IS87-IS
BeBonTellemciit de la loi. — D^igoation par le roi do maiear à nommer. — Six leUrtt à cette octiioD : da roi, de la comtesse de Poothieu et da die de Nevers — Les broits de la gU' rre à Abbeville et autour d*Abbefiile.— Le roi demande à rEchevinage deux coulouvrines. — L'Echevinage résiste nn peu. — Lettres du roi. — Passages de troupes. — Service de la garde plos sévère dans la Tille. — Les échevins partagés en escouades.— Procctsions pour obtenir la victoire au roi.— Bataille de Coutras. — M d*Estréet k Abbeville.— Ordonnance poor Papprovisionnement des villes de Picardie. — Ordonnance de PEchevinage d*Abbeville. — Levées de grains ponr le roi dans Pélection d'Abbeville.- Réclamation de PEcbevinage. -Dépatatioa k Amiens. — Moavements de troupes dans TArtois et ailleurs. — Conférence de PEchevinage et des cinquantei.iers. — La garde est renforcée. — Per-. eeption difficile de PimpAt extraordinaire. — Commission du roi pour rétablissement d'un magasin de blé et d*avoine à Amiens. — L'Echevinage proteste contre la cotisation imposée pour ce magasin à Pélection do Pontbieu. — Deux échevius envoyés à celte occasion vers le roi. — Défaite des reitrea.— Te Deum et procession en actions de grâces. — Question de préséance entre le maienr et le président dn présidial. — M"* d^Aomale k Abbeville.
Le commencement de notre année échevinale -* le dernier tiers de 1587 — est plein, si nous jetons on
(t) Maieur : M* Jacques Le Rot, pscuyer, sei^eur de Sl-Lao, Valines, Acqucst, elc, conseiller du roy et esleu en reslfclico de Ponthieu, maieur pour la quatrième fois.
Les quatre premiers écbefins furent : noble homme M* €&4fm
coup d*œil sur l'histoire générale, de mouvements de troupes, d'armées en campagne» de batailles et de destructions d'hommes, — Coutras, Auneau. Les marches s*annoncent à la ville par quelques exi-
Gaillard , seigneur de Grehaumesn*! , conseiller; honorablrs homiiies Jean Calippb, Antoine Bohault, et Jean Le Bel, seigneur du Maisnil.
Les argentiers furent; pour la Ville, Jean Clément; pour le Val, Jacques Mourete. — IVuignart
Les élections de TEcheviniige avaient eu Iteu en partie le U août. La nomination du inaicur paraît cepen 'unt être demeurée en suspens. Dans une assemblée du XXV août, convoquée au son des deux cloches et tenue par-devant J. Bernard, lientenaiit général, on décide que « Ton enverra vers le roi et madicte dame la comtesse (de Ponthieu) les supplier de voulioir conserver hd. ville en ses privillé^(*s et liberté dVIIection et nomination, etea ce faisant, s'il piaist à Sa Majesté, choisir et ellire Tung des trois hommes nommés, etc. i*
Les six lettres qui suivent, du roi, de la comtesse de PoDlHieo et du duc de Nevers, jetteront d*ailleurs les meiUeores ckrtéi sur les circonstances de cette élection (I).
Le roi écrivait dès le 19 août aux maieurs de bannières : m De par le roy,
« Chers et bien amés, le temps s'approche à ceste sainct Barthélémy que vous avez accoustumé d'cslire ung maieur à Abbeville, et le malheur de la guerre oh nous sommes à présent mérite bien d'avoir Toeul à lad. eslection et de faire choix de quelque personne quy, avecq la (Idellité, ait IVxpérience pour s'en bien acquitter et conserver lad. ville en nostre obéissance; et pour ce que nous avons bonne cougnoissance de Tesleu Le Boy qui a ja exercé lad. C'>arg<^ à nostre contentement et s'en scaara cncores fort bien acquitter, nous avons ad visé de vous escripre la présente pour vous dire que nous voulions que fassiez encores, pour ceste année, eslection de la persoune dud. esleu Lje Boy en
(1) Ces lettres ne sont transcrites dans le registre tai dëlibërations qa'i la suite de U séance du VI septembre, et daos on ordre ehrollolog^■l rtaytraé.
ences; les événements y seront affirmés, suivant l*usage lu temps, par des solennités religieuses.
Le roi demande d'abord à Âbbeville des couleuvrines K>ur Tannée qu'il veut conduire en personne.
ad. charge do mniour, en qtioy nous estimons que ne ferez faulte l'obëir à nnstre volonté', car toi est noslre plaisir. — Donné à *ari<, le XiX* jour d\ioust 1587, signé Henrt; et plus bas: (bulart; et a la suscription : A nos chers et bien ornés les naieurs de bannières de la ville. •
Henri écrivait le inéine jour à son ancien protégé de 1585 : • De par le roy,
« Cher et bien amé, pour ce que nous avons assurance de rostre ijdellité à nostrc service et à la conservation de la ville rAbbeville en nostre obéissance et que, en ce temps de guerre, ae pouvons désirei' que autre soit esleu en la charge de maieur |ue vous, nous avons ad visé de vous escripre la présente pour vous dire que nous voulions que acceptiez encore, pour ceste innée, lad. charge de maieur, et que continuiez à nous y faire bon et lîdèle service comme avez tousjours faict; sy n'y faictes Faultes» car tel est nostre plaisir. — Donné à Paris, le XIX* jour d*aoust 1587, signé Benrt; et plus bas : Brulart; et à la suscription est escript : A nostre cher et bien amé M* Jacques Le Roy, esleu eo Peslection d*Abbeville. »
Diane de France, nouvellement comtesse de Ponthieu, écrivait enfin assez longuement, mais avec des explications i conserver :
« Messieurs, le malheur do ce temps plein de troubles, de guerres civiles, quy ont faict ruiner une partie des meilleurs estats de ce roiaulme et menassent de pareil désastre les autres ausquels, par une spéciale faveur de Dieu et une prudence des magistrats et chef du pocuple, quy veillent et soigneusement aient Poeul qu*il ne se fâche rien dedans uy dehors les villes quy pirisse troubler le regard des habilaus, ausquels ce nVst pas une petite faveur et avanlaige quand ils sont nés | ?J avec le moien d*eslire et establir des chefs et directeurs pour conduire es mains la chose publique soubs Tautorité du roy, ainsy que vous avez toQSjours faict, suivant les privilèges que vos prédécesseurs vous ont laissés de eslire ung maieur par chacun an, quy, avecq. le
Dès le lendemain même des élections échevinales, dans la délibération du XXV août,, est enclavée h lettre suivante:
« Chers et bien amés, j^eovoye ce porteur en toute dilHgeDce en ma ville de Monstreul pour y prendre des caocns et les faire
conseil des eschevins, a le maniement de toutes vos affaires pobiicques pour la conservation de vous et de vostre dicte ville (l); mais pour ce que le temps s'approche que vous avez accoostnné de faire eslection et quy est ung degré d'honneur et de puissance entre vous quy vous poeult et bien et mai faire, aussy poenlt-il estre poursuivy par gens quy en poroient abuzer à vostre mine, ou bien quy ne s'en scauroient acquitter comme le temps le requiert, auquel il est plus grand besoing que jamais de vdlier, d'avoir Toeul (2), autrement vous estes en. • •• • (S) de tombereo pareille ruine et désolation que tant de villes ont expérimeatéei, lesquelles, sy vous estes sages et bien advisés, vous serviront de notable exemple et beau mirouer pour ne vous conduire l^èrement en lad. eslection, en quoy ne debvez avoir autre bat, affection, ne intention que la conservation de vous et lad. ville en l'obéissance du roy, à laquelle, pour l'iatérest que je y ly comtne vostre dame et niaistresse et la mutuelle affection et bienveillance que particulièrement je vous porte et généralement à tous les habitans de la ville d'Abbeville, je y puis apporter quelque chose du mien à vous conseiller; je vous diray qu'il me semble que ne scauriez faire choix et eslection de personne plus à propos et dont vous aiez plus d'asseurauce, Odélité et bonne conduite, que de Tesleu Le Ruy quy a ja exercé lad. charge bien et dignement à vostre conservation et au contentement du roy quy voeult qu'il soit encores esleu ceste année, comme verrex par les lettres qu'il vous escript. Je ne doubte point que telle eslection sera ung peu trouvée étrange comme répugnante à vos
(1) Il faat espérer, pour PhoDoeur de la cour de Henri III, qae Ton eatttit quelquefois moins longuement et plus clairement au Louvre et mime au bots de Vinccnnes
(S) Bien pense, pas mal explique, un peu moins mal dit. (3) Péril, ou quelque autre mot analogue. Je m'aperçois, en eorrigetat rëpreave, que j*ai oiblié de copier le mot dans lo registre de la fiUo.
nener et conduire dans ma ville d^Abbeville dans le magasio i*icelle, et en led. lieu y prendre des coulleuvrines de celles y stans, et icelles faire inconlinant acheminer en ceste ville, afGn le le monter et équiper de ce quy y sera besoing, pour mVn lervir en Tarmée à laquelle je délibère aller en personne, à quoy rous tiendrez soigneusement la main, et y donner sy bon ordre
(latats et coustumes(i), et qu'il y a d*autres fort gens de bien quy iésirent estre appelles à ce degré ; je les prie avoir passiance (sio) [lour ceste fois et souffrir en ce besoing vos statuts et coustumes MtreTÎollés et enfreintes (S). J*ay tantd*asseurancede vostre tidellité et affection au service du roy, que satisferez en ce regard à la Tolonté et à la mienne pour vostre conservation. S'il se présente occasion pour m'emploicr pour le particulier et général de ehacun de vous, je le feray de bien bonne volonté (3), priant Dion Dostre Seigneur qu'il vous ait en sa saincte garde.— Du bois de ViDcrnnes, le XX* jour d'aoust 1587 ; vostre bonne amye, Dianb L. DE France; — à la suscription: A messieurs les maieurs de bannières de la ville d'Abbeville. *
Le candidat royal n'a pas été élu cependant. Les lettres du roi sont-elles arrivées trop tard? L'Echevinage s'est excusé sous cette raison on sous ce prétexte. Il est assez probable, en définitive, que les lettres du roi, reçues, soit pendant l'élection même du 21 aoi^t, soit peu d'heures après, ont arrêté cette élection quant au maieur da moins, ou empêché l'inscription du vote sur le registre. Le roi accepte l'excuse, mais persiste dans son invitation. Il veut qu'on procède de nouveau à l'élection, qu'on élise J. Le Roy et qu'on rinstaile, sans préjudice aux privilèges de la ville pour l'avenir. Il écrit le pénultième jour d'août :
« De par le roy,
« Chers et bien amés, nous avons receu la lettre que nous avez escripte sur le faict du renouvellement du magistrat qui a esté, suivant la coustume, faict le jour Sainct-Barthelemy dernier, en
(I) Moto à noter.
(3} Ces pricautioDs de forme et ces prières soot on Tërilable hommage à Tesprit pnbUc du temps.
(3) Jamais un comte de Ponthien avait-il parlé avec cette familiarité débonnaire aux babiianto de son eomlé 7
qirit ify sera use d*aucune longueur ny remise à ce que affaire et service uVu soit relnrilé, car tel est nostrr plaisir. - Donné à Paris, le XXi* jour d\'ioust 1587, sifçnë IIbnbt; et pl« bas: Brulart; et à la suscription est escrîpl: A nos chers et bin amës les niaieur et eschevins de lun ville d'Abbeville. •
Od discute dans le reste de la délibération sur cette
quoy, pour n^avoir sceu d*heare [?] Dostre inteotioo, vous l'am esleu pour maieur Pesleu Le Roy, ainsy que l*avions escript par cy devant, et d'aultant qu'il y a eucore lieu de remédier et que nous demeurerons en ceste nostre et mesme volonté, nous votions et vous mandons que, en procédant de nouveau à Pëlectioa dud. maieur, vous aiez à eslire icelluy L^Roy et Tinsialler eu lad. charge , nous contentant en cela , sans que nous entendiotf néantmoins que la chose tire en conséquence à l'advenir, uy qne nous ayons vulon'é cPenfreindre vos privillég«*s cy après, lesquels, au contraire, nous entendons vous conserver et maintenir comme par vos bons et lidèles déportemeus vous vous en reodet digars. — Donné à Paris, le pénultiesme jour d*aoust mil V* lllf^VlL Signé Henry, et plus bas: BRUiJiRT; et à la suscriptioD est escript : A uos chers et bien amés les maieur et escbevliis et nostre ville dUbbcville. »
Diane de France écrivait aussi le même jour, un peu plot longuement et pour la même cause :
d Mrssieurs, pnr 1rs lettres que ni\nvez escriptes et ce que m'a dict vostre procureur de ville, j\iy entendu ce quy sVst luisséle jour sainct B:irtlh*leuiy dernier pour Peslectiou d'un nouveau maieur, où vous avez didéré dVslire IVsleu Le* Roy selon que le roy voeult, pour n'.ivoir, eu temps et lieu, esté inrormés «lésa volonté et de I.i mienne, ()ui n'ont autre but et intention que la couservatinu de vostre ville (PAbbevilIc et de tous les baliitans en ee temps de truuhirs plein de dangers, où il est bien besoing que Sa Majesté se repose de la garde de lad. ville, quy luy est de grande iuiporlauce, sur personnes tjuVIle con^noisse fé^ibleset qui aient de Texpérience ainsy que n led. esleu Le Roy, quy est cy devant fort bien comporté en lad. charge en laquelle Sad. Majesté es|)ère qu'il fera di* bien vt miouîz pour son seiviceet vostre conservation; vi pour ce quM (St encon-s temps du: éyr
tttrCj et la ville envoie des remontrances au roi. ftl de [evers répond de Paris, le 2 septembre, que le rot a »rÎ8 les observations en bonne part, et que, suivant soa Htlre, la ville recevra deux canons en échange des deux Muleuvrines toujours exigées.
