‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594 (volume 4)Chapitre 12 sur 19 · LETTRE DE MESSIEURS DE LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

LETTRE DE MESSIEURS DE LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS

a Messieurs, Dieu nous ayant faict la grâce d'avoir maintenant le roy en nostre ville, lequel nous a receu avec tant de doulceur et clémence que c'est chose admirable de voir le repos et tranquillité qui est entre nos citoyens, nous avons pensé estre de nostre debvoir de vous en donner avis en attendant que peussiez entendre ce que la Cour advisera d'ordonner pour le bien général du royaume et pour le service du roy, et pouvez vous asseurer que la Cour procurera par tous moyens de luy faire rendre obéissance par tous les subjects du royaume, comme cela estant de nostre debvoir, et le roy l'attendant de nous.- Vous aviserez à nostre exemple de vous y disposer des premiers, et vous croirez que ce qui s'est passé en nostre ville a esté auctorisé et approuvé non seullement par la Cour, mais aussi par Mr le maréchal de Brissac, qui l'a dignement et dextrement exécuté, assisté de M" les prevost des marchands et eschevins de nostre ville, pour vous dire en un mut que tous les ordres et le général de tous les habitans y ont apporté consentement. Et comme la joye en

il) Transposition de mots. Le sens est: que vous m'estimiez, en me croyant, pour celuy, etc.

a esté grande et publicque, tenez pour certain que les déportemens du roy envers nous sont encore plus admirables et pleins de bonté et doulceur. Nous nous promettons que cette semonce et admonition que nous vous faisons aura tel effect qu'il ne sera besoin d'autre recharge. Vostre province a tousjonrs esté trèslidèle à nos roys et fort vigilante pour ne souffrir aucune entreprise par les estrangers. C'est chose à quoy debvez prendre garde et vous prions d'y veiller, et vous vous asseurerez de la bienveillance de la Cour, tant en général que pour les particuliers de vostre ville. Et attendant prions Dieu, Messieurs, vous maintenir et garder en paix et tranquilité. — A Paris, en Parlement, soubs le signet d'iceluy, le XXX mars M.D.XCIV. — Et en bas: Les gens tenans le Parlement du roy, du Tillet. — Et au dos : A Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. *

LETTRE DE MESSIEURS LES PREVOST DES MARCHANDS ET ÉCHEVINS DE LA VILLE DE PARIS.

« Messieurs, vous vous souvenez assez du subject qui nous meut à nous unir tous ensemble, non autre pour nostre regard, que la conservation de nostre religion saincte et soulagement de nostre patrie. Nos vœux n'ont rien désiré de plus oultre, et si quelque autre secret dessein se glissoit dès lors au cœur de ceux qui nous commandoient, Dieu et les hommes scavent et nos propres ruines tesmoignent si nous en estions cousentans. Nous les avons supportées avec patience tant que la cause a duré, désireux néantmoins de la veoir finir en France remise en soy mesme : d'autant plus que par elle (l) et par ses voisins nous la voyions déchirée. Nous avions tousjours nos yeux tenus sur le roy; nos prières à Dieu regardoient sa personne, et son- Ci) D'autant plus que nous voyions la France déchirée par elle-même et par ses voisins.

gions assez que tout autre but que sa conversion à l'église et ia recognoissance de ses subjects ne pouvoit guarir cest Estât. Mais, ayans esté ex3ulcés par la bonté divine, nous nous trouvasmes entre respérancc et la crainte. La tresve d'une pactionité à ia raison sembloit nous conduire à l'un; la royauté proposée par la fraude des Espagnols, le besoin que nos chefs avoient d'eux et leurs invétérés desseius à l'invasion du royaume nous faisoient craindre et abhorrer l'autre. Néantmoins la tresve tant de fois prolongée par la bonté du roy, les conseils fréquents des principaux de nostre Union, le jugement des sages, les advis du Parlement, nos supplications ordinaires maintenoient nostre raisonnable attente et nous empeschoient de songer autrement à nous. Enlin, les choses trop descouvertes, voyans les voyages à Rome et en Espagne ne fonder que troubles et ouvertures d'ambition, les traités avec Sa Majesté rompus, ceux qui, entre nous, pénétroienl plus avant les affaires prendre résolution de servir leur roy, Monsieur de Mayenne partir d'icy avec promesse aux Espagnols d'y jeter mil soldats des leurs, qu'il les advançoit par six ou sept despêches pour nous asservir, que leur dessin (1) ne regardoitque leurs prétentions, et (comme ils advouoient) les droits qu'ils prétendoient pour leur infante; qu'ils se vouloient saisir de nos villes pour, en tous cas, advantageusement traitter avec le roy et laisser les François derrière; que le pape n'a différé pour un temps sa bénédiction sur la personne du roy que pour donner loisir à nos chefs d'estre sages et rentrer d'eux-mesmes en leur debvoir avec leur propre contentement ; voyans le roy sacrer avec les sermens ordinaires où il a obligé sa personne et son sceptre à tout ce que doibvent nos roys ; voyans les prélats (qui sont les vrais corps de l'église gallicane) nous induire à son obéissance, nostre propre évesque, nostre primat, nos cardinaux; voyans que nous avions eslevé Mr de Mayenne jusques à la tenue des estats et que le Parlement avoit

