LA GUERRE SUR LA BRESLE
A la fin de septembre ou au commencement d'octobre, Gamaches est menacé, puis pris par les troupes du roi de Navarre; nous trouvons trace de cet événement, un mois plus tard, dans nos registres aux délibérations (1).
Tous ces bruits d'armes, sur les limites du Vimeu au sud, sur les limites du Ponthieu au nord, engageaient Abbeville à redoubler de précautions pour sa propre sûreté.
Le XI octobre, assemblée à deux cloches.
« A esté advisé que les recepveurs du bureau des paouvres quy n'ont encore rendu leurs comptes seront contraincts à ce faire en toutte diligence, et que les relliquats d'iceulx seront prins par forme d'empruncts
(1) « Du Vil" jour de novembre : Sur la requeste présentée par Jacques Ducrocq, aiant la charge de cinquante soldards soubs notre puissance et commandement pour la garde du faulbourg de Rouvroy, affin d'estre remboursé de plusieurs frais par luy faicts lorsque l'ennemy se seroit emparé du bourg de Gamaches, tant en pouldre qu'il auroit dellivrée aux soldards, qu'il auroit convenu mettre aud. faulbourg pour augmenter led. fort, balles, mesches, que auttres choses quy leur auroient esté nécessaires; mosme avoir iceulx nourris l'espace de six jours aflin d'éviter qu'ils n'opprimassent ceulx dud. faulbourg.
« A esté advisé que icelluy Ducrocq sera remboursé de ses frais quy se sont trouvés monter à la somme de quarante escus. •
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par la ville pour emploier à la fortiffication et subvenir aux nécessités quy s'offrent par chacun jour.
« Que, oultre ce, pour faire fonds et subvenir ausdictes nécessités et seignament à la fortiffication où il est très-nécessaire de travailler promptement en plusieurs endroicts, attendu que l'ennemy est fort proche de ceste ville, qu'il sera faict levée par lesd. maieur et eschevins, sur les habitans, de la somme de quatre mil escus à deux fois (I), et, pour en faire l'assiette, les habitans de chacune parroisse seront réunis et nommés jusques au nombre de six habitans pour donner advis des cottes qu'ils pourront porter (auxquelle ils pourront imposer) chacun habitant desdictes parroisses. »
Puis la ville défend ses deniers ainsi dans la même assemblée du XI octobre :
« Pour le regard de ce quy est et sera deub par la ville, tant pour la composition de la taille, taillon, comme auttrement, que deffences seront faictes à l'argentier de lad. ville d'en paier aulcune chose, comme aussy aux recepveurs et sergeans d'en faire aulcune contraincte, à peine d'emprisonnement de leur personne , attendu que la ville a ja faict des frais par advance exceddans led. deub, et ce, suivant les mandemens exprès de Monseigneur le duc de Mayenne ayant ordonné que lesdictes advances seroient faictes sur ce quy pouvoit estre deub par la ville, et ce quy excedderoit seroit remboursé sur les plus clairs deniers comme des tailles et auttres de ceste seigneurie de Ponthieu.
(1) Cette somme ne fut pas levée. Voyez, plus loin, la délibération à deux cloches du XXIII octobre.
« Qu'il sera envoyé des depputtés vers mondict Seigneur de Mayenne pour luy faire entendre le contenu en l'article cy-dessus, affin quy (qu'il) luy plaise le trouver bon et décerner son ordonnance pour parvenir à l'effect desd. deffences. »
(Il est encore question de cette affaire d'argent et d'une députation à cet effet dans la réunion — à une cloche — du XII1I octobre).
On devine le passage de quelques troupes en retraite du duc de Mayenne; ainsi dans le procès-verbal de cette même assemblée à deux cloches du XI octobre, lisonsnous :
« On baillera lieu asseuré au cappitaine Valmont pour trois ou quatre jours au faulbourg de Rouvroy, et sa compaignie nourrie durant led. temps aux despens de la ville et des villaiges voisins dud. faulbourg. »
Le XMIc jour d'octobre, le maieur pose cette question : Ne serait -il pas expédient, « Monseigneur du Mayne estant si proche de ceste ville que Airaines, de l'aller saluer, et, par mesme moien, luy remonstrer la ruyne et calamité du paisr et luy faire entendre, (sy, suivant le bruict quy court, il délaisse ce pais sans sans avoir reprins les places dont l'ennemy s'est emparé et qu'il n'y laisse fortes garnisons avecq des forces pour maintenir le pais en repos et seureté), qu'il en enssuivra la perte et ruyne du pais des bonnes villes tenans ce party de la cause, d'une conséquence sy grande que la fautte sera puis après irréparable, aftin quy (qu'il) luy plaise d'y adviser et prouvoir pour ce que , arrivant la perte de ceste province , il en enssuivra incontinent la perte ou ruyne d'une auttre
et de toutte la France pour les raisons que l'on luy pourra plus particullièrement remarquer? »
Que répond l'assemblée à ces questions du maieur? Nous n'avons pu le voir; mais ce qui frappe en ces discussions, c'est le mouvement politique du temps, la liberté de parole, l'intervention reconnue toute naturelle et acceptée des villes dans les affaires générales.
Le duc de Mayenne vient bientôt à Pont-Ilemy (I).
Le XVI octobre, le maieur a appris « de messieurs depputtés quy ont esté saluer Monseigneur le duc du Mayne au Pontdremy (Pont-de-Remy), » et répète à l'Echevinage « que Ied. seigneur pourra demain venir en ceste ville, et que, pour ceste occasion, il a faict assembler la présente compaignie pour adviser de sa
(I) « Aux sergeans à masse et de la vingtaine de lad. ville la somme de deux escus, à eulx taxée, pour vacccations par eulx faictes pour contraindre les boullengers de fournir la ville et l'armée estant proche d'icelle, de pain commun, comme appert plus particullièrement par leur requeste ordonnancée sur icelle du dix-huictiesme octobre audict an, cy • . . ne". >
— Reg. aux comptes 1589-1590.
Nous relevons encore ce paiement sans date :
« A esté paie par ledict deffunet Lecat (1), à Estienne Leault, eschevin, pour voitures et munitions menées à Monsieur de Maienne la somme de quatre escus, comme appert par un billet escript de la main dudict deffunet Lecat, trouvé en fillasse avec les acquicts cy-après mentionnés après son d^cès, cy. . iuie,c. »
— Comptes 1589-1590.
Ce paiement devait-il s'appliquer aux approvisionnements du camp devant Dieppe ou à des services rendus un peu plus tard au duc de Mayenne? Voyez plus loin la lettre du XXIII octobre.
(I) 11 a été question plus haut dans le registre d'un Jacques Lecat, commis à la recepte des amendes, et de son fils Thomas Lecat, sergeant royal. Rien ne nous dit ici s'il s'agit du pèro ou du fils.
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réception, sy l'on ira au devant de luy, sy l'on présentera les clefs de la ville et quels propos on luy tiendra. « A esté advisé, attendu que led. seigneur vient sy soudainement, qu'il n'y aura inoien de se préparer à luy faire entrée telle que sa quallité le requiert-, que led. sieur maieur, avecq le corps de la ville, yra au devant de luy jusques à la barrière de la porte où il luy offrira tout service et obéissance, et luy présentera les clefs; que les compaingnies se mettront en armes, sans néantmoings sortir de la ville; que l'on fera salve d'artillerie et tout l'honneur que l'on pourra s'adviser sellon le loisir que l'on pourra avoir. » Waignart nous racontera l'entrée du duc : « Le dix-huitiesme jour d'octobre, dit-il, fête de saint Luc, le duc de Mayenne (1) fit son entrée à Abbeville par la porte du Bois. Luy fut présenté un palle de satin blanc par le maieur que les quatre eschevins portaient. 11 remercia et ne se voulut mettre dessous ni le faire porter devant luy, mais le donna aux pères Minimes. 11 fut conduit à Saint Vulfran où l'on chanta le cantique de réjouissance Te Deum. Au retour, alla dîner au prieuré de Saint-Pierre, puis s'en retourna au Pontde-Remy d'où il estoit parti ce jour là même. Ayant cherché la sûreté de sa personne, il pourvut à celle de son armée qui ruinoit tout le pays de Vimeu et se tenoit pressée de crainte du Béarnais. Il fit passer ses landscnets au travers de la ville d'Abbeville, de la porte Docquet à celle du Bois. Le sieur de Hucqueyille, gouverneur, lit seul cette faute. Ils estoient au milieu du
(l) Revenant de s'aboucher en Hainault avec le duc de Parme, dit Fonnentin dans le récit qu'il nous donne de son côté.
Marché avant que le maieur en fut averti; il leur estoit facile de piller toute la ville. » — Waignarl. — (1).
Formentin ajoute, mais je ne me fie pas aux dates de Formentin, et je crois qu'il s'agit, en ce qu'il avance, de faits antérieurs au combat d'Arqués :
« Le duc de Mayenne donna ordre aux garnisons de ce comté de joindre son armée qui étoit venue camper sur la Bresle, entre Gamaches et Senarpont. Le château de Rambures , pris par le capitaine Bacqueville, se rendit au duc à la première sommation. De là, il fut aussi reprendre Gournay où Bourbon Rubempré, gouverneur du château d'Abbeville (2), avoit été fait prisonnier par Henri IV. »
L'exposé que nous fournit encore Formentin des premiers événements qui suivirent, dans notre pays, le combat d'Arqués, me parait aussi appeler une sévère critique, et je crains que l'imagination de l'historien ne soit entrée pour une part dans beaucoup de détails.
