‹ La Ligue à Abbeville, 1576-1594 (volume 5)Chapitre 26 sur 33 · I .al · texte numérisé non relu

I .al

(1) Le registre municipal ne contient aucune des lettres rappelées ainsi.

en délibération et il est advisé que « messieurs les geM du roy et anciens maieurs seront priés d'eulx trouver cejourd*buy, deux heures, au son de la cloche, pour ojr la lecture desd. lettres et entendre la commission des depputés de la ville de Paris; on priera aussi le sieur gouverneur de se vouloir trouver en personne à rassemblée. »

Sur les trois heures donc de relevée, la réunion a lieo. Lecture nouvelle de toutes les lettres est donnée^ puis

Jacques Belle et Nicolas , bourgeois de la ville

de Paris, sont appelés en la chambre où ils exposent « n^avoir aultre charge que ce quy est porté par lesd. lettres, saufd'asscurcr de la part de messieurs de Paris ceulx de ceste ville, concernant le bruit qu'ils ont entendu que Ton fait courir en ces quartiers pour empescher lad. union, que ce n'a esté et n'est Tintention de ceulx de la ville de Paris de la poursuivre pour puis après tirer des villes et communaultés levées de deniers et prests d'avant, mais affin que chacun dresse et apporte ses plaintes et remonstrances particullières pour puis après en estre drossée une queste (1) et la présenter au roy, affin de soullager son poeuple de la foulle (écrasement) et oppression (2). •

On délibère alors, « attendu l'importance et consé-

(l) Une plainte écrite.

(*2) Les actes el les paroles du temps étudié parlent mieux que toutes les remarques de rhistorien, et nous cesserons d^appelerà chaque page l'attention sur tout ce quMI y a de populaire dans le mouvement parti de Paris, de populaire dans la forme et dans le fond. Comme presque toujours, ne résisterons-nous pas à dire, on rend le roi responsable de tout, et quand on Ta mis dans Timpoissance d'agir, on le somme de trouver des remèdes à tout

qaence de la matière, que, avant aulcunes choses oyr, dellibérer et résoudre, copie desdictes lettres seroit envoiée au collège des maieurs de banuières représentant le poeuple, à messieurs de S'.-WIfran pour Testât ecclésiastique, à messieurs les conseillers et officiers du roy, à messieurs les antiens maieurs, à messieurs grainetier et conseilliers, juges et consuls, pour eulx assembler et en conférer en leur chambre, *» afin de rapporter les sentiments et les avis des différents ordres a rassemblée générale des estats (1). »

Jamais, en aucune grande circonstance, le sentiment du pays ne fut plus consciencieusement consulté et plus loyalement demandé.

L'assemblée des états n'eut pas lieu cependant le 24, mais le 25.

L'assemblée est très-nombreuse. On pourrait relever dans le procès-verbal presque tous les noms notables de la ville à cette date Les hommes du seizième siècle ne craignaient ni les réunions nombreuses, ni les discussions publiques (2).

(1) La formule de Tinvitation envoyée aux différeuto corps éUit:

« Plaise à messieurs , eulz assembler en leur chambre

pour conférer sur le contenu des lellrcs de messieurs le prevost fies marcbans et eschevins de la ville de Paris du XVII jour du prient mois de juing V 1111" VIII, dont coppie est cy-attachée, et en rapporter leurs adyis en rassemblée généralle des estats de oeste TÎIIed^Abbevillequy sera faicle pour en dellibérer et résoudre veodredy prochain XXIIII* dud. mois de juing, une heure de reJlevée, au son des cloclies, au grand Eschevinagede lad. ville. »

(3) Le procès- verbal ne donne cependant qu'une faible partie des noms. Il est certain que toute la ville était convoquée: « Après que lecture a esté fidcte k toute rassemblée géBéralle d«

Quatre ou cin^ cents personnes sont accourues au aon des deux cloches; lecture est faite • à toute rassemblée généralle des habitans *» des lettres du prévôt des mar chands et des écbevins de la ville de Paris. Les deoi députés de Paris sont entendus ensuite: ceux de la ville de Paris, disent-ils, <* n'entendent, en ce qu'ils poursuivent et demandent lad. union, obliger les habiUos d'Abbeville à aulcune contribution et levées de deniers ou prests d'avant, seulement que pour Tadvenir nous soions unis avec eulx et aultres villes catholicques eo ce qui concerne l'honneur de Dieu , manutention (le maintien) et defTense de la relligion catholicque, apostolioque et romaine, soubs l'obéissance du roy et pour le repos publicq. »

Nous sommes à l'heure décisive, à l'entrée définitiTC et souveraine de la Ligue chez nous, à un nouveau point de départ des esprits. La résolution la plus grave du temps va être prise. Nous devons, surtout ici, citer scrupuleusement les paroles de l'historien de l'Echevinage.

« 11 a esté dellibéré par lad. assemblée à la pluralité des voix (1) que les habilans de ceste ville d'Abbeville se uniront, tant comme ceulx de lad. ville de Paris et aultres villes catholicques de la province que aultres de ce roiaulme. en requeste qu'ils entendent présenter à Sa Majesté, tendans à la conservation de nostre relligion catholicque, apostolicque et romaine, le service et

habitans de ceste ville où se sont trouvés jusques à quatre ou cinq cens personnes, des lettres de messieurs les prevostdes marcbans et eschevins, etc. »

(1) Ces mots : à la pluralité des voix, ont été ajoutés À la ligne déjà écrite. Y eut-il réellement quelque partage des voix, oi plii;ra|îté signifie-t-il ici votepu jBCclaoïatioB?

é qM nous debrom- h nostre roj trèfr-ebrertien, le bien publient soullagement do paoQvre poeople.

« ËdpoQr dresser le mémoire des remonstraoces et MipplieatioDS Irès-humbles à Sa Majesté) tantipour le îiaict général que >pour le bie» partieillier deceste irille,' toront deppQttés ^ena de conaeiL ,

«£tice tfaicl» » il esl délibéré' encore « qne Foosé Lransfifirtera fvers ceuU de la ville de Paris pour entendre) [>lua pwliouUièrement leur intenlioa et comme ils^ en^ tendent eulx gouverner au faict iféoéral, etc. »•

Pour ce qMi regarde les privilèges et franchises) de «• très humbles requestes et suppliques *• seront préieetées à Sa JUajesté, et • à cest effet » deux députés sont nommés, savoir: le lieutenant criminel et Téchevin Rohault(l).

