LA FI\ DU CHATEAU D ABBEVILLE
Formentin, qui n'avait sans doute pu lire nos délibérations déjà enlevées, cherche à remonter assez haut dans les antécédents de l'affaire de Hucqueville, et, oubliant le siège de Saint-Valéry, cette première cause de la venue du duc d'Aumale, le voit d'abord appelé chez nous par la nouvelle des intrigues de M. de Rubempré, c'est-à-dire par les rapports du capitaine Grebault montrant le Crotoy et Abbeville sous le coup des trahisons et des surprises - Le capitaine Grebault, dit-il, qui avoit été fait prisonnier en une rencontre avec les gens de Hubempré (1), étant de retour, donna avis au maieur d'Abbeville qu'il avoit vu le roaieur du Crotoy conférer avec celui de Rue, et que l'on parloit publiquement dans Rue des intelligences que Rubempré avoit formées avec le gouverneur du Crotoy. Le séjour de l'armée du duc de Nevers dans les environs de cette place confirma cet avis dont le duc d'Aumale fut aussitôt instruit. A peine le sut-il, qu'il fit entrer quatre cents hommes dans Abbeville, donna ordre au régiment du sieur de Lheure de s'y rendre et aux garnisons de Montreuil, Calais, etc., de se tenir prêtes à marcher au premier commandement. » Et, suivant le même Formentin, le duc d'Aumale, s'étant rendu lui-même à
(l) Grebault avait-il donc été prisonnier deux fois; d'abord après la prise de sa citadelle de Rue, puis à la suite d'une escarmouche en rase campagne? Ce serait bien des captivités et bien des libertés rendues en peu de temps. Formentin ne donne pas assez de dates précises.
Abbeville le ï<) décembre (l), • au moment qu'on l'y attendoit le moins, » apprit alors - il y a là quelque oubli ou quelque distraction de l'historien, — par le maieur Josse Beauvarlet , « les desseins du duc de Nevers et de Kubempré sur Abbeville et sur le Crotoy, et les intrigues qu'ils avoient avec le baron de Pont- Saint-Pierre et son fils ('2). »
Suivant Waignart que j'aime mieux croire, — bien qu'il se trompe aussi, dans Y Exemplaire abrégé du moins, sur la date d'arrivée du duc d'Aumale à Abbeville (3), — ce serait le duc lui même (4) qui rapporta aux habitants « que Grebault, estant prisonnier à Rue,
(1) Nous avons vu, par nos délibérations mêmes, que le duc d'Aumale était arrivé à Abbeville le 1" décembre, qu'il y était encore le 12, le 18, et qu'il y passa probablement tout le mois de décembre et une grande partie de janvier.
(2) Formentin, on le remarquera, fait du baron de Pont-Saint- Pierre, gouverneur du Crotoy, le père de M. de Huequeville, gouverneur d'Abbeville, taudis que Waignart nomme frères le» deux gouverneurs d'Abbeville et du Crotoy.
(3) « Le duc d'Aumale, dit Waignart, arriva quelque peu de temps avant Noël à Abbeville, rapporta que Grebault estant prisonnier a Rue, etc.
(4) Le duc, désirant s'emparer du château, était, pour le besoin de sa cause , le plus intéressé à la dénonciation de Grebault. Les habitants, eux, désiraient la démolition du château , la réunion à l'Echevinage du gouvernement militaire d'Abbeville, mais M. de Huequeville paraît toujours en somme avoir été aimé et estimé d'eux. Sangnier d'Abrancourt, tout en reconnaissant M. de Huequeville pour « homme de bien, » pense comme Formentin, et, après avoir rappelé le soupçon d'intelligence « avec ceux du parti contraire, » il ajoute: « les bourgeois d'Abbeville, sur ce soupçon, allèrent en avertir le duc d'Aumale, gouverneur de Picardie pour la Ligue, qui était alors à Abbeville, » etc.