Je cite. Un premier contrôle sortira naturellement des témoignages de l'Echevinage; d'autres vérifications viendront plus tard.
Le roi revient assiéger Eu que le duc avait repris. « Son armée vint camper à une lieue et demie de celle de la Ligue qui s'était retirée dans le Vimeu, croyant être en sûreté en mettant la Brèle devant eux.
<■ Le château de Gamaches fut emporté par les troupes
(1) On sait que le duc de Mayenne enlra ensuite en grande pompe — le 24 octobre — à Amiens où il resta jusqu'au mois de lévrier 1590.
(2) Le gouverneur d'Abbeville, avons nous besoin de le dire, •Hait toujours M. de Hucqueville.
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royales, ainsi que les retranchements du bourg, garnis de troupes et d'artilleries.
« Cette attaque donna moyen (sic) au duc de Mayenne de repasser la Somme à Abbeville avec une partie de son armée ; le reste passa cette rivière à Long et au Pont-de-Remy, d'où elle fut à Amiens (1).
« Le roi, menaçant la ville d'un siège, fit sonder le gué de Blanquetaque qui, outre qu'il ne se trouva pas alors guéable, étoit défendu par un détachement de la nombreuse garnison que le duc de Mayenne avoit laissée dans Abbeville (2). Ce prince, ne voyant rien à faire de ce côté là, sortit du Vimeu après en avoir tiré de grosses sommes et fut s'emparer de plusieurs villes dans la Normandie, la Beausse et le Maine. » — Formentin.
Nous devons dire que nous ne trouvons rien de tous ces faits dans les registres municipaux d'Abbeville. Rentrons , en soulevant la poudre sacrée des vieux feuillets, dans la précision et la vérité stricte.
11 était venu, d'Arras à Abbeville, des munitions de guerre pour le duc de Mayenne. Ces munitions restèrent quelque temps à Abbeville, et furent délivrées au duc sur la lettre qu'il écrivit de Pont-Remy le XXIII octobre :
« Messieurs, fay donné charge à Monsieur de Saint-Vidal, général de l'artillerie, ou, en sou absence, au porteur de la présente, de recepvoir de vous les quarante-cincq milliers de pouldre quy
(1) Il faut lire les judicieuses remarques de M. Louandre sur la retraite du duc de Mayenne. — Uist. d'Abbeoiïle, t. H, p. 66-67.
(2) Nous ne voyons nullement trace de cette garnison dans Abbeville.
nous sont venus d'Arras; je vous prie de tes faire dellivrer sons aulcune difficulté ; la présente vous servira de descharge avecq la ccrtiffication dud. sieur de Saint- Vidal , et m'asseurant que effecturez ceste mienne volunté sans attendre aultre plus exprès mandement de moy, je prierai Dieu vous donner, Messieurs heureuse vie. Au camp du pont Dremy le XXIII* octobre 1589, voslre plus affectionné asseuré amy Charle de Lorraine. »
On se souvient que, le XI octobre, une assemblée à deux cloches a voté, pour les fortifications de la ville, une levée de quatre mille écus sur les habitants. La réflexion venant, la contribution paraît dure à la plupart. De bonnes raisons se présentent pour remettre l'objet du vote et le vote lui-même en discussion.
Le XXIIIe jour d'octobre , assemblée au son des cloches, par-devant J. Bernard, lieutenant général, et F. Rumet, maieur.
Le lieutenant général, qui préside, expose d'abord « que l'assemblée s'estoit faicte pour adviser sy l'on feroit levée des quatre mil escus qu'il avoit esté advisé lever sur les habitans par dellibération du XI8 jour du présent mois, attendu la difficulté quy se présente pour ce faire, en ce que les habitans disent que depuis lad. dellibération le pais a esté ruyné par les gens de guerre, de sorte qu'il n'y a aulcune espérance de reccpvoir sy peu de revenu qu'ils ont, sinon adviser de trouver moien d'aillieurs de recouvrer deniers pour satisfaire aux affaires de la ville et travailler à la lortiffication. » Puis, Me Nicolas ïillette, advocat du roy, se lève et remonstre à l'assemblée « qu'il ne seroit raisonnable, quant ad présent, de lever lad. somme de quatre mil escus sur les habitans, considéré que le pais est ruyné et que l'on se doibt contenter
de lever l'impost sur le vin qu'il a esté advisé mettre sus par délibération du XV septembre dernier avec les relliquas des comptes du bureau des paouvres. »
On devine, la question étant ainsi de nouveau posée à douze jours d'intervalle seulement, que le vote ne se fait attendre. La belliqueuse attente de la victoire s'était montrée hardie et prodigue; le désappointement est prudent, chiche, resserré. L'assemblée du *23 octobre démonte piteusement, hypocritement la résolution de l'assemblée du 11.
Il est advisé, « après plusieurs considérations, que, quant ad présent, lad. somme de quatre mil escus ne sera levée sur les habitans, et que, pour faire fonds à la ville et satisfaire aux nécessités survenans par chacun jour et seignament à la fortiffication, la dellibération des Estats du quinziesme de septembre dernier sera exécuttée, et, en ce faisant, qu'il sera prins par forme d'empruncts, par la ville, tous et ungs chacuns les relliquas des comptes du bureau des paouvres, sy aucuns y a. » — Puis on impose ou surimpose « chacun tonneau de vin détaillé, etc. »
Àbbeville, en politique, se montre parfois prudente — sans doute, — mais d'une générosité un peu trop mesurée. Ainsi, par exemple, dans le cas qui provoque le XXII1I6 jour d'octobre une assemblée générale au son des cloches.
Beauvarlet, procureur, interprète de certaines craintes, dit « que plusieurs habitans de ceste ville ont defliance de Mr de Rubempré qui est en ceste ville prisonnier sur sa foy, quy, à toutte heure, a la liberté d'aller et venir par la ville. » On sait « que le plus souvent Mr de Hucqueville, gouverneur, et son lieutenant, sont absens
de ceste ville, led. sieur de Rubempré demeurant seul au chasteau. » De toutes ces facilités, du château même donné pour prison ouverte, « il poeult arriver grand inconvénient , attendu mesme que led. sieur de Rubembré est homme d'entendement, aiant grande créance en ce pais, quy pourroit attenter contre la conservation de ceste ville. »
Ces raisons émeuvent facilement une assemblée qui respire partout le danger.
Il est décidé que l'on enverra « à tout présentement vers les depputtés de ceste ville estans [à] Amiens pour faire instance à Monseigneur le duc de Mayenne à ce quy (qu'il) luy plaise faire tirer hors de ceste ville led. sieur de Rubembré, parce que les habitans ne le poeuvent plus souffrir, pour la deffiance que l'on en a, et cependant que l'on se transportera vers Madame de llucqueville pour luy faire entendre la deffiance que l'on prend de luy et la présente résolution, et les (1) prier de ne point permettre que aulcune personne ne parle ny communicque avecq led. sieur de Rubempré, ny souffrir qu'il sorte hors du chasteau, tant que sur ce l'on aura eu advis et ordonnance de mond. Seigneur du Mayne ; et , pour ce faire , ont esté depputtés Messieurs Le Prévost [?], Le Éoucher, conseiller, Belle, Sanson, eschevins, et auttres. »
Le mois d'octobre se ferme sur des pillages commis aux champs, comme nous avons vu à peu près s'ouvrir le mois de septembre. La ville profite par après coup de ces pillages, mais au seul profit des malheureux (2).
(1) Elle et son mari.
(2) Du XXV jour d'octobre, il este' dellibéré que les grains.
Encore la guerre. — M. de Hucqueville mettra sa compagnie au faubourg de Rouvroy. — Dégâts commis aux environs d'Abbeville par les gens de M. de Mayenne. — Saint-Valéry inquiétée par les troupes royalistes. — Munitions envoyées à cette ville. — Le cl'âteau de Dompierre menacé par l'ennemi. — Le sieur des Aïeux, commandant pour Henri IV à Gamacbes, écrit au raaieur d'Abbeville. — Secours demandé à Amiens contre la garnison de Gamaches. — Froideur de l'Echcviuage d'Amiens. — Formation d'un Conseil des ordres à Abbeville. — Unanimité, apparente du moins, de l'opinion dans la ville. — Gentilhomme venu de Labroye et réclamant, au nom d'un corps de cavalerie de la Ligue, des fourrages à prendre dans les villages en deçà de l'Authie. — Défense de faire trafic avec Eu, Tréport, Blangy et autres lieux en communication avec les villes contraires à l'Union — Assemblée des trois ordres au prieuré de Saint-Pierre. — Rédaction d'un cahier des plaintes du tiers-état. — L'expédition de Gamaches. — Lettre de M. de Balagny à M- de Hucqueville. — Pain, boulets, poudre, etc., fournis aux troupes de M. de Bellenglise, chargé du siège de Gamaches. — Le canon d'Abbeville est conduit au siège par les trois compagnies de cinquanliniers — Reddition du château de Gamaches. — Une assemblée générale réclame la démolition de ce château. — Amiens appuie cette réclamation. — M. de Hucqueville résiste à la demande que les Etats d'Abbeville renouvellent cependant. — Remboursement difficile des frais de l'expédition de Gamaches.— Mésin-
bestiaux et moeubles, arrestés deppuis quinze jours es-portes de ceste ville sur les soldards et vivendiers, quy les avoient pillés aux champs et dont personne n'a encore prétendu la restitution, pour ce quy en reste à restituer, seront, le jour de demain, rendus au plus offrant, et les deniers proceddansde la vente (les sallaires dos sergeans, brouttiers et nourriture des bestiaux préalablement pris) mis entre les mains de Messieurs les commissaires du bureau des paouvres, pour estre par eulx distribués à la nourriture du grand nombre d'estrangers (l) mallades à l'Hostel-Dieu et hospital de ceste ville, le tout à la dilligence de M. Pottier, eschevin, quy par cy-devant a esté commis à la recherche desd. grains, moeubles et bestiaux. »
(1) Je crois bien lire ainsi quoique le mot soit abrégé. Le fait serait honorable pour la vilU.
telligenc» entra le gouverneur et le raaieur. — L'Echeunage maintient en l'hôtel commun , contre les prétentions du gouverneur , le siège des délibérations concernant l'intérêt et la sûreté de la ville. — Madame de Belloy prisonnière au château. — L'Echevinage déjoue une demande d'argent du gouverneur. — Courses des royalistes dans le Vimeu. — Bataille d'Ivry. — Démarche des habitants d'Eu qui les rapproche d'Abbeville et du parti de l'Union.— Conséquences chez nous de la bataille d'Ivry. — Ordonnances .contre les lettres et les écrits venus du dehors, inquisitions de police, appel à la délation.
