‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594Chapitre 11 sur 14 · SAINT-VALERY REPRIS · texte numérisé non relu

SAINT-VALERY REPRIS

Le duc d'Aumale va se sentir plus libre maintenant pour agir, pour porter sans inquiétudes ses efforts du

(1) A Jehan Violette, marchant, demeurant en lad. ville (d'Abbeville), la somme de soixante-douze esctis cinquatile-deux sols, pour avoir fourni et livré le vin pre'senté au nom de la ville à plusieurs seigneurs et personnes d'autorité quy auroient survenu

côté de Saint-Valéry. Les moyens d'action réunis sous sa main doivent être assez sérieux. La ville, pendant les trois semaines si bien remplies, mais dont la trace a disparu de notre registre, n'a cessé de s'approvisionner, de s'armer, de laisser pénétrer, d'appeler même, contre toules ses habitudes, des soldats dans ses murs (1). Des revues de compagnies ont été passées (2). L'entrée en France du duc de Parme , qui devait apporter en notre pays même un si grand appui aux ducs de Mayenne et d'Aumale, était annoncée depuis longtemps. Dès le 17 décembre, le roi en avertissait le duc de Nevers à qui il écrivait encore le -1er janvier du camp de Darnetal (près de Rouen), en le prévenant de la marche de ses ennemis espagnols : « Mon advis est qu'ils prennent le chemin de Amiens, Abbeville et le Crotoy; deux jours nous en feront sages. » — En

et passé par icclle depuis le vingt -qnatriesme jour d'aoust Ve quatre-vingts et unze jusques au mois de janvier ensuivant; ordonnance du seiziesme jour dud. mois de janvier Ve quatrevingt-douze, Cy LXXIIe,c lu'. »

— Reg. aux comptes, 1591-1592.

(1) « A Simon Belle le joeune, la somme de trente-quatre escus vingt sols, pour son remboursement de pareille somme par luy fraiée pour rentretenement et nourriture de vingt-cincq soldats que l'on auroit faict entrer du plat pays en lad. ville pour la conservation dMcelle, sur ung mauvais bruict, dont appert plus particullièrcment par ordonn. du 20 janv., cy. xxxiiii"c xx\

« A Jehan Gourdin, marchant, demeurant en lad. ville (d'Abbeville), la somme de cincq escus vingt sols, pour pouldre à canon de luy achettée; ordonnance du 21 janvier, cy. v"c xx\ »

(2) o Aux sieurs Deslincourt et de la Fontaine, commissaires et contrôleurs, pour avoir faict faire les montres aux compagnies, la somme de vingt-trois escus vingt sols ; mandement du <> janvier 1592, cy xxnT". »

attendant, nous voyons Saint-Valéry occupé presque en sécurité par les reitres.

Dès les premiers jours qui ont suivi Noël, dans les premiers jours de janvier à coup sûr, le duc d'Aumale a tenté contre eux une première entreprise qui a échoué (1).

Une seconde tentative fut plus heureuse, et le duc d'Aumale reprit Saint- Valéry le 12 janvier.

Le duc de Nevers, selon ce que je vois d'abord dans dom Grenier, avait laissé à Saint- Valéry « une assez bonne garnison de Français et d'Allemands, mais ceux d'Abbeville, par la main d'un certain capitaine (2),

(1) Seul, notre registre aux comptes nous indique celte entreprise :

« À Pierre Qoiret, Simon Sauvage et aultres charpentiers, la somme de douze escus, pour s'estre acheminés à Sainct Vallery pour une entreprise faicte sur lad. ville par Monsr le duc d'Aumalle; ordonnance du 6 janvier, cy xu"c.

