SIEGE DE RLE. — SIEGE ET PRISE DE SAL\T- VALERY
Les détails nous manquent sur le siège de Rue, mais la place fut si vigoureusement défendue par Rubempré que Mânsfeld dut croire bientôt de son honneur de se raccrocher au second vœu des habitants d'Abbeville et de prendre une revanche sur Saint-Valéry.
On voit, par une délibération du 29 juin (1), que
(l) « Du XXIX0 jour de juing 1593., Jehan Griffon, argentier de la ville, ayant refusé de recevoir de quatre sergeaus royaulx la somnit1 de cent cincquante escus provenant de l'exécution par eulx faicte à la requeste du procureur de la ville sur Me Alexandre Gaillard, cy-devant commis à la recepte des nouveaulx imposts, pour uue année et demie de rente deube à lad. ville sur lcsd. imposts escheus au XXilP aoust Ve IlII" XII , pour empioier îesd. deniers en la confection du pain pour la munition de l'armée de Msr le comte de Manchefer estant de présent devant Saiuct-Waîlery, ladicte munition ne se poeult continuer, mesme
q*ie sur la poursuite faicte par les sieurs , commissaires
des vivres pour M' de Rossieulx, et lettres de W de Rossieuix receues cejourd'huy afiin d'accélérer la livraison de pain, led. Griffon, mandé par lesd. sergeans (royaulx), a faict récit, comme ils ont présentement rapporté, qu'il ne bailleroit led. acquit et
Mansfeld est « de présent devant Saint-Valéry. » Il est question de deniers qui doivent payer la confection de pains pour son armée. La délibération du 29 juin nous montre d'ailleurs de grandes difficultés en l'Echevinage pour quelques faits de finances. L'argentier de l'année,
qu'il n'avoit que faire de retourner en sa maison (1), d'aultant que eulx partis, ils ne le trouveroient plus. » Après avoir mis le fait en délibération en la présence d'un des commissaires des vivres <> et aultres poursuivans la dellivrance desd. munitions, » l'Echevinage décide ainsi : « attendu que led. Griffon a ja receu l'ordonnance de recepvoir lad. somme comme deniers apparteoaus à la ville et quy doibvent tomber entre ses mains, qu'il nous a promis d'en bailler l'acquit, etc., led. Griffon baillera dans le jour son acquit d'icelle somme de cent cinequante escus aud. Gaillard ou ausd. sergeans exécutteurs pour la mettre h l'instant es mains du sieur Dachery (entrepreneur de la fourniture des vivres pour la ville), et qu'à faute de ce faire, etc., contraincte sur ses biens et emprisonnement, « attendu la conséquence de la matière. »
L'affaire se représente le lendemain entre plusieurs autres rapportées dans notre texte supérieur.
Ce lendemain, XXX juin, au milieu de la réunion échevinale, on vient annoncer à l'assemblée que, « quelques dilligenees quy se soient faictes de recouvrer de la personne de Jehan Griffon, argentier de la ville, pour bailler quittance de la somme de cl escus à Me Alexandre Gaillard, etc., il n'y a eu moien de le faire comparoir céans. » Les sergents n'ont pu le trouver chez lui; on a répondu à leur demande qu'on ne savait où il était. La nécessité exige cependant qu'on fasse arriver lad. somme entre les mains de Mr Jehan Tillette, sieur d'Achery, pour la fourniture des munitions et vivres, « pour crainte que, faute de cette fourniture, il n'advienne désordre et inconvénient à l'armée. » On décide que « pour les refuictes et subterfuges dud. Griffon, argentier , lad. somme sera mise entre les mains dud. Tillette
(1) Je copie exactement. La rédaction n'est pas claire. Je comprendrais mieux si je pouvais lire: qu'ils n'avoient que faire, etc.
Jehan Griffon, a refusé de recevoir une somme perçue à la requête d'Alexandre Gaillard, ei-devant commis à la recette « des nouveaux impôts, » somme destinée par l'Echevinage au service des fournitures nécessaires au comte de Mansfeld. Jehan Griffon n'entend pas que les deniers passent par ses mains et l'obligent à reconnaître le trajet par sa signature. La somme était due pour des rentes échues avant qu'il fût en charge ; il repousse obstinément la responsabilité. Il fuit sa maison et disparaît pour se soustraire aux mises en demeure de donner la quittance. L'Echevinage décide que la somme sera néanmoins versée entre les mains de l'entrepreneur des fournitures concédées au comte, et que Griffon, activement poursuivi, sera contraint à donner quittance « par emprisonnement de sa personne et saisie de ses biens. » L'affaire s'arrange peu après. Griffon recevra la -somme que les sergeans royaux ont perçue à la requête d'Alexandre Gaillard et en donnera acquit. Les délibérations de FEchevinage et quelques articles du registre des argentiers (1) établissent que Mansfeld
quy on baillera quittance auscL sergeans pour leur valloir comme
celle, dud. argentier, etc et, au surplus, a este ordonne
que led. Griffon sera, d'abondant, poursuivy pour donner ia quittance à la dilligence dud. Tillette, procureur iiscal, et, à ceste fin, il y sera contrai net par emprisonnement de sa personne et saisie de ses biens. » L'argentier Griffon se présente alors et expos-1 ses raisons: la somme était due pour des rentes échues avant qu'il fût en charge, etc. L'affaire s'arrange à peu près, mais Griffon recevra la somme des mains des sergents et en donnera acquit.
(1) « A Pierre Michault, la somme de soixante-quinze escus, pour trois baricques de vin de luy achettées, et desquelles présent aurait esté faict au comte Charles quy avoit siégé Sainctiii »
poursuivait simultanément les sièges de Rue et de Saint- Valery. Les détails sont plus nombreux, du moins dans le registre aux comptes, pour le siège de Saint- Valéry que pour le siège de Rue. Nous voyons seulement dans la délibération du 2 juillet et par une ordonnance de compte du lendemain , qu'en ces premiers jours du
Vallery et aux et cappitaines estans en son armée,
suivant la dellibeïation pour ce l'aie te aud. Eschevinnge le vingtsixiesme jour de juing dud. an 1U1"I1I, cy rendue avec l'ordonnance duXXVili* dud. mois de juing lxxv"c.
« A Jehan Le Roy et Jehan du Bos, charpentiers, Jacques Quennemont et aultres, pour avoir suivy le canon aud. siège de Sainct-Vallery faict par led. comte Charles, la somme de treize escus; ordonnance dud. XXIIIe juing, cy ....... xmesc.
« A Nicolas Troulle, huict escus vingt-cinq sols, pour la nourriture de quelques chevaulx et chartiers arrestés pour servir aud. siège; ordonnance du vingt-neuOesme dud. mois
de juing, cy. VIIlP,c xx>-
« A trois couvreurs de thuilles, quatre escus vingt sols, pour eschelles par eulx vendues pour fournir aud. siège; ordonnance du XXX8 juing, cy ime5C xx\
« A Nicolas Fuzellier, la somme de quatre escus, pour avoir esté, durant led. siège, à Mantes et Meuilain [?] pour congnoistre les deportemens de Tennemy, comme apert par ordonnance du
dernier jour dud. mois de juing, cy un"'.
« A un certain nombre de manouvriers, douze escus trentesix sols, pour voiages, ouvrages et vaccations par eulx faictes aud. siège, tant durant qu'après iceîluy; ordonnance du dernier
jour de juing, cy xir° xxxvi9.
« A plusieurs gribenniers, la somme de six escus quarante sols, pour avoir passé, par deux divers jours, les compagnies d'infanterie dud. comte de Mensfel par dehors lad. ville pour aller aud. siège de Sainct-Vallery; ordonnance dud. dernier jour
de juing, cy • • • • VI',C II**
« A Simon Sauvage, Jehan de la Motte et six aultres charpentiers envoies aud. siège de Sainct-Vallery pour y travailler de leur mestier, la somme de seize escus pour trois jours qu'ils
mois Mansfeld était en personne devant Rue, et que, pour diriger les opérations contre cette place, il avait établi son quartier général à Forestmontiers. Les comptes nous font saisir, au contraire, toute l'activité, tout le bruit, tout le va-et-vient du siège de Saint-Yalery : passage des compagnies d'infanterie de jlansfeld sur des gribannes,
auroient travaillé, à raison de quarante sols par jour; ordonnance du dernier jour de juing, cy xvi"c.
« A Jehan Delf, maistre du Cerf de lad. ville, la somme de cinq escus sept sols six deniers, pour la despence faicte en sa maison par le prevost de L'armée du comte Charles; ordonnance du premier jour de juillet, cy v"c vu* vid.
« A plusieurs gribennicrs, neuf escus, pour avoir mené et ramené', avec leurs gribennes, plusieurs munitions aud. siège ; ordonnance du premier jour de juillet, cy ix"c.
« A d'autres, pour même cause, trois escus trente sols ; ordonnance du 2 juillet iii"c xxx8.
« A Jehan Leroy et Jehan Dupuis , maistres charpentiers , pour avoir conduict quatre canons menés aud. siège, la somme de quatre escus; ordonn. du premier jour de juillet, cy. un**. »
je néglige quelques autres sommes que la ville paie encore en juillet pour des voyages et pour des vacçations que l'argentier rapporte, mais sans explication, au siège de St- Valéry.
« A Nicolas Fuzeltier et Nicolas de la Chastanignères , la somme de douze escus vingt-cinq sols, pour les frais du voiage faict à Forestmontier par trois eschcvins depputtés pour aller vcoir led. comte de Mansfel ; ordonnance du troisiesme jour dud. mois de juillet, cy xncsc xxv\
* A M9 Louis de Dourlens, eschevin, la somme de six escus, pour la despence par luy faicte aud. sie'ge de St-Vallery pour entendre aux munitions envoye'es par lad. ville (d'Abbeville) ; ordonnance du cinquiesmc jour de juillet, cy vr°.
« A Nicolas Dupont, envoyé exprès à Paris vers Monsieur de Maienne, la somme de six escus; ordonnance du septiesme jour de juillet, cy vic,c.
Nicolas de Beauvillé, marinier, demeurant au faubourg de Rouvroy, reçoit six escus pour une cause relative au siège, mais
« par dehors la ville-, * transport de munitions par des gribanniers ; hébergement, à Phôtel du Cerf, du prévôt de Mansfeld ; envoi de canons, de poudre, d'échelles, de bêches, de serpes, de cognées, de pics, de mannes; de charpentiers, de charretiers, de maçons, de manou-
q ui n'est pas dite par l'argentier; « ordonnance du 7 juillet, cy vi"c. »
D'autres gribenniers reçoivent la somme de trois eseus dix sols, pour avoir conduit les massons et charpentiers aud. St- Vallery après la rcprinse d'icelle; ordonnance du huictiesme jour de juillet, cy . . nrc x8.
Deux tonneliers reçoivent quatre escus seize sols, pour avoir fourni et disposé vingt barils où s'est, mise de la pouldre à canon envoiée aud. siège; ordonn. du 12 juillet, cy. imcsc xvr\
Des matelots et manouvriers reçoivent onze escus quarante sols, pour avoir recherché et rapporté à Abbeville, après « la prinse » de St- Valéry, « plusieurs balles (boulets) à canon; » ordonnance du 13 juillet xi"e xiA
Me Loys de Dourlens, eschevin, reçoit neuf escus pour son remboursement des frais du voyage fait par lui et par le procureur de la ville vers le comte de Mansfel, après la prise de Beauquesne; ordonnance du 16 juillet, cy ixï,c.
« A Claude de Vienne et Jehenne Gauduin, futaiiliers, la somme de seize escus, pour douze douzaines de bouteilles de verre couvertes (d'osier sans doute), dans lesquelles auroit esté offert le vin devant mentionné au nom de lad. ville ; ordonnance du 15 juillet, cy xviesc.
« A Anthoine et François Chariot , Jehan Huré et Nicolas Frette , taillandiers, la somme de quatre-vingt-quinze tscus quarante-cinq sols, pour avoir fourny et livré plusieurs louchets, serpes et congnées emploiées aud. siège et reprinse de St-Vallery; ordonn. du seiziesme jour de juillet, cy. . . imXIxv"e xlv\
« A Jehan Darras, serrurier, et Pierre Gorenflos, mareschal, dix- sept escus vingt-trois sols, pour soixante-cinq picqs par eulx fournis , emploies aud. siège ; ordonnance du seize juillet , cy xvne'c xxiii*.
Un manouvricr du nom de Jacques Prévost paraît avoir été le
vriers; de nourriture pour des chevaux; réparations aux affûts et aux roues des canons; voyages d'échevins; prises de renseignements au loin, à Mantes, à Meullain [?]$ expéditions nombreuses de commissionnaires; vin envoyé en présent à Mansfeld; montre ou horloge offerte à un intendant des vivres. — Voyez les notes
commissionnaire de la ville pendant le siège de Saint-Valéry. II reçoit quatre escus quarante sols, pour plusieurs voiages par luy faicts à Forestmontier, Noielles, Auxy, Sainct-Ricquier et ailleurs; ordonnance du 19 juillet. — II reçoit un escu trente sols pour un voiage vers le comte Charles à Bouquemaison ; ordonnance du 30 juillet. — Il reçoit soixante sols pour un autre voyage à Mailly ; ordonnance du 2 août.
« A Jacques Bouffeau, maistre charron, la somme de trenteneuf escus cinquante-deux sols six deniers, pour plusieurs ouvrages par luy faicts de son mestier pour monter de rouages les quatre doubles canons quy auroient esté emploie's à la reprinse de St-Vallery; ordonn. du 20 aoust, cy. . . xxxix"" lu* vid.
« A Nicolas Sauvage, M9 marcschal, quarante escus cinquantedeux sols neuf deniers, pour ferrures par luy fournies et ouvrages par luy faicts aux affûts et rouages desd. quatre canons ; ordonnance du vingliesme jour d'aoust, cy XLese lïis.
« A Jehan Lavernier, futaillier, la somme de sept escus quarante sols, pour avoir fourny et livré plusieurs mandes (mannes) emploiées à porter terre pour emplir les gabions; ordonnance du XXI d'aoust, cy vu"* xl\
« A Nicolas Plantart, M9 orloger, demeurant en lad. ville, la somme de trente-six escus à luy ordonnée pour une montre sonnante de luy achettée, et de laquelle auroit esté faict présent par lad. ville au sieur de Roisseu [?], secrétaire et intendant géuéral des vivres en l'armée pour Monsieur de Maienne, pour les expéditions qu'il auroit faictes pour lad. ville, tant pour la composition du gouvernement, remboursemens des parties deubes à lad. ville pour munitions comme aultrement, et dont appert par dellibération dud. Eschevinage du vingtiesme jour de juillet audict an IIll" treize, ordonnancée du vingt-troisiesme jour d'aoust aud. an, cy xxxvi"0. »
qui courent sous ces pages. Sauf, peut-être, l'envoi de Nicolas Dupont à Paris vers le duc de Mayenne, tout le mouvement représenté par ces extraits se rapporte au siège de Saint-Valéry. Le vin au comte et la montre à l'intendant étaient des marques d'attention gracieuses pour les deux sièges.
Les demandes adressées à Amiens pour des munitions prouvent aussi cette simultanéité des deux sièges (1).
Suivons cependant les réunions de lhôtel-de-ville.
L'Echevinage décide, le XXX juin, «< qu'on enverra au camp de Sainct-Wailery, suivant les lettres de Mr de Bellengiise, ung millier de pouldre à canon des deux milliers cejourd'huy acheptés de Gabriel Seguin (marchand d'Auxy-le-Chasteau) , avec les eschelies et vin quy luy ont esté envoies la nuict passée et qu'il leur sera baillé escorte, et qu'à ceste fin, Jehan Pottier, maistre de l'artillerie en ceste ville, sera mandé, affin d'assister et dellivrer les munitions s'il voit qu'il en soit besoing. »
(1) « Le 1er juillet, le sieur de Berenglise (Bellenglise) demande aux Amiénois de la poudre pour le sie'ge de Saint- Valéry. » — Dom Grenier, paquet XIV, n° 8. — Histoire de cinq villes, Saint- Valery,p. 102.
m Le premier juillet, nous dit de son côté le P. Daire, les habitants d'Abheville demandent à Amiens des poudres pour faire le siège de Saint- Valéry, mais l'Echevinage d'Amiens s'excuse sur la nc'cessité d'arrêter les royalistes qui viennent de piller le village de Camons. Amiens se dispense aussi de contribuer à la démolition de Saint-Valéry comme l'ont demandé ceux d'Abheville par leur lettre du 3 du même mois. » — Histoire d'Amiens, tome V\ p. 313.
11 faudrait confronter, sur ces négociations, les témoignages des deux échevinages d'Abheville et d'Amiens*. .
Mais Jehan Pottier, malgré son titre de maistre de l'artillerie d'Abbeville, chargé d'aller au camp de Saint- Valery, « affin d'avoir le soing de faire ramener (1) le canon et pour dellivrer le milier de pouldre (2), refuse de faire led. voiage. »> Rumeur très-certainement. Le procureur de la ville est oui en ses conclusions et, « en advis de l'assemblée, » led. Pottier est d'abord admonesté par plusieurs fois « pour la conséquence du faict, et, tinablement refusant, a esté dellibéré escheoir en l'amende de cent escus pour laquelle la contraincte a esté encommencée contre luy, et qu'à ceste fin et jusques au plain paiement, il demeurera prisonnier (3), et cependant, affin qu'il n'arrive inconvénient au canon et aultres munitions envoies , qu'il sera depputté ung aultre en son lieu , sans préjudice aux protestations faictes par le procureur de la ville allencontre d'icelluy de tous despens, dommages et intérests dont il a appelle.
(1) J'aurais compris : de faire mener, mais nous voyons dans les dépenses de l'argentier une somme payée, dès le 23 juin, a. des charpentiers et autres qui ont suivi le canon à Saint-Valéry. I! s'agit donc bien, dans !a mission refusée par Pottier, du soin de ramener le canon.
(2) Cette poudre était envoyée à M. de Bellenglise.
(3) L'affaire de l'échevin Pottier reparaît le 12 juillet. Led. Pottier ne faisait estât de se rendre prisonnier à PEchevinage (condition à laquelle il avait été condamné jusqu'au paiement de cent escus). L'Echevinage décide « que led. Pottier sera contrainct et exécutté par touttes voies deubes et raisonnables, sans préjudice à son appel ny aultres appellations ou oppositions quelconques, pour la somme de cent escus, attendu la conséquence de la mattière, le péril et préjudice que pourroient apporter telles difficultés et reffus, et qu'il sera contrainct à faire et exécutter sa charge à l'advenir, à peine arbitraire. »
« Et, instamment, a esté nommé pour faire led. voiage led. de Doullens, eschevin, lequel, après plusieurs excuses , a entreprins ce faire , et luy a esté promis, au cas qu'il soit prisonnier ou qu'il luy arrive inconvénient, qu'il en sera indempné et desdommagé par la ville comme il est accoustumé en pareil cas 5 mesme que, pour son estât de notte (1), rescompense sera donnée à ses enfans au cas qu'il ayt mal. »
On décide que, pour satisfaire à plusieurs menus frais qu'il convient faire pour l'armée de Mr le comte Charles, la somme de cent écus sera mise entre les mains du sieur du Candas, premier échevin.
Je pense que Saint- Valéry était, trois jours après (2), au pouvoir de Mansfeld. Voyez pius loin l'ordonnance donnée par ce général, le 3 juillet, à Forestmontiers, pour le démantèlement de la ville et du château que nous devons certainement supposer pris.
Ici doivent trouver place quelques assertions de Formentin que je ne reproduis qu'avec les plus grandes réserves. Formentin me paraît quelquefois traiter nos annales comme le Tasse traitait l'histoire de Godefroy
(1) Notaire évidemment. Doullens est écrit dans ces délibérations pour Dourlens. Louis de Dourlens figure parmi les auditeurs à Abbeville au moins depuis 1584 jusqu'en 1593. —Voyez les Garde-scel, Auditeurs et Notaires d' Abbeville, 1333-1867.
(2) La ville ou le château tenait encore le 2 juillet, ou la nouvelle de la prise n'arriva que tard à Abbeville (voyez la délibération échevlnale du 2 juillet); mais la délibération du 4 nous apprend que , la veille , trois échevins ont été députés vers Mansfeld « pour le remercier au nom de la ville et le supplier de vouloir continuer la délivrance du pa\s par la prise de Rue. » C'est alors que les délégués lui ont demandé le démantèlement de Saint-Valerv.
de Bouillon. S'il n'y a pas danger pour la poésie à vouloir faire beau, il y a très-grand péril en histoire, pour la vérité, à transporter l'idéal religieux, politique ou patriotique d'an temps dans un autre temps. 11 y a dans l'histoire de Forrnentin , antérieurement de quelques mois à la date où nous sommes, certaine prise d'armes des bourgeois de Saint- Valéry au cri de Vive le roi! qui me paraît fort suspecte. J'ai eu le tort de reproduire le fait autrefois sans trop d'examen (1) et m'en repens. Au dix-huitième siècle, aucun historien — Forrnentin, Devérité, ou l'auteur d'un mémoire sur l'histoire de Rue, Loisel, — ne pouvait admettre que sa ville eût été ligueuse cent cinquante ou deux cents ans auparavant, ou du moins n'eût pas subi une tyrannie odieuse sous laquelle le cri de Vive le roi ! éclatait dès qu'il le pouvait. On ne saurait trop refaire l'histoire avec les correspondances du temps, avec les délibérations mêmes qui montrent les honnêtes bourgeois plus souvent en inquiétudes qu'en emportements, plus prudents qu'aventureux, l'œil à leurs affaires, même lorsqu'ils prennent le mousquet, et ne prenant guères volontiers le mousquet que pour garder leurs murs comme les Abbevillois et se soustraire aux garnisons.
Voici , néanmoins , comment Forrnentin raconte la prise de Saint-Valéry et quelques faits qui suivirent :
« Les assiégés se défendaient avec tant de courage, quoique en petit nombre, qu'après avoir tué bon nombre d'Espagnols et de Flamands, le général ennemi se vit encore trop heureux de leur accorder une capitulation
(i) Histoire de cinq villes et de trois cents villages, etc., Saini- Valery, p. 103.
honorable. Les Espagnols laissèrent partie de leurs bagages en cette ville, avec leurs malades; de là, leur armée, montant à dix mille hommes, se mit en route pour venir passer le pont de ïalance à Abbeville. Les gardes des portes les laissèrent entrer dans cette ville, mèche allumée. Ces troupes étaient déjà au milieu d'Abbeviîle quand le maieur en fut averti-, sa surprise ne fut point petite ; cependant il fut trouver le jeune Mansfeld qui lui lit un accueil gracieux et lui promit de ne rien attenter contre la ville. Il s'acquitta de sa promesse, car ses troupes sortirent aussitôt de la ville qui lui donna un superbe festin où ses principaux officiers furent invités. Cette armée, s'étant rafraîchie quelques jours près de cette ville, prit sa route pour Montreuil et fut prendre Etaples. »
Je dois dire que jusqu'à présent je ne vois rien de tout cela dans nos registres. Au lieu de traverser Abbeville, Mansfeld reçoit à Forestmontiers les envoyés de l'Echevinage le jour même où il apprend sans doute la reddition de Saint-Valéry (4), et rien n'indique qu'il se dispose à prendre le chemin d'Etaples.
Revenons maintenant vers Rue,
Le deuxième jour de juillet, assemblée générale pardevant J. Bernard, lieutenant général, le maieur, le doyen de Saint-Vulfran et des chanoines, etc.
Le lieutenant général expose que « M§r le comte Charles de Mansefeldt, estant es environs de la ville de Rue avecq son armée, se disposant à reprendre lad.
(i) Les nouvelles du siège de Snint-Valery pouvaient et devaient même être apportées de la Ferlé aux abords de Rue, à travers la Somme, en avance sur les nouvelles passant par Abbeville.
ville de Rue et celle de Sainct-Wallery tenans de présent party contraire (1), désiroit estre fourny par ceste ville le nombre de vnm vc pains par chacun jour, pour la nourriture de son armée, durant dix à douze jours qu'elle pourroit estre à ce occupée, oultre ce que lad. ville a cy-devant fourny, ce que led. seigneur auroit f'aict entendre ausd. sieurs maieur et eschevins par Monsieur de Rossieulx , secrétaire d'estat et intendant de ses finances, estant pour le présent en ceste ville (2), quy auroit semblablement certioré la volunté dud. seigneur comte Charles estre telle d'emploier ses forces à la reprise desd. villes de Rue et Sainct-Wallery pour le bien du pais, pourveu que ceste ville s'efforce de faire lad. fourniture de pains, moiennant quoy il àsseuroit icelie de faire bailler bonne assignation pour le remboursement de la somme à quoy se pourront monter lesd. munitions de pains, et, partant, qu'il estoit besoing d'y adviser promptement, parce que cessant cela, led. seigneur ne povoit emploier son armée à l'effect que dessus. »
(1) Ainsi le 2 juillet, dans la journée, ou la ville de Saint-Valéry n'était pas encore prise, ou la nouvelle n'en était pas encore arrivée à Abbeville
(2) La ville contracte envers M. de Rossieulx quelque dette de reconnaissance que L'Eehevinage acquitte la veille même du
i renouvellement de la loi :
« Du XXIIIe jour d'aoust, Pour aucunement recongnoistre Mr de Rossieulx, secrétaire d'estat et intondant général des vivres de France, des services qu'il a faicts pour la ville, il luy sera faict présent d'une orloge de la valeur de xxxvi escus. » — Reg. aux dèlih*, 1592-1593. — Le don figure aussi, bien entendu, au registre de l'argentier. (Voyez plus haut, à la fin des notes relatives aux opérations du siège de Saint-Valéry).
Toute l'assemblée , d'un avis unanime , décide que « pour le bien du pais, la ville fournira lad. quantité de viimv0 pains chacun jour, durant dix à douze jours* "
La ville est obligée, pour subvenir à cette nouvelle charge, de faire publier au rabais, à son de trompe, la fabrication des pains, en demandant aux adjudicataires le prêt à la ville pour six mois et s'engageant au paiement sur tout le bien et revenu de la ville.
Nous assistons aux dernières associations de la ville à des efforts de guerre. En toutes ces conventions avec le comte de Mansfeld et malgré des promesses de remboursement de la part des chefs de la Ligue, il y a bien, du côté de la ville, spontanéité de résolution, engagement libre. On peut donc bien dire qu'Abbeville fait la guerre elle-même, non sans doute en envoyant hors de ses murs un seul homme de ses milices, mais à la façon des républiques italiennes, par des prêts, des avances, des fournitures aux armées qui passent. Le jeune Mansfeld ressemble assez à un condottiere. Abbeville s'allie donc d'elle-même au général étranger allié de la Ligue, et, une fois dans cette voie, s'y obstine, tient bon. C'est elle qui encourage le général espagnol et l'excite à certaines mesures. 11 faut qu'un voisinage inquiétant disparaisse à Rue; il ne faut pas qu'il se rétablisse à Saint-Valéry.
Les échevins du Candas, Briet et Doullens ont été" envoyés, le S juillet, vers Mr le comte Charles pour le remercier au nom de la ville et le supplier de vouloir continuer la délivrance du pays par la prise de Rue et d'autres places occupées par l'ennemi, pour le supplier encore de bien vouloir mettre , par démolition , par
démantèlement ou autrement, la ville de Saint-Valéry et le château •♦ en tel estât que l'ennemy ne s'en puisse plus emparer et, de celte position, ruiner le pays. » Ils rapportent le lendemain (4 juillet) une ordonnance dud. seigneur comte du IIIe jour de ce mois et conforme au vœu exprimé. Telle était la teneur de l'ordonnance:
« D'aultant qu'il convient au service de la saincte Ligue et au bien de la province de Picardie et des circonvoisins de la ville de Sainct-Wallery que lad. ville et chasteau soit desraolie et ruynée pour empescher les excursions et courses des soldards de la garnison que des deux partys qu'on y a mis par cy-devant, Avons ordonné et consenty, comme ordonnons et consentons par ceste (1), que lad. ville et chasteau de Sainct-Wallery soit desmolie et abastue pour empescher tels desordres et obvier que l'ennemy n'y loge plus au détriment du povre poeuple. — Faict au camp de Forestmontier, le IIIe juillet 1593..— Signé en bas : Charles de Manchefer (2) ; et au costé est apposé le cachet dud. seigneur. »
Les envoyés rapportaient aussi des lettres envoyées du camp de Forestmontier à Msr de Mayenne et à Msr d'Aumale, « affin d'y interposer leur auctorité. »
La ville décide donc qu'elle écrira de son côté à nosdits seigneurs. — Délibération du IIHQ jour de juillet
Le siège de Rue traîne. Rien ne prouve que l'armée assiégeante fasse de grands progrès, au contraire.
14 juillet 1593. — Le matin, le sieur Cuignons (3),
(1) Présente sans doute.
(2) Je lis encore ainsi du moins.
(3) C'est ainsi que je lis. Ne pourrait-on rapprocher ce noir, de celui d'une famille Quignon domiciliée depuis à Abbeville, du moulin Quignon, etc.?
commissaire des vivres de l'armée de M«r le comte Charles, vient trouver le maieur. Il est chargé par M. de Rossieulx, dont il apporte des lettres, de prier la ville de continuer la fourniture des pains pour trois ou quatre jours. — Dans la réunion échevinale convoquée pour décider sur ce point , le procureur de la ville (1) rapporte que le comte Charles, vers lequel il a été la veille député, lui a « de rechef protesté qu'il est encores en sa première résolution de reprendre la ville de Rue, et n'esloingnera ses quartiers jusques à ce qu'il aura ce faict. « — La réunion décide que Ton continuera la fourniture « jusques à vendredy prochain (on était au mercredi), suivant le marché et adjudication quy en a esté faicte au rabais à Mrs Philippe Deîestoille et Elloy Tillette , sieur de Brancourt, ausquels sera nottiffiée la présente deilibération. »
Le \o juillet, assemblée au son des cloches. Cinq pages blanches dans le registre attendent encore le procèsverbal de cette réunion.
Je ne vois pas, dans nos registres, d'opinion émise vers ce temps chez nous, ainsi que cela eut lieu à Amiens, sur l'élection du duc de Guise comme roi.
Le XXIe jour de juillet, une simple assemblée échevinale reçoit une communication importante.
Le maieur expose qu'il a reçu la veille des lettres de Monsieur de Caumartin du XVIIe de ce mois, par lesquelles ledit sieur « mande avoir esté envoyé par le roy de Navarre affin de nous apporter quelque lettre de sa part et faire entendre, qu'il dict debvoir estre
(I) Tillette.
agréable comme estant désirée ()) pour le bien du pays, et, qu'à ceste fin, désiroit qu'il luy fut envoyé passeport, afiin de venir icy en seureté pour exposer sa crédence. » — La réunion décide qu'on répondra aud. sieur de Gaumartin « qu'encores que désirions, après l'honneur de Dieu et conservation de nostre relligion, le bien et repos du pays, touttelois ne povons luy bailler le passeport et seuretté qu'il désire ny l'entendre et conférer avecq luy que n'en aions donné advis et eu permission de nos supérieurs , ausquels nous en escriprons à cest effect. »
C'est vers ce temps sans doute, mais je ne puis préciser encore , que le siège de Rue fut levé par Mansfeld (*2). Le séjour du général étranger dans le Ponthieu, ses deux entreprises, l'une heureuse, l'autre malheureuse, contre Saint-Valéry et Rue, avaient pesé financièrement sur notre ville. Quelques mois plus tard, en l'année échevinale suivante, nous voyons, dans une délibération du XXIX novembre 4593, que la ville a précédemment fourni « pour la nourriture de l'armée du comte Charles, lorsqu'il a séjourné dans ces quartiers et qu'il a reprins la ville de Sainct-Wallery , jusques à la somme de cincq mil escus, pour le remboursement de laquelle il est besoing d'adviser. — Le sieur d'Àchery (Tillette) s'acheminera en la ville de Paris, où est Mr de Rossieulx, aftin de poursuivre l'assignation du remboursement de lad. somme. »
(1) Quelle proposition? Les scribes de l'Echevinage abusent ainsi souvent des sous-entendus. Les idées du temps pouvaient être nettes; la langue n'est pas toujours claire.
(2) Nulle trace, en aucun lieu de nos registres, du passage de Mansfeld à travers ia ville mentionné et dramatisé par Forment in.
Le 25 juillet a lieu l'abjuration de Henri IV. C'est une date qui fait osciller le fléau de la balance dans l'histoire de ces troubles. De grands changements vont s'accuser bientôt dans la force relative des partis.
Le maieur a reçu, le 6 août au soir, les articles de la trêve (1). 11 les communique le lendemain à l'Echevinage avec les lettres de M?r de Mayenne et de M§r d'Aumale. La trêve sera publiée à son de trompe. — Délib. du VII août 1593.
Cette trêve n'établit pas complètement la paix autour d'Àbbeville, du moins du côté de Rue (2).
(1) Il s'agit de la trêve de trois mois, signe'e à la Villette le 31 juillet, entre le roi et la Ligue. Par cette trêve, le roi désirait donner temps à sa conversion d'agir sur les catholiques , Mayenne rendre vaine les menées espagnoles en faveur de l'infante. Cette trêve, dit Waignart, « fut publiée à Paris le premier d'août, et huit jours après en les villes d'Amiens, Abbeville et antres. Elle donna moyen aux peuples de gouster la liberté des champs et la douceur de la paix. »
(2) Et peut-être du côté de Saint-Valéry; mais, ici encore, je suis forcé de citer Formentin avec la prudence que j'ai reconnue trop nécessaire :
« Quelques jours après la rentrée des Espngnols en Flandres, dit cet historien, les bourgeois de Saint-Valéry avertirent Ruhempré que leur garnison ne faisoit pas une garde exacte. A cette nouvelle, il passe le gué de Blanquetaque durant la nuit, et, au point du jour, il paroit en bataille à la vue de la place ; à l'instant la bourgeoisie prend les armes, s'empare d'une porte par laquelle les troupes royales sont introduites; la g.irnison espagnole fut faite prisonnière, et le bagage de l'armée du jeune Mansfeld fut pillé. » Ce qui suit dans Formentin est complètement faux, et le serait simplement même chronologiquement. Je suis heureux de faire cette constation ici, ayant reproduit les assertions de Formentin, en lui en laissant avec soin la responsabilité,
Les bruits de guerre, les nouvelles de rapines occupent encore l'assemblée générale du XVIIe jour d'août. La garnison de Rue vient, dit-on, « jusques aux portes et barrières, arrester tous les vivres et marchandises arrivans en icelle (à Àbbeville) pour contraindre d'aller acquitter aud. lieu de Hue. » — Autre fait : la veille, « aucuns de la garnison de Doullens retournèrent et emmenèrent prisonnier ung marchant qui conduisoit de la marchandise en ceste ville, fautte d'avoir acquitté aud. lieu de Doullens, chose inaudite. •» — On décide qu'on enverra deux hommes à Rue, vers le sieur de Rubempré, afin de savoir son intention sur l'exécution de la trêve ou s'il entend que ses gens « facent les arrests et exactions , pourquoy faire seront dressés mémoires pour ceulx de Doullens et aultres de nostre party (1) quy continuent d'arrester ce quy vient en ceste ville. » On en informera pour en faire plainte à M§r de Mayenne et à M§r d'Aumale.
