IIS
« Cependant l'on dcllibèrc de se retirer et escripre à monseigneur d'Aumalle, gouverneur d'icelle province, à ce. qu'il luy plaise donner ordre à ce que Ton a advisé, dès y a longtemps, estre expédient d'armer les gens des champs, capables de porter armes, et leur distribuer des chefs par doiennés, à l'exemple de la Normandie, dont l'on pourra tirer ung service fort prompt au premier doubte ou apparence ouverte à l'incursion des ennemis de dehors et dedans ce roiaulme.
« Que. l'on ne trouve ad présent estre expédient d'eslablir et maintenir une Chambre d'estat en cette province de Picardie, ainsy qu'elle est establie, attendu que les villes de l'Union ne sont pas beaucoup es'oingnées dudict pais et subit donner un règlement général requis cy-dessus, joincl qu'il coustera infiniment à la province ad présent ruynée d'entretenir des depputtés au lieu où seroit establie ladicte Chambre.
« Touttefois, sy lesdicts Seigneurs trouvent estre expédient de régir la province par estais particuliers, il leur plaist (sic) ordonner [que] ladicte Chambre soit ambulatoire, régler la forme de l'establissement en nombre esgal de chacun bailliaige principal et Séncschaulcée, et qu'il n'y soit receu et admis auttres personnes que ceux quy seront elleus et depputtés, sans que au'eun auttre y ait voix et séance ou s'y puisse atlvancer ny prévalloir pour respect de dignité, auetorité ou quallilé qu'il ayt, et îirnitter le pouvoir et ce quy sera de la congnoissance et disposition des gensdesd. estais, parce que, aultrcmenl, l'on pourroit continuer des entreprinses sur la puissance souveraine, quy causcroient une division de Testât roial et couronne de France.
« Qu'alendant les estais généraux du roiaulme il soit pourveu aux bénéfices et dignités ecclésiastiques, estais et charges, tant militaires que de justice, dud. Ponthieu.
« Représenter auxdicls Seigneurs, les lettres escriptes aux
sieurs maieur et eschevins, le (en banc ainsi) dud. mois
d'apvril, par Messieurs du Conseil estai) y à Amiens, et la créance (la lettre de créance dont nous avez donné l'analyse) laissée par escript par les depputtés de la dicte Chambre avecq In résolution et response sur ce faicle par lad. commuiiaullé d'Abbeville. »
Les événements politiques généraux qui activent les émotions particulières de nos villes ont marché cependant. Henri 111 s'est accommodé avec le roi de Navarre (3 avril 1589).
Puis est venu le siège de Senlis par les ligueurs 5 Balagny a assemblé pour ce siège quatre mille hommes des Pays-Bas et de la Picardie. « On lui envoya d'Abbeville quatre compagnies d'infanterie que la ville avoit récemment levées peur sa défense, » — Formentin, que je cite avec les plus prudentes réserves, n'ayant trouvé nulle part la preuve du fait.
Le mois ne finira pas sans que le bruit des opérations de guerre ne vienne encore toucher Abbeviile.
Le dernier jour d'avril (Î5S9) , lecture est faite « des lettres de monseigneur le duc d'Aumalle , addressantes tant aud. seigneur de Ilucqueville que ausd. maieur et eschevins, affin d'avoir secours de quelque nombre de pouldre et balles pour servir au siège qu'il prétend faire de la ville de Compiengne. » Il est advisé, « pour la nécessité des affaires ausquelles on voit la province réduicte, que l'on aidera de ce que l'on pourra de pouldre, eu esgard à la quantité de ce quy s'en trouvera au magasin pour la munition de la ville. Et instamment, Me Lemoictié et Me Alexandre Gaillard, commis ausd. munitions en ceste ville, mandes et sur ce ois, a esté dellibéré qu'il sera envoie jusque au nombre
d'un mille (ou d'un millier) de pouldre et cent de
balles, ce quy a esté faici »
Le chapitre suivant , où commencera à retentir légèrement, ou dans le lointain, le bruit des armes, nous amènera rapidement à la bruyante et belliqueuse année échevinale 1589-1590.
Le gouverneur d'Abbeville chef d'une expédition dirigée vers Dieppe. — Bataille de Senlis. —Combat de Beauval. — Gentilshommes de Picardie massacrés. — Abbeville s'assure de Pont-Remy. — Enquête sur les politiques. — Emprisonnement de suspects. — M. de Rambures demande des secours d'argent et de munitions pour se soutenir en Boulonnais — Le gouverneur et lemaieur d'Abbeville iront conférer à Amiens sur la solde des troupes de M. de Rambures. — Résolution prise pour les fortifications d'Abbeville. — Précautions militaires pour assurer la moisson. — Mauvaises nouvelles de guerre. — Mesures de défense. — Assassinat de Henri III. — La cotte mise sur les halitants d'Abbeville sera levée en toute diligence. — Entretien de la garnison de Gamaches. — Députation à Amiens. — Une somme de douze mille écus sera levée sur les royaux et politiques
Abbeville a donc été prévenue de se tenir en garde contre «ceulx de Dieppe. » Une expédition va partir des limites du Ponthieu pour inquiéter, jusque sous le canon de cette ville normande, les ennemis de l'Union. Le gouverneur d'Abbeville sera le chef de l'entreprise (1).
La bataille de Senlis, qui fournit à Passerai une des plus lestes pièces de la Satyre Menippée (2), fut en ce temps le premier échec sérieux de la Ligue.
(1) Du VI* jour de may, a cslé dellibéré que pour certaine expédition militaire quy se doibt faire près et ès-environs de Dieppe, laquelle est détenue par les ennemis de l'Union et à laquelle expédition monsieur de Hucqueville, gouverneur, s'achemine en personne pour y estre le chef, sera envoyé une cacquede grosse pouldre et une aultre de menue [? ] grène [?] estans au magasin de cestc ville avecq six picques, huict pelles et ung essyeu, ce quy a été fait.
(2) Ce vaillant prince d'Aumale, Pour avoir fort bien couru, Quoy qu'il ait perdu sa maie, N'a pas la mort encouru.
Le lendemain, combat de Beauvat. Formentin écrit : « 18 mai 15S9, trois cents gentilshommes de ce comté et de l'Amiénois , renforcés de quelques compagnies à cheval d'Abbeville (1), de Montreuil et de Doullens, commandés par Charles Mirselin de Saveuse, gouverneur de Doullens, et Anne de la Brosse, son père (on son frère), furent battus près de Beauval, en Beausse, par le comte de Châtillon, comme ils alloient joindre le duc de Mayenne. Aucun d'eux ne voulut accepter le quartier qu'on leur offroit en promettant de ne plus porter les armes contre le roy. Charles de Saveuse, couvert de plaies, refusa tous les remèdes que le roy de Navarre vouloit lui procurer, et mourut avec plaisir en exaltant la mémoire du duc de Guise et maudissant ses assassins. »
Le bruit de ces événements arriva promptement à Abbeville.
« Tant de défaites, dit encore Formentin, causèrent bien du deuil aux principales familles du pays, mais personne n'en fut plus modéré Les prédicateurs, représentant tous ces morts comme des martyrs, couroient les campagnes pour exciter le peuple à les venger. »
Formentin prend plaisir à faire ici quelque peu de phrase. Ce ne sont pas les campagnes qui paraissent le plus entraînées par les passions de la Ligue ; ce ne sont pas elles qui s'animeront pour venger les défaites des princes catholiques. Formentin semble avoir accepté • sur la Ligue des opinions toutes faites, les opinions de son temps, les réprobations de parti pris et déclama-
(I) Je ne rencontre nulle mention de cette compagnie dans les registres de TEchcvinago.
toires que devait outrer Devérité. La modeste prose de notre historien renferme comme un écho prolongé, affaibli, mais tenace, de la Henriade, ce grossissement ou plutôt cet épaississementde voix de la Satyre Ménippée. Revenons aux faits avérés, aux faits consignés dans l'im mense histoire manuscrite que conservent nos registres.
Abbeville va se couvrir, à deux lieues même de ses murs, en occupant Pont-de-Remy avec une garnison de sa propre milice bourgeoise:
« Du XXIe jour de may, a esté dellibéré, pour obvier aux inconvéniens quy pourroient survenir et attendu le inavais bruict quy court de la deffaicte d'une partie des trouppes de monseigneur d Àumalle, qu'il sera envoyé au pont-Dremy,.pour la conservation de la place et du pays, douze hommes de chacune cincquantaine avecq vingt aultres des aultres habitans de ceste ville, quy seront conduicts et menés par monsieur de Moienneville, eschevin et maistre de la cincquantaine des harquebousiers ausquels sera baillé et dellivré par Me Alexandre Gaillard, eschevin, la somme de douze escus pour faire ces frais [?] et chacun des vingt aultres habitans la somme de XXX sols. »
On délivre a ces soldards « de la pouldre et des mesches. »
Nous arrivons à des résolutions plus graves exécutées à l'intérieur. Les témoignages de l'Echevinage nous font surprendre des déliances, des divisions dans la ville. Le parti des politiques inquiète le parti des zélés de l'Union. Ceux-ci, ayant la force, le nombre, l'autorité, prennent leurs précautions en conséquence, c'est-à-dire en incarcérant tout au moins ceux de leurs concitoyens qu'ils soupçonnent de penser autrement qu'eux.