Ce chapitre sera d'abord , quant à la guerre , la continuation du précédent. Comme dans le précédent, nous irons, en armes, pourrait-on dire, de la Bresle à l'Authie, et de l'Authie à la Bresle.
Le maieur expose le 2 novembre qu'il est » expédient de prouvoir promptement aux entreprises que font ceulx de Dieppe et Gamaches sur le plat pais pour le recueil des aydes et taille, ensemble pour presser [?] les laboureurs d'aporter les grains qu'ils doibvent en ceste ville. »
L'assemblée décide, « attendu l'importance du faict, qu'il sera différé à en adviser en plus grande assemblée et cependant que, pour la conservation de la ville et éviter les desseings de l'ennemy estant proche de ceste ville, M. de Hucqueville sera prié de mettre sa compaingnie au faulbourg de Rouvroy. » M. de Hucqueville, qui assiste à la réunion, promet de satisfaire à ce désir.
Mais les dégâts les plus rapprochés d'Abbeville n'étaient pas toujours exercés par les troupes enne mies ; témoin, si les mois précédents ne nous en avaient déjà fourni plus d'une preuve, le rapport de l'argentier du Val qui dit cette ferme ruinée par les gens de M. de Mayenne (1).
(1) Le VIIe jour de novembre, Jacques de Vis, argentier de la
Les troupes royalistes dont le centre et le point d'appui en Normandie est Dieppe, et le poste avancé sur le Vimeu, Gamaches, ont menacé Saint-Valéry.
Monsieur Damerval, commandant en la ville de Saint- Vallery, vient de mander par lettres « que la ville a esté menacée d'estre escalladée par Pennemy et que, pour la conserver, il luy est besoing de pouldres et meschcs. •> L'Echevinage d'Àbbeville décide le vendredi X novembre, « quy (qu'il) luy sera envoyé trois cacques
de pouldres, de celles que le commissaire a laissé
en ceste ville pour servir en partie de remplacement de plus grand nombre que l'on auroit envoie naguères aux cappitaines tenans les garnisons aud. Saint- Yallery, pour envoier au gouverneur de la ville d'Eu, suivant les lettres expresses de Monsieur (1) de Mayenne, lesquels cappitaines auroient retenus et deppuis emporté sortans desd. garnisons » .
Tandis que Saint-Valéry s'émeut, d'autres troupes royalistes ont fait diversion en deçà de l'Authie.
Le même jour (X novembre), le maieur expose «qu'il
maison du Val, expose que Jehan Carbonnier, censier de la maison du Val, a fait amener cejoutd'huy en ville une certaine quantité de blé seigle, blé que l'argentier n'a pas voulu recevoir, Carbonnier étant obligé, par son bail, à rendre blé de [nuisons. — Carbonnier assure qu'il n'a, cette année, dépouillé d'autre blé que celui qu'il a apporté et qu'il lui est impossible d'en livrer d'autre, « ayant esté ruyné par les gens de guerre de l'armée de Monseigneur du Mayne, quy luy ont prins et robbé ses chevaulx. » On se décide à recevoir le blé, « sans préjudice à la Uioiïlgs value et nature dud. bled dont il poeult eslre cliargé par son bail »
(I) Est-on moins content de lui? Le monsieur remplace ici I monseigneur ordinaire.
a receu advertissement que l'ennemi delliberoit de s'emparer du chasteau de Dompierre quy est de trèsgrande importance et quy pourroit apporter grand dommaige à tout le pais et que. partant, il estoit besoing d'adviser à la conservation d'icelluy. » L'assemblée décide « qu'il sera envoyé en toutte dilligence deux harquebuses à crocq, vingt picques, avecq vingt livres de pouldres. »
Le cbàteau et le bourg de Gamaches, tombés peu de temps après le combat d'Arqués au pouvoir des royalistes, étaient détenus, au nom du roi de Navarre, par le sieur des Aïeux.
Du XVIe jour de novembre, le maieur présente des lettres du sieur des Aïeux (1) en date du XV de ce mois, lettres qui lui ont été remises par le maieur de Gamaches. L'Echevinage ayant entendu la lecture de ces lettres et les explications verbales du maieur de Gamaches, avise « en conséquence de la lettre de M. le comte de Bellin [?] cy devant escripte aud. sieur de Saleux [?] par le commandement de Monseigneur du Mayne, que led. Ledevin, siéger, escripra en son nom aud. sieur des Aïeux, que, s'il voeult rendre la place de Gamaches en Testât qu'elle estoit auparavant qu'il y fut entré, on le fera satisfaire de tout ce qu'il a perdu en ce pais; et pour ce faire en a esté advoué par lad. assemblée. »
Des députés sont cependant envoyés à Amiens pour demander aide contre la garnison de Gamaches; ils rendent compte de leur mission le XX novembre. Le maieur et les échevins d'Amiens , dans des lettres
(1) Nicolas de Bellengreville .seigneur de Zaleux
datées du XV11I, s'excusent de pouvoir maintenant aulcune chose apporter pour lever l'empescbement donné au pais par ceulx de Gamaches, et que touttefois, en faisant par nous les advances et (ou de) frais qu'il convicndroit faire pour le siège dud. Gamaches, ils offroient y contribuer en faisant par nous le semblable et contribuant aux frais par eulx faicts, tant pour le siège de Conty que aultres deniers par eulx prestes à la cause. »
L'Echevinage d'Abbeville comprend qu'il n'y a aucun secours à attendre de la communaulté d'Amiens. Abbeville agira donc seule Nous assisterons d'abord à la formation d'une sorte de Conseil, —j'allais presque dire de comité — de salut public.
Il est expédient, juge-t-on, d'avoir des forces pour empescher les courses de Pennemy et l'oppression des paouvres laboureurs et trouver moyen de recouvrer deniers pour les paier affin de les faire vivre en bonne discipline. Il est encore très nécessaire de pourvoir à d'autres affaires urgentes- L'Echevinage avise le 22 novembre, qu'il serait bon d'establir un Conseil en ceste ville, lequel seroit composé desd. sieurs gouverneur et maieur, quy en seroient les chefs, deux de l'église, deux de la noblesse, deux de la justice, deux de l'eschevinaige et deux bourgeois marchans, et que, pour cest effect, Messieurs de la noblesse, tant du pais de Vimeu que de Ponthieu en l'étendue de ce gouver n< ment, seront priés de se trouver, en cest eschevinaige, lundy prochain, XXVII de ce mois, pour, avecq lisd. sieurs maieur et eschevins, habitans et communaulté d'icelle , résouldre de l'establissement de ce Conseil et de la forme et pouvoir d'icelluy.
En conséquence le lundy XXVIIe jour de novembre, assemblée au son des cloches, à trois heures d'aprèsmidy, «pardevantMonsieurdeHucqueville, seneschalde Ponthieu, capitaine et gouverneur delà ville; François Rumet, escuier, sieur de Beaucauroy, maieur. »
Et le registre échevinal nous donne la liste des principaux assistants.
Pour le clergé : Messieurs Àpvril, doyen de l'église de Saint-Vulfran ; le prieur de Saint-Pierre; Renully , chanoine dud. Saint-Vulfran ; Martin , relligieux dud. prieuré de Saint Pierre ; Leleu , curé de l'église Saint-André; Odery, curé de l'église Saint-Jehan-des-Prés.
Pour la noblesse :
Messieurs Deligny, le commandeur d'Oisemont, de Chepy , de la Chaulcée, Saint-Blimont , Millencourt, Cornehotte-Gouy , Cornehotte Buigny , Daimplincourt , Destrejus [?] , de Noeufville , Framicourt , de Doncurel [?], de Moienneville, Tofflet, Bommy [?], du Plouy , Noully , Beaucamp de Walengar , de Fretin , Coppequesne , Lanchère , Labarre , et aultres gentilshommes, tant du pais de Ponthieu que de Vimeu en grand nombre.
Pour le tiers-état, —justice, eschevinage, marchands, etc. :
Tillette, président; Groul de May, Rohault, antiens maieurs; Tillette, advocat-, de Cantelleu, elleu.
Belle , du Candas , Sanson , Leaue , Lherminier , Lescuier , du Val , Godemont , Kegnault , Michault , cschevins.
