant les anciennes observances, est deffendu à tous babitans de jurer et blasphémer le sainct nom de Dieu, eux pourmener aux églises, aller aux tavernes , jouer à la paulme et aultres jeux es jours de dimenches et de festes pendant le service divin, aux peines portées par les édicts du roy, arrests de la cour et ordonnances cy devant publiées; et à tous taverniers et tripottiers de recevoir lescl. habitans en leurs maisons de jeux de paulme, à pareille peine.
« Est deffendu à tous les habitans, de quelque qualité qu'ils soient, d'aller par les rues, après la cloche sonnée, sans chandelle, ny laisser aller leurs enfla ns ou serviteurs, à peine de x escus d'amende, desquels les pères, mères, maislres, maistresses devront pour leurs enflanset serviteurs.
« Enjoignant et commandant à tous les habitins de garder et observer les ordonnances et statuts l'aicts et establis et quy
pourront estre cy après faicts et publiés, selon les occurrences, pour la police tant de la garde et conservation de lad. ville et repos du publicq que pour le règlement des mestiers, marchandises et marchés d'icelle, aux peines portées par lesd. ordonnances et statuts, desquelles amendes les accusateurs auront le tiers. » — Reg. aux délib.
Cette ordonnance fut, peu après, suivie d'une autre. Sous la date du XXI 11 du même mois et en tête de la délibération de ce jour, je lis:
« Ordonnances politicqtjes (1) de la ville d'Abbe-
ville (2) :
« On fait inhibitions et deffences à toutes personnes de blasphémer, renier, despiter et faire autres villains sermens contre
(1) Le sens du mot suit ici l'étymologie grecque. On peut traduire : Ordonnances municipales ou urbaines.
(2) L'année suivante (1580-1587), nous retrouvons, quelque temps après le renouvellement de la loi, dans le registre aux délibérations (XII septembre), la même ordonnance, mais avec un petit nombre de modifications. Je compare :
Le 1" article, sur les blasphèmes et les vilains serments, est à peu près conçu dans les mêmes termes.
Le 2* article, sur les brelans, est pareil.
Le 3e article, sur les jeux de paulme, etc., est pareil.
Le 4' article, sur les tavernes et hostelleries, est pareil, sauf de légères différences de rédaction.
Le 5e article, sur les taverniers, hostelins, cabaretiers, cuisiniers, pâtissiers, est pareil.
Le 6e article, pour estaller et ouvrir boutique, pareil.
Le 7* article de 1585-1586, sur les boullengers, est remplacé en 1586-1587 par celui qui défend « à ung chacun de vendre en ceste ville, en gros ou en détail, gloes, fagots et abbevilloises, s'ils ne sont du jauge porté par les antiennes ordonnances et statuts de cesle ville, à peine des amendes portées par icelle et pugnition exemplaire. »
L'article 8 de 1585-1586, sur les glots et fagots, est remplacé
l'honneur de Dieu et de la très-saincte vierge Marie et de tous les saincts et sainctes du paradis, sur peine de pugnition de prison et amende arbitraire pour la première fois, exemplaire pour la seconde fois.
« Semblables inhibitions et deffenses à toutes personnes de tenir brelans et jeux de cartes et de de's, en quelque jour que ce soit, aux peines que dessus.
« Pareillement est deffendu et prohibé à toutes personnes de jouer, esd. jours des dimenches et festes solempnelles, à nulzjeux
en 1 587- 1 r«87 par celui qui porte défense d'acheter blé au marché pour revendre, etc.
L'article 9 de 1585-1586, sur la défense d'acheter blé au marché, est remplacé en 1586-1587 par l'article sur les poids et mesures.
L'article 10 de 1585-15S6, sur les poids et mesures, est remplacé en 1586-1587 par l'article qui défend aux cuisiniers d'acheter du gibier ou de la volaille avant onze heures.
L'article 1 1 de 1585-1586, relatif aux meuniers, est remplacé en
1586 1587 par l'article qui défend à toutes personnes, soit pour revendre ou regratter, d'aller ou envoyer au-devant des vivres.
L'article 12 de 1585-1586, qui défend aux cuisiniers de se trouver sur le marché, a été remplacé en 1586- 1587 par celui qui défend aux revendeurs de poissons de vendre hors de la Poissonnerie.
L'article 13 de 1585-1586, défendant aux regrattiers d'aller au-devant des vivres, a été remplacé en 1586-1587 par celui qui enjoint de vendre immédiatement le poisson.
L'article 14 de 1585-1586, qui défend aux revendeurs de poissons de vendre hors de la Poissonnerie, est remplacé en 1586-
1587 par celui qui impose quelque règlement aux marchands de poissons étrangers.
L'article 1 5 de 1 585- 1 58fi, qui ordonne de vendre immédiatement le poisson, est remplacé en 1586-1587 par celui qui défend aux taverniers, hostelains, etc., de vendre vin en détail avant qu'il ne soit atforé.
L'article 16 de 1585-1586 est remplacé en 1586-1587 par la défense aux tonneliers.
L'article 17 de 1585-1586, qui défend aux taverniers de vendre
de paulme, boulles et aultres jeux déshonnestes, durant le temps des messes paroissiales, prédications, vespres et aultres services divins; et à toutes personnes rie b;iiller estrenfs, boulles ny aultres choses propres à jouer, aux peines que dessus ; et aussy de ne se pourmener (c'est-à-dire défense aussi de se promener) esd. jours de dimenches et festes en églises tant collégiales, paroissiales que monastères, ny es aultres places du Marché, durant les processions et service divin, à pareilles peines.
« Semblablement est prohibé et dcffendu à tous habitans de ceste ville et faulxbourgs d'icelle d'aller aux tavernes, hosteileries et cabarests durant lesd. jours de dimenches et fêtes solemp-
vin sans avoir fait afforer, est remplacé l'année suivante par l'article qui défend d'aller la nuit par les rues sans chandelle.
L'article 18 (défense aux tonneliers) est remplacé en 158G-1587 par la défense de planter des may, foeuillier (fouiller, creuser), etc.
L'article 19 (défense d'aller dans les rues sans cbandelle) est remplacé en 1586-1587 par la défense de jeter des ordures dans la rue ou à la rivière.
L'article 20 (défense de planter may) est remplacé en 1586-1587 par l'injonction aux habitants de ramasser leurs immondices.
L'article 21, sur les ordures, est remplacé en 1586-1587 par la défense de tenir des animaux dans les maisons.
L'article 22, sur le nettoiement des devantures, est remplacé en 1586-1587 par l'injonction aux revendeurs de n'exposer en vente leurs denrées qu'aux endroits désignés.
L'article 23 (ostracisme des cochons) est remplacé par l'injonction aux maîtres de métiers de garder les statuts.
L'article 24 est remplacé par l'obligation aux hosteliers d'apporter les noms, etc.
L'article 25 est remplacé par l'obligation aux habitans de se trouver avec leurs armes, etc.
L'article 26 est remplacé par l'injonction à tous mendiants valides, etc , de vuider et sortir de ceste ville, etc.
Ainsi l'ordonnance est la même, sauf quelques transpositions et les articles sur les boulangers et les meuniers que je ne retrouve pas.
nelles (1), etc » Le même article porte des peines contre
les taverniers, hostelliers, cabaretiers, et contre les cuisiniers et les pâtissiers qui auraient facilité le méfait. — Le double des amendes encourues par les particuliers.
« Prohibitions et deffenses sont semblablement faictes à tous taverniers, hostelains, cabarestiers, cuisiniers, paticiers de vendre aulcune viande ny prester aulcune chose aux enflants de famille, à peine, etc
« Semblablement inhibitions et deffenses à toutes personnes d'estaller et ouvrir leurs bouticques, ny de exposer en vente aux marchés et aultres lieux, aulcune marchandise ou denrée esd. jours de dimenches et festes solempnelles, à peine, etc
L'article suivant ordonne aux boulangers de tenir leur pain de poids et d'avoir des balances justes.
Celui qui vient après, regarde la vente des glots, fagots et abbevilloises , qui doivent être conformes à la jauge portée dans les anciens règlements ou statuts de la ville.
« Deffense à toutes personnes d'achepter bled au marché de ceste ville pour revendre et en faire grenier oultre leur provision, à peine, etc »
L'article suivant veut que les poids, mesures, picotins et balances employés par les vendeurs et les acheteurs en gros ou eu détail, soient bons et loyaux, etc.
L'article suivant défend aux meusniers et à leurs valets de se trouver avec leurs chevaux ou leurs mulets, sur le marché au blé, avant onze heures sonnées.
Défense analogue aux cuisiniers et à leurs serviteurs; ils ne doivent se trouver sur le marché au gibier et aux volailles, même passer par le marché ou acheter aux passants la moindre pièce de gibier ou de volaille, avant onze heures sonnées.
Il est aussi défendu à toutes personnes, « pour leur provision, revendre ou regrater, » d'aller au-devant des vivres, volailles, beurre, œufs, grains.
(1) L'année suivante, on lit dans l'ordonnance reproduite: « solempnelles ou autres jours ouvrables. » Les bourgeois d'Abbeville se trompaient ils sur la signilication du mot ouvrable?