comroaDdemens de Sa Majesté, j'ay bien tooIu accompaigner ^le quVIle vous escHpt de In prësenle pour vous dire que ne ve scaoriez faire chose qui lui soit plus agréable et où il re* Barque plus vostre obéissance et aflfcctiou en sou service que d'eslire ei installer icelluy Le Roy maieur pour ceste année tant leulleinenl, vous asseurant qu'il nVntrnd faire préjudice à Ços prrvilléges qu'il vous voeuU asseurer, conserver, mais seullement I cause du temps. Il désire ceste obéissnnce de vous pour asseurer
M. ville. Pour mon regard, ma volonté est celle du roy
et sy me trouverez tousjours fort affectionnée
i maintenir vos previlléges et mVmpluyer pour le bien de la ville où Toccasion s'offrira, d'aussy bonne volonté que je prie Dieu, Messieurs, qu'il vous ait en sa garde. — De Paris, ce dernier ioor â*aoûst mil V* 1111" Vil , vostre bonne amye Dianb di nuncs; et à la suscription est escript: A Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbcvitle. »
Le 3 septembre, le duc de Ncvers, écrivant à l'occasion de deux coaleuviines empruntées à la ville, revient encore sur l'électioD qui tenait tant au cœur au roi :
« Messieurs, le roy a entendu vos remonslrances pour le faict des deux couteuvnues qu'il a prises en bonne part, mais parce qu'il vous n ordonné deux canons afliu que vostre ville ne demeure moings desgnrnie, la conseiV.ition de laquelle et de tous vous aultres il ne désire pas moings que vous-mesmes et qu'il a nécessairei: ent affaire des deux couleuvriiies pour Stn arniée, il eutend qu'elles soient prises en vostre ville au lieu desd. deux canons quy vous seront délivrés. Sj Majesté a trouvé bon aussy ce que vous avez faiet pour la nominiition du maieur, encores qu'elle désire que celui qui sera nommé le soit ceste année (1),
(1) Que celai qui sert dësigiié par Sa Majeité soit nomme? C»'ite IcUre est un ; eu eu»barras5re.
Cet accommodement ne paraît pas satisfaisant encore.
L'Echevinage reçoit et lit, le XI» jour de septeroi)re, des lettres de M<' Josse Beaavarlet, procureur de h ville, « estant en court pour les affaires de la ville.* Ces lettres en accompagnaient une autre du roi, adressée à monsieur de Hucqueville. Le roi disait:
c Monsieur de Diicqueville, j^ay vou ce que m*aTez escript touchant les pièces d^artillerie que j*avois envoyé quérir à Abt)^ Tille pour mVn servir en Parmëe où je faicts mon compte dVoUtr dedans peu de jours, et pour ce que je n*en puis pas recoarrer d*a^tres ailleurs, je vous prie que, nonobstant la difficulté que Ton y a faicte jiisques icy, vous donniez ordre qu'elles soient délivrées au commissaire de mon artillerie , auquel j*ay donné charge de Ips faire amener, car je ne m'en puis pas passer, estant bien délibéré après que (1) sera cessée de les renvoyer and. Abbeville, aflin que la place en demeure tousjours conveDablement
ayant advisé le debvoir estre pour l'union et concorde des hibitans de voslrc dicte ville qu'elle aime comme ses bons et loiaulx subjects que vous luy estes, bien marrie que la misère do temps ne luy pormclte de vous pouvoir mieux faire paroistreen effect et non pour aulcuriement porter préjudice à vos privilléges, sellon qu'elle a déclaré à vostre procureur iiscal présent porteur, auquel me remettant, après m'estre recommandé de bien bon cœur à vos bonnes grâces, je su ppliray le Créateur vous conserfer, Messieurs, la sienne.— De Paris, ce 11* septembre 1587, vostre très humble amy I.odovicq; et à la suscription : A Messieurs lei eschevius de la ville d'Ahheville. »
Le iiiaieur ni* fui installé que le 4 septembre, je crois; dans toos les cas, pas plus tôt.
La rénovation de la loi ne fut complétée par la nomination des maieurs de bannières, cpla est certain, que le 13 septembre. Ce jour (13 septembre) fut aussi publiée Pordonnance de police, mais cotte ordonnance, très-courte, n'est qu'un résumé des précédentes qu'elle rappelle.
(1) Ici an mot oublié sur le registre.
pourvue afnsy qu'il est bien raisonnable, suppliant le Oeâ'teiir, Tionsieur de Hucqueville, qu'il vous ait en sa sai note garde. -^ ^script à Paris, l<* II!' jour de septembre 1587, signé Henry; et plus b;is : Brulart; et à la suscriptioti : A mons' de Hucquevillé, îhevalier de mon ordre, capp"* de cincq** hommes d'armes de lion ordonnance, capp"* et gouverneur d'Abbeville. »
Enfin, à la suite de la délibération du U octobre (<!|ui [)arie de toute autre chose), se trouve là cdpie de^ lettres patentes •< en vertu de quoy ^e ^otït enlevées dtf magas^in de ceste ville deux coutloeuvrines suiVant la volonté du roy : **
« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de l^dlodgne, à Dostre cher et bien amé le sieur de Negremont, commissaire 3rdiuairc de nostrc artillerie, salut. Comme pour résister aux Torces cstrangères quy se préparent pour entrer en nostrc roiaulme et etiipescher les desseings d'aucuns nos subjects pcrturbateurs du repos publicq, nous avons résolu mettre sur {sicj uue forte et puissante armée en laquelle nous entendons maVcÈi'er ?D personne et la forlitier du plus grand rioml)re de pièces à Vrdfle'rie pour cath'paigner qu'il ne s'en trouve à présent e'n riostre irsétial et magazin de Paris, quy est occasion que nous avons idvlsé d'en tirer d'aucunes de nos villes pour, après la rupture ie nostre dicte armée, les y faire remplacer, et d'aultant que
pour, etc » — La lettre est fort longue ; nous l'indiquons
seulement à ceux qui voudraient recueillir toutes les lettres de Benri III dans nos registres. Celte lettre donne ordre de tirer Jeux canons du ma*;asin de Montreuil avec les atf'uls, rotiage, &tc., et du magasin d'Abbeviltë deux couïelivrines, « à (a chargé îe les y 1311*6 remt)1acer à l'issue de notre armée. » Le côniiuissâire devra se charger de ces pièces pur ses récépissés; il devra les faire, et en la plus grande diligence possible, voiturer et conduire eu « notre arn.ée de ceste ville de Paris, • et, comme il sera pour cela besoin de basteaux, chevaux, charretiers, charriots et charrettes, le commissaire reçoit pleins pouvoirs de prendre, faire saisir et arrester tel nombre qu'il trouvera nécessaire, eh
faisanl payer les bateliers et charretiers selon le prii qui en sm
par lui et de grë à gré avec eux, rlc — « Donné à Paris, le
? ingtiesme jour d\ioust, Tan de grâce mil cincq cens quatre-vingt et sept* et de nostre règne le qualorziesii<e. » Ainsi -signé par le roy en son conseil, Bbulart.
Revenons un peu en arrière.
Des passages inêmcs de troupes mettent Abbevillesor le qui-vive, rendent la vigilance plus sévère et tous les services plus pénibles.
Le deuxième jour de septembre, sur les trois heures de relevée, assemblée à TEchevinage, où se trouvent monseigneur de Hucqueville, gouverneur, et le sieur Gaillard, premier échevin, etc.
Le gouverneur et le sieur Gaillard exposent qu*ili « ont esté advertis que plusieurs troupes de geos de guerre estoient aux environs de ceste ville et que, partant, il estoit besoing de soy garder et avoir loeul que aucun inconvénient n*arrive contre le service du roy. • L'Ecbevinagc décide « que la garde de nuict sera renforcée de deux dizaines, et qu'à ceste fin il sera faict communication aux portiers de les semondre promptement d'eulx y trouver — sous certaines peines qu^indique la délibération pour les contrevenants; — auss; que chacun corps de garde fera une ronde ceste nuict et que les canonniers de ceste ville seront mandés, ausquels il sera enjoinct de passer la nuict pour faire la garde, chacun à leur tour, au corps de garde, pour avoir Toeul et sy bien faire qu'aucun trouble n'arrive contre le debvoir de ceste charge. >»
Le 111 septembre, assemblée au son de la cloche, où se trouvent le gouverneur de Hucqueville et Gaillard, premier échevin.
Le gouveroeur expose que «• le sieur de S'*" Coulombe, e la suitte de M*^ de Grillon, retournant du Boullenois, ly a Taict savoir oejourd'huy qu'il passera plusieurs ens de pied et de cheval. *> — II demandait le passage ar la ville pour la commodité. — « On advise que l'on er mettra passer lesdicts gens de pied au basteau par ehors la ville (1), et quant à la cavallerie que Ton les )ufTrira passer par la ville XXX au coup (à la fois), et ne le bagage et charoyage desd. gens de guerre pas- 3rait pareillement par la ville »
On mande les capitaines des cinquanteniers et de la lunesse ; on leur ordonne de mettre promptement leurs ^mpagnons sous les armes. Une des compagnies des tnquanteniers sera posée à la porte Marcadé, une autre u Marché, la troisième à la porte Docquet, la quatrième t la jeunesse en la place Saint- Pierre et au couvent des ordelliers.
L'inquiétude, à laquelle ia ville n'était pas encore abituée, parait assez grande. L'Echevinage lui-même e s'épargnait pas
Le XUIL* jour de septembre, on partage (si je ne me "ompe) les échevins en trois escouades qui doivent se endre au son de la cloche à Ttchevinage, la première i lundi, la seconde le mardi, la troisième le vendredi.
Des excitations du dehors stimulaient enfin l'anxiété )urnée vers les afTaires générales remises au sort des rmes dans le Midi et dans l'Est.
(1) Nous lisons en effet dans le registre aux comptes :
- A quelques bateliers, pour avoir pusse les gens de pied de
lODsieur de Grillon la rivière à la porte Docquet, la somme de
ng escu quinze sols, dont appert par ordonnance du XXlli' jour
e septembre (t087), cy i*^ xv*. »
Lé nftafieur expoie, le 18 septembre, que inobs^ign^r l'éviéqM d'AKiîens lui a annoncé, en passant par lA ville, qoe diftianche prochain, suivant son ordre, • se fera procession soIempneHe où sera porté le Corpu$ Donm, pour invoquer Dieu ad ce qu'il luy plaise assister le roy et luy donner victoire contre It's ennemis de la religion catholique »
On décide que cette procession «• sera netiffiée au poeiÉple & son de trompe, afin que chacun se préparée! dispose pour y assister avec cierges, torses et funliriiiires, tendre et nettoyer les deventurcs et rues où passera lad. procession, ù peine d*un oscu d'amende ^ que le palle sera porte par messieurs les quatre premiers eschevins, et que les sergeans de la vinglaioecl portiers y porteront chacun une torse (torche) jus(jiies au nombre de douze, aux despcns de la ville, etc
Un luminaire devait aussi être fait pour le maii'ur; les imaieurs de bannières devaient en porter aux frais de leurs corporations
Cette procession eut lieu le '20 septembre (1).
Le 5 octobre, le maic-ur annonce qu'il lient d'un envoyé de révêque d'Amiens que le roi est sorti de la ville de Paris pour combattre et chasser ses ennemis • à l'intention duquel ('2) se sont faictes plusieurs processions
(1) Le registre aux comples nous donne :
u A Pierre Bocquillon, Jehan des et aultres, la somme de
six livres dix sols à eulx taxde et ordonne'e, pour avoir sonné l« cloches du grami Esche vinage durant l.i procession {çriifrall' faicle pour la prospérité des aUnires «lu roy, dont appert par ordonnance, cy vi' X'. »
(?) Du roi sans doute. Je ne suis pour rien voîonlniteiiiNil dans ces couslruelions ' t dans ce stvie.
— 3(lt - y.
! de Paris, tant solem pue Iles, générallea et rticulières, comme iiusHy il (I évèfjue d'Aniieus) a un ipt eslru fiiiel en la ville d'Amiens, eu ceste ville e^
'fullres de son diocèse- -
Oa décide qu'on se comportera et conduira, au fait de
;^. procession (1), ainsi qu'il s'est Tait en cellu du W
I septembre.