« A Laurens Gernoys, Pierre Sonneur, François , Philippe Mon'l, François Artus et aultres gribenniers, la somme de soixante-douze escus, pour avoir mené dans douze gribeunes led. sieur d'Aumalle et plusieurs gens de guerre pour l'entreprinsede Sainet-Vallery ; ordonnance du 8 janvier, cy lxxii"\

« A treize manouviiers employés à porter, la nuiet, des escheiles pour l'entreprinse de Sainet-Vallery, la somme de dix-sept escus vingt sols; ordonnance du 13 janvier, cy. . xvif" xx*.

«A Quentin Becquect, marchant, demeurant en lad. ville (d'Abbeville), la somme de dix-huict escus, pour picques, hallebardes et aultres armes et munitions distribuées par l'ordonnance dud. sieur d'Aumalle aux gens de guerre envoyés à quelque entreprinse, sellon qu'il est déclaré par ordonnance du quiuziesme jour de février, cy xviii*". »

Cette dernière note n'est pas très-explicite et je ne la rapproche qu'en hésitant des précédentes. Les termes, la date même du paiement donnent à penser.

(2) Il y a là, sur le grade de l'officier qui ouvrit le château.

étant entrés par le château le vingt-deux (1) du mois de janvier, reconnurent la ville pour les ligués. » — Mémoire sur les événements militaires concernant la vVle de Saint- Valery. — Dom Grenier, paquet 4, art. 4. — Mais un document précieux, que nous communique M. Demarsy, nous donne la date, un peu antérieure, du 12 janvier. Ce document est une gravure allemande, sur cuivre, représentant la prise même de la ville. Nous avons sous les yeux, dans cette gravure, les fortifications principales, les murs, une grande rue, quelques autres perspectives , enfin le combat, ou plutôt le massacre, — exagéré sans doute par l'artiste. Je ne sais , en effet, à quel point on peut se fier à la représentation des lieux ou aux détails de l'action, mais, à défaut d'autres renseignements topographiques ou historiques du temps, ce document unique (2) mérite d'être curieusement examiné et consulté. En haut , dans le coin gauche de l'estampe, nous voyons le' château par lequel pénètre le parti opposé d'Abbeville, château qui paraît

erreur du Mémoire conserve' par Dom Grenier. Le roi écrit luimême de Gournay, le XVIII janvier au duc de Nevcrs :

Saint-Vallery est perdu par la trahison d'un

sergent et de quelques soldats qui estoient de la Ligue et s'estoient fait enrooller aux compaigne'es faictes pour ladicle garnison, en espérance de faire ladicte trahison. »

(l) Il y a là, sur la date, une autre erreur du même Mémoire. Tous les témoignages de nos registres, la l< ttre même, citée plus haut, de Henri IV, la légende de la gravure allemande que nous allons interroger, nous montrent bien Saint-Valéry retombé au pouvoir de la Ligue dans la première moitié du mois. La gravure qui précise dit le 12.

(v) Le seul exemplaire connu jusqu'à présent est celui que possède M. Demarsy.

carré, avec une cour intérieure et quatre tours aux angles. Les ennemis (les ligueurs), traversent cette cour intérieure en courant et se précipitent dans une rue que les plus avancés remplissent déjà ; les uns tirent des coups de feu, d'autres frappent, avec des épées et des pertuisanes, des gens en fuite ou déjà renversés. En bas, dans le coin gauche, un homme et une femme, poursuivis par des soldats, s'échappent avec terreur d'une maison. — L'estampe tout entière a un peu l'aspect d'un plan en relief; les murs de la ville courent dans le haut. Dans ce cadre de la ville du seizième siècle, s'agitent, tuent, fuient ou tombent cinquantequatre personnages, grands ou petits. Au-dessous de la gravure, qui devient ainsi pour nous un bulletin militaire de 1592, est une légende en douze vers allemands, dont voici la traduction :

« Valéry sur la Sonn (1).

