‹ La Ligue a Abbeville, 1576-1594Chapitre 9 sur 14 · SIÈGE ET PRISE DE SAINT-VALERY · texte numérisé non relu

SIÈGE ET PRISE DE SAINT-VALERY

Il est bien vrai, le duc de Nevers était entré dans notre pays, mais le but de son expédition paraît avoir été principalement Saint- Valéry. La seigneurie de cette ville lui appartenait; il n'était donc pas absolument inconnu des habitants, et, sans que sa qualité eût beaucoup d'importance pour la réussite de l'entreprise, on peut remarquer le hasard qui faisait attaquer le cheflieu de la seigneurie par le seigneur. Nevers investit la place qui le retint jusque vers le milieu de décembre. Nos comptes prouvent qu'avant la fin de novembre des secours partis d'Abbeville soutenaient déjà la garnison assiégée (2). Dans nos registres, les comptes seuls nous

(1) Nous verrons, par les lettres mêmes du roi, datées du camp devant Rouen, que la pensée de l'attaque de Saint-Valéry venait de lui. (Lettre du III décembre).

(ï) « A François Aitlius et Noël Dauxy, gribenniers, la somme de six escus à eulx ordonnée, pou avoir mené en la ville deSainct-

font suivre bien incomplètement les opérations de l'attaque et de la défense. Comment les secours pénétraient-ils dans la ville « investie? » Il est à croire que l'investissement n'était réel que du côté de la terre et que la rivière restait libre. Tous les secours, nous les avons relevés avec soin , paraissent avoir été envoyés sur des gribannes et débarqués, comme nous

Walleiy, siégc'e de Monsieur de Nevers, trois cens de pouldre à canon, cinquante livres de mesche, des balles à moiennes et aultres munitions avec cinquante soldats; ordonnance du vingthuictiesire de novembre, cy vie,c.

« A Anthoine Venc [?], Pierre Lecat et aultres mariniers, pour avoir travaillé, avec petits basteaux, à mettre lesd. soldats et munitions dans lad. ville, la somme de deux escus, sellon leur requestc ordonnancée du septiesme jour de décembre, cy. n"\

• A Michel Richarson, marchant anglois, la somme de vingtneuf escus vingt sols, pour cent dix-sept livres de pouldre à canon emploie à la conservation de lad. ville de Sainct-Vallery ; ordonnance du 8 janvier, cy xxixesc xx'.

« A Nicolas de Compaigne, marchant, demeurant en lad. ville (d'Abbeville), la somme de dix escus vingt-quatre sols, pour picques et hallebardes par luy vendues, envoyées en lad. ville de Sainct-Vallery; ordonnance du 8 janvier, cy. . . Xe" xxnn'.

« A Jehan Willemoin, marchant, demeurant à Lisle, la somme de deux cens seize escus quarante sols, pour ung millier de pouldre à canon par luy vendue, laquelle auroit esté conduicte en la ville de Sainct-Vallery estant investie par Monseigneur de Nevers avec le régiment de Lheure qui y seroit entré; ordonnance du vingt- troisiesme jour de février, cy. . ii'xvi'" xl'.

« A Guillaume du Bourguer, Honoré de Crespy, Sandrin du Bourguer, Nicolas Hurtois et aultres bouilengers, la somme de quarante-neuf escus vingt-quatre sols, pour le nombre de cent quatorze douzaines de pains du poids de la ville, au pris de vingt-six sols la douzaine, distribués aux soldats emploies à la reprinse de ladicte ville de Sainct-Vallery; ordonnance du sixiesme jour d'apvril, cy xlix"c xxiiii'. »

l'avons vu, avec petits bateaux (l). Les secours sont incessants: poudre, mèches, balles, soldats (cinquante soldats dès le début du siège), armes, chandelles, vinaigre, bière, etc. (2). Le régiment de Lheure, qui

(1) « A Laurens Gernoys, François Artus, Martin Artus, Jehan Mord, Philippe Morel et Guillaume Bermoys, gribenniers, la somme de cinquante-trois escus à eulx ordonne'e, pour avoir mené et conduict le régiment du sieur de Lheure avec plusieurs munitions de guerre en lad. ville de Sainct-Wailery; ordonnance du cinquiesme jour de décembre, cy Lin"'.

« A Bastien Hansart, Anthoine Robutel et aullres brouttiers, la somme de quatre escus, pour avoir porté sur la rivière, près des basteaux, louttcs les munitions de guerre et vivres envoies tant aud. Sainct-Vallery que au secours de Rue; ordonnance du 23 décembre, cy mi"e xx'. .

(2) « A Quentin Becquet, marchant, demeurant en lad. ville (d'Abbeville), la somme décent deux escus cinquante et ung sols, pour plusieurs armes par luy vendues et livrées pour armer la compagnie du cappitaine (nom que je ne puis lire); ordonnance du Vil' jour de décembre, cy cu"c li*.

« A Pierre de Bernay, mercher, la somme de quinze escus vingt sols à luy deube pour chandelles, lanternes et vin aigre de luy acheplé et envoie tant en la ville de Sainct-Vallery, siégée, qu'en celle du Crotoy ; ordonnance (il s'agit toujours de l'ordonnance du compte, c'est-à-dire de l'ordre de payer donné Sur ta requête du créancier de la ville) du XXVIII' jour de décembre, 'Y ■ • xv c xx'.