' Le 2u octobre, après toutes ces processions davs. les
'tilles cattioliquËS du ro>aume, Joueuse éldit bolla à Coutras par le roi de Navarre.
M d'tsltêes, niHitilenant lieutvnHnt gênéFai de Pi-
lardie, comme nous l'avons vu, vint de nouveau »
iAbbe»ille le 3 novembre (i).
(I) La ÛBtt m? iiuRB oit pas donnée, mais rinus hsmis (tans le
I BtgîsiK aui cotiiplra;
* A Jcbnn Bouqfjillun et aiillres, pour avoir soané les clocbe^ 4u Srtiucl EsclievinHgc iliituril b procFS^iou gi'nêrnlln. apport
:^r ordoiipance du qtiulurzJMiiie jour «l'octobre iTiST, cinq^uante
Ms L'. ■
(3) Nous lisons trois jours après (déliljérBlion <hi VI no-
'tM(Uw): • Sur la retnoustrurict.- fiiicte par le procureur da la ville <|jic uirrcri'dï dimitT, 111' jour di' ce mois, Moiitrign«wt Ontréfi (il'Bstréi's), linitcnant géiiéial potir le roy en ce pais de PKardir. arrivani ch crsie ville par b porte S»! net- Gilles, il n'en aMTfttt {iié) dontté Mulcun adve ptissenipnl par in chers et por(i«f d« lad. porte, fil cunlreveiiant a l'ordoiinanie et ni^slmiml. Poui C<t bict. a esté mniidt^ .Iphan Lanlé. portier de lad. porte ^flinct- Gilles, leiiuel a dicl qu'il est srullenient venu céans et en la maison de inonsieur le lunipur pour nous en faire advertance, reiju^ratit i]iie s.i fniilti' il'en avoir adverly led. seigneur gouver-i ncttr Iny lût remn» [luur cesie Tois. Sur <)uoy, por l'i-dvis éui, sieur gouvfrui^ur, lad. Tuitlte et amende |>uur \ci:H»^hiy n esté remise pour cfUc l'ois, avrct{ injonctioti de n'y ruillir à l'advenir, & peine de prison: •
Le guetteur n'avuii donné riJm plus aucun arerliiispiiu-ilt àt VafirfXét: Ui! W. d,'e»u6-s; il,i|>vjil pas. &im\\é la doclw du gurl. Ce guctlrur sera mandé.
M. d'Estrées s'occupa à Abbeville même, où il s*aiTéta quelques jours, de la subsistance et de rapprovisionoement des villes de son gouvernement. On lit à la suite de la séance du 6 novembre :
• De par monseigneur Dcstréos, chevallier des deux ordres da roy, conseiller en son conseil d'Estat, cappitaine de cincqaaDte hommes d'armes de ses ordonnances el lieutenant au gooremement de Picardie,
> On fait assavoir à tons que, pour Tinconvénient quy porroit subvenir en nos villes, il est de hesoing et nécessaire de faire bittre les grains quy sont aux village.^ d'allentour d*icelles et les faire amener esd. villes, craignant qu'il nous en arrivast mal, et aussy qu'il nous a esté expressément commandé de par Sa Majesté comme son intention ostoit telle, et ainsy ne ferez faulte d'y satisfaire, en sorte que les grains soient battus et menés au$d.
villes le plutost que faire se porra, etc en tesinoing deqooj
nous avons faict etcachepté d'un cachet de nos armes. — Faict à Abbeville, le Vil* jour de novembre mil V 1111" Vil, signé Destrées ; et plus bas : Par commandement de mondict seigneur, Vaquaulx. »
Les maieur et échevins d'Abbeville ne voulurent pas demeurer en reste de prévoyance-, pour encourager, par des garanties, l'apport du blé dans la ville, ils firent suivre Tordonnance de M d^Estrées d'un avis tout- à-fait local :
« On faict assavoir aussy à touttes personnes qui amèneront grains en ceste ville, qu'ils les pourront librement retirer quaot bon leur seu>blera, en nous certifliant au préalable le lieu et grenier où ils vouidront mettre le.sd. grains en garde. •
Ces publications et ordonnances furent lues et publiées au marché de la ville, à son de trompe et - crj public, »» le 7 novembre lîiS7, à dix heures du malin.
Elles nVurent pas tout le succès qu*on en attendait, mais il parait que Tobstacle était venu de messieurs
I générauix - chargés par le roi de faire quelques
ks de grains duos l'élection de Ponlhteu.
jte maieur t-xpose, le il jour de novembre, que
jilusieurs pliiiiiles IU3' ont eslé faicies, taiil par aucuns
ibïtans de cesle ville qim laboureurs des villaiges
sonveisins d'ici'lle, qu(; quelques sergenns de In ville
miens alloient par les villaiges faire deffense aux
Oureurs d'amener leurs grains aux villes, soil pour
ndre, paier leurs m" (maistres"?) ou aullrement les
losporler aucutiornent, contrevenant directement aux
jdoDDaiices du rov et celle de monseigneur Désirées,
ntenant au gouvernement de Picardie, naguère pu-
tes ù son de trompe en ceste ville, portant injonction
id. laboureurs d'amener leurs griius en toulte dilli-
Hice ausd. villes pour éviter à l'inconvénieut quy eo
|8l peu arriver; partant, qu'il estoit très nécessaire de
prderà ad\iser sur ce faict, attendu la conséquence
i importance de telle chose qui est contre l'intention
rSa Majesté. ■■ L'a»isemblée échevinale, ainsi con-
Ehée , décide que l'on se transportera en la ville
pimiens, - pur devers lu personne dud seigneur Des-
ï8, pour luy reinonstrer ce que dessus pour, s'il luy
iat, y voulloir pourveoiret donner ordre, aftin qu'il
^en arrive désordre contre le service du roy; et que
tendant, s'il se trouve aulcuns sergeans usans ces
mmandcmens, soil en ceste ville ou ailleurs, qu'ils
kront prins et arreslés pour scavoir en vertu de quelle
commission ils fonl telles delfenses >
On députa pour ce voyage de remontrance M' Claude Gaillard, premier éctievin des quatre. — Claude Gaillard renditcumpte de sa mission le Wlll du mois, c'csl- H-dire le surlendemain ; il n'avait pu voir M. d'Estrées,
u p^rti pour aller lrouyer.3a compaignic à St-Qu^ntiD > Claude Gaillard s'élaM alors transporté c^% M. Delau^ •« Tun de messieurs les généraulx, •• auteur des défeos^ qui lui avait remis la lettre suivante pour messieurs, les maieur et échevins :
« Messieurs, ce porteur estant icy venu pour donner o^rc iqi; défonces quy oui esté faictes de mon ordonnance pour qurkyiei levées de grains que le roy enteiic} Taire en iVilection de Pouthieu pour sou siTvico, en asseurnnt le paiement de ceaix quy en feront la fourniture suivant la commission que j*en ay, je fous ay bien voullu dire que mon intention n\i esté de faire plus grand arrest, sinon en chacune liaison de laltoureur, de cincq ousii septiers mesure de Paris, jusques à ce que j'aye faict led. département et assiette sur cculz quy y pourroient contribuer, etc..-. Ce XXll* novembre 1&S7. »
Nous pouvons toujours suivre de loin, dans les délibérations de la ville, les mouvements de troupes qai occupent la France.
Le maieur expose, le 12 novenf)bre, à rËchevinagc, que, la veille, M de Hucqueville et lui ont eu avis d*une levée de gens de guerre, - tant de cheval que de pied, que faict le prince de Parme, pour le roy d'tspaigne, au long de la rivière d'Authie et pais d'Artbois, et aussy que les reitres estans en France pour le roy de >'avarnî s'acheminent vers Paris; » il est donc « besoing et nécessaire de renforcer la gnrde en y faisant aller i^S cincquanteniers en bon nombre pour la conservation de la ville au service du roy et de nos vies et bieg^. ' Le iQaieur, à cette (in, *« a faict appeller en la chambre les maistres des ciucquanteniers, des arbalestries, anç|)çr8 et harquebouziers, pour estre oy et en advis^p,. *» Aussitôt après sont introduits « Anthpine Qi;i^, n;M\i3ti:e
des^. ^rbalestriers , François Lefebure , i^^istre des archers, el îNicolas de Caippaigno, maistre des harquçr bpuzif'rs , et aulties aucuns anciens roaislres d^sd. fiinqfianteniers *< Le maieur leur soumet les circonstances impérieuses et les requiert •* d'eulx préparer 4 fjlire la garde de nuict, en nombre sunisant, sur les rilioparts dç ceste villp, partie à la porte du Bois, aultre partit; 4 la tour de briques derrière la court de Poi>tiiiçu, pt aultre partie à la tour de St Jehan-des Prés. » infiltres nouveaux et anciens répondent qu'ils offrent bien « faire faction et garde sy avant qu'il est porté par L'arre&t contradictoire obtenu et donné par le roy er son conseil d'Estat du liuictiesuie de juing dernier, er renforceant au préalable les gardes des habitans, tel que de la moictié, d'un tiers ou d'un quart, ainsy que nous (^) verrons bon estre, >» et que plus avant ils ne sont tenus Le maieur réplique : ** Les liabitans estoient fort foullés de la garde ordinaire; » il fallait considérer « la grand mortallité advenue et ad présent régnante, la cherté des vivres que debvoient supporter les artisans et infirmes^ » au contraire, les cinquanteniers, « composés par personnaiges riches en facultés et moiens, »» po.uvaient, etc. . . Entin, » prins advis ù mondict sieur le gouverneur, a esté dict et dellibéré que la garde des portes, pour le jour, sera renforcée d'un tiers de dizaine, et que lesd. cincquanleniers feront garde de nuict è$ lieux devant déclarés, en nombre de huict homniesen çhacuu. çndrgict, jusques à ce que le temps le requererja et. sera besoing, à commencer ceste nuict. **
(1) Messjeurs les maieur et ëchevins (|ui sont censés pa^-Jer dtiDS toutes les délibéra tjqus.
Nous trouvons des preuves de la difficulté que mcoutrait la perception de Timpôt extraordinaire (I).
Mais une nouvelle réquisition appelle une nouvelle résistance de la part même de rEchevinage appuvé par une assemblée générale.
Le niaieur remontre, le '2 décembre, que le dimanche précédent, invité à aller trouver M Dclau, trésorier général de France en Picardie (au bureau estably à Amiens), alors ù Abbe\ille. il s'est transporté ven lui M. Delau lui a communiqué « certaine commission du roy et instruction sur icelle pour lever en la ^énêrallité de Picardie (il s'agiSvSait d'établir un magasin en la ville d'Amiens) le nombre de cincq cens muids
(I) On voit, d.ins le protTS-vrrltal d(* In sciiricf érlipvtnnlriln 27 novcnihie, (pic Ir inaieur .'lyaiil pn^s^nte' \o rollr de Ucottfi un huissier. « W sonuiiant de le iiiellre h exécution et luy oITran!, pour ce f^iire, la soinine de cincqnante escus, Thuissier lui n fait refus, disant ipril ne vu'.ildmil faire pour cent escus, etc." On décide cependant iproii doiiutra ordre de faire mettre le rOle a exécution le pins tOt qu'il sera possible. Il f.uit, à cestf Gn, sVnlendre avrc (jnehiurs serpNins roiaulx ou aultres, selitii qu'il s'en trouvera, et convenir de prix avec eux. — Pourquoy faire ont este inandés aucuns sergtMiis royaulx (|uy ont faicl refus mettre led. rolle à ('xéciition sur n.rssieurs 1rs gins du ruy rt siège présidjal ilr cf«ih' sém-schaiissée i\o Pitnlliieu, |>aree quf rf sont leurs juges, off'rans ieelluy tneUre à exécution sur lesanltits hahitans moyennant sallaires raisonnahies. Enfin, deux sergeans a masses, Jac(|iies Leeat el Pieire Dufour, ollrent de ce faire sur toutes les personnes dénommées .lud. rolle sans aulcun excepter, el (le renutlre hs deniers à Targenlier de l.i ville par dedans trois sep-naines d'hiiy, moiennant la somme de deux cens cincqunnte livres; sur lesquelles offres et après que aucuns ne se sont offerts de mettre led. lolle à exécution à moindre prix, a esté dellihéré »|iie led. rolle sera baillé ausd. Lecal et Dufoui. moiennant et aux charges cy-dessus déclarées.
blé et deux cens soixante-dix miiids avoine, mesure de Paris. - Ce magasin devait subvenir à la nourriture des gens de guerre de Sa Majesté. « Sur led. nombre, les villes, bourgs et bourgades de Tellection de Ponthieu estoient cottisés à cincquante muids blé et trente muids avoine; parlant, M. Delau, venu en ceste ville pour en faire le département, priait le maieur d*y assister, roesme \uy donner main-forte pour Texécution de lad. commission, aftin que le service du roy n'en fût relardé. •» Le maieur avait répondu « qu'il en communicqueroit en assemblée généralle qu'il feroit faire en la chambre du conseil du grand Eschevinage.