avoit veu et ouy pratiquer le seigneur de Hucqueville avec le seigneur de Rubempré son nepveu, pour remettre les ville et chasteau d'Abbeville et Crotoy entre les mains du roy de Navarre ; qu'il falloit adviser des moyens pour les retirer de ses mains et les mettre entre les mains des gens de qui on se peut refier et bons serviteurs de la saincte Union. 11 avoit l'ait venir au faubourg de Rouvroy un régiment de Lorraine et un bon nombre de gens de chevaux, pour loger ceux-ci dans la ville et les autres au chasteau. Le duc envoya quérir le gouverneur et lui dit ce que dessus, ce qu'il dénia. Le duc [le] luy fit dire par Grébault (homme de néant et qui ne faisoit la guerre qu'au païsant et à la vache), ce qui fut dénié par ledit sieur de Hucqueville. » Ces dernières lignes de V Abrégé de Waignart ne sont probablement que le résumé des démarches, des discussions, des actes plus amplement exposés dans le grand exemplaire du même historien (1).
« La veille du jour de Noël (2), le duc d'Aumale manda
(1) Je vais m'attacher ici à la lecture de ce grand exemplaire. Toutes les formes du procès-verbal se reconnaîtront encore dans le re'cit que je reproduirai avec un respect scrupuleux, les pages de Waignart étant elles-mêmes vraisemblablement ici, dans la re'duction qui appartient à l'historien, tout ce qui reste mainte nant de nos délibérations à cette date.
(2) « La veille de Noël, lie duc d'Aumale, qui voulait loger Belleglise (du Hamel de Bellenglise), deslogé par le sieur de Rubempré, » dit l'exemplaire abrégé de Waignart. Je combine parfois, selon les détails, l'exemplaire abrégé et l'exemplaire complet de notre historien. Je vais suivre ici l'exemplaire complet qui me semble bien avoir conservé de longues parts des délibérations qui nous manquent. Cet extrait de Waignart est une véritable résurrection de pages perdues de nos registres échevinaux.
le sieur Beauvarlet, maieur, lui recommanda de faire bonne garde ; que l'ennemi étoit proche avec son armée; quec'étoit chose certaine, comme il avoit plusieurs fois adverti le corps de ville, qu'il y avoit entreprise sur Abbeville, et que, n'eust esté qu'il craignoit d'esbranler les habitans de la ville, il en eust envoyé dehors Madame sa femme avec ses entants ; enjoignit à ceste cause de bien prendre garde à la ville et de l'aller retrouver delà pendant deux heures, et qu'il toucheroit plus particulièrement quelques faicts de ladicte entreprise.
« A quoi obéissant, assisté de Simon Belle le jeune, eschevin, et de Nicolas Gruel, sergeant à masse, l'alla de rechef trouver en son hôtel, et, entré au cabinet, y trouva messire Pierre de Roncherolles, chevalier, baron du Pont- Saint Pierre, seigneur de Hucqueville, gouverneur des ville et chasteau d'Abbeville, le sieur baron de Hucqueville son frère, gouverneur du Crotoy, les sieurs de Frucourt (l), Greboval (2), de la Chaussée, de Poutraincourt(3) et autres gentilshommes, en la présence desquels ledit sieur duc estant entré, s'adressa auxdits sieurs de Hucqueville frères et leur dit qu'il estoit adverti de bonne part que ledit sieur de Hucqueville,, gouverneur d'Abbeville, estoit entré plusieurs fois en conférence avec le sieur de Rubempré son neveu, gouverneur de Rue pour le roi de Navarre, sans sa permission, et qu'il estoit d'accord avec luy pour ladite place, n'attendant, pour se déclarer, que l'entre
(1) Frucourt-Montomer, d'après Waignart même.
(2) Gronche-Greboval. — Waignart.
(3) biencourt-Poutraincourl — Waignart.