En cette même assemblée générale du XVIIe jour d'août, une autre question importante est traitée pardevant J. Bernard, C. Manessier, des chanoines, etc.
Pour perpétuer les impôts, dit-on, ■ mis en ceste province à raison des troubles pour un an seulement,
il est vrai, dans YHistoire de cinq villes et trois cents villages, etc., Saint- Valéry, p. 104.
En cette histoire, les événements qui inte'resscnt Saint- Valéry sont toujours ceux qui nie donnent le plus de tracas. Le 19 août, les habitants de cette ville si souvent prise et reprise, demanderont la permission de rester neutres. » — Le P. Daire, Histoire d'Amiens.
(t) Allusion peut-être à Griboval et à la garnison de Pontde-Remy.
Messieurs les généraulx voeullent oster toutte la congnoissance desd. imposts aux communaultés qui les ont mis sus pour un an seulement et les voullant faire recepvoir par leurs recepveurs ordinaires des tailles et aides contre le règlement accordé entre les communaultés lors de l'establissement d'iceux. » Il y a pis, « la garnison estant à Sainct-Wallery a commencé à les recepvoir aud. lieu, pervertissant le règlement. » Le bruit court cependant que ceux de Beauvais et autres villes ont mis bas les impositions « par eulx mises sus, pour leur liberté. » — On décide qu'il sera délibéré sur cette question « par les chambres. » Pendant cette discussion, M. de Maupin pourra revenir de rassemblée des estats, et Ton pourra prendre de lui quelques informations « sur plusieurs particularités à ce propos. »
Le lendemain, XVIIIe jour d'août, assemblée nombreuse, mais à une cloche.
M. de Maupin est de retour; il fait un rapport de sa mission de député en l'assemblée des estats pour le comté de Ponthieu -, il a déposé sur le bureau les « lettres de l'union du gouvernement de ceste ville à l'Eschevinaige, » lettres revêtues (un peu par ses soins) de toutes les formalités qui leur donnent force.
FAITS DIVERS
Un oubli. — Encore les sièges de Rue et de Saint-Valéry. — Les habitants de Saint-Valéry réfugiés à Abbeville. — Extraits des comptes, recette extraordinaire. — Argent emprunté par la ville pour la solde des gens de guerre. — Témoignages d'un registre des trésoriers de France sur la jouissance des biens détenus par les deux partis.— Le collège. — Entretien
•Jcs régents — Nomination d'un principal. — Sollicitations diverses du principal et des régents. — La justice municipale exercée sur les troupes logées dans la ville. — La milice ecclésiastique suivant Formentin. — Le saigneur des pestiférés.
Je dois d'abord réparer un oubli en rejetant cidessous (1) quelques extraits des comptes qui regardent le siège et la prise de Saint-Valéry par le duc d'Aumale en octobre-novembre 4592, extraits qui sont à rapprocher de ceux qui courent plus haut sous les pages 15-20.
(1) « Quatre escus quarante-cinq sols payés a. Jacques Briet, eschevin, commis avec ledict deffunct du Candas pour la vériflication des frais du siège et prinse de Sainet-Vallery, signée dud. Bnet, datée du sixiesme jour de novembre Ve quatrevingt et douze, cy mr,c xlv*.
« A Anthoine Le Sueur, Jacques Darras et aultres matelots en nombre de douze, la somme de deux escus, pour avoir esté au Crotoy afiîu de fortiffier (de servir de renfort) et entrer dans la gribenne y estant esquipée en guerre; paiement du dixneufiesme jour de novembre mil Ve quatre-vingt et douze, cy ii«".
« A Pierre Bocquillon , maistre des broutiers de lad. ville (d'Abbeville), la somme de six escus, pour voitures et aultres vaccations par eulx faictes pour raison dud. siège (de Sainl- Valery), dont apert par acquit du vingtiesme jour du mois de novembre, cy vi"c.
« A l'église de Sainct-André en lad. ville (d'Abbeville) , la somme de trois escus, pour huict eschelles prinses en lad. église pour servir à lad. entreprinse ; quittance du dernier jour de novembre, cy m"*. »
Je néglige un assez grand nombre de paiements faits à des hôteliers pour nourriture de chevaux et des charretiers employés pour le siège de Saint- Valéry. — Les quittances de ces paiements sont datées du dernier jour de novembre et du premier jour de décembre.
« A Pierre de Ribeaucourt, marchant tanneur, la somme de
Je dois dire aussi qu'il est plusieurs fois question, dans les registres du bureau des finances d'Amiens, des frais faits par i'Echevinage d'Abbevillc pour les sièges de Rue et de Saint-Valéry, mais je ne puis mieux faire que de rassembler ici les quelques notes tirées de ces registres par Dom Grenier:
Rue. — « Dans une expédition du 23 avril 1593, il est fait mention du remplacement des frais faits pour le siège de Rue, pris sur les nouveaux imposts, qu'il sera besoin de remplacer par une nouvelle levée. » — Dom Grenier, t. C, /^ 521.
Rue et Saixt-Yalery. — « Le 14 mai 1593, il est fait mention de frais faits par les maieurs et eschevins d'Abbeville pour les sièges de Rue et de Saint-Valéry. » - Ibid.
Saixt-Valery. — « Les habitants de Saint-Valéry , réfugiés à Abbeville, demandent au bureau des finances
deux escus cinquante-huict sois six deniers, pour poil par Iuy livré pour ledict siège (de St-Valery); quittance du quatriesme
jour du mois de décembre, cy n"c Lvin" vr\
« A Pierre Gorenflos, mareschal, trois escus, pour des picqs employés au siège de Sainct-Vaiery ; quittance du dernier jour
de décembre, cy ni'".
« A Jehan Becquin , laboureur, demeurant à Mouflières, la somme de quatre escus, pour la valleur d'une charrette de luy prinse et employée pour led. siège, laquelle auroit esté perdue; quittance dud. Becquin du cinquiesme jour de février 1593,
cy """'•
" « A Jacques du Candas, la somme de cinquante-huict escus quarante-cinq sols qu'il auroit maintenu et montré Iuy estre deube pour plusieurs voiages faicts durant les sièges de Foresmontier (sic) et Sainct-Vallery, tant pour la prinse que pour le secours, et dont apert par ung brevet arresté le dixiesme jour de février Ve quatre-vingt-treize, cy LViir" xlV. »
d'Amiens qu'en ampliation de Pavis déjà donné , ils veuillent déclarer qu'il convient de les descharger à perpétuité de toutes tailles, taillon, etc. L'avis, qui est du 2 août, est en partie favorable. » — Ibid. , f° 522.
Je rejetterai ensuite, en ce dernier chapitre des faits divers, quelques extraits intéressant les finances de la ville qui n'ont pu se ranger spécialement en tel ou tel mois de l'année échevinale ; ainsi cette recette extraordinaire qui (du moins par l'emploi des deniers perçus) se rapporte à certains événements de l'année précédente comme au remboursement de M. de Hucqueville :
« Aultres receptes extraordinaires faictes par ledict Griffon en lad. année (1592-1593).
« Premièrement, a ledict comptable receu par ordonnance des maieur et eschevins de lad. ville, de Claude Gaignerel, commis durant icelle année à la recepte des imposts généraulx, la somme de deux mils quatre cens vingt neuf escus cinquante sols sur et en tarit moings de la somme de trois mils quatre vingts douze escus cinquante sols deube à lad. ville et habitans d'icelle pour les frais faicts pour raison des sièges, prinse, reprinse et secours de la ville de Sainct-Wallery, sellon Testât quy en auroit esté dressé et vériffié par le sieur ducq d'Aumalle le vingt-huictiesme jour de décembre mil cincq cens quatre vingt et douze, laquelle somme de nm iiiic xxixeso ls a esté receue par led. Griffon, partie comptant et pour fournir à l'acord faict avecq Monsieur de Hucqueville pour son gouvernement et paiement de la somme de trois mil escus quy luy furent lors payés pour partie du pris et composition d'icelluy que en ordonnances et parties acquittées et payées par led. Gaignerel pour raison desdicts siège,
prinsvs et secours de Sainct -Wallery , employés et faisans partie de la despence dudict estât des frais, desquelles (sic) ledict comptable proteste de l'aire mise et despence cy- après, ensemble de plusieurs sommes par ledict comptable payées et acquittées au mesme effect par l'ordonnance dcsd. maieur et eschevins, cy nm imc xxixe»c ls. »
Et cet autre relatif encore au paiement de M. de Hucqueville :
« Faict aussy recepte ledict argentier de la somme de neuf cens huict escus dix-huict sols quatre deniers faisant moictié de la somme de xvmcxvrsc xxxvi3 vmd pour les sommes deubes en ladicte année par lad. ville, tant à la recepte généralle à Amiens que aux receptes particullières des aydes et du taillon en lad. ville quy luy auroient esté accordées par Monsr le ducq de Maienne pour fournir à l'accord faict avecq ledict sieur de Hucqueville pour sondict gouvernement, desquelles parties les acquicts desd. receptes auroient esté dellivrés suivant led. accord et édict de réduction de lad. ville confirmatif d'icelluy par ordonnances de Messieurs les trésoriers généraulx ausdicts maieur et eschevins sur le récépicé qu'ils en auroient faict bailler par le comptable ausd. recepveurs généraulx, encores que aulcune chose n'en aist esté par luy payé ny receu, de laquelle somme de xvmc xviMC xxxvis vmd partant ledict comptable quy n'en avoit aucune chose payé et en avoit néantmoings faict mise en son compte des octroys, seroit chargé de au prouflit de lad. ville comme auroit faict Isabeau du Val sa vefve et legateresse du depuis par son récépicé estant en bas de la copie collationnée desd. acquicts du sixiesme jour de décembre
mil Ve quatre-vingt-dix-neuf cy-rendu, et suivant lequel a esté employé en la recepte du compte des octroys de lad. ville par elle rendu à Paris, pareille somme de ixc vme90 xvms imd faisant l'aultre moictié de ladicte somme de xvmcxviesc xxxvis vmd comme il appert par ledict compte, cy ixcvineso xviiis mid. »
Ce que je n'ai pas trouvé dans la lecture, assez attentive cependant, que j'ai poursuivie des registres de l'Echevinage, c'est ce fait rapporté, sur des preuves sans doute, par M. Traullé, que Jean Tillette, procureur fiscal, prêta six mille écus à la ville, en 1593, pour la solde des gens de guerre. — M. Traullé, Inventaire des titres, etc. — Le fait pourrait, à la rigueur, appartenir à l'année 1593-1594; je pense pourtant, en raison des événements, qu'il appartient à l'année 1592-1593.
11 a souvent été question, dans le courant de cette année échevinale, de négociations pour « le repos du laboureur » et pour la liberté à rendre par réciprocité aux biens délenus par les deux partis. Les négociations aboutirent peu, mais on pouvait arriver à l'avantage désiré « par la neutralité. » Un registre des trésoriers généraux de France fournit des exemples des arrangements qui furent alors faits : « François Rohault, seigneur chastelain de Gamaches, avait obtenu du duc d'Aumale, gouverneur de la province, des lettres de neutralité, ce qui emportait la main-levée de ses biens saisis; il en demande l'exécution contre le receveur général. 12 janvier 1594. Il devait jouir de son revenu pour 1592. '• — Extrait d'un registre aux expéditions ordinaires de Mrs les trésoriers généraux de France, commençant au S 9 mars 1 590. — Dom Grenier , tome C , fQ 517.
L'Echevinage garde toujours en main la direction et l'entretien du collège.
Le 3 octobre 1592, la ville se voit forcée « par le malheur du temps »» de refuser une augmentation de pension à J. Macquet, principal de ce collège.
Le dernier jour de décembre de la même année, « sur l'instance faicte par les régens du collège à ce qu'il soit pourveu à leur nourriture attendant qu'il soit mis ung principal aud. collège au lieu de Me Jehan Macquet, naguaire déceddé, il est dellibéré qu'il sera baillé aux susdicts régens la somme de cincquante livres pour leur nourriture attendant qu'il soit prouveu d'un principal, laquelle sera prise par forme d'emprunt sur la ville. »>
Les bourgeois n'entendaient pas absolument comme nous la liberté d'enseignement , mais ils admettaient encore moins l'enseignement hors de l'œil de l'Echevinage.
Le lundi premier jour de février 1593 , les deux cloches appellent à PEchevinage le lieutenant général J. Bernard, le maieur Manessier, le doyen et des chanoines de Saint-Vulfran, les anciens maieurs, les échevins et probablement aussi tout le peuple. 11 s'agit de pourvoir d'un principal le collège de la ville. Pour cette place ne s'est présenté encore que « Me Anthoine Clugnet, du pais du Boullenois. »
Ledit Clugnet est interrogé et répond « tant sur la théologie que philosophie et lettres grecques au contentement d'un chacun. » 11 est alors délibéré et ordonné que led. Clugnet sera reçu et admis en lad. charge.
Le Ve jour de février 1593 , le maieur, assisté de
plusieurs échevins, de Le Devin, siéger, et de Tillette, procureur 'de la ville, se transporte au collège et en met en possession Ant. Clugnet comme principal, en présence de «Messieurs Sommon (1), Petit et Demay, régens. » Le nouveau principal prête le serment « de garder et observer les réglemens quy ont esté faicts et observés avec son prédécesseur et aultres quy pourront estre cy-après faicts pour la pollice et direction dud. collège. »
Le XXlll (2), assemblée générale uniquement pour cette alla ire du collège.
Le principal et les régents demandent qu'on augmente leur pension insuffisante, affirment-ils, en raison de la cherté des vivres; ils prient en outre « que, pour entretenir la joeunesse en meilleure discipline , l'on advise de achever de fonder une messe par chacun jour dedans la chapelle dud. collège. » — La ville , parlant par toutes les voix de l'assemblée générale , accorde, « pour la malice du temps, xxxm escus ung tiers aud. principal pour surplus ou deffault pour ceste
demye année et sans tirer à conséquence , » et elle
décide en outre, « quant au regard desd. messes, que, pour achever la fondation, Ton fera dire aud. collège celles quy se disent en l'hospital des Repenties (3) quy
(1) Saumon, sans doute.
(2) J'ai oublié de prendre le mois qui doit être de la première moitié de 1593 ; la demande rappelée dans l'extrait ne put, dans tous les cas, précéder l'installation du principal.
(3) Je vois dans le registre aux délibérations de l'année échevinale suivante, au neuvième jour de novembre 1593, que les meubles servant au culte dans la maison « où naguaires les Repenties faisoient leur demeure » seront délivrés au principal du
se disoient au précédent aud. collège où elles estaient fondées et celles quy se soulloient dire au chasteau, et, à ceste fin, Ton luy fournira du revenu de lad. chapelle dud. chasteau. »
La justice municipale s'exerçait librement sur les troupes momentanément logées dans la ville.
Le dernier jour du mois d'août 1592, « le sergeant du cappitaine (un nom que je lis mal), pour avoir frapé le maistre du Signe (du Cygne sans doute), est condampné en xxx sols. »
Après ces faits d'importance diverse, dont le lien, pour beaucoup, est dans les chapitres, précédents, et que nous assurons constants, ayant été rencontrés par nous en lieux sûrs, il nous sera permis de hasarder quelques fragments des récits de Formentin , fondés peut-être, mais un peu arrangés, je le crains, et dont il serait téméraire d'assumer la garantie.
* La milice ecclésiastique de la ville, dit notre historien, continuait exactement de monter la garde et de s'exercer aux armes; l'esprit de licence qui en suit ordinairement s'empara d'un grand nombre de ces soldats du pape, — le mot est de Formentin ; — un certain Jean Le Comte, chapelain de Saint-Vulfran, se battit avec quelques-uns de ses confrères en un cabaret où ils firent carillon; ces désordres contraignirent le maieur de les emprisonner; le l) juillet, on les renvoya au Chapitre sur la revendication qui en fut par lui faite;
collège « pour servir au sainct service quy s'y dict. » Le surplus fie ces meubles servant au culte serviront à l'autel de PEchevinage.
le nombre de ces mutins s'accrut au point que le lendemain, 10 juillet, Messieurs de Saint-Vulfran supplièrent le corps de ville de leur prêter leurs prisons, celles du Chapitre étant remplies. » — Formentin.
Un dernier fait étranger à la politique, mais celui-là pris dans nos registres.
Philippe de Bordeaux, le saigneur des pestiférés, est mort. — L'Echevinage choisit pour le remplacer dans cette fonction « Jehan Proville [?], chirurgien de la ville de St-Kicquier, joeune homme à marier. »» — Assemblée échevinale du XXVII août 1592.
C'est avec soulagement que nous quittons cette année 1592-1593. Nous allons, en l'année qui suit, entrer, soucieux et misérables encore, dans une période de négociations , de trêves , de conventions , à travers lesquelles nous entreverrons cependant bientôt la première aube de la paix. Si toutes ces suites un peu sèches (sentant la main de l'argentier), de combats, de sièges, d'attaques, de surprises, de troupes levées, de munitions de guerre ou de bouche exigées, mal remboursées sans doute, fatiguent, par une incessante et souvent monotone répétition, le lecteur, il faut vivre soi-même dans un temps de guerre (*2 septembre 1870) et souffrir des plus cruelles incertitudes pour se rendre compte de l'intolérable existence qu'infligeaient, depuis tant d'années, aux habitants d'Abbeville , les alertes continuelles, les gardes sur les murs, les mauvaises nouvelles venues parfois des villes les plus voisines,
Saint-Valéry, le Crotoy, Saint-Riquier. De quel grand besoin de repos devaient être saisis la plupart des esprits après tant et de si longues heures sans sommeil! Quelle aspiration au travail régulier , au commerce libre, à la sécurité, après les campagnes ravagées, les rivières fermées aux navires, les ports déserts, les villes murant leurs portes !
Renouvellement de la loi. — Le maieur J. de Maupin. — Le duc d'Aumale à Abbeville. — Demande qui lui est présentée par les habitants à l'effet d'être exemptes du paiement des tailles auxquelles veut les assujétir le gouverneur de Rue. — Satisfaction que leur donne le duc. — Abbeville désire l'observation de la trêve, l'allégement des impôts. — On enverra des députés à une conférence projetée entre le duc d'Aumale et M. de Longueville. — On ne peut satisfaire à un paiement demandé par des
(1) Les trois « hommes dignes et capables, » offerts au choix des maieurs de bannières, furent:
Noble homme M' Jehan de Maupin, licentié ès-loix, sieur de Bellencourt, conseiller du roy en la séneschaulcée de Ponthieu;
Honorable homme M* Josse Beauvarlet, licentié ès-loix, conseiller aucî. siège ;
Honorable homme Jehan de Cantelleu, conseiller du roy elleu en Ponthieu.
Et longuement après, les maieurs de bannières rapportèrent les élections ainsi faites :
Pour maieur:
M" Jehan de Maupin, escuier, sr de Bellencourt, conseiller du roy au siège présidial de Ponthieu (1).
(i) Ce sont les seules qualifications après son nom dans le procès-verbal d'élection où je les relève. Waignart nous donne: « escuier, seigneur de Bellencourt, Moufflières, Gorenflos, Beaulieu, etc., conseiller du roy en la sénéchaussée de Ponthieu et controlleur du domaine dudict Ponthieu, maieur pour la quatrième fois, i»
capitaines du régiment du sieur de Gréboval. — On s'oppose à la levée de quelques impôts abolis. — Les députés nommés pour la conférence avec M. de Longueville ne partiront que sur l'assurance qu'ils seront iudemnisés, en eux-mêmes ou en leur famille, des accidents de voyage. — Retour de ces députés avec les articles arrêtés dans la conférence de Trouville. — Soucis pour des droits qu'entend percevoir l'ennemi. — On opposera à M. de Rubempré les conventions de Trouville et de Milly — Correspondances diverses pour l'observation des articles de Trouville et de Milly et l'abolition des nouveaux impôts. — Nouvelles inquiétudes de guerre. — On apprend que le roi amasse des forces et se rapproche. — Mesures de précaution. — On apprend qu'il est à Dieppe.— Autres mesures. — On a avis d'une surprise projetée. — Nouvelles mesures.— Exactions persévérantes de la garnison de Rue.— On réclamera auprès de M. de Longueville. — Quelques assertions de Formentin. — Correspondance de l'Ecbevinage et du duc d'Aumale pour la conservation de Saint-Riquier. — Correspondance pour la conservation du Pont-de-Remy.
En cette année échevinale qui verra la soumission d'Abbeville au roi , nous retrouverons le maieur de 15SS, autre fois député aux Etats de Blois, (député
Pour les quatre premiers échevins :
M" François Rumet, escuier, sr de Beaucourroy (l); Honorable homme M° Anthoine Manessier (2) ; M™ Jehan de Cantelleu, conseiller du roy, elleu en l'ellection de Ponthieu; Honorable homme Charles de Cocquerel.
Pour argentier de la Ville :
Nicolas Lataignant;
Du Val :
Anthoine Coullon (3).
Eschevins des huict :
Lois Sanson, le joeune ; Sanson Wauquet ; Jehan Lherminier ; François du Val ;
(!) Waignart ajoute : advocat au siège présidial de Ponthieu, ancien maieur.
(2) Waignart ajoute : seigneur de l'Hermitage, ancien maieur.
(3) Waignart ajoute : seigneur de Hanchies.
encore dernièrement aux Etats du Louvre), dont la magistrature a été marquée en 1589 par l'adhésion jurée de la ville à la Ligue. Ainsi le nom de Maupin a ouvert et va fermer la période véritablement active et guerroyante de l'Union chez nous. L'ardent ligueur de lob9 deviendra le sujet empressé de 1594. 11 ne
Pierre du Maismel;
M" Lois Lesage (1) ;
Gilles Lardé;
Nicolas Rohault, sr de Condé.
Le maieur de Maupin était chargé des affaires de Mœ* de Guise. Il allait pour cela à Eu ; il y était lors de son élection de 1593-
II s'excuse à son retour, mais on persiste, et il accepte le 27 août. — On nomme alors les échevins de receuil qui furent:
ANDRÉ HoCQUET;
M™ Charles Robin (2) ;
Jacques Manessier ;
Jehan Le Sergeant;
Jacques Crignon ;
Jehan Papin;
Jehan Pignier (3) :
Claude Hochart ;
Jehan Oeuilliot, le joeune ;
Jehan Fouques;
Jehan Levesque;
Qcentin Requet.
Le 29 août, quand les offices sont distribués, le sermon est fait par Raimbert en la salle dud. Eschevinaige.
Puis les anciennes ordonnances contre les blasphèmes, les défenses de se promener aux églises, etc.
Ce sont toujours les mêmes.
(1) Waignart ajoute: procureur et notaire.
(2) Waignart a.oute: procureur.
(3) J'ai lu ce nom avec difficulté dans le registre aux délibérations. Waignart me donne Jehan Pignier. Jehan Pignier ayant quitté, peu de temps après l'élection, Abbevillc pour Jlontreuil, Jehan Lamy fut nommé échevin de recueil le 18 février 1594.
faudrait pas forcer la condamnation. En 1588, le conseiller Jehan de Maupin avait été maieur malgré lui ; il obéit aux événements; en 4593, il est nommé, sinon malgré lui peut-être, du moins en son absence, et s'il obéit encore à un événement tout contraire, on doit reconnaître que les circonstances ont changé plus que ses opinions probables. Le roi, dont la religion inquiétait les consciences abbevilloises du temps, a abjuré. Et puis, en 4589 comme en 4594, Maupin, maieur spontanément élu, ne se trouva pas, en définitive, en désaccord avec le sentiment de la ville. 11 sentait sans doute, (un peu plus tôt peut-être), comme l'Echevinage, comme le corps des maieurs de bannières, comme les corporations de la communauté, comme Messieurs du Présidial, comme une partie même du clergé. Excuses de valeur, mais qui laissent subsister une ombre, un regret pour sa mémoire. On craint de se rappeler qu'il ne s'oublia pas ou ne se laissa pas oublier dans les négociations conduites par lui avec le roi pour la soumission de la ville. Et puis encore, un contraste se présente trop naturellement : le pauvre maieur Le Roy de Saint-Lau, fidèle à Henri 111 en 45S8, meurt à la peine, et ses obsèques sont outragées par les ligueurs de la ville. L'heureux Maupin , triomphant avec les passions de 4588, triomphera encore dans le mouvement tout opposé de 4594. La liberté municipale ne pouvait sans doute conserver les allures larges, affranchies de toute tutelle, qu'elle avait prises dans la lutte-, elle redevient plus modeste. Elle rentre dans la règle tout au moins de déférence d'abord, mais il faudra au maieur , demeuré important , de nouveaux insignes (délib. du 4 4 novembre 4593 pour la tasse); on lui
créera presque une garde (délib. du 10 février ]r>9'j.— Voyez au chap. des faits divers, à la fin de cette année).
Il y aurait à faire une étude sur le caractère de ce maieur. Sa vie politique avait été assez remplie. Outre ses députations aux Etats-Généraux de Blois et du Louvre , il avait été envoyé à ttouen , vers le roi Henri III, le 30 juin 1588. Nous avons remarqué, au chapitre VI de l'année \ 587-1 58$ , son attitude circonspecte, expectante , probablement déjà hostile au roi, dans les jours qui précédèrent l'arrivée à Abbeville de Tédit d'union. Maieur en ]o3s-ioS9, il avait représenté la Ligue à Abbeville dans sa passion première. Point d'étude mesquine d'où sort un portrait vivant, et J. de Maupin pourrait sortir lui-même devant nous, au son des trompettes municipales, de ses magistratures de 1574, 1581 et 1588.
Le 24 août 1593, le duc d'Aumale était à abbeville. On ne voit pas qu'il se soit occupé en rien des élections communales.
Seulement, après l'élection, le premier échevin des quatre, représentant le maieur nouvellement élu, mais absent (1), se rend avec tout l'Echevinage chez le duc, le salue et lui fait part des élections.
(I) Je dois rendre à Waignart ce résumé de quelques circonstances de l'élection :
« Ledit sieur de Maupin n'étoit pas alors dans la ville, mais h Eu; les sieurs de Beaucorroy et Manessicr arrivés (en l'Echevinage), on leur lit entendre que les maieurs de bannières, considérant la malice du temps et des troubles et l'accroissement des charges et auctorités de la ville par le moyen de la réunion du gouvernement au corps de l'Eschevinage, les avoient nommés, pour celte présente année, premiers éclievinsde la ville, encore que par m G
M. de Beauvillé, qui a rendu par ses publications de si grands services à l'histoire de Picardie, a reproduit une demande présentée très-probablement le jour même du renouvellement de la loi par les habitants d'Abbeville au duc d'Aumale, « à l'effet d'être exemptés du payement des tailles auxquelles veut les assujétir le gouverneur de llue : »
« A Monseigneur Monseigneur le duc d'Aumalle, gouverneur général de la province de Picardie.
« Remonstrent humblement les maire, eschevins et habitans de la ville [d'Abbeville.] que , deppuis le commencement des
troubles en ce royaulme, ilz se svont soubz vostre
auctorité maintenuz et conservez au parti de l'Union des cath[oliques sans] avoir aucunement favorisé ny paie aucune chose à ceulx du parti contraire, lesquelz] pour ceste causse leur ont toujours faict la guerre, eulx esforçant les [prendre par] escalades, prendre leurs bestiaulx et ammener lesd. habitans prisonniers. payer ransson, et néantmoings le
sieur de Rubempré, gouverneur de [Rue], les veult ad présent contraindre à luy paier les deniers de tailles et les [menace de les y] contraindre par force. De sorte que lesdictz habitans sont
cy-devant il ait esté interdit d'y appeler des anciens maieurs, et, pour ces considérations, furent requis vouloir en prendre la charge, en quoy faisant ils montreroient exemple aux autres anciens maieurs à Pad venir de ne refuser telles charges y estant appelés, ainsi qu'il se faisoit anciennement, au grand bien et repos des habitans et seureté de la ville. Le sieur Rumet de Beaucorroy répondit par un discours mêlé de latin, disant « que par la constitution des empereurs romains, il n'est point raisonnable majoribus honoribus functos ad minores revocari ; » que, toutefois, leur élection étant faite en intention de mieux et plus dignement former le corps de l'Esche vin âge et rétablir l'ancienne coutume qui prouvoit chez les élus plus d'amour du bien public que d'ambition des honneurs, ils acceptoient avec plaisir les charges qu'on leur donnoit. » — Waignart.
réduictz en aussi qu'ilz n'ont deniers desdictes
tailles, pourquoy ils ne doibveut estre contrainetz
des villes de Monstreul, Doullens, quy sont d'ung mesnie party, comme ne font [les autres] villes tenans le parti contraire.
« A ces causes, Monseigneur, les supplians vous requèrent très-humblement [qu'il vous plaise leur] donner advis de ce qu'ilz ont à faire et doibveut respondre audict sieur de Rubempré sur le paiement qu'il prétend desdictes tailles, et, sur ce,
leur en donner vostre ordonnance et ilz prieront
Dieu pour vostre prospérité et santé.
« Présenté par les suplians, le XX1III9 [?] aoust VCI1ÎL"X!II. »
Et M. de Beauvillé reproduit également les défenses signées sur la lettre même de la main du duc :
« Expresses deffenses sont faictes ausdis habitaus de ladicte
ville de paier rien partie desd. tailles à ceux du parti
contraire contenteront les sergens ou autres qui
iront pour les y contraindre. de la signifiicacion
de ces présentes sans pouvoir passer outre.
« Fait à Abbeville, le XXVe jour d'aoust 1593. « Le duc d'Aumale.
« Pasouier.
« (Original en parchemin). »
Combien de temps se prolongea à Abbeville le séjour du duc? Je ne le vois pas trop (!), mais il est probable que pendant ce séjour l'Echevinage profita des entrevues et des conférences faciles pour causer de la trêve et des moyens d'en assurer, autant que possible, les avantages à la ville ('2). Ce qu'Abbeville demande, en
(1) La délibération échevinale du 2 septembre montre que le duc n'était plus dans la ville et depuis quelques jours déjà probablement.
(2) Non cependant comme le fait entendre Formentin, toujours
somme, et cherche à obtenir depuis quelques mois par tant d'efforts du côté de Saint-Valéry et du côté de Rue,, c'est la sécurité pour elle, pour la campagne, pour le commerce, pour la perception des revenus des champs. Elle a poursuivi cet intérêt particulier, avec l'intérêt général de l'Union, par la guerre contre les garnisons ennemies du voisinage; elle va le poursuivre encore en réclamant l'exécution de la trêve. Pour vivre et vaincre, elle a encouragé et aidé la lutte en armes; pour vivre et ne pas être ruinée , elle réclamera le respect des conventions transitoires et l'abolition de quelques impôts.
Le duc d'Aumale a prêté l'oreille à leurs doléances.
E'Echevinage est réuni le 2 septembre. Msr le duc d'Aumale a écrit précédemment « de faire acheminer les depputtés de ceste ville pour la conférence qu'il prétend avoir avec Monsieur de Longuevilie sur l'exécution de l'édict de la trêve et impositions prétendues. •> L'Echevinage prie M. de Beaucourroy (Rumet) , Mrs du Candas et Rohault « de s'y acheminer en dilligence, affin de remonstrer et requérir ce qu'ils verront et jugeront plus expédient pour le bien et soullagement de la province, des charges, des imposts que l'on prétend nouvellement establir es villes de Rue, Corbie et ailleurs,
un peu trop disposé à voir les Abbevillois de 1593 avec les yeux d'un lecteur de la Henriade:
« Le duc d'Aumale, qui affectoit, dit-il à une date comprise entre le 30 juillet et le 30 août, de ne pas se rendre à la trêve, fut prié par le maieur d'Abbeville de l'observer exactement. Ce fut pendant ce temps-là que le duc, se disant toujours comte de Pontbieu , s'engagea envers les Espagnols , avec ceux de Mayenne, de Guise et d'Elbeuf, le cardinal de Pelvé, à ne jamais s'accommoder avec le roi, tel bon catholique qu'il fût. »
et ensemble sur la prétendue neuhallité de la ville de Sainct-Wallery (1) et liberté de la rivière de Somme. »
Sur une autre question, « il est advisé qu'on remontrera à mond. seigneur et à Messieurs les généraulx qu'il n'y a aucun moien de satisfaire à lad. partie de deux cens cinquante escus (pour le paiement prétendu par aucuns cappitaines du régiment du sieur de Greboval, dont ils disoient avoir assignation sur Claude Gaignerel, cy-devant commis à la recepte des nouvelles impositions) , attendu que kd. Gaignerei n'a aucuns deniers en ses mains desd. imposts; au contraire, qu'ils lui sont redebvables, comme il se pourra voir par son estât lorsqu'il plaira à Messieurs les généraulx le voir
suivant led. règlement et quant à la levée que
Messieurs les généraulx veulent continuer desd. impositions quy ont esté cy-devant mises sus pour un an seullement et dont Messieurs les généraulx veulent s'attribuer entièrement la congnoissance comme des aultres deniers ordinaires de leurs charges contre l'intérest du poeuple et des communaultés, » on décide « que pour lesdictes raisons et en ensuivant les lettres pattentes du XVIIe jour de mars . . . . , envolées en cest Eschevinaige par Monsieur le séneschal de Ponthieu, l'on a délaissé la levée desd. imposts, lesquels Ton a mis bas , et deffenses faictes à ceulx quy estoient commis à la recepte de s'en plus entremettre ny recepvoir aucune chose, de sorte qu'il ne s'en poeult plus faire estât. »
MM. François Rumet , sr de lîeaucourroy, l'ancien maieur, alors premier échevin, Jacques du Càndas, et
(1) Voir une note plus loin, au XI septembre.
AnthoineRohault, consentaient bien à se rendre comme députés à la conférence projetée entre Messeigneurs d'Aumale et de Longueville " pour l'interprétation et exécution du traicté de ta trêve et soullagement général du poeuple, » mais ils faisaient difficulté d'entreprendre le voyage si la ville ne s'obligeait à les indemniser « de tous intérests et inconvéniens quy leur pourroient arriver, mesmement, au cas qu'il arrivast fortune de leurs personnes, à satisfaire à leurs femmes et enfans de leurs justes intérests. » — L'Echevinage , convenant « qu'il n'est raisonnable que les habitans de bonne volunté encourent aulcun domaige et intérest exposans leurs personnes pour le service du publicq, » décide « qu'il sera baillé promesse et obligation ausd. depputlés et à chacun d'eulx, soubs la signature du greffier avecq celle dud. sieur maieur, contenant que la ville s'oblige dès ad présent de les indempner de leurs inléresls et inconvéniens quy leur pourroient arriver aud. voiage, » etc. — Dèlib. du 2 septembre 1593.
Le Xï septembre, les sieurs de Beaucaurroy et du Candas font rapport de leur voyage à Amiens et, de là, à Trou ville, où la conférence s'est faite avec les députés de Monsieur de Longueville et ceux de M?r d'Aumale pour le fait des impôts (4). -Suivant l'ordre de Mer d'Au-
(1) Dom Grenier a extrait d'un registre aux expéditions ordinaires de Mrs les trésoriers généraux de France, commençant au 19 mars 1590:
« Saiut-Valery rendu à la Ligue, à condition de demeurer neutre, par traité du 9 septembre 1593. — Les trésoriers commettent une personne à la perception des droits et imposts à lever à Saint- Valéry, suivant les articles de la neutralité dudit lieu accordez à Trouville le 9e jour du présent mois de sep-
maie, les articles accordés dans cette conférence seront publiés dans Abbeville.