« Et pour oster toute occasion de division et deffiance contre les habitans, tesmoignons encore nostre fidellité. »

Ici le procès-verbal, assez difGcile à lire, constate qu.e ■ tous les habitans assemblés, ensemble led. seigneur gouverneur, comme led. sieur Bernard, lieutenant gé* oéraL, et Le Roy, maieur, ont solempaellemeot: j et» [lllaoifll^^lent juré par serment, sur le'péril et damp^ nation de leurs âmes, de vivre tous «et mourrr en M'

(f) Cette rédaction pourrait faire croire que les députés envoya directement vers le roi furent MM. Le Boucher et Rohault. Il n*en est rien, Mous voyons plus loin (assemblée échevinale du* 27 juin et assemblée générale du 7 juillet) que les députés qui* allèrent trouver le roi furent les sieurs de Maupia, Gaillard et LejDerio; par contre, nous trouvons (30 juin) que les députéSi; envoyés vers la yille de Paris furent monsieur le lieutenant criminel et Anthoine Rohault. Il s*agit, dans Pextrait que nous ^laircissons, des suppliques à rédiger de concert aveoûi vHle'de Hm au moyen des députés envoyés k PMisM

relligion catbolicque, apostolicque et romaîDe, sont» h seulle obéissance de nostre roy trèschrestien. •

Le pauvre maieur Le Roy ne devait pas sorvivre longtemps à ce serment que, malgré les termes irréprochables, il put regarder comme une trahison.

Le roi avait écrit cependant de Paris, le 22 juin, une lettre de dernière ressource. Cette lettre qu'on peat croire autographe , — elle n'est pas contresignée « — arriya quelques heures trop tard. Le roi avait pourtant fait hâte; sa signature isolée en fait foi :

« Monsieur le maieur, je ne pois assez louer le tesinoigiiai(;e que vous m*ayez rendu vous.... (t) particallièrenient et eeolz de ma viUe d*Abbeville, ainsy qu*il m*a esté rapporté, ayant rejcUé k signer quelque ligue que ceulx de Paris et quelque autre ? Uie vous avoient envoie pour cest cffect, et vous estre mainleoai comme vous faictes très-vertueusement et fidellement en noa obéissance, vous faictes bien paroistre combien tous retena et suivez la trace de Trais et antiens Picars, lesquels ont esté toosjonrs loués d*une très-graude fidcllité et obéissance envers leur priuee naturel et souTerain, comme.... (2) vous n'en porez attendre que très-grande rémunération en Tautre monde, et de vostre roy particullierement, je ne tous diray point que tous et ceux de nadicte Tille conlinuiiez Tostre lideliité, car j'en sois très-asseuré, mais je tous diray seullement que tous aiez plus qae jamais Tœul ouTert à tous opposer aulx artiBces et mensonges de ceulx qui Touldroient soubs beau semblant et faulces persuasions s'attirer la bienveillance de mes subjects, laquelle n'est deube que à moy, priant Dieu tous avoir en sa saincte garde.— De Rouen, ce XXll juing 1588. Ce mot de ma propre main sera pour TOUS dire que tous aiez à faire le contenu d'icelle comme je le promets de Tostre Gdélité ; signé en bas : Henbt; et au dos:

(t) Mot que je ne peux lire.

(S) Mot que je ne peux lire.

A moDtiear Le Boy^ maîeor de ma vilJe d*Abbetille, et aulx esebe- ▼ins de lad. rille. »

Cette lettre arrivait à Abbeville le soir même do jour où nous avons vu prendre des résolutions si importantes (25 juin). Tombant quelques heures plus tôt an milieu même des délibérations, n'eût-elle pu eontrebalaneer Tinfluence des lettres du prévôt des marchands de Paris et l'éloquence des députés de TËchevinage parisien ?

Le lendemain 26, le maire expliquait devant une petite réunion des échevins convoquée par une seule cloche, qu*il avait la veille, sur les sept heures du soir, reçu des lettres du roi. Il a, en conséquence, convoqué la présente assemblée afin de les faire entendre et d'en délibérer. Lecture est donc faite \ mais le gouverneur ne s'étant pas trouvé à la réunion, on advise qu'il sera prié de se rendre à la convocation nouvelle, afin de conférer.

En cette première réunion, le scribe de l'Echevinage remarque que la lettre du roi est sans cachet et fermée « d'un tiret tiré de la marge - de la missive même.

Dans une nouvelle assemblée réunie le 27 juin, ao flOD de la cloche seulement, le gouverneur et H. Bernard, lieateoant général» présents, on lit les lettres du roi datées do 22, et on persiste dans les résolutions prises. La preuve cependant que la lettre du roi arriva quelques heures trop tard seulement, c'est que, lorsqu'on recevra, le 7 juillet, la nouvelle lettre royale du 3 juillet, 00 fera courir après les députés qui sont déjà à Paris pour les rappeler en toute hâte, et que l'on s'empressera encore de satisfaire aux désirs du roi sur quelques autres points. (Voyez plus loin, assemblée générale do Yll juillet.)

On répondra à Sa Majesté, voit^on Aanë la présente assemblée dp "il juin. Les lettres suivantes sont cependant rédigées à Tadresse de M. le prévôt des marchaodi et de MM. les échevins de Paris :

m Hessieiin, noos avons receo vos lettre g psr vos deppitléiél après les avoir oy et leur créance en assemblée gëoéralle te ealats de cette ville quy, à ceste fin, ont été tenus ea VkM eosMiuB, a esté trouvé bon debvoir escripre la présente ponr vous remercier très-affectueusement du bon zelle qu'apporta i nostre relligion creslienne, apostolicqne et romaine, au senrioe dn roy et à rutillitd publicque , ayant de nostre part tODsjoon ircssé nos intentions pour vivre et morîr soubs ung mesme Pies, M» mesme foy, ang mesme roy et mesme loy, à laquelle fin el ces ooQsidératloBS nous avons dellibéré nons unir avttf et avities villes catolicqaes pour la conservation de MMtn «tiKgîoa« le service et fidellité que nous debvons à nostre ray tm-chrrstieD» le bien publicqet sonllagement do paoavrepoeople elavoas deppalé deoz personnaiges de ceste ville pour aller fcn voas aveeq nos méaaoires, affin de conférer et adviser ensesM d<a moiens pour parvenir à nos remonstrances et supplîcattoas Sa Majestés de laquelle nous entendons, voulions et désÂram très-bumtiles subjects et serviteurs, sur quoy nous pitroas Die« vons avoir, messieurs, en sa saincte et digne garde. « ne rCsdwvîMîge d'Abbeville , le vingt-septtesme juing mi €iwi| ces» qvatie-vingu et huict. Vos affectionnés frères et se^ mbles smys, les maienr, eschevins et habitans de la ?ille Càbbevdie! >