Delesloille, F. Lardé, G. Lardé, Dequevauvillers et aultres notables bourgeois en grand nombre. G. Ledevin, siéger; Rohault, cappitaine du guet-
L'assemblée est convoquée «pour adviser d'empescher les incursions de l'ennemy, tant du costé de Ponthieu que de Vimeu, et, pour ce faire, avoir des forces de cavallerie et gens de pied , avecq argent pour les soudoier et sy, pour la conservation du pais en l'estendue de ce gouvernement et à l'environ, il ne seroit besoing d'establir ung Conseil en ceste ville pour donner ordre à tout et remédier aux courses de l'ennemy et oppression du paouvre poeuple. »
Et l'avis, exprimé d'un commun accord par toute l'assemblée, se résume ainsi : « attendu la ruyne apparente de tout le pays, quy se voit arriver sy promptement, il n'y a remède qu'en l'exécution de la dellibération du vingt-septième jour de ce mois, de laquelle, lecture a esté faicte à l'assemblée. Il sera [donc] estably un Conseil des trois ordres , en ceste ville , de douze personnes, scavoir : quatre de l'église, quatre de la noblesse, et quatre du tiers-estat, oultre Messieurs le gouverneur et maieur quy seront les chefs dud. Conseil, le tout par provision et soubs le bon plaisir de Monseigneur du Mayne, lieutenant général de Pestât royal et couronne de France, et que, pour adviser de la forme et pouvoir d'icelluy et nommer gens de chacun ordre, l'on se rassemblera demain buict heures du mattin. »
La délibération que je trouve dans les procès-verbaux du lendemain ne s'occupe aucunement de la constitution de notre Conseil et nous devons recourir au
surlendemain XXIX. — En attendant, je dois céder quelque peu pourtant la parole à Formentin :
« Les états de Ponlhieu, nous dit ici Formentin, s'assemblèrent le 28 novembre dans l'église de Saint - Vulfran ( I ), où, après la prédication de Rambert, gardien des Cordeliers , ils délibérèrent sur les moyens de conserver la religion catholique et de lever des subsides. Avant de se séparer , ils nommèrent des députés pour assister aux Etats-Généraux de la Ligue, dont l'assemblée avait été indiquée par le duc de Mayenne, à Melun. » — Formentin.
Je place ici ce fragment, n'ayant su si je devais le mettre en lumière isolément ou le rapporter aux discussions agitées la veille à l'Echevinage.
Quoi qu'il en soit, le lendemain nouvelle réunion à l'hôtel commun de la ville pour la formation du Conseil des trois ordres.
La délibération qui suit ne nous donne que la nomination des quatre membres du tiers-état (2).
« Du vingt-noeufviesme jour de novembre, au son des cloches , par devant led. sieur maieur , aiant accoustumé présider en la compaingnie du tiers-estat de Ponthieu.
« A esté procédé à l'ellection de quatre personnes pour entrer aud. Conseil, scavoir: de nobles hommes
(1) Dans le chœur de l'église de Saint-Vulfran. Les détails de cette assemblée électorale sont encore, dit Hermant, au registre des délibérations du chapitre, où les curieux peuvent les chercher. — Extrait de l'histoire de Ponthieu, par Hermant.
(2) Les réunions particulières de la noblesse et du clergé se tenaient vraisemblablement au prieuré de Saint-Pierre ou a Saint-Vulfran.
Me Pierre Tillette, sieur de Mautort, président; Claude de Waconsains , conseiller au siège présidial de Ponthieu ; honorable homme Estienne Léault , ad présent l'un des quatre premiers eschevins de ceste ville; et, ce faict, a esté advisé qu'il estoit expédient que tous ceulx qui avoient esté elleus par les trois ordres pour composer led. Conseil s'assemblassent avecq lesd. sieurs gouverneur et maieur, pour convenir des choses ausquelles led. Conseil pouvoit prouvoir promptemeut soubs le bon plaisir de nostre roy Charles Dixiesme (1) ou de Monseigneur du May ne , son lieutenant général , ou bien adviser ce quy (qu'il) seroit de besoing remonstrer et faire entendre à sadicte Majesté ou mond. Seigneur du Mayne, pour la conservation, bien et utillité de ce pais de Ponthieu et à l'environ.
Rien ne se rapporte, dans le registre, aux réunions particulières de la noblesse et du clergé. Ne pourrionsnous dire, sans discuter maintenant les assertions de Formentin, que l'assemblée de la ville en l'église de Saint-Vulfran, pouvait bien avoir pour objet aussi, ou plutôt, la constitution de notre Conseil ?
Rentrons, et date par date, dans tous les sujets d'émotion de la ville.
Nous avons à signaler encore les défiances et les accusations qui font condamner des suspects, mais de rares suspects , il faut le dire. A l'heure où nous
(0 On voit, par un changement «récriture, que ces mots sont restés quelques jours en blanc. On attendait sans doute des nouvelles plus précises, niais de ce jour Abbeville a reconnu un nouveau roi.
sommes, il n'apparaît guère , à visage découvert du moins, qu'une seule opinion dans la ville (1).
Mais c'est la guerre surtout qui ne nous laissera plus de répit.
Le XXVIII novembre, - nous nous souvenons qu'on devait ce jour s'occuper de la formation d'un Conseil des Etats de la ville, — on s'était rassemblé, dès huit heures du matin, dans l'Echevinage, au son des deux cloches, en intention de poursuivre les résolutions de la veille. Mais un messager et des nouvelles venues de l'Authie détournent et font ajourner les discussions. Le gouverneur, séneschal de Ponthieu, expose « qu'il y a ici ung gentilhomme de la part de Monsieur de la Motte, poursuivant affin que, pour entretenir la caval-
lerie conduicte par led. seigneur, logé à Labroie
et aultres lieulx sur la frontière , pour le bien et support de l'Union, suivant l'intention de Monseigneur du May ne , il leur soit ordonné des fourrages sur les villaiges de France plus proches desdits lieulx , en paiant raisonnablement, attendu que les fourraiges et provisions du pais d'Arthois où ils sont, dès a longtemps sont mangés et consommés, et qu'ils n'en poeuvent plus recouvrer que ès-lieulx esloingnés d'eulx de dix et douze lieues ; en quoy faisant les chariaiges aportent plus de frais, pertes et incommodités aux habitans du pais que ne vallent lesd. fourraiges; et à ceste tin quy (qu'il) leur soit envoyé ung elleu de l'ellection de
(!) « Le vingt-troisiesme dud. mois de novembre aud. an (i5«9), M' Oudard Gomel, médecin, condainpné par seulcncc en quarante escus vers la ville et en dix escus aux pauvres. . xi"\ » — Jieg. aux comptes, 1589-1590.
CYst là nue grosse condamnation. Qu'avait fait ce médecin? Il 13
Ponthieu ou aultre personnaige , avecq auctorité et commandement de faire assiette et deppartement desd. fourraiges et autres (1) et y establir pris » L'assemblée décide « que Me Jehan de Ganteleu, elleu, se transportera vers led. sieur de la Motte, pour prouvoir aux prouvisions nécessaires desdicts fourraiges et autres , et en faire assiette sur les villaiges proches de lad. frontière, comme il advisera.
Cette affaire à peu près réglée au nord, on s'inquiète de la puissance ennemie qui grossit du côté de Dieppe, que le commerce avec les ports de la Somme soutient et fortifie encore et qui, dans tous les cas, peut, sous le couvert de ce commerce, entretenir des intelligences dangereuses dans la ville.
Le XIIe jour de décembre, assemblée au son des deux cloches.
Le gouverneur, M. de Hucqueville, remontre •« qu'il se meut journellement plusieurs difficultés pour l'apport quy se faict ad présent en ceste ville par les marchans d'Eu , du Tresport , de Blangy et aultres lieulx quy communicquent et trafiquent avecq ceulx des villes de Dieppe, Callais, Boullongne et aultres villes ennemies et tenans party contraire à l'Uuion, d'aillieurs que ceste communication apporte beaucoup de commodités à l'enncmy. tant d'argent que aultres choses, ou'.tre les intelligences qu'il poeult pratiquer durant telle communication , davantaige que telle communication et traficq continuant, elle augmentera ceulx de lad. ville de Dieppe et aultres ennemies, à la grande diminution et incommodité des havres du
(i) Autres provisions sans doute.
Orottoy et Saint-Wallery
- Après avoir, sur ce, prins advis, a esté advisé que, pour le bien de nostre saincte Union, deffenses seront faietes à touttes personnes , de quelque quallilé et condition qu'ils soient , de faire tralicq , achept ou vente de marchandises , huict jours passés après ta publication des présentes, et ne faire venir ou conduire et mener, soit par terre ou par mer, des villes et lieulx contraires à lad. Union, ny de lieulx aians communicqualion directement ou indirectement avecq lesdictes villes contraires [?], à peine de confiscation desd. marchandises et des chevaulx, charrettes, chariots et navires dans lesquels se trouveront icelles
et, par ce moien, sera libre à tous
marchans estrangers, Anglois, Escossois, Hollandois, Bordellois , Gascons et aullres , d'aborder et faire arriver en toutte seuretté, par la voie de la mer, es havres de Saint-Wallery et Crotoy, touttes sortes de marchandises quy ne proviendront de lieulx contraires à lad. Union. »
Nous sortons de l'année 1589 et entrons dans l'année
On voit que les assemblées des trois ordres se tenaient au prieuré de Saint-Pierre.
Le trois janvier loi) >, eut lieu une de ces assemblées, à l'issue de laquelle le maieur fil sonner les deux (1) cloches de l'Echevinage « pour l'assemblée du poeuple de ceste ville , avec tout le tiers-estat du comté de Ponthieu.»