• A Françoys Lardé, Jehan Papin et Firmin Lardé, brasseurs, la somme de quarante-neuf escus quinze sols à eulx deube et ordonnée pour bière par eulx livrée et fournie pour la nourriture des gens de guerre du sieur de Lheure et aullres,. mis dans Sainct-Vallery, siégée par Monseigneur de iNevcrs , que pour ceulx envoies au secours de la ville de Rue; ordonnance du vingtiesme jour de décembre, cy xlixcsc xv*.

- A Jehannr Michel le, vefve de dellunct Guillaume Poiret, la la somme de unze escus vingt-cinq sols, pour balles de blomb

s'est enfermé dans la place, a laissé ses chevaux à Àbbeville, et l'tëchevinage paiera leur entretien dans les hôtels et dans les faubourgs ( 1), etc.

envoyées à Sainct-Valery ; ordonnance du treiziesme jour de

janvier, cy Xl"c xxv\

■ A Guillaume Boitel, plombier, la somme de six escus cinquante sols, pour balles de plomb aussy par luy livrées, envoyées tant aud. St-Vallery que au secours de Rue: ordonnance du

XIIIe jour dud. mois d^ janvier, cy vi"c l\ »

— Registre aux comptes, 1591- 1592.

(i) « A Nicolas Caron, maistre du Bar (de l'hôtel du Bar encore existant sur la place du Marché an Blé), la somme, de vingt-trois escus trente-deux sols à luy deube pour la despencc de plusieurs chevaulx du régiment du sieur de Lheure pendant qu'il auroit esté enfermé dans ladicte ville de Sainct Wallery ; mandement du dix-huict dud. mois de décembre, cy - . . xxm"c xxxn*.

« A Michel deLiquen, Jacques Lamhert et aultres du faubourg de Rouvroy, la somme de vingt-trois escus vingt six sols, pour avoir logé et nourry les chevaulx des soldats du sieur de Lheure pendant le temps que led. régiment auroit esté enfermé dans Sainct- Vallery; ordonnance du 26 décembre, cy. xxnr,c xxvi\

. A Jehan Boutart, hoste du Chevallet, la somme de huict escus vingt-huict sols, pour la nourriture d'aucuns chevaulx appartenais à ceulx du régiment de Lheure enfermés dans Saine t-

V;dlcry ; ordonnance du 13 janvier, cy vnf'c xxviu'.

« A Toussaint de la Fosse, hoste des Trois Lombarts, la somme de six escus trente-deux sols, pour la nourriture d'aulcuns chevaulx du régiment de Lheure mis en sa maison pendant le siège de Sainet-Vallci y, comme il appert par mandement du XXVIIIe de

janvier, cy Vl"c xxxu".

« A Charles Le Roy, hoste de la Fleur de Lys, la somme de huict escus, pour avoir logé et nourry aulcuns chevaulx dud.

régiment; ordonnance du 28 janvier, cy vin".

« A François Briet, hoste de la Lanterne, la somme de huict escus vingt-huict sols, pour avoir aussy nourry et logé des chevaulx dud. régiment; ordonnance du dernier jour de janvier,

Cy. vin™ xxviu".

» A Josse le Vieil, hoste de la Teste de Bœuf, la somme de

Nous voudrions trouver plus dans nos délibérations. Elles nocs fournissent malheureusement peu sur ce moment si intéressant de notre histoire.

Le dernier jour de novembre, une seule cloche convoque une assemblée ordinaire où se rend cependant encore M. de Hucqueville.

M. Damerval , commandant en la ville de Saint- Wallery, « a envoyé exprès en ceste ville, pour avoir secours d'hommes et de munitions de guerre pour la conservation de la place , laquelle est investie par l'ennemy, M. de Nevers, avecq ses troupes, estant dans la Fretlé(la Ferté). »— L'Echevînage d'Abbeville décide

douze escus quarante et ung sois, pour avoir logé el nourry en sa maison des chevaulx du régiment de Lheure pendant qu'il auroit esté enfermé dans Sainct-Vallery ; ordonnance du XV* jour de mars, cy xuesc xli*. »

La plupart de ces dépenses, ainsi que beaucoup d'autres que nous rencontrerons, devaient être remboursées par les trésoriers des guerres ou les receveurs généraux. Les dépenses ci-dessous, qu'il faut tâcher d'interpréter, sont-elles bien à l'honneur des administrations linaneières ou autres de ce temps :

« A André Descaufotir, messager ordinaire de la ville d'Amiens, la somme de soixante escus vingt sols qui luy a esté dellivréc pour poiter en lad. ville d'Amiens, et laquelle il auroit distribuée et baillée au sieur de Veze [?], commis du trésorier des guerres, pour avoir assination de la somme deube à la ville (d'Abbeville) pour les frais par elle faicts de plusieurs parties employées en ce chapitre et aultres semblables, et pour le remboursement desquelles les acquits desquels il a cy-devant faict recepte ont esté dellivrés à ladicte ville, appert du paiement de lad. somme de i.x escus xx sols, par ordonnance du XXI may audict an, cy lx'*c xx".