A tous revendeurs de poisson et poissonniers de vendre hors la Poissonnerie « aulcnns poissons frais, et aussi de cstaller leurs bacquets et barils es rues, ains en une maison (1). »
L'article suivant ordonne aux marchands de poissons de vendre immédiatement et sans attendre l'heure ordonnée plus haut aux cuisiniers et aux revendeurs.
Un autre impose quelques règles aux marchands étrangers apportant du poisson, soit en bateaux, soit en paniers.
Défense à tous « taverniers, hostelains et aultres vendeurs de vin en détail, » de vendre leur vin qu'il n'ait été dûment afforé, à peine, etc
Viennent ensuite certaines défenses faites aux tonneliers; puis:
« Est deffendu à toutes personnes d'aller par les rues, après la cloche du guet sonnée, sans chandelles ou lumière, à peine, etc.
; ny pareillement de faire dansses publicques par les rues,
à pareille peine.
« Aussy de planter aulcun may, foeullier (fouiller, creuser) fiche (ou ficher), ny houer es rues sans permission, ny de sonner tambours, trompettes, tarvaras (2), aux peines, etc
« Est deffendu à toutes personnes de jetter ordures puantes es rues et rivières, etc
« Comme est aussy enjoinct aulx habitans de nétoier leurs devantures, ramasser leurs immondices et les charger lorsque les boueux iront nétoier la ville.
« Défense de tenir dans les maisons pourceaux, connins clapiers, oizons, anneltes (canards), pingeons et aultres bestiaux dont se puisse engendrer puanteur.
« A tous vendeurs de n'exposer (3) en vente leurs denrées et marchandises, poirées, oignons, beurre, œufs, fruicts, herbes,
(1) Cette partie de l'ordonnance a si bien cessé d'être appliquée que le poisson s'étale encore aujourd'hui au soleil, en avant de toutes les maisons de la Poissonnerie.
(2) Ou tarlaras. Je crois lire encore tarlaras en 1586-1587.
(3 Pour défense d'exposer. Nous renonçons à relever partout ces formes de langage qui contrarient notre grammaire actuelle.
bois, charbon, bourées, volatiles et aultres, sinon que es lieux et endroicts pour ce désignés et limités, à peine, etc
« Est enjoint à tous maistres de mestiers, ouvriers et artisans, de garder les statuts de leurs mestiers.
a Est recommandé à tous hostelains et aultres recevans estrangers en leur maison d'aporter ou ei.voier par chacun jour, au clercq du guet, les noms et surnoms de ceulx qui sont logés en leurs maisons, à peine, etc
« Item est commandé à tous habitans d'eulx trouver en personnes, avec leurs armes, au guet et garde de porte, tant de jour que de nuict, au jour de leurs semonces, etc
« Est enjoint à tous mendians valides et aultres gens vagabonds, faictnéant et sans adveu, de sortir de ceste ville et banlieue en dedans XXIIII heures après la publication des présentes, à peine du fouet; défense aussi à toutes personnes de les loger de nuict ny de jour. »
Nous recueillons ces règlements d'administration intérieure pour ne rien laisser échapper des traits qui expriment pour nous les préoccupations à peu près ordinaires de notre échevinage; la réunion de ces traits nous rend aussi la physionomie du temps étudié. Nous ne nous écartons donc pas absolument de l'objet principal de ce travail Notre recherche plus sérieuse des faits politiques se trouve un peu retardée, mais non distraite, par ces rencontres; elle se porte sur bien des points, mais s'arrête de préférence sur ceux qui marquent l'attitude des esprits, la contenance morale et, pour employer des mois plus près de l'époque interrogée, la conscience du bourgeois connaissant sa charte et ses franchises.
A ce dernier point de vue, une résistance qui se produit peu après l'installation du maieur, n'est pas sans intérêt.
Le XVI septembre se présente en la chambre du
conseil du grand Eschevinage monsieur Anthoine de Mailly, garny de lettres de prouvision qu'il a dict avoir obtenues du roy de Testât de contrôleur des deniers commungs patrimoniaulx , dons et d'octrois de ceste ville, données à Saint-Germain-en-Laie le Xll novembre mil cinq cens quatre-vingt et quatre, aux gaiges de six deniers pour livre, lequel a requis estre admis à faire l'exercice dud. estât, suivant lesd. lettres de prouvision et la prestration du serment qu'il dict avoir faict dud. estât par devant le général surintendant desd. deniers, le IIe jour de mars M Ve 1111" V.
Le procureur de la ville s'oppose absolument aux prétentions émises; il remontre que ««Testât» réclamé par le sieur de Mailly a été supprimé et révoqué par édict fait par Sa Majesté à Saint-Germain-en-Laie, le
XUII novembre M Ve 1111" II1I, etc
« Sur quoy a esté délibéré que led. de Mailly sera empesché de l'exercice dud office et estât, et au cas qu'il voeuille faire poursuittes plus avant, que Ton se retirera par devers Sa Majesté et Nosseigneurs de son conseil, adfin qu'il leur plaise ordonner suivant sond.
édict de suppression, etc » - Reg. aux dèlib.
Les inquiétudes pour la sûreté de la ville semblent s'accroître cependant. Après le départ du maréchal de Retz, les habitants prennent eux-mêmes des précautions de défense, des mesures pour découvrir dans la campagne, pour surveiller les abords des murs. On voit d'ailleurs qu'une garnison est sur le point de quitter la ville où elle a Tait quelque demeure.
Le dernier jour de septembre 1585 « a esté délibéré et advisé que Ton abattra toutes les haieures en bois estans es environs des fossés, ramparts, murailles et
forteresses de la ville, afin que le guetteur du clocher de Saint-Georges puisse plus aisément et plus sûrement faire les descouvertes autour de la ville. » Commandement sera fait aux propriétaires et détenteurs des immeubles où s'élèvent les arbres d'exécuter l'abattis en dedans de trois jours, sous peine de dix escus d'amende.— Reg. aux délib.
On voit ailleurs que l'homme du clocher de Saint- Georges n'était pas le seul qui observât la campagne, et qu'il y avait aussi, à cette date, d'autres guetteurs ou sentinelles sur les remparts.
Ce même dernier jour de septembre, l'échevinage décide qu'il sera construit « trois combles de bois de chesne, couverts de thuille, scavoir: ung sur la porte du Bois, ung aultre sur la porte Sainct-Gilles, et le troisiesme sur la porte Docquet, pour mettre l'artillerie au secq comme aussy ceulx faisans la garde. »
La garnison d'Abbevilie se composait, au mois de septembre 15N5, des compagnies des capitaines Tajan et Castel. Ces compagnies doivent quitter la ville dans les premiers jours d'octobre Le 1er même, le capitaine du guet se présente à TEchevinage et demande à l'assemblée de déléguer deux échevins « pour faire la recherche des fournitures baillées aux soldats desd. compaignies, adfin de scavoir s'il n'y a aulcunes perdues, pendant que lesd. soldats sont encoires en ceste ville. » La délégation est faite en effet, suivant le désir du capitaine du guet.
De temps en temps nous sommes obligés, pour nous rendre compte des faits simplement locaux, de jeter un coup d'œil rapide sur les faits généraux. Le 7 octobre, une ordonnance royale, rendue sous la pression de la
Ligue , prescrit la vente des biens des protestants.
Nous avons vu, dans le courant de l'année précédente, la ville en défiance, suivant les conseils même du roi, contre le duc d'Aumale. Cette année, le lieutenant général du roi en Picardie se charge de combattre les inquiétudes et les scrupules conservés
Le 21 octobre 1585, le maieur J. Le Roy expose qu'il a « receu lettres de monseigneur de Crèvecœur, portans response à celles quy luy auroient esté escriptes, à ce que on ne se doibt mettre en aulcune allarme pour l'entrée que entend faire monseigneur d'Aumalle en ceste ville pour aller en la ville de Rue. »
L'échevinage, ne luttant pas cette fois contre l'avis envoyé, décide que si led. seigneur d'Aumalle se présente pour entrer dans la ville, « il ne luy sera faict aulcun empeschement »
Aux soucis peut-être passagèrement diminués pour la sûreté de la ville succèdent des préoccupations nouvelles; on se plaint de l'enlèvement ou du transport des grains.
Dans la séance du 21 octobre 1585, le maieur J. Le Roy de Saint-Lau expose que , sur les frontières de l'Artois, des gens se mêlent « de blalier et transporter bled et d'en faire greniers, » en un mot, et dans le langage actuel, d'en faire de grands emmagasinements ou d'accaparer. L'échevinage d'Abbeville écrit sur ce sujet à M. de Crèvecœur, dont la réponse est lue dans une assemblée de 1 hôtel de-ville, le XVlll novembre. M. de Crèvecœur engage l'échevinage à ne laisser passer aucun grain sur la rivière sans un passe-port du roi et de lui-même (mondit seigneur de Crèvecœur); il engage encore l'échevinage - à induire et admonester aulcuns
des habitans de lad. ville, quy ont en main les grosses censses allentour, de retirer leurs grains à la ville au lieu de les garder dans leurs granges. » L'échevinage décide donc qu'on arrêtera tous les transports de blé sur la rivière, « à moins de passe-port du roy et de mond. seigneur de Crèvecœur ; que les receveurs estans en ceste ville des grosses fermes d'icy allentour seront appelles et admonestés du contenu des lettres de mond. seigneur de Crèvecœur, et de retirer leurs grains en ceste ville au lieu de les garder en leurs granges. »
Les délibérations suivantes sont pleines de faits attestant des arrestations de bateaux chargés de blé, et des refus de permission, même à « monsieur Destrées, gouverneur de Boullongne. »
Rassemblements de troupes n'allaient pas alors sans désordres.