— mù —
prise d'Abbeville fut exécutée; pour laquelle empêcher ledit seigneur duc fit aussitôt commandement audit gouverneur, pour l'asseurance de la ville, de luy re mettre le chasteau entre les mains, et, sur son relus, lui dit que, faute de ce faire, il feroit mener le canon devant; luy disant en oultre, et audit sieur son frère, que tant qu'ils seroient justifiés des cas dessus dicts, qu'ils demeureroient prisonniers, à ceste fin les bailla en garde au capitaine Castille, sergcant major du régiment du sieur de Leure, logé à Rouvroy ; ce fait, ledit sieur duc sortit de son cabinet avec les sieurs susdits et commanda au sieur maieur de le suivre en l'hostel de ville, et là, faire assembler les anciens maieurs et eschevins pour leur faire entendre sa volonté. Iceux assemblés avec grand nombre de peuple, leur dit que le sieur de Hucqueville avoit prouesse de rendre le Crctoy au roi de Navarre silost que l'entreprise de la ville d'Abbevile seroit exécutée, ne voulant se déclarer auparavant, de crainte que l'on ne fit tort au sr du Pont-Saint Pierre son frère, gouverneur d'icelle, rapportant plusieurs indices et présomptions à cest effect, comme les conférences dudit Sr de Hucqueville avec le Sr de Rubempré, le long séjour du duc de Nevers à l'entour de ladite ville d'Abbeville avec l'armée du roi de Navarre qu'il y entretenoit sans faire aucun effect; les advertissements qu'il recevoit de toutes» parts que la ville étoit vendue et se devoit livrer par les plus grands ; pour lesquelles choses il avoit fait arrester lesdits Srs frères et vouloit, par mesme moyen, s'asseurer du chasteau d'Abbexille, et, à ceste fin, 3 avoit envoyé les Srs de la Chaussée et d'Ecle et le capitaine Castille par devers le sieur de Trames, lieutenant dudit
Sr de Hucqueville, gouverneur, lesquels rapportèrent que ledit sieur de Frames avoit faict respondre que lorsque ledict Sr gouverneur duquel il estoit lieutenant seroit rendu audict chasteau et luy commanderoit de rendre la place, qu'il le feroit et non autrement. Cependant le capitaine Grebault , arrivé à l'hostel de ville, rapporta qu'estant prisonnier en la ville de Rue, il avoit entendu le sieur du Chenet, maistre d'hostel du S«r de Humières à son retour du Crotoy à Rue, que Ton pouvoit bien asseurer du Crotoy pour le roy de Navarre, mais qu'il falloit attendre qu'Abbeville eut joué ses jeux, parce qu'auparavant cela ledit gourverneur du Crotoy n'eustosé se déclarer; adjoustant ledit Grebault plusieurs particularités, comme la communication du gouverneur du Crotoy en la ville de Rue et autres, confirmées par plusieurs assistants. Ce qu'entendu par ledit Ssr duc, dit que sa volonté estoit le chasteau luy estre rendu, le laisser en la garde des habitans, ordonnant d'en députer aucun vers ledit Sr gouverneur afin de faire commandement audit Sr de Frames de remettre ledit chasteau.
- Pourquoi faire s'acheminèrent Kstienne Liault , Jacques Briet , eschevin , et Me Grégoire Le Devin , siéger de ladicte ville, lesquels, à leur retour, rapportèrent le brevet dudit sieur gouverneur, adressant audit sieur de Frame pour la remise du chasteau entre les mains des maieur et eschevins; lequel vu par ledit sieur duc, dit qu'il vouloit qu'il fut remis (1) entre ses mains, pour puis la bailler (2) aux dits maieur et eschevins, en-
(l) Que le château fut remis s;ms doute. (*2) Eu l'ailler la remise.