« A Nicolas Plantart, orloger, la somme de unze escus pour une montre de luy acheclée et présentée à Monsieur Rolland, audiencier; ordonnance du IXe jour de juillet, cy. . . xi"c. »

que l'on enverra promptement en la ville de Saint- Wallerv, « cinquante soldardsdes compaingniesquy ont esté puis naguaires mis sus en ceste ville, avecq trois cens livres de pouldre à canon, demy cent de balles de moiennes, trente livres de mesches, trente douzaines de pains. »

Le duc d'Aumale était arrivé le premier décembre à Abbeville, sur les neuf heures du matin (1) ; le lendemain, lundi, et suivant son commandement, l'Echevinage décide « qu'on fera préparer et tenir prestes, six gribennes pour conduire et mener le régiment des gens

(1) Pendant le séjour assez long qu'il lit à Abbeville, il logea chez Me Pierre Lavernot. On voit M' Pierre Lavernot présenter, le 15 janvier (1592), une requête à l'Echevinage aux fins d'être déchargé de la somme de x écus (ou dix livres) à laquelle il a été cotisé (l),et il demande cette décharge « en considération des incommodités et frais qu'il a soufferts et souffrira cy «après à cause du logement de Monseigneur le duc d'AumalIe et Madame sa femme, quy ont prins logis en sa maison. » On fait droit à sa demande.

Madame d'Aumale était venue assister aux opérations militaires, et on voit l'Echevinage faire quelque dépense pour la fêter avec son mari :

« A Joachim du Préer, M* apoticaire, la somme de douze escus quarante-cinq sols, pour ypocras présenté aux sieur et dame d'AumalIe, dont appert par le. rolle certiftié dud. maislre des piésents, ordonnance du IIIe janv er, cy xne!C xlv\ »

La réception du duc et de la duchesse d'Aumale doit être pour une bonne part encore dans cette autre dépense :

« A Jehan Violette, marchant, demeurant à Abbeville, pour vin présenté et distribué, etc., du 1er janvier au mois de mars, deux cent sept escus seize sols, ordonnance du 8 avril 1592, cy iicvn"c xvi*. -

( 1 ) Tour li- paiement des gens de guerre mis sur pied pour la conservation de la -ville et du pays circonvoisin.

de pied du sieur Deffevre (1) en la ville de Saint-Wallery et le Crottoy, investies de l'ennemy.

« Que l'on envoyra esdictes villes le plus de farines et pains que Ton pourra recouvrer, avecq quelque quantité de mesches, balles à mousquets et harquebouses, une douzaine de picqs et deux douzaines de pelles. »

Après cette décision (des picqs et des pelles) , un intervalle, de six lignes environ, est conservé blanc dans le registre, puis on voit que le maieur remontre « qu'il est du tout impossible de satisfaire à ce que dessus, encore que ce soit une chose très nécessaire, pour le besoing que lad. ville de Saint-Wallery a d'estre secourue promptement desd. munitions , ny mesme à d'aultres affaires quy surviennent par chacun jour pour la conservation des places cstans es environs de ceste ville, d'aultant que la ville n'a aulcun fonds de deniers pour y fournir. »

Mais ici, admirable fortune! Henri IV lui-même va aider l'obscur scribe de notre Echevinage et devenir notre collaborateur. Les lettres du roi à la main, nous pouvons nous promener derrière les gabions et presque compter les pièces d'artillerie de M. de Nevers

Le roi écrivait du camp devant Rouen, le IIIe jour de décembre, au duc de Nivernois (2) :

(1) J'ai lu ainsi, mais évidemment mal, pour de Lheure. La veille, en quittant Amiens, ce régiment s'était mutiné pour être payé. — La Ligue à Amiens, par A. Dubois, p. 77. — Suivant M. Dubois, le duc d'Aumale ne serait parti d'Amiens que le 1er décembre, et nous le voyons à Abbeville le même jour dès neuf heures du matin.

(2) C'est sous cette qualification que figure toujours, dans les lettres de Henri IV, le prince qui paraît dans nos registres sous le nom de Nevers.

<r Mon cousin, la réduction de Saint-Valéry soubs mon obéissance me semble sy utile à mes affaires , mesmes pour la commodité et seureté de ce siég.', et se pouvant en cela proliter le séjour que vous estiés contraint faire en ce quarlier-la, que j'ay esté bien ayse d'entendre, par vos lettres et par ce que le sieur de Monthelon m'a dict de vostre part, la résolution que vous aviés laicte de l'entreprendre, suivant ce que je vous en avois escript; et pour vous donner meilleur moyen de l'exécuter, n'ayans pas de canons françois à Dieppe, ny en aultre lieu, d'où que je vous en puisse assez lost faire fournir, nous avons advlsé d'y faire servir quatre pièces de celles que les Estais des Pays- Bas m'ont prestées pour Pentreprinse de ceste ville, lesquelles sont encore audict Dieppe, et ay donné l'ordre que j'ay pensé estre nécessaire pour les vous faire incontinent envoyer avec des pouldres et bouletz pour trois cens coups, que j'estime suffiront, avec ce que vous avés, pour venir à bout de ladicte entreprinse ; espérant que ce sera affaire de si peu de durée, que je pourray avoir icy lesdictes pièces assez tost pour le temps que l'occasion y sera de m'en servir. » — Lettres missives de Henri IV.

