‹ La Ligue à Abbeville, 1576-1594 (volume 3)Chapitre 10 sur 27 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Ainsi que les Dioscures Parmi les vapeurs obscures Donnent un signe certain De la calme, et que la rage Du tourbillonneuz orage Doibt s'anéantir soudain ;

Ainsi la joyeuse entrée Qu'ores en ceste contrée Faict cest Heroê divin Chassera loin de nos testes Les ennuyeuses tem pertes De nostre mal intestin.

Sus donc, capitale ville

De Ponthieu ; sus, Abbevilie;

Humble, rends le deub d'honneur

A ce magni6que prince

De la picarde province

Très-valeureux gouverneur.

l'auteur. L'idée peut être entrevue , mais il est difficile d'en trouver l'expression nette dans les mots de ce dernier vers. J'ai cru lire aussi symbolisant en toij ou symbolisant en loy; je m'arrête au symbolisant en foy qui me paraît la copie exacte, mais non beaucoup plus satisfaisante pour la clarté.

Que les champs et les prairies Yestent leurs robbes fleuries ; Que les faunes chevelus Et les nymphes vagabondes De la Somme, soubs les ondes, ' Couronnent leurs chefs herbus.

Que le poeuple par la rue Chante d'une voix aiguë

10 Psan ! par trois fois !

Qu'on le voie par les places Et au temple en rendre grâces Au souverain Boy des Roys,

T suppliant sa clémence Que cest astre de la France Luire il fasse ici longtemps D'une influence bénigne Et que Bellone mutine

11 renferme pour mille ans.

Le duc fut reçu à la porte du Bois sous un poêle ou ciel de satin vert porté par les quatre premiers échevins. On le conduisit ainsi à Saint-Yulfran où il entendit le Te Deum. — Waignart.

De Saint-Yulfran, le duc se rendit au prieuré de Saint-Pierre <« où il fut de rechef salué par le sieur de Beaucaurroy, lequel, au nom de la ville^ luy présenta un horloge façon de ceste ville, quy est le présent que l'on a accoustumé faire aux gouverneurs de la province. Monseigneur prit plaisir à le voir et faire sonner et desmonter et remonster (1). *> —Reg. aux délit. —

(I) La description conservée de cette horfoge intéresse bien un peo rhistoire de l'industrie abbevillolse : « Led. horloge estoit kxagone ou à six pans ou faces en forme de tour. Le timbre ser-

Le lendemain fut fait présent à son secrétaire « d'une monstre à mettre sur la table, et d'aultant qu'ils estoicnt deux, en fut commandé encore une semblable afin que chacun d'eux demeurera content. *»

Pendant le séjour du duc à Àbbeville, i^mmandement du roi lui vint d'emmener avec lui deux ou trois députés, choisis parmi les plus notables de la ville, à Saint-Quentin où Sa Majesté devait être, afin de leur faire entendre sa volonté sur différentes choses importantes (1) et de faire prêter aux habitans le serment de fidélité (2). Les députés choisis furent M« Pierre Le Boucher , lieutenant criminel , M® Josse Beauvarlet , siéger, et M» Jacques du Gandas (3), maistre des ouvrages du comté de Ponthieu. — Waignart.

Il est certain que le duc ne séjourna pas constamment à Abbeville pendant les quatorze jours qui suivirent son entrée. Il est probable qu'il poursuivit sa tournée de gouverneur au delà. Dans tous les cas, il revint le premier décembre, ainsi qu'en témoigne notre registre municipal. C'est à cette dernière date que je retrouve dans la délibération échevinale le fait des dépotés requis : < Ledict sieur de Beaucaurroy a proposé

voit de comble, couvert néantmoings de fueillages et moresque de cuivre; le tout estoit doré sur une graveure josne et les piliers des faces bien troussés. » — Reg» aux délib.

(1) Voyez sur ces affaires importantes, au registre de la ville, les délibérations du vendredi vingt-cinquième jour de novembre et du premier jour de décembre 1594.

(2) Pour conférer sur le bien commun de la province, dit Formentin.