joignit aux dits Liault, Briet et Le Devin, y retourner. Ce qu'ayant faict, ordonna audit sieur maieur aller au chastec.u avec une compagnie de cinquantiniers de la ville, pour la faire entrer ( I) sous la charge d'Antoine Rohault, premier eschevin. Ledit sieur maieur s'y étant acheminé, trouva le sieur d'Ecle, avec sa compagnie, près le pont de Richebourg, duquel lieu ledit sieur maieur fit avancer deux des compagnies de la ville, pour aboucher led. sieur de Frames et lui présenter le brevet du gouverneur. Lequel dit qu'il estoit prest de remettre le chasteau, pourvu qu'il sçùt que ledit sieur gouverneur n'eust esté forcé de faire ledit escrit, requérant que ledit sieur gouverneur luy envoyât quelqu'un des siens pour l'en acertainer, ce qui luy fut accordé soubs le bon plaisir dud. seigneur duc -, lequel manda le maieur et luy dit qu'il venoit d'avoir advis que les garnisons de Calais et de Boulogne estoient avancées jusques à Rue (2), et qu'au plustost ledit sieur de Frames eut à sortir ou qu'il feroit forcer la place avant qu'il fut plus tard , commandant au sieur de Richomme d'apprester le canon ; cependant le sieur gouverneur envoya le sieur de Rougemont, l'un des siens, pour dire au sieur de Frames qu'il sortit; lequel, de ce sommé, requit, auparavant ce faire, que ledit sieur gouverneur et son frère fussent baillés en garde aux
(1) Pour faire entrer cette compagnie dans le château sous le commandement d'A. Rohault, à qui la garde du château appartiendra.
(2) Les garnisons de Calais et de Boulogne étaient royalistes. Le duc d'Aumale cherchait à épouvanter les habitants d'AI>beville par la nouvelle de la jonction de ces garnisons avec celle de Rue.
habitans et tirés des mains des soldats qui le gardoient, ce qu'on fit savoir audit seigneur duc, qui s'estoit luimesme avancé en la rue de la Pointe , proche du chasteau, et auroit dit qu'il bailleroit moitié soldats, moitié habitans, et vouloit que sans délai davantage ledit sieur de Fraises rendit la place ou qu'on la forçât en toute diligence, pour ce que la nuit approchoit et que ceux de dedans ne demandoient qu'à gagner du temps, que le danger y estoit grand, et qu'il en vouloit délivrer la ville, et pour la conservation d'icelle foudroyer le chasteau et le mettre en poudre, demandant à ceste lin luy estre préparé un picq pour par luy-même commencer le premier à le démanteler. Ce qu'on fit entendre audit sieur de Frames, lequel instamment sortit avec Madame Charlotte de Mouy, femme dudit sieur gouverneur, ensemble les soldats et mortes-payes; lesquels sortis, seroit entré ledit Rohault avec la compagnie des cinquantiniers pour ce députés. Ce que rapporté au duc, dit qu'il se contenteroit, et que les sieurs frères fussent gardés par les habitans avec le capitaine Castille, auquel il commanda les délivrer au sieur maieur, comme il fit, et ils furentconduits en l'hôtel de Rubempré, où leur fut baillé garde bourgeoise. « Le jeudi suivant, fête de saint Ivstienne, lendemain de Noël, le duc commanda au maieur de se trouver en la maison de \ille, de faire sonner les cloches afin de convoquer les habitans pour ce qu'il y avoit quelque chose à leur proposer (l), ce qui fut fait; et le duc y
(1) "Waignart nous donne, en son Exemplaire abrégé, quelques autres explications bonnes à conserver:
« Le duc d'Aumale, voyant son entrepiise faillie, » c'est-à-dire n 23
estant arrivé avec une longue suite d'habitans, leur dit que ce qu'il avoit exécuté le mardi précédent estoit pour le bien et conservation de la ville, et qu'il ne s'estoit en cela proposé autre chose que le bien public, pour sauver tant de gens de bien qui estoient en la ville de longtemps menacés par l'ennemi ; que toutes-
qu'ii ne pouvait garder le château pour lui-même, « assembla le corps de ville et proposa, pour le service de la saincte Union et conservation des habitants, d'abattre le chasteau, ce qui fut accepté par les habitants. Le lendemain de Noël, jour de saint Estienne, le seigneur de Hucqueville fit sortir tous ses meubles; le duc d'Aumale s'y transporta et, avec un picq, donna un coup contre la muraille qui fut aussitost suivi par les habitans qui y estoient, et, en moins de huit jours, fut rendu en la forme qui est de présent. Le comble du grand corps de logis fut donné aux pères Minimes qui en ont fait leur librairie; le Pont des Prés, le Moignelet et autres corps-cle-garde furent mis à sec des bois dudict chasteau qui avoit esté basti par Charles duc de Bourgogne en Tan mil CCCCLXXI, loisque le comté de Ponthieu et les terres sises sur la rivière de Somme luy furent baillées par engagement pour dompter les habitans qui ne le vouloient recognoistre. Ainsi ledict chasteau n'a duré en sa perfection que CXX ans. Le duc de Mayenne envoya à Abbeville quelques commissaires pour purger le sieur de Hucqueviile des cas qu'on avoit mis sur luy. » Ce dernier, « voyant qu'il n'avoit plus de lieu fort pour se retirer, transigea avec les niaicur et eschevins et habitans de la ville pour le gouvernement, moyennant trois mille écus qui luy furent baillés comptant et quatre autres mille écus qu'ils constituèrent sur Phostel de ville moyennant mille livres de rente (1). En démolissant ledict chasteau, fut trouvé ce quatrain gravé dans une pierre :
L'an mil quatre cens soixante et unze
Moy Charles duc de Bourgongne
Ay ce chasteau icy mis
Au despit de mes ennemis, h
(i) Voyez plus loin les négociations pour ce marche.