« Le duc de Nevers s'est emparé de la ville de Valeri sur la Sonn. Après l'avoir bien garnie de soldats allemands, il pense qu'elle est maintenant en sûreté contre les Français, mais un capitaine a laissé entrer par le château, le parti opposé d'Abbeville. Ils battent la ville à leur volonté ; ils égorgent, massacrent à leur manière tout ce qu'ils trouvent, jeune, vieux et gris (2). Que Dieu, par sa grâce, nous accorde la paix maintenant et toujours. » — Le 12 janvier 1592.

Le duc d'Aumale assistait lui-même à la prise ou se

(1) Le protestantisme allemand, qui écorchait 'es noms, les décapitait aussi, paraît-il, du mot saint.

(2) Exagération sans doute de poésie, de btuit popu'aire ou de rapport de parti.

rendit promptement dans la ville pour en prendre possession et en rapporter un droit au triomphe (I)

On s'occupe dans le mois qui suit, de la conservation de Saint- Valéry (2).

(1) Le registre aux comptes d'Abbeville nous fournit ce paiement poste'rieur de plusieurs semaines à la re'occupation de Saint-Valéry par la Ligue :

« A Galliot De le Warde, marchant, la somme de neuf escus trente-six sols, pour vin présente, au sieur d'Aumallc et au sieur de Ramburcs relournans de la prinse de St-Vallery ; ordonnance du buictiesme jour de février aud. an (1592), cy. . ixe,c xxxvi'. »

(2) « A Pierre Bonnard, gribennier, la somme de trois escus, pour avoir porté dans sa gribenne, en lad. ville de St-Vallery, après la reprinse d'icelle, plusieurs munitions de guerre et vivres; ordonnance du 17* jour de janvier, cy m"'.

« A Nicolas de Vinchenoeul, cordier, la somme de sept escus cincquante-cincq sols, pour quatre-vingt-quinze livres de chimeau [?] par luy livré, lequel auroit esté envoie à Sainct-Vallery, comme appert par ordonnance du dixiesme jour de février, cy vu"4 lv\

« A Nicolas de Vinchenoeul, cordier, la somme de dix-neuf escus quinze sols, pour deux cens trente et une livres de chimeau [?] par luy livré et distribué, comme dessus, aux gens de guerre; mandement du dix-huictiesme jour de février, cy. • . • xix"' xv\ .

Le maieur Beauvarlet expose , le XIX février , dans une assemblée à deux cloches, qu'il a reçu encore le jour même des lettres de Monseigneur d'Aumale, « aflin de prouvoir au paiement des compaignies qny sont en garnison en la ville de St-Wallery, et ce, des plus clers deniers quy se pourront trouver; que, pour ce mesme faire, attendu la nécessité et le danger de perdre lad. place de St-Wallery, l'on avoit cy-devant dellibéré que l'on prendroit les deniers des nouveaulx imposts, et deffenses faictes à M" Alexandre Gaillard, commis à la recepte d'iceulx, de plus aucune chose acquilcr (t); touttefois

(1) Les compagnies à payer à Saint-Valéry étaient au nombre de quatre.

XVe jour de janvier (1592): « on fera le paiement d'un mois à deux des compagnies quy ont esté mises sus pour la conservation de ceste ville (d'Abbeville). lesquelles sont ad présent en la ville de Saint-Wallery. A cette fin, Philippe Lccomte, eschevin, s'acheminera promptement avec Simon Thomas, vers Saint-Valéry, avec argent pour ce paiement, et, au cas qu'ils soient prins prisonniers par l'ennemy, la ville paiera leur rançon. »

Peu de temps après la prise de Saint- Valéry, le duc

que led Gaillard , voyant que Ied. mois (des compaignies)