(1) Les deux cloches, c'est-à dire celles qui servaient à eèê convocations.
Cette assemblée du peuple, à l'Echevinage, procéda « à l'ellection de VI personnaiges pour recueillir les plaintes dud. tiers-estat et les rédiger en un cahier. » Elle nomma en conséquence :
M. le Président, M. Leault,
M. de Maupin, M. Lavernot,
M. du Candas, M. de le Warde.
Ces plaintes devaient être transmises évidemment aux Etats-Généraux de la Ligue convoqués par M. de Mayenne à Melun.
l'expédition de gamaches
Nous allons assister à l'entreprise heureuse dirigée sur Gamaches par les troupes de la Ligue, entreprise à laquelle Abbeville contribua pour une assez bonne part , comme l'établissent nos délibérations et nos eomptes.
Dixiesme jour de janvier (1590), M de Hucqueville préside en l'Eschevinage.
11 expose qu'il a «lettres ou commission de Monseigneur de Ballaigny, du noeufviesme jour de décembre dernier , enregistrées au greffe de l'Eschevinage de eoste ville (1), pour réduire le chasteau de Gamaches,
(1) Teneur de la commission dud. seigneur de Balagny : « Le seigneur de Ballagny, marquis de Reguel [?], baron de Bussy (suivent quelques autres noms de lieux encore), chevallier de l'ordre de Samct-Michel, capitaine de cent hommes d'armes, commandant géne'rallement dans Cambray et pais de Cambresis, et lieutenant gcuéral pour l'Union en la province de Picardie, à Monsieur de Hucqueville, baron de Pont-Saint-Pierre, chevallier de l'ordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes et gouverneur des ville et chasteau d'Abbeville, salut. Comme le
tenu par les ennemis , et rendre le puis libre avecq les tailles et impositions qu'il doibt et a accoustumé de rendre à la cause et empescher que lesd. ennemys ne s'en emparent comme ils ont faict jusquesaujourd'huy. »
travail que les rnnemys de la foy et relligion catholicque font par courses ordinaires aux pocuples des villes, villaiges et ter ritoires d'Amiens et Abbeville et particulièrement ceulx de la garnison de Gamaches qui interdisent le libre accès, traficq et commerce desd. villes à Paris et Rouen, nous ayt faict juger, pour infiniment bonnes considérations, estre de plus grande conse'quence d'y apporter le remède qu'en touttes les auttres parts de la province où, ce néantmoings.ils n'espargnent d'exercer leurs tyrannicques desseings, et considérant l'impossibilité de pouvoir par oppositions de garnisons y donner le salubre remède ; ains que la force et la viollence d'un siège et du canon y est requise ; avons advisé de surceoir (surseoir) pour quelque temps les auttres desseings que pourrions avoir de deçà et disposer partie de nos forces soubs la charge du sieur de Bellenglise, gouverneur de Rue, mareschal de camp des troupes et armées de Picardie, pour les conduire aud. Abbeville et icelles estre emploiées au siège de Gamaches, sy ainsy est par vous jugé estre à propos [?], et luy avecq le conseil des gentilshommes et capitaines que vous pouvez avoir près de vous. A ces causes ne pouvans, pour les auttres affaires et occupations que nous avons, nous y trouver en personne, vous prions et vous donnons plain pouvoir, puissance et auctorité, en vertu de celle qu'il a pieu à nos supérieurs nous donner, que sy vous trouvez lesd. forces et celles que vous pouvez rassembler en dilligence estre suffisantes d'empescher la perte du canon en cas que les garnisons de nos enneuiys s'assemblent, vous aiez à en tirer de vostre ville tel nombre de pierre et telle quantité de pouldres et munitions de guerre que vous trouverez convenir pour la batterie dud. ehasteau de Gamaches, de faire lever sur votre cllection les pionniers quy seront semblablement nécessaires pour ung tel cflVct, commettre et establir ung commissaire des vivres pour subvenir à la nourriture desd. troupes, comme aussy vous donnons pouvoir, en vertu du nostre, d'ordonner des deniers
Il a donc charge de « disposer et ordonner de toutes sortes et natures de deniers appartenans à la cause, et, pour ce faire, il est expédient de recouvrer deniers et munitions de guerre et vivres. Les troupes conduictes en Boullenois, par Monseigneur de Bellenglise, sont déjà sur leur retour à Cressy pour venir aud. lieu de Gamaches. » Le temps presse ; on décide que « pour les vivres qu'il conviendra nusdictes trouppes estans en deçà, pour le soullagement du plat pais, il sera prins es greniers du prieuré Saint-Pierre, duquel. M» Elloy Tiliette est recepveur, et sur le sieur d'Achery, recepveur de Walloires (i) et autres, dont ils paient le pris à la recepte généralle, jusques au nombre de deulx cens septiers de bled, à la charge de luy en faire le remplacement par le plat pais ou par ceste ville, des
tant ordinnires que extraordinaires pour l'exploit de ce sie'ge, conclure et arrester les capitulation et composition de lad. place par telles conditions que vous trouverez raisonnables, et estant led. chasteau ré<luict, d'y commettre tel capitaine avecq tel nombre de soldards qu'il sera par vous advisé, ou bien de le faire razer et tous les autlres qu'y sont en vostre gouvernement, que vous jugerez < stre expédient de desmanteller pour le préjudice qu'ils apportent et les frais qu'il convient faire pour les conserver; en oultre, vous donnons pouvoir et auctorité de faire faire une assiette et contribution par les mains de Messieurs les maieur, prevost et escbevins de vostre ville et par Messieurs les trésoriers généraulx de France en Picardie que touttes les villes, bouigs et villaiges de vostre gouvernement au marc la livre pour rembourser lesd. sieurs maieur, prevost et eschevins des frais et mises qu'ils auront advancés en l'expédition
dud. siège, etc
A Cambray, ce noeufviesme jour de décembre 1589; signé en bas : Dallagny ; et plus bas : Chastellain. »
(1) Ainsi, non-seulement on oblige les ecclésiastiques aux armes, mais on emprunte aux religieux leurs grains.
premiers grains appartenons à la cause, ou les luy paier à pris raisonnable, et qu'à ceste tin, la femme dud. Tillette sera priée de bailler les clefs des greniers, et, à son reffus, attendu la nécessité des affaires, qu'il en sera faict ouverture et dellivrance aux boullengers de ceste ville , jusques au nombre de deulx cens septiers dud bled, peur estre converti en pains d'amonition pour la nourriture des troupes conduictes par led. seigneur de Btllenglise. »
11 s'agissait en outre de fournir au corps d'armée chargé du siège, des boulets de pierre, de la pouldre, toutes les autres munitions de guerre requises et des pionniers ; le gouverneur d'Abbeville devait particulièrement commettre et établir un commissaire des vivres pour subvenir à la nourriture des troupes. Toutes les avances devaient être faites par la ville d'Abbeville. Il est vrai, que de son autorité privée, M. de Ballagny donnait à M. de Hucqueville pouvoir, etc., «de faire faire une assiette et contribution par les mains de Messieurs les maieur et eschevins d'Abbeville même et par Messieurs les trésoriers généraux de France en Picardie, » pour faire contribuer au marc la livre « toutes les villes, bourgs et villaiges » du gouvernement dud. sieur de Hucqueville, au remboursement des maieur, prévost et eschevins d'Abbeville. — Les avances furent faites avec bonne volonté, mais aussi modérément qu'on put.
M. de Uellenglise, gouverneur de Rue, mareschal de camp des troupes et armées de Picardie, s'achemina donc de Crécy vers Abbeville (1) et de là sur Gamaches.
(I) M. de Bellenglisc vint très-vraisemblablement en effet a
Nous retrouvons toujours à Abbeville, tantôt à côté de l'esprit politique assez prononcé, tantôt, comme ici, à côté de l'esprit belliqueux, l'esprit de prudence.
Le quatorziesme jour de janvier, le maieur expose que «aiant esté adverty que sur ce poinct de l'exécution du siège de Gamaches, où est conduict le canon de ceste ville (d'Abbeville), il seroit expédient de faire accompaigner led. canon de quelque nombre de cincquantiniers, et que leur en aiant conféré et prié en choisir et eslire vingt de chaque compaingnie, ils se sont icy trouvés en grand nombre et ont remonstré, la plus S3ine partie , qu'il n'estoit pas raisonnable d'y envoier sy petit nombre d'hommes, joinct la difficulté quy se trouveroit à l'ellection, et qu'il vouldroit mieulx y envoier touttes les trois compaingnies, pour ce qu'il y aura plus grande force et seuretté, et, d'aillieurs, que aulcuns antiens ont remonstré, oultre plusieurs inconvéniens sur la sortie desd. cincquantiniers et ne désarmer (i) ny oster la force de la ville, etc. »
Abbeville, et Abbeville eut, dans ces circonstances, à reconnaître sans doute quelque service ou quelques bons procédés de sa part:
« A Nicolas Plantart, M* orloger, la somme de quatorze escus à luy deube pour une montre d'orloge présentée au nom de ladicte ville au sieur de Bellenglise, comme appert par ordonnance du vingtiesme jour de febvrier mil cincq cens quatrevingt-dix et quittance, cy xiiii'". »
M. de Bellenglise communiquait d'ailleurs parfois directement avec la ville:
« A deux hommes de Beauquesne, pour avoir apporté lettres
du sieur de Bellenglise, vingt-huict sols xxvmV »
— Reg. aux comptes, 1589-1590.
(t) Qu'il convenait de ne désarmer.