(1) Le dessein des Espagnols.

ordonné seullement jusques là de le recongnoistre; que, par un miracle de Dieu, après avoir esté assemblés, ils sont disparus à riieureuse conversion de Sa Majesté; que, par ainsy, toute l'apparence d'obligation venoit à cesser; voyans que la bouche des propres Espagnols, [organe?] de la raison et de la nécessité, confessoit qu'un roy fïauçois nous estoit nécessaire ; nous nous sommes retournés à Dieu, tousjours protecteur de ceste bonne ville où, humbles et pénitens, nous l'avons invoqué; nous avons prié les saincts apôtres de France ; l'on a descendu les corps de S. Marcel et de Ste Géneviesve, tutélaires et patrons de Paris ; les reliques de nos glorieux saincts ont esté excitées pour les rendre médiateurs de nostre salut; et enfin, consultés avec Dieu, addressés par tant de paternelles sanctilications , nous nous addressâmes à Mr le marcschal de Brissac, nostre gouverneur, qui, meu de nos mesmes raisons, ayant pénétré nos affaires t nos dangers encore plus avant que nous-mesmes, estoit tout disposé à nostre salut. Il envoya donc vers Sa Majesté pour obtenir de sa royale et tousjcurs paternelle main ce qui nous estoit nécessaire, où il trouva tant de grâces, de bénignité et de douceur, qu'il ne doubta point, avec nostre prevost des marchands et aucuns de nos eschevins, de luy ouvrir les portes et recevoir son armée qui, terrible aux estrangers, gracieuse aux François, fut receue du peuple sans crainte, avec toute bénédiction et chants de triomphe, les boutiques ouvertes à la face des armes et d^s soldats. La foule de nos habitans passoit sans respect et sans crainte au travers des troupes pour chercher et voir leur roy. L'ayans trouvé une fois, les tourbes (i) innombrables de monde ne les [le] quittèrent plus. Il s'en alla droit à l'église cathédrale, plein de l'entière confidence de ses subjects. Les cris de respect et de joye alloient jusques au ciel, et les vouttes de l'église sembloient fendre d'allégresse. Bref, ceste journée, toute resjouissante de la faveur de la gloire de Dieu, ne

(1) Foule».

fut bornée que de son amour, de sa crainte et de la bonté naturelle et incomparable du roy. Les estrangers sans défense [?] n'ont servi que d'un obéissant trophée au triomphe de Sa Majesté qui, par moment et par heures, nous faiet fecognoistre sa bonté incroyable, vivant parmi nous conrne avec ses vrais et plus naturels en fans. Il nous a restabli le Parlement, Chambre des Comptes et autres Justices; il a confirmé tous nos droits, privilèges, coutumes, avantages, biens et possessions. Tous ceux qui se sont voulus retirer ont esté conduits seurement, et ce qu'ils laissent de leurs biens conservé. Il a pardonné à tous et mesme à ceux qui ont conspiré contre sa propre personne. Bref, la louange et les bontés de ce prince, l'auctorité qu'il a sur tous les siens, l'amour qu'on luy porte, les grâces dont il est chéry de Dieu, sont choses si rares et désirables d'estre cogneues que nous nous sentirions coulpables d'un très-grand crime si nous ne vous en donnions advis et ne vous prions [priions], comme nous faisons d'une vraye amour fraternelle, par le propre salut de nostre Religion (que ce prince embrasse et veult servir de sa vie), par vostre propre salut et l'amour de nostre patrie, par l'union mutuelle qui s'est gardée entre nous, d'embrasser son service, racheter vostre liberté, ne vous laisser asservir par des garnisons, par des citadelles, par l'ambition d'autruy. Le roy ne veult que son héritage, y faire louer, honorer et craindre le nom de Dieu, laisser les villes libres, en esloigner les garnisons, rendre le salut, la vie, la liberté, l'asseurance et la franchise à la Fiance. Pour ce, Messieurs, faictes comme nous et ne trouvez estrange si nous ne vous avons advertis de nostre dessein afin de rentrer ensemble en nostre debvoir : mais jugez que la tyrannie espagnole nous fermait la bouche et nous ostoit nostre liberté. Maintenant ayans, par la grâce de Dieu, la bonne fortune et bonté du roy, trouvé l'une et l'autre, nous vous faisons part de nostre bonheur et de nos conseils que nous vous prions recevoir et suivre, nous faisans amplement scavoir (1) vos

(1) Il faut comprendre dans cette phrase que les echevins de Paris prient

bonnes résolutions et nouvelles, priant Dieu, Messieurs, vous donner heureuse et longue vie. A Paris, le XXX et pénultiesme mars M.D.XCI1II; et en bas: Vos confrères, serviteurs et amys les prevost des marchands et eschevins de ladite ville, Lhuillier, Langlois, Norot [?], Pichonnat et autres; et au dos : A Messieurs Messieurs les maire et eschevins d'Abbeville. »

L'incendie de l'hôtel - de-ville de Paris rend plus précieux sans doute ces extraits de nos registres.

les échevins d'Abbeville de suivre leurs conseils et de leur faire savoir amplement leurs résolutions. 11» reviennent ensuite à eux-mêmes par le mot : priant Dieu, etc.

RECTIFICATIONS ET NOTES

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