(3) Formentin a écrit à tort de Canteleu. Le registre aux délibérations dit bien du Candas comme Waignart.

lue cejourd'huy le soir (1), allant faire la révérence k Monseigneur le duc de Longueville à son arrivée en ceste ville, il (le duc) luy a faict entendre avoir receu commandement du roy d'emmener deux ou trois depputés de ceste ville des plus nottables habitans pour se trouver en la ville de Sainct-Quentin, etc. »

Le duc de Longueville quitta Abbeville le vendredi deux décembre, mais les députés choisis firent difficulté « de s'acheminer avecq luy. *> Une assemblée fut donc convoquée qui décida que « lesd. Le Boucher, Beauvarlet et du Gandas, suivant la nomination faicte de leurs personnes , partiront en dedans demain le matin au plus tard pour faire led. volage, ce quy sera faict entendre aud. lieutenant criminel absent de rassemblée. »

fiipport du maieor revenu de Paris. — Le roi viendra à Abbeville. — Prestation de serment de fidélité au roi. — Dépotés nommés pour aUer vers le roi. — Avis de la venue très prochaine du roi. — Le mémoire de Josse Beauvarlet. — Préparatifs pour recevoir le roi. — La milice de la ville en armes. — MM. de la ville et MM. de la sénéchaussée en costumes et eu cavalcades d'apparat. — Arrivée et entrée du roi, discours, décoration de la ville, etc. — Le souper du roi, son indisposition, son départ — Les Minimes n*ont pas pris part aux manifestations générales du clergé. •— On apprend l'attentat de Jean Ghastel.— Te Deum et procession générale. — Les Minimes s'abstiennent encore dans ces actions de grâces — L'Echevinage menace de les faire sortir de la ville. — Leur défense. — Admonestntion nouvelle de l'Echevinage. — Ordre à eux de faire un service solennel pour la prospérité de Sa Majesté. — Saisie et mise sous la main de la justice de leurs biens et revenus temporels.

Le registre de la ville conserve quelques autres (1) L^assemblëe était tenue à cinq heures de relevée.

délibérations prises sur les ordres du duc de LoDgueville au sujet de la députation rappelée au chapitre qui précède.

Le maieur de Maupin revient cependant de Paris le 5 décembre au soir et, dès le lendeoiain, *> sixiesme jour de décembre au matin, » a lieu une réunion échevinale. Je laisse la parole à Técrivain de la ville :

« Du sixiesme jour de décembre 1594, au matin. » Le sieur de Maupin, maieur, raconte « bien amplement à l'assemblée ce quy s'est passé au voiage de la ville de de Paris, de laquelle il retourna le jour d'hier au soir, et comme par avant son partement s'estant trouvé près Sa Majesté avecq led. Tillette quy Tavoit accompaigné. Elle luy auroit faict entendre, entre autres choses, la bienvouellance qu'Elle portoit particullièrement à ceste ville avecq désir de donner ordre au soulagement du paouvre poeuple de ceste province et adviser aux nécessités quy s'offrent, et qu'à ceste occasion Sadicte Majesté se dellibéreroit rendre en Picardie pour y prouvoir. Laquelle luy auroit commandé de le faire entendre au corps de ceste ville affin d'envoier quelques nottables personnaiges en la ville de Sainct-Quentin où les aultres depputtés des villes de ceste province se debvroient trouver, etc. » — L'assemblée étant peu nombreuse, on remet à délibérer sur ce point dans une autre réunion convoquée le même jour à deux heures de relevée, réunion qui, se trouvant insuffisante encore, renvoie la discussion au lendemain mercredi 7 décembre.

Cette dernière assemblée est composée (sous la présidence du maieur) de Messieurs les gens du roi» des anciens maieurs et, avec les échevins, des juges-consuls > et antiens marchans. *»

Malheureusement la délibération fait défaut.

Ainsi le roi viendra à Abbeville, mais il demande toujours, ses députés.

Ces députés étaient partis, je pense, depuis quelques jours.

; Enfin le serment de fidélité au roi est pr^té à TEchevinage.