Le roi écrivait encore du camp devant Rouen, au duc, le VIIIe jour de décembre. Il active adroitement et avec ménagements le duc; il désire ardemment et presse le succès « pour l'importance de la place. » On voit que les rcitres ont donné au duc, pour leur solde, quelque souci dont le roi, sans argent peut-être, a cherché à le délivrer au moins par quelques promesses :

« Mon cousin, j'ai eu advis du commandeur de Cbate, qu'il vous a envoyé deux canons, deux couleuvrines et de quoy tirer cinq cens coups, qui seront, comme j'estime, arrivez pics de vous . il y a quelques jours , et avec lesquels vous pourrés réduire Saint- Vallery en mon obéissance, si ce n'est que le secours qui est entré (1) vous en empesche. Considérant les forces

(1) Ainsi, dès les premiers jours de décembre, le roi a eu avis des secours partis d'Abbeville et entrés dans Sainl-Valery.

qui sont entrées en ladicle ville, et celles que vous avés, vous jugere's ce que vous ave's à faire pour continuer votre dessein», lequel je de'sirerois pouvoir réussir, pour l'importance de la place. J'ay entendu particulièrement du sieur de Thois les diflicultez qui se présentent pour les estrangers qui sont près de vous; à quoy j'ay pourveu, ayant accordé avec leurs depputez pour le payement de leurs troupes, en sorte qu'ils demeureront contens, dont vous les pouvés asscurer. »

Le IX décembre, le roi, dans les encouragements mêlés d'amitié et d'habileté qu'il envoie au duc, comprend les diflicultés, les retards; il approuve les levées d'argent sur les villages voisins de Saint-Valéry ; ses vaisseaux viendront compléter le blocus; il a payé aux reitres le mois courant de leur solde. Surtout point de traité concédant à la ville la neutralité. La possession de Saint Valéry rendant maître de l'embouchure de la Somme, il y a trop d'intérêt à profiter de cet avantage pour incommoder les villes sises sur cette rivière ou pour tirer de grands impôts du passage des marchandises. Après la prise de Kouen, le roi n'a rien plus à cœur que la prise de Saint Valéry :

« Mon cousin, j'ay entendu particulièrement, par vostre lettre du VI de ce mois, les difficultez qui se présentent et qui vous traversent en IVxécution de l'en trepri ose de Saint- Vailery : auxquelles néanlmoins je me promets que vous remédierés par vostre prudence et diligence ; et, de ma paît, je feray ce qui despend de moy pour faciliter ladicte entreprise, laquelle je sçay cslre très-utile pour le bien de mon service. Je trouve très lion que vous preniés sur les villaiges les plus proches duiliet Saint— Vallery la somme de cinq cens escuz pour employer aux frais et despences les plus pressez et nécessaires. J'en ay lait despescher l'ordonnance, que je vous envoje, et eseris aux trésorieis qui sont a Dieppe, que par le receveur des tailles ils lacent fournir à ceulx qui auront baillé lesdictes sommes, les quictances tt

descharges qui leur sont nécessaires. Les commissnires des vivres de mon armée mandent à ceulx qui sont près de vous de prendre les munitions qui vous seront nécessaires, à rabattre sur la quantité qu'ils doibvent fournir durant ce siège. J'ay aussi commandé au sieur de Chates d'envoyer quelques vaisseaulx pour empescher les secours qui pourront venir à ceulx dudict Saint-Vallcry. J'ai accordé avec mon cousin le prince d'Enhalt et les depputez, de leur payement, et les ay contentez nonseulement pour ce mois, mais je leur ay donné asseurance, dans certain temps, d'un anllre mois, en sorte qu'ils sont contens ; vous pouvés en asseurer ceulx qui sont près de vous. Celte nouvelle leur fera accroislre le couraige pour me bien servir en l'occasion qui se présente, où je prie, mon cousin, voulloir travailler en sorte que ladicte ville puisse estre réduicle en mon obéissance. Je ne doubte point qu'il ne présente beaucoup de difficultcz ; mais je m'asseure que par vostre soing et prudence vous les surmonteras. Je ne trouverois aucunement bon de traiter avec ceulx qui sont dans Saint-Vallery pour les laisser en neutralité. Ladicte ville est d'aultre conséquence que celle d'Eu, à cause de l'embouchure de la rivière; et en la fortifliant, je* puis entièrement incommoder les villes qui sont sur ladicte rivière, ou permettant le passage des marchandises, en tirer tel impost , que j'en recepvray beaucoup de commodité en mes affaires. Demeurant neutre me seroit inutile et scrviroit davantaige à mes ennemys qu'à moy. Mon cousin, ladicte ville m'est de telle importance, que, si faiilés votre entreprise, ce seroit la première que je vouldrois exécuter au partir de ce siège (du siège de Rouen). Je vous prie donc ne traiter aucunement avec eulx pour la neutralité. » [Du camp devant Rouen, le IXe jour de décembre 1591.]

Puis encore en post scriptum :

« Mon cousin, j'ay commandé au sieur de Chates de vous envoyer piomptement secours de canon et quelques petits vaisseaulx. Je désire infiniment la réduction de Saint-Vallery, pour l'importance de la place, n

Le voisinage de l'ennemi engageait cependant Abbeville aux précautions.