Lecture faite à l'assemblée des instructions confiées au maieur par M. Delau, une protestion unanime s'élève; on décide -qu'il sera envolé encores, en la plus grande dilligence que faire se pourra, pour faire poursuite vers le roy, aflin de demeurer deschargés dud. nombre de blé et avoine à quoy lad ellection de Ponthieu a esté cottisée, considéré la petite étendue d'icelle et la paouvreté des laboureurs, et aultres considérations quy seront couchées et mises aux mémoires quy seront baillés aux depputtés; mesme que monsieur de Crèvecœur (1), quy a porté faveur en l'année quatre vingts cinq d'icelle faire descharger de quelque nombre de blé demandé par le roy pour mesme faict, sera supplié et requis de voulloir aider lad ville pour parvenir à la
descharge desd. grains par sa faveur et au cas
que lad descharge ne se poeult obtenir, qu'il sera faict poursuitte affin d'en avoir une bonne diminution pour
(1) M. (le Crè.vocœur, on le sait, était alors dans la retraite, niais la yille avait conservé bon souvenir de lui et croyait encore en son autorité.
les considérations qui S(Tont couchées aiisd mémoires', • on demandera, en désespoir de cause, «que les blés levés en nostre ellection de Ponthieu soient mis en magazia en cesle ville et non allieurs, sy faire se poeult. ••
Les échevins Gaillard et Hermant sont chargés de cette sollicitation.
Les deux députés rendent compte de leur voyage • en court *> dans l'assemblée du XKll^ jour de décembre. Ils présentent et mettent sur le bureau les lettres «• par euU obtenues de Nosseigneurs du conseit d*l:istat, portant surccance de faire lad. levée, et deffenses à messieurs les i^énéraulx de mettre en exécutioo Ija commission qu'ils avoient à ceste tin. - — Ces lettres ont été communiquées aux géaéraulx — On décide quelles seront lues et publiées à son de trompe, « joeud> prochain , pour eu advertir les gens des chmiip^s et laboureurs. »
Le désastre de Coutras a eu pour compyensatioo, du côté du roi, le massacre de Auneau.
M. de Uucqueville communique, le ^4 décembre, au maieur et à l'assemblée , des lettres de « monsieur révesque d'Amiens ^ L'évéque avertit M de Uucque-! ville ** de la défaicto des reitres et de la victoire sur ioeulx donnée a nostre roy quy les auroit mis eu. vraie déroute; pour rendre grâces à Dieu de laquelle ceulx d'Amiens auroient chanté le Te Deum et faict procession généralle. » LM^ohevinage ad\ise qu'il en sera communiqué avec messieurs les gens du roy, et, l'avis de ces derniers pris sur-le champ, on décide que, pour rendes grâces à Dieu de lad. heureuse victoire, « ce jourd'huy après midy se chantera le Te Drum en l'église collégiale de Dieu et de monsieur St Wlfran, et, pour y amener
Ife poeuple, seront loutes les cloches sonnées, et en 5Utre, que dimenche prochain se fera procession soletnpnelle où se portera le Corpus Domini en la manière accoaslumée; à laquelle procession sera porté, scavoir: par nous, cierges ardens, et par les maieurs de ban- DÎères et nos sergeans, des torses où seront attachés blazons, scavoir: ausd. maieurs de bannières de leurs enseignes, et ausd. sergeans des armes de la ville ; et à ceste fin sera faicl publication de lad. procession, à ce que chacun se dispose à'y assister en toute révérence et dévotion, et de tapisser les rues par où lad. procession passera.
A roccasion de cette procession, la question du pas ou de la préséance entre le maieur et le président au siège présidial est discutée JH'Kchevinage. Lu délibération la tranche en faveur du maieur :
« Et Icdict jour de dimenche sixiesme dud. mois, avant lad. procession, les cloches sonnées (1) pour assembler messieurs les eschevins en cest Ëschevinaige, affirt par enssemble de s'acheminer en l'église St-WIfran, auroit esté proposé avant que de partir, par led. sieur maieur, que iM* Pierre Tillette, président au siège présidial de Ponthieu,se debvoit trouver à lad procession où il prétendoit prendre place au-dessus d'icelluy sieur maieur^ et d'aultant que c'estoit chose inaccouslumèe et quy pourroit tourner en conséquence pour l'auctorité
(I) a A Piorrc Bocquillon l'aisnë, Pierre Bocquillon le joeunc et anltres (ces autres (»;iniissent chiini^er chaque lois), la soimne do cinquante sols, pour avoir soiiue' les cloches du j;ran<l Eschevinagp pour la procession et prières faictes pour la victoire obtenue par le roy contre les reitres, comme appert par ordonnance du IX'déccmhre M VMIII" VII, cy L\ » —
Reg. aux comptes, 1587-1388.
du niaieur, représentant en ceste ville la pei*sonne da roy et de tous les habilans par lesquels il a esté i^sleo pour leur chef et supérieur, joinet que en telle assemblée il n'y va aulcunement du faict présidial, aussy que defrunct M** Philippe de la Uue, lors vivant président, n*attenta jamais en tels cas de précéder le maieur, • le maieur requérait rassemblée « d adviser sur ce faict. » On délibère que - sy led. sieur Tillette, président, se trouve à lad. .procession, led. sieur maieur prendra place au dessoubs et à costé de monsieur de Hucqueville, gouverneur de lad. ville, comme il est de couslume faire, et au dessus dud. sieur président-, de quoy faire il est advoué de toute l'assemblée. *•
Le XXVIl*^ jour de décembre, le maieur annonce qu'il vient « d'estre présentement adverly de l'arrivée de madame d'Aumalle en ceste ville, et que les gardes de la porte Marcadé luy en avoient faict Inadvertance longtemps après icelle estre entrée en ceste dicte ville, [ce] quy auroit esté cause qu'il se seroit transporté en cest Lschevinaige et faict assembler messieurs les eschevias aflin d'adviser sy l'on iroit icelle salluer en corps ou bien luy porter le vin de lad ville Prins sur ce advisà rassemblée, a esté délibéré qu'il luy sera porlé le vin de lad. ville seullement» pour quoy faire a esté mandé led. Le Caron, eschevin et maistre des présens, auquel a esté enjoinct ce faire promptcmenl. »
L'année 1588. — Abbcville (iisputée par le roi et par les chefs «le la Ligue — Le roi veut faire entrer dans la \ille deux compagnies de gens de pied.— Lettres ùa rui et de la cointe>se de ruulliicu à cette occasion. — RtffK>ascs de PEchevinage qui s'eiïorce d^écarter toute garnison de la ville —Lettre
aa dae de Nevers. — Manœuvres des chefs de U Ligae ponr s'attacher Abbeville oa s^en emparer.— Correspondance entre eux et TEchevinage — Tentative secrète el malheureuse auprès des roaieurs de bannières. — Le duc de Nftvers gouverneur de Picartiie.— Le duc de Longueville— Nouvelles lettres du roi, de la comtesse de Ponthieu et do duc de Nevers, pour las compagnies à introduire dans la ville. — Nouvelle résistance des hahitanti d^AbbevilIe - Ils répondent au roi et députent vers lui. — Le roi leor dépêche un des conseillers de son conseil d'Etat. — Il écrit encore à PEcheviuage, ainsi qu*à H. de Hucqueville.— Abheville cousent à recevoir les dea\ compagiiics.— Logement indiqué à ces compagnies. — M d'Eslourroel, gouverneur de Péroune, apporte h Abheville des lettres du roi. — L^Echevinage le charge d'explications pour Sa Majesté. — Situation politique d« la ville.
L'année io8S s'ouvre sérieusement, sinon sévèrement (1). Nous entrons, s'en doutait on? dans cette importante période de crise qui court de l'impérieuse requête de Guise à Nancy (janvier), par dessus les birric/ides de Paris (mai), au passage ensanglanté de Blois (décembre).
Notre humble ville, dans ces grands mouvements, va être disputée avec quelque perséNérance par le roi et par les chefs de la Ligue.
Le roi d'abord, tenant en quelque défiance peut-être la force des murs ou l'esprit des habitants, désire faire entrer dans la ville deux compagnies de gens de pied.
Le 3 février sont lues, à l'assemblée échevinale, les lettres qui suivent :
De par le roy, « Chers et bien aînés, nous ayons advisé de despescher en nostre
(I) Le second jour de janvier (1588), Jacques Gallol el Nicolas du Four, jeunes lioniines à marier, pour avoir esté porter mascarades contre les dellVnses, condampnes en trente sols d'amende chacun envers la ville lx*.
Le marchand qui a i'ourni Its masques est condamné a dix
sols X'.—
Iteg aux comptes ibHT-XbSU.
pais de Pîcardit* W sieur du Belloy, iiostrc conseiller et maistre fl*hosteF ordinaire, pour tous faire entendre que déisTratit proo?bir l iouics choses quy sont requises poiir fa ^eurellé et conServaAon dud. pays et incsnies de nostre ville d'Abheville, nous nvous résolu de faire entrer en garnison en icelle deux compaignies dr gens (le pied du régiment quy u acconstumé estre en garmtoo aud. pais, et encores que nous nous asseurions que selion Taffection que vous portez au bien de nostre service vous suivrez ru cela d'n tout ce qiiy est de nostre volonté et Intention, neantmô^ns nous voulions bien vous ordonner par la présente qacvduk liez à recepvoir lesd. deulx conipnignies en lad. ville, ainsy qu*ii y en a eu par cy devant, sans y faire aulcune difiiculté, et ce faire tant (i) que craignez nous désoliéir et desplaire seUon que vous Tentendrez plus pnrticullierement par led. sieur du Belloy, qne vous croirez connue ferez nostre propre personne..— Donné 3 Paris, le XXVIIl* jour de janvier mil V« llll" VIII, signé en bas: Henry; et plus bas: Bruslard; et au dos est escript: A nos chers et bien a mes les niaieur et eschevins de noslre ville d*Abbeville. «
Après cette lettre du roi venait celle de la comtesse de Ponthieu :
« Messieurs, vous entendrez tant par le sieur du Belloy que par les lettres que le roy vous escript, sa volonté sur les cortipaignies qu'il désire mettre en garnison en vostre ville, et encores que je nrasseure assez que vous estes de ses plus iidelles et affectionnés serviteurs quy ne recouguoissi'Z que luy et le bien de sun son service, et (]ue comme à tels il ne soit point besoing d'aullre recommandation, néantmoins, aianl intéresten vostre conservation et en la pcrsëvétance en ceste lidellilé, j'ay bien voullu vous asseurer de riiitenli<:n de Sa Majesté qui n'est pas de vous laisser longuement lesdictes garnisons, mais seulement de se servir de vostre lidellité et obéissance pour exemple à aultres villes de luf
(i) Je lis certainement mal le< quatre monosyllabes (|ui précèdent; jr ne les donne que pour établir une liaison quelconque.
— 3ifr —
obéir el} faire 1b pareil à vostre imittaHoQ (ou iMî^ticwPÙ U j^ ^fmi pria dpucque» faire paroistrc que vo.us estes, bons ^qbjpoU, 4 T9'l^« roy; aiosy quU| vojis, esitiine; ce faisan(«.vo^s donnerez occasion i|, Sa Haj^esté de recon^oistre ce bon service à Tendroict d^ chacun, de vous, comme aussy en mon p«irticullier, je m^emploiray tousjours pour le général et particullier de vostre ville de très-boimé» volonté. En cest endroit Je prie Dieu, messieurs, qo'ii vous tienne en sa saincte garde.— De Paris, ce XXiXJanv^ier mil V* 1111" VUI. Bn bas est escript : Vostre bonne amye : Dunb L. db Fbahci^; eli au dos: A messieurs maicureteschevansde ta. fille d'Abberillo» »
L'Ecbevinage répondit le 5 février :
• Sire, « Mous avons receu lettres, de Vostre Mtg^té ^9/c monsieur du Belloy, af6n de recepvoir en gjirnispn en Cf\^\£ villis df^us compaigriies de gens 4e pied du régiment ()^ Pic^r^ie, auquel avons faicl entendre ^n assemblée insiauiment f^icteoù il i^^li. présenl que nous sommes prests de les recepv.oir et obéir ^n tpU4. nos cororoandeineos comme vos très-humbles et très-Qb!^S9an,8. subjectS! et serviteurs ; toutefois, pour la poureté et nécessité où. le poeuple est redukt,, L'iucoininodité et surcharge insupprtable desdicteft garnisons, nous suplions très - humblement Vostre Majesté nous en deschai^r, ayans à crste fin et poiff en recepvqir, vostjre commandement plus exprès depputjt^ Pun des aQ^ienii maieurs de ceste dicti; ville qjuy est cell^y par lequel, au mois de nars dernier, vous nous avec faipt, entendre vostre volonté de ne recepvoir ny escouter icy personne (i), de quoique quallitf^ qu*il soit, sans commandement exprà^ de vost4*e bouche, suplians Dieu vous donner. Sire, en parfaicle santé, très-longue et bonne Vie. — De vostre ville d'Abbeville, le V»- frebvier rft9^, vos trèshuuibles et très-obéissans serviteurs et subj/^cts^ » -^ Le fer du «elieur a coupé le reste.