Deux jours après , le lundi XIII septembre . une assemblée générale réunit, sous la présidence du lieutenant général J. Bernard et du maieur de Maupin, le doyen et un chanoine de Saint-Vulfran, des religieux de Saint-Pierre, les anciens maieurs, les cchevins, etc. Les articles accordés à Trouville sent lus d'abord, puis l'assemblée décide « que l'on depputera gens pour aller vers Monseigneur de Mayenne luy remonstrer le trouble quy est au pais à raison des impositions, daces et levées insupportables que Pennemy met sus, plus odieuses et en surcharge que n'estoit le faict de la guerre, et le supplier humblement y voulloir mettre ordre et faire que Pennemy quitte lesd. impositions, et qu'à ceste fin, il sera dressé mémores bien amples. »
11 est décidé, le XXVîI septembre, qu'on enverra vers M. de Rubempré « pour luy faire entendre ce quy a esté accordé en la conférence tenue à Trouville et en une aultre à Milly en Gatinois, approuvée par les chefs des deulx partis les X et XI de ce mois, pour scavoir quy le meut qu'il ne voeult entrer en l'observation desd. articles, pour, ce fait, sa response oye, se retirer et prouvoir vers les supérieurs (1). »
tembre. Cette commission est du 20 septembre 1593. » — Dom Grenier, t. C,f> 513.
Saint- Valéry rendu à la Ligue? Que s'élait-il donc passé en eifet depuis la prise par Mansfeld? Nous sommes ramenés à la réoccupation par Rubempré rapportée par Formentin.
(1) Dans une assemblée présidée par le lieutenant-géniral et par le maieur (j'ai négligé la date qui doit courir entre septembre et octobre), il est dit que des contraventions se tout
Le même jour, il est décidé encore qu'on fera entendre à Msr d'Aumale des lettres écrites par Mme la comtesse d'Angoulesme (1).— Mais ces lettres font défaut dans le registre.
Le 20 octobre, PEchevinage maintient l'abolition des nouveaux impôts contre une lettre de Msr le duc d'Aumale à qui on fera parvenir les raisons qui donnent ce droit à la ville d'Abbeville (2).
journellement aux articles de la trêve de Trouville et à la trêve de Miliy. Ne conviendrait-il pas de de'puter pour représenter les conlraventions et « la misère du paouvre poeuple par le moien de la taille et imposts excessifs quy se lèvent suricelluy? » — Un b'anc indique la place de la résolution qui nous manque.
(1) Diane, fille naturelle de Henri II, comtesse de Ponthieu depuis 1583.
(2) Tous ces faits, toutes ces circonstances prouvent, date par date, combien peu méritent de crédit un grand nombre des pages de Formentin, dans lesquelles de paies et fausses considérations égarent encore des souvenirs erronés se rejoignant à l'aventure.
« La conversion du roi, qui venoit d'arriver comme par miracle, avait-il dit, et dans le temps qu'on y songeoit le moins, jetoit dans l'esprit de plusieurs des semences de paix. La religion, njoute-t-il, ne pouvoit plus servir de prétextée la guerre; les prédicateurs de la Ligue arrêtèrent pour quelque temps le fruit de ces heureuses dispositions. Rambert, gardien des Cordelîers, soutint, en présence du duc d'Aumale, que la conversion du roi était nulle, fausse et hypocrite. Le duc assembla, sous le canon d'Abbeville, sept ou huit cents hommes des communes du pays, avec lesquels il ne tit rien qui valût. Les sièges de Rue et de Saint Valéry furent tentés en vain. » — Comment, nous contenterons-nous de faire remarquer, ces sièges auraient-ils pu être tentés pendant la trêve conclue le 31 juillet? La lecture la plus attentive de nos registres ne nous laisse rien soupçonner des ces faits inacceptables. — « Le lieutenant de Rubernpré tua cin-
Lecture est donné à PEchevinage, le XX octobre, des lettres de Mr de Longueville, en date du XVI du môme mois, écrites par lui, en réponse à celles qui lui ont été portées par le clerc du guet d'Abbeville, et dans lesquelles l'Echevinage le suppliait « de voulloir faire entretenir la trêve de Trouville et celle de Milly par ceulx de la ville de Rue. » M. de Longueville mandait que « pour le regard du traité de Trouville, il le fera observer et en a, à ceste fin, escript à Monsieur de Rubempré, gouverneur de la ville de Rue, sans parler de l'exécution du traicté de Milly. » — L'Echevinage décide que Ton députera de nouveau vers Mr de Longueville en la ville de Corbie, « affin de le mouvoir, par les remonstrances quy luy seront faictes, à faire exécutter led. traicté de Milly. »
On reçoit cependant de Paris diverses communications concernant la politique de l'Union.
Le XXIIe jour d'octobre, le maieur donne lecture à l'Echevinage de lettres de Wr de Mayenne, en date du X octobre, et d'autres de Mr le prévost des marchands
quante hommes et fit autant de prisonniers au duc en une rencontre près du Crotoy.
« Les exploits de cet armement, qui se dissipa bientôt, se réduisirent à la prise de quelques petits châteaux du Vimeu occupés par les royalistes. »
C'est sur dos assertions de cette sorte que Devérité, écrivant après Formentin, renchérit encore en montrant les Abbevillois, ligueurs malgré eux, médidant dès * 591 d'ouvrir leurs portes à Henri IV. Ainsi met à néant lui-même ses travaux l'historien qui ne sait pas se séparer assez de ses passions ou de ses préventions pour consentir à voir juste ou pour renoncer à faire des événements des preuves de thèses ou des témoignages d'honneur pour son pays ou pour sa ville.
et des échevins de Paris, en date du même jour (10 octobre). — Les lettres du prévost des marchands sont transcrites tout au long dans le registre, mais je ne vois pas celles du duc de Mayenne.
La faconde des bourgeois parisiens est abondante, mais plus emphatique et embarrassée qu'on ne serait en droit de l'attendre de Parisiens, même en 4593.
« Messieurs, communicquans ces jours passe's avecq Monseigneur des affaires de notre ville et luy représentais les misères qu'elle et les autres de notre party ont souffertes jusques nd présent et supplians son excellence [?] d'y apporter tout le soulagement et repos qu'il pourra, nous aiant faict cest honneur que de s'ouvrir à nous de ce qu'il avoit en l'ame et de ses sainctes intencions, cela nous a causé une fraternelle émulation de vous eseripre et advertir qu'il n'a rien en l'esprit ny
(1) d'autre ambition que de nous veoir
bien tost en bon (2) repos sur notre relligion bien asseurée et soubs ung roy approuvé par Notre Sainct Père et tous les Picars unis avecq nous, ne laissant escouller une seulle minute de temps qu'il ne l'emploie à cest effect, et, pour ce faire, en despêcher une ambassade de personnaiges notables et plains de touttes intégrités vers Sa Saincteté pour ensuivre sa saincte résolution. Cependant, Messieurs, il nous a commandé, ayant esté adverty du désir que nous avons de vous eseripre, de vous prier tous en général et en particulier de sa part comme nous faisons encores de la nôtre, que nous estans conservés jusques à huy par la grâce de Dieu, par la force et prudence de mondit seigneur quy n'y espargne sa vie et tous ses moyens , nous continuerons jusques au bout sans nous engaiger d'ailleurs, (3) le
(t) Deux mots que je ne peux lire; je ne suis pas même sur de lire le mot suivant : d'autre.
(2) Je lis ainsi, sans être bien sur.
(3) Un mot que je ne lis pas.
repos de nos villes ny entrer en aultre party que celluy que nous avons premièrement choisy et que en attendant quelque bonne et saincte résolution et repos asseuré. A quoy nous touchant du doigt (i) nous ne nous laissions emporter aux séditions passées et remuemens que sçavez estre advenus depuis peu de temps quy sont de mauvais exemple et qu'il n'y ayt ruzes ny artifices humains quy nous puissent esbranler ny faire perdre la gloire qu'avons acquise par la constance et fermeté dont nous avons usé jusques ad présent et le serment et lidélité qu'avons juré à mond. seigneur [comme Dieu nous ad voue et les courts de parlement (2)] advoué et recongneu pour gouverneur et lieutenant général de cest Estât jusques à ce qu'ayons ung roy catholicque soubs lequel nous puissions vcoir notre relligion en seureté et le pauvre peuple soullagé et mis en repos. 11 y a six ans entiers que nous souffrons beaucoup de misères et nécessités et que nous-avons hasardé et touché p] de tout jusques au sang et à la vie, nous particulièrement, Messieurs, quy sçavez qu'avons esté les plus affligés, ayant esté assiégés par deux fois, la dernière plus de cincq mois, pressés de monstrueuse famine, et pendant lesquels nous avons plus paty et enduré qu'en aucun siège quy soit advenu de notre siècle; et maintenant que nous vous laissions périr au port après une si longue et périlleuse navigation, estans prêts de descouvrir une terre ferme et un port de salus, nous eussions envie de faire bris estans près estre saulvés; cela nous serait a jamais reproché de Dieu et de la postérité. Nous approchons de l'endroict où fortune a planté les bournes (bornes) de nos travaux. C'est la résolution, Messieurs, que nous debvons prendre pour ne vous ennuyer de plus long
discours de de notre fermeté et constance
ou mourir plustosl (3) nous en fier à la grâce.
— Nous supplirons sa bonté divine, Messieurs, qu'il vous con-
(1) Sic.
(2) Je ne suis pas sûr de la lecture exacte de tous ces mots.
(3) Je ne puis lire cette tin.
serve tous eu général et en particulier en ses sainctes grâces après vous avoir présenté nos bien humbles recommandations. — De Taris, le Xme d'octobre 1593. — Vos bien humbles confrères, serviteurs et amys les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris. »
Le délai de la trêve n'est pas encore écoulé ; les inquiétudes de guerre reprennent (1).
Le XXVIe jour d'octobre, le maieur annonce à l'Echevinnge « qu'il a eu advis que le roy de Navarre amasse des forces et tire en deçà, et que, pour la crainte qu'il n'entreprenne quelque chose de deçà et particulièrement sur ceste ville, il est nécessaire d'adviser à ce quy est le plus expédient pour la conservation d'icelle et prévenir les desseings de l'ennemy. » — On députera « aucuns de Messieurs pour voir et avoir l'oeul particullièrement à chacun quartier de la ville, visiter, au moings une fois le jour, chacun la porte de son quartier.
« Deffenses par escript seront attachées aux portes, portant deffenses aux gardes d'icelles »
Le scribe de la ville s'est arrêté sur ces mots, laissant en blanc la place de l'ordonnance. Je dois faire remarquer d'ailleurs que la page suivante (la p. 11e XVI)
(1) Vers cette date, réclament place quelques assertions de Fonnentin que je ne trouve nullement vérifiées dans nos registres :
« Les prétendus Etats-Généraux qui se te noient à Paris renouvelèrent le serment de l'Union les 29 et 30 août. Les résolutions prises par ces Etats furent notifiées au clergé et aux magistrats d'Abbevillc; il n'y eut que le clergé qui prêta de nouveau le serment d'union ; les corps de la ville ne tinrent compte des lettres des ducs d'Aumale et de Mayenne qui leur enjoignoient d'en faire de même. »
a été enlevée du registre. Dans quelle intention? Par quelle main intéressée dans les temps passés ou curieuse dans les temps modernes ?
IIe jour de novembre 1593. Le maieur a reçu avis, dit-il, « que le roy de Navarre est arrivé en la ville de Dieppe, accompaigné de sept ou huict cens chevaulx. »
— il s'agit d'aviser au plus nécessaire pour la conservation de la ville et prévenir les surprises. Ne conviendrait-il pas aussi de renforcer la garde? L'assemblée
— simplement échevinale — décide que l'on fera faire « des escouttes aux faulbourgs de la ville; » que l'on se transportera sur les remparts pour. visiter les lieux les plus dangereux et les plus faciles à surprendre et les mettre promptement en défense ; les capitaines des quartiers, les capitaines des « cincquantiniers et de la joeunesse » devront se trouver ce jour même, à deux heures de relevée, au grand Echevinage, où l'on s'entendra avec eux des dispositions de la garde (1); l'arrivée du roi de Navarre et de ses forces en la ville de Dieppe sera annoncée par écrit à M§r le duc d'Àumale et à Messieurs d'Amiens.
Peu après, de nouvelles rumeurs déterminent à de plus grandes précautions.
Le cinquième jour de novembre, des avertissements sont reçus « que le roy de Navarre est, dès ce jour, à Dieppe, et qu'il a des trouppes logées tant aud. lieu que es environs, avecq desseing de faire quelque entreprise
(l) Il fut décidé, « attendu la petite garde quy se faict et les abbus quy s'y commettent, » et le voisinage de l'ennemi, « que lad. garde se fera par compaignies, au son de la casse, sellon et en la mesme forme, qu'elle se faisoit par avant le nouvel establîsseinent. »
sur les villes de ce party et raesmement sur ceste ville; joinct que d'ailleurs Ton a advis qu'il se faict assemblée de gens de guerre à Corbie, et que quelques soldards dud. lieu ont découvert que l'on prétendoit attenter sur ceste ville par le moien de surprendre, à la faveur de la trêve, quelques pièces fortes (1) et coramandans en la ville de dessus le rampart. » —On avise « que l'on ouvrira par dedans la ville les tours d'Angoullemortier (2), de Maillefeu, du Chasteau.Moisnel (3) et aultres, et que l'on en ostera tout ce qui pourroit nuire et offenser le dedans de la ville. » — L'Echevinage se transporte alors sur les lieux et examine « ce qu'il faut oster de la tour de la chaîne du chasteau qui commande sur tous les ramparts aux environs. » —Les maçons, envoyés d'avance en cet endroit (le 4 novembre), demandent, pour les travaux à exécuter à cette tour, csnt cinquante écus. — Ils se sont rabattus depuis à deux cents livres. — 11 leur a été offert vnrx livres. — Les maçons accepteront cette somme pour le travail spécifié et pour - les
(i) Quelque tour ou bastion.
(2) Je ne saurais donner actuellement la situation de cette tour dont le nom paraît terrible. L'étyinologie de ce nom n'est pas si formidable; elle te'moigne seulement du prix ou du travail que la tour avait coûté: Angoullemortier, engouffre mortier.
(3) C'est ainsi que je crois lire ce dernier nom. 11 s'agit trèsvraisemblablement de trois tours du côté ouest de la ville ou sur la rive gauche de la Somme exposée aux attaques venant de Dieppe. La tour de Maillefeu existe encore en ruines au delà du canal de Transit. Quant au château de Charles-ïe-Térnéraire, nous voyons (immédiatement plus bas) que le démantèlement en avait respecté de grandes parties et qu'il ne paraissait pas encore suflisamment ouvert du côté de la ville.
ouvertures qu'il convient faire au Cachecornaille (1) et aultres. » — 11 sera établi un eorps-de-garde sur le lieu « où soulloit antiennement estre la salle du chasteau regardant sur la chaîne et la rivière, ensemble sur le ravellin du chasteau, pour d'icelluy envoier les centinelles sur la poincte dud. ravellin, pourquoy l'aire sera l'aicte une descente dans le creux de l'une des croisées estant dans l'antienne muraille de lad. salle, et sera rebouché le reste par hault avecq une cortine, » etc.
La garnison de Rue continuait cependant ses exactions; on cherchait toujours à invoquer contre elle les conventions de Milly; on les taisait valoir auprès de M. de Longueville.
Le maieur, — ainsi s'explique-t-il dans l'assemblée échevinale du XXIXe jour de novembre, — le maieur reçoit journellement des plaintes de plusieurs marchands d'Àbbeville et autres qui amènent des commodités en la ville, *' des volleries et exactions quy se commettent par ceulx de la ville de Rue et aultres tenans party contraire, quy ne voeullent aucunement ensuivre les articles de la conférence tenue à Milly, lesquels aussy contreviennent à plusieurs articles de la trêve. •> Le maieur ayant donc reçu avis que Mr de Longueville arrive en la ville de Rue, demande ce qu'il convient faire « sur lesd. contraventions. » — La réunion décide que l'on députera « quelques personnaiges vers mond.
(1) « Du Ve jour de décembre 1593, sur une publication faicte pour le bail au rabais du comble de bois qu'il a esté advisé faire à la lune de Cachecornaille, s'est présenté Martin Hérouart, M9 charpentier, quy en a faict offre de la somme de xxxvm escus, pour laquelle somme elle luy a esté adjugée par iin de chandelle. » — Reg. aux délib.
sieur de Longueville pour luy faire instance de faire entretenir de sa part led. traicté de Milly. » Sont députés Le Devin, siéger, et ***, eschevin.
A cette date, les deux gouverneurs de Picardie, l'un pour le roi, l'autre pour la Ligue, le duc de Longueville et le duc d'Àumale, pouvaient donc à peu près aussi tranquillement l'un que l'autre parcourir lePonthieu. La « trêve » permettait sans doute ces promenades, pourvu que l'on fit éclairer sa route et que l'on fût bien armé.
C'est au moment où nous arrivons que je dois rapporter quelques assertions de Formentin, très riches de détails, mais auxquelles nos registres échevinaux ne prêtent pas d'appui. Je les rejette ci-dessous (i).
(1) « Sur la (in de Tannée (1593), le duc d'Aumale, devenu Espagnol outré, se rendit à Abbeville dans l'espérance de s'emparer de cette ville où il entretenoit deux cents hommes de garnison ; ce prince déclara au maieur, Jean de Maupin de Bellencourt, qu'il avoit résolu de reprendre Saint- Valéry, et demanda passage pour dix mille hommes dont la plupart étoient tirés des garnisons d'Artois. Ce corps de troupes étoit alors campé sur l'Authie, près d'Auxi-îe-Château ; on résolut d'accorder passage à ces troupes au travers de la ville, avec de si grandes précautions qu'il n'en pût arriver aucun mal. Le duc d'Aumale, sur la parole du maieur, lit avancer ses dix mille hommes. Tandis qu'elles étoient campées vers Saint-Riquier, le maieur lit monter sur les armes toute la bourgeoisie, la jeunesse, les cent mousquetaires à cheval ; on fit encore monter cent cinquante hommes à cheval. Les chaînes de toutes les rues aboutissantes aux portes de Saint- Gilles, du Bois et Doket furent tendues et fortifiées par des barricades de tonneaux et de fascines; derrière on posta de nombreux corps de garde; le canon des remparts fut braqué en croisant vers les portes qui furent fermées et les ponts-levis levés; d'espace en espace, on distribua des bourgeois armés
Il s'agit maintenant — dernier jour de décembre — d'aviser sur des lettres de M»" d'Aumale « touchant ce quy luy a esté escript pour la conservation de la ville
dans les maisons; la cavalerie, en quatre escadrons, fut postée sur la Placette, au Préel, et places de Saint-Georges et de Saint- Pierre.
« Le lendemain matin, le duc d'Aumale ayant fait avertir le maieur qu'il fattendoit en son hôtel où le magistrat se rendit escorté de vingt sergents de ville armés de leurs pertuisanes et suivi des trois compagnies de cinquanteniers, tambour battant. Le duc, étonné de ces préparatifs de guerre auxquels il ne s'attendoit point, ne dit rien d'abord et sortit avec le maieur qui lui déclara qu'on ne laisseroit entrer que cinq cents hommes à la fois. Il en falloit passer par-là. Le duc étant passé à la tête du premier bataillon, le premier pont fut levé et puis baissé; les portes furent fermées derrière lui. Étant entré dans les rues, ou levoit la chaîne et on la baissoit incontinent. Dans celte .... {sic, un mot manque) le duc ne put s'empêcher de marquer qu'il appréhendent qu'on n'en voulût à sa personne, mais le maieur le rassura.
« Les dix mille hommes passèrent ainsi au travers de la ville dont le duc sortit aussitôt après, confus d'avoir manqué son dessein. Les Espagnols, irrités contre les habitants d'Abbeville, ne songèrent qu'à ravager le Vimeu dont ils brûlèrent quelques villages. Ayant repassé la Somme au Pont-dc-Remy, ils exercèrent les mêmes brigandages. Cette conduite aliéna tellement l'esprit des habitans d'Abbeville, que sans les prédications séditieuses des religieux et des curés, ils se seroient peut-être dès lors soumis au roi. Le chapitre de Saint-Vulfran fut même jusqu'à admettre un chanoine nommé par Diane notre comtesse. » — Formentin.
Il est probable que Formentin écrivait sur des fragments de mémoires peu précis ou sur des souvenirs vagues qui avaient traversé le dix-septième siècle pour arriver jusqu'à lui, souvenirs qu'il dramatisait et auxquels il donnait une apparence trompeuse de rigueur historique en y introduisant quelques faits vrais, mais de date inexacte peut-être.
de Sainct-Ricquier* » Le duc « mande (1) advis de ce quy est à faire sur ce subject, soit de la raser, la rendre noeutre ou bien la munitionner de gens de guerre et munitions nécessaires. »
On fera entendre « à ceulx de Sainct-Ricquier » le contenu de la lettre de mond. seigneur, « pour, leur response venue, rescripre à mond. seigneur bien amplement de ce faict. »
Nous verrons au chapitre suivant (janvier 1594) Saint- Riquier occuper encore l'Echevinage d'Abbeville.
Le duc d'Aumale s'occupe toujours aussi de la conservation du Pont-de-Remy ; il mande que la ville veille à la fourniture, par le recepveur du Pont-Remy, d'une certaine quantité de bled à la garnison de ce lieu. Le recepveur du Pont-Remy , mandé le dernier jour de décembre à l'Echevinage d'Abbeville, déclare n'avoir aucuns grains de sa recepte. On décide qu'il sera répondu en conséquence à mond. seigneur d'Aumale. — Dernier jour de décembre 1593.
(1) Il faudrait lire à la fois mande et demande. La lettre du duc mandait évidemment des avis, mais non des avis impérieux; elle laissait le choix entre plusieurs, en demandait aussi peut-être. On voit que !e duc répondait à ce qui lui a été déjà « escript pour la conservation de la ville de Sainct-Riquier. » Les questions adressées par l'Echevinage d'Abbeville « à ceulx de Sainct-Riquier » avant de « rescripre » au duc mènent à ces explications sans autoriser à considérer la correspondance comme une sorte de conseil de guerre ouvert sur un pied d'égalité entre la ville et le duc.
Rupture de la trêve. — Précautions pour la défense. — Délibérations , correspondances, avis pour la conservation de Saint-Riquier. — Abbeville a l'horreur des gwnisons étrangères. — Les Espagnols à Saint-Riquier. — Correspondances de H. de Longueville et de M. de Rubempré avec la ville et de la ville avec les ducs de Mayenne et d'Aumale. — Tentatives de séduction, peut-être, par les partisans et les officiers du roi. — L'Echevinage s'inquiète du voisinage des troupes royales, d'un côté, et, de l'autre, de l'approche des Espagnols alliés de Mayenne. — Abbeville craint pour le faubourg de Rouvroy. — Le capitaine Ducrocq assemble cent soldats pour la défense de. ce faubourg. — Le séjour de Saint-Riquier rendu impossible par la garnison espagnole. — Les officiers de la justice royale de la prévôté de Saint-Riquier, réfugiés dans Abbeville, demandent à y exercer leurs fonctions. — Abbeville hésite enfin dans la Ligue. — Lettres du duc de Mayenne et du prévôt des marchands et des échevins de Paris. — Condamnation de Robert Carbonnier, trop chaud partisan du roi. — Entrée du roi à Paris. — Quelques extraits de Formentin. — Lettres de l'Echevinage d'Amiens à l'Echevinage d'Abbeville. — Réponse de l'Echevinage d'Abbeville. — Lettre de ce dernier Echevinage au duc de Mayenne. — Abbeville montre de la décence en sortant de la Lieue. — Etc.
La trêve nous a donné ou laissé entrevoir quelque répit dans le chapitre précédent ; nous la trouvons rompue dans celui-ci.
Dès le commencement de l'année 1594 — 3 janvier, ~ il faut songer à l'établissement de la garde qui n'est plus suffisante « en la façon qu'elle se faict de présent, attendu la rupture de la tresve. » Les capitaines des quartiers sont consultés-, les uns veulent cette garde par compagnies « comme cela se faisoit au passé, » les autres qu'on la continue « comme elle se faict ad présent. » Dans ce désaccord, Messieurs de la ville décideront.
Aous trouvons en effet immédiatement les mesures de précaution et de défense.
« Doresnavant, est-il décidé le 5 janvier, et à commencer ce jourd'huy, le passaige de la Portelette avecq un basteau sera fermé. » On fait défense à l'adjudicataire de ce passage de passer personne jusques à ce qu'il en soit autrement ordonné; son bail subira une diminution proportionnelle au temps deia suppression du passage.
Il est décidé, — le X janvier, — qu'on fera faire, pour la conservation de la ville, « une chaîne en la chaulcée du Bois, qui traversera la rue et sera attachée à la maison de l'Asne-d'Azur pour s'aller rendre à i'aultre rang. »
D'autres inquiétudes viennent de Saint-Riquier. Il s'agit de conserver cette ville que ses défenseurs payés menacent d'abandonner.
Il est expédient d'aviser, dit le maieur, — XIII janr vier, — « ce qui est à faire pour la conservation de Sainct-Riquier pour ce que les quarante soldards quy y ont esté puis nagaires mis attendant que M§r d'Aumalle y ait prouveu , ausquels avoit esté baillé par ceste ville la somme de quarante escus, se voeullent retirer s'il n'est donné ordre à la continuation de leur paiement ; ce faisant, les habitans de lad. ville se résouldent d'habandonner la ville; ce qu'arrivant, Tennemy s'en pourra aisément emparer, à la ruyne totalle du pays. » — L'assemblée décide que les habitants de Saint-Riquier seront priés de députer deux d'entre eux « pour adviser à ce quy se trouvera le plus expédient pour la conservation de lad. place, et cependant que la ville advancera encore quelque somme ausd. soldards pour trois ou quatre jours. »
Nous ne savons comment les habitants de Saint-
Riquier répondirent à l'appel d'Abbeville. Quant à l'intérêt en jeu, la conservation de Saint-Riquier même (par troupes françaises, non par des troupes espagnoles), il occupe l'Echevinage pendant les mois de janvier et de février.
Ainsi dans la délibération échevinale du XX janvier.
Le duc d'Aumale est alors à Abbeville. Il désire mettre quelques gens de guerre espagnols en garnison à Saint Riquier. « pour la conservation de la place et pour empescher les courses de l'ennemy. » — Le duc d'Aumale demande, sur ce point, avis au maieur de Maupin qui convoque l'Echevinage. — Messieurs de la ville sont unanimement d'avis « de représenter à mond. seigneur l'importance de la ville de Sainct-Riquier au pais et ce quy s'y est passé lorsque les trouppes estrangères y ont esté, et supplier pour le bien du pais et trouver bon qu'il n'y ait aulcune garnison estrangère en icelle, et qu'au cas qu'il juge nécessaire et insiste en mettre pour la conservation de la place, que ce soit François, desquels le pais puisse tirer quelque soullagement et refiance [?], ou bien qu'il luy plaise la faire desmanteller. »
Hâtons-nous de le dire, les Abbevillois, quoique bons ligueurs encore, ont l'horreur, la crainte, pro focis peut-être, des garnisons espagnoles.
Ce même 20 janvier, une inquiétude nouvelle met la ville en rumeur; un bruit court que des troupes étrangères sont près d'Amiens et qu'on prétend les mettre en garnison à Abbeville ou dans les faubourgs « et aultres endroicts des environs. » — Une assemblée a lieu à l'occasion de ces bruits ; la délibération est restée en blanc.
Le duc d'Aumale dut mettre néanmoins ses Espagnols dans Saint-Riquier. Voyez plus loin (au VI février) la délibération à propos du faubourg de Rouvroy menacé ' par l'ennemi.
Les partisans du roi tentaient-ils cependant de séduire la ville? On serait tenté de le croire si on s'arrêtait à quelques indices inexplicites.
On voit, dans l'assemblée échevinale du XIX janvier, que M. de Longueville et M. de Rubembré ont adressé à PEchevinage des lettres datées du XVIII janvier (1). Copie de ces lettres sera envoyée à M«r de Mayenne et à Msr d'Aumalle « par hommes exprès, » avec assurance « de ne traicter ny donner response aud. sieur de Longueville que par l'advis et permission de M§rs de Mayenne et d'Aumalle. »
Toute réflexion faite, je pense qu'il s'agit encore, dans ces correspondances, de discussions de trêves ou de conventions à conclure pour la paix des champs. M. de Rubempré a écrit, voit-on dans la délibération du 28 janvier; il mande qu'on lui limite un temps dans lequel l'on pourra faire response aux lettres (2) de Monsieur de Longueville et procurer le bien du poeuple à l'exemple d'aultres villes voisines, sinon qu'il sera contrainct de permettre tous actes hostiles par les siens en ces quartiers.
La délibération sur ces lettres manque.
Je ne puis m'empêcher d'entrevoir une certaine prudence de-l'Echevinage ou du maieur dans les lacunes de nos registres. Tantôt ce sont des lettres, habiles
(t) Le registre ne les a pas conservées. (2) Cy-devant reçues.
peut-être et dictées par la finesse du roi, dont la transcription fait défaut; tantôt ce sont les avis même de la ville que le scribe ne consigne pas à la veille du jour où d'autres résolutions vont leur donner tort.
Les sollicitations poursuivent, semblerait-il (î), les magistrats municipaux ; on voit encore, dans la délibération du 3 février, que Mr de Longueville a écrit de nouvelles lettres en date des XXVII et XXVIII janvier, arrivées le II février avec d'autres de M. de Rubempré. —On députera « ung personnaige » vers Msr de Maienne « pour luy représenter la coppie de la première lettre cy-devant escripte par led. sieur de Longueville. »
Les partisans du roi ne se bornent pas à tenter par lettres (2) la fidélité des habitants d'Abbeville à la Ligue; ils ne négligent pas les moyens de convaincre que l'épée et le canon mettent en la main des hommes. L'Echevinage, qui parlemente encore avec M. de Longueville, s'inquiète le VI février du voisinage des troupes royales, mais non moins, il est vrai, de l'approche des troupes espagnoles alliées du duc de Mayenne.
L'ennemi « estant à la campaigne » menace, a-t-on appris, « de surprendre le faulbourg de Rouvroy; » en outre, « il y a un grand nombre d'Espagnols à Sainct- Ricquier et es environs, ensemble au pais du Vimeu qui tirent en deçà. » 11 sera, « pour la conservation dud. faulbourg , donné charge au capitaine Ducrocq d'y assembler jusques au nombre de cent soldards. »
(1) Je m' aperçois que, tout en discutant, je me suis laissé reprendre à l'idée exprimée plus haut des tentatives de séduction de la part des partisans et des officiers du roi.
(2) Même remarque.
On décide, le IX, que les quarante-cinq hommes que le capitaine Ducrocq a assemblés au faulbourg Docquet pour la conservation d'icelluy y seront entretenus pour ung mois » (1).
Ainsi est inquiétée encore la commune d'Abbeville; celle de Saint-Riquier l'est peut-être moins, mais la garnison espagnole en a rendu le séjour impossible.
Les prevost , procureur du roy , greffier et autres officiers de la justice roialle de la prevosté de Sainct- Riquier ont présenté, vers la fin de février, une requeste à ce qu'il leur soit permis d'exercer leur justice en ceste ville où ils se sont retirés pour la misère du temps. — L'assemblée échevinale d'Abbeville , à qui est adressée cette requête , décide qu'il sera conféré sur la demande avec Messieurs les gens du roy. — Dèlib. du XXVe jour de février 4594.
L'assemblée du XXVI février nous fait saisir le moment où Abbeville hésite visiblement dans la Ligue (2).
(1) « Et que, pour en faire le paiement du présent mois, montant, sellon le rolle icy présenté, à la somme de ncxvn escus, seront prins sur les deniers des fermes de l'escu pour thonneau ou des v[ escu£, » etc.
De plus, il sera payé, « pour les frais faicts, à raison de quarante ou cincquante soldards quy ont esté renvoyés (d'aultant qu'au iicu de cent que Ton avoit donné charge aud. Ducrocq d'assembler, on auroit trouvé bon de n'en entretenir que cincquante), la somme de xxv escus i tiers. » — Dèlib. du VI février 1594.
Il est encore décidé, le XI février, « que les gens de pied mis au faulbourg Docquet, pour la conservation d'icelluy et de la ville, seront payés pour le mois prochain des deniers de l'impost de deux escus pour thonneau. »
(2) Je citerai encore ici, mais avec grandes précautions et réserves, Formentin :
« Le sacre du roi, qui se lit avec pompe" à Chartres, le 22 fé-
Le maieur de Maupin « rapporte » en cette assemblée (simplement échevinale) les lettres de Msr de Maienne « en date des dix-sept et dix-noeufviesme de ce mois, ensemble la coppie d'un arrest de la court du XVI d'icelluy mesme mois, avec aultres lettres de Messieurs les prevost des marchans et eschevins de la ville de Paris; » puis, « lecture faicte desd. lettres et arrests, et Me Philippe Delestoille, grenetier au magazin à scel de ceste ville, ayant fait son rapport, » il est délibéré « qu'il sera escript à mondict seigneur le duc de Maienne et ausdicts conseillers de Paris pour les remercier de la bonne affection qu'ils portent au bien de ceste ville et du soing qu'ils ont de procurer ung repos au général de la France par une saincte et bonne résolution à la conservation de la relligion et de l'Estat, et néantmoings que, pour résouldre sur lesd. lettres et à ce quy est à faire pour le particulier de ceste ville, que coppies en seront envoyées par les chambres pour y apporter leurs advis au prochain jour qu'il sera advisé, et cependant que pour lever les impressions que
vrier 1594, acheva de porter tout le monde à la soumission. « Le dernier février, on délibéra dans l'assemblée du clergé sur les lettres écrites le 15 janvier par le duc de Longueviile, gouverneur de Picardie pour le roi, sur la réquisition du corps de ville que le duc invitoit à reconnaître Henri IV. Le clergé délibéra qu'il falloit tout souffrir, jusqu'au martyre, pour la conservation de la religion catholique et des franchises de ce comté; qu'an surplus , il falloit convenir d'une espèce de trêve par laquelle les laboureurs pourroient cultiver les terres et les marchands négotier librement sans qu'on pût les déclarer de bonne prise d'aucun côté. On en resta là, mais le premier fruit qu'on retira de cette délibération du clergé fut de lui voir quitter les armes pour reprendre le bréviaire. »
l'on a peu concevoir de quelques arrests et escripts contrefaicts soubs le nom de la court, que led. arrest du XVI sera publié. »
Nous trouvons enfin, le dernier jour de février, la dernière condamnation au nom de la Ligue : « A esté advisé que, pour les menées et déportemens de Robert Carbonnier au préjudice de ce sainct party de PUnion, que injonctions luy seront faictes de sortir de la ville. » C'est ce même Carbonnier, nous nous en souvenons, qui, déjà suspect en 1588, avait résisté si bien alors à M. de Hucqueville et fait hésiter le maieur Le Roy et TEchevinage tout entier dans leur faiblesse aux délations.