<■ Du XXIIe jour de may, sur ce quy a esté proposé à lad. assemblée que une grande rumeur est par la ville entre les habitans, à l'occasion que plusieurs personnes politicques mal affectionnés à l'Union, mcsmes aulcuns de ceulx quy ont ja esté emprisonnés et reprins, se cominunicquent ordinairement, usent de plusieurs propos mal sonnants pour refroidir ceulx quy y sont bien affectionnés et font signes manifestes de resjouissance des mavais événemens survenus au camp de Senlis, et ailleurs contre les catholicques dont les prédicateurs, ne cessent de parler et avecq le poeuple, a esté advisé pour prouvoir et mettre ordre aux inconvéniens quy en pourroie;it réussir que chacun de Messieurs les eschevins apporteront fidellement par escript et mettront entre les mains du Procureur de la ville, quy en fera ung recoeul, les noms de ceulx qu'ils estimeront poîiticques et user (et qu'ils estimeront useu) de ceste façon de faire et les cris [?] dont ils (les politiques) seront accusés et les tesmoingsquy en pourront parler, pour, sur sa poursuite etrcquestc,yestrepromptement prouveu par telles voies, qu'il sera advisé sellon la gravité des accusations. »
Cinq jours après, le « XXVIIe jour de may, » assemblée générale au son des d.mx cloches au Petit Echevinage(i).
L'assemblée délibère « que ceulx ausquels commandement a esté faict d'eulx représenter en l'Esche vinage, le jour d'hier, pour la suspection que l'on a de leurs personnes, seront sommés de rechef et à eulx enjoinct d'eulx représenter aud. Eschevinage en dedans luady [?]
(1) Je ne sais pourquoi, à la date où nous sommes, plusieuis asscmble'es générales sont tenues au petit Eclievinagc.
huict heures du mattin, à telles peynes contre chacun d'eulx qu'il sera advisé par Messieurs maieur et eschevins, pour laquelle peine les deffaillans seront exécuttés et leurs biens saisis et annotés, mesmement gardes mises en leurs maisons à leurs despens, sy besoing est. »
L'assemblée avoue et trouve bon « l'emprisonnement et capture faicte des personnes lesquels le jour d'hier furent, par Messieurs, mandés et retenus prisonniers, comme aussy ce quy sera par eulx faict cy-après pour ceste affaire. »
Waignart se trompe donc d'un jour seulement lorsqu'il dit:
« Led. vingt-septiesme may, furent envoyés quérir en PEchevinage Messieurs Mes Paul Yver, chanoine et trésorier de l'église collégiale de Saint Vulfran, N. «Cardon, aussy chanoine, Marand, Normant [?] prebtre habitué à
Sainte-Catherine, (en blanc dans le reg.) prebtre
habitué à Saint-Eloy, M" Pierre Tillette, S1 de Mautort, président et antien maieur, Claude Gaillard, conseiller ( 1 ), Antoine Waignart, avocat et substitut de M. le procureur du roy, Claude De le court et Olivier Damiens, advocats; Commet (2) médecin -, honorables hommes Grégoire de
(i) Gaillard s'était échappé sans doute. M. Traullé a retrouvé, — 1589 , — une requête de Marie Lhiver , femme de Claude Gaillard, conseiller au PrésMial, aux lins de permettre à son mari de rentrer dans la ville pendant la Ligue. — Inventaire de litres, etc.
(2) Je trouve ce nom écrit Gomel dans les registres. Gomel demeura politique ou du moins très-suspect, puisque nous le voyons condamné, en 1589-1590, comme ennemi de l'Union. Il mourut pendant la Ligue. Ce qu'il y a de certain, c'est que le XXIXe may 1595 , sa veuve présentait à l'Echevinage une
Buissy, Jean Vaillant, iNicolas Caron, maistre du Bar, Boutars père et fils, Gondré [?] et aultres; et là furent retenus prisonniers. Du depuis on envoya une partie au chasteau de Ponthieu. Le sieur de Mautort pria d'avoir sa maison pour prison; ce quy luy fut accordé avec garde des mortes payes du Sr de Hucqueville, gouverneur. Six semaines ou deux mois après on les fit sortir. » — Waignart, Exempl. abrégé, p. 336.
Je trouve enfin , à la date du lendemain , dans le registre de l'Echevinage :
« Du XXVIIIe may, suivant la dellibéralion du jour d'hier, est ordonné aux personnes cy-après nommés d'eulx représenter demain huict heures du mattin au grand Eschevinage à peine de saisir leurs biens et des amendes portées en la liste portant commission dellivrée par le greffier aux sergeants à maces, par ordre desd. sieurs gouverneur, maieur et eschevins. »
Malheureusement les noms annoncés manquent (1).
Ces mesures de rigueur occupent encore la fin du mois et une partie du mois suivant :
Le XXX mai, (au petit Echevinage, assemblée nombreuse, bien que je ne la croie pas générale).
« Sur la proposition faicte à l'assemblée que ceulx quy ont esté puis naguaire emprisonnés au grand Escherequête « affin d'estre rembourse'e de la somme de cinequante escus à laquelle le deffunct avoit esté condamné par sentence de céans (de l'Echevinage), en décembre mil Ve quatre-vingtsnoeuf, » elle appuyait cette requête sur « l'ordonnance pour ce faicte en sa faveur, par nous, de Caumnrtin, maistre des requesles de l'hostcl du roy, le XXII* novembre Ml" XIII (1594). »
(1) Cette séance, ainsi que les trois suivantes, se tient encore au Petit Echevinage.
vinaige pour les suspicions que le poeuple avoit contre eulx sont en grand nombre aud. Eschevinaige, y donnant grand empeschement,communicquant d'aillieursles ungs avecq les aultres, a esté advisé qu'il en demeurera un tiers aud. Eschevinaige (i), les deux auttres tiers mis en la court de Ponthieu, et les gens de guerre, en nombre de quatre, au prieuré de Saint-Pierre.
« Que, au lieu des soldards quy ont eslé baillés à la garde de Mr le Président en sa maison , seront mis d'auttres gardes des habitans en icelle, ou bien qu'il sera mis en la garde d'un notable bourgeois non suspect, au choix desd. maieur et eschevins, que l'on chargera, aux peines et conditions quy seront ordonnées par iceulx maieur et eschevins.
•« Que ceulx qu'il a esté dellibéré estre admonestés, sellon la liste quy en a esté faicte par lesd. sieurs maieur et eschevins, seront désarmés le plustost qu'il se pourra et leurs armes mises en la garde des cappitaines des quartiers quy s'en chargeront sellon l'inventaire quy en sera faicte, pour en armer ceulx quy en auront besoing estans soûls leurs charges, affin de s'en servir en cas de nécessité. »
Le deuxiesme jour de juing au petit Eschevinage :
« Sur ce quy a eslé remonstré que, quelques sommations que l'on ayt faict faire à ceulx contre lesquels on a quelque suspicions, d'eulx rendre prisonniers au Grand Eschevinaige, ils n'ont ce faict, moings ung ou deulx, a eslé advisé, veu l'exploit des sergeansquy ont faict lesd.
(1) Du XVI août (1589), je crois deviner que Jacques Lecat, sergeant à mace, commis à la geolle et garde de céans (l'Eschevinage), a laissé faire une évasion, et en sa place est nommé Jehan de Bailoeul, qui fait le serment requis.
commandemens et conclusions du Procureur de la ville, que itératifs commandemens seront faict aulx déïaillans d'eulx représenter prisonniers en dedans lundy prochain huict heures du mattin au Grand Eschevinaige, à peine d'estre proceddé à la saisie et annotations de leurs biens et des amendes particullières déclarées en la commission à ceste fin expédiée suivant nostre ordonnance par le de nostre greffier. »
Le cinequiesme jour de juing, assemblée ordinaire par devant le maieur, neuf eschevins présents:
« A esté advisé sur l'eslargissement requis par ceulx emprisonnés pour les suspicions que l'on avoit de leurs personnes, que les deulx collèges seront assemblés aux premiers jours pour en adviser. »
Le XII juin enfin, dans une assemblée générale au grand Eschevinage, parmi beaucoup de questions débattues et de décisions prises, je lis :
« A esté aussy advisé sur l'eslargissement requis par ceulx emprisonnés pour les suspicions que l'on avoit de leurs personnes, que lesd. sieurs maieur et eschevins pourront eslargir ceulx qu'ils jugeront et congnoistront estre moings chargés et où il y a moings de cause de suspicions, à la caution de leurs parens ou quelques nottables bourgeois non suspects quy se chargeront de les faire représenter lorsquy (qu'il) leur sera ordonné et de respondre en leurs noms privés qu'ils (les suspects) n'attenteront en aulcune façon que ce soit contre le repos publicq; et, pour le regard des aultres, que leurs procès seront faicts et qu'à ceste fin la censure obtenue par le Procureur de la ville sera annoncée par les paroisses de ceste ville. »
Parmi les suspects étaient encore Maximilien Le Roy, lieutenant particulier.