étoit e'cheu, fait difficulté de trouver argent et n'y a eu moien, deppuis quatre ou cincq jours, de le faire con;paroir en cest Eschevinaigc, où il estoit assigné le jour d'hier, à l'issue de la

prédication » Le maieur a appris,

en outre, que, « contre l'intention des estats de ceste ville et de toutte la conimunaulté, » le sieur Gaillard a obtenu « lettres de provision de lad. recepte, [ce] quy est pour bailler nng subject de perpétuer lesd. impositions mises sus pour la nécessité et pour durer seullement pendant icelle, et les faire joindre comme nouveaux aides à sa recepte des aides et tailles qu'il a nouvellement obtenu au grand préjudice et intérest de tout le poeuple. « — Le sieur Gaillard est donc mandé de nouveau, mais les sergents envoyés vers lui rapportent « ne l'avoir peu recouvrer. » L'assemblée décide donc et « ordonne, pour la nécessité, que la solde desd. compaignies sera prise sur lesd. impositions, et que, jusques à ce que led. Gaillard seroit comparu fourny desd. deniers ou un estât de ce qu'il a receu jusques ad présent, deffenscs luy seront faictes de plus aucune chose recepvoir ny s'entremettre de la recepte desd. impositions,

à peine de , et seront ses registres saisis pour y

prouvoir d'un aultre et en adviscr comme il appartiendra. »

« A Hector Sifaict, M* chaudronnier, la somme de quatre escus dix sols, pour cinquante livres de inesche envoyée en lad. ville de Sainct-Vallery ; ordonnance du XXVe dudiet mo s de may, cy mi"* x'. »

d'Aumale a quitté Abbeville rendue à la confiance et au zèle politique et religieux.

A cette date, l'Echevinage délivre des certificats de religion, comme plus tard nous verrons la commune républicaine délivrer des certificats de civisme (1).

Henri IV assiège toujours Rouen, et l'armée de la Ligue se dispose à marcher au secours de la ville serrée depuis longtemps. Nos registres nous révèlent, au milieu d'autres affaires un peu confuses, ces dispositions nouvelles.

Le duc d'Aumale a demandé à la ville « quatre à cincq cens escus, pour emploier en plusieurs affaires secrettes, importans le bien du pais, quy sont très-nécessaires. » On répondra (17 janvier), à mond. seigneur d'Aumale, « qu'il est du tout impossible que la ville fournisse lad. somme, attendu les advances qu'elle a cy- devant faictes pour la cause dont elle n'est encore remboursée, » etc. On donnera cependant avis à mond. seigneur, •< que le recepveur de Ponthieu et le sieur d'ionval ont entre leurs mains la somme de nc et tant d'escus. »

Le duc de Mayenne a écrit (en date du 16 janvier), pour demander qu'on prépare « cent muids de blé, mesure de Paris, les deux tiers froment, un tiers seigle, convertis en farine prests à faire pain pour servir à la nourriture de l'armée qu'il conduict pour le secours de Houen, passant aux environs de ceste ville. » Depuis

(1) Le 13 janvier 1592, maistre Nicolas Jolly, ayant un procès « pour Testât de lieutenant du prevost des marcsehaulx de Picardie, » fait demander par son beau-frère (il est lui-même absent de la ville) une attestation, « soubs le sceau de la ville, de ses vie et mœurs et relligion catholicque. » L'Echevinage décide « que lad. attestation ne sera dellivrée. »

cette lettre, le duc de Mayenne est arrivé à Amiens. — Pour obtemper à son invitation, « on prendra les bleds estans en ceste ville saisis comme appartenais au sieur de Soiecourt, que le sieur de Selincourt prétend luy

appartenir , saouf à luy en l'aire le paiement ;

on prendra en outre vi" ou cl septiers de bled, de la maison du Val, » etc. — Délibération du 21 janvier 1592.

Les fournitures furent faites (1).

La ville, un peu rassurée maintenant, songe au commerce.