Dans l'hiver de 1 585-1 5S6, les soldats « tenans garnison en ceste ville, » des compagnies des capitaines Guiray et Castel, faisaient «journellement des volleries, exactions et compositions » dans les villages voisins de la ville. L'échevinage envoie porter des plaintes contre ces désordres à monseigneur de Crèvecœur. — Reg. aux délib , séance du 2 1 janvier 15b6.
Différends entre le maieur et le gouverneur. — Le mot du guet. — Le roi décharge, avec toutes sortes de compliments, M. de Crèvecœur de sa charge de lieutenant général. — Lettre de M. de Crèvecœur aux habitants d'Abbeville. — M. dEstrées lieutenant général de Picardie — Nouveau désaccord du maieur et du gouverneur à propos de l'artillerie du roi. — Lettre du roi à cette occasj^n. — Le roi prie les habitants d'Abbeville d'employer quelque somme extraordinaire à la fortification de leur ville. — Menaces de la disette. — Mesures prises par l'Echevinage pour l'approvi-
sionnement. — Ordonnance du roi pour la nourriture et le soutien des pauvres. — Une assemblée générale décide en conséquence l'ouverture d'un atelier aux ouvrages de la ville. — Le trésorier général en la province de Picardie veut lever dans Abbeville six mille six cents écus sous forme d'emprunt — La ville se défend contre cette exigence. — Adjudication au rabais des travaux pour la fortification de la ville. — Réclamations de l'Echevinage à cette occasion contre le gouverneur de la ville et le procureur du roi.— Tirâtes à l'embouchure de la Somme. — Exposé des misères de la ville. — Le duc d'Espernon doit passer par Abbeville — Déput;ition projetée vers le roi pour l'affaire du boulevard de Retz et l'emprunt des six mille six cents écus
Entre le gouverneur de la ville et le maieur s'élevaient parfois des différends dont les délibérations de l'Echevinage conservent de nombreuses traces. Le château — il existait alors depuis Mo ans — porta toujours, peut-on croire, quelque ombrage aux habitants, et la qualité de gouverneur froissait les Gères traditions communales. Ces sentiments expliquent comment la ville, malgré sa pénurie, profitera bientôt des derniers troubles de la Ligue pour racheter la charge du gouverneur et démolir le château.
Le gouverneur paraît assez disposé quelquefois à sortir de ses strictes limites ; ainsi, par exemple, en 15S6, pour le mot
Le maieur, armé d'une délibération du XVII février, remontre, le dernier jour du même mois, au gouverneur M. de Hucqueville, les privilèges accordés à messieurs les maieur et eschevins de la ville par le roy, et confirmés par arrest du conseil privé; privilèges par lesquels, en l'absence du gouverneur et de son lieutenant, c'est au maieur de donner le mot du guet, « tant aux cappitaines et soldats tenans garnison en ceste ville que aux habitans. INéantmoins le diinenche ^.Vll1 jour de ce mois, environ l'heure de midy, iceluy sieur gouverneur a\oit
donné le mot du guet, pour la nuict suivante, aux cappitaines Guiran et Castel, ou aux sergeans de leurs compaignies estans en ceste ville, comme aussy à un nommé Anthoine, l'ung de ses hallebardiers j et ce fait, led. sieur gouverneur instamment seroit sorly hors de ceste ville et n'y seroit retourné que le lendemain sur les quatre heures de rellevée, avec le sieur de F rame,
son lieutenant, aussy absent ; » en ce faisant, le
gouverneur a entrepris sur l'autorité du maieur, etc.
Le gouverneur, dont la délibération expose les raisons, se défend d'avoir entrepris sur l'autorité du maieur et d'être sorti de ses propres droits (1).
La délibération du dernier février constate encore quelques dissentiments entre le maieur et le gouverneur.
Nous devons nous séparer ici du lieutenant général qui parait avoir gouverné si paternellement la Picardie. M. de Crèvecœur dépose sa charge à la fin de mars 1586.
« Le XUL* jour d'apvril (15S6), ledict sieur mayeur (J. Le ttoy) a dict avoir receu lettres de monseigneur de Crèvecœur, par lesquelles il prie faire enregistrer certaines lettres du roy à luy adressantes. »
Suivent les lettres dans le registre :
« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Polongne, à tous ceulx quy ces présentes lettres verront, salut. Ayant sceu le bon, tidel et loyal debvoir que nostre amé et féal le sieur de Crèvecœur, chevalier de nos deux ordres, conseiller en nostre conseil d'Estat et cappitaine de cincquante hommes d'armes, de noslre
(1) La cause toute domestique de Pabsence du gouverneur est donnée dans les registres municipaux. M. de Hucqueville n'avait été qu'au village de Huppy pour les fiançailles de sa fille, et il n'était paiti de la ville qu'a trois heures de relevée.
ordonnance a tousjours très-joieusement. ...» (un mot que je ne peux lire) Enfin, le roi, avec beaucoup de compliments, décharge le sieur de Crèvecœur de son emploi de lieutenant général au gouvernement de Picardie. Le roi, désirant en outre honorer led. sieur de Crèvecœur, selon ses services, déclare que le sieur Destrée, choisi pour succéder en sa charge, n'aura, « pendant la vie dud. sieur de Crèvecœur, aucun commandement, octorité ou pouvoir sur sa personne, ny en icelle de ses maisons et terres où led. sieur se trouvera résidant; » le sieur de Crèvecœur demeurera dans chacune de ces maisons ou terres « avec telle liberté qu'il faisoit lorsqu'il avoit icelle lieutenance généralle Donné à
Paris, le XXIIIe jour de mars mil cinq cens quatre vingts et six, et de notre règne le douziesme. Signé Henry. »
Le sieur de Crèvecœur communiquait la décision du roi aux maieur, eschevins et habitants de la ville d'Abbeville dans une longue lettre pleine de remercîments pour les bons témoignages reçus de la ville, de protestations de dévouement ancien et à venir au soulagement et repos de sa province, et de conseils aux habitants mêmes « contre ce qui se poeull craindre de ce temps. »
Les lettres du roi, nommant monseigneur Destrée (1) à la lieutenance de Picardie, et celles qui annoncent cette nomination « à nos amés et féaux les officiers de nostre justice, et à nos chers et bien amés les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville, » - Paris, 24 mars 1586, — sont lues dans l'assemblée de 1 échevinage du 22 avril, et transcrites à cette date sur le registre des délibérations.
(t) M. cTEstrées était précédemment gouverneur de Boulogne.
Les divisions du maieur et du gouverneur renaissent à l'occasion de l'armement de la ville, et la difficulté est portée devant le roi par le gouverneur. Les bourgeois voulaient garder sur leurs remparts des pièces de l'artillerie royale que M. de Hucqueville voulait remettre dans le magasin du roi. Le XI may, les lettres suivantes du roi, adressées aux maieur et eschevins, sont lues en PEchevinage :
« Chcrs et bien amés, aiant seu comme depuis peu vous n'avez voullu souffrir que aucunes pièces de nostre artillerie que le Sr de Hucqueville , gouverneur de nostre ville et chasteau d'Abbeville, avait faict meitre sur les ramparts durant ces derniers remuements, aient esté remises en nostre magazin selon l'ordonnance par luy faicte au garde d'icelles, nous avons bien voullu dire |quej c'est chose que nous ne pouvons que trouver mauvaise pour estre contrevenante au règlement par nous faict le IXe febvrier 1583 (1) entre ledict gouverneur, vous et les eschevins de nostred. ville, ausquel (sic) nous voulons estre entièrement suivy et gardé; à ceste cause, nous vous mandons et ordonnons par ces présentes que vous laissez [sic) resérer Iesd. pièces en nostre magazin, ainsy que advisera led. Sr gouverneur, sans plus donner aucun empeschement à ses ordonnances et mandemens concernaus le deu de sa charge et conformément à notre dict règlement que nous voulions estre gardé, observé et entretenu selon et ainsy qu'il est por/é par icelluy, à quoy vous ne ferez faillie, car tel est nostre plaisir. Donné à Paris, le XXIIIe jour d'avril 1586. Signé Henry, et au bas Brulart. » — Reg. aux délibérations.