« Du XVII juing, au petit Eschevinage, par-devant A.Manessier (1) :
«Suivant l'assignation baillée à François Gaugain [?], recepveur de monsieur de l'Espinoy ("2), ad fin de faire foy quels deniers il a entre ses mains ou qu'il doibt paier à Mr le Lieutenant particulier ; icelluy oy par serment a affirmé que, comme recepveur dud. sieur de Lespinoy, il a accoustumé paier chacun an, aud. sieur lieutenant particullier la somme de nc livres de rente deubs par led. sieur de Lespinoy aud. sieur lieutenant particullier, et il doibt lad. somme escheue de ça le dernier jour de may, surquoy par advis de l'assemblée a esté faict deffense aud Gaugain de widder ses mains de la dicte somme à peine de paier deux fois et d'icelle tenir preste pour la dellivrer touttefois et quand qu'il luy sera par nous ordonné, ce qu'il a promis faire. »
XX juing, au petit Echevinage, par devant A. Manessier tenant les sceaulx (3) :
« En conséquence de la délibération du XVII, par laquelle auroit esté faict deffence à François Gargain etc., (voir plus haut) a esté ordonné aud. Gargain de dellivrer promptement lad. somme de nc livres ès-mains de Charles De le warde, argentier de lad. ville, (suivant quelques conditions pénales en cas de défaut à l'ordonnance) faisant lequel paiement il sera d'auttant des-
(1) Le Mayeur el le Gouverneur étaient alors députés à Amiens au Conseil des Estnts de la province de Picardie.
(2) Ailleurs le prince de Lespinoy.
(3) Même remarque que précédemment.
chargé tant vers led sieur de Lespinoy que led. Le Roy, et l'en garandira [?] la ville comme ayant esté lad. somme prinse sus et tant moings de l'amende de vc[?] escus [?] en quoy led. Le Roy a esté condamné vers lad. ville.»
Si les affaires des Ligueurs périclitaient entre Senlis et Paris, et par conséquent un peu aussi dans toute notre province, comme le prouvent tant de mesures prudentes ou inquiètes, elles ne se soutenaient pas non plus sans difficulté dans le Boulonnais, qui touche à notre Ponthieu même.
Le danger pouvait venir aussi de ce côté, et cette prévision occupe, le XXVII mai, une assemblée générale tenue au Petit Echevinage.
L'objet de la réunion, expliqué par M. de Hucqueville, est d'aviser sur les lettres qui sont venues de la part de monsieur de Rambures, « affin d'estre secouru d'argent et de munitions pour se conserver et ses trouppes au pais de Boullenois-, surquoy a esté advisé que led. sieur de Rambures sera secouru et aidé de la somme de quatre cens escus procédans du remplacement ordonné par Messieurs d'Amiens pour les pouldres et munitions d'artillerie par cy-devant envoiées de ceste ville (d'Abbeville) à Monseigneur d'Aumalle, duquel scecours sera subvention faicte aud. sieur de Rambures et sera donné advertissement à Messieurs d'Amiens. Lesquels seront suppliés d'ordonner les remplacer sur les deniers les plus clers, soit du domaine et aide ou de vente procédans de biens de ceulx quy sont en party contraire. »
Cette question du Boulonnais à conserver à l'Union, revient encore le 12 juin, avec celle des fortifications
d'Abbeville même, avec celle des garnisons du Crotoy et de Gamaches (I).
Le XIIe jour de juing, assemblée générale au son des deux cloches au grand Echevinage:
.< Sur ce qu'il a esté donné à entendre par led. sieur gouverneur, l'assemblée estre faicte pour adviser sur certaines lettres receues par led. sieur maieur de monseigneur de Mayne, de Messieurs du Conseil de Paris, de Messieurs d'Amiens et deppuis d'aultres de monsieur de Rambures, affin de prouvoir de deniers aud. sieur de Rambures, pour l'entretenement de ses forces au pais de Boullenois, montant à mm c mi1 xvm escus [?] par mois sellon Testât envoyé par les dicts sieurs d'Amiens, représenté à l'assemblée, et qu'il a esté aussy mis en avant la nécessité de deniers qu'il y a de deçà pour y prouvoir, ensemble aulx réparations et fortifications de lad. ville ouverte de touttes parts en plusieurs endroicts où il est besoing travailler en toutte dilligence et au fournissement de la solde des gens de guerre mis en garnison tant à Gamaches, Crotoy qu'autres en droicts où il s'est trouvé nécessaire pour empescher les entreprinses des ennemys, àquoy il est aussy très nécessaire de prouvoir en dilligence après que lecture a esté faicte desd. lettres et estât.
« A esté advisé pour le rapport de la fortiffication de lad. ville, que la dellibération dernièrement faicte pour l'exécution des arrieraiges des cottes et levées de deniers faictes ès-années précédentes, seignament ceulx de la mairie de Mr. Rohault, sera exécuttée promptement et
(1) Dans une délibération du XIX juillet il sera question des harquebuziers à rouet, estans en garnison à Gamaches.
sans dellay, quy seront emploies ausdictes fortiffications avecq la somme de deulx cens escus que s'est submis » paicr par sepmaine Me Charles Maillard, recepveur du Ponthieu, sur les quatre mil quatre cens escus qu'il doibt paier à lad. ville pour estre emploies à cest effet et que cependent succédera [?] la levée de deulx mil escus sur les habitans.
« Que, pour les deniers qu'il convient, tant pour la solde des garnisons que des trouppes dud. sieur de Rambures, lesd. sieurs gouverneur et maieur se transporteront en toulte dilligence (1) en la ville d'Amiens, ausquels (aux membres du Conseil) ils représenteront le peu de fonds et charges (et les charges) qu'il y a au domaine du Ponthieu, et, à ceste fin, en exhiberont Testât au vray, pour sur ce en avoir leurs advis et en dellibérer meurcment à leur retour, ausquels mesmes ils conféront (conféreront) du contenu en la lettre desd. sieurs de Paris.
« A esté dellibéré par l'assemblée que Mr Rohault, antien maieur, mettra es mains dud. Manessier, eschevin, certain estât qu'il a entre ses mains où est contenu les arrérages des cottes de son année, en dedans ce jour, à peine d'emprisonnement de sa personne.
(I ) Le gouverneur et le maieur partirent immédiatement ou dès le lendemain. M. de Hucqueville profita de son voyage pour transmettre aux Amiénois une demande de sa femme. Nous voyuiis que le 13 juin, t madame de Hucville, femme du gouverneur d'Abbevillc, demande s'il lui sera permis de parler à madame de l.ongueville, auquel cas elle viendra à Amiens.— L'Echevinagc d'Amiens refuse la permission. » — Documents inédits sur Fhistoire de France, mis en ordre pêr MM. Louandrc et Bourquelot sous la direction de M. Thierry, tome h, p. 990.
« Et le lendemain (XIII juing) il est advisé au Petit Echevinage par devant A. Manessier, premier esche vin tenant les sceaux, suivant la dellibération des cstats du Xll (de la veille), après avoir veu la signification faicte de lad. délibération aud. Rohault, antien maieur, que commandemens seront faicts aud. Rohault de satisfaire au contenu de lad. dellibération en dedans midy, sinon, et à faulte de ce faire, rendre son corps prisonnier, à peine de cent escus d'amende. »
Le mois de juillet amenant le souci de la moisson prochaine fait diriger, avec un redoublement d'activité, les précautions militaires du côté de la campagne.
Le VII juillet, au grand Eschevinage, au son des deux cloches, assemblée générale. Les anciens maieurs, le prieur et deux religieux de Saint-Pierre, les conseillers du roy, le gouverneur de la ville, etc.
« Led. sieur gouverneur aiant représenté ce quy s'est passé en la ville d'Amiens, durant le temps que luy et led. sieur maieur ont esté au Conseil des estats de ceste province de Picardie, et comme il avoit esté advisé, pour asseurer la liberté de la récolte des froments [?], de mettre quelques compagnies en garnison es places les plus commodes, et, à cest effect, lever quelques deniers sur les habitans des villes, mais doubtant que lesd. csmpagnies ne soient bastantes (suffisantes) pour empescher les courses des ennemis l'on avoit faict assembler pour adviser sy l'on trouvera bon de lever en ceste ville une compagnie de cent chevaulx légers quy demeureront prests en ceste ville pour estre emploies l'occasion s'offrant.