Le commencement de te réponse à Diane de France
(i) C'est-à-dire que nous ne recevions et n^écoutions personne,
etc.
n'est qu'une répétition de celle au roi, mais la fin est remarquable comme tableau des désordres commis par les gens de guerre, de la terreur qu'ils inspiraient et de la stérilité même que leur passage infligeait aux campagnes.
« Madame, « Nous avons reoeu lettres du roy el celle qi/il ?ousa pleo nous escripre par monsieur de Belloy (i), pour recepyoir eo cfste ville d*Abbeville deux compaignies du régiment de Picardie en garnison. Nous luy avons faict entendre que comme trèsfidellps et très obëissans subjects et serviteurs de Sa Majesté, nous sommes prests de les recepvoir et obéir à ses commaudemens ; toutefois que nous le suplions très-humblement etvoas madame pareillement, par Tun des antiens maieurs de cesle ville que nous avons depputé à ceste fin, de nous descharger desdicles garnisons pour le bien et souilagement de vos subjects ausqucts elles apporteront des charges et et incommodités insuportat>lfS, considéré la paouvreté à laquelle ils ont esté et sont rediiicts par le passaige, allées et venues des gens de guerre, rinsolence des* quels est tellement accrue par la négligence et faulte des prefosts des mareschaulx, leurs lieutenans et aultres quy y doibvent avoir Toeul et regard, que les laboureurs fuient devant eulx et habandonnent leurs maisons comme devant ennemis, en sorte que la plusparl des terres demeurent eu friches et habaridonuées; vous supplians très-huinbledient nous vouloir favorizer pour le bien de vos subjects en ladicte descharge, et nous prirons Dieu vous donner, Madame, etc.— Le ¥• frebvrier 1858. »
La lettre suivante était écrite à monsieur de Nevers :
« Monseigneur, « Nous avons receu commandement du roy pour recepvoir deai compaignies en garnizon en cestc ville, et comme c'est chose qui
(I) JVcris lanlAt du Biîlloy et tantôt de Belloy, selon q le je trouve le nom écrit dans les registres.
vient grandement à la foulle (i) non seulement des habitans de cestc Tille, paonvres par la cherté extrême quy ne nous faict que quitter, mais aussy do cruix du plat pais quy sont ruinés et accablés par diverses manières, mais spécialleuient par les compositions et exactions «^ e ont faict les gens de guerre sur eulz à ta veue des prrvosts des iiiareschaulx quy ne s^en soucient, encores qu'ils soient par eulx soudoies, nous avons depputé TuQ des autiens inaieurs avecq un esche vin de ceste ville pour luy faire nos très-humbles remonstrances et suplicatiuos d*en estre deschargés s'il luy piaist, sinon entendre sur ce sa volonté pour nous y conformer totallemenl, et congnoissant Taffectiou dont avez embrassé nos affaires, avons osé vous suplier très-humblement nous favorizer en ladicle requeste et estre cause que nous y puissions estre exaulcés, eu quoy faisant nous demeurerons» monseigneur, etc. — Du V frebvrier 1588. »
Pendant ces correspondances — elles ne sont pas closes, nous le verrons — pour l'introduction, au nom du roi, des deux compagnies, ou pour la décharge sollicitée de cette garnison, les chefs de la Ligue, postés à Pont • Remy , cherchent à s'emparer de l'esprit des magistrats municipaux d'Abbeville et à prendre pied, s'il se peut, dans la ville. Us tentent de séduire la masse même de la population inférieure en agissant secrètement sur les maieurs de bannières.
Le XX® jour de février, suivant la délibération de ce jour, on reçoit à TËchevinage la lettre suivante :
« Messieurs, sur les occurences présentes, la noblesse de ce pais et moy avons advisé de vous envoier ce gentilhomme expris qui vous fera entendre le désir que nous avons tous de vous faire plaisir; nous vous prions affectueusement de le croire en ce qu^il vous dira de nostre part et faire estât qu'en particullier je demeure lousjours vostre asseuré amy. Sur ceste vérité, mes-
(1) Â récrasement.
- 3fi«r -
siëur^', Je pYle bleu qVil vous donne à tous ce que vous désirfz. — Aie F^èWt-tiFémy; të XX' rrebvier 1 S»88; en bas est escHpt: Vostre ebtiei^hient bien bon voisin et amy : Claddr de Lobbaihb, di BTAMBtRES ; et à la suscription est escript : A messieurs les maieur, etetféVinsétcomiitunauI(<^J de la ville d'Abdevilie. >
A cette lettre fut faite la réponse suivante :
« MoBseigneur, «* Nous avons reeeu la lettre qu*it vous a pieu nousenvoier par ce porkeufi par la bouche duquel nous «vous entendu Tailvertissement que nous donnes et 4a bonne affection que porter i ilottre conservation et repos dont nous votts fciheHcions' tVès^-bumMe^ ment^ ensemble messieurs de la nobl^s^ dû pais, vous suplidDs nous continufir en vos* bonnes grâces et ildU^ vous defneur^h>ss serviteurs; prians Dieu vous donner, Moâsi'tgneur, en toute prospérité, ce que mieulx désirez. — A Abbeville, le XX* frebvrier mil if* IIII" VII!. Vos tiès^huinbles et très-obéissans serviteurs les maieur et eschevins d'Abbeville. »
Quelques soupçons étaient venus cependant à l'ËdMvin âge des tentatives faites sur Tesprit des makurs de bannières par les ligueurs du Pont-de-Remj.
Aussitôt après la levée de rassemblée, le maieur, s'r dressant à Pierre Poultier, maieur de bannière, lui dit « qu'il est adverty que led seigneur d'Aunîalle a escript lettre à ceste (in ausd maieurs de baafiières. S'ils eo ont aulcunes, il les requiert par lui d'en faire communication à rassemblée. »• Pierre Poultier répond «qu'il n'a receu aulcuue lettre dud. seigneur d'Aumalle, ny entendu qu'aucuns de ses confrères en eussent recenps •
Deux jours après cependant, le limdi' vi^ngt^deux, se présentait devant le maieur S, Le Roy et quelques eschevirt^s, le même Pierre Poultier, assisté de François Sanson , Jehan de Poilly et Jehan Renier, aussi maieurs de bannières. Pierre Poultier venait expliquer
que !e samedi ; précédent, r^çtouroant en s^ m<ii9on, sur les s^t heures du soir ou environ, « ^1 luy;£^YPÎt,c9jlié présenté, par sa chambrière, certaine 4çttr,e ([.M^'^lte disoit avoir .rece,Me, sur les guatce heures. d'après midy,
du ia^icquet (laquais) du seigneur d'A (0) ^Ofjfi
au Grand Herculles^ voient lesquelles lettres ^ejç;rj9»\t à rinstant tr^n^porté eo nostre ho^el ^pour^pus faire entendre <çe que .dessus. *> Le roaieur .ayait doop.i;-^ugi les,écjhe,vins, pour faire l'ouverture (^sdjettres^.ejpj^ c|iaml>i:e .^A» conseil JLqs ^Ufttres 8on,t,^^es.en ,préf^;is^ des échevins et de H de UiJcqu^viUe, « .qpijès ayp^r prias ]e jserment dud. Poultier, quy .|i jiffir^qé le (K)i4enu ,i^y'^ess\}fi Vj^Q^able. •*
Telle était la teneur de ces lettres:
« Bl^ssi^ur^, oe g(|ntilhorMne présent ^portenr,^ueJa.po|>l^88e de co pais el ntoy envoions par devers vpiis, .vous fera .eotçndçe le désir que nous avons de tous assister es occasions quy se présentent, lesquelles nous menassent d*un malheur prochain, ainsy qu*avtcq nous vous povez juger; et pour ce qu'il ne poealt vous arfif«r inconvénient que 'nous il^y partici(Moii8-à cause de la ipresimité-du ivoisinage «t ^de la patrie, bous sommes Unis .dteUit^éfés devi>urir vostre fortune, ce qqe.ceiliqt porteur i^gps ,ilfs«qreraie.t pronie^tra de Qostre part, vous priaM3.AffectM(E;u;9ement de le croire tout ainsy ^que vous- mesmes,. et ^quVn P9i;ticullier je vous demeure tousjours amy. Sur.ceste as3eurance, Messieurs, je prie Dieu que vous donne en santé ce que trop désirez.— Du Pont-Dremy, ce XXfreb. 15SS. Enbas est escript: Vosire eiitîèrenfvent bien hon voisin et amy, Glaudb db Lobbainb, DBtHAMBiDRB»; et d la /Suscription : lA Messieuis 4iis «uiiep^' de bannières de la ville d'Abbeville. •
rAifisi échoiia cette /premièpe tentativesur la ^délité derhabitadts dS\bbevi4le au rei.
(1) Je ne puis lire le nom.
A cette date, on peai le dire, la Picardie et, par suite, le Poothieu, étaient fort disputés par les partis qui ^arrachaient la France.
Le duc de Nevers est nommé gouvemeor de Picardie le 7H février. — Un peu plus tard, la survivance de cette diarge fut donnée au duc de Longueville, son gendre.
Ces nominations sont faites par le roi^ mais un parti se forme pour livrer le gouvernement de la Picardie ao duc d* Au maie. M. de Longueville prend cependant possession de la province- — Recueil des mommmmU imèiiti, par A. Thierry, t. n, p. 963.
M. de Crè%ec(Bur, que nous connaissons depuis longtemps, était gouverneur en Tabsense de MM. de Nevers et de liongueviile.
Ce coup d'œil jelé sur Thistoire de Picardie liée id tout-a4ait à celle de TËtat, revenons aux bruits, aai rumeurs, aux événements de notre ville.
Les deux cloches convoquent, le XXVI* jour de février, une assemblée générale. La réunion est nombreuse au-delà de toutes les proportions ordinaires. Toute une série de noms sous cette légende, notables bourgeou, figure après ceux de TEchevinage et des officiers du roi. Pourrait-on se refuser à retrouver dans ces concours (I) quelque image des réunions populaires sor l'agora et sur le forum des anciens?
Quel intérêt poussait ainsi dans le palais populaire, au grand Echevinage, toute la ville émue et impatiente?
(f) Non inositës cependant à Abbcyille, à diffî^rentes ëpoqofs et pour les affaires où se trouvaient en jeu les grands intérêts de la commune. L*histoire de la ville de Saint- Riquier, que nous avons ëhauchée, offre aussi très-sourent ces réunions de li totalité des bourgeois discutant les affaires de la communauté.
Le sieur de Maupin avait à exhiber des lettres do roi, de madame la comtesse de Ponthieu, de M. le duc de Nevers; et il s'agissait toujours des deux compagnies que le roi persistait à faire entrer dans Abbevile.
