‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 4)Chapitre 11 sur 19 · AUX PAGES 112 ET 113 DE CE VOLUME · texte numérisé non relu

AUX PAGES 112 ET 113 DE CE VOLUME

Ainsi que je l'ai annoncé dans la note de la page 113, je donne ici in extenso les lettres du duc de Longueville, du parlement, du prévôt des marchands et des échevins de Paris, que j'ai simplement analysées dans le chapitre 111 de l'année échevinale 1593-1594.

LETTRE DU DUC DE LONGUEVILLE EXHORTANT LES HARITANTS A RECONNAITRE LE ROI.

« Messieurs, n'ayant jamais désiré que le bien de toute ceste province, je n'ay aussi jamais recherché que les moyens de faire paroislre les effects de mon désir, Pleut à Dieu que vos courages eussent eu tant de disposition à recevoir tous mes bons offices, comme j'ay eu et auray à toutes occasions la volonté de vous en faire, encore que cela n'ait peu réussir; si, pers-je point courage pour nccroistre le vostre et luy donner, s'il est possible, la cognoissance de ce que vous devez estre , c'est-à-dire vrais François, et, comme tels, recognoistre celuy qui est nay [né] pour régner sur vous et auquel vous debvez l'obéissance comme estant vostre souverain seigneur. Ce debvoir luy est rendu de beaucoup de villes et de beaucoup de provinces de son royaume.

Celle-cy seulle demeurera en son aveuglement. Je ne scay si j'ose dire que ce soit par crainte, estant trop voisine de nos ennemis naturels, ou que véritablement elle soit empoisonnée de quelque autre venin qui luy eut troublé le jugement. Tant y a que, pour vous en délivrer, je serois bien d'advis qu'après avoir imploré l'aide de Dieu vous faciez comme la ville de Paris a faict ces jours passas. Elle a esté le patron sur lequel vous avez dressé et poursuivi les partialités où nous sommes depuis six ans; elle recognoist maintenant son erreur et ne l'a sceu mieux réparer qu'en recevant le roy dans ses portes. Comme donc, à l'imitation de ses fautes, vous avez encouru beaucoup de blasmes et avez souffert des misères infinies, vous debvez aussy, en suivant le bon exemple que elle vous donne, estre participants des honneurs, des louanges et des profits infinis dont elle jouira et dont jouissent celles qui se sont recogneues auparavant. C'est le moyen aussy de vous délivrer des orages de vos voisins , si d'aventure vous en avez quelqu'un qui vous en peut donner, car Dieu, qui va poursuivant le bien de nostre délivrance de la tyrannie espagnole, n'a point racourcy sa main depuis qu'il a commencé ce bel ouvrage, mais, au contraire, il va alongeant celle de vostre roy pour la ruine de ceux qui se voudront opposer à sa légitime domination. Les effects miraculeux qu'il a faict depuis que, par son Saint-Esprit, le roy a cogneu la vérité de la religion catholique, apostolique et romaine, vous font bien juger au vray que c'est la seule puissance divine qui nous faict ce bien, et cela me faict espérer qu'à la prière que je vous en fais, vous n'aurez le déshonneur d'estre les derniers pour jouir des biens que vous en pouvez justement attendre, et que ne donnerez subjet à ceux qui se rendent près de Sa Majesté de vous estimer par trop entiers en vostre opinion : mais bien plustost leur ferez-vous cognoistre que vous estes aussi prompts à laisser le mal comme vous avez esté soudains à l'embrasser. Je vous supplie donc et vous convie, par vostre liberté mesme qui se va perdant si vous n'y donnez ordre, que, comme je fais mon

debvoir de vous en advertir, vous facicz le vostrc de me croire, et vous asseure que je ne seray pas inoins fougueux à vous favoriser de mes moyens, de ma personne propre et de tout ce qui en dépendra pour vous retirer de ce mauvais chemin où vous êtes que je le suis à vous en montrer l'issue, comme très-désireux que je suis, en me croyant (l), que vous m'estimiez pour celuy qui désire demeurer à jamais, Messieurs, vostre entièrement et plus affectionné amy à vous servir. Henry d'Orléans, — Et à costé est écrit : A Sainct-Quentin, ce XXVIe mars M.D.XCIIII. — Et sur le dos : A Messieurs, Messieurs les maieur, eschevins, manans et habitans d'Abbeville. »

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