» A esté dellibéré qu'il est expédient de faire et lever en ceste ville une compaignie de chevaulx légers quy sera
composée de cincquante ou cent hommes et que, pour adviser de la forme de la levée et des moiens pour y satisfaire, les habitans s'assembleront chacun en leurs chambres pour au premier jour rapporter leurs résolutions chacuns.
« Et pour le regard de la compaignie de Rouvroy, que Messieurs de la Chambre des estats seront priés trouver bon qu'elle soit composée de cent hommes de pied au lieu de cincquante chevaulx légers, attendu que la solde de cent hommes de pied ne coustera non plus que cincquante chevaulx légers. »
Le samedy huictiesme jour de juillet, au grand Echevinage :
« La noblesse du pais, tant de Ponthieu que de Vimeu, appellée à ce jour suivant les lettres quy leur ont esté envoiées pour dellibérer et adviser à la conservation du pais et conduicte des paisans ausquels a esté enjoinct d'avoir armes, pour éviter l'inconvénient et confusion quy pourroit en arriver, a esté d'advis de choisir et eslire deulx chefs généraux d'entre eulx, l'un pour commander en Ponthieu, l'autre en Vimeu, soubs lesquels les habitans des villages dud. Ponthieu et Vimeu se rangeront sellon le deppartement quy en sera faict, ausquels seront semblablement baillés et choisis gentilshommes des pais pour commander soubs la charge desd. deulx chefs généraulx. »
Et encore la semaine suivante :
Le XI1II juillet, assemblée générale au son de deux cloches
« A esté advisé sur la proposition faicte par
et lecture faicte de la dellibération du VlIujourde ce mois, pour la levée de cent ou cincquante chevaulx
légers pour la seureté de la récolte
que lad. levée ne se peult l'aire pour la foullure que ce pourroit souffrir la ville et habitans, n'est estans aydé de ceulx de la ville d'Amiens et aultres lieulx quy en pourront recepvoir commodité et que lad. ville et habitans seront deschargés des vnm livres ordonnés estre levés pour le paiement et entretenement des garnisons.
« Et pour faire remonstrances de ce que dessus et de la nécessité d'y prouvoir, la récolle estant instante et pressée, messieurs Tillette et Liault (1), se transporteront vers Messieurs des estats de ceste province à Amiens.
« Ensemble pour faire remonstrance à Messieurs d'Amiens que les garnisons ne sont suffisantes, tant en hommes que en armes, pour opposer aux grandes forces de ceulx de Dieppe, de Boullenois et autres. »
Les nouvelles de guerre viennent toujours et assez mauvaises. Les délibérations nous montrent l'inquiétude en nous indiquant les délibérations prises. Le XVIe juillet:
<• Sur la remonstrance faicte du bruict qui court que les ennemis sont proches de Beauvois, d'ailleurs que ceulx de Dieppe courrent jusques à trois et quatre lieues de ceste ville, et que le Boullenois est habandonné et conséquemment le besoing de prouvoir à plusieurs nécessités et éviter les inconvénients dont l'on est menacé par ce moien et trouver argent pour prouvoir à la répation de la ville aux endroicts les plus dangereulx, faire provision de pouldre à canon, salepestre et autres munitions, ensemble de picques, pelles et hostes (hottes).
(l)Leault?
« A esté advisé que l'on travaillera au curement et eslargissement du fossé du boullevert de Rez du costé où est la maisonneve [?] et que l'on emploira en achept de pouldres jusques à quatorze ou quinze cens escus, pourquoy faire sera levé sur tous les habitans exempts et non exempts, prévillèges en non prévillèges, la somme de deulx mil escus.
« Au surplus qu'il sera enjoint aux habitans d'eulx prouvoir de picques, pelles et hostes, sellon leurs moiens; à fautte de quoy faire, quy (qu'il) leur en sera baillé à leurs despens.
» Et que pour la nécessité, sy elle s'offre, par l'advis des gentilshommes bien zellés voisins et quy communicquent ordinairement en ceste ville, l'on advisera d'y appeller ou recepvoir ceulx du plat pais pour les accommoder et s'en servir pour la deffence de la ville. »
Dans l'assemblée à deux cloches du XIX juillet, il est toujours question des craintes qu'inspirent les courses, au moins possibles, de l'ennemi du côté de Normandie.
La ville veut voir clair autour d'elle, prévenir les embuscades sous ses murs; elle détruira donc tout ce qui pourrait aider à l'ennemi et la gêner elle-même dans la défense.
Ainsi le dernier jour de juillet :
« A esté advisé que les commandemens cy- devant [l'aicts] pour l'abbatis des bois estans aux faubourgs de ceste ville à mille pas près des fossés d'icelle seront exécuttés, et, à ceste fin, seront les publications ral'freschies pour y satisfaire en dedans vingt-quatre heures.»
Henri 111 est assassiné le premier août. Cet événement , laissant désonnais la Ligue en présence d'un
prince hérétique, ne disposera pas les esprits aux idées de paix.
XIII aoust : En cette assemblée, nombreuse mais
non générale, faite au son d'une seule cloche, on s'occupe de plusieurs mesures militaires, des marches de M. de Longueville, de la cotte mise sur les habitans (pour l'acquisition de poudres et de salpêtre) et qui doit être levée « en toulte dilligence, etc. »
Quelques jours après, on s'occupe de la garnison de Gamaches (1).
C'est pour ces questions de guerre, de protection de la campagne au moment de la moisson, de défense commune contre les armées des deux rois , que Nicolas Tillette, Estienne Leau et FJeauvarlet avaient été, vers la fin de juillet, envoyés à Amiens.
Le XXVI juillet, une assemblée entend le rapport «du voiage faict en la ville d'Amiens par Mcs Nicolas [?] Tillette, advocat de ce comté, Estienr.e Leau, bourgeois de ceste ville, et led. Beauvarlet, eschevin, suivant les délibérations des Xlll et XIXe jour du présent mois de juillet. Icelluy Tillette, pour ce comparant aud. Eschevinaigc, a faict led rapport et a représenté à lad. assemblée certaines lettres de Messieurs de la Chambre d'Amiens en date du XXUIIe du présent mois, lesquelles ont esté leues à lad. assemblée; et, ce faict, led. maieur, au nom de lad. ville, a faict le remerciement ausd. Tillette, Leau et Beauvarlet. »
(l) Du XVIe aoust :
A esté aclvisé que la compaignie de du Crocq estant à Gamaches sera entretenue, et que, pour les soudoier, seront vendues les
moeubles saisis en ung coffre de appartenans au lieutenant
particulier (M« Maximilien Le Roy). Voyez plus haut, p. îOi-'JOS.
Deux notes que j'emprunte, l'une à Waignart, l'autre àFormentin; elles se rapportent, mais sans date précise, à la fin de l'année échevinale :
« Il fut advisé, par une assemblée générale, de faire un fond pour les affaires de la Ligue, et qu'on lèverait sur les royaux et politiques et leurs alliés la somme de douze mil escus. Le sieur maieur de Maupin en fit la coste pour la faire exécutter par son successeur qui ne le voulut faire, encore qu'il en fut importuné par les plus zellés. » — Waignart, Exempl. abrégé, p. 337.
« Sur la fin d'août, le maieur d'Abbeville, pour subvenir aux frais de la guerre, leva un nouveau subside;
il contraignit François Jounest, receveur des de
ce comté, de prêter serment à la Ligue. Le chapitre de Saint-Vulfran mit iuutilement tout en œuvre pour s'affranchir du nouveau subside, il fallut qu'il en payât sa cotte-part. » — Formentin.
FAITS DIVERS
Le maître de l'artillerie non exempt de garde. — Réparations de ponts. — L'Echevinage n'admet plus de filles en la maison des repenties, — La peste. — Sur la qualité de comte de Ponlliieti, prise par le duc d'Aumale, suivant Formentin. — Culture en souffrance. — Difficulté de relouer la ferme du Val aux lépreux. — Rachat par la ville d'une redevance due aux chanoines de Longpré. — Les certificats de religion.
En ces derniers chapitres, faits divers, nous réunissons, à la fin de chaque année échevinale, les souvenirs intéressants à certains titres, mais d'importance trop minime pour être rattachés aux événements qui ont occupé plus sérieusement l'Echevinage et la ville.
Parmi ces souvcn irs se présente d'abord en cette année la réclamation du maître de l'artillerie, Alexandre Gaillard d'Ochancourt. Cet échevin prétendait que sa charge de surveillance sur l'artillerie de la ville l'exemptait de garde. L'Echevinage décida le contraire (1).