On décide, le 10, « que par chacun jour incontinent, la cloche du guet sonnée, deux de Messieurs les eschevins, alternativement feront la ronde sur les ramparts, pour voir l'establissement de la garde, ordonner et.disposer d'icelle sellon qu'ils jugeront estre requis et nécessaire, et, à ceste fin, enjoinct aux chefs des compaignies et aultres, d'obéir à ce qu'il leur sera commandé de la part desd. eschevins faisans ronde, à peine de pugnition arbitraire. »

L'éternelle question, plus pressante que jamais, de la mise en défense de la ville, a provoqué des votes où la crainte s'est montrée généreuse, prodigue de sacrifices d'argent.

Le onze décembre, de nouveaux impôts sont mis par l'Echevinage, en conséquence « des délibérations généralles cy- devant faictes, portans pouvoir à la ville de mettre sus, pour satisfaire aux affaires survenans par chacun jour, et seignament pour la fortiffication de la ville, telles impositions que l'on trouvera bon »

Suit l'indication des taxes nouvelles.

Mais ce n'est pas assez. Tandis que dans nos murs, autour de nos murs, se préparent, s'amassent, sous la direction du duc d'Aumale , les moyens de délivrer Saint-Valéry, notre ville, d'où partent les secours qui descendent la Somme, va prendre pour elle-même les mesures d'une place menacée, à toute heure, d'être attaquée.

Le douzième jour de décembre, une assemblée au grand Echevinage, « où s'est trouvé Monseigneur le duc d'Aumalle, gouverneur de ceste province, M. Beau-

varlet, maieur, etc., » met la ville dans une sorte d'état de siège. Le mot seul fait défaut en effet à la situation donnée.

Après « plusieurs propositions faictes par mond. seigneur d'Aumalle, de ce qui estoit le plus expédient de faire pour la conservation de ceste ville, » les ordonnances qui suivent furent arrêtées :

« Premièrement, que Ton envoira en touUe dilligence cinequante hommes des compaignies de ceste ville au Crottoy ;

« Que l'on fera abattre les maisons deppuis le pont Bachellier jusqu.es à la porte Docquet, à pcyne du feu ;

« Que Ton fera boucher les trois rivières, la porte contre la Somme, et que les bois se prendront hors ladicte porte ;

« Que l'on fera abattre les maisons proches de la Portelette et les arbres y estans jnsques à la première planche, et les maisons et arbres estans en Pile Mathias Decaieu et aultres;

« Que Ton fera sortir, chacun jour, quatre soldards avec les escouttes, de dehors les portes, pour dresser lesdictes escouttes et les faire reigler en leur garde; mesme que l'on mettra garde et guet dedans l'église et le clocher de la Chapelle ;

« Que l'on fera une chesne et des estocquades en la rivière de Somme, au-dellà de celle du chasteau, de façon de laquelle et de la conduicte s'est chargé led. sieur Manessier, antien maieur, quy a maintenu qu'il trouvera moiens et deniers pour ce faire, dont il sera advoué par la eommnnaullé ;

« Que l'on fera abattre et amener du bois, pour faire gabions et facines, es bois de Sainet-Ricquier, Maroeul et Pondremy ;

« Que l'on fera recherche, chez les murchans, des pouldres, sallepestre, laynes, poil, cuirs, houblons et aultres choses propres à remparer en cas que l'on soit bastu ;

« Que l'on donnera quartier à chacune des compaignies estans en ceste ville ;

« Que l'on fera fournir de farines tous les habitans aiaus moien, et convertir en farine cent septiers de hé de St-Pierre;

« Que l'on fera armer deulx navires près ies chesnes du chasteau ;

■ Que Ton fera abattre tous les arbres allentour de la ville, à la portée du canon, et aporter dans la ville les bois, mesmes les foings et fourraiges ;

« Q <e Ton mettra ung chesne au travers du .... de la Portelette ;

« Que l'on rescripra de nouveau à Monseigneur de Mayenne ;

« Que Ton fera travailler à faire des artifices de feux;

« Que Ton envoira voir le chasteau d'Eaucourt pour voir si! se pourra desmanteller. »

Et tandis que d'une main, Abbeville , pourrait on dire, soutient Saint-Valéry, de l'autre elle prête appui au Crotoy (1) ; elle ne néglige pas non plus les châteaux qui défendent sa cause dans les campagnes. Le nom de Rambures paraît aujourd'hui dans les comptes (2);

(1) « A Paoul Pouvrette, boullanger, la somme de quinze esc us à luy deube pour dix barils de biscuit de luy aeheptés et envoies au chasteau du Crotoy pour la munition d'icelluy ; ordonnance du 2i décembre, cy xve,e.

« A George Denis, Henry du Flos et aultres mariniers, la somme de huict esens, pour deux voiages par eulx faicts avec basteaux au Crotoy pour y mener des munitions; ordonnance du 19 janvier, cy yi il" '"..

« A Pierre Roussel, tonnellier, ung escu quarante sols, pour futailles par luy fournies pour mettre biscuit envoyé au Crotoy, comme appert par ordonnance du douziesme jour de février, cy i"c xl'. •>

(2) « A Jehan Sifaiet, chaudronnier, la somme de cincq escus trente sols, pour cinquante- cincq livres de mesche de luy achetées et envoyées au chasteau de Rambures; mandement du 28 décembre, cy Ve" xxx'.