Le même jour, XI mai, autre lecture de lettres royales. Cette fois, Sa Majesté, qui prend intérêt à la sûreté de la ville, demande que les habitants ajoutent aux deniers fournis exceptionnellement cette année par
(1) Ou 1585; je ne puis décider dans ma lecture incertaine.
le roi et annuellement par eux-mêmes « quelque chose » encore du leur « par extraordinaire » :
« Chers et bien amés, comme vous avez tousjours monstre beaucoup d'affection aux choses qui concernent le bien et seureté de nostre ville d'Abbeville qui vous touche de plus près qu'à nulz aultres, ainsy sommes-nous meus de vous représenter que pour la rendre eu sy bon estât et réparation qu'elle se puisse maintenir contre les forces de celluy qui la vouldroit assiéger, il fault que, oultre des deniers que nous y faisons furnir en la présente année et ceulx que lad. ville y emploie tous les ans, vous advisez d'en mettre quelque chose du vostre par extraordinaire à ce que tant plustost elle soit mise en bon estât selon que nous le désirons et que de vostre costé vous avez aussy occasion de le désirer pour vostre plus grand repos et seureté, en quoy nous asseurant que vous ferez tout bien debvoir, nous ne vous en dirons riens davantage, mais finirons la présente. Donné à Paris, le premier jour de may 1586. Signé Henry, et au bas Brulart. » — Reg. aux délib.
Ainsi le roi poussait aux fortifications, mais n'aimait pas à prêter trop longtemps ses canons.
Les inquiétudes pour le blé acquièrent de nouvelles forces dans un commencement de disette. L'Echevinage prend quelques mesures énergiques pour se rassurer; les mots « à peine de la vie » se rencontrent dans ses délibération; ainsi dans l'assemblée du X11I1 juing:
« A esté mandé et faict venir en la chambre du conseil de lad ville, Pierre de Lattre, recep\eur de la commanderie de Beauvoir en ceste ville, » et on luy ordonne, « à peine de la vie, de faire venir par basteaux en ceste ville, attendu la carence, nécessité et petit nombre (de blé?) qui est en ceste ville, comme il se voit par la recherche qui en fut cejourd'huy faicte, deux cens septiers de bled qu'il a confessé avoir achepté
du sieur de Soiecourt, estant led. bled au chasteau d'Eaucourt, distant de ceste ville une lieue seullement; ce quoy faisant, il a esté offert argent pour le prix d'iceux; lequel de Laltre a faict response que acheptant led. bled , icelluy sieur de Soiecourt s'est submis le garder en son grenier aud. chasteau d'Eaucourt, à ses frais et despens, jusques au dernier jour de juillet prochain, qui est le temps qu'il entend iceux vendre, et le voullant vendre, offre led. publier en ceste ville, » affin que l'eschevinage puisse les acheter et transporter si bon luy semble. » Cette réponse ne satisfait pas l'assemblée et le mayeur se transporte, avec les membres présents de l'Echevinage et le siéger (I), en la chambre du conseil de messieurs les gens du roy en la maison de la Grutuse; il explique l'affaire aux gens du roi. De la discussion qui suivit nous ne connaissons que ce résultat : « Aiant le tout esté meurement consulté, a esté advisé que led. de Lattre sera contrainct de faire venir en ceste ville les IIe septiers de bled, attendu la carence, cherté et nécessité apparente quy y est, et à tenir prison jusques à ce qu'il eut fourny à ce que dessus. Ce faict, led. de Lattre a esté mandé de rechef afh'n de luy signiffier le contenu cy-dessus, quy auroit déclaré se porter appelant de lad. ordonnance. »
Les 17 et 18 juin, nous trouvons deux condamnations, la première pour avoir passé du pain sous le manteau,
(1) C'est le seul cas où nous ayons vu l'Echevinage aller trouver lui-même messieurs les gens du roi au lieu de les convoquer pour une délibération commune à Phôtel-de-ville. Quoiqu'il y eût peut être urgence de décider, l'affaire sans doute ne paraissait pas assez importante pour que la démarche établit un précédent g = isible à la dignité de l'Echevinage et tirât à conséquence pour l'avenir.
la seconde pour avoir fait passer du blé par la rivière.
La misère, chaque jour plus répandue cependant et plus vive, ne laissait pas le roi indifférent. Ses ordonnances témoignent des soucis qu'il en prend, soit qu'il exprime ses intentions et engage au soulagement des malheureux uniquement par habileté politique, ou, ce qu'il serait plus consolant de croire même d'un roi de la nature de Henri 111, par compassion aux souffrances, charité humaine et sentiment des devoirs paternels de la royauté.
La misère et les ordonnances du roi vont émouvoir l'Echevinage.
Le 18 juin, se tient une assemblée générale à 1 hôtelde-ville, par-devant nobles hommes J. Bernard, sieur de Moismont, lieutenant général, et J. Le Roy, maieur. Les échevins, les maieurs de bannières se sont rendus exactement à l'appel des deux cloches (1).
Le sieur Bernard fait lire à l'assemblée une ordonnance du roi touchant la nourriture et entretenement des pauvres des villes de ce royaume, donnée à Paris le XXIIe jour de may dernier, « par laquelle S. M. voeult, entend et ordonne que les habitans de toutes les villes soient tenus nourrir et entretenir leurs pauvres, sans qu'ils puissent vaguer ni eux transporter de lieu en autre, tant par distribution de dons et aulmones envers
(I) 11 parait que, dans les cas importants et lorsque l'Echevinage désirait faire appuyer les décisions par une assistance nombreuse et sérieuse, des avertissements particuliers et à domicile précédaient la sonnerie des cloches :
« A deux sergeans, pour avoir somoné [.?] les principaux habitans à plusieurs assemblées, la somme de vingt sols. . xx\ »
Ce paiement est placé entre deux autres de mai et juillet 1586.
les pauvres invalides que par atteliers et œuvres publicques pour les valides, aftin de adviser et dellibérer des moiens pour empescher les mendians et vacabons qui vont et viennent par la ville, abusant de l'aulmone,
etc Et a esté dellibéré, par ordre de lad. assemblée,
que pour satisfaire [aux désirs du roi] et nourrir et entretenir les pauvres valides habitans de la ville, il sera ouvert ung attelier aux ouvrages de la ville et sera prins, pour y satisfaire, des deniers qui appartiennent à lad. ville, tant des octrois que patrimoniaux et maison du Val. »
Suit dans le registre, la copie de l'ordonnance du roy, donnée à Paris le XXIIe jour de may 1586.
Nous retrouverons plus loin l'application de cette ordonnance, les ateliers charitables ouverts par l'Echevinage.
Une autre charge, et très-lourde, va menacer la ville sous la forme d'un impôt ou d'un emprunt forcé.
Le XX11I juing, le maieur expose au conseil de la ville que « il a receu lettres de monsieur le trésorier général en la province de Picardie, à Amiens, avec copie des édicts et commission de Sa Majesté pour lever en ceste ville la somme de vira vr escus en rente, comme il est porté par lesd. lettres et édicts et commission, » dont l'Echevinage entend lecture.
La levée, suivant l'intention du roi, devait d'ailleurs être faite seulement - sur les volontaires et sans contraincte. »
L'assemblée, mise à l'aise peut-être par cette partie de l'édit, invoque dans sa délibération les charges que la ville a à supporter pour la nourriture des pauvres accourus pour vivre de mendicité dans ses murs, non-
seulement du pays circonvoisin, mais de ceux de Normandie, de Flandre et d'Artois, les grandes pertes, la diminution de revenu des habitants les plus aisés dont les fermiers laissent les terres à l'abandon et en friche. La ville, soumise « en toutes autres choses » aux commandements de S. M., ne peut satisfaire aux invitations de son trésorier général. En un mot, personne, dans Abbeville, ne veut, personne ne peut acquérir partie même de la rente proposée. Enfin, l'assemblée arrête ainsi la réponse au trésorier général en la province de Picardie :
« Monsieur, nous avons, avccq vos lettres, receu les coppies de l'édict du roy, donné à Paris au mois de décembre et vériflié tant en sa court du parlement que chambre des comptes les VI et XIII de may dernier, ensemble de la commission et despèche que Sa Majesté a faiet à monsieur le Picai t et vous pour l'exécution du susd. éJiet, lesquelles vos lettres et coppies, encore qu'elles ne correspondent Tune à l'autre, en ce que la commission porte debvoir eslre constitué bons et alliéné jusques à la somme de cent mille escus de rente, et par l'édict Sa Majesté n'en ordonne, sinon lxx" escus, qui est environ ung tiers moins, nous avons en toute diligence, faict lire el publier en présence de toute l'assemblée des eschevins, officiers et communaulté de ceste ville, où se sont trouvés plusieurs notables habitons et bourgeois à ceste fin mandés, et par tous moiens lâché de desposer leur volonté, signament de cenlx que estimions les plus aisés, d'acquérir partie de lad. rente et secourir aux affaires de Sa Majesté eu une si urgente nécessité de la guerre, laquelle regarde le corps universel et bien de la religion; mais ne s'est trouvé aulcun qui soit entré? (i) en volonté de faire telle acquisition, nous aiant esté remonstré par toute rassemblée, comme de faict nous pouvons vous en asseurer, que présentement il seroit impos-
(l) Un mot illisible, pour moi du moins.
sible de faire lever de denier, sous tel prétexte ou de telle petite somme que soit, sur les bourgeois et habitons de ceste ville pour les grandes charges qu'il nous convient en ce temps misérable et calamiteux supporter à la nourriture d'un grand nombre de paouvres qui afflu ut par chasque jour, tant de plat pais circonvoisin que des pais de Normandie, Flandre et Artois, et se mandient par la ville, combien que l'aumosne ordinaire des paouvres du bureau soit redoublée, voire triplée, oultre que la pluspart d'entre nous et les plus aisés reçoivent de grandes pertes et diminution de leur revenu à l'occasion du délaissement que font les fermiers, métaiers, de la terre qui demeure la pluspart en fri< he et aride , à quoy iceux fermiers sont contraincts , tant parce que la taille leur est comme insurpoitable avecq
l'impost de la gabelle et scel nouvellement remis sus
Pour les causes susdictes ne povons satisfaire au contenu de vos lettres, puisqu'il ne se trouve personne qui volontairement voeult ne puisse acquérir partie de la rente, laquelle Sa Majesté n'entend estre levée sinon sur les volontaires et sans contraincte, estans au surplus en toutes autres choses disposés de satisfaire aux commandemens de Sa Majesté pour son service et continuer au debvoir que nous avons tousjours faict ; el eslans la présente sinon à aultre lin, prions Dieu, monsieur, vous donner longue et heureuse vie. Vos affectionnés à vous obéir les maieur et eschevins dAbbeville. »
Suit, dans les transcriptions du registre, la teneur des susdictes commission et lettres missives: Henry,
par la grâce de Dieu, etc (les lettres du roy sont
très-longues, données à Paris et datées de may; celles des commissaires sont datées de juin, à Amiens).