Il «si • deilîbéré^ de Tadvis de toute rassemblée, qoe Nkv^as Lebel seignera la présente, en la délibération dm Kstals du<L IXV* juing ( 1). • —Vient la lettre au roi :

^l>UcUrténesort pa»tMle sente de eet extrait pris ditt le

|Mcèa^v«fltel de la léMÎMi de 17 jnin. D'abord, sor le r^siflic

<iMMBMm»l« la iKIre f«e mmbs veaoss de voir est bien datés éi tr, mam ««r im ail «SI «alée da sa. rû les ternies mlsMi ér

« AjAot reccQ vostre lettre do XXII* de « mois, nova afimt fluet assembler en Thostel commun de eeste ville afGn de puMier et faire entendre Tostre volonté et le contentement que montres avoir de nous tous tant en général que particullier, laquelle veue en lad. assemblée et les remonstrances faictes à ce propos par muas maîenr d*icelle vostre ville, il a été advisé sur ce que anieus dîsoîent que lad. lettre n*<stoit contresignée d*nn de vos atcréta|res des commandemens, cachetée de vostre oacbet, ains fermée d*un tiret prins en la marge d'icelle, et qu'il y avoit des ratures en la suscription , que lad. lettre sera représentée à Yostre Majesté avec lesdictes considérations, par maîstre Jehan et Manpin, antien maieur» maîstre Claude Gaillard, premier enehevin, et maîstre Grégoire Le Devin, siéger, quy ont à ceste fin esté A rinstant depputés ensemble pour représenter à Vostre •Majesté ladicte dellibération faicte en assemblée générale de ceste ville, le vingt-ci ncqoiesme de ce mois, portant ce que aurions faict avecq ceulx de la ville de Paris pour supplier trèsbumblement Vostre Majesté, par voies de requestes et très* humJiles supplications, d*avoir pitié de ses paouvres subjeots que nous estimons qu'elle aura pour agréable comme estans faictes pour la conservation de nostre religion apostolicque et vomaine, et qu'elle n'a jamais refusé ny rejette les plaintes et «dmonestaUQUs que luy avons cy-devant addreasées, conuM nussî la protestation faicte par serment solempnel lors de lad. dellibération de vivre et mourir soubs la seulle obéissance de Vostre Majesté, afUn de le tesmoignpr a chacun ot en rendre a^urance à Vostre Majesté, priant Dieu le Créateur, Sire, vous

cet extrait , à Tendroit que nous annotons, nous reportent en arrière au ts. Faudrait-il comprendre : il a été délibéré en rassemblée des Etats du XXV que N. Lebel signera la présente ; on Inen (et plus vraisemblablement): il a été délibéré en celte actuelle réunion du 27 que N. Lebel signera la présente, arrêtée foant à rintention, sinon quant à rexpression, dans rassembWe des Buts du 35?

doBaer es parCuete santé très-longae et hearente Tîe. — Ue Tosire Tille d'Abberille, le XXX joing IM8; tos IrMunUci et tièt-obâasans sabjects et lenriteors, les maieor et etdKfai de la Tille d*Abbef ilie. »

A la soite d'une assemblée du XXX juin, je troa?e un mémoire transcrit alors, mais probablement de rédadiai antérieure; ce mémoire appartient d'aillears néeessairement à la députation qui va trouver le roi avec la lettre (en date du XXX juin) du roaienr et des échevins (i):

« MéMOIBIS BT ABTICLES PABTIC0LUBB8 SDB LBSQOBLS IIOR- SIBDB LB LiBOTBSIAIlT CBIMINIX BT AlfTBOUIB ROBADLT, BSCBBTBI DB LA VILLB D'ABBEVIIXB, DEPPUTB8 PAS ASSEMBLéB DBS BSTAU D^ICBLLB, BEIGLBBONT LA BBQUCSTB BT SUPPUCATION QUB L'OP FBiTBND BSTBB FAICTB A Sa MaJBSTÉ, BT JOINGTB A CBLLE N LA VILLB DB PABIS BT AULTBBS VILL8S CATQLIGQUBS I^E a BOUULMB :

« Premièrement, que tous les habitans de ceste ville d*Abbe> ville désirent et voeullent vivre et mourir en la recongnoissaiiee de Dieu, d'une foy et d'une loy en l'église catolicque, apostolicqae et romaine, soubs la seul le obéissance de nostre roy très-cbrestien, supplient Sa Majesté lès y voulloir maintenir comme oDt laict ses prédécesseurs, et ne permettre en son roiaalme aoltre exercice d'aultre rclligion que de la catolicque, en faisant pugnir et chastier tous hérétiques et leurs fauteurs rigoureusement comme Dieu le commande.

« Que pour I& direction de l'église, les saincts concilies et constitutions ecclésiastiques soient observés, tant pour la collation des bénéfices et dignités ecclésiastiques quy se confèrent à personnes indignes et incapables, la multiplicité de bénéGces eo

(f ) Et c*est probablement pour cela que je ne la trouve transcrite qu'à cette date dans le registre municipal. Très-évidemmeot elle avait été, sinon rédigée textuellement, au moins arrêtée qoaat aux idées dans l'assemblée du 25.

une seule personne contre les saincts décrets et canons de nostre mère saincte esglise.

« Qu'il plaise à Sa Majesté continuer aulx habitans de lad. ville leurs preyillèges et authoritës antionnes, et en ce faisant leur leur laisser Tellection libre des maTeur et escherins et officiers de ad. TÎIle.

« Qo*il luy plaise aussy continuer et remettre le preville^ et exemption de gabelle tant pour lad. ville et banlieue que pour touttes la séneschaussée de Ponlhieu,dont ils ont esté seullement interrompus deppuis Tan Y* LVII, et en conséquence de Timpost

mis sus par teste [? | en lad. conté à la poursuitte et par V

des partisans et officiers, deppuis quatre à cincq ans seullement, et touttes auitres impositions en deppendans abolis et abbattus, et qu'il soit permis de faire scel (sel) au lieu où il s*en est tousjours faict par cy-devant en lad. conté de Pontbieu.

« Que les auitres previllèges de lad. ville et habitans d'icelle, comme la justice civille qu'ils tiennent à tittres onéreulx de Sad. Majesté, provisions d'offices tant pour le faict de lad. justice que

pour et auitres auctorités quelles qu'elles soient, droicts .fii

et prt-villèges antiens dont ils ont joy par cy-devant seignament deppuis quarante ans, leur soient rendus ponr en jouir comme ils soullaient faire par le passé, nonobstant touttes lettres, entreprises et choses à ce contraires.