Plusieurs marchans , « tant de ceste ville que aultres, » sollicitaient alors du maieur, des passe-ports qui leur permissent d'aller au Tresport , à Gaïeu et

(i) Le registre aux comptes nous rappelle les dépenses en farine et en pains, tant peut-être pour le temps où il fallait à la fois nourrir les défenseurs et les libérateurs de Saint Valéry que pour le temps où il s'agissait de nourrir l'armée chargée d'arracher Rouen aux circonvallations du roi:

« A Vincent et Sanson Lecat et aultres broutliers, la somme de cincq escus, pour avoir transporté du blé pour faire pains de munition ; ordonnance du dernier jour de janvier, cy. . ve'c.

« A Nicolas Dubois, Guillaume du Bourguier, Nicolas Hurtois et Jacques Poiret, boullengers, la somme de trois escus vingt sols, pour vaccations par eulx faictes; ordonnance du premier jour de février, cy ine,c xx\

« A Pierre Hecquet, cordier, ung escu dix sols, pour mesche à harquebuse de luy acheltée ; ordonnance du quatriesme jour de février, cy rsc x*.

» Aux broutliers de lad. ville (d'Abbeville), la somme de deux escus cinquante sols, pour avoir desvallé des greniers grand nombre de farinnes pour faire pains de munition; ordonnance du XIXe dud. mois de février, cy ncsc i.'.

u A Loys Ten.ois et Thibault Pierart, mesureurs, la somme de trois escus treize sols, pour le mesurage desd. farinnes; mandement du XXIX* dud. mois (février), cy m"c xiu*. »

ailleurs, « pour amener des commodités en ceste ville, comme vins , salle et aultres vivres. » Le maieur hésitait, « attendu les deffenses faictes par Monseigneur le duc d'Aumalle, » un peu avant son départ d'Abbeville. L'assemblée convoquée le 28 janvier , afin de délibérer sur cette question, décide, pour des considérations d'intérêt à la ville, que « soubs le bon plaisir de mond. seigneur d'Aumalle , Ton baillera passeport à touttes personnes quy se présenteront pour amener des commodités en ceste ville, desd. lieulx du Tresport, Aoust (1), Caïeu et aultres lieulx, » mais deux jours après (le 30 janvier), le maieur recevait « certaines lettres de Monseigneur le duc d'Aumalle,»» qui furent lues le jour même à TEchevinage.

Première lettre:

« Messieurs, je ne suis pasd'advis que vous permettiez aulcun changement en la liberté du commerce de vostre ville à celle-cy (celle d'Amiens) jusques à ce que les affaires que vous avez ensemble soient résolues. L'on y traveillc et, de ma part, je y apporteray, pour vostre contentement, tout ce que vous scauriez souhaitter; laissant les choses aussy en cest estât, ces messieurs seront contraincls de se mettre plutost à la raison. Pour le regard de ce que m'avez escript des cmpeschemens quy sont donnés par les nostres aux marchans traficquans aux villes ennemyes et quy en apportent des commodités en la vostre, à cause qu'ils n'ont les passeports de nous quy leur seroient nécessaires, désirant vous gratiflier en tout et partout, je vous promets de laisser venir librement les marchandises eu vostre dicte ville quy y seront apportées dtsdicUs villes ennemyes, pourv.-u que les marchans à quy elles appartiendront soient de vostre dicte ville et qu'auparavant de partir pour en aller faire l'achept, ils seront tenus de vous bailler, par déclaration, ce

(I) Ault sans doute.

qu'ils prétendent achepter ausdietes villes ennemyes, de quoy ils prendront aete et certifications de vous, quy leur servira et à leur dicte marchandise de saoul- conduict et passeport au dcffault du nostre, attendant que je puisse aller de dellà pour y mettre aultre reiglement; laquelle acte et certiflication ils feront enregistrer au gteffe de l'admiraulté pour y avoir recours quand besoing sera, bien que lesd. marchans ne poeuvent estre excusables de n'avoir prins nostre permission et passeport, spécialement lorsque uous sommes résidens en nostre gouvernement et non guères esloingué de vous, mais ceste giace spécialle leur est faicte pour vostrc seul respect présentement et pour l'affection que je vous porte, sans tirer à conséquence en quelque sorte que ce soit. Messieurs, je prie Dieu, sur ce, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde. D'Amiens, le XXVIIe janvier 1592. Au bas est escript : Vostre plus affeclionué amy le duc d'Aumalle. »