La ville est bien toujours à la Ligue, on le voit, et demeurera en rapports suivis avec les officiers ligueurs qui tiennent les environs jusqu'au moment où elle traitera avec le roi (]).
(!) Le onzième jour de mars, le sieur de Saint-Marc, enseigne de M. de Rambures, est veriu trouver le maieur. Il désire obtenir la permission de vendre le butin que les hommes de la compagnie de M. de Rambures ont fait depuis trois jours sur quatre à cinq voleurs « quy tenoient tout ce pais en peyne et subjection. » — Le maieur n'a voulu donner la permission qu'à la charge du droit « du dixiesme appartenant à la ville, à cause de la réunion du gouvernement au magistrat d'icelle. » Toutefois, « pour le bien et repos quy revient au pais à cause du service et séjour de la compagnie dud. seigneur de Rambures en ceste ville et es environs, » rassemblée, consultée par le maieur, décide que, « pour a conservation des droits de la ville, led. droit sera prins sur les deniers proceddans de la vente dud. butin, et néantmoings, pour ceste fois et sans tirer à conséquence à Tadvenir, que led. droit sera mis es mains dud. sieur de Sainct-Marcq pour en gratifiïer ceulx qu'il cognoislra le mériter en lad. compaignie. »
Les quatre ou cinq voleurs de M. de Rambures devaient être
Nous voyons dans la Ligue à Amiens de M. A. Dubois, p. 84, que l'entrée du roi à Paris est connue le 24 mars à Amiens, et qu'Amiens, persistant néanmoins dans l'Union, écrit en conséquence à Abbeville. Nous trouvons la confirmation de ces faits dans nos registres (1).
évidemment des partisans armés du roi Henri IV. Sans cette qualité, qui justifiait aussi le butin, ils eussent moins excité le zèle de M. de Rambures.
(1) Formentin, après avoir indiqué la soumission de Paris au roi, écrit:
« Le duc de Longueville, étant à Saint-Quentin, écrivit le 26 mars aux maieur et habitants d'Abbeville pour leur donner part de la réduction de Paris et les inviter à suivre l'exemple de cette
ville. Il se tint une assemblée des (un mot manque) au
grand Echevinage pour délibérer sur le contenu de ces dépêches, mais on n'y conclut rien autre chose que de faire sortir les deux cents hommes de garnison entretenus par le duc d'Aumale et ses domestiques, ce qui fut exécuté. Une partie de la bourgeoisie ayant été, pour cet effet, mise sous les armes, le duc écrivit une lettre menaçante à cette occasion dont on ne lit point même lecture. »
Je n'ai pas besoin de répéter que je ne garantis rien de toutes ces assertions.
Formentin donne ensuite l'analyse d'un mandement furieux de l'évêque d'Amiens, Geoffroy de la Marthonie, emporté ligueur, exhortant le peuple de son diocèse à demeurer ferme dans l'Union, et enjoignant aux curés de faire des processions depuis le Vendredi-Saint jusqu'au Dimanche de Quasimodo, des saluts et des prières publiques, pour obtenir la persévérance de chacun dans l'Union. « Ce mandement fut envoyé, poursuit Formentin, au Sr Silleri, curé de Sainl-Paul et doyen, pour être publié. Perache, curé de Saint-Gilles, et Cavillon, curé de Sainte-Catherine, se distinguèrent le plus par leurs prônes aussi scandaleux que séditieux. Les Minimes ne s'oublièrent point. Les processious furent faites par les curés, mais personne ne les y accompa-
L'Echevinage d'Amiens écrit à l'Echevinage d'Abbeville (J):
« Messieurs, nous vous avons desjà escript après la reddition de la ville de Paris au roy de Navarre et avez peu congnoistre, par nos lettres, nostre intention pour la conservation de nostre sainete relligion, et néantmoings nous avons advisé vous advertir de rechef comme nous sommes tous re'solus de ne préjudicier en façon quelconque au serment de l'Union par nous jurée et ne jamais recongnoistre le roy de Navarre, pour quelque prospérité quy luy advienne, jusques à ce que notre sainct père ait levé l'excommunication quy a esté jettée contre luy, nous asseurant tant en la bonté de Dieu que, nous tenans au giron de l'Eglise, il nous assistera; [ce] quy nous faict vous prier prendre mesme résolution, affin que, par commun moien [?] et bonne intelligence, il soit trouvé ung bon expédient pour l'asseurance de nostre sainete relligion et le repos d'un chacun, ce que nous espérons quy sera faict, nous unissant ensemble de rechef, moiennant le secours de nos amys, avecq l'aide de Dieu que nous prions, Messieurs, qu'il vous ait en sa sainete garde. — D'Amiens, ce XXVI mars 1594. — Vos voisins, confrères et bons amys, maieur et eschevins d'Amiens.
a A Messieurs Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »
Deux jours après (le XXYI1I mars), lecture est donnée à Abbeville, en assemblée échevinale, de cette lettre à laquelle est faite la réponse suivante, qui montre les Abbevillois beaucoup plus près de s'accommoder avec le roi que leurs voisins d'Amiens :
« Messieurs, pour response à vostre lettre du XXVI de ce mois, sur l'advis qu'il vous a pieu nous donner de ce quy est arrivé à Paris nous avons estimé ne debvoir rien préci-
(1) La lettre d'Amiens, lue le 28 mars en l'Echevinage d'Abbeville, n'est transcrite sur le registre aux délibérations que le 29.
piter de nostre part en ce changement et ne nous povans persuader que Messieurs de Paris où nous avons tousjours recongneu, par les effects mesmes, toutte la piété et prudence crestienne de ce roiaulme avoir esté conservée durant ces troubles, aient rien faict de mal à propos ny préjudiciable à nostre commun serment d'union, estans mesmement accompaignés de Monsieur le légalt comme ils sont encor, nous leur en avons escript par gens exprès aflin d'en estre plus amplement informés, ensemble du contenu es articles de leur traicté que Ton dict en avoir esté accordés; sy tost que nous en aurons eu la response, nous ne fauldrons de la vous communicquer ; cependant n'appercevans encore aulcun subject de nous plaindre d'eulx pour le respect que nous avons tousjours désiré de leur porter, non seullement comme à la première ville de ce roiaulme, mais comme à celle quy a servy de premiers fondemens et s'est exposée à tous les périls et occasions requises pour la conservation de nostre sainte Union et sur le modelle des intentions de laquelle nous nous sommes tousjours proposés debvoir plus seurement conformer et rapporter les nostres, nous ne voions poinct qu'il soit expédient nous unir de rechef plus particullièrement et, par ce moien, de quoy nous doublerions faire tort à l'union généralle (1), et aussy attendant quelque aultre esclaircissement de leurs actions, nous croions estre le meilleur de nous tenir sur nos gardes et nous résouldre ne nous laisser empiéter à quy que ce soit (2), par la grâce de Dieu que nous prions, Messieurs, vous maintenir en sa sainte garde. — D'Abbeville, ce XXIX mars 1594.
« Vos confrères, voisins et meilleurs amys, maieur et eschevins d'Abbeville. -
La veille même, dans l'intervalle de cet échange de
(1) Et en gardant cette résolution, en quoi nous nous exposerions à faire tort à l'Union.
(2) La mauvaise humeur contre 1rs Amiénois ne perce-t-elle pas ici?
lettres entre Amiens et Abbeville, le 27 mars, l'Eche-
vinage abbevillois avait écrit au duc de Mayenne (4) :
« Monseigneur, lors et incontinent que nous eusmes receu vos lettres avecq celles de Messieurs de Paris du XVIIe du mois de frebvrier dernier, nous nous assemblâmes et prîmes résolution que, comme nostre intention ne fut jamais d'entrer en aulcun traicté particullier avecq le party contraire sans vostre auctorité et permission, beaucoup moings le ferions-nous puisqu'il vous avoit pieu nous asseurer que cella pourroit apporter quelque préjudice à notre saincte Union et nous donner espérance de voir en bref le remède à nos misères par ung traicté et résolution généralle à la conservation de nostre saincte relligion et de l'Estat, et avons persisté comme nous persistons encore en ce propos jusques aujourd'huy qu'estans advertis de la réduction voluntaire de lad. ville de Paris en l'obéissance du roy de Navarre et n'en aians receu aulcun advis de vous ny de leur part, ny des articles que l'on dict en avoir esté accordés et sy nous y sommes comprins ou non, nous vous en avons faict ceste despesche exprès pour vous supplier très -humblement nous mander ce que nous en povons attendre et comment nous nous y debvons conduire devant que nous soions davantaige contraincts par la calamité du temps et importunités de ce paouvre poeupie que nous vous avons assez souvent répété (2) où chacun pert la patience ; [ce] quy nous faict de rechef vous supplier nous voulloir au plus tost esclaircir vostre intention et prendre ce debvoir pour tesmoignaige du désir que nous avons de demeurer à jamais, Monseigneur, .... (le reste de la formule est omis dans le registre). Ce XXVII9 mars 1594. »
Ainsi l'attitude d'Abbeville, soucieuse de ses engagements, demeurait noble devant le duc de Mayenne.
(1) Cette lettre n'est transcrite qu'à la suite de la délibération du XXIX mars.
(2) Ou représenté, écrit en abréviation.
En ce moment où , sortant d'un parti , la ville ne s'était pas encore accommodée avec l'autre, la sécurité ne pouvait être complète ; aussi trouvons-nous trace de quelques précautions (1).
Préliminaires de la soumission de la ville. — Correspondances. — Trières au Saint-Esprit. — On ne laissera entrer aucuns gens de guerre dans la ville. — Lettre du roi. — Comment s'introduit dans la ville la résolution de se soumettre au roi. — Les bénéfices de cette résolution pour plusieurs. — Les excuses qu'on présentera au roi. — Assemblée générale du 16 avril. — Délibération par laquelle la ville se rend au roi. — Quelques plaintes du maieur ou symptômes de résistance dans la ville. — Nomination des députés qui iront porter la soumission de la ville au roi. — Avis envoyé à M. de Longueville. — Réponse de M. de Longueville. — Réception des députés par le roi. — Requête qu'ils lui présentent et concessions obtenues par eux. — Edit du roi. — Retour des députés. — Te Deum, feux de joie, salves d'artillerie. — Procession. — Cette procession sera renouvelée annuellement et commémorativement.
Nous approchons de la soumission de la ville au roi. Les correspondances qui précèdent cet acte — lettres adressés à l'Echevinage d'Abbeville par le roi, par le Parlement, par le prévôt des marchands et les échevins de Paris, par le duc Longueville, lettres qu'aident le Parlement par ses arrêts, l'Université par ses déterminations, les lettre et requête des maieur et échevins, manans et habitans d'Abbeville au roi, etc. — occupent en transcriptions rapprochées les unes des autres, dans le registre aux délibérations de 4593-3594, toutes les
(l) « XXIX mars: a esté dellivré aux quatre portiers chacun une casse (un tambour), dont ils se sont chargés, pour servir à la garde et aux occasions s'offrans. »
pages comprises entre le folio IIe LXX verso et le folio IIe IIII"IIÏ1 verso. Les transcriptions sont d'une écriture particulière, très-facile à lire. Nous ne relèverons que des indications sommaires pour quelques-unes, la copie intégrale menaçant de prendre trop d'étendue. Les dates mêmes des lettres, arrêts, etc., appelleront nos extraits raccourcis.
Lettres de M. de Longueville du XXVI mars 4594, à Messieurs les maieur et eschevins, manans et habitans d'Abbeville. — Fol. IleLXXI recto.
Lettres de Messieurs du Parlement, du pénultiesme jour de mars 1394, à Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. - Fol. IPLXXiï recto.
Lettre de Messieurs les prévost des marchans et eschevins de Paris, du pénultiesme mars 4 594, à Messieurs les maieur et eschevins d'Abbeville. — Fol. 1PLXXII verso.
Arrest révocatoire de la puissance et quallité attribuée à M1 de Maienne avecq ordonnance de recongnoistre le roy , du pénultiesme mars 1594. — Fol. IPLXXIII recto.
Ces dernières lettres et la copie de l'arrêt constatant l'autorité nouvelle du roi n'arrivèrent, il est inutile de le dire, que dans les premiers jours d'avril.
M. de Mayenne avait aussi écrit des lettres que l'Echevinage prudent crut de bonne politique sans doute de ne pas faire conserver sur ses registres ; nous les voyons mentionnées cependant dans la délibération du troisième jour d'avril.
Les lettres de M§r de Maienne, est-il dit, et celles des prévost et eschevins de Paris sont arrivées. — On comprend l'embarras d'Abbeville. — M. Louandre écrit
en marge : « On implore les lumières du Saint-Esprit au sujet de la lettre du duc de Maienne. ■ — Voici l'extrait des délibérations :
« Sur les lettres receues de M§r le duc de Maienne, ensemble de Messieurs les prévost des marclians et eschevins de la ville de Paris (I), représentées en lad.
(1) Je me ravise sur l'épreuve et juge convenable maintenant de donner en addition, à la fin de ce travail, les lettres du duc de Longueville, de Messieurs du parlement, du prévôt et des échevins de Paris, etc.
La lettre du duc de Longueville est très-remarquable. Le gouverneur de Picardie proteste d'abord de son dévouement à la province; il n'adresse que de légers reproches aux Abbevillois pour ses bons offices repoussés jusqu'alors; il engage enfin Abbeville à reconnaître l'autorité royale ainsi que l'ont déjà fait beaucoup de villes (dont Paris) et beaucoup de provinces; il invite les incertains à implorer de Dieu l'inspiration de leur devoir ; il atteste la sincérité de la conversion du roi déjà manifestée par des « effects miraculeux; » il attaque enfin les habitants de la ville par leur intérêt même : ils ne seront pas les derniers à jouir des biens que les villes du royaume peuvent attendre de leur soumission. Lui-même il favorisera Abbeviile de tous ses moyens.
La lettre du parlement témoigne de la douceur et de la clémence du roi entré dans Paris. Conséquences : le « repos et la tranquillité entre les citoyens. » Le parlement va travailler « par tous moyens » à faire rendre au roi l'obéissance qui lui est due. La soumission de Paris a été autorisée et approuvée non-seulement par la cour du parlement, mais par le maréchal de Brissac, parle prévôt des marchands, les échevins et tous les habitants de la ville. Le parlement termine en rappelant la joie unanime qui remplit Paris; i! sollicite donc Abbeville à ne pas se départir de la iidélité traditionnelle de la Picardie aux rois de France.
La lettre de la municipalité parisienne rappelle les lins communes poursuivies jusqu'alors par Paris et les villes de l'Union, le salut de la religion catholique et le soulagement de la « patrie; » m 8
assemblée par led. sieur maieur et lesquelles y ont esté leues, il a esté advisé que avant assembler pour faire respondre ou faire résouldre sur lesd. lettres que l'on fera faire prières à Dieu affin de disposer, par son Sainct-Esprit, ung chacun à y apporter une bonne et saincte résolution, attendant laquelle et pour éviter
elle témoigne de la constance des Parisiens (tant de ruines!) et des souffrances courageusement supportées par eux. Les Parisiens, au milieu de la France déchirée par elle-même et par ses voisins, ont toujours espéré et attendu la guérison générale de la conversion du roi à l'église et adressé à Dieu des prières pour cette conversion. Vers le. temps où le roi hésitait encore dans Phérésie, leurs yeux ont été complètement ouverts sur les menées ambitieuses des Espagnols et du duc de Mayenne. Enfin, le roi converti a été sacré; la bénédiction du pape est attendue; déjà les prélats « qui sont les vrais corps de l'église gallicane » induisent eux-mêmes le peuple à l'obéissance. Dans ces conjonctures, les Parisiens ont invoqué Dieu, prié, en descendant leurs reliques, les saints apôtres de France, saint Marcel et sainte Geneviève; eniin, éclairés par ces communications avec « les glorieux saincts » et d'accord avec M. le maréchal de Brissac, gouverneur de Paris, ils ont ouvert leurs portes au roi. L'armée royale, escortant son prince, est entrée dans la ville au milieu de la confiance et de la joie : chants de triomphe, boutiques ouvertes, peuple passant au travers des troupes pour chercher le roi, cris montant jusqu'au ciel et les voûtes mêmes de la cathédrale semblant se « fendre d'allégresse. » Le prévôt et les échevins parisiens, après s'être étendus sur la bonté et sur les bienfaits du roi, invitent les habitants d'Abbeville à suivre leur exemple, à devenir libres en se rendant au roi, puis, les prenant par une de leurs préoccupations habituelles, « à ne se laisser asservir par des garnisons, par des citadelles, par l'ambition d'autruy, » à rejeter partout la tyranuie espagnole.
Les habitants d'Abbeville. ainsi sollicités, étaient suffisamment préparés sans doute à recevoir la lettre que le roi devait, en connaissance de leurs dispositions, leur écrire le XI avril.
qu'il ne soit attenté sur la liberté de ceste ville, qu'il n'y sera receu ny laissé entrer gens de guerre est rangers ny françois ou aultres seigneurs et gentilhommes quels qu'ils soient. »
Cette dernière partie de la délibération reçut un complément immédiat dans une résolution qui limitait à quatre jours la fourniture de munitions à certaines troupes (1) et qui ordonnait au sieur Pacquer de se retirer. — Voyez la note sous cette page.
Du 3 au 16. avril, point de délibérations transcrites dans le registre. Ainsi donc intervalle de treize jours pendant lesquels PEchevinage reste muet (2). —Prudence peut-être.
Dans l'intervalle avait été reçue sans doute la lettre du roi aux habitants d'Abbeville, du XI avril :
« Chers et bien amés, depuis qu'il a pieu à Dieu nous faire succéder au régime et gouvernement de ceste monarchie françoise, de la conservation de laquelle il a tousjours eu soin particulier, sa divine bonté a faict a perte ment cognoistre par les
(1) Quelles étaient les troupes que je trouve, ce même lundi 3 avril, pourvues de vivres en ces termes — après un intervalle laissé blanc pour recevoir des considérations qui manquent : — « que Ton fournira encore des munitions pour quatre jours, à la charge de les avoir enlevées en dedans mercredy pour tout le jour, et que, ce faict, il ne sera plus tiré aulcune munition ny vivres de ceste ville et sans qu'il soit besoing de mettre plus le faict en délibération. — Au surplus, qu'il sera permis au sieur Pacquer de se retirer et à la charge de faire rendre les bestiaulx et moeubles quy ont esté prins aux paisans. »
S'agirait-il de la garnison du Font-Remy?
(2) Pour la réunion du 3 avril et pour les processions qui suivirent, voyez plus loin, dans la délibération fdu 1G avril, l'exposé narratif ou rétrospectif du maieur.
heureux succès qu'elle a donné à tous nos desseins et entreprises, combien luy estoit agréable nostre légitime établissement en icelle. Geste grâce s'est encore plus amplement manifestée lorsque nos ennemis qui n'ont rien oublié pour nous y traverser, voulans tenter le dernier et plus plausible moyen au peuple de parvenir à l'usurpation de nostre couronne, ne pouvans plus céîer l'ambition qu'ils avoient jusques alors couverte du prétexte de la religion, ont tasebé de persuader à nos subjecls que la disposition de nostre dicte couronne leur appartenoit en espérance d'en tirer une eslection à l'advantage de l'Espagnol ou des siens. A quoi les bons François ont trouvé si peu de goust que ceux qui se sont trouvés à ceste proposition comme députés de nos provinces, ayans faict voir à leurs concitoyens les pernicieuses intentions de nosdicts ennemis , en ont entièrement réprouvé et abhorré les cifects : Et jettans lors les yeux sur nous leur Roy et prince naturel , se sont du tout résolus à nostre obéissance, de laquelle ils se promettoient et ont ja aucuns d'eux commencé à ressentir autant de bien et soulagement que leur rébellion avoit apporté de ruine, perte et nécessité. Nos villes de Paris, Meaux, Orléans, Rouen, Bourges, Lyon, Verneuil, se sont les unes après les autres submises à ce debvoir et y ont esté depuis suivies par celles de Troyes, Sens et Auxerre: l'exemple desquelles et le ressentiment que vous pouvez encore avoir des f.ivcurs et bienfaicts que vous avez receu de nostre maison et particulièrement l'honneur que vous a faict nostre seigneur et père, que Dieu absolve, lorsqu'il vous a gouverné, nous font espérer que vous ne serez des derniers à nous obéir ; rien ne vous en peut maintenant excuser, Dieu vous le commande, la nature vous y oblige, les Espagnols qui sont à vos portes introduits en nos autres villes par ceux qui pensent avoir beaucoup de puissance sur vous et les veulent establir au préjudice de vostre franchise et liberté, vous y contraignent. Ne doublez point de l'asseurance de nostre religion de laquelle nous avons par serment solennel donné à nostre conversion , réitéré à nostre sacre et confirmé depuis à la somption de nos ordres, juré la défense et conservation. N'appréhendez non plus la recherche
de vos fautes passées, la promesse que nous vous faisons maintenant de les vous pardonner et Ja douceur et clémence qu'ont esprouvé les plus mutins et séditieux de ceste ville, ne vous estans ignorées, vous doibvent faire perdre ceste crainte. Ne feignez (1) donc de venir à nous qui sommes prests à vous recevoir et embrasser d'une paternelle benevolence et royale débonnaireté. Nous ne désirons de vous qu'une pure et franche volonté à nous servir et bastir en vos cœurs les plus fermes et stables fondemens , appuis et forteresses de nostrc authorité soubs laquelle vous serez maintenus en la libre, paisible et entière jouissance de tous vos biens et facultés, et de tant de beaux et amples privilèges que vos pères se sont acquis de nos prédécesseurs , pour leur segnalée loyaulté et fidélité , vous asseurant de faire encore davantage pour voste contentement si, par vos services et mérites, vous nous en donnez occasion. — Escrit à Paris, le XI jour d'avril M.C.XCIIII, signé Henry; et plus bas: Potier; et au dos: À nos chers et bien amés maire, eschevins et habitans de nostre ville d'Abbeville. » — Fol. IIe LXX verso du registre aux délibérations (2).
Qu'on se rende compte de l'effet que cette lettre dut produire dans Abbeville déjà préparée, à communications ouvertes, par les lettres du duc de Longueville, de MM. du parlement et de MM. les prévôt et échevins
(1) La langue populaire a conservé encore feignant pour fainéant.
(2) M. Berger de Xivrey, qui n'a pas reproduit cette lettre, la résume cependant ainsi : « Avis de la reddition de Paris, Meaux, Orléans, Rouen, Bourges, Vienne, Troyes, Sens et Auxerre. Invitation à suivre leur exemple dans les mêmes termes que la circulaire sur la réduction de la Bastille et la lettre à la ville de Troyes dont celle-ci est la reproduction. Le roi y ajoute comme considération particulière à Abbeville, les liens qui attachent cette ville à la maison de Bourbon et le souvenir du gouvernement du roi son père. » — Lettres missives de Henri IV.
de Paris, à insinuations discrètes, par le maieur de Maupin.
Nous voyons dans les documents publiés sous la direction de M. Thierry, que, le 14 avril, Amiens a décidé Tenvoi d'un député à Abbeville. — Simple parenthèse ici entre les dépositions que nous empruntons à nos registres (1).
Vient enfin, le 16 avril (2), la résolution de se soumettre au roi.
Tels sont les témoignages avoués, publics, honorables, conservés dans nos registres, des négociations ouvertes qui précédèrent la soumission d'Abbeville. D'autres témoignages, moins avouables peut-être, ont disparu, mais en laissant quelques traces. Que s'était-il dit à demi-mot, discuté à voix basse, arrêté le doigt sur la bouche , depuis peu , entre les agents du roi et les principaux magistrats ou officiers de la ville? Nous ne le soupçonnerions plus sans les avantages significatifs que plusieurs retirèrent immédiatement de la restauration royale. Sans doute, au point de vue où l'histoire impartiale et les principes de la justice religieuse nous ont mis, le moment était depuis longtemps venu, — venu depuis la mort d'Henri 111, — d'ouvrir au roi des portes qui n'eusseut dû lui être jamais fermées. Le prétexte à la résistance n'existait plus guères
(i) Déjà l'accord tend à se rompre entre les villes entraînées en sens divers.
(2) Une assemblée, qui ne figure pas dans le registre, avait eu lieu le mercredi 14 avril. Waignart nous en a conservé un souvenir que nous reproduirons un peu plus loin en note. Waignart, que suit Formentin, aurait-il simplement antidaté par erreur rassemblée du 16?
même depuis l'abju ration de Saint- Denis. Mais les progrès—théoriques—de l'honnêteté moderne ne nous familiarisent pas avec les changements politiques qui rapportent. Les plus scrupuleux du xvie siècle l'avaient senti déjà, qui souriaient du Vive le Roi ! Vive la Ligue ! n'osant, sous Henri IV et jusques sous Louis XIV, sourire, sinon derrière le manteau, du Vive la Ligue! Vive le Roi! Waignart présente ainsi indulgemment l'évolution marchandée de Jean de Maupin et de quelques autres, non sans rappeler l'honneur qu'avait eu un autre Jean de Maupin de remettre la ville à Louis XI.
« Abbeville a esté de tout temps appelée la citadelle de la Picardie pour estre sur l'embouschure de la mer, et a esté remarquée avoir esté loyalle à son prince, ayant secoué librement le joug premièrement à l'Anglois; puis ayant esté engagée (à son grand regret et pourquoy on bastit le chasteau) au duc de Bourgogne, se remit entre les mains de son souverain et naturel seigneur le roy Louis XI par le moyen de sire Jean de Maupin, escuyer, seigneur de la Bouvaque, lors maieur de la ville, et en l'an M.D.LXXX1X suivit, par l'induction de certains personnages (comme il a esté dit cy dessus) et principalement de son maieur, le parti des rebelles ligueurs. Le sieur de Maupin, qui avoit esté cause de la rébellion, eut regret d'y avoir trempé si longtemps, voulut ensuivre son ayeul ; poussé par les bons habitants et quelques autres de dehors, composa
avec le roy par le moyen de de Sacquespée,
escuyer , seigneur de Thezy , auxquels Sa Majesté donna (1) deux mille quatre cents livres de rente à
(1) L'exemplaire non abrégé de Waignart donne quelques
partir chacun par moytié, à prendre sur la ville d'Abbeville, qu'elle avoit accoustumé de rendre à Sadite 3Iajesté pour et au lieu de xx sols sur muy de vin et dont on compte encore à la chambre des comptes. Et pour mieux asseurer ceste gracieuseté, Sadite Majesté lit un édict pour l'aliénation de ceste partie dont Me Philippe de Ponthieu, procureur en la sénéchaussée de Ponthieu, fut adjudicataire pour luy ou son comraand, dont il nomma lesdicts sieurs de Maupin et de Thezy. Ledit sieur de Maupin donna audit de Ponthieu
détails de plus: « Thcsy eut un estât d'huissier de la chambre du roy, Maupin un estât de maistre des requestes de son hostel qu'il ne put occuper, le nombre des maistres des requestes estant complet. Quant au don des douze cents livres de rente, Thesy et Maupin le firent passer par arrêt du conseil eu forme d'aliénation et à eux adjugé comme plus offrants. Ce fut donc un véritable marché avec le roi. Cet accord fait, le maieur communiqua familièrement avec les serviteurs du roi , à qui il montra les lettres déjà reçues de Paris, du roi, du prevost des marchands et des échevins de Paris, et du parlement. Les partisans ou agents du roi le pressèrent de faire une assemblée générale de tous les corps de la ville et d'y faire lire toutes ces lettres, ce qui fut fait le 16 avril, où il fut arrêté et délibéré qu'en attendant l'absolution que S. S. devoit envoyer au roy Ton députeroit quatre ou six personnages notables habitans de la ville vers Sa Majesté pour lui faire entendre que ce qui s'étoit passé dans la ville durant les troubles n'avoit eu d'autre objet que la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine, etc., etc et cependant supplier très-humblement Sa Majesté trouver bon de différer le serment plus solennel jusqu'à ce que l'absolution de IN. S. Père luy fût impartie, pendant lequel temps l'on promettoit ne recongnoistre autre autorité que la sienne, la seule légitime. . . m 11 fut aussi arrêté « que les prédicateurs seroient admonestés de se comporter modestement en leurs prédications sans invectives contre personne. »
une chanoinerie dans Saint-Vulfran pour son fils, que madame la comtesse de Ponthieu luy avoit donnée après la mort de Me Charles Coppin, Artésien ( I). »
L'envoyé secret qui s'entremit d'abord olîicieusement pour obtenir des magistrats la soumission de la ville est Nicolas de Fren, l'ancien lieutenant sans doute du gouverneur capitaine du château.
Le fait nous est fourni par Sangnier d'Abiancourt : « Le roi, qui avait envoyé à Abbeville le sieur Nicolas de Fren, secrétaire de sa chambre, natif de la même ville, sous prétexte d'aller visiter ses parents, mais afin de sonder les intentions des principaux de la ville, eut la consolation de voir cette ville se rendre à lui purement et simplement, sans demander aucune chose. » —Suivant Formentin, de Fren gagna le baron de Pont-Saint-Pierre, sénéchal de Ponthieu pour la Ligue, « par le moyen d'une dame qu'il (Pont-Saint- Pierre) aimait et à laquelle il (de Fren) fit de grands présents. » Nous ne savons si l'austérité de Jean de Maupin, simple conseiller en la sénéchaussée, put être attaquée de la même façon. Quoi qu'il en soit, le roi ne se montra pas ingrat. <« En récompense du service, — de la réduction d'Abbeville, — le sieur de Fren et tous ses descendants, nous dit Sangnier d'Abrancourt, furent anoblis, et lui donna encore un office de trésorier
(1) Voyez, dans les Documents publiés par M. de Beauvillé (Paris, 18GU), p. 26i , l'ordonnance de Henri IV, qui enjoint au trésorier de son épargne de payer deux mille éeus à quatre personnes en récompense de leur coopération à la reddition d'Abbeville; ces quatre personnes étaient le doyen de Saint-Vulfran Apvril, les sieurs de Caux et de Beaucouroy, et le capitaine du Croc. Cette ordonnance est datée d'Amiens, 20 août 150i.
général à Grenoble où il a choisi sa demeure depuis ce temps (1). »> Quant au maieur de Maupin, « il fut récompensé de douze cents livres de rente par chacun an, et obtint pour tous les maieurs suivants (la faveur est bonne après les douze cents livres) le pouvoir de porter la tasse de velours violet, enrichie d'une bourse et d'un cercle d'argent, avec les armoiries de la ville en broderies posées au milieu. » Le maieur de Maupin porta le premier cette tasse. « Le sieur Le Boucher (le lieutenant criminel, envoyé bientôt vers le roi, comme nous le verrons) eut pour récompense l'augmentation de ses gages, et le sieur de Canteleu (envoyé également vers le roi) la survivance de sa charge d'élu pour maître Paul de Canteleu, son fils aîné. » — Sangnier d'Abrancourt.
Mais ne nous attardons pas dans le compte de ces récompenses accordées à la bonne volonté et revenons à la délibération du 16 avril.
Ce jour-là , vendredi , assemblée générale au son de la cloche, où se trouvent Mr de Hucqueville, séneschal de Ponthieu-, J. Bernard, lieutenant général; le maieur, le doyen de Saint-Vulfran et un chanoine; les religieux de Saint-Pierre-, M. de Rambures; les gens du roy; les anciens maieurs, les échevins et grand nombre de notables bourgeois et de maieurs de bannières ; Tillette , procureur de la ville -, Delecourt , substitut.
Le maieur de Maupin expose que, « aiant entendu la
(1) Formrntin, à qui je ne me fie pas, ajoute que « Diane de. France, notre comtesse, rentre'e en possession du Ponthieu, lui conféra un canonicat de Saint-Vulfran à la réquisition du roi. »
réduction de la ville de Paris, il a été trouvé expédient d'y envoier, ce qui a été fait (1). Les lettres de Messieurs de la court de parlement et de Messieurs les prévost
(1) C'est ici que nous devons rappeler une réunion antérieure que Waignart iixe au 14 :
« Le mercredi XIVe jour d'avril, dernière feste de Pasques (1), se fit assemblée générale de tous les habitans de la ville pour adviser comme Ton se comporteroit vers Sa Majesté pour luy remettre la ville en son obéissance et qui on délégueroit pour ce faire. Tous furent d'avis de la remettre purement et simplement, sans autre chose demander. »
Cette assemblée du 14 est mentionnée d'ailleurs, après Waignart, par Sangnier d'Abrancourt et par Formentin.
Sangnier d'abord : « Le sieur de Maupin, maieur, fit faire une assemblée générale des habitans, de l'avis du sieur de Fren, le mercredi 14 avril, dernière fête de Pâques, et tous tombèrent d'accord de remettre la ville purement et simplement entre les mains de Sa Majesté. »
Formentin : « L'assemblée des trois états de la ville fut indiquée au 14 avril, dans la salle du grand Echevinage. On y lut les lettres du roi, de Diane de France, du parlement et de la ville de Paris. L'enregistrement en ayant été ordonné tout d'une voix, il fut aussitôt résolu de se soumettre au roi de Navarre, ainsi le traitait-on encore, et de le reconnaître pour légitime roi de France. Il n'y eut que quelques chanoines et la plupart des curés et supérieurs religieux qui s'opposassent à cette résolution. La soumission sans réserve et sans condition fut arrêtée. »
Je regrette de ne pouvoir vérifier par le même détail toutes ces affirmations. C'est à tort, dans tous les cas, je pense, que Sangnier et Formentin avancent que l'assemblée députa vers le roi J. de Maupin, maieur; Pierre Le Boucher, lieutenant criminel ; Josse Beauvarlet, conseiller; Jean de Canteleu , élu; Nicolas Le Bel, greffier de la ville. La désignation des députés ne fut faite que le 17 avril, et parmi eux je ne vois pas figurer le maieur de Maupin.
(1J D'après Y Art de vérifier les dates, Pâques tombant cette année le 10 avril, le mercredi devait être le 13 avril.
des marchans et eschevins de la ville de Paris, receues le dimanche dis Rameaux, IIIe de ce mois, le maieur a donc fait assembler en l'Echevïnage où furent d'abord lues ces lettres. Là, et « avant qu'aulcune chose résouldre et dellibérer sur icelles, il auroit esté trouvé bon de les communicquer à Messieurs les antiens maieurs et aultres personnes nottables et habitans de lad. ville, par l'advis desquels auroit esté remis à dellibérer après le sainct jour de Pasques dernier passé, pendant lequel temps, suivant l'exhortation de Monsieur l'évesque d'Amiens, le poeuple se seroit disposé, par processions et prières publicques, pour implorer la grâce de Dieu et assistance de son Sainct-Esprit à nous donner une bonne et salutaire résolution à son honneur et gloire et au bien de ceste province tant désolée, et que le jour d'hier (1) ayant receu un pacquet envoie par M. de Rubempré où estaient lettres à nous adressées de la part de Sa Majesté, de Monseigneur le duc de Longueville, desd. sieurs prévost et eschevins de Paris, et ung arrest de la court de parlement du XXX mars dernier, après le tout communicqué et conféré avec mesd. sieurs les eschevins , ensemble les lettres de M»r de Maienne du VIII de ce mois et d'à ul très lettres escriptes à ceste communaulté par la ville de Rouen et celle escripte par la ville de Troye à mesd. sieurs de Paris après la réduction de lad. ville, il auroit esté jugé nécessaire de faire la présente assemblée de tous les ordres de ceste ville pour en adviser meurement pour l'importance et conséquence de l'affaire et
(1)15 avril évidemment.
que chacun soit rendu capable de ce quy se passe et y apporter son advis.