■ Que les impositions nouvellement mises sus, sçavoir deppuis dix ou douze ans, sur touttes marchandises venans de Flandrei et auitres endroicts du pais bas en la France soient levés et ostés.

• Que tous les imposts de la traicte domanialle, iuiposiiiou

foraine, et auitres en deppendans soient remis à la raison

qu'elles estoient du temps de la première institution d'icelles, et tous nouveaulx offices concernans en faict l'admiraulté et maistrise des ports et auitres supprimés, la justice attribuée aux juges quy en ont eu premièrement la congnoissance et le droict recoeully aux extrémités du roiaulme et non en ceste ville quy en est distante de cincq à six lieues, et en laquelle le traficq est fort empesché par l'incommodité du bureau quy y est de présent.

« Que les tailles, taillon et auitres impositions soient remises

à la mesme ralion qa^dlM estoient>éu temps feu rof Loîi^Mh ziesme, par ce qn^il n'est plus possible aa poeeple la sapportK

c Qae tous offices et estats ériges deppuis Vên V* Ul, tiat^pw la justice, finances comme aultrement, soient suppriasësctiMi.

« Singullieremeot les ef lats de gi^néral sorinlcndiBt esalnl» leor des deniers communs, patrimoniaulx et d^octroy nciawfcment mis sus en ceste profince de Picardie, au préjudice ilà li diminution des deniers et de la fortifficatioii et r^MrsticBéB ▼illes et places d'icelles ;

« Que touttes citadelles et chastèauz estans es nlles soîMt desmolics pour maintenir les cappitaines et gouTemeufs ea psii et union avecq les habitans d*icelles, et que deffSenars fOieH laiotes ausdicts cappitaines et gouverneurs de tra?eîllfr (tn- Tailler, obliger) les paisans d'aller faire garde ausd. ? illei d chasteaulx, ny tirer dVulx aultres services.

« Lesd. deppnttës remonstront (remontreront) que les geuée guerre eulx disans advoués du gouverneur de Douilens et aollra sieurs tenans mesme party arrestent les deniers roiaulx et M exécutter les paisans pour la taille, lesquels d^ailleurs sont po■^ suivis et contraincls par les recepveurs ordinaires, en sorte qae c'est pour veoir inconlim^nt le pais entièreirent desploré et ruynë, le labour et terres délaissées et liabandonnées en frichfs(i)i dont poeult arriver la perte, ruyne de tout le pais.

« Qu'il soit deffendu à touttes personnes de faire anIeuM levée de gens sans commission vallabc et qu'elle ait esté, pitmièrement, commuiiicquée aux gouverneurs et magistrats d«s lieux ou se feront lesd. levées, pour ce que la licence qae se donnent touttes personnes de lever gens a remply le pais de volleurs quy ne fout aultre chose que d'aller de lieu i aoltre avecq toulle impugnité, pillant et ruynant le poeuple avecq plus de rij^ueurs et de cruaulté que ne voudroit faire ang eoneni naturel du pais (2).

(1) Je ne change rien aux constructions, aux accords des noms et des adjectifs.

(s) Cet article, qui n'ajoute qu'une preuve à tant d'autres se-

« Bt sy, oullre les poiiicts devant toticliés, il se présiute aullrc irfbire et difGculté, soit pour le faict gëuëral ou particullier, lesd. dktppattés, avant aulcune chose résouidre ou advancer, en doo- Mroni advis affin d'y prouveoir et en deilibérer en assemblée de cette ville. »

Ainsi, les députés n'avaient qu'un mandat limité, un mandat impératif. Le peuple, en définitive, devait, pour les questions non prévues, décider à Abbeviiie dans une nouvelle convocation des Etats.

Les députés partirent dans des directions difTérentes.

La réponse du roi ne se fit pas attendre une semaine. Le roi, la députation à peine reçue, l'avait chargée d'une lettre, d'une sorte de manifeste qui n'est pas seulequenl adressé à l'tiîchevinage, mais à tous les habitants de la ville, comme en témoigne la suscription :

• De par le roy, m Très-chers et bien amés, nous avons receu vostre lettre du treotiesine du passé, et entendu ce que vos depputës, qiiy en ont esté porteurs, nous ont déclaré de vostre pari sur IVntière affectîoQ que vous vouliez porter à noslre service, saus dcffaillir en riens du debvoir auquel tous bons et loiaulx subjects sont naturellement obleigés envers leur roy, [ce] quy est tout ce que Bons nous sommes tousjours promis de vous, et ne scaurait riens BOUS advenir de plus agréable que de vcoir que vous soioz bien fermes et constans eu une telle résolution, digne de subjectsquy OBt esté de tout temps fort recommandés par plusieurs bons lesmoiguaiges qu'ils ont rendus d'une singulière tidellité à Tendroict de nos prédécesseurs roys, mais nous ne povons vous eéler que nous trouvons de tant plus estrauge et contrait e à cela la dellihération quy a esté prise en vostre as^euiblée de ville, le

dans ce travail même, suffirait à nous donner une id^ de rétat misérable des campagnes désolées par le vagabondage et le brigandage eu armes.

XXV* jour de juing dernier passé, eu laquelle il a esté oondiié que vous vous uuiriez tant avecq ceulz de noslre ville de Put, des aultres villes catolicques de nostre provinoe de Picaiéie que aultres villes de nostre roiauliue, et requeates qu^ils ealMdoient nous présenter et seroient dellégués gens de conseil pas dresser les mémoires des remonstrauces et supplications tièihumbles qui seroient à faire tant pour le faiçt général que poar le bien particulier de vostre ville et de la province, auctoritél, previllèges et franchises d*icelle, quy se transporteroient pv après vers ceulx de nostre ville de Paris pour se confondit ausdictes rejnonstrances et supplications, car en premier Neo, chers e( bi(*n aniés, aultant que vous debvez scayoir quil ne le poeult faire aulcnne union et association entre Doa sufcyecis, bin qu'elle fut nottoirement pour le bien de nostre service et h publicq de nostre roiaulme, sans qu'ils en aient eu une pemiisiou particullière de nous, vous ave^ deu congnoistre que c'emÉ à nous et non à aultres à quy vous vous debviez addresser posr les particullières plaintes ou remonstrances qu'avez à faire soit pour vostre soullagement ou aultres causes , aians assez eHi esprouvé tant par vous que tous nos aultres subjecis, coinbki nous avons tousjours donné d*aise et facile accès à tous cfoli quy ont désir parler à nous (i) et nuus faire leur remonstrance, que nous avons receurs jusques des moindres et plus ioBoifS personnes quand ils nous Ips ont voullu présenter, et y avoos faict la plus giatieuse responce quv nous a esté possible, laqarDf nous vous €'USsions moings desniée que à nuls aultres pour raffpction particullière que vous avons tousjours assez démonstrée davantaige , nous vous dirons que aiant faict convocquer les estats généraulx de nostre roiauluie pour ce quinziesme de septembre prochain, ausquels chacun sera receu à renionstrer et qu'il congnoistra esire du bien général de nostre roiaulme et de son soullagruient particullicr, le temps estoit assez bref pour attendre a faire en cela ainsy qu'il est accoustuuié, sans prendre

(I) Ces mots font naturellement songer aux circonstances de la mort prochaine du roi qui écrit.