Le maieur a donc fait faire la présente assemblée
pour discuter sur ces questions
Surquoy , après qu'il a esté certiffié
et mis en avant par aulcuns de la compaingnie, que de tout temps, en semblables occasions, lesd cincquanteniers ont tousjours esté emploies, mesmement qu'ils allèrent tous à Saint-Wallery, et aussy qu'il y a bon nombre d habitans pour donner ordre à la guerre et seuretté de lad. ville, a esté dellibéré, par l'advis de lad. compaingnie, que lesd. trois cincquantaines accompaingneront et feront escorte aud. canon jusques aud. lieu de Gamaches, où estant, ils se retireront en ceste ville, jusques à ce qu'il sera besoing ramener led. canon (1). -
Quelques coups de feu furent échangés probablement (2).
(1) Nous trouvons la confirmation de cette délibération dans le registre aux comptes :
« A esté paie aux trois compagnies des cinquanteniers de lad. ville la somme de trente escus à eulx ordonnée lorsqu'ils alloient conduire le canon à Gamaches, dont appert par ordonnance du quatorziesme janvier aud. an cinq cens quatre-vingt-dix, y rendue avec acquits, pour ladicte somme, de Jehan de Courchelles, Pierre Poultier et Jehan Potlier (I), cy xxx"c. •
(2) « A Joachin du Précl, M* apothicaire, la somme de cinquante-trois sols, pour drogues par luy fournies pour penser ung manoeuvre nommé Flameng, blessé au chasteau de Gamache, comme appert par ordonnance du quinziesme jour de juillet
audict an (1590), cy . . . . un*. »
— Reg. aux comptes, 1589 1590.
Et dans les comptes de l'année échevinalc suivante :
« Du treiziesme jour d'octobre (1590), s'est présenté Jehan
(1) Noms évidemment des trois capitaines des compagnies.
Les détails du siège nous manquent, mais le château de Gamaches se rendit le 49.
Que fera-t on maintenant de la place prise ?
Le lieutenant général J. Bernard, et le maieur F. Rumet , président le lendemain (vingtiesme jour de janvier) une assemblée générale convoquée joyeusement par les deux cloches.
Le sieur Bernard expose qu'il est expédient de « dellibérer suivant les lettres de Monseigneur de Hue queville , sy l'on estoit d'advis de desmollir le chasteau et maison de Gamaches, rendus le jour d hier entre les mains dud sieur de Uucqueville. »
La résolution ne parait pas avoir été douteuse; les avis ne durent pas mettre vigoureusement aux prises les opinants d'accord longtemps d'avance.
Les « estats » délibèrent « unanimement que led. sieur de Uucqueville sera prié de faire desmollir et razer le plus promptement qu'il pourra led. chasteau et maison, attendu qu'à l'occasion d'icelluy le plat pais a esté ruvné, et que sy l'ennemy le reprenoit cy après, l'on tomberoit en plus grand inconvénient et ruyne que
Sifaict, fils de Félix Sifaict, canonnier de ceste ville, lequel a
remonstré que dès à longtemps il faict service à la ville (î)
[et qu'il a] mesme este dernièrement au siège de Gamaches où il auroit exposé sa vie pour servir aux canonniers estans audict siège, requérant, en considération de ce, estre receu aide de
canonnier au lieu de Jehan , la place duquel, par le moien
de sa mort, est ad présent vacante. — Prius advis à lad. assemblée, nous avons icelluy Siffaict receu el recevons en lad. place d'aide et luy faict faire le serment requis. » — Reg. aux délib., 1390-1591.
(1) Je croîs lire comme servant led, sieur Sifaict son père.
auparavant, joinct que Ton ne pourroit éviter que l'on ne feit une grande despence de deniers publicqs à la conservation d'icelluy, y mettant garnisons, lesquelles mesmes pourront encore oppresser et endommager les gens des champs, desquels le veu et désir commun a tousjours cslé de rnzer tels chasteaux pour leur plus grande liberté et soullagement »
Mais les pierres du cliâteau de Gamaches ne devaient pas tomber devant ces réclamations appuyées de celles d'Amiens. La résistance vient du gouverneur même d'Abbeville.
Le vingt-noeufviesme jour de janvier, assemblée des estats par devant M. de Hucqueville et le maieur, assemblée assez nombreuse bourgeoisement; quelques gentilshommes , deux religieux de Saint Pierre, et Saveuzes, curé de Saint-Paoul.
Tout d'abord, le gouverneur, qui préside, expose que, « aiant escript à Messieurs les maieur, prévost et eschevins de la ville d'Amiens, pour les prier de luy donner advis sur la démolition ou conservation du chasteau de Gamaches , ils luy ont faict response qu'ils estoient d'advis semblable à celuy des trois estats de ceste ville, scavoir: de razer et desmollir led. chasteau. » — Quant à lui, il « n'estoit dellibéré d'y entendre qu'au préalable, il n'en eut receu le commandement exprès de Monseigneur du Maine, attendu que les gentilshommes et gens de guerre, mesmement aucuns notables habitans de ceste ville (d'Abbeville) estoient d'advis contraire. «»
Les Etats persistent cependant dans le vœu précédemment exprimé, et le gouverneur est prié par la plus grande partie de l'assemblée, « de s'em-
ploier promptement à faire faire la desmolition dud chasteau, et par mesme moien poser forces de cavallerie et gens de pied suffisantes, tant pour la garde d'iceulx quy vacqueront à faire la démolition dud. chasteau que pour résister aux incursions et voleries que pourroient continuer en ce pays, durant et après la démolition, les heréticques, politicques et leurs partisans des villes et chasteaux d'Arqués, Noeufchastel et d'autres lieulx »
Longtemps après la prise de Gamaches, l'Echevinage réclame encore auprès du duc de Mayenne (courant d'avril et de mai, comme nous le verrons aux dates) le remboursement des frais faits par la ville au siège de janvier. Au mois d'août, plusieurs habitants d'Abbeville n'ont pas encore reçu le paiement de quelques fournitures, ou du moins l'Echevinage croit devoir rassurer le receveur du domaine de Ponthieu qui les a remboursés ou doit les rembourser (1).
Dans les premiers jours de février une légère mésintelligence sépare pendant quelque temps le gouverneur et le maieur, à propos du principal intérêt,
(I) Du XVIIe aoust 1590. —On promet à M» Charles Maillard, recepveur du domaine de Ponthieu, a qu'au cas que cy-après Messieurs des comptes ou Messieurs les trésoriers d'Amiens fassent reft'us d'allouer en ses ostats les paiemens qu'il a promis faire, à plusieurs particuliers hahitans de ceste ville, de ce quy leur est deuh à cause des marchandises par eulx livre'es pour le siège de Gamaches, led. Maillard sera desdommagé par la ville, laquelle dès ad présent demeurera chargée de la vérification des lettres obtenues de Monseigneur le duc du Maine, pour l'approbation de la despence et frais dud. siège de Gamaches, à peine de tous domaiges et intérests que led. Maillard pourroit encourir à fautte de lad. vérification. »
la guerre et la sûreté de la ville. Le gouverneur piqué par quelques bruits qui ont atteint sa loyauté, a affecté en représailles des prétentions nouvelles ; l'Echevinage maintiendra les droits de la ville.
Le maieur expose les faits, le VIII, à l'Echevinage; il a fait dire au gouverneur , par le capitaine du guet, «qu'il estoit nécessaire de prou voir à la seureté et conservation de ceste ville , attendu que toutes les forces de la province vont vers Monseigneur du Mayne, °A que Monsieur de Longueville y demeure avecq une puissante armée, oultre la crainte que l'on poeult concevoir des forces quy sont vers Dieppe et le Boullenois.» La réponse du gouverneur, rapportée au mayeur par le capitaine du guet, a été « que il n'estoit plus dellibéré de se trouver en l'assemblée en l'Eschevinaige, et que, quand on y auroit advisé quelque chose, que Ton luy envoia (envoyât), qu'il en adviseroit. »
Il est donc nécessaire, ajoute le maieur, de prendre une résolution « crainte que ces difficultés et longueurs n'apportent détriment au publicq. »
L'Echevinage décide « que l'on fera entendre aud. sieur gouverneur, que touttes dellibérations concernans le bien commun, repos et conservation de la ville, se se sont tousjours faictes en l'hostel commun d'icelle, comme elles s'y doibvent faire, et non au chasteau, et que pour ceste occasion (pour ceste cause) l'on n'ira point aud. lieu du chasteau, et que pour son reffus l'on adviseroit de prouvoir aux affaires plus nécessaires et urgentes »
Le lendemain (9 février), le maieur remontre encore que «aiant, le jour d'hier, trouvé Monsieur le gouverneur aux Minismes, il luy a faict entendre la nécessité
de prouvoir à la seuretté de la ville, réparation d'icelle, et de quelles personnes l'on pourroit faire estât pour forces, advenant qu'il nous survint ung siège ou auttre inconvénient sur les bras, et l'a prié à ceste occasion de se trouver en la maison de la ville pour y donner ordre, ainsy qu'il a esté tousjours faict par cy devant. » Cette nouvelle ouverture a été mai reçue encore. Le gouverneur s'est contenté de répondre « qu'il ne se trouveroit point, aud. Eschevinaige, qu'on ne Iuy eut faict raison (avant qu'on ne lui eut fait raison) des faux bruicts que l'on a faict courir contre luy. » Au grief exprimé ainsi, le maieur s est hâté de répliquer en assurant « que l'on avoit mandé aulcuns de ceulx accusés de ce faict, et qu'ils en auroient faict dénégation et auroient offert et offrent d'eulx en purger, et que luy mesme (1) avoit empesché que nostre Me Rembert (1) fut mandé, disant qu'il le feroit admonester par son évesque, que s'il luy plaisoit nommer ou faire nommer tesmoings, Ton en feroit justice en toutle dilligence, qu'il auroit occasion de s'en contenter, ce quy ne se poeult aultremenl faire. »
A ces dernières protestations, à ces dernières offres, M. de Uucqueville n'avait fait •« aulcune responcej à raison de quoy il est très nécessaire d'y adviser pour prévenir tous inconvéniens que la demeure y pourroit apporter. »
Il reste du blanc dans le registre pour une délibération qui manque.