Seconde lettre , dans laquelle le duc , après avoir chargé l'Echevinage de quelque ordre pour la défense de Saint-Valéry et dit un mot du règlement des garnisons, confirme les facilités qu'il a accordées au commerce :

• Messieurs, touttes difficultés cessantes, vous debvez, soudain la présente receue que je vous envoyé par ce porteur exprès, envoicr l'une des compaignies, Deele ou Daluneluq [?], à Saiuct-Wallery, et la y laisser tant et sy longuemement que les trouppes de l'cnnemy, que l'on m'a dict estre es enviions de la ville d'Eu, y demeureront. Nous sommes après pour faire (nous uous occupons de faire) le reiglement des garnisons quy doibvent estre entretenues en la province ; par icelluy — par lequel— vous congnoistrez que je n'auray rien obmis de ce quy poeult servir à la conservation d'icelle. Je vous ay escript cejourd'huy par ung Cordellier et mandé mon intention toucbiint 1rs passeports. Je ne laisseray encores de vous dire que promets, pour l'amour de vous, que les marchans de vostre ville quy vouldroient tralicquer es villes ennemyes, le pourront

faire en vous baillant par déclaration premièrement la quallité et quantité des marchandises qu'ils en vouldront tirer, de quoy vous leur délivrerez acte et certiffication quy leur servira au lieu de mon passeport et attendant que je y aye mis aullrc reiglement, en vertu de laquelle acte et certiflication ils pourront et leurs marchandises venir librement en vostre dicte ville, en la (1) faisant auparavant enregistrer au greffe de l'admiraulté, pour y avoir recours quand besoing sera. Messieurs, je pri; Dieu, sur ce, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde. D'Amiens, ce XXVII8 janvier 1592. Votre plus affectionné amy, Charles de Lorraine. — A Messieurs les maieur et eschevins de la ville d'Abbeville. »

Vers la fin de janvier, le duc de Parme manœuvre autour de nous ou plutôt entre nous et Rouen. Les ducs de Mayenne et d'Aumale s'efforcent, par tous les moyens, de le seconder, et rappellent d'Abbeville la compagnie du sieur de Belleville, mais une difficulté se présente: la compagnie est fort endettée dans les auberges et les hôteliers la retiennent en gage.

Le premier février, le maieur expose « que le sieur de Belleville [?] le poursuit de faire sortir sa compaignie des hostelleries où ils (ses hommes) sont engagés » pour se rendre ««aux champs, alïin de s'acheminer en l'armée suivant le commandement de Monseigneur le duc d'Aumalle et de Monseigneur du Mayne , mais que plusieurs desd. hostellains ausquels il est deub par luy (le sieur de Belleville) et sad. compaignie, de la somme de cxn livres ou environ, empeschent qu'ils sortent avecq leurs armes ; au moien de quoy il sollicite, alfin de les faire sortir, soit par responce (par garantie) ou

(1, En faisant auparavant enregistrer cet acte, cette certification.

par paiement, offrant de laissera Amyens lad. somme de la montre (l'argent reçu à l'occasion de la montre), que l'on luy promet luy faire en tel lieu que l'on luy dira, et, pour seureté d'icelle, mesme bailler gaige. » Sur quoy l'assemblée décide, « en conséquence desd. lettres de Monseigneur du Mayne , que l'on fera response de lad. somme, affin de faire accompaiguer lad. compaignie, attendu la nécessité, et que, au cas que lesd. hostellains en facent difficulté , l'ung de nous en respondera en son propre et privé nom, dont il sera indempné et deschargé par la ville et communaulté. »

Le 5 février a eu lieu le combat d'Aumale si vivement raconté par d'Aubigné. Le roi a été obligé de fuir, mais les ducs ne poursuivent pas leur succès. En revanche, le général espagnol demande à faire dans notre ville un assez gros emprunt.