ODg dieiiiiD extraordinaire et non usité , lequel tant sVd fault qil*il nous poeult davantaige induin* et inciter à vous accorder vos demandes, qu'au contraire il nous en refroidira plutost; partant nous vous dirons, pour conclusion de ceste lettre, que Toullons et vous mandons, sy vous avez jà envoie de vos depputés aodict Pdris sellon que porte vostre su8d. dollibëration, vous aiei à les révocquer incontinent, en leur contreiuandant de donner aulcuns mémoires ou requestes pour nous présenter, à eealx dod. Paris, ou aulx princes quy se sont ligués avecq eulx, par les mains desquels nous estant présentées, vous pouvez estre asseorés que non seullement elles ne seront pas receues de nous, naîa que noas vous refuserons entièrement tout ce que nous pourries requérir en iceiles pour n'avoir suivy la voie ordinaire el raisonnable qu'sivez deu rechercher en vous adressant directement à nous qui n'avons tant vivement engravé dedans le cœur que la manutention de nostre relligion catolicque, apostolicque et romaine, l'extirpation des hérésies et soullagcment de nos aobjects pour lesquelles choses nous sommes bien dellihérés et witn espargiier de tout ce quy sera en nostre puissance. — Donné à Booeu, le 111* jour de juil'et 1588 ; signé : Hbniy ; et, plus bas: BaoLAaT; et au dos: A nos très-chcrs et bien âmes les uiaieur, escbevins, manaDS et habitans de noslre bonne ville d'Abbeville. »

Le Vil juillet, une assemblée générale a lieu où se trouvent monseigneur de Hucqueville, gouverneur, J. Bernard, lieutenant général, J Le Ho)', maieur, deux dianoinei de Saint-Vulfrau, deux religieux de Saint> Pierre, ks échevins.

Le gouverneur semble présider.

• Led. seigneur gouverneur » explique <* la présente assemblée avoir esté faicte pour oyr le rapport desd. sieurs de Mauppin, Gaillard et Ledevin, depputtés, pour aller vers le ro>, suivant la dellibératiou du XXVil juing dernier, ensemble la lecture des lettres du ro)' adressantes tant aud. seigneur gouverneur que ausd. sieurs

maieiir et eschevîns, en date du III* jour de ce mois, qvy ODt esté à ceste fin représentées à lad. assemblée, par lesquelles Sa Majesté commande que Ton ait à révooqoer les depputés envoies à Paris touchant l'union faide avecq les prevost et eschevins des marchans d'icelle, et que les gentilshommes bons catolicques et non suspectés de la nouvelle oppinion, mis hors de ceste ville, soient receus à y entrer pour y faire leur résidence comme auparavant, comme est plus amplement dédire esdictes lettres cy-a près transcriptes.

«Sur ce, après que lecture a esté faicted^icellesetqoe les dessus dicts ont fait leur rapport, a esté advisé et dellibéré, suivant l'intention de Sa Majesté, queilsen envoie homme exprès vers messieurs les depputés en h ville de Paris, avecq coppie desd lettres, affin de les faire retourner instament pour rendre raison de leur négoliation pour, eulx ois et leur rapport, dellibérersur le faict desd. lettres, et pour le regard des geotilshomines catoliquos et aultros que Ton a faict par cy-devant sortir de lad- ville, qu'il sera satisfaict à la volunté de Sa Majesté, suivant ses lettres adressantes aud. seigneur gouverneur» lesquelles instament luy ont esté rco dues. ••

L'Ëchevinage écrivit donc à ses députés déjà à Paris:

tt Messieurs, deppuis voslrc partcnient de ceste ville, noos avons receu lettres du roy par les depputés qu'avions envoie vers Sa Majesté ; desquelles vous euvoious coppie, ensemble de la dellihération faicte tant sur lesd. lettres que sur le rapport desd. depputtes; à ces causes nous vous prions, instament cfite receue, de vous acheunuer pour vostrc retour, suivant le Toulloir et intention de Sad. Majesté, nous recomniandans à vos t>oooes glaces, pnaiis Dieu vous donner. Messieurs, bonne vie et Icoçae. Vos bien altectionnés amis, les maieur et eschevins de ia riU^

d*Abbf Tille. - Et au dos pst escript: A messieurs les depputtés estaos encore à Paris, ce VU juillet ld88. »

La lettre échevinale fut^ avec la copie des lettres do roi et la délibération • sur ce faicte, » conflée à Nicolas Coullon . sieur de Hanchie,- comme nous le verrons dans la délibération du iH juillet.

Quoi que nous ayons dit plus haut, il nous est difficile de ne pas deviner, dans les circonstances qui précèdent, quelque mollesse de résolution chez H. de Hucqueville. Quant à la mollesse de TEchevinage, elle est partout visible. Comme il arrive souvent en temps de troubles, les esprits étaient, selon toute vraisemblance, à la fois agités et incertains. L'opinion des plus calmes comme des plus passionnés flottait innocemment sous lessouflQes contraires.

Les mois qui viennent, en donnant plus d'accentuation aux événements, nous montreront Abbeville sortie de ses dernières hésitations.

■ot aotieipë sor l'acte de rëanlon — Le sifur de Maroeal Tiont ï Abberille de la part da roi poar • ipliqiier lei troublée et les moyeni d*y remëaier.

— Lettre da roi — M. Deniery envoyé par le roi. — Le roi eonhat eacore rnoion des villes avee Paris. — 11 anoooce les Etats de Blois —Les dëputds envoyés I Paris ont refusé d*obtempérer immédiatement I leur rappel — Délibération sur cette circoostaoce.— Attitude circonspecte de Jean de Vaupin. - Oo enverra de nouveau vers les députés. — L*édit de réunion.

— Retonr des députés —Conduite du roaieur J. Le Roy —Sa lettre à ■. de Belloy.— Elle tombe entre les mains des ligueurs notables de la ville. — Emotion causée par elle. — Assemblée à PEchevinage. — Maladie dn maicur.— U déclare ne vouloir désavouer sa lettre — Assemblée des deni collèges convoqués sans lui et malgré lui — Blâme infligé an maîeor.