« A Anne de Bussy, hostesse du Pelit Saint-Jacques, la somme de douze escus trente sols, pour la nourriture des gens de guerre et cher aulx employés à mettre des munitions dans le chasteau de

Rambures ; ordonnance du 21 janvier, cy xir" xxx*. »

il 22

- tu -

demain paraîtra aussi celui de Pont-de -Remy (1). Cependant le Xll décembre, le roi ne doute pas du succès de son lieutenant sous Saint-Valéry. 11 désigne déjà l'officier qui commandera dans la ville après la prise. Il écrit toujours du camp devant Rouen au duc de Nivernois :

« Mon cousin, ayant délibéré de mettre une bonne garnison dans Saint-Vallery, si vous le remettes soubs mon obéissance, comme je l'espère , j'ay ad visé d'y faire entrer le sieur de Vuysmes avec sa compaignée, pour l'affection qu'il a à mon service, et pour l'asseurance que j'ay qu'il fera à bon escient la guerre à mes ennemys, joinct qu'estant près d'Ecosse (?), il aura tant plus moyen de tenir sa compaignée forte et bien complette. C'est pourquoy je vous prie aussy tost que vous aurés pris la dicte ville, d'y faire entrer lcdict sieur de Vuysmes avec sa dicte compaignée, à l'entrelenement de laquelle je pourvoieray. »

Autre lettre du même jour, du roi au duc de Nevers. Elle ne regarde que le paiement de - la levée » du prince d'Anhalt et le paiement aussi « des colonelz Frentz, Rebours et Tempel, » mais elle nous nomme de la sorte les principaux officiers employés au siège.

Le roi écrit encore quelques lignes le lendemain (13 décembre) au duc de Nivernois, à qui elles sont appor-

(1) « A Jehan de Mianné, un escu trente sols, pour avoir mené au Pondremy ung muid de blé et aultres munitions ; ordonnance du premier jour de juing, cy r" xxx*.

« A Jacques Briet, la somme de vingt escus pour vente de douze septiers de blé envoies au Pondremy; ordonnance du dernier jour de juillet, cy xx"'. »

(2) Il y avait donc aussi des Anglais ou des Ecossais dans le petit corps d'armée du duc de Nevers. Une note de l'éditeur des lettres missives, présume que ce de Vuysmes, que Henri IV écrit ailleurs Douymes, était anglais.

tées par le sieur de Reaux, « bien instruict, » etc. « Je vous prie, dit le roi, de vous résouldre à ce qu'il vous dira, d'autant que cela importe infiniment au bien de mon service. » Rien de plus. Les instructions apportées par le sieur de Reaux étaient verbales.

Enfin , dans une lettre adressée du camp devant Rouen, le Xlllle jour de décembre, au duc de Montmorency, le roi nous apprend lui même la prise de la ville; entre autres explications, il dit:

* et puis je viens d'avoir

nouvelles comme mon cousin de Ncvers, que je faisois lenir avec quelques forces du costé de la Picardie, a prins Saint- Vallery, qui est l'embouchure de la rivière de Somme , par où les ennemys avoient leur principal desseing de mettre du secours en ceste v:lle (dans Rouen), laquelle je suis bien résolu de presser doresnavant le plus que je pourray, etc. •>

Il écrit enfin, le XVIIe jour de décembre, au duc de Nivernois lui-même. 11 a reçu d'un témoin oculaire le récit des faits. 11 y a compétition pour le commandement de la ville entre les sieurs d'Eclebec et de Fleury. Le roi persiste dans le choix du sieur houymes et donne, dans les formes polies de cette correspondance, quelques ordres ou avis sur le nombre et la désignation des corn pagnies à laisser dans la place, etc. :

« Mon cousin, j'ai entendu^ par le sieur d'Eclebec, la rédaction de Samt-Vallery et les particulaiitez de la capitulation qu'avés accordée aux gens de guerre estans en ycelle ; ce qui m'a esté fort agréable pour la conséquence de la plaie, les munitions espargnées et le temps qu'avés gaigné. J'ay veu par vostre lettre que les sieurs d'Eclebec 1 1 de Fleury désiroient commander en ladicle place, et d'ailleurs vous me proposés les nécessitez qui s<? trouvent en ieelle ; a quoy il seroit besoing de pourveoir,

avant qu'ils voulussent accepter ceste charge, de laquelle l'un et l'aultre s'acquitteroient beaucoup mieulx qu'il ne se pourroit [sans] pourveoir aux dictes nécessitez (1) et munir ladicte place comme ils la demandent. C'est pourquoy j'estime, mon cousin, qu'il sera à propos, si vous le trouve's bon, d'en donner la charge au sieur Douymes (v), comme je vous en ay cy-devant escript. Il peut faire une bonne compaignée de gens de pied des harquehusiers qu'il a de présent dans sa compaignée. Vous pourrés laisser une aultre compaignée telle qu'adviserés, oultre celle du sieur de Chantrene, auquel j'ay accordé commission pour cest effect, suivant ce que m'avés escript. Le sieur Douymes pourra garder la dicte place avec les dictes trois compaignées de gens de pied et la sienne de chevaulx légers, en laquelle il y a plus de quarante maistres; et m'asseure qu'il rendra aussy bon compte qu'aultre qui en puisse avoir la charge. Davantage, il vous servira avec toute affection et fidélité en ce que vous lu\ commandeiés pour vostre particulier, et suivra l'ordre et establissement que luy donnerés. Vous jugerés, mon cousin, ce qui sera le plus à propos, et Tordre qui doibt estre estably en la dicte place pour la conservation d'icelle; à quoyje vous prie de pourveoir promplement,a(in que vous rebroussiés chemin, suivant clque je vous en écris par le sr de Reau, duquel j'attends le retour, » etc.