Le 9 décembre i694 , le maieur ayant fait faire lecture de la forme de serment « à haulte voix par le greffier à Thostel - de - ville, »» toute l'assemblée jora « par serment solempnel » et protesta par-devant ledit sieur maieur de garder et observer l'engagement qui suit :

«Nous jurons et promettons à Dieu, par serment fait solempnellementy recongnoistre, de cœur et d'affection, pour nostre roy trèschrestien et prince naturel et légitime Henry IV, roy de France et de Navarre, à présent régnant; promettons aussy à Sa Majesté, sur nos vies et honneurs, de lui garder la foy et loiaulté, avec toute révérence et parfaite obéissance, pour la conservation de son Estât et couronne et, soubs son autorité

et commandement, exposer nos vies et biens pour son service. Promettons, en oultre, de n'avoir jamais communication , pratique ny intelligence, avec ceulx qui se sont élevés en armes contre Sadite Majesté et tous aultres qui se porroient eslever cy-aprez ; renonchans à toutes ligues, sermens et associations que pourrions avoir faict à l'occasion de la malice du temps contre et au préjudice du présent serment ; recongnoissans en toute humilité avoir esté receus à grâce spéciale par la bonté et clémence dont il a pieu à Sadite Majesté

user envers les habitans de sadite ville d' Abbeville et

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particulièrement envers nous, dont luy rendons grâces : trez-humbles, supplians Diea de toute nostre afiectloo . le conserver et heureusement donner victoire à Sadite Majesté sur ses ennemis. [

« Sy a esté juré par toute ladite assemblée de faire t prendre garde aux actions» mouvemens et affectioDS tant de ceuTx qui sont soubs leurs charges, de faire rapport s'ils voyoient ou entendoient quelque parole oa action tendant à aultre chose que au bien et avancement du service de Sa Majesté» à peine de la vie. »

Waignart donne pour ce serment , avec quelques autres détails, la date différente du i2 décembre.

« Le serment de fidélité au roi fut prêté, dit-il, le douze décembre. M^ Jacques Bernard, écuier, s' de Moismont(l), lieutenant-général civil de M^^ le séneschal, se transporta à cet effet à TEchevinage, prêta d'abord le serment, le fit prêter au corps de la ville et le reçut ensuite des autres habitans, capitaines, lieutenans et enseignes des différentes milices dites des fuU>itans, des einquantiniers f de la jeunesse, mayeurs de bannières, etc. n Les deux cloches de la ville avaient convoqué cette assemblée (2) qui remplissait rhôtel-de-ville. La formule du serment fut lue à haute voix par le greffier, et toute l'assemblée jura.

(1) Waignart donne les armes de Bernard de Moismont, qui sont : de gueules au sautoir d'argent^ chargé é^un croissant de gueules en cœur, une étoile en chef. .

(2) « On Gt sonner les deux cloches, tant pour rassemblée des deux collèges des eschevins et des inaieurs de banuières, représentant le corps et communauté* de ladicte ville, que [pour] le reste du peuple, atin que, outre les actes et démonstrations publiques qui s'en estoient cy-devant faictes par louanges et actions

Tous ces détails sont vrais et conformes au registre, sauf la date que je maintiens être le 9.

Ce IX décembre, puis-je voir dans le registre» après la prestation du serment, on députe vers le roi pour loi « faire remonstrances et le supplier des choses concemans le bien publicq, » MM. de Beaucaurroy (Rumet) et du Candas « quy s'y sont acheminés. »

• Et tost après on eut advis certain que le roy s'acheminoit pour venir en ceste ville et y faire son entrée, poarquoy se feirent plusieurs dellibérations de ce quy se debvoit préparer pour le dignement recepvoir , comme on fit le XVIII dud. mois de novembre, de quoy led. Beauvarlet, siéger, fit un mémoire duquel la teneur ensuit (1). <• Je présenterai bientôt au lecteur et utiliserai largement ce mémoire de Beauvarlet.