(1) Le gouverneur, M. de Hucqneville.
(2) Le prédicateur cordelier, éloquent, passionné et en renom dans la ville. Il allait prêcher quelquefois à Saint-Riquier.
Le médecin Gomel que nous avons nommé plus haut ne pouvait être qu'un pauvre suspect, un petit suspect. Voici mieux maintenant, une dame, celle que nous avons vue si bien dérendre ses droits dans le château du Crotoy contre les décisions du gouverneur et de l'Escheviinge d'Abbeville, Madame de Belloy.
On voit par une délibération du XIX febvrier 1390, qu'à cette date la dame de Belloy (elle présente une requête pour les incommodités qu'elle dit souffrir) était depuis longtemps prisonnière, pour cause de suspicion, au chasteau de Ponthieu.
La guerre qui rôde autour du Ponthieu, les fournitures aux troupes en campagne, laissent à peine, au milieu de toutes ces émotions, respirer la ville (1).
Je ne sais si un rapprochement s'est fait déjà entre
(1) « Du XXII* jour de febvrier. Pour satisfaire aux lettres de Monsieur du Mayne et de Messieurs les généraulx à Amiens pour le fournissement des vivres aux troupes venues de Flandres au secours de l'Union, montans vingt mil pains, cincq cens soixante- seize pains blancqs, six pièces de vin, quarantedeux poinçons de bierre, quatorze bestés à cornes, cent douze moutons, quatre- vingt- ung muis et demy d'avoine, mesure
d'Amiens, revenant à (ainsi en blanc clins le registre)
septiers, mesure île ceslc vile, ont esté mandés François
et Jehan Lardé, M" brasseurs, avecq lesquels a esté faut pris pour lad. bierre, moiennant la somme de soixante-quinze sols la baricque
« Du vingt-quatriesme jour de febvrier. (M. de Ramluire se trouve à l'assemblée . Ont esté mandés Jehan et André Dufour et Albanie Leblond, maistres boucliers, aveeq lesquels a esté accordé et convenu L (1) de pris pour la fourniture desd. bestiaux, moiennant la somme de noeuf escus pour chacune beste à cornes et cent cincq sols pour chacun mouton. »
■I ) Sic. Je ne peux voir qu'une gran le L. sans indication de livres ou d'émis.
le château et l'Echevinage, mais, à la tin de février, l'Echevinage déjoue une demande d'argent du gouverneur: - Du XXVIe frebvrier, sur ce que Mr le gouverneur a envoyé prier la compaingnie de depputter quelques ungs de Messieurs les eschevins pour estre présens à la montre qu'il prétend faire faire cejourd'huy à sa compaingnie d'ordonnance, a esté dellibéré que l'on ne pouvoit depputter aulcun eschevin à cest effect, parce qu'il n'a jamais esté accoustumé ce faire, et que sy c'estoit des deniers des tailles (1) ils sont destinés pour le paiement des garnisons, non aillieurs. »
Le gouverneur a cédé enfin; il revient à l'Echevinage. Les incursions royalistes , pour lesquelles la Bresle n'est pas une barrière, même depuis la réoccupation du château de Gamaches par les Ligueurs, ont peutêtre fait taire les susceptibilités particulières sous un intérêt commun.
Le IX mars, le gouverneur qui s'est rendu à PEschevinage, expose qu'il est très-nécessaire « de prouvoir aux courses que font ordinairement les ennemys au pais de Vimeu, et que pour cest effect il est besoing d'y entretenir quelques forces pour obvier que le poeuple ne soit aussy travaillé et qu'il puisse faire son labeur en toutte seuretté. » On avise qu'il sera conféré de cette nécessité avec Messieurs de la ville d'Amiens, et Oii députe à cet effet Me Grégore Ledevin, siéger.
IS'ous approchons de la bataille d'ivry, que Formentin nous rapporte du côté picard.
- Le jeune comte d'Egmond, nous dit-il, qui possédait
(l) Si c'était des deniers des tailles que le gouverneur désirait payer sa compagnie, 11 faut suppléer ainsi à l'ellipse de la phrase.
plusieurs belles terres en ce comlé, vint joindre le duc de Mayenne avec quinze cents lances et cinq cents fantassins, et engagea le duc de Mayenne à livrer la bataille d'ivry, qu'ils perdirent le 14 mars. Cette défaite mit les affaires du roi en bon état. »
Recherchons dans les dépositions qui ne sauraient nous tromper, les premières conséquences chez nous de la bataille d'ivry. Je ne saisis pas d'abord l'émotion causée dans notre ville par le premier bruit de cette nouvelle défaite de la Ligue.
Le découragement ne se trahit dans aucun témoignage. Il y a mieux; huit jours après la victoire de Henri IY, les habitants d'Eu font une démarche qui les rapproche de notre ville, ennemie du roi. • Le vingt-deuxiesme jour de mars, deux députés des maire et eschevins de la ville d'Eu sont introduits dans l'assemblée où se trouve le gouverneur. Les maieur et eschevins d'Eu désirent être tenus pour voisins , alliés et confédérés de la ville d'Abbeville ; ils désirent « vivre et mourir avecq nous, et d'eslre conservés en leur neutralité, se submettant de ne faire aulcun tralicq en la ville de Dieppe ny aultres villes contraires à la saincte Union, ny moings laisser entrer en leur ville aulcuns gens de guerre. On écrira aux maire et eschevins de la ville d'Eu, atin d'être plus amplement esclarcis de leur volunté. »
Cependant , comme rien n'est tel qu'un coup de canon bien appliqué pour agir sur les opinions, faire baisser la voix aux uns, relever la tète aux autres et convertir en sens divers, nous devinons, vers la fin du h ois, quelques chuchottements de politiques, quelques propos encore hésitants, mais déjà condamnables peui-
être, échangés sous le manteau des cheminées ; nous entrevoyons, sans pouvoir les lire malheureusement, quelques lettres venues du dehors et qu'un ami déplie mystérieusement sous les yeux d'un ami.
Le scribe de l'Echevinage nous en dit autant qu'il peut sans le vouloir.
Du vingt-septiesme jour de mars, sur les remonstrances faictes par le procureur de la ville , que plusieurs particuliers , tant de ceste ville que de dehors, s'etïorçoient deppuis peu de jours de semer parmy ceste ville lettres et tenir propos aux habitans d'icelle, tendans à les desmouvoir de tenir le party de la saincte Union des catholicques de ce roiaulme et à recongnoistre les héréticques, vanter contre vérité les forces desd. héréticques et mespriser Messieurs les princes, tant de ce roiaulme qu'autres aians sainctement embrassé la cause de lad. Union, et pour éviter aux inconvéniens apparens quy en pourroient advenir, deffences sont faictes à touttes personnes, de quelque estât, quallité et condition qu'ils soient, de semer et publier parmy ceste ville, lettres ou escripts, maintenir , dire ou rapporter aulcuns propos contre la saincte union des catholicques et de ce roiaulme, ou contre l'honneur et réputation de Messieurs les princes, seigneurs, gentilshommes et aultres, tenans le party de lad saincte Union, soit regnicolles ou estrangers, ou au desadvantaige de lad. Union, ny pour intimider et desmouvoir les bons catholicques de tenir le party de lad. sainte Union, le tout à peine de pugnition corporelle et d'amende arbitraire, voire de la vie s'il y eschet, et est enjoinct à touttes personnes de révéler ceulx quy auroient contrevenu ou contreviendront à
l'advenir aux présentes deffences , à peine d'estre pugnis comme fauteurs des héréticques et faulx catholicques.
On le voit, les nouvelles de la bataille d'Ivry ont enfin produit l'effet qui suit tout déplacement de force dans le monde où les mousquets valent beaucoup de discours; mais par contre, on la remarqué aussi, le plus clair résultat chez nous, des bruits venus des bords de l'Eure, a été rétablissement d'une sorte de censure sur les écrits, l'intrusion d'une police soupçonneuse dans les conversations privées et, ce qui est pis, un appel à la délation.
Navires saisis par les corsaires de la Ligue et amenés au Croloy. — Abbeville prend la défense des marchands étrangers. — Députation vers M. de Mayenne pour des réclamations d'argent. — La compagnie du capitaine Lachesne. — Récriminations réciproques d'Eu et d'Abbeville. — M. de Mayenne écrit à Abbeville qu'il s'occupe de reprendre les châteaux de Normandie. — La ville offre deux pièces d'artillerie à l'envoyé de M. de Mayenne. — Retour du député envoyé vers M. de Mayenne. — Le coup d'arquebuse du maieur. — Mort du cardinal de Bourbon, le roi de la Ligue. — Impression causée à Abbeville par cet événement. — Discussion entre le gouverneur et le maieur, sur l'étendue de leurs droits respectifs, à l'occasion d'un passe-port d'armes. — Négociation d'une trêve « pour le repos du laboureur, » entre Abbeville et les garnisons royalistes de la Normandie. — Signature de la convention à Eu — Articles principaux du traité. — Travaux aux fortifications. — Léger différend à ce propos entre le maieur et le gouverneur. — Le canon, la poudre. — Les places fortes et les garnisons de la Ligue autour d'Abbeville. — La tour du Plouy- Domqueur, Rue, le Crotoy, Ponl-Remy, Rambures, Etaples. — Chaînes à tendre dans Abbeville à l'entrée de certaines rues. — Bonne force à établir dans la ville. — M. de Hucquevillc accusé de trahison porte sa cause devant l'Echevinage. — Saisie, confiscations, etc., des biens et revenus des hérétiques et autres tenant parti contraire à l'Union. — Procession et prières pour la délivrance de Paris. — Difficultés à cette occasion entre l'Echevinage et le doyen de Saint-Vulfran. — Levée du siège de Paris.