Voici le résultat de la discussion :
Après que lecture a esté faicte de toutes lesd. lettres et arrest de lad. court,
Il est décidé, d'après tous les avis recueillis, « que, attendant l'absolution que Sa Saincteté envoira au roy, que Ton depputtera quatre ou six personnaiges nottables habitans de lad. ville vers Sad. Majesté pour luy faire entendre que ce quy s'est passé en cestc dicte ville durant ces troubles n'a esté qu'à ce seul but de la conservation de nostre saincte rclligion catholicque, apostolicque et romaine, sans avoir apporté aultre desseing particullier ny avoir eu intention de se desparlir de l'obéissance et fidellité que nous debvons et avons tousjours porté à la couronne de France, et que nous le recongnoissons pour nostre roy légitime et naturel et luy offrons toutte la fidellité, service et obéissance que doibvent tous bons et loiaulx subjects à leur roy souverain, suppliant très-humblement Sadicte Majesté de nous recepvoir et recongnoistre pour tels, nous octroier la conservation des previllèges tant antiens que nouveaux à nous conceddés deppuis ces troubles et aultres amplement contenus par les mémores quy seront dressés et baillés ausd. depputtés, et néantmoings supplier très-humblement Sadicte Majesté de trouver bon d'en différer le serment plus solempnel jusques à ce que l'absolution de nostre Sainct Père luy soit impartie, pendant lequel temps nous promettons ne recongnoistre aultre, faire ny admettre chose quy soit préjudiciable à son service. »
Le maieur expose encore que pour exécuter cette délibération, il convient de faire cesser « les monopolles (sic) et divisions meues par cy-devant entre aucuns habitans, ce qu'il a tolléré jusques icy, ne voullant user de rigueur et condampnations d'amendes pour tenir la ville en repos, encores qu'il eut eu advis que aucuns aient esté si osés que d'user de menasses contre sa
personne môme, et d'ailleurs que quelcun ait esté si osé que de luy faire dire qu'il avoit en ceste ville cincq cens hommes à son commandement (1), pour ce que, cella continuant et n'estant aultrement assisté, il désiroit plutost quitter lad. charge. » L'assemblée le prie et le requiert unanimement de ne permettre « aulcune faction, monopolles ny entreprises ou complot contraires au repos commun, à lad. dellibération, et en faire justice et y emploier la force et toute l'auctorité de lad. ville sans y conniver nullement.
« Que les prédicateurs aussy seront priés et admonestés d'eulx comporter modestement et leurs prédications sans invectiver contre personne. »
Le lendemain (17 avril), en simple assemblée échevinale, sont nommés pour faire le voyage vers le roi, Messieurs Le Boucher, lieutenant criminel, Beauvarlet, ancien maieur, De Cantelleu, échevin, et Me Nicolas Lebel, greffier de la ville (2).
(1) Ces divisions dénoncées, ces menaces contre le maieur, ces déclarations de résistance appuyées sur cinq cents hommes n'indiquent-elles pas un reste vigoureux de l'esprit de la Ligue dans Abbeville?
(2) « Pour quoi, dit Waignart (à la suite de la réunion du 14), furent délégués M" maistres Pierre Le Boucher, lieutenant criminel, Joce Beauvarlet, conseiller, tous deux antiens maieurs, Jean de Canteleu, esleu, et Nicolas Le Bel, greffier de la ville (1). »
(1) Et Waignart, grand dessinateur d'armoiries, donne les armes de ces quatre envoyés:
Le Boucher, d'azur à la fasce d'or, à deux roses d'argent en chef, un arbre de même en pointe.
Beauvarlet, de sable à la fasce d'argent, deux étoiles d'or de six rais en chef, un croissant d'argent en pointe.
De Canteleu, d'azur au chevron d'or accompagné de trois épis de maïs tiges de même.
Le Bel, d'azur au chevron d'or chargé de trois roses de gueules boutonnées d'or et accompagné de trois molettes d'or.
Nous lisons ailleurs (dans les transcriptions du folio IIe LXX verso au folio IIe IIII" 1111 verso) :
La résolution prise d'envoier députés par devers le roy , on en advisa Monseigneur de Longueville , son lieutenant en ceste province de Picardie. M. de Longueville répondit les lettres qui ensuivent:
Lettres de Mr de Longueville du XXIe avril 4594, sur la résolution prise de recongnoistre le roy, à Messieurs les maieur et eschevins d'Abbeville. — Fol. IlcLXXV recto (1).
Les quatre envoyés de la ville partirent, nous apprend Waignart, le XX avril, « arrivèrent à Paris le XXV. Deux jours après, ils furent présentés à Sa Majesté par le duc de Longueville, gouverneur pour le roi en Picardie, qui (le roi) les reçut humainement et les regarda d'un bon œil. » Le lieutenant criminel Le Boucher porta la parole (2) et dit ce qui étoit de sa charge. » Le roi fut très-content « de ce qu'on lui remît la ville sans aucunes conditions (3). » En conséquence, il fit dire
(1) Ces lettres sont date'es de Saint-Quentin: « Je suis trèsaise, dit le duc, de faire paroistre à Sa Majesté et à tout le monde combien je me resjouis de quoy vous avez esté les premiers de ceste province à qui Dien a fait la grâce de se retirer de tant de ruines qui menacent ceux qui ne vous veulent imiter. »
(2) Preuve nouvelle que le maieur ne faisait pas partie de la députation. Cependant Formentin, inexact ici même sur une date et à qui j'ai toujours soin de ne pas me lier, dit: « Les députés de la ville partirent avec une suite nombreuse. Le duc de Longueville les présenta au roi le 25 avril. Le maieur Maupin, après avoir harangué Sa Majesté, lui offrit, dans un bassin de vermeil, les clefs et les sceaux de la ville que Le Bel, greffier de la ville, avait apportés. Le roi les prit, les remit aux mains du duc de Longueville qui les rendit au sieur Maupin. »
(3) Ne savait-il pas ce que ce « sans conditions » lui coûtait en dons et en faveurs?
aux députés (il connaissait déjà sans doute la requête préparée) qu'il avait désir « de les gratifier et qu'ils avisassent ce qui leur étoit nécessaire pour le bien des habitants. » Les députés présentèrent alors la requête dans laquelle la ville, très-soumise d'ailleurs, se ménageait, humblement, en sujette, d'assez bonnes conditions. L'œuvre de la diplomatie échevinale nous fournit, avec des preuves de sagesse et de prévoyance dans les négociations, un résumé des faits accomplis pendant les troubles. Nous la donnerons en faisant suivre chaque article des réponses du roi, consignées dans les marges de notre registre :
REQUÊTE PRÉSENTÉE AU ROï PAR LES DÉPUTÉS SUR LA RÉDUCTION DE LA VILLE.
« Au roy.
« Sire, vos très-humbles et très-obéissans serviteurs et subjects les maieur et eschevins, manans et habitans de vostre ville d'Abbeville supplient très-humblement Yostre Majesté de voulloir croire que ce quy s'est passé en lad. ville durant ces troubles n'a esté qu'à ce seul but de la conservation de nostre saincte relligion catholique, apostolique et romaine, sans avoir apporté aultre desseing particulier n'y avoir eu intention d'eux départir de l'obéissance et fidellité qu'ils doibvent et ont tousjours porté à la couronne de France, et, pour ceste raison, qu'il plaise à Yostre Majesté les voulloir recevoir et recongnoistre pour ses très-humbles et trèsobéissans subjects et serviteurs pour luy rendre la fidellité, service et obéissance telle que tous bons et loyaulx subjects le doibvent à leur roy légitime et naturel, et, oubliant toutes choses passées en les mettant
en sa bonne grâce, leur octroier qu'en lad. ville d'Abbeville, fauxbourgs et banlieue d'icelle, seigneurie et archidiaconé du Ponthieu , dix lieues à la ronde de lad. ville, il n'y aura aultre exercice de relligion que catholicque, apostolicque et romaine. »
« Le roy, louant la saincte résolution qu'avoient prise les supplians et aiant agréable leur très-humble submission , les reçoit en sa protection et de la couronne de France comme vrais subjects et fidelles serviteurs d'icelluy, et, en cette quallité, Sa Majesté les voeut doresnavant chérir, aimer et gratifïier avec aultant de bonne volonté qu'ils scauroieut désirer, ordonne en ceste considération que dans la ville et fauxbourgs d'Abbevillc ne se fera aulcun exercice de relligion que de la catholicque, apostolicque et romaine, ny aux aultres villes et lieulx deffendus par Tédict de Tan 1577 et les déclarations faictes par Sa Majesté sur l'observation d'icelluy, ausquels elle ne voeult estre rien innové. »
« Qu'il plaise aussy à Vostre Majesté abolir et oublier tout ce quy s'est passé durant ces troubles, tant en la prinse des armes, entreprises et forcemens de villes, chasteaux, maisons et forteresses, démolition d'icelles, levées des deniers, rasement et démolition du chasteau de lad. ville, entreprise de partie de la court de Ponthieu, application des matériaulx desdictes places en aultre usaige et vente d'iceulx, démolition des chasteaux d'Ercourt (1) et Wiry [?], tour du Quesnoy et aultres, prinse de deniers des abbayes et prieurés, des receptes généralles et particullières de la gabelle, vente de ses impositions mises sur icelluy (2) et touttes impositions
(1) Je lis ainsi, mais il s'agit, je pense, du château d'Eaucourt.
(2) Il faut ne pas avoir l'esprit à cheval sur les mois pour deviner que icelluy veut dire ici le sel.
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et levées de deniers tant en lad. ville qu'es environs, traictes et impositions foraines mises sur les denrées, vivres et marchandises, pratiques et levées de gens de guerre, conduicte et exploits d'iceulx, ligues et négotiations et traictes tant dedans que dehors le royaulme, coupe de bois taillis et haulte fustaye, amendes, butins, rançons et tous aultres actes d'hostilité, et généralement touttes choses quy ont esté faictes et négotiées en quelque l'orme et manière que ce soit, en publicq ou particulier et durant et à occasion des présens troubles, révocant tous édicts, arrests et jugements donnés pendant iceuix contre lad. ville. »
« Le roy vdeult que la mémoire de tout ce quy s'est passé duraut et à l'occasion des présens troubles soit abolie et qu'il n'en soit fait aulcune recherche. »
« Youlloir conserver ausd. supplians tous leurs anliens privilèges et auctorités , comme loy , mairie , échevinage et collège, seigneurie, justice, coustume, franchises et immunités, dons et octrois dont ils ont cy-devant jouy et usé et dont ils joyssent présentement, les remettant et réintégrant en iceulx, ordonner qu'à l'advenir ils y seront maintenus et conservés, comme aussy tous les aultres corps, collèges et communaultés de quelque tittre et qualité qu'ils soient en lad. ville, et, par espécial, lesd. maieur et eschevins en la justice civile qu'ils ont eue de tout temps par la concession des roy s vos prédécesseurs en lad. ville et banlieue, de laquelle ils ont toujours joy jusques en l'année VcLXVi [?]; que, soubs prétexte de l'article LXXl [?] de l'édict faict à Moulins, elle leur fut ostée et usurpée à leur grand intérest et préjudice et de tous lesd. habitans, pour en joyr comme ils faisoient auparavant l'édict et nonobs-
tant icelluy, ainsy qu'il a esté cy-devani accordé aux villes de Sainct-Quentin, Amiens et aultres villes voisines. »
« Accordé. »
« Qu'en ensuivant les antiens privilèges dos Roys, lad. ville, comté et seigneurie de Ponthieu demeureroient inséparablement unis et incorporés à la couronne de France, sans en pouvoir estre tirés, démembrés, alliénés, transportés ny délaissés, le décès de Madame d'Angoulesme advenant, par usufruit, appanage, doaire, assignation, pour quelque occasion ou prétexte que ce soit. »
« Accordé. »
« Que lad. ville demeurera perpétuellement exempte de garnison, logement de gens de guerre tant de pied que de cheval, de gouverneur et de tout aultre cappitaine et commandeur, pour ne recepvoir commandement d'aultre que de Yostre Majesté, du gouverneur de la province ou de son lieutenant général et des maieur et eschevins de lad. ville, le commandement et cappitainerie d'icelle demeurant uny inséparablement et incorporé au droict et eschevinage de lad. mairie et eschevinage d'Abbeville, sellon qu'ils en joissent présentement, suivant l'arrest de la vérification faicte par la cour, des lettres quy leur en ont esté expédiées pendant lesd. troubles , lesquelles ils supplient trèshumblement Yostre Majesté voulloir confirmer et octroier de nouveau, ensemble les traictés et accords pour ce faicts avecq le sieur de Heucqueville. baron du Pont- Sainct Pierre, et le don à eulx faict pour aider à luy en faire le remboursement de deux années des fermes deubes par lad. ville aux receptes généralies et parti-
cuillères, montant à pareille somme qu'eussent monté les gaiges et estats dud. sieur de Heucqueville, son lieutenant et [ses] mortepaies durant lesd. deux années, et, avecq ce, la permission de constituer au prouffit dud. sieur de Heucqueville la somme de mille livres de rente chacun an sur tous les deniers communs et d'octrois de lad. ville. »
« Accordé.
« Et joyeront dud. gouvernement conformément ausd. lettres.
« Sa Majesté vœult que led. Iraicté ait lieu et que ce quy a été promis par les supplians soit exécutté. »
« Qu'à lad. ville d'Abbeville et banlieue d'icelle ne se pourra ores ny pour l'advenir bastir ny restablir aulcun chasteau , citadelle ny forteresse , et qu'à la garde des tours, des chaînes fermans la rivière de Somme passant par lad. ville, tant à mont qu'à val, n'y pourra estre commis que ceulx que lesd. maieur et eschevins ont accoustumé de commettre et establir. » « Accordé. »
- Que les bourgeois , manans et habitans de lad. ville, fauxbourgs et banlieue d'icelle demeureront, suivant leurs previllèges , francs et exempts de touttes tailles, creues, subsides, impositions, solde du prevost des maréchaux et de tout aultres levées et natures de denrées, aides, emprunts et contributions et service de ban et arrière-ban ; mesmement leur octroier et donner de nouveau l'affranchissement et exemption du droict des francs fiefs et nouveaux acquests à l'instar des villes de Paris et Amiens. »
« Accordé,' comme il en est ci-devant bien et deuement joy, mesmes le droict de francqs iiefs et nouveaux acquests. » « Qu'il plaise à Vostre Majesté leur faire don et re-
mise de la somme de quatre cens escus dueue chacun an de composition à cause de l'affranchissement perpétuel de lad. taille, à la charge de Femploier à la fortification et décoration de lad. ville. »
« Attendu que lad. somme est la composition de leur affranchissement , Sa Majesté ne leur poeult permettre estre donné comme les supplians le désirent, mais S. M. leur accorde pareille somme de 1111e escus à prendre sur Pellection d'Abbcville durant six années. «
« Que les habitans de lad. ville et fauxbourgs, suivant les antiens privilèges concédés à lad. ville par les feus roys et dont elle a joy jusques en Tan Ve XXXIX, demoeurent exempts à perpétuité du droict de gabelle, comme sont ceulx de la ville de Callais, Boulogne et Estaples, et que les habitans du plat pays dud. comté de Ponthieu soient deschargés de la capitation mise sur eulx pour lad. gabelle en l'an Ve LXXVI11 [?], attendu que lad. viile est ung port de mer où la pluspart des habitans vivent de la marine et du salé, et voulloir supprimer tous estats de receveurs desd. greniers à sel et aultres estats supernuméraires ausquels n'a encores esté prouveu. »
« Le roy est en volonté de donner un nouveau reiglement sur le faict de ses gabelles aux prochains baulx quy en seront fiiicts, à quoy Sa Majesté aura lors esgard. »
« Supprimer aussy les estats de général surintendant des deniers communs et d'octroy des villes et conseillers d'iceulx nouvellement érigés en sa province de Picardie pour les grands gaiges et excessifs quy leur sont attribués à la diminution des deniers de la réparation desd. villes, ensemble les présidiaux et elleus supernuméraires, les réduisant au nombre antien. »
« Accordé moiennant l'actuel remboursement de ceulx quy en sont pourveus. »
« Que pour la ruine causée au pays par le séjour des armées et spécialement des estrangers et Espaignols , lesquels n'y ont espairgné aulcune espèce de cruaulté et de rage, ne pouvans exécutter le dessein qu'ils avoient sur lad. ville d'Abbeville, plaise à Yostre Majesté que les habitans du plat pays et archidiaconé de Ponthieu et oultre que ceulx quy sont es environs de lad. ville à cincq lieues à la ronde, sans distinction d'ellection , demoeureront quittes de tous cottes de tailles, taillon, gabelle et aultres contributions et levées de deniers jusques au premier jour de janvier prochain, et que lad. taille sera réduicte et modérée pour l'extrême misère du poeuple. »
« Le roy descharge lesd. habitans de tous cottes de tailles et aultres contributions, exempte du taillon et de la creue des mareschaux jusques à la fin de décembre dernier passé (l). »
« Que les forts et forteresses basties de nouveau et durant les troubles es environs de lad. ville et spécialement au Pont-de-Remy soient démolis et rasés. » « Accordé. »
« Que les imposts nouvellement mis depuis les troubles, tant sur le vin qu'aultres denrées et marchandises, tant en lad. ville d'Abbeville que de St Yallery, la Fresté, Rue, Crottoy, Pont-de-Remy et aultres lieux et bureaux nouvellement establis, soient mis bas. »
(1) Les habitants d'Abbeville demandaient pour les paysans du Ponthieu des exemptions « jusques au premier jour de janvier prochain ; w le roi accorde « jusques à la fin de décembre dernier passé. » Le roi abandonne une partie de l'arriéré, mais veut toucher son argent à l'avenir.
« Seront lesd. habitans d'Abbevïlle exempts desd. imposts mis sus durant ces troubles es bureaux de Sainct-Wallery, Crottoy et Rue sur ce quy entrera en lad. ville dWbbevillc, et sera cstubly ung bureau en icelle pour lever lesd. imposts pour les marchandises quy se transportent es villes ennemies. »
« Qu'il plaise à Vostre Majesté accorder ausd. supplians la continuation des antiens octrois levés et quy ont cours en lad. ville soubs Faut ho ri té de vos prédécesseurs roys pour douze ans à commencer du jour de l'expiration de la dernière continuation obtenue durant lesd. troubles, et mesmes la ferme de douze deniers sur pot de vin commencée à lever depuis led. temps pour trois ans seullement du jour de l'expiration de la dernière continuation, pour emploier à la fortification de lad. ville, au remboursement dud. sieur de Heucqueville et paiement de la somme de vini escus cy-devant levée par emprunt sur lesd. habitans et constituée en rente à leur prouffH. »
« Accordé comme ils en ont ey-devaut bien et deuement joy, mesmes led. octroy de Rue sur chacun pot de vin pour le temps y mentionne'. »
« Que tous les bourgeois, manans et habitans de lad. ville et aultres réfugiés en icelle, tant ecclésiastique, noblesse que tiers estât, soient restitués et maintenus en tous leurs biens, possessions, droicts et revenus en quelque lieu qu'ils soient scitués et assis, bénéiices, offices, estats, résignations et survivances, mesmement ceulx quy ont esté pourveus par Messieurs les ducs de Maienne et d'Àumalle, par mort ou résignation de ceulx de mesme party, pour joir de leurs biens, bénéfices et offices comme ils en joissent et joyssoient auparavant les présens troubles, et, à ceste lin, que
tous dons et saisies quy ne pourront avoir esté f'aicts soient révocqués et déclairés nuls, mesmes pour ce quy reste à paier et exécutter, nonobstant cédulles, promesses, obligations et aultres lettres à ce contraires, comme cassées et nulles et de nul effect et valleur, et que la déclaration qu'il plaira à Vostre Majesté d'en faire, serve de restablissement et confirmation, mesmement pour le regard des officiers pourveus auparavant et durant lesd. troubles à survivance ou aultrement, sans que pour ce il leur soit besoing en obtenir aultres lettres particulières ny paier aulcune finance pour lesd. conservations et provisions. »
« Accordé, mesmes pour les pourveus par le duc de Maienne, lesquels S. M. voeult gratiffier des estats vacgues [?] en lad. ville dont la function se fait en icelle, comme aussy des bénéfices, pourveu qu'ils ne soient consistoriaux. »
« Que touttes commissions , exécutions d'icelles , décrets, sentences, jugemens, contracts et aultres titres de justice donnés contre ceulx quy volontairement ont contesté tant par-devant lesd. maieur et eschevins, bailli d'Abbeville, séneschaussée et siège présidial de Ponthieu, qu'aultres jurisdictions de lad. ville, comté et séneschaulcée de Ponthieu durant lesd. troubles, sortent effect (sic), mesmes les sentences données en dernier ressort au siège présidial de Ponthieu sur le faict de l'admiraulté des havres de Picardie et lieulx
prochains ensemble les jugemens donnés par
forme de représailles et de confiscation. »
« Accordé. »
- Que les comptes rendus à Paris par les comptables de lad. ville et ellection de Ponthieu et ceulx quy sont encore à rendre dont les acquits ont esté
vériffiés ne seront subjects à révision , ains vallidés par V. M. et les parties raiées ou tenues en souffrance pour gaiges , fournitures de vivres et munitions de guerre aux armées , paiemens des gens de guerre et mesmes des quatre compaignies mises sus et entretenues tant en lad. ville que fauxbourgs pour en empescher l'entrée aux estrangers dont assignation leur auroit esté donnée pour leur remboursement desd. parties sur ce que lad. ville doibt ou debvroit aux receptes généralles et particulières restablies purement et simplement ; et pour le regard de ceulx quy sont encore à rendre et desquels les acquits sont encore es mains des comptables, que touttes les parties soient allouées en vertu des estats dud. sieur duc de Maienne, mandemens, rescriptions et quittances de ses trésoriers , acquits patents , ordonnance dud. sieur duc d'Aumalle, dud. Sr de Hucqueville lors gouverneur de lad. ville, desd. maieur et eschevins d'icelle, et aultres estats des trésoriers de France résidens à Amiens, et que lesd. mandemens, ordonnances, estats, rescriptions, acquits patents (1), et que les comptables soient remboursés sur les receptes généralles des débits (ou droits?) quy se trouvent leur estre deubt par la closture de leurs comptes. »
« Accordé.
« Et ne pourront lesd. comptables estre remboursés de plus de cinq mil escus. »
« Octroier et accorder en icelle ville, pour l'augmentation du commerce, une foire pour quinze jours
(î) Cest ainsi que je lis. Un mot serait-il passé dans le
ouvrables par an, à commencer le lendemain du jour des Roys, VIIe jour de janvier, et une aultre pour mesme temps , à commencer le lendemain de la St- Remy, avecq pareils droicts, privilèges et franchises que les villes de Lyon, Rouen et Troies. »
« Que touttes marchandises acheptées par les marchans de lad. ville ou aultres pour estre menées et conduictes aud. Abbeville de Paris, Lyon, Auxerre, Rouen et aultres et aians paie et acquitté une fois les droicts imposés sur icelles , ne puissent plus estre contraincts à paier la seconde fois le mesme droict en aultres lieulx où ils passeront. »
« Accordé. »
« Et îesd. supplians prieront Dieu vouloir faire prospérer et maintenir vostre Estât en tout honneur, félicité et grandeur. »
« Les présens articles ont esté veus et respondus par le roy estant en son conseil, à St-Germain-en-Laye, le XXVIe jour d'avril mil V : 1111" XML Signé: Henry; et plus bas : Potier. »
Le registre aux délibérations d'Abbeville conserve la transcription de la très-longue ordonnance du Roy (1).
Dans l'intervalle cependant était arrivé à Abbeville la détermination de l'Université pour recongnoistre le roy, du XXII avril 4594. — Fol. 11e LXXV verso. En latin fort long (2).
(1) L'analyse succincte de cette ordonnance a été reportée en marge de la requête ci-dessus, dans les termes que nous avons reproduits à la fin de chaque article.
(2) Le titre est : Inslrurntnlum obedientiœ redditœ Chrittia-
Les consciences pouvaient être tranquilles.
Voici d'ailleurs le texte de redit du roi, dans lequel les lecteurs remarqueront surtout avec Waignart que Henri IV « exempte à toujours la ville d'Àbbeville de gouverneur et de tout autre capitaine et commandeur, ensemble de garnisons et logement de gens de guerre, de pied ou de cheval, et que les habitants ne reconnaîtront dorénavant pour leur commander , après le roy, que le gouverneur et les lieutenants-généraux de la province de Picardie et les maieur et eschevins de ladite ville; ils remarqueront encore que le roi promet, pour lui et ses successeurs, de ne rebâtir aucun château dans la banlieue, etc., etc. Ils noteront la création de deux foires devant ouvrir l'une le 7 janvier, l'autre le 2 octobre, et durer quinze jours chacune, etc., etc., etc.
LETTRES PATENTES EN FORME D'ÉDIT , PORTANT CONFIRMATION ET AUGMENTATION DES PRIVILEGES DE LA VILLE ET BANLIEUE D'ABBEVILLE, ETC., PAR HENRY IV.
« Henry, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre: A tous présens et à venir, salut: Les artifices desquels les Espagnols et leurs ministres et confédérée se sont servis, pour dévoyer nos sujets de l'obéissance du défunt roi notre trèshonoré Sieur et frère, et de la reconnoissance de la nôtre, ont eu tant de pouvoir sur la plupart de nos sujets, que par un long espace de temps ils ont retenu aucuns de nosdits sujets françois hors de leur devoir, et fussent enfin parvenus à l'usurpation si artificiellement pratiquée de cet Etat, sans la bonté et miséricorde de Dieu, lequel ayant toujours eu soin de la conservation
nissimo Francis et Naoarrœ Régi Henrico llll per DD. rectorem et doctores academiœ a Pariensisis. Cela tinit par vigesima secundo, aprilis, etc.
d'icelui, a fait voir et connoitre manifestement, et par la confession même de nos ennemis, que l'empêchement que Ton a donné sous le voile de la religion à notre établissement au régime et gouvernement de cette couronne, n'étoit que pour s'emparer plus aisément d'icelle au préjudice de notre légitime succession : ce qu'ayant plus appertement remarqué que nuls autres nos chers et bien-aînés les manans et habitans de notre ville d'Abbeville, pour les diverses et manifestes entreprises que lesdits Espagnols ont tentées depuis ces présens troubles sur eux, ne voulans en rien déroger à la loyauté de leurs prédécesseurs, qui de tout temps et ancienneté pour eux conserver et maintenir sous l'autorité de la monarchie françoise ont secoué le joug premièrement des Angîois, puis des Bourguignons, auxquels à leur grand regret ils avoient été délaissés par engagement, et se sont toujours jettes entre les bras de nos prédécesseurs rois de France leurs légitimes et souverains seigneurs qui ies ont honorés en cette considération de plusieurs beaux privilèges, ne se voulant aussi rendre indignes d'iceux, se sont par la grâce de Dieu garantis de la tyrannie et violence desdits Espagnols, et résolus de vivre et mourir sous notre protection, et nous reconnoitre pour leur roi et prince naturel. Ce qu'ils ont d'autant plus louablement effectué de leur propre mouvement et d'une franche et sincère volonté sans entrer en aucune capitulation ou traité avec Nous, ains se confiant entièrement en notre bonté et clémence, ils se sont déclarés nos très-humbles et très-affectionnés sujets et serviteurs, dont ils nous ont aussitôt fait avertir par un bon nombre des plus notables de leurs concitoyens qu'ils ont députés vers Nous, lesquels nous ayant fait offre de la loyauté, fidélité et obéissance que tous les habitans nous veulent rendre : Nous avons eu fort agréable de les recevoir en cette dévote soumission et encore plus de les satisfaire et gratifier en ce qu'il nous a été possible de faire pour leur bien, repos et contentement sur les très-humbles supplications et requêtes qui nous ont été présentées par lesdits députés inclinans volontairement auxquelles, de l'avis des princes de notre sang, officiers de notre couronne, et autres notables personnes de notre Con-
seil, avons dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons ce qui s'ensuit.
« Art. I. Premièrement que dans la ville et fauxbourgs d'Abbeviile il ne se fera aucun exercice de religion que la catholique, apostolique et romaine, ni en autres lieux défendus par redit de Tan mil cinq cent soixante-dix-sept, et déclarations par Nous faites sur l'observation d'icelui , auxquels ne voulons être rien innové.
« Art. II. Défendons très-expressément à toutes personnes qu'elles soient, de troubler, molester ou empêcher les ecclésiastiques en la célébration du service divin et en la jouissance de tous leurs bénéfices, offices, dignités, fruits, profits, revenus, émolumens qui y appartiennent et dépendans d'iceux : enjoignons à tous ceux qui depuis ces troubles se sont emparés des églises, maisons, fermes, terres, héritages appartenans auxdits ecclésiastiques, quelque part qu'ils soient situés et assis, leur en délaisser l'entière paisible possession avec tout tel droit, pouvoir et commodité qu'ils avoient auparavant d'en être dessaisis.
« Art. III. Et afin de satisfaire à la promesse par Nous faite auxdits habitans, qu'oubliant leurs fautes passées, nous leur remettons entièrement ce que pendant ces troubles à l'occasion d'iceux ils pourroient avoir commis contre notre autorité et service, Voulons et nous plaît que la mémoire demeure éteinte et abolie de tout ce qui s'est passé entre lesdits habitans en général ou en particulier, tant en la prinse des armes, entreprises, forcemens de villes, châteaux, maisons, forteresses, démolitions d'icelles, levées de deniers, rasement et démolition de notre château dudit Abbeville, entreprinse de partie de la cour de Ponthieu , application des matériaux desdites places à autres usages et ventes d'iceux, démolitions des châteaux d'Ercourt (1), Saint-Win , tour du Quesnoy , et autres prinses des deniers des abbayes, priorés, des recettes générales et particulières de
(i) Eaucourt , je pense. A vérifier cependant. Voyez déjà page 129.
la gabelle, vente de sel, impositions mises sur icelui, toutes impositions et levées de deniers, tant en ladite ville que es environs, traites et impositions foraines mises sur les denrées, vivres et marchandises , pratiques et levées de gens de guerre, conduite et exploits d'iceux ligués, négociations, traités, tant dedans que dehors le royaume, coupes de bois taillis, haute futaye, amendes, butins, rançons, et généralement toutes autres choses quelconques faites, gérées, négociées par hostilité durant et à l'occasion desdits troubles comme dit est, sans que les mayeur, échevins, officiers et autres habitans de ladite ville, leurs veuves et héritiers de quelque qualité ou condition qu'ils soient, en puissent être à l'avenir recherchés, molestés ou inquiétés de ceux qui par eux ont été employées es choses dessus dites en général ou particulier pour quelque occasion que ce soit, les ayant déchargés, comme nous les déchargeons par ces présentes, de toutes poursuites, procédures, sentences, jugemens et arrêts qui pourroient avoir été donnés, tant contre le corps de ladite ville que contre les habitans d'icelle, en général ou en particulier pour les occasions dessus dites , imposant sur ce silence perpétuel à nos procureurs, avocats généraux et particuliers, présens et à venir, et à toutes autres personnes quelconques.
« Art. IV. Et d'autant que nos prédécesseurs rois de France après avoir en diverses occasions éprouvé la fidélité desdits habitans d'Abbeville pour témoigner à la postérité combien ils l'ont eu chère et recommandée, les ont décorés et gratifiés de plusieurs amples privilèges, immunités, franchises, exemptions, dons et octrois, ne leur voulant rien céder d'affection et bonne volonté à l'endroit desd. habitans, Nous avons tous lesdits anciens privilèges, franchises, exemptions, autorités comme loi, mairie, échevinage, collège, seigneurie, justice et coutume dont ils ont bien et duement joui auparavant cesdits troubles, confirmés, validés, approuvés et continués, comme nous les confirmons, validons, approuvons et continuons, et en tant que besoin est ou seroit de nouveau, nous leur en Lisons don par cesdites présentes, sans que pour la jouissaance d'iceux les corps,
collèges et communautés, de quelque qualité qu'ils soient eu ladite ville, soient tenus obtenir de Nous autres lettres de eonfimation que cesdites présentes.
h Art. V. Voulons et entendons qu'ensuivant conformément à iceux ladite ville d'Abbeville et sénéchaussée de Ponthieu demeurent inséparablement unies à la couronne de France, sans en pouvoir être tirées, démembrées, aliénées, ni délaissées, le décès de notre belle-sœur légitimée, la duchesse d'Angoulesme advenu, soit par usufruit, douaire, appanage, assignation ou autre prétexte que ce soit
« Art. VI. Avons d'abondant, pour remarque de la fidélité franche et prompte obéissance que lesdits habitans nous ont rendue, remis, réintégré, rétabli, remettons, réintégrons et rétablissons les maieur et échevins de notre ville d'Abbeville , présens et advenir, en la justice civile qu'ils ont eue par anciennes concessions desdits rois prédécesseurs sur les habitans desdites ville et banlieue, de laquelle ils avoient, en l'an mil cinq cent soixante-six, en vertu de l'édit fait à Moulins, été dépossédés. Voulons et nous plaît qu'ils jouissent pleinement et paisiblement d'icelle doresnavant, ainsi qu'ils avoient accoutumé auparavant ledit édit; et nonobstant icelui à l'instar de nos villes d'Amiens, St-Quentin et autres.
« Art. VII. Et d'autant que Nous ne pouvons lier et commettre la garde et conservation de notredite ville d'Abbeville qu'en mains de ceux qui ont chassé d'icelle les plus grands ennemis de cette couronne, l'ont conservée contre tous leurs efforts, et encore depuis peu comme retirée de la main des Espagnols que le duc d'Aumalle et autres, nos sujets rebelles, y ont tâché d'introduire et établir à notre préjudice, Nous avons par cestuy notre édit exempté et exemptons perpétuellement et à toujours uolredite ville d'Abbeville de gouverneur et de tout autre capitaine et commandeur, ensemble de garnisons, logemens de gens de guerre de pied ou de cheval, et ne reconnoîtront doresnavant lesdits habitans autre personne pour leur commander après, que le gouverneur et nos lieuteuans généraux de la province de Picardie, et les mayeur et échevins de ladite ville. Et
outre ce, Nous promettons auxdits habitans d'Abbeville, qu'en ladite ville et banlieue d'icelle, ne sera par Nous, ou nos successeurs, fait faire, bâtir, construire, ne rétablir aucun château, citadelle, ni forteresse.
« Art. VIII. Et leur avons remis et délaissé la garde et conservation des tours esquelles sont les chaînes servant à fermer la rivière, tant en montant qu'en avallant, sans que ci-après autres y soient commis que par lesdits mayeurs et échevins d'Abbeville.