— Déelaration d'attachement aux anciens privilèges de la ville et résoluliens prises.

Le mois de juillet, dans lequel nous sommes entrés,

dut, pendant la surprise d'un moment, tirer les Abbevillois d*un grand souci. Le roi signait, au milieu de ce mois, Tacte de réunton. On pouvait donc encore eu taule tranquillité de conscience, sMmaginèrent sans doute, a un éclair joyeux, les naïfs et les crédules, ne pas séparer dans sa foi et dans son amour les sentiments de la ligne dé la fidélité due au roi. Douce quiétude, jouet do premier soufQe !

Mais n'anticipons pas. Les nouvelles ne pouvaient encore devancer le galop des courriers, et. dans le teaipi même où le roi préparait et signait son édit» AbbeviUe, en suspens comme les autres villes de la province de Picardie, en était restée aux émotions de mai.

Le maieur communique le 12 juillet, à rEcherisage, la crédence du sieur de ^aroeul, conseiller en la ocNir de Parlement à Paris (I), et les lettres du roy en dite

(i) La crëdeuce du sieur de Maroeul était datée du XX may :

• Hiiiry, par la gràr»^ de Dieu, ruy i\o Fiance et de Polongnf, à iiostrt* aillé vi fV'al conseiller en iioslre court de Parleiufnt M* Adrien Dudrat, sieur de Maroeul , salut. Nous vous arons depputé pour vous transporter es gouverneinens de risle-dt"- France et Picardie, et faire entendre à ceulx de noslre clergé, noblesse et au I très nos ofliciers, maires et eschevins de nos villes, les occasions des troubles et esniotions quy sont survenus eo nostre ville de Paris et aultres lienlx de nostre roiauiine, ensemble les moiens que nous avons advisë de tenir pour yprouvoiret remédier; à ces causes vous mandons et commettons par ces présentes que vous aiez à cest effect à assembler lesd. du clergé, no'olesse, nos ofliciers, maires et eschevins des villes, soit en général ou conjoincU'ment et sépaiéinent, ainsy que verrex boo estre, pour leur déclarer et faire entendre nostre youlloir et intention , comme de faicl nous avons donné et donoous plaio pouvoir, piiisstnee. aitetorilé et mandemenl spécial, mandons à tous gouverneurs de province, baillif, séoeschaulx, leurs lieute

du XXVIlh jour de may dernier • lesquelles ont esté lues. • On envoie immédiatement vers ledit sieur do Haroeul pour le prier de se présenter au conseil, afin d'exposer ce qu'il a charge de dire de la part de Sa Majesté. Le sieur de Maroeul survient incontinent et dit à rassemblée « i^voir charge de Sa Majesté de faire entendre aulx habitans des villes de Picardie les occasions des troubles survenues tant en la ville de Paria qu'autres lieuU de ce roiaulme et les moiens que Sa Majesté avoit advisé pour y remédier, et aussy que Sa

Majesté désiroit que » (Le reste de la page — lé

quart — et tout le verso sont restés en blanc, attendant la fin de la délibération qui n*a pas été rédigée).

La lettre du roi, comme nous l'avons déjà vu par la date, est bien antérieure au rapprochement sincère oa feiot que devait sceller l'acte de réunion. Le roi avait écrit:

« De par le roy, « Très-chers et bien ainës, oultre ce que vous avez peu cydevant entcudre dt^s choses quy sont deppuis peu de temps adveuues en nostre ville de Paris à no^lre très grand regret* comme nous estimons aussy que tous les gens de bien de nostre roiaulme en portent beaucoup dVnnuy en leur cœur, nous at^oni vottUu despescher es gouvernemens de risle-de-Prahéè èl Picardie

mtis, et toki^ àultres nos Justiciers, officiers et snbjects, de ()uélc(ue quatiitë quMs soient, qu'ils aient, en ce quy en despend, vuUé obéir, donner conseil, confbrt et aide, car tel est nostre plaisir.— Donné a Chartres, le XX* jour de may, Tan de grâce i58S. Si^é par le roy, Bbulabt. »

Dans ces sollicitations de réunions générales ou particulières n'y avait-il pas, outre Tappel du roi à la coniiunce de son peuple, la recoonalssatice forcée du mouvement qoi faisait entrer alors le peuple tout entier dans la participation aux affitires publiques?

k sieur de Maroeiil , coiiteiiter en nostre court de Patlitit, affin de TOUS parler de nostre part sur ce siibjeci cl de fon déclarer ce que nous désirons de tous et de nos aultres baai subjects desd. gouTeroemens, pour Tamoar, affectiou eiobâssauce que nous debvez uaturellement, de quoy vous le croira comme nous-mesmes, quy nous prornettoos qu'en cest endroict TOUS TOUS montrerez sy fidelles et lolaulz que nous auroai toute occasion d'en demeurer très-contans (aie) et satîsfoicts.- Donné à Chartres, le XXVIII* jour de may 1588, signé Hmr; et plus bas: Brulast; et à la suscriptiou: A nos très-cherseC bien amés les maieur, eschcTins, bourgeois, manans et habilaoi de nostre Tille d'AbbcTille. »

Les habitants d'Abbevilie ignoreront pendant plusieurs jours encore les dispositions faiblissantes que consacre Tédit de Rouen, mais déjà le roi, dans Tesprit duquel la revanche des barricades germe peut être, a lancé dans i*hésitation de ses villes le mot des Etats généraux

Ses lettres à dates anciennes, apportées par les moyens

ardifs du teinps« continuent de combattre I union de ses

villes de province avec la ville de Paris. Abbeville, qui

reçoit ces instructions arriérées, tergiverse encore aa

milieu de juillet.