Le dix-noeufviesme jour de febvrier, assemblée au son des cloches , par devant J. Bernard , lieutenant général, et J. Beauvarlet, maieur.

Le maieur expose « qu'il a receu lettres de M&r le prince de Parme, du XV de febvrier, par un des contadors du roy d'Espaigne, par lesquelles il (J) prétend et désire estre accommodé de bonne somme de deniers en ceste ville, pour la rendre à Anvers, et que, pour y parvenir plus facillement, il demande que le corps et communaulté de ceste ville responde vers les marchans des sommes qu'il touchera. » Le duc presse le maieur « d'heure à heure. » L'assemblée décide «que le corps de la ville respondera vers les marchans ou aultres habitans de ceste ville quy pourront bailler argent aud.

(1) Le duc de Parme.

seigneur ou aud. contador, des sommes qu'ils bailleront à reprendre sur Anvers ou aillieurs au Pais-Bas, dont ils prendront et auront lettres de change et assignation pour leur remboursement sur led. lieu d'Anvers ou aillieurs, en promettant, par led. contador, le faire trouver bon par Monseigneur de Mayenne. »

Ainsi notre Echevinage cherchait à contenter l'allié espagnol de la Ligue, le grand Farnèse que la mort attendait avant la fin de l'année.

Retraite du duc de Parme sur la Somme. — Saint-Valéry fut-il pris pat- Henri IV ? — Le roi suit le duc de. Parme jusqu'à Pont-Remy. — Siège de Rue — Réquisitions à Abbeville pour ce siège. — Demandes diverses des habitants d'Abbeville au duc de Mayenne pour la sûreté du Ponthieu. — Ils s'intéressent \ivement à la prise de Rue. — Les campagnes souffrent cependant du séjour de l'armée des ducs. — Défense de M. de Rubempré. — Le siège de Rouen fait lever celui de Rue. — L'Echevinage demande que l'armée des ducs ne traverse pas la ville. — Négociations pour u le repos du laboureur n entre l'Echevinage et M. de Rubempré. — Le duc il'Àumale a-t-il repris Saint-Valéry? — M. de Hucqueville est reconnu innocent par un arrêt du Conseil de la Ligue. — Réunion du gouvernement militaire de la ville à l'Echevinage. — Accord à cet égard. — Lettre d'exemption de gouverneur et de garnison. — Le remboursement de la charge de M. de Hucqueville traîne un peu. — Sa harangue lorsqu'il remet son titre, etc. — Des députés d'Orléans à Abbeville. — Grand nombre d'étrangers et de pauvres malades. — Provisions envoyées par la ville à la garnison de Noyelles. — Soucis donnés par les garnisons de Saint- Valery, de Saint-Riquier et de Pont-Remy. — La ville permet le transport du blé à Rouen. — Courses de la garnison de Rue. — Levée de cinquante chevaux pour les tenir en échec. — Mesures diverses. — Nouvelle d'une attaque projetée par M. de Longueville. — Précautions prises.

Le duc de Parme se rapproche en effet de notre ville, poussé assez vivement par Henri IV, mais faisant bonne Cl hardie contenance.

Quelques semaines avant la date où nous sommes

arrivés, quelque peu même avant l'affaire d'Aumale (5 février), une opération heureuse, si j'en crois Formentin, a été dirigée par le roi lui même conlre Saint- Valery. Je vais citer, mais avec toutes réserves, car je n'ai trouvé jusqu'ici mention de l'événement que dans Formentin.