« Art. IX. Voulons aussi et nous plaît que les bourgeois, manans et habitans de notredite ville d'Abbeville, fauxbourgs et banlieue d'icelle, soient et demeurent exempts et affranchis de toutes tailles, crues, subsides, impositions et entretenement des prévôts des maréchaux, aides, emprunts, contribution et service, de ban, arrière-ban, selon qu'ils ont été ci-devant et auparavant lesdits présens troubles; iceux avons affranchis et affranchissons de nouveau du droit de franc- fief et nouveaux aquets à l'instar de nos villes de Paris et Amiens.
« Art. X. Et sur l'extrême ruine, pauvreté et nécessité que lesdits habitans nous ont fait entendre être par tout le piat pays, à l'occasion des présens troubles, voulant, à leur recommandation, faire pour le soulagement de notre peuple (autant que nos affaires le peuvent permettre), Nous avons quitté, remis et déchargé, quittons, remettons et déchargeons tous les habitans du plat pays, archidiaconé de Ponthieu et généralement de cinq lieues à la ronde d'Abbeville, sans distinction d'élection, de ce qu'ils nous doivent de toutes tailles, crues, gabelles et impositions, excepté toutefois du taillon et entretenement des prévôts des maréchaux, pour les années passées, jusques au premier janvier dernier.
« Art. XI. Seront tous les forts et forteresses bâtis de nouveau et durant ces troubles es environs de ladite ville, et spécialement au Pont-de-Remy, ôtés, razés et démolis.
« Art. XII. Entendons aussi que lesdits habitans dès-à-présent rentrent en jouissance libre et entière de tous dons et octrois à eux concédés par nosdits prédécesseurs rois et desquels ils ont aussi bien et duement joui auparavant ces troubles, lesquels
Nous avons continués et continuons pour douze ans prochains et consécutifs, à commencer du premier jour du présent mois d'avril, leur permettant, outre ce, de continuer encore pour trois ans la levée de douze deniers pour chacun pot de via à eux octroyé par le duc de Mayenne, pour employer à l'acquit de ce qui reste à payer de la composition faite par lesdits habitons avec le sieur de Heuqueville pour lui faire quitter son gouvernement, et d'autres emprunts, rentes et dépenses faites par eux au profit de ladite ville.
a Art. XIII. Et d'autant que, pour l'accomplissement dudit traité avec ledit sieur de Heuqueville, lesdits habitans ont employé la somme de trois mil six cens écus qu'ils doivent à notre recette, suivant la permission et consentement dudit duc de Mayenne, et encore constitué la somme de trois cens trente-trois écus un tiers de rente sur eux ; afin qu'ils n'en puissent à l'avenir être repris, molestés ou recherchés, Nous leur avons quitté et remis, quittons et remettons ladite somme de trois mil six cens tant d'écus, validons et autorisons ladite constitution de rente, et toutes autres choses faites et promises à l'acquit dudit traité.
« Art. XIV. Avons en outre rétabli et conlirmé tous les habitans de ladite ville et fauxbourgs d'Abbeviile, absens et réfugiés en iceux, tant ecclésiastiques, nobles, officiers, que autres, en la libre et paisible possession et jouissance de tous leurs biens, héritages, rentes, revenus, droits, états, offices, bénéfices , charges, dignités, en quelque lieu du royaume qu'ils soient situés, assis et établis, à eux appartenans, pour en jouir et user ainsi qu'ils faisoient auparavant ces troubles, sans que lesdits ofliciers soient tenus obtenir de Nous autres lettres de rétablissement et confirmation que ces présentes, et où aucunes saisies et arrêts auroient été faits sur iceux à l'occasion desdits troubles, Nous leur en avons fait pleine main-levée et délivrance, nonobstant tous dons, sentences, jugemens et arrêts, que nous avons cassés et révoqués , cassons et révoquons par cesdites présentes, remettant entièrement ce qui peut être dû et resté reaument et de fait à acquitter d'ieeux, sans avoir égard aux promesses, cédulles, obligations et contrats faits, tant par les m 10
fermiers qu'autres, aux donataires et officiers que nous avons pareillement cassés et dès à présent déclaré nulles, et de nul eft'et et valeur, toutes commissions, exécutions d'icelles, décrets, jugemens, contrats et autres actes de justice, donnés entre ceux qui volontairement ont contesté, tant pardevant lesdits maire et et échevins, bailly d'Abbeville, sénéchaussée et siège présidial, qu'autres jurisdictious de ladite ville, comté, sénéchaussée de Ponthieu, durant lesdits troubles , sortiront effet , même les sentences données en dernier ressort audit siège présidial de Ponthieu, sur le fait de l'amirauté des havres de Picardie et lieux prochains par attribution et commission ; ensemble les jugemens donnés par forme de représailles et confiscation.
« Art. XV. Toutes provisions d'offices et bénéfices faites par le duc de Mayenne ou autres, au préjudice de notre autorité, demeureront nulles et de nul effet, et néanmoins ceux qui ont obtenu lesdites provisions par mort ou résignation de ceux de même parti et dont la fonction se fait en notre ville d'Abbeville, seront conservés esdits bénéfices, pourvu qu'ils ne soient consistoriaux et offices par nos lettres de provision qui, sur ce, leur seront expédiées sans payer finance.
« Art. XVi. Tous comptes rendus en notre ville de Paris par les comptables de ladite ville et élection de Ponthieu, ne seront sujets à révision, et seront rétablies purement et simplement les parties rayées ou tenues en souffrance en iceux pour gages, fournitures de vivres et munitions de guerre aux armées, paiement de gens de guerre, et même des quatre compagnies mis sus, et entretenues esdites ville et fauxbourgs par lesdits habitans, pour empêcher l'entrée en iceux aux étrangers, dont assignation auroit été donnée pour leur remboursement de partie sur ce que ladite ville doit ou devoit aux recettes générales et particulières, et pour le regard de ceux qui restent encore à rendre et desquels les acquits sont es mains des comptables, les parties employées en iceux, y sont passées et allouées en vertu des états, acquits, mandemeus, rescriptions, ordonnances et quittances desdits ducs de Mayenne et d'Aumalle, trésoriers de France à Amiens, sieur de Heuqueville, maire et échevins, et
autres ayant charges, et été par eux commis au maniement et emploi des finances, lesquels pour ce regard seulement, Nous validons et autorisons, et seront Iesdits comptables remboursés de ce qu'il apparoîtra leur être dû par la clôture desdits comptes, jusques à la somme de cinq mil écus.
» Art. XVII. Et afin de faire connoître à la postérité par quelque gratification particulière qui puisse apporter ornement et commodité à notredite ville d'Abbeville, combien nous a été agréable la réduction d'icelle, outre tant de bienfaits qu'elle n reçu de nos prédécesseurs; avons, en cette considération, de nouveau créé et érigé , créons et érigeons en notredite ville d'Abbevil'e, deux foires qui dureront quinze jours chacune et ouvriront tous les ans, Tune le septième jour de janvier, et la seconde le deuxième jour d'octobre.
« Art. XVIII. Avons aussi, pour les mêmes considérations, exempté et exemptons les habitans de notredite ville d'Abbeville des impôts mis durant ces présens troubles aux bureaux de Saint Valéry, Crottoy et Rue, pour ce qui entrera en ladite ville d'Abbeville, et sera établi un bureau en icelle pour lever ledit impôt sur les marchandises qui se transporteront es villes ennemies, et tous marchands, soit dudit Abbeville ou d'autres lieux, qui auront acheté et chargé marchandises pour amener et conduire en icelle, ayant payé une fois les impôts et droits imposés sur lesdites marchandises en l'une de nos villes, ne seront tenus et ne pourront être contraints à payer la seconde fois les mêmes droits et impositions es autres lieux où ils passeront.
« Art. XIX. Et d'autant que nous ne pouvons décharger les supplians des quatre cens écus qu'ils sont tenus payer par chacun an en notre recette, pour la composition faite avec nos prédécesseurs pour leur affranchissement, ainsi qu'ils nous en ont requis, afin qu'ils soient satisfaits de la gratification qu'ils se sont promise de Nous en ce qui leur apporteroit soulagement, attendant qu'ils se soient remis de leurs grandes pertes et ruines, Nous leur avons fait don de pareille somme de quatre cens écus, à prendre sur notre élection d'Abbeville durant six années pro-
chaines et consécutives, pour avoir moyen de s'acquitter envers Nous du droit susdit.
« Art. XX. Voulons en outre que les offices de receveurs du sel nouvellement par nous créés-érigés, et de général sur-intendant des deniers communs, dons et octrois des villes, et contrôleurs d'iceux, généraux et particuliers, demeurent supprimés, vacation advenant par mort, et où lesdits habitans se trouveront surchargés des gages d'iceux, qu'en remboursant actuellement ils demeurent éteints et supprimés, comme aussi ceux qui sont nouvellement créés, et auxquels depuis la création n'a encore été pourvu, ou desquels il n'y a eu aucune création ou institution.
« Art. XXI. N'entendons toutefois comprendre en ces présentes, ce qui a été fait par forme de voleries, et sans aveu, pour raison de quoi Nous avons permis et permettons à toutes personnes de se pourvoir par les voyes de justice, ainsi que bon leur semblera ; comme aussi sont exceptés tous ceux qui se trouveront coupables de l'exécrable assassinat commis en la personne du défunt roi notre très-honoré Sieur et Frère que Dieu absolve, et des conspirations sur notre vie, et pareillement tous crimes et délits punissables entre gens de même parti. Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers les gens tenans nos cours de parlement, chambre des comptes, cour des aides, présidens et trésoriers généraux de nos finances, et autres nos justiciers , officiers et sujets qu'il appartiendra , que ces présentes ils aient à vérifier et entretenir selon leur forme et teneur, et du contenu en icelles faire jouir et user pleinement et paisiblement lesdits habitans, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchemens au contraire, nonobstant oppositions ou appelations quelconques, ordonnances, édits, déclarations, mandemens, défenses, lettres, arrêts, sentences, jugemens, et autres choses à ce contraires, auxquelles et à la dérogatoire des dérogatoires y contenues, Nous avons dérogé et dérogeons par ces présentes de grâce spéciale , pleine puissance et autorité royale : car tel est kotre plaisir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Données à Saint-Germain-en-Laye, au mois
d'avril de Tan de grâce mil cinq cent quatre-vingt-quatorze, et de notre règne le cinquième. Signé HENRY, au côté visa. Et plus bas : par le roi, Pottier; et scellé du grand sceau de cire verte en lacs de soie rouge et verte. »
Les députés d'Abbeville revinrent de Paris le 20 ou le 21 mai (1).
Le XXI mai, grande assemblée générale ou plutôt, suivant une expression du temps, assemblée des trois ordres de la ville. Cette assemblée est présidée par noble homme Jacques Bernard, lieutenant général en la sénéchaussée de Ponthieu, et noble homme Jehan de Maupin, escuier, sieur de Bellencourt, conseiller du roy aud. siège, maieur de la ville. Sont présents le doyen de Saint-Vulfran et un chanoine, deux religieux de Saint-Pierre, les curés de la ville, plusieurs gentilshommes, les gens du roy, les anciens maieurs, les échevins « et infinis aultres bourgeois et marchans de lad. ville et aultres, » les maieurs de bannières « représentans le poeuple de lad. ville. »
Le lieutenant général Bernard « déduict » et expose « bien au long » comment sont allés vers le roi (on le savait bien) les députés chargés (2) par la ville « de le
(1) L'exemplaire non abrégé de Waignart donne le 21 ; l'exemplaire abrégé donne le 22. Sangnier d'Abrancourt nous confirmerait cette date du 22. Formentin donne le 20. Nos registres échevinaux ne nous tirent pas complètement d'incertitude, m.ùs fixent certainement la date au 20 ou au 21. Je débrouillerais ainsi : les députés revinrent très-probablement le 20 (au soir peut-être) et la réunion échevinale eut lieu le lendemain de bonne heure, puisqu'il fut possible d'y ordonner le chant du Te Deum pour l'issue des vêpres.
(2) En vertu de la délibération générale du XVI0 jour d'avril dernier pour aller trouver le roy et luy faire entendre que ce quy
recongnoistre au nom de toute ceste communaulté pour
roy légitime et naturel, etc » et demander la
confirmation de tous les privilèges de cette ville, tant anciens que nouveaux. 11 annonce que ces députés étant revenus, rassemblée a pour objet d'entendre d'eux le compte-rendu de leur voyage. Les députés sont déjà présents ou sont introduits, et le lieutenant criminel Le lîoucher, prenant la parole au nom de ses collègues, mais sans s'effacer parmi eux, raconte comment il a lui-même « fait lesd. submissions et debvoirs à Sad. Majesté à laquelle ils ont esté présentés au chasteau de Saint-Germain-en-Laye, et comme il ( 1 ) les auroit agréablement et humainement receus et tous les habitans de lad. ville en ses bonnes grâces, promettant ne se plus souvenir de ce quy s'estoit passé, et leur auroit libéralement déclaré que, oultre les previlléges et immunités accordés par ses prédécesseurs à ceste communaulté, il
vouloit luy en conférer de nouveaux » Le roi a
promis de venir visiter Abbeville « sitost qu'il aura secouru [?] la Cappelle où il s'achemine. »» Ces communications sont faites « au grand contentement de tout le poeuple aveçq longues acclamations et démonstrations de joye et affection vers Sa Majesté. »
On décide « qu'un Te Deum sera chanté en l'église collégiale de St-Yulfran cejourd'huy, issue des vespres, que le feu de joye se fera au Marché, mesme que, pour plus grand signe d'allégresse, il sera faict une salve de
sVst passé en ceste ville durant les troubles n'a esté que à ce
seul but, la conservation de notre religion catholique, etc
le recongnoistre au nom de toute ceste communaulté, etc
(1) Le roi.
tout le canon et artillerie estans sur les ramparts de la ville, et aussy que procession généralle et solempnelle se fera demain noeuf heures du matin et que, à ceste fin, publications seront faictes à son de trompe et cri publicq pour sommer le poeuple d'assister à tous lesd. actes en tout honneur , révérence et dévotion ,
avecq commandement de tendre de [?] les
maisons où lad. procession passera.
« Que injonctions seront aussy faictes (1) à tous lesd. habitans d'oublier touttes choses passées à l'occasion des troubles et vivre les ungs avec les aultres en bonne paix, union et amitié fraternelle, comme bons citoiens et habitans, soubs l'obéissance et service de Sad. Majesté. »
Toute cette délibération fut exécutée.
Après le Te Deum chanté à Saint-Vulfran, le lieutenant général J. Bernard, assisté du maieur de Maupin, des officiers du roy, des anciens maieurs, des échevins « et aultres habitans en nombre infini, ■ mit le feu « au bois préparé en la place publicque avec les ce rémonies accoustumées. ■ — Tout le canon de la ville fut ■ tiré » et le lendemain (un dimanche) la procession générale réunit « toutes les églises, paroisses et monastères. » — L'écrivain de la ville ne tient pas compte des abstentions causes de prochains débats.
Ce dimanche de mai fut bien officiellement cependant un dimanche de réconciliation, mais de réconciliation moins complètement intérieure ou même extérieure que ne le feraient croire les termes du rapport échevinal.
(i) Elles le furent imn îédiatement an son de lo trompe, au Marché et daus les carrefours, par led. greffier.
Retour en arrière. — Dernières préoccupations et agitations. — Abolition d'impôts sollicite'e auprès du roi. — Une lettre du roi. — Progrès de la soumission des esprits, inquiétudes, défiances. — La résistance d'une partie du clergé. — Plaintes envoyées de Paris par les députés contre quelques propos tenus dans la ville et certaines prédications. — Admonestation de FEchevinage au clergé et à quelques habitants. — Mesure prise contre le gardien des Cordeliers et le correcteur des Minimes. — Soumission complète du chapitre de Saint-Vulfran. — Dernières intrigues. — Arrestation de plusieurs habitants. — Procession générale — Abstention de quelques curés. — Ils sont cités par le présidial — Leur défense. — Ils cèdent. — Suppression par le présidial des mandement et lettres de révêque d'Amiens — Amendes infligées par les chanoines aux chapelains de Saint- Vnlfran. — Faux bruits. — Sagesse de l'Eehevinace. — Eloignement pour quelques jours de parleurs imprudents. — L'Echevinage invite les marchands à acquitter certains droits jusqu'à l'abolition — Saint- Valery non encore au roi. — Soumission de Montreuil. — M. de Humières à Abbeville. — Bruit d'une entreprise sur Abbeville. — Entrée annoncée de M, de Longueville, gouverneur de Picardie. — Soumission d'Amiens au roi. — Lettres de M, de Kumières, lieutenant-général pour le roi en Picardie, et des maieur et échevins d'Amiens, annonçant cet événement. — Le roi à Amiens.
Nous allons, en ce chapitre, revenir de quelques jours en arrière pour retrouver les esprits en transition, les suivre, découvrir les émotions, montrer les résistances, les mouvements de sagesse, et, enfin, l'apaisement. Quand les grands flots sont tombés , le clapotement persiste un peu de temps encore. Dans ce verre d'eau d'Abbeville, qui a toujours été un peu, par son exposition à tous les souffles, le miroir des agitations françaises, la tempête sera suivie, en mai 3594, de quelques frémissements.
Ces frémissements seront de plusieurs sortes, impatiences d'ordre économique , irritations d'ordre po-
litique , c'est-à-dire, ici, religieux. Il y aura, tout naturellement d'abord, à solder les frais d'un jeu de ruine, à se débarrasser de taxes nuisibles au commerce. Les impôts mis sus par un parti et par l'autre avaient touché de bien près, dans les dernières années, aux contributions de guerre, aux réquisitions.
De nouveaux députés sollicitaient en mai, à Paris, la mise à néant de ces charges.
Le maieur expose à l'Echevinage, le VII mai, « que les depputtés quy sont allés vers le roy à Paris ont escript entre aultres choses que il y avoit grande difficulté pour obtenir l'abolition des imposts quy se sont mis sus pendant les troubles , tant d'un party que d'autre, [ce] quy a esté cause que les marchans de ceste ville quy l'ont prié de leur faire communication de lad. lettre, l'ont prié, après avoir assemblé leur congrégation et ayant jugé soubs le bon advis de Messieurs de ceste ville, qu'il estoit expédient d'envoier vers Monsieur de Longueville pour avoir sa faveur et de là vers Sa Majesté procurer l'abolition desd. imposts, chose quy est très-importante au publicq et, de faict, sy Ton le trouvoit bon, qu'ils avoient nommé Jacques du Candas et eschevins (1). »
Dans les jours qui suivent, communication à l'Echevinage d'une lettre (datée du VIII mai) de Henri IV « à mon cousin le duc de Longueville, gouverneur et mon lieutenant général en Picardie.» — Le roi annonce
(!) Il est important de respecter les textes, et cependant cet extrait, assez facile à comprendre par l'ensemble, est bien irrégulier grammaticalement. L'intercaîation de quelques mots entre parenthèses dans la copie eût été nécessaire. Je laisse au lecteur à suppléer au défaut.
qu'il partira « mercredy » pour aller à la Capelle. — La lettre est datée de Saint-Germain-en-Laye , le VIIIe jour de may 1594. — Lettres missives de Henri IV. Orig. archives municipales d'Abbeville. Copie transmise par M. Louandre, correspondant du ministère de l'instruction publique.
Il est évident que cette lettre, écrite à Saint-Germain au lendemain de la délibération abbevilloise, ne pouvait encore répondre au vœu de PEchevinage. Les réclamations et l'affaire durent suivre une marche que nous ignorons, mais probablement favorable aux intérêts d'Abbeville. Nous verrons cependant qn'au M juin, le duc d'Aumale faisait encore percevoir à Saint-Valéry des droits onéreux aux marchands de notre ville, mais Saint-Valéry, à cette date, n'était pas encore rendu au roi.
Le grand intérêt et le plus difficile à dégager des derniers scrupules était la soumission complète des esprits. Le sentiment religieux conservait des inquiétudes. L'honneur des Abbevillois a été, parfois (1), de demeurer fidèles jusqu'au dernier terme à la cause embrassée, et même,— défaut de sens politique peutêtre, mais non encore déshonneur pour le caractère, — de s'entêter en quelques préventions. Les défiances, cela était naturel, la cause étant donnée, se manifestèrent dans le clergé.
D'Aubigné note la résistance des prédicateurs abbevillois. Suivant le soldat historien, Abbeville avait eu quelque velléité de se rendre au roi, même avant Rouen, mais, affirme-t-il, les prédicateurs, parmi lesquels
(1) Parfois.
quelques Jésuites, appuyés par les plus séditieux de la ville, avaient fermé la bouche aux plus pacifiques jusqu'à ce que des domestiques du roi3 rappelés dans la ville, eussent fait chasser ces agitateurs de la chaire. La reddition d'Abbeville, ajoute-t-il, 'donna un grand branle à toute la Picardie, de laquelle on dit qu'elle est citadelle.
Mais d'Aubigné, protestant, est nécessairement un peu partial en ses appréciations. Nous n'avons, par exemple , trouvé dans nos registres aucune trace des discours prononcés par les Jésuites, ni même révélation de la présence d'aucun prédicateur de leur ordre en la ville. En somme, il n'y eut en aucun lieu trouble matériel, mais seulement quelques rumeurs effrayées, des propos au coin du foyer, devant l'étal ou sous l'auvent de la boutique, mauvaise humeur ou mauvaise volonté dans les paroisses et quelques paroles aigres, irritées ou désolées dans les chaires (1).
(J) J'ai appris à me délier parfois de Formentin, cependant son récit des agitations de la vill^, du 15 au 26 mai, est fort intéressant et porte, de grands caractères de vérité. Présomption en sa faveur, les dates sont exactes. 11 est évident qu'écrivant au dix-huitième siècle, à grande distance déjà des événements, il dut mettre à contribution des mémoires assez bien renseignés et peut-être, pour certains faits précis et d'une précision qui impose créance, les archives, les dossiers du présidial. Ces détails sont maintenant d'aillant plus précieux pour nous que les archives du présidial ont disparu en 1795 dans l'incendie du District.
« Si les habitants d'Abbeville furent si prompts, dit Formentin, à rendre obéissance à leur roi, il n'en fut pas de même des curés et des Minimes qui continuoient les prières ordonnées par Geoffroy de la Martonie. Quelques confesseurs même refusèrent l'absolution à ceux qui avoient assisté aux délibérations de la ville sous prétexte que le pape n'avoit pas encore absous Sa
Le registre aux délibérations témoigne en cette mesure du mécontentement de quelques-uns et de l'agitation mourante.
Majesté. Cavillon, curé de Sainte-Catherine, Perache, curé de Saint-Gilles, Rambert, curé (1) des Cordeliers et le correcteur des Minimes continuoient leurs sermons satiriques contre l'auguste personne du roi. Ses ministres s'en plaignirent au maieur. On assembla le 15 mai à ce sujet à l'Echevinage; on délibéra que le clergé seroit exhorté à reconnaître le roi, et que les curés et les prédicateurs seroient avertis de cesser leurs discours et de prêcher concernant la soumission au roi et de prier Dieu pour la prospérité de Sa Majesté, sinon qu'il seroit procédé contre eux. Il fut aussi arrêté que le décret de la Sorbonne seroit remis aux doyens de Saint-Vulfran et de chrétienté et aux supérieurs des communautés. Rambert et le correcteur des Minimes n'ayant tenu aucun compte de l'avertissement furent chassés hors de la ville. Quelques bourgeois entêtés des mêmes opinions furent emprisonnés. Le chapitre de Saint-Vulfran souscrivit à l'acte de soumission. Le duc d'Aumale, qui étoit lors à Amiens, tenta de nouer intelligence avec le reste des ligueurs pour rentrer dans la ville. Nos députés en ayant été informés à Paris, le firent savoir au premier échevin qui arrêta ceux qu'on soupçonnoit le plus de correspondance avec l'ennemi qui manqua ainsi son entreprise.
« Nos députés étant revenus le 20 mai, rendirent compte de leur commission (2); il fut arrêté que le dimanche suivant (3) il seroit fait une procession générale. Le même jour (4), le Te Deum fut chanté au bruit du canon, et il y eut illumination et feux de joie dans toute la ville. Le lendemain dimanche 22, il y eut procession générale du Saint-Sacrement où on porta les reliques des saints (5). La station fut à Saint-Georges où il y eut prédication. Quelques curés de la ville, persistant à croire qu'il
(1) Sic, il était gardien des Cordeliers.
(2) Le lendemain 21.
(3) C'est-à-dire le 22.
(4) Samedi 21.
(5) De saint Vulfran et de saint Foillan, nous dit Sangnier d'Abrancourt.
Réunion au son de la cloche le quinzième jour de mai.
11 s'agit d'aviser, expose le maieur, sur les lettres
n'étoit point licite de communiquer de prières avec Henri IV que le pape ne l'eût absous, n'assistèrent à cette procession, non plus que plusieurs chapelains de Saint-Vulfran et les Minimes. Ces curés étoient Silleri, doyen de Saint-André, Pérache,
de Saint Gilles, Cavillon, de Sainte-Catherine, , de Saint-
Jean-des-Prés , et Gambier, de Saint-Georges. Cette conduite venoit, à la vérité, moins d'eux que de l'évêque d'Amiens à qui ils avoient demandé des instructions pour agir. Ce ligueur outré leur lit réponse qu'ils persistassent dans l'obéissance du Saint Siège et à ne reconnoître le roi de Navarre qu'après l'absolution du pape. La manière d'agir de ces ecclésiastiques scandalisa tous les serviteurs du roi (1); aussi MM. les officiers du présidial décernèrent-ils des ajournements personnels contre les curés et les minimes. Silleri, Cavillon, Pérache, etc., comparurent en la chambre du conseil les 24 et 25 mai, où ils subirent interrogatoire. Sur ce qu'on leur remontra que leur conduite tendoit au schisme, ils déclarèrent qu'ils avoient résolu de ne parler à l'avenir en faveur d'aucun des deux partis; mais on ne se contenta point de leurs réponses; tout ce qu'on put faire se réduisit à leur donner jusqu'au lendemain 26 mai pour délibérer entr'eux. S'étant donc, eu conséquence, assemblés, ils conclurent unanimement de reconnoître Henri IV, de lui prêter serment de fidélité et de prier Dieu pour lui, pourvu qu'il fût absous du pape. Le doyen de chrétienté se présenta en la chambre du conseil, ayant en main cette délibération, le maodement de l'évêque d'Amiens du 27 mars, une lettre circulaire de ce prélat à son clergé du 20 avril et celle qu'il leur avoit écrite le 21 du même mois et un autre libelle imprimé à Douai , et y donna part du résultat de leur assemblée.
■ Les juges, ayant été aux opinions, ordonnèrent que, dans la huitaine pour tous délais, les curés et autres ecclésiastiques, ainsi que les minimes, reconnaîtroient Henri IV pour leur roi,
(1) Ne voilà-t-il pas l'intolérance qui reparaît en nouveau sens?
qu'il a reçues la veille de « Messieurs les depputtés estant en la ville de Paris, datées du XIe du présent mois, contenant, entre autres choses, que l'on trouve fort estrange que l'on parle en ceste ville aultrement qu'en tout honneur et révérence de Sa Majesté, seignament les prédicateurs contre la recongnoissance qu'en ont faicte Messieurs de la Sorbonne dont ils ont envoie coppie de l'acte qu'ils en ont faicte (1); le tout leu en lad. assemblée avecq une aultre lettre desd. depputtés contenant aussy advertissement de quelque entreprise sur ceste ville par le moien de aucuns factieux quy y sont, o 11 est délibéré que Messieurs du clergé seront ad-
lui prêteroient serment de fidélité, prieroicnt Dieu pour sa prospérité; défenses à eux de parler contre sa personne, à peine d'être procédé contre eux comme criminels de lèse-majesté. Le mandement, les lettres de Mr d'Amiens, la délibération des curés et autres écrits remis sur la table par le doyen de chrétienté furent supprimés comme autant de libelles séditieux, diffamatoires et scandaleux jusqu'à ce qu'il plut au parlement d'en ordonner autrement. La sentence de MM. du présidial ayant été notifiée aux curés et aux supérieurs réguliers; ils se soumirent enfin, mais en considération de ce, on n'exigea d'eux aucun serment que l'année suivante après l'absolution donnée au roi par le Saint Père. Quelques religieux se retirèrent néanmoins à Amiens. Les chapelains de Saint-Vulfran furent les plus maltraités , car le chapitre les ayant condamnés en de grosses amendes pour n'avoir point assisté à la procession générale faite en actions de grâce de la réduction de la ville, MM. du présidial firent exécuter ces condamnations à la réquisition des chanoines. » — Formentin.
(1) Je respecte ce gâchis grammatical. L'écrivain de l'Echevinage veut dire que MM. les députés ont envoyé à la Ville une copie de l'acte dressé par MM. de la Sorbonne.
monestés « de se conformer à la résolution et détermination de la Sorbonne de Paris et, à ceste fin, que l'acte expédié au collège de Navarre le XXIVe jour d'apvril en l'assemblée générale de l'Université de Paris sera dellivré au doien de chrestienté , chapitre de Sainct-Wlfran, et à Me Rembert, gardien du couvent des Cordelliers de ceste ville, docteur en théologie et prédicateur ordinaire, pour inviter, tant aux prosnes ordinaires des parroisses que aux prédications , le poeuple (1) à satisfaire au maintien dud. acte;
« Que le correcteur des Minimes sera requis de prèscher la paix et la prospérité du roy et, fautte de ce faire, sera proceddé contre luy par les voies ordinaires et de raison;
« Que aulcuns habitans seront admonestés de ne plus mal parler du roy, mais de le recongnoistre suivant les délibérations de céans, conformément etc. »
Formentin rapporte — je résume ici ses pages qui courent plus haut tout entières sous les miennes — l'envoi hors la ville de Rembert et du correcteur des Minimes récalcitrants; la soumission non conditionnelle, paraîtrait-il, du chapitre de St-Vulfran; quelques intrigues désespérées du duc d'Aumale; l'arrestation, par ordre du premier échevin remplissant les fonctions de maire, de quelques habitants suspects de correspondance avec le duc, et après le retour des députés, la procession du dimanche ?£ mai à laquelle plusieurs curés de la ville,
(1) Ici ont été écrits d'abord, puis biffés séance tenante même, ou à la lecture qui suivit, ces mots: à faire les prières ordinaires introduites en l'église pour le roy. — On ne laissa subsister que la formule dernière, plus vagne, substituée sans doute à la première invitation.
en obéissance aux instructions de Pévêque d'Amiens, se dispensent d'assister; le scandale causé par cette abstention parmi les partisans du roi; l'ajournement adressé par le présidial aux curés non soumis ; la comparution de ces ecclésiastiques en la chambre du conseil de MM. les officiers de ce tribunal les 24 et 25 mai ; leur défense établie sur leur désir de rester neutres et la résolution de ne parler à l'avenir en faveur d'aucun des deux partis; la première décision de MM. du présidial qui leur accorde jusqu'au lendemain pour délibérer entre eux , c'est-à-dire pour adhérer à l'avis commun ; le premier consentement unanime, mais conditionnel, des curés de reconnaître Henri 1Y, de lui prêter serment de fidélité et de prier pour lui pourvu qu'il soit absous par le pape, réserves abritées derrière un mandement de l'évêque d'Amiens du 27 mars, une lettre circulaire du même prélat du 20 avril, une autre adressée particulièrement par le prélat au clergé d'Abbeville à la même date, enfin un « libelle » imprimé à Douai; la sentence du présidial exigeant que, dans un délai strict de huitaine, les curés et les autres ecclésiastiques et les Minimes reconnaissent Henri IV pour roi, lui prêtent le serment de fidélité, prient pour sa prospérité et s'abstiennent de parler contre sa personne sous peine d'être poursuivis comme criminels de lèse-majesté; la suppression ordonnée encore, et séance tenante, par le présidial, des mandement, lettres de l'évêque d'Amiens , délibération des curés et autres écrits déposés sur la table pour la discussion de la cause « comme séditieux, diffamatoires et scandaleux » jusqu'à ordonnance contraire du parlement; la soumission enfin des curés avec ce tempérament cependant
de la part du présidial et cette transaction que le serment n'est pas exigé d'eux à cette heure lourde à leur conscience; la retraite à Amiens de quelques religieux indomptables; l'animation en sens contraire des chanoines dépités de rencontrer sous les voûtes de leur collégiale des retardataires dans la voie où eux-mênœs se sont engagés les premiers , et condamnant à de grosses amendes les chapelains de Saint-Vulfran, peines confirmées, sanctionnées par MM. du présidial.
On le voit, Echevinage, Présidial, Chapitre, c'est-àdire bourgeoisie libre des préventions, gens de justice cultivés et souples, et gens d'église appartenant aux familles sages de la ville, acceptaient volontiers la situation nouvelle, le présidial même avec un peu de passion et plus de zèle que l'Echevinage. Les ordres religieux, un certain nombre de curés, une partie de la population attachée à ses craintes, quelques gentilshommes aussi, résistaient par scrupules, par obstination honnête, aveuglée, têtue et s'elïarouchant de chimères. L'heure était encore aux faux bruits, aux acceptations crédules. L'Echevinage montre de la prudence; il éclaire, fait informer, réprime ou prévient.
Ainsi le peut-on remarquer dans la réunion du 1er juin :
« Plusieurs habitans de la ville ont, dit-on, tenu des propos et voeullent susciter des murmures et rumeurs au préjudice du service du roy et du repos de la ville » sur la réduction récente à l'obéissance du roi. Le laquais du sieur Dècle a même répandu le bruit dans la ville d'Amiens « que la presche (le prêche) se faisoit en trois endroicts en ceste ville — d'Abbeville. » — L'Echevinage décide qu'il sera informé dilligemment m u
sur ces faits à la poursuite du procureur de la ville « et que cependant il sera faict commandement au sieur Dècle et à la dame de Frucourt d'eulx retirer pour quelque temps de ceste ville en dedans le jour. »»
Il y a certainement dans cette mesure « pour quelque temps » de cette sagesse indulgente qui compte sur les heures gagnées pour arranger les choses. I
Une autre sagesse administrative et politique de l'Echevinage engage les marchands de la ville à acquitter, jusqu'à déchargement légal, les droits dont on sollicite auprès du roi l'abolition.
Une difficulté s'est élevée entre plusieurs marchands d'Abbeville « pour le paiement des droicts que Ton prétend leur faire paier à Sainct-Wallery par Monsieur d'Aumalle, avecq Philippes Marchant, commis à la réception dud. impost par îed. sieur. '• — L'Echevinage d'Abbeville décide « que pour éviter au paiement rigoureux desd. droicts prétendus par led. Marchant (contre la teneur du previllège desd. habitans et l'in tention de Sa Majesté) d'une part, et d'autre part pour ne rien faire au préjudice de lad. neutralisé, pour la conséquence qu'il en pourroit réussir jusques à ce que par Sa Majesté en auroit esté ordonné, lesd. marchans doibvent euix submettre au paiement desd. droicts, s'il est dict cy-après que faire se doibve. » — Séance du XI juin,
Et le 20 juin, le procureur fiscal de la ville présente ù l'Echevinage « un appointement donné par Monsieur le séneschal de Ponthieu sur le différend de plusieurs marchans de ceste ville avecq Philippes Marchant , commis, etc. » — L'Echevinage avise que, « pour tant ce que lad. ville poeult dire sur lad. difficulté, que la
dellibération du Xe jour de ce mois (1) leur sera délivrée (2). »
Ces délibérations nous montrent qu'aux dates précitées la ville de Saint-Valéry n'était pas encore réduite en l'autorité du roi. La perte des archives de Saint- Valery rendant très-douteuses certaines parties de son histoire, les indices que nous pouvons trouver sur cette histoire dans nos propres registres ne sont jamais à négliger.