Le Lendemain , le roi écrit encore. Il est tout en contentement. 11 a reçu de bons rapports du duc, et approuve tout ce qui a été fait dans Saint-Valéry ;*il donne quelques nouvelles instructions conformes sans doute, comme par le passé, aux intentions mêmes de Nevers, et, déjà sûr de la conservation de la ville, jette

(1) C'est-à-dire: beaucoup mieux, ces nécessités étant

satisfaites que si on n'y pourvoyait pas.

(2) Le sieur Doumyes se faisant fort sans doute de garder la place sans toutes ces exigences. Il la grrda mal.

le projet de nouveaux impôts à percevoir sur la navigation, etc. :

« Mon cousin, j'ay receu vostre lettre du XIII' de ce mois, par laquelle j'ay esté bien ayse d'entendre particulièremant Testât de la place de Saint- Vallcry et vostre advis sur ce qui se doibt faire pour la rendre en estât de la pouvoir deffendre, ensemble le nombre de gens de guerre que vous jugés debvoir estre estably en icelle pour la conserver, comme aussy le prolit et la commodité qui reviendra à mes affaires en la conservant. Je loue et ay fort agréable le jugement qu'en avés faict et l'advis que m'en avez donné. Vous avez veu par la dernière que je vous ay escripte que, pour le nombre de gens de guerre, nos advis sont conformes ; et parce qu'il est besoing d'establir prompte ment l'ordre que jugés estre nécessaire pour la fortiffication et conservation de ladicte ville, je vous prie, incontinent que vous aurés receu la présente, d'y travailler et ordonner tout ce qui est à faire, tant pour l'establissement du gouverneur et des forces qui doibvent tenir garnison en icelle, que pour faire promptement lesdictes fortifications et réparations les plus nécessaires, prescrivant particulièrement aux sieurs Dwuysmes et aultres, que vous y Inisserés pour commander ce qu'ils auront à faire, tant pour ladicte fortiffication, par les moyens que m'avés proposé par vostre dicte lettre, que pour la garde de ladicte ville. Ce qui me fait vous en presser, mon cousin, c'est pour le subject du voyage du sieur de Reau et pour le nouveau advis que j'ai eu de rentrée du duc de Parme en mon royaume, etc. . .

J'ai vcu, par vostre dicte lettre, comme vous

ne me donnés seulement advis de ce qui est nécessaire pomladicte garnison, mais de ce qui peut servir pour l'cntretenement d'icelle, m'ayant représenté le grenier à sel qui y est, et proposé d'y cstablir la recepte des tailles et de lever un impost sur les vins et aultres marchandises qui entrent par la rivière; sur quoy j'ai commandé à Parant d'y envoyer un commis, pour le faict du sel et pour le regard de la recepte. Je vous prie, mon cousin, d'y mettre tel homme que jugerés capable pour faire

ladicte charge , attendu que les trésoriers de France de la généralité de Picardie sont trop esloignez pour y pourveoir. Quand à Timpost, je trouve bon qu'il soit levé sur le vin, à raison de trois escus pour tonneau, et plus, s'il se peut. Vous adviserés aussy à ce qui se peut lever sur les aultres marchandises qui entreront par ladicte rivière; et m'advertissant de l'ordre que y aurés cstably, je fera y expédier toutes les despesches nécessaires, touchant les arréraiges qui vous sont deubz de la rente que vous avez sur ma recepte générale de Normandie. Je trouve bon que vous preniés moitié des deniers qui proviendront dudict impost , jusqu'à ce que vous soyés entièrement payé d'iceulx. Le reste des deniers dudict impost servira pour entretenir la garnison , qui sera le moyen de continuer la levée d'iceluy et de conserver la dicte place. Pour le regard des munitions et aultres choses qui sont nécessaires pour ladicte ville, je vous prie y pourveoir du mieulx que vous pourrés, soit des premiers deniers qui proviendront du p3Sse-port que je vous envoyé ou par le moyen du commandeur de Chaste qui a intérest à la conservation de la dicte place, auquel j'en escris. » — Toujours du camp devant Rouen, le XVIII décembre. — Lettres missives de Henri IV, publiées par M. Berger de Xivrey.

Sécurité trompeuse. Le duc d'Aumale, qui n'a pu, malgré ses secours, faire tenir closes les portes de Sainl-Valery, se dispose à les faire rouvrir pour lui. Il inquiète l'ennemi, fait pousser des pointes dans la campagne, témoin l'escarmouche ou le combat livré à Feuquières dans la nuit du 16 au 17 décembre, et dans lequel ses soldats battent les reitres et rapportent leur cornette colonelle.