Les députés revenus de Saint-Quentin avaient averti le maieur que Sa Majesté se rendrait à Abbeville vers la fin du mois. La ville, à peine sortie de la Ligue, 8*était hâtée aux préparatifs nécessaires à sa réception. Cinq gribannes, peintes et ornées magnifiquement,

de grâces en S. Vulfran, feux de joie et salut d^artillerie, chacun ad?erti de la yolooté et intention de Sa Majesté» se soubmît volontairement et s'obligeât par serment solennel à la fidélité qu'on doibt à Sa Majesté. »

(1) L'écriture de ce mémoire est absolument celle que j'ai déjà remarquée pour le récit de l'entrée du duc de Longaeville et la transcription des pièces qui ont précédé et accompagné la réduction de la ville. Ce n'est peut-être qu'une écriture de copiste ; cependant, le mémoire sur l'entrée du roi étant, d'après le témoignage même du registre, l'œuvre de Beauvarlet, il y a |lAKMDption que l'entrée du duc de Longueville nous a été rahioDtfc par le même, et l'identité de l'écriture n'a£faiblit pas cette présomption.

— tm —

devaient aller chercher le roi à Amiens. — Formentin.

11 ne faut certainement pas dédaigner les renseignements fournis par Formentin , mais ses affirmations ont malheureusement toujours besoin d'un contrôle. Il n'y a pas lieu de contester l'envoi des gribatmes ; cet envoi est tout-à-fait probable, mais je n'en ai pas trouvé preuve dans le registre aux délibérations (le registre aux comptes est perdu, nous l'avons dit). Le registre aux délibérations est assez riche avec le récit de Beauvarlet que nous suivrons exactement. En rendant ainsi au premier narrateur ce qui lui appartient, je conserverai mieux le ton, la couleur du temps. La justice sera tout profit.

Le samedi 17 décembre, le roi, venu d'Amiens ea bateau, avait couché à Pont-Remy; le lendemain, on savait à Abbeville qu'il arriverait à midi. Le roi avait dit aux députés à Saint-Quentin •* qu'il ne recherchoil point beaucoup de pompe; » on acheva cependant du mieux qu'on put ce qui était préparé dès le mois d'août.

On délivra aux huit compagnies de la ville (trois compagnies de cinquantiniers, ainsi qu'on le sait, une dite de la jeunesse et quatre des différents quartiers] des enseignes aux couleurs da roi, vert, gris et incarnadin, avec la croix française (1).

(i) Si exactement qu'on s'efforce d'aforëger, des circonstances échappent au résumé. Je reprends donc: « sàirant ce, faren délivrées aux trois compagnies de cinquantiniers et à celle de U jeunesse des enseignes des couleurs du roy qui estoient vert gris et incarnadin, avec la croix Françoise, et en furent délivrée^ quatre autres des mesmes couleurs' pour les quatre quartiers d< la viilc, lesquelles, pour évitter à toute confusion, fut ordonna qu'elles seroient portées par des eschevins de chacun quartier

Le lendemain dimanche i$ décembre, entrée du roi.

De grandes décorations avaient été disposées pour (|ae la marche du vainqueur de la Ligue fût partout DO triomphe, aux ponts-levis de la porte qui ne s'était pas ouverte devant ses soldats, dans la rue Saint-Gilles, sur le Marché, au Pontaux-Poissons, à Saint-Vulfran, ï rhôtel de la Gruthuze enfin où les appartements royaux avaient été préparés. Ces décorations, composées d'arcs, de •< chapeaux » de triomphe, de tableaux, d'inscriptions, donnent encore, avec des preuves plus en profusion qu'au jour de l'entrée du duc de Longueville, QDe idée de l'imagination, de la culture intellectuelle, des goûts artistiques et littéraires des Abbevillois en lô94.

Assaut partout d'allégories peintes, d'érudition, de vers> mais surtout à la Gruthuze où le roi devait souper et coucher. Cet hôtel, au dedans comme au dehors, n'était plus qu'un poème en trois langues, rehaussé d'images aux riches couleurs.

ÂQ-dessus de la grande porte (1), différents emblèmes avec les armes de France et de Navarre sur satin vert bordé d*argent, avec cette inscription :

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