Ces lettres Turent lues, et probablement dans Tordre indiqué par le respect :
a De par le roy, « Très-chers et bien amës, nous ayons esté bien aise dVnteedre, tant par ce que nous a rapporté le sieur du Belloy, nostre maistre d'hostel ordinaire que ayons dépesché par deyers yous, que le contenu en yos lettres et semblablement ce que nous ont dict yerballement vos confrères que nous ayez envoies, la bonne yolonté et affection, que les corps et habitans de nostre ville d'Abbeyille ont d'obéir et faire (ou suivre) entièrement nos commandemens, encores qu'ils eussent bien désiré d'estre deschargés de deux compaignies de gens de pied que nous entendons y estre establies en garnison, de celles du régiment du sieur de Tajain | ?^ que nous avons faict acheminer en nostre pais de Picardie; sur quoy aiant assez faict scavoir, de iK>stre propre bouche, nostre yolonté à vosdicts conf^^r^s et comment nous entendons que lesd. deulz compaignies y soient receues, monstrans en cella exemple d'obéissance ainsy que nous vous tenons au rang des mieulz zellés et affectionnés au bien de nostre service, nous ne vous en dirons rien dayantaige par ce mot, mais seullement vous réitérerons que yous avi-z à suivre en cest endroict nostre volonté et recepvoir icellrs deulx compaignies, lesquelles se présenteront aud. Abbeville, ainsy qsie l'entendons du bon debvoir de vostre obéissance, vous asseurant que nous aurons tousjours esgard à vostre soullagcment le plus qu'il nous sera possible. - Donné a Paris, le XV* jour de frebvrier mil V* 1111" VIII; signé en bas : Henbt ; et plus bas : Bbuslabt ; et à la suscription : A nos très-chers et bien umés les maieur et escbevins de nostre ville d'Abbeville. »
La comtesse avait écrit:
• Messieurs, je suis bien aise d^avoir entendu, par les lettres
^iàé'Wék "ÈYèz (êscritll^^, que iôWz TésÀlus iê séivre la Tricoté 'du>ro)r strr IHb deulz Do<mp<iif^i«S'4{u'il dësiit mtCtifcen gârnisoB ^a voAtfe yille. Jeme'ffHisse très-volontiere emploiëe. pour tous en faire exempter, mais c'est chose que le roy a trouré nécessaire .pour son seryice à cause du temps, e^ puis son iâtention n'ât pas qu'en soiez longtemps incommodes et Toeult qu^'ls Vivent de gré à gré en paiant, et, pour ce faire, leur 'à fai6t (layer 1è isolde et le fera de mois en mois, comme il Th feiciteillendre à toi
AéF^utiés Sytesdictes
'^l'tiisons yoiis fdht^qUeîqiie ^espliri^ir, jem'enfrprflssèray tioi- ]oui^s vers le ^oy pour VOti^ tn 'desdharger, étine trowerei 'toulsjours aiymant Vautre rep«i^ et conservation comme je doiDIs, Hfdsy que j*ay )éhàr|^é ^o^ depputés de'le vous faire entendre plus 'pahicdllièremerit de ma part, (fuy (ee qui) me gardera de plis longue 'lettre, priant Dien, Messieurs, qu'il vous ait en sa saiatfte gartte. — Du boisde Virrcenni*s, le XIX* frehner iMë. Bd Us è^t éscHpt: Vôstre 'bonne amye Dunb 1. de Frauci; et à la sùàCriptiott : A Messieurs les maieur,'e8cheviii6tei^tiabitiinsdela ville 'd'ibbévitle. ^
Le duc de Nevers avait écrit :
« lles^ieui's, Je neferay'pas longue'response'à rostre lettre que Vos depputtés présens porteurs m'ont aportée, {Kirce qu'ils roos 't)our^bnt faire entendre ta'response qUe lear 'a faict ieroy auquel ils auront dict avoir parlé; seullenicnt je vous dira y que 6a 'Majesté m'a envoie dire ccjourd'huy, par M. de Villeroy, que son intention e^tôit que le régiment de Picardie entrast en gamoo en ladicte province, el,'à cest effet, nracoiitmandé'd'*acebnipaigiler ses lettres àîHn de faire éff'ecturr sa Volonté, à 'laquelle m'Ssseurantque vous vous conformerez volontiers ponri'éffectknique portez à son service, je ne vous en diray tlavantaige, mate bieo vous ptieray de croire que 'ta où j'auray moien de ^ikVmpl«er pour vostre bien et souHagement, je le feray de bien'boutttor, duquel {sic) je aie recoui mande à vos bonnes grâces ét'pHe^Diea vous donner. Messieurs, la sienne' saiiliie. —^l>e*^ifri8,<Ée XVi' 'frèbyricr ^568. 'B^i bis^est eseri^ : Vostre bimi 'MMÉré mj
- Ml —
LuDOVioo DE CoNSAC ; ct à la suscriptioD : A Messieurs los ii)Ai«ur, prëvoftl ei fschevins de In ville d'Abbe ville. »
l.es réponses , rédigées conforméineDt aux opinions émises dans l'asseniblée, furent adoptées séance tenante. Les habitants d'Abbeville résistaient, mais en fidèles sujets. Au roi ils disaient :
«'Sire, <u tes àooonvtfniens quy <nous sont sunreuos d^ppiiis'ke fmrHtttenVÛe nos dmiiers dcpputtés Ters Vostre '^hijegtë, après avoir entemlu pariceulx et^pnr vos lettres 'mesmes ce qu'il vous a 'pieu commander touchant la ^rée^ptir/U des garnisons en cesteviUe, nous ontf centrai net vous renvoier autres hahitans d'icelle ;pour TOUS faire entendre en toutte qualité (i) lesd. inconvëniens et vous supplier très-humblement ne prendre en mauvaise part sy uous n'avons encores receu lesd. garnisons qu'au préalable n'aùms receu sur ce vostre volonté dernière {"i), vous supplians t^ès-btltiiblenieiit nûus tenh* tousjours au nombre de vos ttèshumbles et très-obëissans sei^lteufs et snbjecls, et nofis sypplions Dieu le crëateur, Sire, vous donner en saoctë^la jouissance .parfaicte de vos saincts dësirs. — Ce XXVI* frebvrier ISSU. »
A la côtoitesse de Ponthieu ils écrivaient aussi :
« Madame, « Les occurrences survenues pendant le séjour de nos deppiittés à Toccasiou des lettres receues de la part de monsieur d*Aumalle.quy faic séjour et commande gens au Pond-Dremy et es environs, et menaces que Ton a faictcouller aux oreilles du .poeuple en ceste ville, tant de sa part que di' la noblesse du pais, recepvjins les garnisons qu'il a pieu au roy envoier en icclle pour causer division ct altérer Tunion quy y a tousjours esté et sera, à Taide de Dieu, parfaicteuient gardée a vecq un zelle du service,
(1) Je ne peux mieux lire ce mot,
.(9) Les mots que je souligne ainsi sont biffés dans «Je registre et n^oDt sans doute pas été envoyés au toi.
obëissaDcc et debyoir deub à Sndiete Majesté, nous ontcontniMt envoier de rechef supplier très-hiimhlement Sn Majesté de noas Toulloir descharger desd. garnisons, pour raison desqnellfs (\ desdictes menaces, que plus parlicullièrement tous pourroBt remoustrer les porteurs nos concitoiens, nous voions le poeupk entrer en crainte, suspicions et partiallités quy poeuyent enfesdrer de niauais effects et dangereulz ausd. repos et consemtioi, TOUS supplians eu toute qualité (1), Madame, Toulloir receprotr nosd. renionstrances et supplications de bonne part, et esbc occasion, s'il tous plaist, que nous soions ezaulcës de fa Majesté, et nous prirons Dieu, Madame, vous continuer ses saiocirsft divines grâces - A Abbeville, le XXVI* febvrier 1588. »
Toutes ces protestations d'humilité et d'obéissaooe n'en aboutissaient pas moins, on le voit, a une résistance bien déterminée.
Le XXVIIl février, nouvelle réunion au son de la cloche. En cette ass(?mblée simplement échevinale soot lues de nouvelles lettres du roi :
« De par le roy, « Trèschcrs et bien aniés, ayant scfMi que aulcnns désiraix de tenir tousjours les choses en troubles sont après à excitfr quelque nouveau mouvement d'armes en nostre pais de Picardie soubs coulleur des compai^nies que nous avons advisé y envoier pour estre mises en garnison en aulcunes des places ainiy qu'elles y ont esté par cy devant et qu'il est requis pour la seureté plus grande dud. pais ou bien soubs quelque aultre prétexte, nous avons ndvisé de despeschcr par délia le sieur d' Albin, conseiller en mon conseil (PEslat, avecq charge de vous faire entendre sur ce aulcunes choses de nostre part, desquelles nous vous prions le croire et luy adjouster foy comme à nous-mesme. — Donné à Paris, le XVIIII* jour de Frebvrier 1588. Sigué eo bas : Henry ; et plus lias : Bruslart ; et à la suscription : A nos
(X) Le même mot que je copie encore en hésitant. J'hésite cependant à lire humilité
rès chers et bien aînés les niaieur et pschevins de nostre ville rAbbeville. »
• Ensuit la response, *» lit on encore, mais seulement m titre d'attente Les trois quarts d*une page avaient ité réservés pour cette réponse qui n'a pas été transcrite lur le registre
Ne serait-ce pas qu'une nouvelle lettre arriva trop tôt les jours suivants pour rendre opportune la réponse lélibérée dans la séance du 28 février?
Le maieur convoque en efTet, le 5 mars, une assemblée pour entendre « la volonté du ro)' sur le faict de la réception de deux compaignies, *• etc :
« De par le roy,
« Très-chers et bien aniés, nous avons receu vos lettres et entendu ce que vos depputës nous ont diet de vostre part sur la réception des deulz compaignies que nous entendons estre mises en Dostre ville d'Abbeville en garnison , sur quoy nous leur avons amplement déclaré de nostre bouche comme nous voulions et entendons qu'ils recoipvent lesdictes conipaignies, sans mettre la ctiose en aulcune doubte pour ce que leur poeult avoir escript le duc d'Aumalle, à quoy ils ne doibvent avoir esgard, n*ayant nnlcun commandement ny auctorité audict pais de par nous quy scaurons bien vous conserver et maintenir contre touttes personnes en obéissant à nos commandemens; vous ordonnant que sy le duc d'AnmalIc se présentoit pour entrer en nostredicte Tille, vous n'aioz à le rccepvoir, ny pas ung aultre de son party» ains leur refuser toutte entrée comme à personnes qui sont contraires à nostre service, ce que nous commandons très- expressément et de recepvoir les susdictes compaignies.— Donné à Paris, le dernier frebvrier I5SS. Signé en bas: Henry; et plus bas: Bbulabt; et à la suscription est escript: A nos très-chers et bien aniés les maieur, eschevins et habitans de nostre ville d^Abbeville. »
Le roi écrivait en même temps à H. de Mucqueville:
« Monsieur de Hucqueville, j'ay receu Yostre lettre pirlH depputtës d\\bbeville, et trouve fort estraDgc que, sur ce qoy leur a este mandé par le duc d'AumalIc, il semble qa*ils aienl esté en doubte de recrpvoir les deux compaignies que j'entends entrer en garnison en lad. ville, comme s*il avoit quelqueeoiRmandement et auctoritë de nioy aud. pais de Picardie et 8*ib m .delMToient estre bien asseurés que j'ay les mains assez iongimet fortes pour les scavoir maintenir et garder et empescher que pour m'a voir esté obëissans en la réception des susdictes compaignies , ils ne recoipvent aulcun dominaige ny de luy oy 'fi}'BiUhres,^quels que ae soient, qny ce vouidrotent eolrepreadrc; dequoy vous les esseurerez et tiendrez la'niain^iie,>suivaiilile commandement très-rxprès que portent lesdicts d^pputtés raiaos eu de ma bouche, lesdictes compaignies soient receues sans plus remettre la chose en doubte, ce que je ne pourrais que très-mal interpréter ; mais je ime promets que, par raffection qie ont ilesdicts>d'Abl)eville de m*obéirat dti bon debvoir quetVOQSf ^rendrez de ^¥oslre costé, je nVn auray poifiet dV^eeaâoii, tnpipliantile^Créateurqu'il vous ait an sa garde. — Escript é!P«ns,lf dernier jour de frebvrier 1588. Signé eu bas : iHinry ; .et pfss bas: Brueart; et à la suscription : A .monsieur de Huoquerille, lobevalicrde mon ordre, cap"* de cincq** homoies d'armes-de nfs I ordonnances, cap pi tai ne et gouverneur d'Abbeville. »
La ville a enfin consenti à recevoir les deux compagnies
Le Ville jour de mars, on délibère que « ces deux compaignies seront logées, scavoir: Tune au quartier St-Gilles et lautrc au quartier du Bois, pour leur dooner logis et fournitures ù la plus grande desoharge et moins tl^oppression aux habitans que faire se pourra; que
monsieur de sera requis de se trouver à faire
les recherches avec le capitaine du guet, Sanson Barenque et Jehan Foullon^ eschevins. - Le capitaioe jju
guét devra tenii" bon papier tao( des chambres, noms et surnoms de ceulx quy bailleront fournitures comme* aussy des noms et surnoms des soldats à qui lesd. Fournitures seront délivrées, afin de les rendre à la levée de la garnison. - Il sera enjoint ausdïcts Barenque et Foullon de se trouver avec led capitaine du guet pour faire les logis (toutes excuses cessantes) en la plus grande diligence, à peine de cent escus d'amende et punition arbitraire s*il y eschet. •»
Le ttïêitïe jour, sur les deux heures de relevée, le maieur expose qu'il y a une heure seulement, « monsieur d'Elstourmel, chevalier de Tordre du roy, gouverneur de la ville de Péronne, lui a annoncé avoir lettres de Sa Majesté à délivrer en la chambre même du conseil. » Le sieur d'Estourmel survient immédiatement et présente les lettres en date du XXVIl de février dernier, dont la teneur suit :
a De par le roy, ■ Très-chers et bien amés, encôres que nous vous aiez nagttères escript par 1^ sieur d'Abin, conseiller en nostre conseil d^Estat, sur roccurrence des reinuemens que nous voions que Ton voeult exciter dt; noiiTcau en nostre pais de Picardie, sy est que sVn retournant le sieur d'Eslourmi*! en sa charge^ nous luy ayons (ou aurons) coinrtandë de vous veoir et faire entendra, lulciines choses de nost/e part sur ce subject, desquelles Boti« vous inandon.s le croire et luy adjousler foy comme à nousmesrae.— Donné à Paris, le XXVIl* frebvrier 158S. Signé en bas:. Bbubt; et plus bas: Bruij^rt; et à la siiscription: A nos trèschers et bien .-iniés les maieur et esohevins de la ville d*Abbeville. »
Ces lettres lues, le sieur d'Estourmel prend la parole. II a charge de Sa Majesté de recomtnander aux magis' trats d'AbbeviUe d'obéir aux connnandements du roi. l.es deu:t compagnies qu'ils ont à recevoir ne demeu-
reroDt tongtemps, et il D*en adviendra grandies diir|B pour ks habitans « pour ce que feroient mootreit recepvroieni argent au précédent y entrer. • Le mm d'Estoormel déclarait d'ailleurs qu'on eût, • sur ce, a luj doDoer respoose. • — L'assemblée répond que, d'après les termes des lettres mêmes enirojées à Si Majesté par M' d'Abio, la ville n'a jamais enlendi désobéir aux commaudements du roi; elle a. au eoatraire, offert de recevoir et est prête & recevoir lesdeox compagnie ; en cette intention il avait été, ce jour même, délibéré de leur donner logis et fournitures. — M. d'Eitourmel répond à son tour qu*il transmettra ces explications à Sa Majesté.