fois on faisoit courir un bruit tout contraire à son intention, tel, qu'il s'en vouloit emparer et y loger trois cens Espagnols comme l'auroit rapporté le capitaine Sarragosse le bruit en estre déjà assez commun, et que, pour faire preuve du contraire et que, comme gouverneur de la province et comté de Ponthieu, son principal soin estoit de conserver la ville et tous les habitans et osier toutes les deffîances que l'on auroit du chasteau, il estoit prêt de le desmanteler (I), et avoit, à ceste tin, fait faire un picq pour y commencer lui-même et estre suivi des habitans; ce qu'iceux auroient requis vouloir exécuter avec une grande acclamation ; et s'estant ledit sieur duc levé et s'avançant de sa place, le sieur de Hichomme luy présenta un picq, lequel, tenu par ledit sieur duc, dit tout hault: avec ces armes je veux combattre le chasteau; et, ayant dit que chacun le suivit, rendit le picq au sieur
(l)Dom Grenier, fouillant, commentant et critiquant Rumet, dit: « Le surlendemain de Noël de l'an 1591, le corps d'Abbeville, sur les ordres de Cbarles de Lorraine, duc d'Aumale, lit démolir le château d'Abbeville. Cet ordre e'toit bien agréable; c'étoit l'une des conditions que l'on avoit exigées à Abbeville pour embrasser la Ligue (je n'ai vu cela nulle part). Rumet ne dit jamais un mot de cette malheureuse conspiration (la Li^ue). Il remarque, a cette occasion, qu'il y avoit alors dix princes de la maison de Lorraine, portant le nom de Charles. Il fait aussi le dénombrement de plusieurs châteaux qui étoient en Poutliieu: le Crotoy, Pmcat, Yaucourt (il faut lire Eaucourt, — Eaucourtsur-Soiiune), Pont-de-Remi, Mareuil, Long, Viilers-sur-Aulhie, Nempont, Hiermont, Senarpout, Huppy. 11 y en avoit déjà qui avoienl péri par les guerres, comme ceux de Crécy, de Wabeu, d'Airaiues. » — Dom Grenier, tome 90, paquet XIV. — Les châteaux de Ramburcs , les tours de Plouy-Domqueur , du Quesnoy, sont oubliés dans cet extrait.
de Richomme qui l'avoit apporté sous son manteau, et instamment le duc sortit de l'Echevinage avec plusieurs gentilshommes qui l'assistoient , suivi d'une infinité de peuple qui y couroit de toutes parts, et, arrivé au chasteau, rompit et abattit quelques pierres avec ledit picq (que quelqu'un de la compagnie avoit soudainement tait enrichir de velours vert avec un passement d'argent sur le manche et argenter le fer, co:rme il se voit en l'argenterie de la ville), disant que l'on continuât, en conservant néanmoins les meubles du gouverneur et de ceux de sa maison, recommandant particulièrement les belles et riches tapisseries de Madame la duchesse douairière de Guise qu'elle avoit mises en garde en ce chasteau , lesquelles souloient auparavant estre au chasteau d'Eu. Ce fait, entrèrent quelques ouvriers dans le chasteau qui continuèrent, avec les habitans, la démolition de ce lieu. » Ici se trouvent relatés les emplois divers des matériaux tirés du château.