La marche adoptée par nous et scrupuleusement suivie à travers les mois, nous ramène aux travaux de défense entrepris en cette année.
La délibération du "25 juin 1586 nous a conservé tout au long et avec toutes les conditions le procès-verbal
d'adjudication au rabais des travaux à entreprendre pour la fortification de la ville, « particulièrement pour le revestissement du boulevert commenché par Monseigneur le mareschal de Rez. » Cette adjudication avait été faite le 23 juin à la maison de la Grutuse, lieu où se tenait le présidial, en la présence du lieutenant civil et du procureur du roi (1 . M. de Hucqueville vint en annoncer le résultat à l'Echevinage le 25 juin, en compagnie de M. Mourette, sieur de Cumonl, procureur du roi. On ne pouvait plus travailler que pendant trois ou quatre mois, et M. de Hucqueville demandait que les travaux fussent poussés vivement Le maire et les échevins répondent qu'ils ne savent rien de l'adjudication, qu'ils n'y ont pas été appelés; et l'Echevinage alors de dérouler tous ses motifs de mécontentement. C'est un véritable réquisitoire; la guerre s'est rallumée entre l'Echevinage et le gouverneur, et avec le gouverneur se trouve mis en cause aussi le procureur du roi.
« Le sieur gouverneur vouloit réserver à luy seul de adviser de quelle estoffe ou matériaux de bricque, grès ou pierre blanche, se feroit lad. ouvrage, ensemble du lieu où se transporteroient les terres, en quoy il seroit aise de gratiftier les ouvriers et adjudicataires, et prétendoit semblablement que à luy seul appartenoit d'ordonner de la distribution et paiement des deniers. » Le maieur et les échevins remontraient encore que l'adjudicataire devait être certain à l'avance de la matière à employer dans l'ouvrage-, que le bail devait mentionner cette matière expressément, le grès, la brique, la pierre blanche n'étant ni de même prix ni
(1) L'adjudicataire était Vincent Carpentier, maître maçon.
de même qualité; qu'il était très-nécessaire aussi que le bail indiquât l'endroit où se transporteraient les terres, le prix pour les transporter loin ou près ne pouvant être le même, ces terres d'ailleurs pouvant servir à tel endroit pour la défense de la ville et en tel autre contre sa sûreté. En outre, le gouverneur ne pouvait avoir oublié une délibération des échevins, tenue en sa présence le 18 même de ce mois de juin, et dans laquelle on avait décidé que les terres seraient mises sur le rempart neuf dans la ville. Le maire et les échevins rappelaient entin leurs droits, les règlements, les dernières ordonnances mêmes du roi concernant les deniers destinés aux fortifications. Contre toutes ces raisons, le gouverneur, en leur absence et sans les appeler, avait fait faire l'adjudication à un maçon envoyé par tous les autres maçons de la ville, réunis en complot. L'affaire était cependant assez importante pour ne pas être précipitée ainsi. En conséquence, le maieur et les échevins protestaient des dommages et intérêts « allencontre dud. sieur gouverneur et aultre qu'il appartiendra et de nullité dud. bail, » soutenant que l'on doit procéder, avec toute la publicité nécessaire, à une nouvelle adjudication.
Le gouverneur et le procureur du roi protestèrent à leur tour (1) contre ces attaques; leur réponse, absente
(l) Le gouverneur et le procureur du roi protestèrent, le jour même ou le lendemain, contre le réquisitoire de la ville, et en l'assemblée échevinale du 18 juillet suivant, on décida que, à l'écrit fait par eux, « serait faicte la response cy après escripte:
« Pour ce qu'il semble à monsieur le gouverneur que les maieur et eschevins, par rescript en date, du XXV* de juing dernier, le voeuillions taxer, avecq le procureur du roy, de quelque connivence ou monopolle qui auroit esté faicte au dernier bail au
des registres municipaux, appela, le 18 juillet, le maintien froidement et fermement motivé des accusations de la ville La ville entendait poursuivre la cause « où il
rabais adjugé par fin de chandeille à Vincent Carpentier pour le revètissement du bollevert cotnmenché par monsieur de Relz, demande que les maieur et eschevins aient à déclarer s'ils entendent maintenir que lesd. sieurs gouverneur et procureur du roy aient eu cognoissance des monopolles desquels ils prétendent faire informer, et cependant, pour le désir que led. gouverneur a de faire en tout et partout le bien et prouflit du roy, s'ils scavent aulcun qui voeuille mettre à plus b;is pris lesd. ouvraiges
que le preneur, aient à le déclarer pour être receu, etc
« Les maieurs et eschevins aiant veu certain escript soubsigné de monsieur le gouverneur et monsieur le procureur du roy, disent qu'ils persistent en ce qu'ils ont dict par la response qu'ils ont faicle et baillée, soubs la signature de leur greflier. aud. sieur gouverneur, le XXV* jour de juing, à laquelle lesd. sieurs gouverneur et procureur du roy n'ont rcspondu, et laquelle ne porte (soubs correction) que lesd. sieurs aient faict aulcun monopolle ou connivence avec les ouvriers ausquels on prétend avoir faict le bail, quy sont allés boire ensemble au logis de celuy auquel on prétend le bail de l'ouvraige avoir esté faict; disent en oultre que led. prétendu bail n'a peu ny deubt estre faict sans avoir, par lesd. ouvriers et entrepreneurs, baillé bonne t't seure caution bourgeoise et restante en ceste ville pour respon !re des faultes et defl'ections quy se pourroient cy après trouver, comme en pareilles ouvraiges il s'est vu cy devant; remonstrent aussy que si, par le prétendu bail, le lieu où se mettent les tern-s des déblais eust esté désigné, la toise eust été mise au rabais de xxx sols moins qu'il n'est porté par lad. prétendue adjudication, tant à raison des ponts pour la haulteur et longue distance du lieu qu'il eût convenu faire, mettant lesd. terres sur les ramparts
comme il avoit esté advisé à l'assemblée des Estats
Les maieurs et échevins protestent enlin « à faulte par le gouverneur et le procureur du roy d'avoir ce faict et fourny aux charges contenues en lad. response (dommages et intérêts), qu'ils poursuivront la cause où il appartiendra. » — Reg. aux délib.
appartiendroit. » Nous ne voyons pas cependant que l'on soit revenu sur l'adjudication du 23 juin.
Si la sécurité de la ville avait besoin de ces précautions coûteuses, la sûreté sur la mer n'était guère plus grande et eût demandé des garanties non moindres.
Je lis dans la délibération du XXVU1 juing :
- Les marchands qui traficquent par la mer, en considération que la ville est maritime, ne poeuvent, quant à présent, librement traficquer pour les pirates, tant Rochellois , Hollandois , Anglois que aultres, estans journellement au long des cottes de la mer jusques à l'embouchure de la rivière de Somme-, par lesquels leur a esté prins et pillé grand nombre de marchandises et navires dont ils n'ont eu aulcune rescompense, quelques poursuittes qu'ils en aient faictes à grands frais-, en
sorte que la pluspart d'entre eux sont et ruinés
et demeurent chargés de grandes debtes vers les marchans estrangers et ne poeuvent retirer celles qui leur sont deubes pour la cherté du temps »
Cela dans un long exposé de misères, rédigé en réponse au conseiller du roy, trésorier général de ses finances, qui insistait pour la souscription à la rente
Tout cet exposé des misères de la ville serait à reproduire comme le meilleur tableau des détresses infligées par le temps à toutes les fortunes et au commerce. Nos successeurs y reviendront.
L'exposé signale particulièrement la triste situation des marchands de vin et des hostellains, et les conséquences, pour le plus humble peuple, de leurs affaires ruinées.