Le maieur explique le 14, à l'Ecbevinage convoqué par la cloche, que, le jour même, à deux heures de relevée, il a été mandé par monsieur Demery, « logé au Géant. •• 11 s'est, dit-il, rendu à l'invitation, et M. Demery lui a exposé « qu*il avoit charge du roy allant en Picardie -4) de visiter ses villes pour faire entendre aux habitans d'icelles le voulloir et intention

(1) Ces mots « allant en Picardie • s'appliquent à M. Demerf lui-même.

de Sa Majesté quy eatoit de n'entrer (1) en aulcune union avec ceulx de la ville de Paris, et que sy Ton en avoit bict aulcunes (2) que Ton eust instament à les révocquer, aussy de ne vouiloir adjouster foy ny crédence à ce que l'on pourroit nous persuader, mesme que Sad. Majesté voQ*loit que ses subjects la recongneussent non-seulle-

ment comme roy. mais par (3), et aussy que aa

volonté estoit que Ton depputa (sic) personnes sans particailités ny pations quy feussent bons catolicques pour rbonneur et advancement de nostre Dieu et bien général de FEstat» pour soy trouver aux estats que Sad. Majesté a ordonné estre tenus à Biois le quinziesme septembre prochain, et que sesdicts subjects congnoistroient combien Sad Majesté désire embrasser tout ce qu'elle pourra de sa part. » Le sieur Demery avait donc été requis par le maieur « de soy vouiloir transporter jusques en la maison commune de ceste ville, affin de faire entendre à l'assemblée ce que dessus. » Le sieur Demery s'était cep( ndant excusé et avait prié le maieur « de le faire entendre en lad. assemblée » — Le maieur avait donc fait sonner la cloche pour délibérer. Mais la discussion, à peine engagée, se trouve cornpliqée par un incident qui grossit les embarras pour les échevius présents.

(1) QuMIs n'entrassent.

(9) Aucunes unions.

(3) Un mot que je ne peux lire. La phrase ainsi tronquée n*est d'ailleurs pas claire. Le sens est-il : S M. veut que ses sujets reconnaissent son intention ou la lettre de crédence du sieur Demery non-seulement comme venant du roi , etc. ; ou bien : S. M. veut que ses sujets le reconnaissent lui-même non-seulement eomme roi, etc. ?

Od annoDoe • à 1 instant » que le aieur de Uancbie (t) est de retour de Paris où il a été député par assemblée des estats pour porter lettres à messieurs Le Boucher, lieutenant criminel» et Anthoine Rohauli, eschevki, « aflBn de instanient, et lad. lettre receue, retourner eà ceste ville pour rendre raison de ce qu^ils a voient charge, suivant le voulloir et intention du roj' (2). Nousaurtoes icelluy sieur de Hauchie envoie quérir, quy seroit conparut Cêie) et nous [auroit] présenté lettres desd. depputtés, dattées du XI de ce mois, par lesquelles ili mandent ne povoir retourner sinon en dedans deaix à trois jours, à raison qu'ils attendoient nouvelles de Sa Majesté pour rapporter chose quy soit au prouflBt de la communaullé; mesme nous auroit dict, icelluy sieur de Hanchie, qu'il avoit faict entendre ausd. depputtés k commandement verbal que luy avions faict , tel que nostre intention n*estoit d'entrer en aulcuoe union; lesquels luy auroient faict response qu'ils n'excéderoieot leurs ménioirt'S vi doinuToient raison de leur voiage lorsqu'ils seroient de retour •

On avise donc, en conséquence de la délibération des estdts du Vll« jour du présent mois de juillet, « qu'il sera surcey (sursis) d't'scripre à Sa Majesté jusques à ce que lesd. depputtés seront de retour, considéré leur bref séjour (3), aitin de sur le tout en escripre et advertir Sad. Majesté plus particullièremeut et à la vérité de ce quy se sera passé. ••

(1) Nicoliis Coullun, sieur de Hanchie.

(2) Le Ireleur dtnt cotuprciidre malgré le rëducleiir des procèsverbaux. L.4's «ii^putés iront reçu aucune charge suivant ie vouloir du roi ; ils doivent nvtMiir au contraire suivant ce vouloir.

(3) C'esl-a dire le peu de tcuips qu'on a encore à les altoudre.

Hais Abbeville rappelle en vain ses députés. Il est évident qu*une fais à Paris, ils ont été attirés par la tournoiement au centre absorbant de la Ligue. Les mandataires ont a lutter contre eux-mêmes pour garder, mal sans doute, la ponsée de leurs commettants. La passion dt^s vainqueurs du 13 mai les entraine; la politique des seize les endoctrine et les retient. Leur lettre datée du XI et rapportée par le sieur de Hanchie annonçait leur retour pour le X.V au plus tard ; ils demeurent eependaut, comme si leurs pouvoirs s étaient élargis d'eux-mêmes et comme s'ils avaient à remplir une mission supérieure à leur mandat révoqué.

Le maieur, ne recevant pas de nouvelles de ces man-* dataires oublieux , patiente trois jours , et se trouve enfin obligé de revenir sur la question laissée en suspens le XIV.

Il expose de nouveau , en assemblée ordinaire au grand Echevinage, le XVlll juillet, la suite des faits: les lettres du roi datées du UH jour du présent mois de juillet et la délibération des états <* du joeudy enssuivaut, Vlll dud. mois^ n le rapport fait par H« Jehan de Maupin, ancien maieur. « de la charge qu'il avoit de Sa Majesté de faire révocquer les depputtés envoies à Paris, ensemble leurs mémoires et requestes sy aulcunes en avoient présentées; » la responsabilité particulière îm posée par Sa Majesté au sieur de Maupin en cas d'inexécution de ses ordres; IVnvoi de Nicolas Cou lion, sieur de Hanchie, » par devers les depputtés avec nos lettres, aflin de retourner instament icelle receue, suivant le voulloir de Sadicte Majesté, avecq coppie des lettres de Sa Majesté et délibération sur ce faicte; «• le retour dod. Coullon • le joeudy Xllll<> de ce niois,avec4 lettres

d'iceulx depputiés conienans que ils dévoient retouroer en dedans trois jours; »- le retard de ces députés aggravé par le bruit commun que, • nonobstant lesd. lettres ds roy, ils poursuivent et négocient avecq ceulx dudict Paris contre le voullnir el intention de Sad. Majesté et de nous quy estoit de retourner instament à lad. lettre recene dud. Coullon. »

On décide que le sieur de Maupin sera • appelle présentement pour iuy faire scavoir ce que dessus et le prier de se transporter jusques à Paris, par devers lesd depputiés, pour leur faire entendre plus particullièrement le commandement que Iuy a faict Sad. Majesté touchant lad. révocquation ••

Mais ici va se dessiner l'attitude expectante ou déjà hostile au roi de Thomme qui représentera bientôt la Ligue à Abbeville, du maicur de 15^8 1589.

J. de Maupin, mandé, discute d*abord les propositions d'une Tiçon qui paraît assez louche, si nous en jugeons par les termes seuls qui nous sont parvenus. Il conteste Topportunité d'un nouveau rappel des députés par uo avis qui peut laisser à ces députes tout le temps nécessaire pour leurs négotiations ou le recueil des instructions de la Ligue Devrions nous cependant nous attachera voir dans ses paroles — dépouillées de leurs développements par l'écrivain de TEchevinage — des subtilités entièrement dignes des gens trop habiles, plutôt que le jugement décisif, Taccent net d un homme qui couperait toute retraite aux subterfuges: Vous avez révoqué vos députes; ils sont désorniais sans pouvoirs. Que vous importe leur absence?