Nous ne pouvons suivre d'autre ordre logique, dans ces rapprochements de notes, que la succession des dates.
La ville fait réparer quelques ponts ; pont de la porte du Bois, pont de l'isle, pont de la Portelette ; — nous lisons :
XXIIe jour de novembre (1588):
« Sur ce que led. Sanson (eschevin) a remonstré qu'il est expédient et très-nécessaire de racoutrer promptement le pont de la porte du Bois quy tombe en ruynes, comme aussy le pont de l'isle, et que, pour ce faire, il seroit bon d'achepter quelques chesnes, a esté dellibéré, etc. » Le sieur Sanson est chargé lui-même, par l'Eche-
(1) Du XXI octobre, par-devant À. Manessier, premier eschevin (le maire était à Blois) : Le dict sieur Manessier a faict entendre à rassemblée que monsieur de Hochancourt (Alexandre Gaillard), l'un des eschevins de ceste ville, prétendoit estre exempt de garde pour ceste année pour raison de la charge quy luy avoit esté baillée de maistre de l'artillerie; pour quoy il requéroit lad. assemblée d'en résouldre à cette lin que Ton ne dict après que cclla s'est faict sans délibération. Sur ce, prins al vis à l'assemblée et après avoir oy les ofliciers de lad. ville et portiers d'icelle, quy nous ont rapporté que il ne s'est jamais veu que ceulx quy ont esté cy-devant en mesme charge que led. sieur Gaillard enssent esté exempts de garde, attendu aussy la conséquence du faict et que ceulx quy seront cy-après en mesme charge vouldront prétendre pareille exemption, a esté dellibéré par advis de lad. assemblée, que le sieur de Hochancourt sera comprins au pappier de la garde.
vinage, d'acheter les chênes nécessaires pour les réparations.
Et:
Du XXIIe jour de novembre (1 588), a esté dellibéré qu'il seroit dellivré à Iehan Darrasm c de vieulx fers trouvés en cest Eschevinage a la charge d'en emploier une partie à la réfection de la chaine du pont de la Portelle. — Je lis ainsi pour Portelette évidemment. — Rtg. aux délib.
Les résolutions anticharitables prises envers les tilles repenties sont toujours appliquées par l'Echevinage avec la même rigueur inflexible :
« XXX janvier, sur ce quy a esté présenté par Alizon Lecocq, affln d'estrc receue au nombre des tilles repenties, a esté advisé en conséquence des délibérations cy-devant faictes que lad. Lecocq n'y sera receue, ny aulcunes quy se pourroient présenter à l'advenir. » — Registre vux délibérations 1588-1589.
La même rigueur d'ailleurs persistera l'année suivante :
« Du vendredy sixiesme jour de juillet, sur requeste présentée par les sœurs repenties, aflin de receproir et admettre en leurs maison certaine fille, veu les délibérations cy-devant faictes sur ce subject, a esté advisé, en conséquence d'icelles, qu'elle ne sera receue ny auttres quy s'y pourroient présenter à l'advenir; et, au surplus, a esté ordonné que certain livre couvert de cuir noir, par elles représenté, contenant les statuts et ordonnances de leur maison demeurera en cest Eschevinaige, et, à ceste lin, a esté mis en l'un des coffres d'icelluy. » Reg. aux délib. 1589-1590.
Néanmoins, peu de temps après, — mais en l'année échevinale postérieure encore, — l'Echevinage se départ en un seul cas, et en récompense de services rendus, de la règle adoptée :
« Du vingt-troisiesme jour d'octobre, sur la requeste présentée par Loise Besin [•] joeune fille à marier, natifve de Saint-Souplis
près la ville d'En, affiri d'estre receue en la maison des repenties de ceste ville, prins advis à l'assemblée, en considération des services faicts par lad. Besine [?] à la garde des mallades de ceste ville durant l'espace de huict mois qu'elle est demeurant en lad. maison, avons icelle recepueue (reçue) et recepvons en lad. maison des repenties, sans tirer en conséquence pour Padvenir ny faire préjudice aux délibérations cy-devant faictes sur ce subject et à la charge de s'y gouverner honneslement et faire son debvoir à la garde desd. mallades. — • Reg. aux délib. 1590-1591.
Au fond, on n'était en ces temps ni d'une tendresse ni d'une compassion excessives ; témoins même quelques charités parcimonieuses de la ville pendant les pestes, charités assez durement gagnées d'ailleurs (1).
Avant d'aller plus loin, revenons sur cette assertion de Formentin, que le duc d'Aumale eut la témérité de prendre la qualité de comte de Ponthieu. 11 ne faut voir là, sans doute, qu'une supposition satyrique acceptée sans examen par Formentin. Cette supposition serait assez dans l'esprit qui courut pendant la Ligue. Un
(1) «Le 6 mars (1589), sur la requeste présentée par M* Phle de Bordeaulx, saigneur des prestiférés de ceste ville, afin d'estre taxé pour avoir, environ sont quatre à cincq mois, — il y a environ quatre ou cinq mois, — recoeully avecq luy ung nommé Anthoine Durot, joeune enfant orphelin quy estoit pestiféré, n'aiant nuls moieus pour vivre , par nostre commandement et avoir icelluy tenu avecq luy l'espace de quatre mois, pour s'en servir tant à porter les corps morts de lad. maladie comme aultrement, pendant lequel temps il avoit icelluy entretenu, tant d'accoustremens, vivres comme aullres. . . . (mot que je ne peux lire) quy luy esloient nécessaires, nous avons taxé aud. de Bordeaulx, par advis de l'Assemblée, en considération de ce que dessus et eu esgard à la commodité qu'icelluy Durot a apportée à lad. ville , à aider aud. de Bordeaulx à porter lesd. corps , la somme de six escus. »
pamphlet du temps, Bibliothèque satyrique de Madame de Montpensier, nous fournit ce titre : V espérance perdue du royaume de Picardie, livre dédié « à Madame d'Aumale, avec les regrets de Madame, imprimé à Dourlens. » Jusqu'à preuves contraires, je crains bien que Formentin n'ait pas vu de ses yeux les actes qu'il invoque en témoignage.
La culture devait être en souffrance dans tous les environs d'Abbeville C'est à grand'peine que l'Echevinage put relouer la ferme du Val-aux lépreux. Le maieur expliquait, le XXVIIe frebvrier, « que le bail des terres de la maison du Val avoit esté plusieurs fois publié à bailler et assignation pour ce faire à ce jourd'huy dix heures du mattin, ce quy estoit nécessaire pour ce que le bail s'en va expirer. » Il exposait encore » qu'aucune offre ne s'en est faicte, sinon par Jacques Carbonier, quy en est ad présent occupeur, quy a faict offre d'icelluy reprendre à mesmes charges portées par son bail, saouf et réservé qu'il ne voeult paier que blé seigle, au lieu de
blé de muisons, et les avoines racheptables à sols le
septier. » L'Echevinage décidait que « nouvelles publications » seraient « faictes, et que, à cestefin, la cloche » serait « sonnée. »
Au milieu de tous ces embarras, et malgré toutes les gênes dont elle souffrait, la ville ne négligeait pas de racheter, quand l'occasion s'en présentait, quelquesunes des charges ou redevances qui pesaient sur elle. La délibération du deuxiesme jour de juing explique qu'il « a esté fait rachat par la ville, des chanoines de Longpré, du nombre de dix septiers de blé deubs par icelle chacun an aux jours de Pasques et Noël. » Et dans le procèsverbal de l'assemblée du dernier jour de juillet, nous u 10
lisons : « a esté faict rachept par la ville des vicomtes du pout aulx poissons et deulx muids d'avoine deubs chacun an par icelle à lad. vicomte et ce au pris de xxxvis chaque septier revenant à la somme de xiiii escus xxiv' laquelle leur sera paiée »
Je placerai ici quelques extraits de Formentin, que je n'ai pas cru pouvoir utiliser en toute sûreté plus haut: « Bien loin que la mort du duc de Guise produisit l'effet que Henri 111 en attendait, elle en eut précisément de contraires. Les prédicateurs d'Abbeville et ceux de Paris le représentaient dans leurs sermons comme un martyr. Un Minime prêchant à Saint-Georges y traita le roi de destructeur de la religion, de bourreau, d'assassin, etc. La Faculté de théologie de Paris ayant rendu un décret le 7 janvier 45S9, par lequel elle déclarait que les Français déliés du serment de fidélité pouvoient s'armer contre le prince et s'opposer à ses entreprises faites au préjudice de la liberté des états généraux et de la religion , nos prédicateurs , munis de cette pièce , la lurent à tous leurs sermons, et par là inculquèrent de plus en plus l'esprit ligueur aux habitants.