Le roi, à la nouvelle de la marche des ducs de Parme et de Mayenne vers Rouen (janvier), avait pris à la hâte quelques troupes et était venu camper « à Blangy , Senarpont et Gamaches. De là -je copie strictement — ce prince s'avança vers Saint- Valéry qu'il surprit par te pétard; de là, il vint au travers du Vimeu sur les bords de la Somme, où il enleva le quartier du duc de Guise ; les ducs, attendant les vivres qu'on assembloit à Abbeville, furent continuellement harcelés par le roi. Un jour, le duc de Parme s'étant avancé vers Aumale où le roi venoit d'être blessé en une rencontre, il fut, par lui, poursuivi jusqu'au Pont-de-Remy où le duc passa la Somme et rompit le pont après lui, ce qui contraignit le roi de se retirer après avoir laissé garnison dans Saint- Vallery. » — Nous ne voulons pas nier tout-à-fait cette garnison laissée par le roi dans Saint- Valery, et cependant nous voyons dès le 2 mai, dans une délibération échevinale de ce jour, que Saint-Valéry avait alors une garnison de la Ligue (vérifiez plus loin au 2 mai). Que devait-il donc advenir militairement en cette pointe extrême du Vimeu, de février en mai? Faut-il croire, avec Formentin, que le duc d'Aumale reprit Saint-Valéry à la date où l'armée catholique, quittant le Ponthieu, marcha pour la seconde fois au secours de Rouen (du 15 au 20 avril)? Ne nous écartons qu'avec les plus grandes précautions de nos registres.

Maintenant et certainement (commencement de mars), après d'importantes évolutions qui appartiennent à l'histoire générale (1), le roi - nous avons son témoignage — presse bien effectivement la retraite des ducs. 11 écrit d'Anvermeu , le VI mars , au duc de JNivernois :

« Mon cousin, l'armée de mes ennemys a marché aujourd'huy et va droit à Pontdormy. Partie d'icellc est allée passer à Abbeville. Leurs gens de pied, marchans ce jourd'huy, ont eu leur part du mauvais temps, ayans le vent au visage. Je monteray à cheval à lune levant, pour les suivre; je vous prie d'estre de la partie et [nous] venir trouver au rendés-vous, suivant ce que

vous escrira le baron »

Et en post scriptum de sa propre main : « Mon cousin, j'espère demain leur faire la croix sur le dos à la chaussée de Pont-Dormy. »

Et pour exécuter cet engagement, le roi, lancé à la suite du duc de Parme, arrive, avec deux mille chevaux, en vue de Pont Remy où ses ennemis ont passé la Somme (2). Henri n'a garde de se hasarder à l'attaque du pont ni au-delà de la rivière , et nous le retrouvons le IX en son camp de Blangy, écrivant aux échevins de Tiennes:

« Nous les avons suivys jusqu'au passage de ladite rivière de Somme, leur faisant serrer la file, tuant et prenant prisonniers

(1) Ainsi l'heureuse sortie de M. de Villars, défenseur de Rouen (Si février), les marches des ducs, le secours d'hommes et d'argent jeté par eux dans la ville assiégée, etc.

(-2) Formentin assure que les ducs firent bâtir en ce lieu « un fort pour garder ce passage important. » Il est probable qu'ils se contentèrent de remettre en état de défense les fortifications.

beaucoup des leurs; mesme avant-hier, le régiment de Gribouval fut entièrement deffaict par nos chevaulx-légers »

Dans une autre lettre du XXVI mars, adressée à M. de Maisse, le roi rappellera encore que la Somme « a esté la borne de sa poursuite-, » et le même jour, revenant de nouveau sur cette marche qui, pour lui, est un succès, il écrira au duc de Montmorency :

« Le duc de Parme ayant gagné neuf grandes iieues devant moi, feit en une nuict une grande traicte et passa la rivière de Somme à Pont-Dormy, où j'arrivay encores assez à temps pour en attraper quelques-uns. »

Rien de plus sur ces marches et escarmouches.

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