- Et par ce moien, cessant le trafic, plusieurs artisans, manouvriers et aultres personnes de basse condition qui
gaignaient leur vie soubs lesd. marchands sont réduicts à telle pauvreté qu'ils sont contraincts mendier leur vie avec aultre grand nombre de pauvres tant des villes circonvoisines que pais de Normandie, Flandres et Arthois, [ce] qui est d'ailleurs une grande charge aux habitans, lesquels, pour éviter qu'il n'arrive quelque émotion, sont contraincts de bailler bonne somme de deniers extraordinaires pour ouvrir ung attelier adfin de travailler aux fortifications de la ville, conformément aux lettres de Sa Majesté. »
On voit encore, dans le même exposé, que les habitants avaient perdu plus de » deux mille escus que leur dévoient de prêt (1), » pour leur nourriture, les soldats qui tenaient garnison dans la ville.
Les maieur et eschevins suppliaient à ces causes Sa Majesté de les décharger de la somme à eux demandée.
Pendant ce temps, la disette signalée plus haut et grossissante, s'ajoutait à tous les embarras de la ville.
Une procession générale eut lieu le 1er juillet (2),
(J) Nous dirions d'avances.
(2) « A Wlfran Frenie [?], cloquemant, la somme de quarante sols pour avoir sonné les cloches durant la procession généralle faicte pour raison de la cherté et carence des vivres, comme appert par sa resqueste ordonnancée du I" jour de juillet,
cy XL>-
« Aux huict sergeans à mace de lad. ville, pour avoir assisté et donné ordre à la procession généralle faicte en lad. ville le premier juillet audict an M Ve Illl" VI et pour aultres vaccations par eulx faictes, la somme de deux escus, cy n"c.
« Aux sergeans de la vingtaine et portiers, pour pareille cause, un escu deux tiers, cy icsc h'.
« Aux maieurs de bannières de ceste ville, pour avoir porté torches et luminaire à lad. procession, quatre escus, cy. . inrc. » »— Reg. aux comptes. 1585-1586.
« pour la cherté et carence des vivres. » — Voyez plus loin, au chapitre faits divers, les moyens employés pour arrêter la hausse des prix et prévenir l'extrême disette.
Ces calamités étaient coupées parfois par quelqu'une de ces grosses affaires du temps, un passage de personnage important.
Le IXe jour de juillet, le maieur annonce « avoir esté adverti , par le lacquet du sieur Dallon , cejourd'hui matin, que monsieur Despergnon (d'Espernon) doibt arriver en jour prochain en ceste ville; sur quoy estoit à adviser pour scavoir quelle réception à son entrée il luy seroit faict. »
L'échevinage, ainsi consulté sur les honneurs à rendre au favori puissant, décide que l'on s'informera de combien de gens sera suivi M. Despergnon (1).
Il paraît que le trésorier général insistait sur la convenance ou la nécessité de souscrire à la rente offerte par Sa Majesté. Six mille six cents écus, on s'en souvient, avaient été demandés en forme d'emprunt aux habitants d'Abbeville comme leur part contributive pour la solde de cinquante mille hommes de pied (2).
L'échevinage décide qu'une députation ira « en court »
(1) « A Anthoine Waignart, premier eschevin, pour un voiage par luy faict à Amiens pour scavoir comme ceulx de ladicte ville se comporteroient à rentrée de Mous. d'Espernon, la somme de
trois escus, cy ines°. »
— Reg. aux comptes, 1585-1586.
(2) « Au messager d'Amiens qui auroit aporté commission de messieurs les généraulx pour faire la levée des vim vc escus (1)
(l) Je trouve d'un côté six mille six cents, de l'autre cinq mille cinq cents. A quelle somme devons-nous nous arrêter ? Question d'ailleurs peu importante.
à la fois pour l'affaire du boulevart de Retz (1) et pour faire des représentations à Sa Majesté sur la somme de six mille six cents écus qu'elle a commandé « estre levée sur les habitans plus riches et aussy en constitution de rente (i). » Le départ de la députation a été retardé » pour plusieurs considérations » que le maieur expose le 7 août. Sa Majesté ayant envoyé une nouvelle commission datée du XXII juillet, « pour contraindre les dénommés au roolle faict par Mr Beaucler [?] de payer leurs cottes, il est besoin d'adviser de nouveau et de délibérer. A esté délibéré que, en toute diligence, l'on envoiera en court pour présenter requeste adlin d'estre quitte et deschargé de lad. somme que l'on prétend lever sur les habitans ou bien avoir modération. »
en constitution de rente x sols. » —
Reg. aux comptes, 1585-1586.
La noie suivante pourrait s'appliquer à quelque avis du même genre, si le message ne venait pas de l'échevinage d'Amiens :
« À Pierre Guilkbert, messager d'Amiens, pour avoir aporté une lettre de advertissement dudit Amiens à Messieurs de cesle
ville, quarante sols, cy xl\ » —
Ibid.
(1) Voyez plus haut la note sous le mois de juin.
(2) Le bureau des pauvres contribua plus tard à la composition de la somme en définitive exigée :
« A esté payé au bureau des paouvres de lad. ville, tant par forme d'aumosne que pour Tintérest et rescompensse du présent faict à la ville pour ses nécessités de la somme de six cens cinquante escus, à laquelle ladicte ville auroit esté cottiliée en ladicte année pour la solde des cinquante mil hommes de pied, la somme de quarante escus, sellon qu'il appert par la del libérât ion du
deuxiesme jour de juillet mil Ve quatre- vingt et cinq ;
quittance signée Boullon, receveur dud. bureau, cy. . . xl"c. » — Reg. aux comptes, 1585-1586.
FAITS DIVERS
La disette — Les délits plus fréquents. — Maintien sévère de la police. — Don fait au maître d'hôtel de la comtesse de Pouthieu. — Installation de régents au collège. — Essai de mousquets, etc.
Cette année fut, nous l'avons déjà indiqué, une année de disette; les registres de la ville en gardent partout les preuves. On cherche à donner un juste prix au pain (I) et le pain fait parfois défaut ("2); des fraudes de plus d'un genre pour le blé et pour le pain se pratiquent et sont punies (3). Nous avons noté plus haut la procession générale du 1er juillet.
(1) A esté payé à maistres Anthoine (ou Nicole, le nom est surchargé) Waignart et Robert Carbonnier, eschevins, pour blés par eulx achetté pour faire leurs esproeuves aflin de donner pris au pain, suivant la del libération du VII' jour de décembre mil Ve quatre-vingt et cinq, la somme de trois escus cinq sols,
cy iir" v*. » —
— Reg. aux comptes, 1585-1586.
(2) Le 9 mai 1580, neuf boulangers sont condamnés chacun en vingt sols d'amende, dont le tiers aux accusateurs, « pour n'avoir faict du pain pour fournir la ville. » — Ibid.
(3) Le 14 mai 1586, Jehan Fouquemberque, meunier, et Jehan Dufour, sont condamnés en un écu et une livre « pour avoir faict passer du blé sans passe-port. »
Le 7* jour du mois de juin, Toussaint Boutart est condamné pour avoir laissé passer du pain et du blé « par la porte où il estoit en garde. »
Le 17 juin 1586, Nicolas Lefevre, drapier, est condamné à xx sols d'amende pour avoir passé du pain h soubs son manteau. ■
Le lendemain, Claude Sauvage est condamné pour avoir fait passer du blé par la tivière en xxx sols). — Reg. aux comptes, 1585-1586.
La misère, plus que les agitations politiques, pousse aux contraventions; la liste des condamnations est trèsvisiblement plus longue en loi>5-J5î>6 que dans les années précédentes.
11 est à remarquer d'ailleurs qu'en ces temps d'émotion et d'éveil des esprits la police est aussi sévèrement maintenue par Péchevinage qu'en temps calme Qu'on ouvre les comptes au milieu des troubles, en pleine disette; Téchevinage ne faiblit jamais. Nous retrouvons les mêmes condamnations pour immondices jetées dans les rues ou dans la rivière, pour entreprises des gens d'un métier sur un autre métier, pour livraison de marchandises deffectives, pour bestiaux ayant causé du dommage, pour porcs détenus dans les maisons. Cette solide bourgeoisie à large assiette était amie de l'ordre.
Nous ne voyons nulle part que la comtesse Diane ait jamais visité le Ponthieu, mais il est probable que son maître d'hôtel y vint faire une tournée ou que les habitants d'Àbbeville eurent à réclamer de lui des services, à se ménager sa bienveillance (1).
Des installations de régents eurent lieu au collège avec quelque apparat (2).
(1) « A Nicolas Plantart, M' orloger, la somme de dix e.scus pour une montre de luy achettée, de laquelle auroit esté faict
présent à Mr , maistre dhostel de madame d'Augoulesme,
selon qu'il appert par l'acquit dudict Plantart, du neuviesme jour de novembre 'mil cinq cens quatre-vingt et cinq, cy. . . x"c. »
— Reg. aux comptes, 1585-1586.
(•i) « A esté payé lorsque M* de Boulleul et trois régens
furent installés par lesdict maieur et eschevins dedans le collège, pour avoir fait préparer le lieu et aultrement, la somme de ung escn quatorze sols, cy icsc xims. »
— Ibid.
Se mettait-on déjà en garde contre des éventualités de guerre possibles? L'insuffisance des indications nous force à rejeter ci-dessous deux notes qui paraissent cependant se rapporter à des précautions de ce genre (1).
Enfin attribuerons-nous aux difficultés plus grandes de la vie en cette année, ou aux abandons ordinaires qui attendaient la charité de saint Vincent de Paul, le fait d'un enfant inconnu et trouvé mort à Demenchecourt (2)?