Ce serait ici le lieu de rappeler, d'après Formentin et si nous l'en croyons, « que l'exemple d'Àbbeville entraîna la soumission de Montreuil (3). »
Diversion heureuse aux idées, bientôt les venues, les entrées en la ville, du lieutenant-général pour le roi, du gouverneur de Picardie, du roi lui-même, distrairont les dernières résistances et craintes et affermiront l'autorité royale par le délassement amusé des esprits, par le cérémonial et par le spectacle.
Le 2 juillet, réunion échevinaie pour une communication :
Mr de Humières , lieutenant-général pour le roy en Picardie, annonce qu'il a volonté de venir aujourd'huy à Abbeville. — Il est décidé en l'Echevinage qu'on le recevra « en la manière accoustumée en cas semblables. Les compagnies des cinquanteniers et celle
(1) Ai-je bien lu? Ne faudrait-il pas écrire du XIe jour?
(2) Ces que redoublés plus qu'il n'est nécessaire pour la clarté sont, on Ta remarqué souvent, dans les formes du langage municipal du temps.
(3) u Maigneux, qui en étoit gouverneur, ajoute l'historien, porta les habitants à la soumission et obtint une pension de trois cents livres et la conlirmation de son gouvernement. •
de la jeunesse seront mises en armes pour aller au devant, scavoir : de la jeunesse hors la porte, et celles des cinquanteniers , l'une dedans la porte jusques à la barrière et les deux aultres dans la ville, tout d'un rang, selon l'ordre qu'ils ont accoustumé de marcher. Messieurs, accompagnés des officiers, iront jusques à la barrière de la porte pour le recepvoir. — Le canon du quartier sera lasché. » —On fera à M»r de Humières présent du vin de la ville et d'une « montre d'orloge. » — On voit que M. de Humières devait entrer par la porte du Bois, car on mande les canonniers et aides du quartier du Bois (1).
Ce qui avait été dit fut fait. J'emprunte le résumé qui suit à Waignart :
« Le samedy second jour de juillet, messire Charles 'Sire de Humières, marquis d'Encre, fit son entrée en la ville d'Àbbeville par la porte du Bois. Les quatre compagnies furent mises en armes. La jeunesse alla au devant de luy hors lad. porte, assez loing. » Une compagnie de cinquanteniers se dédoubla et se fit face en double haie , de la barrière au plus loin qu'elle put s'étendre. Les deux autres se divisèrent de même façon en haie dans la ville. Le maieur, les anciens maieurs, les cchevins , les officiers de la ville reçurent M. de Humières hors la barrière et lui présentèrent les clefs de la ville. Les armes du roi, celles de Mr de Longueville, les siennes et .celles de la ville avaient été posées sur le pont-levis, à la porte Comtesse, au Bourdois, au portail de l'église de Saint-Vulfran , au-dessus de la
(!) La preuve esl-elle irréfragable? Peu importe, le registre nous dormant raison.
porte de la Teste -de -Bœuf où le lieutenant-général devait loger. Messieurs du chapitre de Saint-Vulfran reçurent le visiteur ami du roi devant le portail de leur église et le conduisirent dans le chœur où fut chanté un motet. M. de Humières fut, de là, mené à la Teste-de-Bœuf, et le lendemain on lui présenta « une montre d'horloge à mettre sur la table. »
Formentin, qui place l'entrée au 4 juillet, ajoute que le lieutenant-général se rendit le 5 et le G dans les autres villes du Ponthieu.
Ce n'étaient plus maintenant les troupes du roi que l'on craignait, mais les derniers restes des ligueurs. Ainsi le 16 juillet :
Le maieur a reçu avis « de quelque entreprise projetée sur la ville par les ennemys. » — Il convoque PEchevinage et les capitaines des quartiers. — 11 faut maintenir avec plus de sévérité la garde « quy se néglige par plusieurs quy ne tiennent compte d'y aller en personne. » Les résolutions manquent.
La vérité était sans doute que les habitants d'Abbeville craignaient beaucoup moins leurs nouveaux ennemis les ligueurs qu'ils n'avaient craint leurs nouveaux amis les soldats du roi.
Le vendredi cinquième jour d'août , assemblée à huit heures du matin de Messieurs les anciens maieurs et des échevins pour aviser sur ce qu'il conviendra faire à l'entrée de Msr de Longuevilîe, gouverneur de la province, « quy doit arriver de bref. » —Les résolutions manquent.
Nouvelle assemblée pour le même sujet, plus nombreuse, et présidée en l'absence du maieur par le
lieutenant général J. Bernard et le premier échevin F. Rumet.
Le dernier point d'appui va manquer aux fidèles de la Ligue, s'il en reste encore dans cette ville. Les habitants d'Amiens ont forcé, sans collision, le 9 août, leur Echevinage à traiter avec Henri IV.
Le samedi treizième jour d'août, le sieur de Beaucaurroy (Rumet), premier échevin, présente des lettres de Mr de Humières, lieutant général de la province de Picardie , alors à Amiens , et d'autres lettres des maieur, prévost et échevins d'Amiens (1). — Ces lettres,
(1) La lettre de M. de Humières, tout-à-fait particulière (de la part du lieutenant-ge'néral) et louangeuse pour Abbeville, ne doit pas se trouver dans les registres d'Amiens. La voici :
« Messieurs, encores que soyez desja advertis de la réduction d'Amiens en l'obéissance du roy, si n'ay-je voulu manquer à vous en donner entière asscurancc, estant entré ce soir, sur les trois heures, avec le contentement général et resjouissance de tout ce peuple. Vous leur avez servi d'exemple et devez louer Dieu d'avoir esté les premiers de tesmoigner au Roy vostre affection et monstrer le chemin à tous vos voisins. Je ne vous en diray pour ceste heure davantage, sinon que je prie Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa garde. D'Amiens, ce IX aoust M.D.XCI11I; et au bas estoit escrit : Vostre plus affectionné à vous faire service, Humières; et au dos: A Messieurs maieur et eschevins d'Abbcville. »
Quant à la lettre de l'Echevinage d'Amiens , elle est assez curieuse par les préoccupations commerciales qu'elle exprime avant tout. Je ne puis savoir si elle a été consignée dans les registres d'Amiens. Elle ne se trouve pas dans la publication des Documents inédits sur l'histoire de France. Je la reproduis donc aussi :
« Messieurs, Dieu nous ayant fait la grâce de nous réduire soubs l'obéissance du Roy , et après avoir donné ordre à la seureté de la ville, nous avons bien voulu vous en donner advis
adressées à l'Echevinage d'Abbeville et datées des IX et XI août, annoncent la réduction d'Amiens à l'obéissance au roi. - Notre registre en garde la copie. Le roi est à Amiens le 22 août.
FAITS DIVERS
Capitulation de Pont-Remy. — Capitulation du Crotoy. — Les corps-dc-garde de la milice abbevilloise. — Cloche sonnée pour l'ouverture et la clôture des portes. — Transport de poudre, de piques.— Recherche des habitants. — Visitation des remparts. — Nourriture des pionniers de la ville. — Recette pour fournir à l'accord fait pour le rétablissement de la justice civile. — Indemnité aux greffiers du bailliage d'Abbeville. — Silence des comptes sur les causes de plusieurs voyages. — Election d'un siéger; difficultés soulevées par les maieurs de bannières; accord entre l'Echevinage et eux. — Des rapports du siéger et du bailly d'Abbeville. — M. de Rubempré, capitaine de Rue, festoyé à Abbeville.— Quelques vieux usages et quelques nouveautés : banc, dossier et barre posés en la maison du maieur; la tasse, l'escarcelle; entretien proposé de quatre hommes pour suivre le maieur; vin envoyé aux anciens maieurs, aux échevins, aux officiers de la ville; don, de quatre sols au maieur et de deux sols aux échevins. — La charité: enfant abandonné recueilli par la ville. — Vente de maisons et de meubles de l'institution des Repenties. — Mascarades interdites. — Condamnations pour travail ou vente en jour de fête.
L'incertitude des dates nous a fait, de chapitre en chapitre, rejeter au commencement de ceiui-ci deux
pour vous prier vous en resjouir avec nous et nous continuer en vostre amitié , vous priant au surplus vouloir donner la liberté à nos marchands et à leur marchandise, comme nous ferons de inesrne et nous emploierons en tout ce qui nous sera possible et recommandé de vostre part, qui [ce qui] sera d'aussi bon cœur que nous prierons Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa saincte garde. Du XI0 aoust M D.XCIV. En bas estoit escrit : Vos confrères, voisins et bons amis maieur, prevost et eschevins d'Amiens. »
faits assez importants que nous fournit Formentin et que, plus tard, nous tâcherons de contrôler, de préciser ou de réduire à la stricte vérité, si nous en trouvons les moyens.
Le premier intéresse Pont-Remy. L'historien l'attribue à la fin d'avril (1594) : « Le seigneur de Rambures, à la tête de trois cents lances et de huit cents hommes des communes d'Abbeville, s'avança vers le fort bâti au Pont-de-Remy par le duc de Parme, occupé par les gens du duc d'Aumale qui capitulèrent à la vue du canon mis en batterie (1). -
Le second intéresse le Crotoy. L'historien ne donne d'autre date que 1594 : « Antoine de Bourbon-Rubempré assembla, dit-il, un petit corps de troupes à Rue, avec lequel il se présenta devant le Crotoy. Les bourgeois le favorisant, la garnison ligueuse manquant de vivres fut contrainte de battre la chamade et de capituler. »
Je dois dire, jusqu'à vérification, que les « huit cents hommes des communes d'Abbeville » allant en guerre me paraissent merveilleux, et que l'intervention des bourgeois du Crotoy me semble un peu suspecte.
Puisque nous en sommes encore à la guerre et aux mouvements de guerre, rapprochons quelques dépositions de nos registres non utilisées dans les chapitres qui précèdent.
Et d'abord notons les corps de-garde qui mettaient à l'épreuve, pendant la nuit, la vigilance de notre milice.
(1) J'ai d'ailleurs trouvé autrefois le même fait dans Waignart, mais sans date plus précise.— Voyez Hist. de Cinq Villes, etc., Saint-Riquier et les cantons voisins, t. I*\ p. 620.
Ces postes étaient, en Tannée échevinale 1593-1594, au nombre de quatorze, savoir :
Un au Marché;
Un sur chacune des portes « Marcadé, du Bois, Saint- Gilles et Docquet. » — On disait alors les quatre portes. La Portelette ne comptait pas tout-à fait comme porte ; ce n'était qu'une poterne, condamnée souvent dans les temps d'inquiétude;
Un « au chasteau, » un au bastion de Retz ;
Puis sept autres aux lieux suivants : « tour à Bourel, Mouret (ou Moinet) en la Roy ne, court de Ponthieu, Pont-des-Prés, Portelette, Maillefeu et Saint- Jean-des- Prés. »
Jehan de Bailloeul était toujours commis à sonner les cloches pour l'ouverture et la clôture des portes. — Registre aux délibérations.
Des rapprochements de dates pourraient donner quelque valeur à certains faits relevés dans les comptes :
« A neuf brouttiors , trente-six sols , pour avoir transporté des poudres à canon sur leurs brouettes ; ordonnance du itr octobre 4593, cy xxxvi3. »
— Registre des argentiers, j 593-3 594.
« A Robert de Longpré et aultres manouvriers, douze sols, pour avoir travaillé à réunir et transporter les picques estans l'Eschevinage (pas de date pour l'ordonnance de paiement), cy xus. »
— Ibid.
Dépense pour « la recherche des habitans , seize escus. » — Ibid.
Pour la « Visitation des remparts, » la même somme de seize escus. — Ibid.
Les pionniers de la ville recevaient pour leur vie du
pain et de la bière. — Reg. aux délib 1593-1504 , au XXX octobre 4593.
J'ai relevé, pour éclaircir quelques autres questions, non plus de guerre, mais d'ordre civil, les déclarations et les chiffres qui suivent dans les comptes de 1 593- 1 594 :
« Aultre recepte faicte par ledict Lattaignant (l'argentier de cette année) des deniers payés par subvention et prest à lad. ville pour fournir et satisfaire à l'accord faict par icelle avecq les greffiers du bailliage de lad. ville à cause du restablissement de la justice civille :
« De Nicolas Lebel, greffier de lad. ville, la sornine de deux cens escus, cy u« «*.
« Des sergeans à mace de lad. ville, cent soixante-six escus deux tiers, cy cxxvrsc iil.
- De Me Anthoine Coullon, argentier de la maison du Va! de lad. ville, la somme de cent escus, cy. . . ce8r. « Somme im°Lxvrsc nl. »
Et plus loin, dans un chapitre de dépenses, je vois :
<« Aultre mise et despense faicte par led. Lattaignant à cause de la recepte extraordinaire cy- devant par luy faicte :
« A Mes Charles de Ponthieu et Charles Robin, greffiers du bailliage d'Abbeviile , la somme de six cens trente-trois escus ung tiers, moiennant laquelle auroit esté composé et accordé avecq eulx pour l'intérest qu'ils eussent peu prétendre à cause du restablissement faict de la justice civille au corps de lad. ville par édict faict par le roy sur la réduction d'iceile. » — Les greffiers du bailliage d'Abbeviile tiraient profit (i), avant ce réta-
(1) Je coupe et je cherche à débrouiller dans la longueur des phrases sans être sûr d'y parvenir.
blissement, « des causes civilîes des habitans de lad. ville, de laquelle lesdicts maieur et eschevins auroient esté privés par l'édict faict à Moulins, comme il apert par dellibération et ordonnance du dix-huictiesme jour de juillet et premier aoust M. Ve quatre-vingt-quatorze, cy \ic xxxinesc il. »
Les causes des « voyages » et de quelques autres vacations ne sont plus données en cette année échevinale 1593-159 i. Y a-t-il quelque prudence politique dans ces abréviations? Je ne sais, mais je relève:
Voyage d'un manouvrier envoyé à Amiens (évidemment comme commissionnaire et , vu sa condition , comme commissionnaire secret peut-être) « pour les raisons portées au mandement du sixiesme octobre » (1593), un écu dix sols r,c xs.
Voyage de Sébastien Carbonnier au pays de Vimeu — point de cause indiquée — ordonnance du 22 octobre 1593, vingt-cinq sols xxvs.
Voyage de Jehan Barbier à Amiens — point de cause indiquée, renvoi au brevet du 4 mars 1594, — quarante
SOIS XLS.
Durant le voyage des députés (qui devaient porter au roi la soumission de la ville, c'est à-dire du 20 avril au 20 mai, jour de leur retour), mourut maistre Grégoire Le Devin, advocat, siéger et premier conseiller de la ville, et en son lieu fut nommé Me Josse Beau varie t.
Les maieurs de bannières soulevèrent à cette occasion, pour l'importance de leur vote, des difficultés que je vais rapporter sous cette page (1).
(!) J'abrégerai avec l'aide de Waignart qui a déjà abrège un peu lui-même sur le registre de la vilie : Le jeudi XXVIe jour de may , assemblée générale au graud
Voyez la délibération du huit juillet 4594 sur les rapports du siéger et du bailly d'Abbeville, et la délibération du dix-huit juillet sur un appel des maieurs
Echevinage, au son des cloches. Le maieur expose que depuis le décès de Ma Grégoire Le Devin, sie'ger de lad. ville (1), on a songé à pourvoir à l'emploi vacant. D'un autre côté, M8 Hector Rumet, escuyer, sieur de Beaumarest, bailly d'Abbeville, a proposé de remettre son état de bailly en i'hôtel-de-ville, moyennant, comme récompense, sa nomination à l'état de siéger, « pour faire cesser toutes difficultés et procès qui pourroient sourdre à raison du restablissement nagaire faict de la justice civile en l'Eschevinagc par l'édict royal du mois d'avril dernier, n — Saint-Germain-en-Laye, voir plus haut.
L'assemblée, ainsi saisie et sans s'arrêter à la proposition du bailly, décide qu'il sera pourvu par élection à l'état de siéger « d'homme suffisant et capable, » sous 3a condition que le fonctionnaire élu se chargera « de l'événement des procès et différends qui seroit-nt intentés par led. sieur bailly ou autres à raison dud. restablissement de la justice, sans que la ville en porte aucun intérest ou dommage, tant en principal que despens, dommages et intérests. »
Le maieur fait prêter alors et reçoit le serment de toute la compagnie « de procéder fidèlement à la nomination d'un siéger homme capable et de bonne vie, sans acception de personne et sans avoir esgard aux promesses et obligations qu'aucuns pourroient avoir faictes. »
Au moment du vote se produit la difficulté qui fera sursoir à l'élection ce jour-là. Les maieurs de bannières prétendent voter tous individuellement et faire compter leurs soixante -quatre voix. Dans la discussion qui suit, ils réduisent leur exigence au vote par enseigne de métier, c'est-à-dire à seize voix. Antoine Briet, Simon Belle ie jeune, Jean Gourdin et Jacques Tillette parlent au nom commun. Les maieurs de bannières ne peuvent
(i) Grégoire Le Devin avait succédé dans cette fonction de siéger au sieur Claude [Le Devin sans doute] qui avait succédé lui-même au sieur de Beusin son beau-père. — Waignart.
de bannières, délibération longue et intéressante sur te greffe héréditaire du bailliage d'Abbeville. — Voyez encore la délibération très-importante du 1er août S 594, où le procureur de la ville remontre que, « sur les ouvertures par cy-devant faictes affin de moïenner un bon accord pour le différend pendant par devant Mr le séneschal de Ponthieu d'entre nous maieur et eschevins et les maieurs de bannières à cause du
« nommer » à d'autres conditions. Ils requièrent « être conservés en leurs privilèges et usances. »
Me Jean Tillettc, sr d'Achery, procureur de la ville, les combat lis n'ont droit qu'à une voix, suivant l'arrêt de la cour du 15 janvier 1585. — L'assemblée, qui partage cet avis, engage les chefs des corporations « à nommer » présentement, mais la « nomination » faite par eux ne sera reçue que pour une voix. Les maienrs de bannières persistent dans leurs déclarations.
L'assemblée décide alors que, si, dans un délai de huitaine, les chefs des enseignes ne se décident pas à produire leur choix, les échevins procéderont seuls à l'élection.
Les maieurs de bannières demandent alors copie de l'arrêt du 15 janvier 1585 pour se pourvoir, « protestant qu'au cas qu'il soit passé outre au faict de lad. nomination et élection, ils remettront leurs charges, ne porteront plus les clefs de la ville, ne feront à ['advenir aucune eslection du magistat et se déporteront entièrement de toutes leurs charges. » En un mot, ils se mettront en grève comme citoyens.
Copie de l'arrêt réclamé leur est donnée avec invitation de venir dans huit jours à l'élection retardée. La huitaine expirée, il est procédé au vote, bien que les maieurs de bannières se soient portés « appellans par-devant Mr le séneschal de Ponthieu » des résolutions de l'Echevinage. — Dépouillement du scrutin : Ma François Caîsier, une voix; Me François Rumet, six; M' Josse Beauvarîet, treize, et Me Adrian Gaude, quatre.
Josse Beauvarîet demeure donc élu. 11 comparaît « en personne, » prend la charge et fait le serment requis.
nombre des voix que prétendent avoir lesd. maieurs de bannières es nominations, provisions, résignations des
offices de lad. ville, etc , on a communicqué avec
eulx estans en leur chambre, le vingt-deuxiesme jour de juillet, où ils ont dict, comme aultrefois, qu'ils aimoient mieulx passer par les voies les plus doulces et plus aimables que d'en widder par jugemens contradictoires, etc. » — Délibération longue. L'accord est fait entre l'Echevinage et les maieurs de bannières.
Après la soumission d'Abbeville au roi, le capitaine de Rue, qui avait donné tant de souci à notre Echevinage, vint en notre ville avec plusieurs gentilshommes et fut fêté par elle :
« A Meon Ternisien, cuisinier, la somme de vingtdeux escus pour viande et gibier par luy fourny, et dont auroient esté festoyés le sieur de Kubempré et plusieurs gentilshommes venus en lad. ville après la réduction d'icclle , comme apert par ordonnance du
quatriesme jour d'aoust (1594), cy xxne8C. »
— Reg. aux comptes, 1593-1594.
Les comptes de 1593-1594 nous montrent encore les vieux usages en vigueur et quelques nouveautés.
Les usages anciens présentent quelquefois, dans l'en semble de la magistrature municipale sévère, certaines familiarités paternelles. Dans les petites affaires, le maire est encore juge-de-paix; il administre patriarcalement à sa porte; il y accommode les difficultés légères. Le banc, l'appui pour les intéressés qui viennent à tilre quelconque doivent être des traditions des temps anciens. La tasse sera nouvelle, l'escarcelle aussi peutêtre. Les quatre hommes proposés pour escorter le maieur feraient contraste avec l'ancienne simplicité.
Cette velléité d'apparat à la Médicis en la démocratie de la Ligue est à noter. Plus naïf et plus conforme aux vieilles mœurs est le don de quatre sols au maieur et aux échevins qui signent au livre rouge en certaines circonstances, comme l'envoi de vin aux maieurs hors de charge, mais s'employant encore dans l'intérêt commun, aux échevins, aux officiers de la ville, etc.
Usages anciens, le banc :
■ A esté payé audict sieur de Maupin la somme de huict escus pour son remboursement de pareille somme par luy payée pour le bancq, dossier et barre de bois posés en sa maison pour l'expédition des affaires sommaires se présentans à cause de lad. charge ; récépissé du XVIIe jour de septembre 1593, cy. . . . vniesc (1). »
Nous voyons, pour la première fois, la tasse (2) que les maieurs portèrent si longtemps comme insigne de leur dignité :
(1) L'usage était effectivement très-ancien, et nous l'avons trouvé dès le début même des présentes études sur la période de la Ligue et il remontait bien plus haut:
« A André Regnault, Me menuisier, la somme de dix-huict livres tournois, pour le bancq et apuye faict au logis dudict sieur maieur, ainsy qu'il est accoustumé, et dont appert par
mandement du XVIe jour de may audict au xvin'. »
-- Comptes de 1576-1577.
(2) Le paiement vient témoigner de l'exécution immédiate de cette résolution :
« A Lois Sanson , eschevin , la somme de vingt-neuf escus vingt-sept sols à luy ordonnée pour son remboursement de pareille somme par luy déboursée pour faire une escarcelle et uug sacq pour servir aud. sieur maieur, suivant la délibération pour ce faicte le Xia jour de novembre M VclIIi"XliI ; ordonnance du
XVII décembre aud. an, cy , . . xxixesc xxvn'. »
— Comptes de 1503- 1591.
m Du unziesmc jour de novembre 1593, il a esté dellibéré que, pour l'honneur de la ville, il sera faict une tasse aud. sieur maieur de velour viollet pour mettre les sceaulx de la ville (1), mesmement ung sacq de pareille estoffe pour mettre les pappiers quy (qu'il) luy convient journellement apporter en cest eschevinaige pour les affaires d'icelle. »
Ce qui est nouveau aussi, c'est l'entretien proposé de quatre hommes pour suivre le maieur. Ce projet d'honneur nouveau pour le chef de la ville était-il une conséquence de la réunion de la mairie et du gouvernement militaire? J'empiète ici sur l'année 1594-1595 :
» Du XVïe jour de frcbvrier 1595: il a été, par plusieurs fois, proposé d'entretenir quatre hommes pour suivre le maieur pour l'honneur de la ville et le respect de sa charge. » C'est de ces termes et de ce souvenir vrai ou faux que l'écrivain de la ville fait précéder la proposition faite ou renouvelée alors. — 11 sera advisé sur ce point au prochain jour. — Reg. aux délib, de 1594-1595.
(1) Je ne vois pas encore, peut-être la rencontrerai-je plus tard, la concession royale qui, suivant les auteurs des mss. Siffait, autorisa, en 1594, le port de cette tasse. Ces mss. conservent, ce qui est assez intéressant aujourd'hui, la description de la tasse des maieurs : « C'étoit un sac de velours violet, au milieu duquel étoit une tasce d'argent ou cercle en forme de cœur encadrant les armes de la ville en broderies d'or; on suspendoit cette tasse à la boutonnière au moyen d'un petit anneau d'argent avec un ruban violet. Elle servoit à mettre les paquets qui venoient de la part du roi. » Une délibération du 27 juillet 1753 abolit l'usage de porter la tasse que, pendant cent. soixante ans, les maieurs avaient regardée comme leur très-
honorable insigne.
Revenons à notre année :
« XXX octobre (1593). Pour reconnaître MM. les anciens maieurs des fatigues qu'ils ont pour les affaires de la ville, il leur sera envoyé à chacun deux pots de vin, et à MM. les esclievins et officiers de la ville chacun un pot, ainsi qu'il est accoutumé, et led. vin sera porté par les sergeans à masse et de la vingtaine avec les quesnes de la ville. » — Reg. aux délib. 1593-
Et le même jour :
» Led. sieur maieur et Messieurs les eschevins ont signé sur le livre rouge en la manière accoustumée, et leur a esté distribué par l'argentier du Val, scavoir aud. sieur maieur quatre sols, et à chacun de Messieurs les eschevins et officiers de la ville deux sols, pour prier Dieu pour Pâme de Mathieu Aux Costés. » — Reg. aux délib. 1593-1594.
La charité à Abbeville. C'est sous ces mots que nous croyons devoir placer un fait assez simple sans doute depuis la foi chrétienne, mais enfin qui montre, avant saint Vincent de Paul, la ville pourvoyant à la vie des enfants abandonnés hors même de sa banlieue.
Le XVIe jour de mars 1594, le procureur de la ville parle ainsi : « Puis peu de temps en ça a esté apporté en ceste ville ung enfant âgé de deux à trois mois,
trouvé au villaige de (en blanc) par une paouvre
femme de villaige, pour la nourriture duquel Messieurs les commissaires du bureau des paouvres n'ont voullu bailler aucuns deniers, encores que nous aions envoyé vers eulx par diverses fois; en sorte que lad. femme, m 12
quy est paouvre, chargée de trois ou quatre enfans, n'aiant moien de nourrir led. enfant, menasse de le laisser sur le pavé ou quelque autre endroict de la ville dont il pourroit arriver inconvénient. » 11 requiert donc que Ton pourvoie au cas. Il est délibéré « que led. enfant sera mis à nourrice et que, pour la somme qui sera accordée pour ce faire, le recepveur du bureau des paouvres sera contrainct par touttes voies deubes et raisonnables. » Et le XVIII du même mois, prix est fait par l'Echevinage avec Françoise Bridoul, veuve de Jehan Delecroix, demeurant au village de Drucat, pour nourrir l'enfant durant un an , moyennant la somme de x escus. — Reg. aux dèlib. 4593-1594.
Nous avons souvent rencontré sur notre chemin Thonnête institution des Repenties 5 nous la trouvons encore, mais tout-à-fait condamnée. Nous annoncions, dans le dernier chapitre de l'année 1592-1593, la délivrance au principal du collège, pour sa chapelle, des meubles servant au culte dans la maison « où naguaires les Repenties faisoient leur demeure; » cette année, l'Echevinage ordonne que « les maisons cy- devant acheptées pour accommoder les Repenties de ceste ville seront vendues, et qu'à ceste fin publication sera faicte; mesmement les moeubles quy ont esté saisis en lad. maison. » — Reg. aux dèlib. 1593-1594, du VIIIe jour d'octobre 1593.
Ainsi nous avons suivi d'année en année l'histoire des Repenties — et du collège. Le collège a fini par tuer les Repenties.
L'Echevinage poursuivit encore cette année les mascarades :
« Le XIXe dud. mois de décembre (1593), Ànthoine Blanchart, fripier, pour avoir loué des habits pour aller en masque, [condamné à] xx sols. » — Rcg. aux comptes, 1592-1573.
Et nous relevons des condamnations pour travail ou ventes les jours de fête :
Le vingt juillet 1594, un chapelier est condamné pour avoir vendu marchandise en jour de feste; amende un écu.
Le même jour, condamnation de Jehan du Marc, convaincu d'avoir travaillé en jour férié. — Comptes de 1593-1594.
Ici pourrait prendre lin la tâche que nous nous étions imposée en commençant ces études. La Ligue est morte ou se meurt. Les traités ne sont pas encore conclus entre le roi et les ducs de Lorraine et de Guise, mais les résistances sont désormais impuissantes contre la force du roi (1). Dans tous les cas, notre ville , fort heureuse d'être sortie des souffrances de la guerre, n'éprouve aucune envie d'y rentrer. L'histoire de la Ligue à Abbeville est donc bien close. J'ai pensé cependant qu'il ne serait pas sans intérêt pour le lecteur d'assister à la dernière conclusion des événements, aux réjouissances, à l'entrée du gouver-
(1) Toutes 1rs villes de Picardie appartiennent déjà au roi, « hormis Soissons et La Fère que le duc de Mayenne et l'Espagnol occupent. » — Waignart.
neur de la province, à l'entrée du roi lui-même. Nous allons donc, en l'an qui vient, fêler le régime royal avec le maieur de Maupin , l'ancien ligueur , fort satisfait, et suffisamment bien payé, du changement.
Renouvellement de la loi. — Le roi désire la réélection de M. de Maupin. — Ses lettres à l'Echevinage et aux maieurs de bannières — Incidents de l'élection. — Craintes pour les privilèges. — Discours de M. de Maupin. — L'élection maintient le maieur et tous les échevins. — Derniers restes des troubles. — L'Echevinage met hors de la ville un religieux qui dispute la possession du prieuré de Saint-Pierre avec scandale dans la ville et désordre parmi les religieux du prieuré. — Députation à Paris du siéger Beauvarlet pour la vérification de l'édit de la réduction de la ville et pour plusieurs autres affaires. — Démolition des forts du Pont-Rcmy et de Noyelles, suivant Formentin. — Expédition, suivant le même historien, d'un détachement de milice abbevilloise vers Wontreuil. — Ordre du roi de relâcher des prisonniers. — Lettre de M. de Canteleu annonçant l'envoi par le roi, à Abbeville, d'un officier commandant, et éventuellement de quelqaes troupes — Protestation de l'Echevinage et réponse à M. de Canteleu. — Qu'advint-il des réclamations? — Passage de troupes, suivant Formentin. — La culture littéraire. — Entrée du duc de Longueville. — Nomination, à la demande du duc et suivant l'ordre du roi, de deux députés qui iront trouver Sa Majesté à Saint-Quentin.
Le roi, dans deux lettres données à Amiens le 21 août, avait engagé les habitants d'Abbeville à maintenir à la tête de l'Echevinage le maire en exercice. La première était adressée au maieur lui-même et aux échevins :
« Chers et bien aînés* vous ayant par nostre édict faict sur la requeste qui nous fut pour vous présentée, lors de vostre réduo
lion en nostre obéissance, et en faveur d'icelle remis l'entier gouvernement de nostredicte ville d'Abbeville pour le soin que nous sommes très-certain que vous aurez tousjours assez grand pour la maintenir et conserver en libre subjection et vous garantir des pornic;eux desseins que nos ennemis pourroient avoir au contraire: Nous avons bien voulu vous advertir que le faix de ceste charge estant du tout en la disposition des maieur, eschev'ms et magistrats de nostredicte ville, qu'il est très-nécessaire d'y commettre personnes vigilantes et soigneuses du salut commun de leur patrie, conservation et protection de leurs concitoyens, et après que nous avons meurement considéré le seur tesmoignage que nous a donné le sieur de Maupin, à présent vostre maieur, de la iidélité et loyauté en l'avancement qu'il a donné à la réduction de nostredicte ville et, à son exemple, à toutes les autres de nostre province de Picardie : Nous avons estimé ne pouvoir espérer d'aucun d'entre vous plus de debvoir, de diligence et de vigilance en telle charge que de luy. C est pourquoy vous nous ferez service très-agréable, et vous prions que vous ayez à continuer led. sieur de Maupin en la charge de maieur l'année prochaine, et que procédant à nouvelle création et élection des eschevins, toutes passions et considérations particulières postposées, que Ton choisisse ceux d'entre vous que vous cognoistrez dignes et capables de telles charges et entièrement affectionnés à l'avancement de nostre service , qui est inséparable à vostre bien et repos ; est [c'est] le seul but que nous nous proposons en ceste affaire, comme vous le devez croire: et que rien ne nous faict désirer la continuation dud. sieur de Maupin qui puisse en façon que ce soit diminuer ou altérer vos privilèges: mais le seul soin paternel que nous avons de la protection et conservation de nos fidèles et loyaulx subjects, tels que nous prions Dieu vous faire la grâce d'estre à tousjours, et vous avoir en sa saincte garde. Donné à Amiens, ce XXI aoust M.D.XCIV. Signé Henry; et plus bas: Rugé. Et à costé: Nous avions résolu de vous envoyer nostre cousin le duc de Longueville, ne pouvant nous acheminer pnr delà comme le désirez, mais nous sommes contraint de le retenir près de nous
encore ponr quelque temps. Et à la suscription : A nos chers et bien ame's les maieur et eschevins de nostre ville d'Abbeville. »
La seconde était adressée aux maieurs de bannières:
« Chers et bien ame's, combien que nous n'ayons aucun subject de craindre ou appréhender qu'il advienne quelque changement ou alte'ration à la seureté et conservation de nostre ville d'Abbeville en nostre obe'issance , bien asseure' que nous sommes de l'entière et immuable affection que chacun de vous a au bien et avancement de nostre service : craignant toutefois qu'à ce nouveau changement de magistrats on n'admette aux charges de maieur et autres principaux officiers de nostredicte ville quelques personnes moins soigneuses qu'il n'appartient; nous désirons, puisque nous nous reposons entièrement sur lesd. magistrats du gouvernement de nostredicte ville, que le sieur de Maupin qui, à la réduction d'icelle, s'est monstre tant zélé, prompt et disposé à procurer et establir le commun repos et le salut général de ses concitoyens, continue encore pour Tannée prochaine la fonction de maieur, et nous ferez service fort agréable qu'il soit par vous esleu et choisy à cest effect : et de croire que nous ne sommes poussé à ce désir d'ancune chose qui contrevienne ou puisse tant peu que ce soit diminuer de vos privilèges : mais du soing seul que nous avons de vostre repos et conservation, desquels dépend entièrement le bien et avancement de nostre service. A quoy nous promettant que vous serez tousjours bien aises de satisfaire, puisque c'est chose et utile et nécessaire, nous ne vous en ferons plus ample recommandation que la présente. Donné à Amiens, le XXI aoust M.D.XCII1I. Signé Heisry; et plus bas : Rugé ; et au dos : A nos chers et bien amés les maieurs de bannières de nostre ville d'Abbeville. »
Le caractère particulier que ces lettres vont donner à l'élection nous engage à l'exposer en pleine lumière, au lieu de la rejeter, comme nous l'avons fait pour la plupart des autres, dans un compartiment inférieur de nos pages.