« Sur ces entrefaites, le magistrat reçut des lettres du nouveau Parlement établi à Paris par la Ligue et du prévost des marchands de cette ville et des habitants d'Amiens qui l'invitaient de se joindre à eux. Geoffroy de la Marthonie, évêque d'Amiens, vint solliciter en personne cette union, qui fut conclue le 6 février. On dressa une formule de serment par lequel on s'engageoit à suivre le parti de la Ligue, à employer sa vie et ses biens contre ceux du parti contraire pour le maintien do la religion et à courir sus à ceux qui voudroient troubler les villes catholiques confédérées, à révéler toutes les
trames qui seroient formées contre elles. Cette formule de serment, arrêtée le 7 février, fut signée par la plupart de la noblesse du Ponlhieu, du Vimeu et des bourgeois d'Abbeville, Montreuil, Doullens et Rue, qui étaient au pouvoir du duc d'Aumale, prêtèrent les mêmes serments (1). » — Formentin.
Je cite Formentin, mais je n'affirme jamais que ce que je tire directement des registres de l'Echevinage.
Nous devons enfin rappeler les certificats de religion, nécessaires souvent en ces temps, et qui ressemblent beaucoup aux certificats de civisme qu'il fut prudent de se procurer deux cents ans plus tard (2) — Simple rap-
(1) A ces assertions de Formentin je joindrai, avec quelque prudence aussi, un extrait de Sangnier d'Abrancourt :
« La plus grande partie de la noblesse d'Abbeville, du Vimeu et du comté de Pouthieu, dit-il, signèrent un acte d'union à la religion catholique, apostolique et romaine, conçu en ces termes:
« Nous, soussignés, jurons et promettons devant Dieu et sur le saint sacrement de baptême que nous avons reçu de ne suivre autre parti que celui des catholiques unis pour l'amour de Dieu, conservation de notre sainte religion catholique, apostolique et romaine, bien et repos public, et d'y employer non-seulement nos biens, mais jusqu'à nos propres vies, sans adhérer ni favoriser directement ou indirectement au parti contraire et aux ennemis de ladite religion, fauteurs ou adhérents, ni porter les armes pour ceux qui voudront troubler et courir sus aux villes catholiques unies de ce royaume, leurs confédérés ou alliés, ni contrevenir à ce qui par lesdites villes unies sera résolu, délibéré ou avisé, promettant par le serment susdit de révéler incontinent aux plus prochaines villes unies ce qui viendra à notre connaissance contraire à ladite union.... » Au bas de l'original du même acte sont, en deux pages, toutes les signatures île la noblesse du Pouthieu, du Vimeu et des principaux de la ville portés d'une sainte inte.i tion. — Sangnier d'Abrancourt.
(2) Du quatorziesnie jour de juillet, s'est présenté François
prochement au milieu de tous ceux qu'il serait possible d'établir, malgré la différence des passions, entre certaines mesures de 1589 et d'autres que j'ai déjà eu à rappeler, que j'aurai à rappeler encore dans les Annales modernes d'Abbeville. — Voyez le tome Ier de ces Annales; Abbeville, 1862.
Lardé, bourgeois d'icelle ville, lequel a re monstre à l'assemblée comme, pour l'absence de M* Iehan Decourt, lieutenant du prévost des mareschaulx de ceste province de Picardie, quy s'est retiré à Dieppe avecq ceulx tenans le party contraire à l'union des catholicques, il auroit esté choisy par monsieur Vêtus prévost des mareschaulx en lad. charge de lieutenant, et parce quy (qu'il) luy est besoing d'avoir attestation de sa vie, renommée et relligion catholicque, il auroit requis luy voulloir icelle octroier; surquoy
» esté advisé que lad. attestation sera dellivrée
aud. Lardé.
Renouvellement de la loi. — Le maieur P. Uumet. -- Le collège des maieurs de bannières n'csl pas renouvelé. — Situation politique et militaire du Pontlueu à l'avènement de Henri IV. — Abbeville soutiendra, par des fournitures ou des avances de toute espèce, les troupes de la Ligue en Normandie et en Boulonnois. — M. de Rambures, chef pour la Ligue en Boulonnois. — Prudence d'Abbeville envers les troupes mêmes de l'Union.
— Quelques-uns des revenus de la \ille tarissent. — Prières publiques, suivant Formenlin, pour rendre grâces à Dieu de la mort du roi. — Cause attribuée à la baine des Abbevillois contre Henri IV. — M. de Givry dans le Vimeu. — Opérations militaires générales. — Urgence de se procurer de l'argent pour les affaires de la ville.— Argent envoyé à M. de Rambures
— Paiement des garnisons du Pont-de-Remy. — Poudre envoyée à Saint- Valery. — Les gens d'église formeront une compagnie armée et monteront la garde en dedans du parvis de Saint-Vulfran. — Les suspects. — Précaution des Abbevillois pour le vin qui est dans les caves des marchands de la ville. — La guerre en Normandie. — Fournitures à l'armée du duc de Mayenne. — Envoi de poudre et d'autres munitions à Gamaclies et au Crotoy. — La ville, épuisée, ne peut plus guère venir en aide à l'année du duc de Mayenne. — Blé enlevé au château d'Eaucourt par le gouverneur d'Abbeville. — Nouveaux envois de pain et de munitions de guerre au duc de Mayenne. — Les marchands d'Abbeville pourront vendre un nouveau tiers de leur vin pour la bouche de messieurs les princes. — Etablissement ou augmentation d'impôts. — Combat d'Arqués. — Conséquences, dans notre pays, de la victoire de Henri IV. — Redoublement de précautions. — Voyage vers le duc de Mayenne. — Lettre du duc. — Secours au duc pendant le siège de Dieppe, etc. — La guerre en Boullonois.— Abbeville se disculpe de quelques revers de la Ligue de ce côté. — La guerre sur la Bresle. — Prise de Gamaclies par les troupes de Henri IV. — La ville
prendra, par forme d'emprunt, les reliquats des comptes du bureau des pauvres. — Vote d'une levée de quatre mille écus sur les habitants. — La ville défend ses deniers contre les receveurs des tailles. — Retraite des troupes du duc de Mayenne. — Une compagnie logée au faubourg de Rouvroy. — Le duc de Mayenne à Airaines. — On Tira saluer, mais on lui portera des représentations sur l'abandon où il laisse les places qui défendent ce pays. — Le duc de Mayenne à Pont-Remy. — Son entrée à Abbeville, — Quelques faits à vérifier. — Lettre du duc de Mayenne. — Le vote des quatre mille écus à L ver sur les habitants annulé dans une assemblée générale. — Cette levée est remplacée par un droit sur le vin.
— Abbeville peu généreuse envers M. de Rubempré, prisonnier sur parole.
— Pillages aux champs.
Le nouveau maieur François Rumet, (I), que le P. Ignace qualifie sieur de Beaucaurroy, Buscamp, Brecqueferet, etc., avait, suivant le même historien, toutes les qualités imposantes du corps et de l'intel-
(1) Les trois noms présentés aux maieurs de bannières pour l'élection du maieur de la ville furent ceux de « Hector de Bommy, escuier, sieur de Vaux, François Rumet, sieur de Beaucaurroy, hon. homme Simon Belle, bourgeois de ceste ville.» — Reg. aux délib. 1589-1590.
Nous emprunterons maintenant à Waignart, dans les termes et avec les qualités consignés par lui la composition de l'Echevinage; je ne redresse sur les registres de l'Echevinage que l'orthographe des noms.
« Maieur: maistre François Rumet, escuyer, seigneur de Beaucorroy, licencié ès-loix, advocaten la séneschaussée de Ponlhieu.
« Les quatre premiers échevins : honorables hommes Simon Belle, l'aisné, ancien juge consul, Me Jacques du Candas, maistre des ouvrages du comté de Ponthieu, Louis Sanson l'aisné, et Estienne Liault; —je crois lire Leault sur le registre de la ville.
« Argentiers : de la Ville, François de Susleaue (1) ; du Val, Jacques de Vis. »
Sangnier d'Abrancourt fait, pour cette année, une remarque que nous devons tout d'abord relever comme fausse. En cette
1) François Susleaue (ou Soi leaue) seulement, dans le registre échevinal
ligence : « Vénérable, prudent, de bon sens et
docte :
Digna viro faciès, mens probitasque Calonis.