(1) « À Nicolas Temps, maistre harquebusier , pour avoir esprouvé plusieurs mousquets par l'ordonnance des maieur et eschevins, sellon qu'il appert par sa requeste du IX* jour de juillet (1586) xv'.
« A Jehan Leroux, chartier, pour avoir charié deux ponts de bois dedans la ville et les avoir mis dedans le magasin près Saint-Gilles xn'. •
— Reg. aux comptes, 1085-1586.
(2) « A Marie , pour avoir aporté en l'eschevinage ung
enflant trouvé mort à Demenchecourt iin\ »
- Ibtd.
Renouvellement de la loi. — La misère. — Cherté du blé. — Achat de blés étrangers. — Distributions aux pauvres, — Ecroulement d'une galerie de l'Echevinage. — Ordonnance du roi sur la sortie des grains et des bestiaux. Défenses de police. — Publication d'une ordonnance du roi et du prévôt de Paris — Réclamation par le roi d'une cotisation imposée aux habitants d'Abbeville — La somme sera payée des deniers d'octrois, des deniers du Val et des deniers patrimoniaux. — Passage d'un ambassadeur allant demander la délivrance de Marie Stuart.
La misère que nous avons vu errer affamée et perdant des enfants morts dans les faubourgs, en l'année qui vient de finir, devait encore rendre plus difficile la mairie de Claude Rohault (1).
(I) Maieur : noble homme sire Claude Rohault, seigneur d'Espagne.
Les quatre premiers échevins furent : M* François Caisier, seigneur de Bealencourt, advocal; honorables hommes Gabriel Briet, l'aisné; Charles de Cocquerel et Jean Dehault.
Les argentiers furent: pour la Ville, Jean Godemont; pour le Val, Antoine Dehault. - Waignart.
Claude Rohault était à Cambron pendant que les maieurs de bannières le nommaient :
« A Jehan Gruel et Marin , sergeans à mace, pour ung
voiage par eulx Faict à Cambron pour signiflier à M'. Rohault son
«Par toute la France et pays circonvoisins, dit Waignart, il y eut si grande cherté de blé que le boisseau d'Abbeville fut vendu quarante-cinq et cinquante sols Le pauvre peuple endura beaucoup; grand nombre moururent de faim; plusieurs bons marchands envoyèrent en
pour en tirer des bleds, lesquels arrivèrent à bon
port, au grand contentement et soulagement du peuple. Les maieur et eschevins y apportèrent du leur, firent travailler au boulevard de Retz et autres lieux pour donner du gaignage aux pauvres, et firent souvent distribuer quelques pains chacun jour de la sepmaine en l'eschevinage Le peuple y étant un jour assemblé, passant
eslection de maieur pour l'année suivante, la somme de cinquante-cinq sols lvs. »
Je retrouve en cette année, après l'organisation de l'échevinage:
« On fait assavoir que la loy ou re'novation de l'esche vinage de lad. ville est entièrement faicte selon qu'il est de tout temps accoustumé; et en continuant les antiennes ordonnances, est deffendu à tous habitans de jurer et blasphémer le sainct nom de Dieu, eux pourmener aux églises, aller aux tavernes, jouer à la paulme et autres joeux es jours des dimenches et festes pendant le service divin, aux peines portées par les esdicts du roy, arrests de la court et ordonnances cy-devant publiés, et à tous taverniers et tripottiers de recevoir lesd. habitans en leurs maisons et jeux de paulme à pareille peine.
« Est deffendu à tous habitans, de quelque qualité qu'ils soient, d'aller par les rues, après la cloche sonnée, sans chandeille, ne laisser aller leurs enffans ou serviteurs, à peine de dix escus d'amende, desquels les pères, mères, maistres et maistresses rendront pour leurs enffans et serviteurs.
« Enjoignant et commandant à tous les habitans de garder et observer les ordonnances et statuts faicts et establis et qui pourront eslre cy-après faicts et publiés, etc. » — Reg. aux délib., 1586-1587.
au travers de la galerie ou plombée, pour à son rang recevoir le pain, y arriva en si grand nombre qu'il en fit tomber une partie, dont plusieurs furent blessés et quelques-uns en moururent. L'août arrivé (1587), le blé revint à bon compte, dont le reste du peuple fut mieux sustenté (1) »
Nous retrouverons, de mois en mois, les témoignages poignants et les témoignages honorables de cette misère et des efforts de toute espèce tentés pour la soulager. Reprenons les faits date par date; l'ordre chronologique, même serré, donne presque toujours les tableaux les plus clairs et les plus vrais, en raison de la déduction rapide et de la logique des événements qui naissent les uns des autres.
Le 4 septembre 1586, lecture est donnée à l'Echevinage de lettres du roi , datées de Paris le 22 août, et de M. d'Estrées, gouverneur général au gouvernement de
(1) Sangnier d'Abrancourt et Formentin sont à peu près d'accord avec Waignart pour ce résumé d'une partie des événements qui marquent la mairie de Claude Rohault, mais, suivant eux, l'importation du blé aurait été due aux magistrats municipaux: « II y eut une si grande famine à Abbeville cette année, dit Sangnier d'Abrancourt, que les mayeur et échevins envoyèrent chercher du blé à Danlzic et dans les pays étrangers, pour en faire du pain et le distribuer aux pauvres dans l'Echevinage. » — « La stérilité de la terre, dit Formentin, produisit une disette si grande, que si les magistrats d'Abbeville n'eussent fait venir de Dantzick une quantité considérable de grains, les pauvres seraient morts de faim. » M. Louandre confirme les témoignages de Sangnier et de Formentin. — Formentin, bien postérieur à Waignart, exagère sans doute un peu quand il affirme que la galerie îles plombs écrasa, en tombant, cent vingt personnes. Cette galerie, garnie de plomb pour recevoir et rejeter au dehors l'eau du ciel, était d'ailleurs en pierre.— Sangnier d'Abrancourt.
Picardie, datées de le 30 août. Les lettres du roi
sont adressées à M. d'Estrées, niais celle de M. d'Estrées, beaucoup plus rude de ton, la résume vigoureusement en ce qui regarde Abbeville. Elle fut lue en présence de Aï. de Frame, lieutenant de M de Hucqueville :
« Messieurs, vous entendrez de M. de Hucqueville, vostre gouverneur, ce que je luy escris de l'intention et volonté du roy sur le renouvellement des defl'enses que Sa Majesté faict » de laisser sortir les grains et hestiaux du royaume. »
M. d'Estrées réclame des punitions exemplaires contre les contrevenants. Il a écrit particulièrement à M. de Hucqueville, etc.
Nous avons vu (1) que les ordonnances politiques de la ville furent renouvelées le Xll septembre de cette année.
La mairie de Claude Rohault, qui fut d'ailleurs un homme énergique, autant que nous en pouvons juger par tous les actes de son administration, annonce d'abord sa sévérité par plusieurs autres défenses qu'expliquent la misère de l'année, la crainte du désordre, la nécessité de régulariser la charité et aussi la rigueur religieuse du temps.
Une réunion échevinale du 10 septembre ordonne la publication des défenses qui suivent:
« Deffences sont faicles aux habitans de ceste ville, de quelque estât ou condition qu'ils soient, de recepvoir en leurs maisons aucuns vagabonds, bellistres et aullres mendians parmy les rues, ny appeller ou faire venir enffans ou aultres n'estans de ceste ville pour les envoier chercher leurs pains ensemble, de louer
leurs maisons à aultres qu'à personnes ou aiant
moien de gaiguer leur vie, à peine d'amende arbitraire. Est aussy
(1) Dans une note de l'année précédente, au-dessous des ordonnances politiques, etc.
enjoinct à tous les vagabonds, bellistres ou mandians estrangers, mesmement pour éviter les malladies contagieuses, de sortir hors lad. ville en dedans le tiers jour, à peine du fouet et de bannissement; ensemble aux gardes des portes de ceste dicte ville d'empescher lesd. vagabonds, bellistres et mandians d'entrer en icelle, à peine d'un escu d'amende. Davantage deffences sont faictes aux paouvres estans au bureau en ceste dicte ville d'aller parmy les rues ou ailleurs de ceste dicte ville sans avoir et porter la marque du bureau de ceste ville attachée sur le bras gauche, et d'aller mendier par les portes des maisons des habitans, à peine d'estre rayé et mis hors du papier de Paumosne; et ausd. habitans de donner l'aumosne aux portes de leurs maisons, ausd. paouvres du bureau congneus par lad. marque, à peine d'ung escu d'amende.
« Deffenses sont aussy faictes aux chefs et gardes des portes de ceste dicte ville de laisser sortir ny entrer, les jours de dimenche et festes solempnelles, aucunes personnes, chevaulx, chariots, charettes, chargés de muisons, marchandises ou aultre chose que ce soit, à peine de dix escus d'amende ausd. chefs et deux escus pour chacun desd. gardes; comme aux habitans quy se porteront pour ce faire, pareille amende de deux escus pour la première fois et amende arbitraire pour la seconde. » — Reg. aux délibérations.