24 août. Renouvellement de la loi. Il est à remarquer, — nous avons le regret de constater ce délit des vieux temps sans doute, — que la première page de la délibération (la p. 11CI11IXXXI) a été enlevée du registre aux délibérations (1).
Nous trouvons donc la séance ouverte.
Beauvarlet , siéger, et Tillette , procureur, représentent « que l'on a cejourd'huy receu lettres du roy concernant le faict de lad. ellection, adressées aud. sieur maieur, etc., avec aultres de Msr de Longueville et de M. de Humières à mesme effect. »
La teneur des lettres n'est plus certainement un secret pour personne, cependant la discussion s'engage avec régularité et dignité. Il en coûte, peut-on voir, à
(1) Waignart, au temps où le registre était encore évidemment intact, a analysé ainsi 'e commencement de la délibération :
« Le XXIIII9 jour d'aoust, au grand Echevinage, au son des cloches, les deux collèges assemblés, la porte de l'Echevinage fermée et les clefs rapportées sur le bureau, M8 Jean de Maupin, maieur, après avoir remercié la compagnie au nom de toute la ville en signe de démission de sa charge, remit les sceaux de la vilie snr le bureau. Puis Me Josse Beauvarlet, l'ayant remercié et les eschevins du devoir qu'ils avoient faict en l'exercice de leurs charges, M" Jean Tillette, procureur fiscal, requit qu'il fut procédé à la nomination du magistrat a la manière accoutumée, et, suivant ce, ledit sieur maieur fit prester et faire serment aux eschevins de nommer trois hommes pour l'un d'eux estre choisi par les maieurs de bannières, lesquels ledit maieur fit jurer de choisir l'un d'iceux et de faire nommer avec luy douze eschevins, un argentier de la ville et un du Val. » Les maieurs de bannières ayant, pour procéder à l'élection, prêté le serment accoutumé, le siéger vi le procureur fiscal communiquèrent la volonté du roi, mais ici je retrouve la délibération même au registre municipal. — Voyez notre texte supérieur.
l'esprit municipal de recevoir cet avis du roi, si gracieusement qu'il soit enveloppé. On y redoute une première atteinte et le présage d'atteintes à venir aux vieilles coutumes , aux libertés plus de quatre fois centenaires de la ville. L'esprit d'indépendance, respectueux des lois et des formes qui sont les sauvegardes de toutes les franchises , cet esprit qui , malgré des désordres, s'était développé peut-être pendant la Ligue, eut fait souffrir impatiemment une soumission trop précipitée, aveugle ou joyeuse, aux volontés du roi.
M. de Maupin lui -même prend la parole et il ne tient pas à lui, si nous en jugeons par son discours, que la ville ne résiste au désir royal, à un ordre qui a pris le ton bien plus puissant de la prière (1).
« Ledict sieur de Maupin remonstre que véritablement l'on a receu lettres de Sa Majesté par lesquelles il (2) entend qu'il (3) soit continué en lad. charge , mais il y a de l'apparence que lesd. lettres ont esté poursuivies et praticquées comme il se remarque par les dates et teneur des lettres de mond. seigneur de (lumières. » — Au demeurant, le maieur ajoute « qu'il a plusieurs remonstances et excuses à faire à Sa Majesté par le moien desquelles il doibt estre deschargé, tant pour scn. indisposition, incommodités, qu'il a receu en ses affaires propres et domestiques durant l'an passé, que, aussy, à cause qu'il ne manque de gens de bien et
(1) Henri IV n'eut pas osé encore nommer lui-même un maire perpétuel comme Louis XIV ie tit en 1693 — quatre-vingt-dixneuf ans plus tard.
(2) Le roi.
(3) M de Maupin.
d'honneur en ceste ville, aultres et plus suffisans que luy pour exercer la charge, joinct que telle continuation ne poeult estre faicte sans faire préjudice aux droicts et auctorités du poeuple représenté par les deulx collèges, quy est fondé et en possession de faire et eslire chacun an led. magistrat, dont les previllèges et usaiges ont esté naguaires confirmés par Sad. Majesté lors de la réduction de lad. ville en son obéissance. » 11 supplie l'assemblée « d'y penser et le bien considérer pour la conséquence où cela tire pour l'advenir et eulx
donner garde de perdre par ce consentement et (1)
le droict d'ellection et nomination du magistrat, et que chacun an, à l'advenir, ils ne soient interrompus par telles lettres quy sont aisées à obtenir à la volunté des seigneurs estans près du roy, au très-grand préjudice des auctorités et previllèges de lad. ville et de la liberté publicque. »
Les assistants demandent cependant qu'on lise les lettres.
Tous ces procédés sont fort remarquables au lendemain de la reddition au roi.
Le maieur de Maupin reprend une seconde fois la parole avant les opérations électorales pour se défendre d'être porté sur la liste des trois personnages « capables (*2). »
(1) Un mot que je ne peux lire.
(2) Après la lecture, a résumé Waignart, le maieur fut d'un commun consentement prié de continuer sa charche, de quoi il s'excusa, disant, entre plusieurs considérations, « que s'il avoit apporté quelque chose à la réduction de la ville, çavoit été avec Ja compagnie qu'il faudroit continuer pour incsme raison. » Nous pourrions remarquer dans ce langage une habileté. M. de
Les échevins passèrent outre cependant (1) et présentèrent au choix des maieurs de bannières :
Noble homme Jehan de Maupin, sieur de Bellencourt, conseiller du roy au siège présidial de Ponthieu;
Noble homme François Rumet , sieur de Beaucaurroy ;
Honorable homme Me Jehan de Cantelleu, conseiller du roy, elleu en Ponthieu.
Les maieurs de bannières nommèrent:
Pour maieur:
Jehan de Maupin (2).
Maupin, en confondant ainsi en une somme commune la part prise par le maieur et' toutes les parts prises par le corps de la ville dans la soumission, confond aussi les me'rites et les rrsponsabilite's pour l'avenir. Avait-on, cependant, de ces prudences en ce moment de satisfaction réelle? « D'ailleurs, ajoute M. de Maupin, ce seroit contre les privilèges de Vesleclion. » Il n'est pas impossible que M. de Maupin ait voulu prendre ses pre'cautions contre des reproches à venir. Dans tous les cas et quels que soient ses motifs, son langage n'est pas celui d'un personnage commun et doit être mis en quelque balance avec les avantages qui lui e'churent dans les négociations de l'année échevinale expirante.
(1) L'affaire mise en délibération, on avisa de satisfaire à la volonté du roy en observant néanmoins la forme accoutumée. — - Waignart.
(2) Pour les quatre premiers eschevins :
Noble homme François Rumet, sieur de Beaucaurroy, antien maieur ; Honorable homme Anthoine Manessier, aussy autien maieur; Honorable homme Jehan de Cantelleu, elleu en Ponthieu ; Honorable homme Charles Cocquerel.
Pour les huict eschevins :
Lois Sanson le joeune; Sanson Hocquet ;
Nous devons, avant d'aller plus loin, dénoncer une lacune importante dans nos moyens de renseignements sur Tannée '1594-1595. Le registre de l'argentier de
Jehan Lherminier;
François du Val ;
Pierre du Maisniel;
Lois Le Sage;
Gilles Lardé ;
Nicolas Rohault.
Pour argentier de la Ville:
Nicolas Lataignant.
Pour argentier du Val :
M9 Anthoine Coullon.
Tous les e'chevins et les argentiers furent ainsi continués, mais Anthoine Coullon (Waignart écrit Nicolas Coulon) ayant fait refus de reprendre sa charge, Gilles Audace fut nommé à sa place et prêta serment. — Remarque de Waignart.
Le lendemain (25 août), élection des échevius de recueil qui furent :
André Waucquet ;
Me Charles Rorin;
Jacques Manessier ;
Jehan Le Sergeant ;
Jacques Crignon ;
Jehan Pappin ;
Jehan Lamy;
Claude Hocquet;
Jehan Œulliot ;
Jehan Foucques;
Jehan Levesque;
Quentin Longuet.
Ainsi furent aussi continués les maieurs de bannières « afiu que tout demeurât en rEchevhiage sans changement ni altération. » — Remarque de Waignart. — Et ainsi aussi fut tenu compte de l'opinion de M. de Maupin que la compagnie, ayant été en tout d'accord avec le maieur, il faudrait « la continuer » comme lui.
cette année manque dans la série des comptes reliés et conservés à l'hôtel-de-ville; nous ne pouvons donc consulter que le registre aux délibérations qui est heureusement assez riche, et puis nous avons Waignart et nous nous servirons, avec précaution, de Formentin.
Dans le mois de septembre (4594), une querelle intestine de communauté (au prieuré de Saint-Pierre) semble bien conserver trace des grands troubles généraux du pays et porter la marque de quelque réaction politique. Cette querelle vient se dénouer devant l'Echcvinage. Nous la résumons d'abord avec Waignart et suivant Waignart, en complétant ou redressant par quelques notes prises sur le registre aux délibérations.
Le samedi 10 (de ce mois de septembre), assemblée à i'Echevinage sur la requête du procureur de la ville. Il s'agit d'expulser des murs mêmes de la cité un religieux de Cluny, Estienne Pennet (1). Il y va « d'émotions » à prévenir. Pendant les troubles qui ont agité Abbeville , Estienne Pennet s'est introduit dans le prieuré de Saint-Pierre et l'a voulu retenir comme de force avec quelques adhérents. Chassé par Edme de Belly, supérieur du prieuré, Pennet, pour continuer à diviser les religieux, s'est fait pourvoir de l'office de visiteur provincial et de sous-prieur. Edme de Belly lui a refusé la porte du prieuré, mais Pennet, faisant de la ville son terrain de bataille, s'est retiré en la
(1) Dom Estienne Penet, religieux de Tordre de Cluny, était depuis environ trois mois à Abbeville, « contestant pour le prieuré de Saint-Pierre allencontre de M0 Edme de Belly, prieur d'icelluy, en estant en possession en vertu des arrcsts tant de la court de parlement à Paris que du grand conseil. » — Reg. aux délibérations, X septembre 1594.
maison de Louis de Dourlens, « homme factieux et espagnol (4), procureur et notaire. » Pennet est expulsé de la ville (2).
Du XIIIe jour de septembre 1594 :
a II est besoing d'envoier en la ville de Paris où est
(1) L'expression est de Waignart; le registre aux délibérations est loin de s'exprimer ainsi. Après avoir montré la discipline perdue dans le prieuré par ces divisions, l'écrivain de la ville ajoute: Penet fait d'ailleurs « ung scandalle premièrement à son ordre et à luy-mesme de demeurer avecq un habit monacal hors du cloistre, secondement de demeurer en une maison privée et séculière d'une bonne famille de ceste ville, le maistre absent, où il attire aucuns desd. relligieux , lesquels, par sa charge (par les ordres ou les conseils qu'il leur donne), sont ordinairement par les champs, vaccabons (sic) comme apostats, tirant des fermiers tout ce qu'ils poeuvent, tant soubs coulleur d'un prétendu arrest dont se vante led. Pennet que par la force et avec soldards qu'ils prennent, et mcsme que deppuis trois jours ung nommé Cottignon (ou Collignon), quy a esté vallet dud. Pennet et auquel il a donné l'habit religieux, a esté prins et amené prisonnier se mettant en effort (au moment où il se mettait en effort) de despouiller quelques dixmaiges de lad. maison
(de Saint-Pierre) contre les deffensrs et arrests de la Cour
D'ailleurs, que led. Pennet, quy a tousjours esté recongneu durant ces troubles (les troubles politiques) fort factieux et dévotieux au party de la Ligue (l), hante et communique plusieurs gens suspects et mal affectionnés au service du roy etc. »
Mais d'où venait l'animosité de Waignart contre Louis de Dourlens? Antipathie peut-être d'avocat à procureur.
(2) « Led. Penet sera admonesté de se retirer au cloistre et maison où il a esté receu profès, et que commandemens luy seront faicts de se retirer hors de ceste ville en dedans demain, à peine d'y estre mis par les voies ordinaires, et que deffenses seront faictes à tous habitans de le plus recepvoir ny tenir en leurs maisons led. temps passé, à peine de cent escus d'amende. » — Reg. aux délib., X septembre.
(1) On remarquera ce reniement sous la plume du greffier de la ville.
ad présent le roy et Messieurs de son conseil, pour poursuivre la vérification de l'édict de la réduction de ceste ville en la chambre des aides, ensemble plusieurs aultres affaires de conséquence dont a esté dressé mémore. » On députe, pour ce faire, le siéger Beauvarlet.
Ici, nous nous hasarderons à emprunter à Formentin un premier fait, sous toutes réserves, puis un second pour en discuter sérieusement l'exactitude :
« Le mois de septembre (1594), dit notre historien du xvme siècle , fut employé à démolir les forts du Pont-Remy et de Noyelles bâtis par les ducs de Parme et de Mayenne. »
Suivant le même historien, un gros détachement de la milice bourgeoise d'Abbeville aurait été contribuer, vers le même temps, à une défaite des troupes espagnoles :
« Le comte de Fuentès, qui venoit de succéder dans le gouvernement des Pays-Bas au comte de Mansfeld, informé que Maigneux, gouverneur de Montreuil, aimoit l'argent, lui fit proposer par ses émissaires de le mettre en possession de cette place importante moyennant une somme considérable. Le marché fut conclu ; mais dans la vue. de duper le comte de Fuentès, Maigneux en avertit le roi et introduisit bon nombre d'Espagnols dans la place où il les fit distribuer. Au jour marqué, le gouverneur d'Artois s'avança près de Montreuil avec son argent promis et un corps de troupes, mais il fut bien surpris de se voir attaqué en tête par la garnison de Montreuil, en queue et en flanc par les garnisons de Doullens, du Crotoy et un gros
DÉTACHEMENT DES COMMUNES d'AbBEVILLE pOStéS en
embuscade. Ce gouverneur se retira honteusement, après avoir fait une double perte de ses soldats et de son argent. »
Telle est l'aventure de guerre rapportée et arrangée par Formentin, attribuée par lui au mois de septembre ou d'octobre 1594 et que nous ne pouvons laisser passer sans examen ; nous ne l'avons même conservée ici , ayant été séduits d'abord par la part accordée à la milice abbevilloise, que pour mettre en garde contre une acceptation trop prompte les futurs historiens d'Abbeville. En deux mots, avant la note ci-dessous (1)
(1) J'ai consulté sur ce moment de notre histoire du Ponthieu le très-savant M. Henneguier, à qui Montreuil devra la reconstitution de ses archives et toute son histoire. M. Henneguier a bien voulu venir à mon secours avec des extraits décisifs de la chronique manuscrite (qu'il possède) de Nicolas Lédé, abbé de Saint-André-au-Eois. « Lédé, un des hommes les plus importants de Tordre de Prémontré, me dit M. Henneguier (1), a connu dans l'abbaye (de Saint-André) et au dehors, les témoins oculaires des faits qu'il rapporte en cette circonstance. Lui et presque tous les religieux ont conservé, après la conquête (française), leurs affections espagnoles.
« Un mois avant l'épisode qui nous occupe, le 24 novembre 1594, des Essarts de Meigneux, gouverneur de Montreuil, avait projeté sur la ville de Saint-Omer [alors espagnole] une entreprise qui n'échoua, paraît-il, que par la trahison de son lieuteuant de Conteval, sur l'esprit duquel le P. Augustin Roger, moine de Saint -André, exerçait une grande influence. — Ce religieux ayant reçu de Conteval la confidence du projet de Meigneux, en donna avis au gouverneur de Saint-Omer. Meigneux n'en sut rien alors. Le P. Roger et le gouverneur d'Hesdin complotèrent de lui rendre le tour qu'il avait voulu jouer à
(i) On regrette toujours d'abréger ce qui sort de la plume de M. Henneguier. J'y suis forcé un peu par la nature de ce travail restreint à l'histoire d'Abbeville.
qu'il est indispensable de lire , le fait rappelé eut lieu à Noël 4594. Le comte de Fuentès ne paraît pas nominalement ou en première ligne dans l'affaire, mais
Saint-Omer. » M. Henneguier me dorme alors l'extrait de la chronique même, et nous voici au fait embelli, je le crains bien, par Formentin :
« Le sr de Gomicourt, gouverneur d'Hesdin, ayant quelque intelligence avec le sr de Conteval, lieutenant de la citadelle de Montreuil , forma une entreprise et pensa surprendre la ville et citadelle de Montreuil, le jour de Noël au matin, ayant à cet effet assemblé environ huit cents hommes, tant cavalerie qu'infanterie, mais comme cette entreprise ne fut pas assez secrète,
la chose fut évente'e, dont le sieur de Conteval,
qui y procédoit tout de bon auparavant, fut déplaisant de cette mauvaise conduite du sr de Gomicourt et changea de mine et de batterie. Et, ayant fait mander au sieur de Meigneu'x, gouverneur de Montreuil, que led. sieur de Gomicourt le sollicitoit par promesse d'or et d'argent à lui mettre es mains la citadelle de Montreuil, ledit sieur de Meigneulx en donna ad vis au roi qui lui manda qu'il vouloit bien que Ton fit une attrape au s' de Gomicourt et à ses gens, pourvu que l'on se gardât de rien hasarder. Sur quoi le sr de Conteval advança son jeu, et, après avoir donné connoissance audit sr de Meigneulx de tout ce qui étoit résolu par le sieur de Gomicourt et du jour que les Bourguignons (on appelait encore ainsi les Espagnols dans l'Artois) dévoient venir, ledit sr de Meigneulx demanda gens au roi qui y envoya le sr de Humières avec cinq ou six mille hommes qui, à point nommé, se rendirent près de ladite ville de Montreuil, la nuit de Noël, si secrètement que le sr de Gomicourt n'en sut point à parler. 11 y envoya donc lesdits six cents hommes destinés à cette entreprise, sous la conduite du sr d'Arlencourt, son lieutenant, qui y marchèrent la nuit, en sorte que le lendemain matin ils se trouvèrent tous aux portes de la citadelle, pensant entrer dedans. Et comme le sr de Conteval sommoit les ofticiers de faire entrer leurs gens, Mr de Roncourt , lieutenant de la compagnie des hommes d'armes du comte de Rœux, s'étant approché à cheval jusques sur le pont, n'y eut pas plutôt fait entrer le sr de Cou- III 13
le gouverneur d'Hesdin (pour l'Espagne). Le gouverneur de Montreuil , des Essarts de Meigneux , n'est nullement accusé d'aimer l'argent, mais son lieutenant de Gonteval ne sort pas pur du récit. Quant au gros détachement des communes d'Abbeville, je n'oserais encore rejeter complètement le fait sur de faux souvenirs caressés et amplifiés par le patriotisme ou l'imagination de Formentin, mais je le crois assez invraisemblable. Je n'en trouve pas trace dans le registre aux délibérations. Le registre aux comptes eut pu nous tirer d'incertitude; il nous fait défaut, comme nous l'avons dit.
Dans le recueil des Lettres missives de Henri IV, M. Berger de Xivrey résume ainsi une lettre du roi datée de Monceaux , le 3 octobre 1594 : « Ordre de relâcher les étrangers licenciés par le sieur de Fontaine-
bronne avec vingt-huit à trente soldats, qu'il s'apperçut de la fourbe et contrevendition, et sitôt se retira, et, faisant sonner la retraite le plus doucement qu'il put, ses gens se de'marchèrent de quelques pas. De quoi ceux de ladite citadelle, qui étoient en armes avec ceux de la ville, s'étant apperçus, firent soudain lâcher le canon et la mousqueterie sur lesdits Bourguignons, qui se mirent sitôt en fuite, jetant les armes qui deçà, qui delà, pour courir de tant plus légèrement. Ceux qui entrèrent furent tués,
entre lesquels, etc Quant à ceux qui prirent la fuite
pour se sauver, il leur vint bien qu'il fit un brouillard fort épais et noir, à la faveur duquel ils se retirèrent sans grande perte, n'ayant pas pu être bien reconnus par les gens de Humières, qui les attendirent, quoique parfois ils fussent mêlés parmi eux, » etc. On le voit, rien ne nous apprend, dans ce récit trèsintéressant, comment étaient composées les troupes de M. de Humières, et nous ne pouvons savoir encore si Abbeville prit part à l'expédition par un détachement faible ou gros de sa milice.
Martel, et qui avaient été retenus prisonniers à Abbcville. »
Les regards du roi étaient alors tournés vers l'Artois d'où pouvaient descendre les attaques espagnoles. Des preuves de cette préoccupation se rencontrent dans notre registre.
Du mercredy vingt-sixiesme jour d'octobre JSO^i :
Le maieur a reçu le matin même des lettres « de Mr de Cantelleu et de Mr de Thésy estans à Paris, en date du XXIIIe dud. mois, portant advis d'une entreprise qu'on dict estre faicte par l'Espagnol sur Abbeville et quelques autres places de ceste province, qui a meu aucuns de Messieurs du conseil de les mander pour leur faire entendre que le roy envoyoit quelques personnes et commandemens dans iesd. villes, scavoir à Péronne Mr de Humières, à Saint-Quentin Mr de de Yisques, et Mr de Bellin en ceste ville, lequel sieur de Bellin leur avoit donné charge d'en escripre. » — Les lettres sont lues, et l'assemblée décide qu'on répondra aud. de Cantelleu et que l'on enverra copie de sa lettre à M. le siéger estant à Amiens près Mr de Longueville, afin de l'informer du contenu en la lettre, attendu la conséquence d'icelle , pour descouvrir à quelle fin et intention se poeult faire telle poursuitte.
M. de Canteleu avait écrit:
« Messieurs, cejourd'huy, du mattin, Monsieur de Thc'sy m'a envoie quérir pour me mener chez Monsr Chombert (1) scavoir la volunté du roy où tout aussy instament je me serois acheminé estant accompaigné de Monsr de Brancourt avecq lequel je suis logé, lequel sieur Chombert nous auroit faict entendre qu'il avoit
(1) Schomberg probablement.
charge de Sa Majesté de nous adverlir qu'elle avoit advertisseuieut de trois ou quatre endroicts que l'Espagnol avoit desseing d'attaquer trois places en Picardie, scavoir Sainct-Quentin , Péronne et Abbeville, et que ja il avoit envoie en lad. ville de Sainct-Quentin dix compaignies de gens de pied du régiment de Picardie avecq deulx aultres compaignies de Suisses, et que, pour y commander, Sa Majesté y envoioit Mr de Visques, en lad. ville de Péronne Mr de Humièivs et en la ville d'Abbeville Mr de Bellin, craingnant que sy l'ennemy laissoit la ville de Sainct- Quentin, laquelle il semble qu'il voeulle siéger, il ne se rabatte à Péronne ou Abbeville. Led. sieur de Bellin ne mesne aulcunes forces (\) que son train ordinaire et y doibt faire séjour de deulx mois; il emmeyne avecq luy le cappitaine Augustin, ingénieur, pour adviser aux fortifications les plus nécessaires. S'il a besoing de forces , il prendra celles cy-dessus envoiées aud. Sainct- Quentin, car l'ennemy ne poeult siéger que l'une desd. trois places. Ce qu'aiant entendu dud. sieur Chombert, tout à l'instant nous serions acheminé chez led. sieur de Bellin quy nous auroit tenu les mesmes propos que led. sieur de Chombert, mais qu'il ne voulloit entreprendre ceste charge s'il ne vous estoit agréable, nous priant de vous le faire scavoir, d'aultant que sy vous en affectiez ung auitre pour commander, il seroit très-joieulx d'en estre deschargé. C'est pourquoy nous vous avons envoie ce lacquet exprès pour nous mander tout au plutost par luy-mesme que renvoierez vostre volunté pour tout aussy tost le faire entendre aud. sieur de Bellin, lequel nous a dict que Sad. Majesté se pourroit dellibérer de s'acheminer aussy à Abbeville pour le désir qu'elle a de le conserver. Quand nous en pourrons descouvrir quelque chose de certain, nous vous le manderons par homme exprès. Il veus plaira m'escripre sy vous voulez que j'achève ce que M' le siéger a laissé, sellon que je vous l'ay faict entendre par mes dernières que vous a portées le lacquet de
(1) Ainsi le roi, vainqueur, se croit encore obligé de ménager les répugnances d'Abbeville contre les garnisons.
M. de Belly. N'estant la pre'sente à aultre tin, vous baiseray bien humblement les mains. A Paris, ce XXIII4 jour d'octobre 1594. Vostre humble et serviable confrère, J. De Cantelleo. — A Messieurs Messieurs maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »
L'Echevinage, effarouché déjà comme nous l'avons vu, et toujours inquiet pour ses privilèges, toujours en crainte des garnisons, répondit donc à M. de Canteleu :
- Monsieur, nous avons faict veoir l'advertissement contenu en vos lettres et celles de Monsieur de Thesy en compaignie nottable assemble'e pour ce subject, où après, entre beaucoup de considérations, chacun s'est trouvé assez mal édiffié de ceste ouverture fort importante et de grand poids, n'estant accompaigné ny de lettres du roy, ny de Monsieur de Longueville, gouverneur de ceste province, ny d'auicune apparence de desseing des ennemys sur ceste ville quy poeult mouvoir Sa Majesté d'y emploier aultre que mond. seigneur de Longueville ou Monsieur de Humiêres, son lieutenant-général, pour nous commander; et sont aulcuns esmerveillés de ce que mond. Sr de Thesy et vous aiez prins ceste charge d'escripre et demander response pour la donner en affaires de telle conséquence sans aulcun commandement de Sad. Majesté ny depputation que vous aiez de ce corps de ville en vostre présent voiage. Tant y a que vous scavez le respect que nous debvons à Sad. Majesté, à Nosseigneurs ses gouverneurs et lieutenans-généraulx, à la conservation de ceste ville en son obéissance et de nos previllèges pour lesquels non seullement nous veillons dedans et dehors à éviter ce quy y pourroit arriver de contraire, mais serons tousjours prests, quand la nécessité le requerra, de recepvoir tout le secours de chefs et gens de guerre qu'il plaira à Sa Majesté nous envoier et sans qu'il nous entre en l'âme aulcun soupçon que Sad. Majesté voullut jamais contrevenir à nos previllèges , principalement ceulx de l'exemption de gouverneur et de garnisons qu'il nous a si libéralement octroie et que nous tenons aultant ou plus cher que nos vies propres et celles de nos femmes et enfaus. Vous délaisserez donc, s'il vous plaist, le soing de tels adver-
tissemens et moiens de prouvoir sur semblables affaires à ceulx à qui il appartient ou Sad. Majesté et Nosseigneurs nos supé-.
rieurs (t) le chemin qu'il fault tenir à nous faire entendre
sa volunté sur laquelle nous ne doubtons poinct que nos remonstrances ne soient tousjours bien receues pour y joindre nos veux d'obéissance tels que le bien de son serfice poeult désirer de ses plus humbles et ridelles subjects. Sur ce, nous recommandans bien humblement aux bonnes grâces de mond. sieur de Thesy et les vostres, nous prions Dieu vous donner, Monsieur, en parfaicte santé , ce que désirez. — D'Abbeville , ce XXVII octobre 1594. Vos bons confrères et serviables amys maieur et eschevins d'Abbeville. — A Monsieur de Cantelleu, elleu pour le roy en Tellection de Ponthieu, à Paris. »
Quant au résultat de ces correspondances, il fut tel, je pense, que le désirait l'Echevinage. M. de Bellin vint-il ou ne vint-il pas? Je ne saurais le dire. Du moins, je ne vois pas trace de l'arrivée de troupes royales à Abbeville (2).
Enfin voici venir mieux pour nous montrer l'état bien changé des esprits depuis quelques mois et nous faire apprécier le point élevé de culture littéraire où en étaient arrivés les bourgeois de notre ville à la fin du xvie siècle. Les entrées d'apparat vont mettre heu-
(1) Je ne peux lire.
(2) Je ne vois pas, mais je n'ose rien affirmer. Formentin s'est-il laissé entraîner un peu au delà des faits par le souvenir des craintes et des protestations d'Abbeville en montrant des troupes du roi traversant au moins la ville?
« Le roi, craignant que les Espagnols ne formassent quelque entreprise sur Abbeville, manda aux capitaines Blin et de Viques de s'y rendre avec quelques mille hommes, mais sur la remontrance faite à ce prince que cela eïoit contraire à l'édit de réduction, ces troupes sortirent aussitôt d'Abbeville el furent pétarder Saint-Omer, mais sans succès. »
reusement en recherche et en verve toutes les imaginations , en mouvement les mémoires érudites , en mouvement la poésie rimée, scandée, imagée sur satin vert ou bleu, et nous pourrons saisir dans les vers latins et français, dans les citations grecques comme dans les allégories peintes, un développement des facultés artistiques dont notre ville — du xvie siècle «— peut s'honorer assez justement.
Le jeudi IXe jour de novembre 1594, assemblée au son d'une seule cloche, mais par-devant J. Bernard, lieutenant-général, et F. de Beaucaurroy (Rumet), ancien maieur, premier échevin.
M. de Caumartin a annoncé, par lettres, l'intention de M§r de Longueville, gouverneur général de la province de Picardie, de faire son entrée à Abbeville le XV111 de ce mois. L'assemblée décide qu'on lui « fera entrée sellon qu'il s'est faict par cy-devant aux gouverneurs du pays. »
Suit immédiatement, dans le registre, le récit de cette entrée. L'écriture de ce récit apparaît pour la seconde fois seulement dans le registre. Nous n'avons précédemment reconnu de cette écriture que la transcription des lettres, correspondances, avis de Sorbonne relatifs à la reddition de la ville au roi.
Les compagnies de la jeunesse et des cinquantiniers tenaient les champs, les compagnies de quartiers faisaient la haie depuis la porte du Bois jusqu'à Saint- Vulfran. François Rumet, premier échevin, remplaçant le maire absent, sortit de PEchevinage à cheval, « avec housse. » Autour de lui chevauchaient les autres échevins , les officiers de la ville et plusieurs notables bourgeois ; le trompette sonnait devant eux. A un
quart de lieue de la ville , ils rencontrèrent le duc. François Rumet lui adressa la parole sans descendre
de cheval : « Vous voyant, lui dit-il entr'autres
choses, nous estimons voir une parcelle, ou plustost un rayon très-clair de la splendeur de Sa Majesté. » Puis après avoir rappelé les hautes actions des aïeux du duc depuis le comte de Dunois (4), il termina en exposant les demandes et les intérêts de la ville : <« J'ay charge bien précise de vous supplier en toute révérence et humilité que vous plaise nous maintenir en tous nos privilèges, coustumes, franchises et droits tant
anciens que modernes Au réciproque , vous
vous pouvez asseurer qu'il n'y a place ny endroit en tout votre gouvernement où vos bons commandemens soient à l'advenir plus rigoureusement observés qu'ils y seront, avec la grâce de Dieu, par tous et chacun
les habitans de ceste ville d'Abbeville etc. (2). »
Après le défilé de la jeunesse (3), les gens et officiers
(1) « commençant à Monseigneur Jehan d'Orléans,
lequel feit tant de prouesses à reconquérir la France aux Anglois qu'il en mérita la clef de grand chambellan héréditaire. » — Reg. aux délib., XVIII novembre 1594.
(2) Le registre aux délibérations que nous quittons un peu ici, trouvant ce grand aide de Waignart, ne donne pas textuellement ces paroles. Waignart est donc plus complet en quelque sorte. 11 eut des mémoires particuliers ou pouvait consulter des souvenirs, utiliser des traditions de famille ou d'amis. 11 ne transcrit pas simplement les registres. Les registres, d'un autre côté, précisent quelques détails sur lesquels glisse Waignart. La harangue du sieur de Beaucaurroy est tout au long à la tin du compte-reudu du séjour du duc (page 1UCXV1I1 verso du reg. aux délibérations).
(3) Je ne pense pas qu'il y ait eu là défilé de la jeunesse. Je vois seulement dans le registre qu'après le second discours (celui de Pierre Tillette), le duc témoigna « son affection » aux gens du
du roi s'approchèrent, et Me Pierre Tillette, escuier (1), sieur de Mautort, président, loua le duc « quasi de mesme, mais plus longuement (2). »
Les armes du roi, celles du duc et celles de la ville décoraient la porte du Bois, le Marché, l'église de Saint-Vulfran. La porte du Bois offrait en outre cette inscription en lettres d'argent sur une étoffe de satin orangé :
Henrico Aurel.
princ. illustriss.
d. a. longavill. ma
gn. Franc, cubicu
LAR. HjEREDITÀR.
Picard, rector.
s. p. q. Abbav. D.
roi, « et estant party d'eux, trouva les compaignies des cincquantiniers en ung bataillon quarre', et passant oultre, approchant la porte du Bois, fut lâché le canon. »
(1) Le registre dit seulement sieur de Mautort et omet eseuyer.
(2) quasi de mesm^s, mais plus longuement. Les mots
sont textuellement dans le registre aux délibérations. Waignart les avait donc vus. Le registre poursuit : « mais plus longuement, y adjoustaut sa descendance de Madame Jehanne comtesse de Ponthieu, depuis reine de Castille, de laquelle îuy estoient escheus les terres de Noielle, Conteville, du costé maternel. »
(3) L'inscription est ainsi disposée dans Waignart ; elle est
La face du corps de logis prioral de Saint-Pierre présentait une peinture ovale (1) dont le sujet était Hercule étouffant un lion. Cette peinture avait pour explication quatre vers de Me Hector Rumet, écuier, sieur de Beaumarests, bailly d'Abbeville, rappelant la devise gagnée par le duc à la journée de Senlis :
Ut nova monstra domans ructantis corde Ieonis
Indomita Alcmenae filius ora premit Sic genus illius nosti superare féroces
Verna tibi cum vis Hep.culis ipsa favet (2).
Josse Beauvarlet (3), — tous les beaux esprits, la veille dans la Ligue, se mêlaient de fêter le vainqueur de la Ligue , — avait composé ces autres vers sur le même sujet; c'était un véritable concours :
Magnus ut Alcides vernanti flore juventae
Horrida Nemeae comprirent ora fera?, Dum Sylvanectum copiis cinxere rebelles
Adversa exiguo milite castra fugas:
Haec juvenis cui vis at inest verna Herculis, hujus,
Heniice, sic merito nomen et omen habes.
plus longue et moins haute dans le registre aux délibérations, n'occupant que trois lignes et demie. Il n'y a pas grand intérêt à retrouver la vraie disposition.
(1) « une ovale » en la bordure de laquelle était
l'anagramme de mond seigneur « comme en voicy le portrait, » et la page suivante nous conserve effectivement le dessin au trait du sujet entouré de cette inscription ; d'un côté: Henricus Aurelius ; et de l'autre : vis verna Herculis.
(2) Les vers sont en effet signés dans le registre aux délibérations HR.
(3) Alors siéger.
Josse Beauvarlet avait lui-même traduit à peu près ces vers latins en rimes françaises :
Comme d'un masle courage Hercule en fleur de son âge Le fier lion estouffa, Ta jeunesse ainsi hardie Du lion de Picardie Devant Senlis triompha.
Dans la « salle » du duc, au prieuré de Saint-Pierre, un sonnet et une ode du même Beauvarlet devaient attirer les yeux du gouverneur de Picardie :