Enfin, des le jour même (8 mars), les sieurs Barempe et Foullon, eschevins, se présentent avec Bernard Kohault, capitaine du guet. Ils se sont transportés, siiivul l'ordonnance de rEchevinage , • par devers H. de Hucqueville, pour adviser, avec lui ou avec le sieur de Franie, son lieutenant, h prendre heure pour faire h recherche des logis pour les deux compaignics —llsont advisc ce faire, avec led. sieur de Frame, à demain neuf heures du matin, après la prédication »
Les avances des chefs de la Ligue avaient été repoussées. La ville était dans les meilleurs termes avec le roi avec le gouverneur de Picardie, avec la comtesse de Ponthieu ; elle allait payer cet accord par une alerte des plus vives.
OccupftlioD da faubourg de Rouvroy par le dac d'Aoïnile. — AMenUéi improvisée au petit Echevinage. — Récit des faits par le maieur.— Gaie transporte au grand Echevinage.— Mesures prises pour la sûreté de il ville.-- Conseil de guerre tenu pendant la nuit —Députés entoyéaverth
roi «vec niM lettre. — Df ai lettres do roi antëriearee à PoccnpatioD do ftobonrg. — Retour des députes avec une réponse do roi. — Résolution de l*EchefiDage. — Gribaone saisie par Tofficifr commandaDt au faubourg de l«avroy. — Réelaonations de la ville. — Nouvelles mesures de défense eC d'Intimidation prises par rEchevioage.— Les suspects.— Les premières reeberclies et poursuites Tiennent du présidial.— Conduite ferme et louable dn Baienr. — L*Ecbevinage mande en sa chambre de conseil le lieutenant erimlnel et le procureur du roi. — Lettres et instruction^^ du roi. — Le roi moBce à faire entrer \t>^ deux compagnies <)e pied dans la ville — Beenn- •nintance exprimée par le roi au maieor.— Mécontentement du gouverneor à e«lte occasion. — Une députation de PEchevinage Tapaise. — M. de GbMaerault envoyé par le roi k Abbcville — Contribution réclamée en ▼erttt de Tédit de aeptembre t587. — Résistance de la ville.
Waignart résume ainsi , avec quelques explications propres a dous guider (1) dans les registres de la ville, les négociations qui précèdent et les événements qui vont suivre :
• Le roy, désirant conserver la ville d^Abbeville à son service et ayant rccogneu que plusieurs ligueurs vouloient la retirer de son obéissance, envoya quelques compagnies de gens de pied pour y entrer. Le sieur de Ligny en advertit son gendre de Rambure, qui y fit donner ordre pour leur empescher l'entrée. Le jour de
, monsieur le duc d'Aumale, qui avait ses
affidés à Rue et Pontdremi, surprint le faubourg Docquet ou de Rouvroi, costé du Yimeu, après disner, barricada le pont Bachelier contre la ville, empescha que lesdites compaignies entrassent dans la ville Le sieur maieur et les bons serviteurs du roy voulurent faire tirer le canon sur ledit seigneur duc (2) ; mais le gouverneur,
(1) Est-ce bien sûr? Ne devons -nous pas nous tenir quelque peu en garde denière notre guide? Nous verrons.
(-£) Ijes registres de lii ville ne sont pas si explicites, on le Terra, et le gouverneur de la ville et le maieur ne paraissent pas avoir été en désaccord dans C4'tte circonstance.
seignetrr dfe Hucqxreville, et autres partisana âfe la ligoe, l!erD{)e«chèreat.. L'oa eo^'oo^a: en> cour pour eo. «dwriir sa majesté, qui respomdit que l'on avoit bitrn pev et cour^eq si l'oQ.De pouvoltempescbcr le duc d'imoHile d^entrer à AbbeTille, qu'on le laissai' là » — TPiiîjpMri
L'exposition développée de» cireonstnoceft qui, aw qoèrent l'occupation dn faubourg de Routtoj rempRii le présent chapitre. La. ville, qqi. a'a. {uts c^ aaae facilité au roi, va résister avec fermeté aox Kgueurr.
Le deux compagnies envoyées par le roi ne sont pas encore entrées dans la ville, mais on les a acceptées et on les attend. Un bruit parti de la porte d^Hocquet*, h- XYll mars, entre trois et quatre heures, parcoorten un instant toutes les rues.
Une assemblée, - improvisée, peut-on croire, -se tient le même jour, au petit Eschevinagb, « à eiùc% heures après midy. • Le groupe, debout sans doute, se compose dé: • J. Le Roy, maieur, Gaillard, Rohault, Lebel, Hermant, Daullé et aultres, eschevins. •
En ce lieu tout populaire s'était transporté, dans rémotion du moment, le niaieur entouré des échev'ms et de « plusieurs autres, tant ofliciers de la ville que habitans assemblés en grand nombre sur le Marché pour l'émotion estant en la ville l\ cause de la surpriose du faulbourg de la porte Docquet par monsieur d'Âamalle, assisté de monsieur de Uambures et autres de son party. »>
Le maieur exposait autour de lui la » surprinse faicte sur les trois heures après midy , en tenrips pluvieux et obscur. •> Il s'était acheminé,, disait il, à l'instant de l'advertissement reçu par lui, à la porte Docquet «pour y mettre ordre »> et faire retirer tes troupes déjà mai
tresses du lieu. Dans cette démarche, il avait agi d^ x>ncert aVec le gouverneur, accouru également « a ladite porte. • Ici des corrections chargent le registre, et je ne idis pas sûr de bien deviner. Je crois voir qlie \^ sinquanteniers s'étaient transportés assez ritpid^ment à la porte, grâce au commandement donné par le maieiir rar un avis du gouverneur. En ce moment de la r*é4actioD, surviennent au petit Echevinage M. liernard., lieuteqant général, MM. Bermant, conseiller, de Maupin, ancien maieur, Waignart, de Canteleu, Delestpille éi autres en grand nombre. « et tost après M. le gouverneur, assisté de plusieurs gentilshopimes. » Le lieu se trouve alors trop incommode , « et le jour estanft railly, * rassemblée se transporte au grand Echevinage. La cloche est sonnée « pour assembler^ » MH. les échêvins, beaucoup d'autres habitants encore se pressent autour du maieur qui reprend son récit : Le gouverneur et le maieur, « es(fl[ns à la porte, avoient envoie vers led. seigneur d'Aumalle le sieur de Noully et le câppitaine do guet pour scavoir à quelle intention il estoit entré and fautbourg et le prier de s'en retirer et s'en depportér. » NouHy et le capitaine du guet, à peine dans le Idobourg, avaient rencontré « quelques gentilshommes mvoiés de la part dud. seigneur, afBn de prier led. Heiir gouverneur, les maieur, eschevtns et htfbitansde le trouver de mauaise part son armée aud. lieu, et qu'il r estoit venu pour le bien et conservation de lad. vilte A empescber que les Gascons que y voulloit mettre honsleur d'Ëspemon n'y entrassent. » Noully et le caritaine du guet de retour, • sur l'advertissement que éd. sieur d'Aumalle faisoit faire quelques defTenses et Miricquades près le pont Bachellier vers lad. ville, »
le maieur et le gouverneur avaient encore • envoie vers led. seigneur ung autre gentilhomme et ung eschevlD de lad. ville, afifn de le sommer de se depporter desd. entreprises et retirer lesd. baricquades, aultrementqoe Ton y pourvoieroit ainsy que le service du roy le requéroit. •• Nouvel échec. Le duc avait tenu aux nouveaux envoyés «• pareils propos que ceulx portés cy dessus et davantaige. 11 creveroit plutost, avait- il dit, luy et les siens, que lesd. Gascons entrassent en la ville, et il n'osteroit lesd. baricquaddes que, an préalable, oo ne luy baillât asseurance que du costé de la ville il fle seroit aulcune chose sur luy cntreprins, comme desa pari il ofTroit bailler ostaige pour seureté, voire soo frère, quMl n'entcndoit et ne voulloit aulcune chose entreprendre au préjudice de la ville et des habitaos • Cette réponse reçue, le maieur el le gouverneur, • l'heure estant tardive et la porte fermée, s'estoieot retirés aud. Eschevinaige affin de prouvoir à la conservation de lad. ville, adviser de desplacer ou faire retirer led. sieur d'Aumalle et ses gens dud. fautbourg, et par quelles voies et moiens. **
L'assemblée, qu agitent « ces propositions et diflicultés, » délibère et advise, attendu la conséquence du fait:
« Premièrement, que le roy sera adverty de tout ce que dessus et supplié y voulloir pourvoir par le sieur de Frame, lieutenant dud. s^ gouverneur, qu'il envoie de sa part, et par Sanson Waucquet, eschevin de b ville, lesquels partiront sur les douze heures de la uuit; que la garde sera renforcée et doublée, tant aud. quartier Docquel que aultres endroicts, et qu*à ceste fin I*od se transportera sur les nturailles où sont maintenant plusieurs descompaignies à cause de lad. émotion, pour
disposer de l'esiablissement d'icelle sellon les lieux et endroicts où Ton congnoistra le besoing le requérir; et ce faict, que Ton retournera, pour adviser du surplus, sur les onze heures de la nuict aud. Eschevinaige, oà seront appelles les quatre anciens maieurs et les quatre premiers escbevins, et quatre des principaulx de là noblesse estans en ceste ville. »
Toutes les rondes faites, toutes les précautions prises, le gouverneur et le maieur se retrouvent en efTct à 1 Eehevinage à onze heures, avec « le sieur Bernard» lieutenant général; monsieur de Bours, monsieur de Langle, le sieur de Noully, le sieur de Cornehotte, de la noblesse; messieurs Le Boucher, de St-Souplis, de Waconsins, de Hnupin , anciens maieurs; Gaillard, Rohault, Lebel, Herman, eschevins*, Devin, siéger. »
C'est un vrai conseil de guerre dans le pacifique palais de la bourgeoisie.
L'objet de la délibération est : • comme Pon pQurroit desplacer et faire sortir led. sieur d'Aumalle dud. faut* bourg Docquei et les trouppes que Ton dict qu*il y a faict loger (puisque à Tinstant il n'a peu estre deslogé faulte que les forces pour ce faire n'ont peu assez tost estre amassées pour la distance de la porte et l'esloingnement du fautbourg , et par quelles voies mesmement sy Ton les deslogera avecq le canon des logis qu'ils ont aud. faulbourg et des baricquades qu'ils y ont faict. »
La réponse à ces questions belliqueuses est, dans tous les cas, prudente :
« A esté advisé et deliibéré, pour la conséquence qu'il pourroit arriver au service du roy, jettant au hazard la force de la ville, sy elle n'estoit bastante pour faire sortir lesd. trouppes dud. fautbourg. (ce quy est à
craindre, atteo^o Tasslelie ladvantafiettse d'iceltoy^a'^it iqae Ton soit aidé et appuie des cofl^paigiiies qm tieonent, de par Sa Majesté, en garoiaon eo ces quartiers,) ^ue, avant aulcune chose enUleprendre eo ce faiel, fOB attendra le commandement de &êà. Mâjesllé^ et néanlllioiiis, 9y led. sieiir d*AumaUe ou les siens se iDgèreii de passer plus oultre et edtrepreodre quelque diose davantaige sur lad ville, que A^éa le repoussera pèt le canoû et aultres voies dhostillité ; cependant que les gardes seront redoublées aftin de prévenir tous incoovéniens, et qu'il ne sera permis à ^uleuns soldardsci ^ns de guerre d'entrer dans la ville et de ne (1) les aider d^ukune munitk>n. »
A minuit part la lettre écrite au roi:
« Sire,
« Nous avons receu vos lettres du XI de ce mois pour rcocpvoir la compaîgnie du cappitaine Collômt^h cd garnison èii VOStre ville d'Abbeville au lieu de la c(hnpatgnie collonelle de vostrè régiment de Picardie, ce que ne faudrons et de sutisfoire du tout à vostre commandement et nous acquitter du très-bumble service que debvons à Vostre Majesté ; et voiant deppuis le parlement du sieur de Belloy que monsieur d'Aumalle renforce de jour à aultre ses trouppes, tant de chevaulx que de pied, approcbant vostre dicte ville de plus près jusques aulx faulibourgs, se saisissant des chasteaulx et maisons fortes, contraignant la noblesse de ce pais à tenir son party, ayant ce jourd'huy aussy mandé par devers luy les ofGciers de vos tailles et taillons de vostre eslection de Ponihieu, et à eulx enjoint de leur (2; fournir aigent pour Je paiement de ses trouppes, seKon que plus i
(1) Qu'il ne sera permis de les aider
(2) Leur pour lui évidemment. L'ur sous-eiitend peut-être les agents du duc.
plain VOUS pourra certifier ce prëMDt porteur, sa pplians (I) tièsbumbleineut Vostre Majesté dly Toulloir prouroir ed ' touttudiiiigeDce pour la conserfation de vostre pais, priana;Dieu vous donner» Sire, etc. (Petc. est dans le registre). — Du XVIl* oars 1588. »
Le 19 mars, rEchevinage reçoit ce mot royal antérieur encore aux derniers événements rapportée. Le roi remercie les habitants d'Abbeville de leur bonne volonté et les encourage ainsi dan3 leur résistaoiçe à 868 ennemis.