Dix jours après (20 septembre), nouvelles défenses :
■ H est expressément inhibé et deffendu aux habitans de lad. ville, de quelque qualité ou conditiou qu'ils soient, de blasphémer et jurer le sainct nom de Dieu ny de sa très-sacrée mère, ny prohiber (sic) paroles jumonieuses et exécrables contre leurs saincts noms et honneur, ny des saincts, à peine, suivant les édicts du roy, de cinquante livres d'amende pour la première fois, pour la seconde fois à tenir prison fermée .... jours durant et en cens livres d'amende, et pour la troisiesme fois à y eslre ung mois durant au pain et à Peaue et en II* livres d'amende; la tierce partie des amendes au dénoutiateur et accusateur, l'autre au bureau des paouvres de ceste ville, et l'autre tierce partie à
lad. ville; et ceux qui n'auront moien de paier lesd. amendes seront punis et chastiés en leurs personnes sellon la grandeur et énormité des parolles quy auront esté témérairement et indiscrètement par eux proférées.
« Est de rechef prohibé et deffendu à tous les habitans de ceste ville et fauxbourgs d'icelle d'aller aux tavernes, hostelleries et cabarests, soit aux jours de dimenche, festes solempnelles ou autres jours ouvrables {sic}, à quelque heure que ce soit, à peine de d ux escus d'amende pour chacune personne pour la première fois, quatre escus pour la seconde, et pour la troisiesme pugnition exemplaire; et à tous hosteleiers [?], taverniers ou cabaretiers de ne recepvoir aucuns desd. habitans en leurs hostels, tavernes ou cabarets avecq quelque personne que ce soit, à peine du double desd. amendes pour chacune fois. »—Reg. aux déiib.
Enfin on décide, dans la séance du IX octobre 15S6, que l'on publiera l'ordonnance suivante qui vient, il est vrai, de plus haut :
« De par le roy et monsieur le prevost de Paris,
« Au deffault que nous avons en ceste année de ce quy nous
faict le plus besoing pour les commodités nécessaires de la vie,
particulièrement du vin, a esté jugé très nécessaire d'y establir
une règle à ce que du peu quy se pourra recueillir le poeuple
puisse estre secouru en sa nécessité et pris raisonnable
Deffenses sont faictes à tous hosteliers,
cabaretiers et paticiers de recepvoir les bourgeois de ceste ville, leurs serviteurs, clercqs et autres domiciliés, en leurs hostelleries et cabarests, leur bailler en iceux vivres, ny assoir aucuns, hors mis (excepté) les forains et estrangers, sur peine de dix escus d'ami nde et de prison s'il y eschet pour la première fois, et pour la seconde de pugnition extraordinaire; et néantmoins enjoignons à tous commissaires faire diligence, recherche et perquisition desdicts cabarests, et, au cas qu'ils trouvent en iceux aucuns bourgeois buvans , les amènent prisonniers es prisons du Chastelet sans aucuns délais, pour y estre pourveu ainsi que de raison.. . »
L'Echevinage d'Abbeville fait publier cette ordonnance « adtin que l'on n'en puisse prétendre cause d'ignorance. »
Dans une assemblée échevinale du XXI11 octobre, il est donné lecture de lettres du roi, datées de Saint- Germain-en-Laye le XI11 du même mois, et demandant la prompte délivrance des sommes esquelles les habitans d'Abbeville ont été cottisés (4) et que doivent exiger les trésoriers généraux de France establis à Amiens. Les échevins présents décident que l'on consultera, sur cette question, les anciens maieurs.
La ville, où la nouvelle s'est répandue, prend cinq jours de réflexion.
Le 28, une assemblée générale (convoquée au son des deux cloches) discute enfin l'affaire. L'opinion commune fut qu'il était expédient d'aviser au paiement et satisfaction de lad. somme « par la plus doulce voie que faire pourra, attendu la calamité du temps, cherté extresme et pauvreté du peuple, pour éviter aux tumultes et émotions qui pourroient survenir la levant par capitation et cotte sur les particuliers, comme il est mandé par les lettres du roy. — Après que plusieurs advis ont, sur ce sujet, esté raportés à lad. assemblée et qu'il s'est trouvé estre nécessaire de trouver moiens d'acquitter lad. somme par autre voie que la levée et capitation, pour éviter aux inconvénients quy en pourroient réussir, le désordre, confusion et dissention entre les habitans, estant impossible de le pouvoir faire, pour ces raisons et considérations amplement [sues ou faites]
(i) Pour la solde des reitres et des suisses. La ville avait été cotisée à trois mille écus, mais le roi n'en demandait immédiatement (en dedans la fin du mois) que mille.
et déduites, a esté délibéré et ordonné que lad. somme de mil escus sera prinse et paiée des deniers d'octrois de la ville. »
On fit cette remarque que, comme il n'y avait pas deux mois que les fermes de la ville « avoient esté baillées, ladicte somme ne se pourroit aisément trouver. » — On décida alors que le surplus serait pris « tant des deniers du Val, patrimoine que aultrement (1). »
Le 21 novembre 1586, Pompone de Bellièvre, ambassadeur du roi auprès de la reine Elisabeth en Angleterre, partit d'Abbeville pour aller solliciter la délivrance de Marie Stuart, reine d'Ecosse, qui n'avait plus trois mois à vivre. Bien inutile démarche! — Dom Grenier, paquet 14, tome 90.
Baptême d'une fille Ju gouverneur. — L'Echevinage sert de parrain à l'enfant. Dépenses à cette occasion. — Les ateliers de charité. — Cottes et levées pour y subvenir. — Nouvelles lettres du roi — Avis divers de l'Echevinage pour satisfaire aux prescriptions royales. — Avis des Estats sur le même sujet. — Décisions prises.— On tirera l'argent des deniers des octrois, du patrimoine, du Val, des levées sous forme de dons gratuits, des deniers assignés pour la fortification. — Durée des ateliers de charité. — Entrée de M. d*Estrées, lieutenant général en Picardie.— Faux bruits sur l'établissement d'une citadelle à Amiens et à Abbeville. — Le duc d'Aumale a fait surprendre Doullens et le Crotoy — Ses lettres à l'Echevinage d'Abbeville. — Réponse de l'Echevinage. — Pont-Remy souci pour Abbeville. — Soldats entretenus en ce lieu aux frais d'Abbeville.— Lettres de M. d'Estrées. — Avis reçu de la surprise de la ville du Crotoy.— Le château du Crotoy est assiégé, et les gardes du Pont-de-Remy ont été sommés de rendre la
(î) Je lis dans le registre aux comptes de cette année :
« A Jehan Troulle, aulneur de draps, la somme de quarante
sols pour avoir aulne les draps pour la somme de deux mil
escus à laquelle lad. ville avoit esté cottisée XL*. »
place,— Précautions prises pour la sécurité d'Àbbeville. — Lettre du duc d'Aumale au gouverneur d'Abbeville. — Difficultés entre l'Echevinage et les cinquanteniers.
Au commencement de janvier fut baptisée une fille du gouverneur. M de Hucqueville avait prié le corps de ville de vouloir bien servir de parrain à l'enfant On voit, par une délibération du 4 janvier, que le baptême eut lieu à l'église de Notre-Dame de la Chapelle. L'assemblée vote douze escus au maieur, afin qu'il les délivre ainsi : un écu au curé, pareille somme au clercq, deux
escus à la (mot effacé), deux escus aux hallebar-
diers, et les six autres aux gardes et nourrices (1).
(1) Les autres dépenses furent.
« A Charles de Hault et Jehan Lescuier, M" orfèvres, la somme de trente-cinq escus ung tiers, pour vaisselle d'argent et aultres (sic) bagnes d'eulx achettées , et desquelles pre'sent avoit esté faict à la fille duel, sieur de Hucqueville le jour du désobage, sellon qu'il appert par dellibération du quatriesme jour dud. mois de janvier, cy xxxvesc i'.
« Aux cinquanteniers des arbalestriers, archers et harquebusiers de lad. ville, la somme de vingt-quatre escus, pour avoir esté en armes aud. désobage, ainsi qu'il appert par ordonnance du sixiesme dud. mois de janvier xxim"c.
« Aux maieurs de bannières la somme de quatre escus à eulx ordonnée en la même intention des cérémonies dud. baptesme, cy inf,c.
« A plusieurs manouvriers la somme de cinquante sols à eulx donnée pour avoir sonné les cloches du grand Eschevinage pour la solempnité du baptesme de la fille de monsieur de Hucqueville, auquel messieurs maieU' et eschevins furent priés et invités comme parains, et dont appert par ordonnance du cinquiesme jour de janvier (1587), cy L\
« A esté payé encore par l'argentier la somme de douze escus pour présents et libéral li tés fdictes par lad. ville lors dud. baptesme, sellon qu'il est plus particulièrement repnns et déclaré
Ce parrainage offert par le maître du château et accepté par les maîtres de la maison commune n'annonce-t il pas l'effacement de tout nuage entre le gouverneur et l'Echevinage?
Nous arrivons à la grande question — municipale — de l'année, à la plus lourde charge de la ville, à l'entretien des pauvres valides par le travail, selon l'ordonnance du roi mentionnée en l'année précédente et en exécution d'un arrêté du Parlement des premiers jours de 1587 même.