Mais laissons ce portrait à V Histoire chr. des mayeurs, pour quelques indications plus précises. François Rumet avait augmenté et continué jusqu'en 1574, la Chronique du Ponthieu de son père. Maieur de nouveau en Ï599, il mourut le 18 novembre 16()9, à l'âge de cinquantesix ans. — Waignart. — Il avait donc trente -six ans lorsqu'il reçut pour la première fois la charge d'exécuter les délibérations de la ville. C'est un mérite à bien marquer dans ce maieur, que la ferme modération dans la quelle il persista contre les obsessions des emportés qui réclamaient la levée de l'impôt infligé, comme nous le verrons, aux politiques ou partisans du
année, affirme- 1- il, le nombre des échevins fut porté do I nil à vingt-quatre « à cause des troubles qui étaient en France et ce par ordre, de la Ligue, qui leur envoya aussitôt des lettres du prévôt des marchands de Paris aussi bien qu'à Amiens. » Sangnier d'Abrancourt se trompe, ainsi qu'on peut s'en assurer en se reportant dans l'introduction de ces annales au chap. iv Renouvellement de la loi, où nous avons interrogé sur la composition de l'Echevinage l'année 1581. Aucun changement ne modifia le nombre des échevins ni en l'année 1589, ni pendant toute la période qui nous occupe.
Dans l'exemplaire non abrégé de son histoire, Waignart nous donne, après les quatre premiers échevins, les huit, savoir : Jehan Pottier, André Du Val, Jehan Lherminier, Anthoinjs Lescuyer» Jehan Godemont, Jehan Sanson l'aisné, Jehan Du Vauchel et Jehan Griffon. Le lendemain, XXV dud. mois d'aoust, est-il ajouté dans cet exemplaire, on procéda au recueil des douze autres échevins, qui furent : François de le Warde, Jehan Gaillard , Jacques Manessier , Pierre Michault , Jacques Cocquerel, Charles De Hault, Mc Jehan le Frestre, greffier
roi. François Rumet n'était pas seulement un bon maieur, un historien ami de son pays ; c'était encore un bon tireur d'arquebuse, témoin le coup rapporté aux faits divers de cette année. Pour les titres et qualités de l'homme, — arquebuse à part, — voyez le P. Ignace, Hist. chr. desmayeurs, p. 717, et Hist. eccl., p. 51S.
La mairie de F. Rumet a commencé bien peu de temps après le règne nouveau. Sans vouloir forcer le rapprochement, ne pourrions-nous dire qu'elle en partagera les premières difficultés? La royauté de Henri IV erre par les chemins; elle tourne autour de la Picardie qu'elle entame quelquefois, mais, soit qu'elle s'approche, soit qu'elle s'écarte de nos frontières, les inquiétudes ne sont guères jamais moindres dans notre ville qui la repousse et qui la combat. Nous allons parcourir, en
des consuls, Jehan du Flos, Estienne de Monchy, Pierbe Beauvarlet, Jacques Renault et Jean Mercheb.
On discute ensuite, vois-je dans le registre échevinal, s'il serait expédient de renouveler le collège des maieurs de bannières; mais, « attendu la calamité et injure du temps, le bruict quy court que le roy de Navarre est entré dans Dieppe, pour éviter que les assemblées et remuemens quy se forment [f] en ceste occasion n'apportent quelque émotion (1) en la ville, de la garde de laquelle il est très-nécessaire de demeurer [?] asseuré [?], a esté advisé et dellibéré qu'il ne se poeult renouveler. »
« Le dimanche XXVII août, la rénovation de la loi est complète ; les cloches sont sonnées pour la convocation habituelle du peuple dans la cour de TEchevinage, et, après la proclamation des noms élus, les publications sont faites de l'ordonnance ordinaire de police, des défenses accoutumées, etc., (que le registre reproduit,) et, ce fait, le maieur assisté des échevins et de tous les ofliciers de la ville se transporte au prieuré de Saint-Pierre pour notifier la rénovation selon les anciens concordats. »
(i) Je ne crois pas que ce soit le mot, mais ce mot rend bien le sens.
effet, les années les plus guerroyantes, les plus haletantes de la Ligue chez nous. Toute la Picardie est à l'Union, mais un peu plus bas, du côté de la mer, Dieppe est au roi et sera bientôt presque son unique refuge jusqu'à la victoire d'Arqués; un peu plus haut, contre la mer encore, le Boulonnois, très disputé par les deux partis, occupera non moins sérieusement parfois les esprits et les discussions communes de nos pères.
On enverra des munitions de toutes sortes du côté de la Normandie; on enverra parfois de l'argent du côté du Boullenois.
M. de Rambures commandait alors en ce pays de Boullenois et réclamait assidûment des secours de notre Echevlnage. On peut juger de l'insistance de ses demandes dans plusieurs délibérations et notamment dans le procès-verbal de l'assemblée générale, convoquée par les deux cloches le XXVe jour d'août. M. de Rambures se plaint toujours de ses besoins pressants d'argent. Il est question en cette délibération du 25 août, de la solde des garnisons entretenues par lui en Boullenois.—MM. de Maupin et du Candas, députés pour cette affaire à Amiens, s'y transportent et rendent compte de leur mission, le XXX, dans une assemblée générale. Nous ne voyons pas cependant ce qui fut décidé « pour le fait de la solde des garnisons de M. de Rambures. »
Les yeux se portaient plutôt cependant vers la Normandie où la guerre était plus sérieuse et plus active, vers les villes, les bourgs ou les châteaux des bords ou des environs de la Bresle dont les garnisons pouvaient, par des incursions rapides, des coups de main inattendus, ravager le Vimeu.
Abbeville voit avec plaisir les chefs de la Ligue s'occuper de cette frontière, mais elle ne se départ pas de sa prudence habituelle envers les troupes de son parti en passage.
« Dès le 19, les sieurs de Maupin et du Candas, revenant d'Amiens ont rapporté que six compagnies du régiment du sieur de Cigny [?], envoiées pour mettre dedans la ville d'Eu et [dans] Gamaches, pourront arriver par la rivière dedans des gribennes la nuict prochaine à la chaine de ceste ville (I). » L'Echevinage, après avoir discuté « plusieurs difficultés réputées pour leur passaige et pour les mettre en chemin où ils puissent plus seurement aller, advise finablement que l'on les fera passer par dedans la ville, une gribenne ou deux au coup, et qu'il leur sera livré quelque nombre de pain et bierre. »»
Et les finances de la ville ne pouvaient, en ces temps d'incertitude, répondre par une grande prospérité à des besoins inaccoutumés, sans cesse renaissants, rendus plus impérieux chaque jour par les circonstances.
On voit, par une délibération du dernier jour d'août, que, « à raison de la mallice et injure du temps, les fermes des octrois de la ville sont demeurées à bailler faulte de mise à pris. »
Nous sommes entrés d'ailleurs en pleine guerre dès l'ouverture de la nouvelle année échevinale. Abbeville subvient à tout, envoie de la poudre et des balles à Amiens au duc d'Aumale, du pain en Normandie au duc
(I) Le pont des Prés avait une chaîne fermée par une clef. —Délibération du XXVIII août 1589.— La délibération tout entière roule sur cette clef et sur une estacade de bois à élever sur la rivière de Somme au faubourg de Rouvroy.
de Mayenne, de l'argent à M. de Rambures dans le Boulonnois, de la poudre et d'autres munitions à Gamaches, à Saint- Valéry et au Crotoy. — Reg. aux délib., août-septembre 1389. — Nous verrons plus loin, pas à pas , date par date. Qu'on nous permette , en attendant, de reproduire, non pour les contester absolument, mais pour les soumettre à l'examen des critiques nos successeurs, quelques assertions de Formentin qui ne nous paraissent pas toutes suffisan ment justifiées par les témoignages écrits de notre Echevinage.
L'historien veut nous faire saisir d'abord l'état de l'opinion dans Àbbeville après la mort de Henri 111 :
« Les ligueurs, dit-il, firent de grandes réjouissances à l'occasion de cette mort. » Il ne désigne pas ainsi particulièrement les ligueurs d'Abbeville , mais il se hâte d'ajouter: « Les villes de ce comté ne s'y oublièrent point; Cavillon, curé de Sainte-Catherine, fit des prières publiques en son église pour rendre grâces Dieu de la mort du roi, ne cessant de représenter dans ses sermons Jacques Clément comme un martyr, et le roi comme le plus odieux de tous les tyrans (1).
« Tout étant dans une horrible confusion , le duc d'Aumale écrivit au maieur François du Rumels pour le féliciter sur son attachement à la Ligue et confirmer l'augmentation des échevins d'Abbeville dont le nombre avoit été porté jusques à vingt-quatre pour composer le Conseil par lequel la ville accepteroit toutes ses démarches (2). Henri, roi de Navarre, héritier de la cou-
(1) Je ne nie pas du tout le fait, ni la possibilité du fait, mais je no l'ai trouvé nulle part relaté dans les registres de 1e ville.
(2) Voyez plus haut, (note du renouvellement de la loi), notre
ronne, étoit d'autant plus haï dans ce pays, qu'à sa sollicitation Henri 111, par un édit du mois d'avril 1589, enregistré le 27 du même mois, avoit déclaré cette ville et le duc d'Aumale criminels de lèse-majesté, les biens des habitans acquis et confisqués au roi, et les bourgeois ignobles , intestables et indignes de toute suc cession. »
Henri IV , après la reddition de Dieppe , assiège Neufchâtel.