«• Pour satisfaire, dit-il, à l'intention du roy et le coffl-

mandement ex près que messieursGaîllardet LeDevin(l) avoîent recea de Sa Majesté, ils avotent dict par leur rapport que le voulloir de Sa Majesté estoit que Ton révocqua fdcj lesd. depputtés envoies à Paris avecq le mémoire de requestos pour présenter à Sa Majesté, et qu'en ce faisant avecq ce que nous aurions envoie vers lesd. depputtés à ceste fin, il estinioit avoir esté satisfaîct aud. commandement de Sadicte Majesté. Pour ces causes, joinct les soupçons que Sad. Majesté et autres pourroient prendre de luy sur les occasions dud voiage, prie d'en estre excusé. »

L'assemblée accepte, de gré ou non, ces excuses, mais n'en persiste pas moins dans sa résolution empressée aux accommodements. Elle advise que « il sera envoie autre homme exprès par devers lesd. depputtés estaos à Paris, avecq lettres nûssives à eulx adressantes, afiin de retourner instament, sans faire plus long séjour ny attendre aulcune despéche, suivant le voulloir et intention de Sa Majesté portée par ses lettres dont coppie leur a esté envoiée par cy-devant. *•

— Le registre Knit à peu près ici^ le suivant commence au 8 août 1ô8i> (2).

(i) Si nous ne nous en rapportions qu'à l'écrivain de TËchevillage, J. de Maupin s'effacerait derrière les deux autres députés, se retirerait en quelque sorte de la mission remplie près du roi.

(v) Nous ne voyons plus, dans les dernières pages, pour tout dire, que Ventéie d'uoe assemblée extraordinaire, convoquée le XX* jour de juillet, et où se trouvent MM. de Hucqueville, Bernard, Le Hoy, le sieur de Frainez, lieutenant du sieur de Hucqueville. Après tous les noms, une page et demie sont restées blanches, ot rien ne transpire plus pour nous de cette réunion.

Nous ne signalerons pas au XXil juillet une assemblée convo-

Dans cet intervalle du 18 juillet au 8 août arriva évidemment, à Abbeville, la nouvelle ou ledit même de la réunion (I). Dans le même temps, les députés nvinrent aussi de Paris, mais nous ne pouvons voir quelle

qaëe aussi au son des eloches et tenue par-devant J. Bernard, lieiiteDanl-gëDéral, et J. Le Roy, maieur, pour la noiuinatioD àa nouveaux commissaires du bureau dos pauvres.

(i) La nouvelle dut occuper une des assemblées dont ks procès - verbaux disparurent sans doute après ravèoemeot de Henri IV, et qui devaient contenir aussi le rapport des députés envoyés à Paris. Les malhonnêtetés de la prudence sont des enmes qui font souffrir Thistoire

Le registre aux comptes nous conserve le souvenir de la procession et du feu de joie qui fétêreut la publication de Tédit:

« Aux sergeans à masse, pour Tassistance à la procession faicte après la publication de Tédict du roy sur la réunion de ses sujets, fa somme de deux escus, dont appert par leur requeste. vT,

m A Jehan de Bailleul, Jehan du Val et aultres, pour avoirsoMé les cloches de TEschevinage lors de lad. procession, . i**. x*.

Je lis ensuite: u A Mariette F. ... » douze sols pour sep tjarbées desquelles le feu de joye a esté allumé le trentiesnie jour dudict mois de juillet xn*.

« A Richard Robiiques et aultres, brouttiers de la ville, pour

avoir broutté le bois dont a esté (aict ledit feu xv*. ■

— Rfg. aux comptes, 1587-1588.

tt L^édit de réunion, dit Furmentin que nous ne citons qu'es note, n'étant pas absolument sûr de Texactitude de toute ses assertions, f.it registre dans toutes les juridictions royales d'Abbeville; le peuple prêta le snrriicnt avec une joie dont il dooni des marques par des réjouissances publiques.

« Par le traité qui suivit Tédit de réunion, les princes lorrains obtint {sic) pour sa seiireté les villes de Montreuil et de Doulirns; celle de Bue fut coulirmée au duc d'Aumale pour six ans. Belloy, gentilhomme ligueur de ce pays, fut éttbli vn oflico de capitaine du Onitoy dont il av;ii4 été dépouillé pou av.mt. Le duc d'Auifate mit de iioiiibnMses garnisons dans toutes ces villes. » —Pormentm

réoeplioD leur fut faite en l'Ëchevinage et dans la ville, ni quelles instructions ils rapportèrent.

Quand la première réflexion se fut saisie de Tédit de réonion, il fut impossible de méconnaître les avantages immenses acquis par le parti de MM de Guise, ëd ces circonstances, le maieur Le Roy demeura fidèle au prince qui avait autrefois placé, avec des marques si honorables et si ouvertes, sa confiance en lui. Le maieur Le Roy mourut dans cette fidélité qui peut être, abrégea sa vie par les dernières luttes où elle rengagea en l'ex trême fin de sa magistrature, et qui fit, au lendemain même des élections nouvelles, injurier ses funérailles.

Le maieur écrit le iS août à M. de Belloy, maistre d'hostel du roj (1):

« Monsieur, ce présent porteur, mon gendre, s'acheininant en avanl pour aulcuncs de mes affaires, je Tay accompaigné de ceste pour vous faire certain que, tôt le rotour du conseiller Mauppin, et aiant receu les lettres du roy données à Rouen le illl? jour de juillet, icello communicquée et par fadvis de Pas* semblée en obéissant très-humbftentent au voullnir et intention de Sad. Majesté, fut instanient envoie homme exprès en la ville de paris pour rappeler, révocquer et faire incontinent retourner Iç Ueutenapt criminel, avecq deffense de ne faire aulcune union avecq ceulx de lad. ville ny autres; lequel lieutenant aiant receu nos lettres el coppie de celle de Sa Majesté, il ne délaissa à y séjourner huict jours après, | ce] quy nous a Faict doubter que quelque aultre luy avoit cscript lettres au contraire, ainsy que nous avons faict plus particullièredieiit entendre à messieurs Deaiej^y et Dodrat pour en advertir Sad. Majesté Nous remercions Dieu que Sad. Majesté a, par sou édict du diz-uoeufviesme dudict mois, receu son paouvre poeuple à sa uiiséricorde et

(1) Cette lettre est transcrite à la suite de la délibération du XVlll* jour du moisd*uoust.

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