« De par le roy,
« Très-chers et bien âmes, despeschant le sieur de Chemeraull vers le duc d*Aumalle, nous luy avons donne charge de vous veoir et vous tesmoigner le grand contentement que nous avons' reccu dVntendre par le sieur d*Abin la bonne volonté que vous avez de respocter en tout et partout nos comiiiaudemens ponf voos y conformer entièrement) qny est ce que nous nous somtitos toHSjonrs promis de vostre loianltë et fîdelUtë quy vous a de tout temps feqdus sy recommandés, en quoy nous vops adi^nestons de persévérer, avecq asseurance qpe npi)s voifS; ferpji^ congnoistre à touttes occasions nostre bonté et bicifveiJIaQce, ^t combien oous désirons de vous maintenir et conserver. — Donné i Paris, le XV^ mars 1588, signé Hbnbt; et plus bas : Bbïdslabt; et à la inscription : A nos très chers et bien amés les maieur el eschevins 8e nostre ville d'Abbeville. »
Le n mars, le sieur d^Abin remet au grand Ek^hevinage une autre lettre du roi, lettre datée du jotir même de roccupation du faubourg de Bouvroy, mais discrète déjà, comme si Ton pouvait craindre qu'elle tombât en des mains hostiles ; précaution qui pouvait
<:l) Sk» La conttxlure de la phrase demanderait cependant
ne pas être inutile, ainsi que nous le verrons plus loin par la lettre du roi du 6 avril.
« De par le roy, a Très-ehors et bien amës, entendant qae Ton cootinoe toasjonrs dVssaier, par plusieurs mauaises praticques, de troubler le re|>08 de nostre province de Picardie et k la précipiter en quelque grande confusion de mal, usant à cest effect de toiis les pernicieux artifices quy se poeuvent excogiter, nous avons esté meu de vous despescher de nouveau le sieur d'Abin, chevallier de nos ordres, conseiller en nostre conseil d*Estat et cappitaine de cinq** hommes d*armes de nos ordonnances, avecq charge de vous dire aulcunes choses de nostre part, desquelles nous vous mandons le croire et luy adjouster foy comme à nostre propre personne. — Donné à Paris, le XVll* jour de mars I58S, signé Hbnbt; et plus bas: Brulard; et à la suscription : A nos trèschers et bien amés les maieur et eschevins de nostre ville d*Abheville. •
Ainsi, la mission du sieur d'Abin était surtout verbale, et rien ne transpire dans le registre des ordres qu'il peut donner ou des recommandations qu*il peut faire à l'Ëchevinage.
Enfin, le XXllII mars, dans une assemblée convoquée au son des deux cloches, les députés expédiés à Paris dans la nuit du 17 au 18 rendent compte de leur voyage; ils rapportent à TEchevinage une lettre dans laquelle le roi, en exhortant les habitants d'Abbeville à persister dans leur loyauté, se déclare disposé à venir lui-même en Picardie pour leur prêter « tous bons secours. »
« De par le roy, « Très-chers et bien amés, aiaiit veu vostro lettre du XVll de ce mois, par laquelle nous asseurez que vous estiez près (ne) à recepvoir le cappitaine Collombaii, sellon ce que nous vous en avions cy-devant mandé, nous avons esté bien esmerveillé d'entendre, par mesmc moien, les mauais depportemens du doc
d^AumalU*, ci qiio, les accroissant de jour à aultre, il se soit logé arecq forc's en Tun de vos faulbourgs pour empescher rentrée de ladicte compaignie, de laquelle Dieu scait sy nous avons eu intention de la faire loger pour donner aulcnne fonlle (charge trop lourde) et surcharge à nos bons et loiaulx subjects les habitans d*ieeile lille, r t sy ce a esté à nostre volonté que, pour après y avoir séjourné peu temps, Tea retirer avecq (un mot passé ici sans doute) de marcher, avecq le reste du régiment, do « costé de Poictou où nous dellibérions de nous acheminer bien tost; dont puisque nous soiiimes maintenant divertis par ces Douveaulx mouvemens excités du costé de nostre pais de Picardie, nous persévérons en nostre première résolution de nous y acheminer eu personne incontinent après cestc feste Nostre-Dame, afiin de nous faire rendre par led. duc d'Aumalle et ceulx quy lui adhèrent Tohéissance quy nous estdeube; cependant nous vous admonestons de vous tenir tousjours au debvoir de vostre loiaulté et ad viser à vous conserver, par tous bons moiens, allencontre de luy el desd. adhéraus, à ce qu'ils ue puissent rien entreprendre contre vous à quy nous ne dcffauldrons en tous bons secours, aide et assistance, comme à ceulx que nous avons en singulière recommandation pour leur remarquable loiaulté et Hdellité.— Donné à Paris, le XX' mars 1588, signé Hbmbt; et plus bas: Bbulart ; et à la suscription est escript : A nos très-chers et bien amés les maieur et eschevins de noslre ville d'Abbeville. »
L'Echevinage décide donc, suivant les lettres de Sa Majesté^ que Ton continuera de faire bonne garde « pour prévenir et empescher que soit aulcune chose entreprinse contre la seureté de lad. ville et le service du roy •» Je crois voir qu'on ne tentera rien contre le duc « en attendant que Sa Majesté, par sa venue, y pourra prouvoir, » à moins que le duc ou ses gens ne s'avancent davantage qu'ils ne sont à présent, « auquel cas Ton se deffendra par les voies de la force et hostillité •
Une autre question occupe celte assemblée; on vient
d'apprendre que « M. de Rambures(l), estant au faubourg de'Rouvroy, a arresté ou faict arrester une gribanDe chargée de marchandise^, et a faict rcsponce à celuj quy qn a dçnuipd^ la main-lçvée quMl ne la poj^voit rendre qu'il n'en eust a^vertjr le sieur d'AuroaUe, el qui'iL lurr^steroit tous les basteaux quy viendroient es ceste TÎIle, eto. » -«Oi^ décide que Toii enverra vers le sieur de Rambures pour lui demander la restitution de la gribanne en Tinvitant à ne plus entreprendre rien contre la ville, ou que «* Ton usera contre eolx de voie d*hostilIité- »
On décide aussi que Ton mettra des piques du magasin du roy en tous les corpsde-garde, tant du Marché que des ramparts, et que tous les canons cootenMS sud. nsagasin seront posés « es lieux plus nécessaires pour s'en defTendre davantaige , et que sera prins de la pouMre à canon pour s'en servir à ceste fin. » Od mande donc le gërde des munitions; parmi les ordres qu'on hii donne est celui de délivrer et mettre au corpsde-garde du Marché « jusques au non)l)re de deux cents piques, •• et de délivrer aussi aux maîtres de Tartillçrie « trois caissons de pouldre. »
Vers le milieu d'avril se produit, dans la ville, le premier signe d'une situation que nous pourrons, en raiison d'analogies faciles à saisir, appeler plus tard la terreur; déjà la défiance politique menace des suspects; messieurs du présidial ordonnent dés enquêtes \ des arrestations prochaines sont à craindre.
La conduite du maieur J. Le Roy fut très-belle dans ces circonstances. Sous l'émotion des premières pour*
(1) M. de Rambures^ commanda au faubourg de Rouvrpy peo daiit tout le terp|)s de Toccupation — deux mois et onze jours.
suites, il s'explique, le 12 avril, avec une énergie toutà -fait louable, dans une assemblée composée d'une dixaine d'écbevins. Il a été, le jour même, « adverty, expose-t-il, que plusieurs habitans se murmuroient de ce que monsieur le lieutenant criminel avoit Taict adjourner grand nombre d*habitans pour depposer contre ceulx quy avoient mal parlé de la Ligue, [ce] quy causoit grande division entre lesd. habitans, et qu'a ceste' occasioj:! ils s*estoient transportés ce jourd'buy matin, assistés du4. Gaillard, de Sanson Barenque, eschevins,
encores d,u greffier et de Marin , sergeant à mace,.
par devers led. sieur lieutenant criminel, pour luy faire entendre q^e le roy et madame d'Angoulesme» comtesse de Pontb.ieu, nous avoient cy-devant eacript et corn mandé de tousjours maintenir les habitans en union et concorde pour les raisons qu'il (le maieur) auroit allér> guées aud. sieur lieutctnant criminel , et qu'à ceste occasion il (le lieutenant) ne debvoit faire lad. informatiqn pour l'inconvénient quy en eust peu arriver contre le service du roy ; lequel sieur lieutenant criminel lu;^ aproit fa)ct response que ce qu'il en avoit faict avoit esté h l'instigation du procureur du roy, ne pouvant dénier justice, sa charge estant criminelle, et aultres excuses par luy alléguées* » Le maieur s'était donc transporté immédiatement par devers le procureur du roi, « auquel il auroit proposé pareilles raisons, le priant de nommer son instigateur, ce qu'il (le procureur) n'auroit voullu faire; pourquoy il (le maieur) auroit, de tout ce que dessus, faict faire son procèsverbal, et qu'à ceste occasion il auroit faict sonner la cloche pour assembler messieurs les eschevins, affin de del)ibj§r^r sur led. proc^-verb^L »
La discussion et la résolution qui suivent sont remarquables à plus d'un titre.
« Considéré la conséquence du faict, ladicte information estant ^énéralle, aussy que led. sieur maiecr est advcrty que plusieurs habitans voeullent imputer nous maieur et eschevins, estre instigateurs d'icelle, . .
a esté advisé, attendu la conséquence
du faict» que auparavant rien dellibérer sur icelluj, fii*au cas que lesd. sieurs lieutenant criminel et procureur du roy continussent de faire lad. information, fue messieurs les anciens maieurs seront appelles pour leur en communicquer et, en leur présence, mander lesd. lieutenant criminel et procureur du roy pour les sommer de déclarer Tinstigateur desd. informations', pour, ce faict, adviser ce qu'il se trouvera le plus expédient sur ce faict. »
Cette délibération du 12 avril 1588 ne nous donnetMrlIe pas une bonne idée encore de l'importance des maj^istratures communales, gardiennes de la vie, de la liberté, de la sécurité des habitans de la ville confiée à leur vigilance, à leur devoir, à leur droit de vieille date?
Fort de ses obligations et de son autorité, TEcheviii«ge parle de mander le procureur du roi et le lieutenant criminel pour les sommer de déclarer l'instigateur d'une information ou de quelques commencements de pour- $uile$« Les lK>ur^eoi$ ont encore un peu le sentiment de leur indépendance des douzième et treizième siècles, de ce tcmp$ où sous leur tour, sous leur cloche, dans leur iiKjii^m Ci^mmune, tous les droits seigneuriaux étaient rv^nU. exercés jusqu'à la corde du bourreau; à leurs ^^Ciiv (HHil «Hre encore, les droits de la justice séparée dir Ki^r eche\ina^ par le roi ne sont que des dé-
Qcmbrenients, des distractions de leur propre autorité lemeurée la première» dans leur ville, en antiquité et tn honneur.
Remarquons ménDe l'esprit politique. L'Echevinage îtait, dans cette circonstance, un organe de modération ïl de justice; l'intérêt communal, le vrai sentiment — à «Qvegarder— de l'accord traditionnel demandait en itfet qu'on ne travaillât pas à diviser les habitants, ia*on ne les obligeât pas à déposer les uns contre les lutres.
Le 13 avril, le sieur de Belloy, introduit dans le conseil §chevinal où se trouve le gouverneur de la ville, dit que Sa Majesté Ta chargé de lettres pour le sieur de Huequeville et les maieur, eschevins et habitans d'Abbeville, « et de leur porter parole concernant le faict des troubles et mouvemens de guerre nouvellement excités en ces quartiers. •
Les lettres sont immédiatement lues, ainsi que les mémoires et instructions qui les accompagnent :
« De par le roy, « Très-chers et bien amës, renvoiaut, il y a quelques jours, le secrétaire dn sieur d^Abin yors son maistre qui estoit encores lors à Abbeville, nous luy avons donné des lettres pour vous» lesquelles, ainsy qu^avotis sceu, luy feurent prises etostées avecq celles quy estoient pour sondict maistre, par aulcuns de ceulz quy se sont enlevés en armes es environs de nostre ville d Abbeville à la faveur du duc d'Auinalle; cella est cause que n'ayei reei^u lesl. lettres. Deppuis nous n'avons laissé de penser soi* gneusement de vous et d*ad viser aux moiens que nous pourrions tenir pour vous dellivrer douleemeut de rincommodité que ressentez de Taprochement desd. gens de guerre et vous guarantir de touttes injure et ujoiesté, de quoy vous serez advertis par le sieur de Belloy, nostre conseiller et uiaistre d*hostel ordinaire,