Abbeville est devenue un quartier-général. Les ordres, les secours en partent ; les nouvelles y viennent. Le duc d'Aumale se montre toujours plein de courtoisie pour le maieur. Au milieu des armes, l'Echevinage siège comme un sénat respecté ; il reçoit des trophées

Dans L'assemblée du XVII décembre, le maieur, qui revient du logis de Monseigneur d'Aumalle, rapporte que « mond. seigneur a mis entre ses mains la cornette colonnelle des reistres deffaicts ceste nuict par les soldards et gens de guerre, au- villaige de Feuquerre, où mond. seigneur les avoit envoies à cest effect, » le duc faisant vœu, « suivant son intention, au cas qu'il réussit bien, comme il est advenu, à Monsieur saint Georges, en l'église duquel il voulloit lad. cornette estre présentée. » — L'assemblée décide donc « que les curés et marguilliers de lad. église seront mandés pour lad. cornette estre mise et placée en lad. église, suivant l'intention de mond. seigneur. »

Avant de tenter une entreprise sérieuse sur Saint- Valery, le duc d'Aumale semble vouloir mettre Abbeville en parfaite sûreté et mener à bien une affaire importante pour lui. Cette affaire, qui peut-être ne le laisserait pas s'éloigner sans inquiétude, est la prise de possession du château que M. de Bellenglise n'a pu saisir il y a un mois. N'y a-t-il pas déjà quelque arrière intention contre ce château dans le projet d'estacade qui va paraître dès le 18 dans le chapitre suivant?

Une estacade sera faite au-delà de la chaîne du cliàteau. — Suile des abattis ordonnés aux abords de la place. — Lacune dans le registre aux délibérations. — La fin du château. — Les rapports du capitaine Grébault. — Recommandations et avis du duc d'Aumale au maieur. — Le maieur se rend chez le duc. — Conférence au logis du duc. — Le duc accuse de trahison les sieurs de llucqueville. — Il somme le gouverneur d'Abbe\ille de lui remettre le château. — Arrestation des sieurs de Hucquewlle. — Assemblée à l'Echevinage des anciens maieurs et échevins. — Renouvellement des accusations contre les sieurs de llucqueville. —

Sommation au lieutenant du gouverneur. — Déposition de Grébault à l'Hôtel-de-Ville. — Invitation au gouverneur de donner ordre à son lieutenant d'obéir à la sommation — Le gouverneur signe l'ordre. — Le maieur marche confie le château avec les compagnies de la ville. — Le lieutenant du château parlemente encore. — Ams que les garnisons de Calais et de Boulogne joignent celle de Rue — Le canon apprêté contre le château. — M. de Hucqueville renouvelle par « un des siens » l'ordre de céder — Le lieutenant s'exécute après avoir obtenu que la garde de M. de Hucqueville sera confiée par moitié aux bourgeois. — Le duc d'Aumale proleste n'avoir jamais \oulu s'emparer du château, n'avoir jamais voulu y mettre une garnison espagnole. — Il offre de donner le pre nier coup de pic pour le démantèlement. — La foule se rue à sa suite vers le château. — Ameublement de Madame de Hucqueville. — Les tapisseries du château d'Eu. — Le château est trouvé fortifié contre la ville, non contre le dehors. — Démantèlement. — Emploi d'une partie des matériaux jetés bas.

Le mercredi i« décembre, le duc d'Aumale se transporte encore à l'Echevinage où se trouve, avec les officiers de l'Echevinage, le gouverneur, M. de Hucqueville.

Le duc ordonne, « par advis de l'assemblée, qu'il se fera une estocquade à la rivière de Somme, au delà de la chaîne du chasteau, sellon la devise quy en sera faicte. » - Le sieur Manessier se charge de cette estocquade comme il s'est chargé de la chaîne.

L'ordonnance sur l'abattis des arbres autour de la ville a donné lieu, la veille (17 décembre), à quelques pilleries. — Des voleurs se sont permis d'abattre et d'enlever ces bois. — Défenses « sont faictes à touttes personnes de plus aller couper bois ny enlever ceulx quy sont coupés es endroits et lieulx où les propriétaires auront mis des ouvriers pour en faire l'abbat, à peine de la vie ; il sera néanlmoings enjoinct aux propriétaires et occupeurs d'avoir abattu leurs bois en dedans mardy prochain, à peine d'amende et confiscation des bois. - — Ainsi le 18, on ne donnait que six jours comme

dernier délai pour l'entier nettoiement des abords de la place.

Le jeudi, '10e jour de décembre, assemblée an son des cloches, c'est-à-dire générale. — Deux pages et demie sont restées en blanc et le procès-verbal n'a pas été transcrit.

Mais une lacune bien plus regrettable s'ouvre ici. La suite des délibérations de l'année 459J manque dans le registre échevinal. Y a-t-il quelque rapport entre l'enlèvement de ces délibérations et l'affaire de M. de Hucqueville et du château qui nous réclame maintenant? Je ne sais; mais le témoignage de Waignart qui lut encore, je pense, ces délibérations, n'en devient que plus important pour nous.

Laissons donc un instant Saint-Valéry pour suivre l'ordre chronologique des événements, comme le duc d'Aumale dut aussi alors perdre quelque peu de vue la ville à sauver ou à recouvrer pour en finir chez nous avec ses soupçons et mettre en règle ses projets po litiques. Par le fait, l'ordre chronologique est celui qui rend le plus saisissable ici l'enchaînement des mobiles, la corrélation des actes. Les événements sont des réflecteurs les uns pour les autres, et nous devons les voir et les représenter ainsi en nous transportant dans le temps.

M. Louandre les a résumés sagement dans les limites de son Histoire générale d'Abbeville. Ne nous occupant que d'une époque restreinte, nous pouvons nous étendre davantage, donnant les particularités et faisant connaître les personnages dans leurs paroles mêmes et presque dans leur geste et leur visage.

Page 1