« Les habitans d'Abbeville et d'Amiens s'assemblèrent pour jeter du secours dans la place, mais dès qu'ils en approchèrent, Mrs d'Hullot [?] et de Gi vry les attaquèrent si vigoureusement qu'il en demeura sept cents sur la place. Neufchâtel se rendit aussitôt.
« M. de Givry entra peu après dans le Vimeu, dont il tira de grosses contributions. Le duc de Mayenne se rendit en diligence à Abbeville (l) pour mettre ordre à la défense de la place, et il en fit autant à Montreuil, à Doullens et à Rue. De là, il fut au secours de Rouen dont le roi fut forcé de lever le siège.
Suivant l'abbé Ruteux, Mayenne, après son entrée à Abbeville, cantonna ses troupes dans le Vimeu qu'elles dévastèrent. MM. de Lamiré de Nouvion et de Forceville (probablement Huguet) se distinguèrent pour le roi, tandis que presque toute la noblesse du Ponthieu jurait encore la Ligue.
« Henri IV, ne perdant point de temps, vint assiéger
discussion sur le nombre des échevins qui était déj - de vingtquatre bien avant celte date.
(l) La présence du duc de Mayenne à Abbeville n'est nullement signalée dans les registres municipaux.
la ville d'Eu qui capitula (1). Le capitaine de Bacqueville, capitaine normand, fut détaché avec quatre cents cavaliers pour ravager le Vimeu, mais, sur l'avis qu'il venait d'arriver à Abbeville quelques troupes valones, il se retira avec son butin et rejoignit l'armée royale. »
— Formentin.
Ces faits généraux exposés et livrés aux vérifications de l'histoire , revenons aux indications précises que nous prodiguent les registres de l'Echevinage.
La guerre est dans toutes les pensées, et toutes les résolutions sont prises en vue de la guerre, c'est-à-dire en vue de la défense particulière de la ville d'abord, puis en vue du soutien de la cause de l'Union dans les autres villes du Ponthieu et même dans les deux pro vinces voisines , Normandie , Boulon nois. La bonne volonté s'arrête ou hésite bien souvent cependant devant le vide de la caisse municipale. J'interroge chronologiquement les vieilles délibérations.
Le IIe jour de septembre, assemblée générale. Il est urgent «de faire fonds pour subvenir aux affaires de la ville, particulièrement aux fortifications, la ville étant ouverte et désemparée [?] de toutes parts et il n'y a aucuns moyens à la ville pour y satisfaire. Les différents états se rassembleront dans leurs chambres particulières et rapporteront leurs avis lundi prochain. 0
Le même jour on envoie de l'argent à M. de Rambures au pays de Boullenois.
Le IIIe jour de septembre, on délibère « que la com-
(I) Le roi de Navarre avait en effet pris la ville d'Eu et le château de Gamaches avant ou dans les premiers jours d'oetobre.
— Waignart.
mission et mandement pour contraindre Me Alexandre Gaillard recepveur des aydes et tailles, pour paiement des garnisons du Pont-Dremy, sera signée de M. le maieur et en son absence d'un de messieurs les eschevins sellon qu'il [était fait?] l'année dernière. >
Le même jour, dans une assemblée générale, il est décidé que l'on réclamera à messieurs de la chambre des estats de la province de Picardie establie à Amiens, « une somme deube à la ville pour le remplacement de pouldres, balles et munitions de guerres envoyées à Amiens pour faire tenir en l'armée de Mons?r le duc d'Aumalle. »
Le V, il est délibéré que Me Leaue (Leault ainsi que je le vérifie plus haut dans le registre à la distribution des offices de la ville), eschevin, aiant la charge des munitions de ceste ville, délivrera à André de Ponthieu, bourgeois et eschevin de la ville de Saint-Wallery, « une cacque de pouldre à canon pour secourir la ville dud. Saint-Wallery de l'incursion et siège apparent de l'ennemi, suivant que nous en ont requis Messieurs les maieur et eschevins dud. lieu, par les lettres qu'ils en ont rescript à Monsieur le gouverneur le 1111e du présent mois et que led Leaue retira (retirera) recepice (récépissé) de lad. pouldre dud. de Ponthieu. •>
Le VI , il est délibéré que M. le doien de Saint- Wulfran et Me Jehan Cavillon , doien de chrétienté , « seront requis de faire assembler les gens d'église demeurant en ceste ville pour en arrester le nombre, et, d'icelluy, former une compaingnie armée des armes dont ils se pourront chacun ayder commodément sans charger aulcuns de fournir et achepter armes contre ses moiens et puissance, aftin d'emploier lad. compaingnie à la
garde et conservation de ceste ville sellon les occurrences, et, néantmoings, leur est enjoinct drès cejourd'huy poser un corps de garde au dedans du parvis de Sainct-Wulfran (1), pour en faire garde la nuict prochaine et autres suivantes, et nous rapporter le rôle desd. ecclésiastiques, le tout à peine d'amende arbitraire contre chacun contrevenant (2). »
Ces résolutions appellent quelques remarques. Les. ecclésiastiques, on le voit, ne prennent pas spontanément les armes comme on l'a quelquefois pensé et écrit (De vérité, Hist. du Ponthim, t. n, p. 81); ils ne s'organisent en compagnie militaire que sur un ordre de l'Echevinage et sous peine d'amende arbitraire (3). Il faut noter surtout l'altitude de la ville vis-à-vis du gouverneur, du Conseil d'Amiens, du duc d'Aumale et même du clergé. L'Echevinage est alors très évidemment l'autorité principale.
Dans la fermentation croissante, un certain nombre d'habitants deviennent suspects et sont soumis aux mesures de précaution, de détiance et de persécution
(1) Nous avons encore vu ce parvis.
(2) Le 9 septembre 1589, nous dit Formentin, le chapitre reçut une députation du magistrat pour inviter le clergé à prendre les armes, ce qui fut résolu par le clergé de la ville assemblé, avec déclaration qu'il n'entendait pas cependant dépendre du maieur que comme soumis en cette matière. — Formenlin. — Le 9 septembre 1589, voyons -nous aussi dans quelques extraits de VHistoire du Ponthieu par Hermaut, ordre pour faire armer les ecclésiastiques à cause des temps calamiteux.
(3) Nous avons déjà vu, en décembre 1588, que ce tut TEchevinage qui obligea les prêtres à prendre les armes et à avoir un corps- de -garde devant Saint-Vulïran.
usitées dans tous les temps de grands troubles (1).
On reconnaît encore en d'autres points la prudence des Abbevillois.
« Du XIe jour de septembre, a esté advisé qu'il sera permis à tous marchans de vin de ceste ville, de vendre le tiers du vin quy a esté trouvé en leurs caves par la dernière reveue faicte le premier jour de ce mois, tant pour la formation du camp de Monseigneur du Mayne, que des vendeurs en détail de cested. ville (d'Abbeville), ausquels marchans est enjoinct de faire réserve des
(I) Du VIFI septembre (1589), et instamment sur la requeste faicte par Jacques Briet, afin d'estre deschargé des armes lesquelles ont esté mises entre ses mains par cy-devant, lors que l'on a faict recherche des armes de ceulx quy estoient suspects et quy (qu'il luy fut permis de mettre lesdictes armes es-mains dud. Clément (1), nous luy avons permis ce faire, quoy faisant en demeurera deschargé.
L'historien, en transcrivant les résolutions suivantes, se croirait transporté à une date plus récente de deux cents ans :
« Du XII* jour de septembre a esté advisé qu'il sera enjoinct à tous bourgeois et habitans d'icelle ville, quels qu'ils soient, de apporter par chacun jour, les noms, surnoms, qualités et doiiicurances des personnes logés ou réfugiés en leurs maisons, à peine de dix escus d'amende.
« Que deflenscs seront faictes à toutes personnes, de quelque quallité ou condition qu'ils soient, n'estans bourgeois ny hubitans de ceste ville, d'aller sur le rempart d'icelle, à peine de xx escus d'amende et de prison, et à tous habitans de les y mener à mesme peine.
« A esté dellibéré que les bleds appartenans au sieur Pascal Mary de Marguerite Manessier, tenant le party contraire, lequel (bled) est en la garde de Charles Bouteiller, sera saisy et arresté pour s'en servir sellon la nécessité quy s'en sentira. »
(1) Jehan Clément venait d'être élu maistre de la compagnie des arbaleatriers.
deulx autres tiers pour les représenter lors de la recherche quy. s'en fera cy-après par nostre ordonnance, à peine décent escus d'amende (1). »
Mais la guerre en Normandie devenait exigeante ; nous approchons d'Arqués.