« Pendant la démolition, le maieur, assisté de plusieurs eschevins et notables bourgeois de la ville, se transporta par tous les endroits du grand et petit chasteau, lesquels il trouva torts et remparés contre la ville, et à l'ouvert et désemparés contre le dehors en beaucoup de lieux, signament le petit chasteau, la muraille duquel estoit toute rompue et sans courtines du costé du fossé, et à laquelle on pouvoit approcher à pied sec ; et la fermeture dudit petit chasteau, contre le rempart de la ville, estoit rehaussée et percée de crénaux , comme aussi estoit le hault d'une grande casematte s'étendant le long du fossé dudit petit chasteau du costé de la ville. Se trouva aussi un huis
couvert et caché de sable, par lequel on descendoit du petit chasteau à la rhière; comme aussi se trouva, en dessoubs de la gallerie du grand chasteau, une autre descente à la rivière soubs la fermeture d'un huis bardé de fer, comblé de sable par le dehors jusqu'à la moitié; et en l'éperon, derrière ledit château, un trou ou casemate regardant sur la rivière, les crénaux de laquelle étoient reserrés de briques , à laquelle casemate on pouvoit venir du dehors de la ville à terre terme le long du bastardeau et, par le crénau, entrer sans aucun empeschement. Au-dessus duquel bastardeau paroissoit un chemin frayé, par lequel ceux du chasteau souloient en sortir et y rentrer avant que la muraille ou courtine de briques , peu auparavant faite , fût relevée, car elle l'estoit lors et depuis environ un mois seulement. Tout le surplus du chasteau, courtines, tours et forteresses contre la ville , estoit fort bien fortifié et entretenu; même la porte du pont (audessoubs) de la chambre dudit seigneur gouverneur, maçonnée par le dedans, sauf un étroit réduit pour aller et passer au guichet de ladite porte qui ne pouvoit estre forcée du pétard. » — Waignart, exemplaire non abrégé.
De la plupart de ces remarques, il n'eut pas été difficile de conclure, ainsi que semble l'insinuer l'historien, aux intentions suspectes de M. de Hucqueville.
« Le pic du duc d'Aumale, ajoute Sangnier d'Abrancourt, est encore conservé dans les archives (sic) de l'hôtel de ville. »
Après avoir rendu inoffensif !e château d'Abbevillo, le duc d'Aumale voulut ne garder aucune inquiétude du côté du Crotoy. Le duc de Nevers s'étant éloigné de
cette place, nous dit Formentin, à cause du froid plus vif sur la côte, « le duc d'Aumalc envoya quelques compagnies du régiment de Lheure s'assurer de cette ville et du château. » Je cite toujours, je ne garantis pas. « Quelques compagnies » me paraît beaucoup.
Serait-ce alors que le château du Crotoy fut commis à la garde du capitaine Brailly-Cornehotte?
Nous touchons à la fin de l'année et nous ne pouvons rejeter plus loin un témoignage (!) qui atteste, au milieu de ces mouvements de guerre et de politique, le bon accueil l'ait aux personnages d'autorité qui avaient part à ces événements ou qui maintenaient l'esprit public en confiance et en vigueur.
Le duc d'Aumale se dispose à reprendre Saint-Valéry. — Approche du duc de Parme. — Saint-Valéry repris. — Soins pour la conservation de celte place. — Certilicats de religion. — Le duc d'Aumale demande de l'argent à Abbeville. — Fournitures pour l'armée qui va au secours de Rouen. — Lettres du duc d'Aumale touchant le commerce de la ville. — Opérations militaires du duc de Parme. — Une compagnie en gage. — Le duc de Parme désire emprunter de l'argent dans la ville. — L'Echevinage le seconde en engageant pour lui, sous condition, la garantie du corps de la ville.