Nous allons, dans ce chapitre encore, reconnaître presque en notre ville une de ces républiques de puissance moyenne qui, en Grèce, groupaient autour d'elles, dans les temps de guerre, et surveillaient d'autres villes, d'autres bourgs plus faibles, tandis qu'au-dessus d'ellesmêmes, colonies ou sujettes, Sparte ou Thêbes, Thêbes ou Sparte , Athènes ou Philippe se disputaient la domination supérieure. Au temps où nous sommes , pour continuer la comparaison, Thêbes était la religion romaine et le Conseil des Seize, Alexandre était Henri de Navarre. Le rapprochement avec les républiques grecques (ou italiennes, si l'on veut), sera plus sensible ercore, si l'on se rappelle qu'Abbeville aussi s'était déjà enrichie par le commerce, vivait encore par le commerce, et, au milieu de ces guerres qu'elle soutenait sans découragement, se montrait très - prudente à ménager, de près ou au loin, ses relations de trafic, ses intérêts commerciaux. La piraterie que des navires ligueurs exerçaient contre les navires des alliés supposés des huguenots, lui faisait grand'peur.
Nos registres en gardent des preuves.
Depuis quelques jours, dit le procureur de la ville dans l'assemblée du 2 avril, quelques cappitaines de navires se sont ingérés d'amener au havre du Crotoy, plusieurs navires et marchandises qu'ils ont prins sur la mer , appartenans aux Escossois , Hollandois et Allemans de la ville de Embde (1), pais de Frise orientalle, estans soubs la protection de l'empire romain. » Ces capitaines, arrivés au Crotoy, « ont faict confisquer lcsdictes marchandises et navires, (c'est-à-dire obtenu
(1) Emlidcn ou Emden, sur l'Ems.
la légalisation de leurs prises) chose quy troublera le commerce et empeschera que les marchans de ceste province n'oseront plus traficquer sur la mer, parce que sans doubte lesd. marchans estrangers feroient prendre en contrerevenge (en revanche) leurs marchandises, en quoy toutte la province et la ville de Paris mesme recepvront grand intérest pour l'advenir. » l'Echevinage, frappé de ces considérations, décide « que le procureur de la ville, tant pour ceste communaulté qu'aultrcs de cette province unies, interviendra, jectera appel de toultes les sentences rendues par Me Jacques Alun [?] , demeurant à Monstroeul , soy disant de l'admiraulté aud. Crotoy , contre lesd. marchans estrangers, et en lèvera acte pour se pourvoir contre telles personnes, et où il appartiendra au cas quy (qu'il) soit passé oultre au préjudice dud. appel, mesmement prendra led. juge et aultres à partie, à fautte d'avoir faict bailler et recepvoir caution suffisante par lesd. capitaines et maistres de navires »
La ville était cependant poursuivie pour cinq cent vingt livres, prises sur Robert Louvel [?], et employées en paiement de la garnison de Saint-Valéry -, d'un autre côté, elle n'était aucunement remboursée des avances faites par elle pour le siège de Gamaches (1). Une
(l) Nous ne trouvons mention d'un remboursement, pour ces dépenses, au receveur ordinaire de Ponthieu, qu'en mai 1590 : a cette date le duc de Mayenne ordonne aux trésoriers-généraux de France, « de faire prendre au receveur général des finances, pour deniers comptaos , un estât de quinze cents livres de Charles Maillard , receveur ordinaire de Ponthieu , et en son acquit, ledit estât estant un cahier de la dépense faite, tant pour la nourriture du camp que conduite de quatre pièces de canon de batterie et munitions de guerre, pour le recouvrement du
assemblée décida donc, le V avril, que M. Leboucher,
lieutenant-criminel , et Me Jehan , échevin ,
se rendraient auprès de M. de Mayenne pour faire valoir les justes réclamations de la ville (1). Nous croyons que M. Leboucher partit seul — Voyez plus loin.
L'argent qui manque, serait bien nécessaire cependant pour retenir dans notre pays une compagnie de gens de guerre, utile alors à la cause commune et à la défense du Vimeu.
Le VIe jour d'apvril, le gouverneur expose à l'Echevinage qu'il est nécessaire d'aviser si l'on licenciera le capitaine Lachesnes (2) quy est sur le point de se retirer avecq sa compaingnie, faute de paiement, et sy l'on trouve bon de le retenir, adviser les moiens de les paier. On décide que led. Lachesnes sera retenu et que il sera escript à Monseigneur d'Aumalle, affin d'avoir assignation pour le paiement de lad. compaingnie, sur le revenu de l'abbaie de Saint-Wallery.
chastcau de Gamaches. — 24 mai 1590. — Extrait d'un registre aux expéditions ordinaires de MM. les trésoriers-généraux de France, commençant au 19 mars 1590. — Dom Grenier, t. C, fol. 506.
(1) Du V jour d'apvril: Monsieur le lieutenant criminel et
Me Jehan , eschevin, seront priés de eulx transporter par
devers Monseigneur le duc du Maine pour luy faire entendre la ne'cessité de nos affaires et adviser des moiens d'y remédier, ensemble pour obtenir de mond. seigneur re'glement pour ce qu'il se passe en ceste ville et lieulx circonvoisins, suivant les mémoires quy, à ceste fin, en seront dressés.
(2) Le capitaine Lachesnes tenait encore, je crois en être bien sûr, garnison à Gamaches. La lettre (ci-après, p. 211) de l'Echcvinage d'Abbeville nous fait voir que, le XV111 avril, Lachesnes était sorti depuis peu du bourg qu'il défendait pour la Ligue.
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, les habitants d'Eu se rapprocher amicalement des habitants d'Abbeville et prévenir quelques-uns de leurs vœux ; nous allons assister, presque tout de suite, aux plaintes, aux récriminations réciproques des deux villes. Eu commence.
Dans le courant d'avril , M. de Mayenne transmet à l'Echevinage les plaintes présentées à Madame de Guise par les habitans de la ville d'Eu , qui se disent outragés et opprimés par la communauté d'Abbeville. Assemblée échevinale en conséquence, le 28 avril, M. de Hucqueville présent. Il s'agit, en cette réunion, de répondre à Monseigneur du Maine d'abord, puis de pourvoir â la conclusion « de l'accord ou traicté advancé et poursuivy par Monsieur le commandeur d'Oisemont avecq ceulx de la ville de Dieppe, pour le repos et liberté du laboureur et du commerce. » — On écrira à Monseigneur du Mayne, et la lettre sera remise au sieur de la Jacquelinière, gentilhomme porteur de la lettre du duc. Voici cette réponse :
« Monseigneur, nous avons receu parce gentilhomme, assisté de trois notables habitans de la ville d'Eu, la lettre quy (qu'il) vous a pieu nous escripre sur l'occasion d'un aultre que vous a envoie Madame de Guise en faveur de ses subjects de lad. ville et comté d'Eu, et comme nous avons veu et congneu que les habitans de lad. ville avoient faict entendre à madicte dame plusieurs choses en tout contraires à la vérité, lesquels particuliers habitans d'En, interpellés par nous, en la présence dudict gentilhomme, de remarquer en quoy ils ont jamais par nous esté outragés , foullés et oppressés , ils ont confessé qu'ils ne le pouvoient poiivoient faire, ains que nous leur avons cy-devant rendu tous debvoirs d'amitié, mais que le capitaine Lachesnes, qui tenoit naguaires garnison à Gamaches, leur a faict quelques
menaces, aiant aussy une fois prins quelques cuirs venans de la ville de Dieppe pour ung marchant de la ville d'Eu, de quoy nous ne pouvons aulcunement estre blame's, quand mesr.ie la prinse desd. cuirs seroit trouvée mal faicte, parce que nous n'avons point d'auctorité sur les soldards esloingnés hors noslre ville et banlieue, et n'avons aussy oneques assisté au jugement des prinsis des gens de guerre. Il est vrai que Mr de Hucqueville nostre gouverneur et nous avons faict publier deffences de mener et porter grains en lad. ville d'Eu pour raison que d'icelle ville on les maine et transporte ordinairement en lad. ville de Dieppe, ayant les habitans de lad. ville et comté d'Eu assez grande provision de grains en leur ville, de sorte que Madame
n'y a aulcun intérest pour son revenu, etc
L'Echevinage d'Abbevîlle récrimine alors non contre la généralité des habitans d'Eu, mais contre « quelques particuliers plus riches et moings zellés à nostre saincte union » qui ont importuné Madame de Guise pour faire lever les défenses, et cela « pour accommoder nos ennemis de lad. ville de Dieppe avecq lesquels ils communicquent journellement et les advei tissent des desseings et depportements des garnisons de nostre party, donnant entrée et retraicte à nos ennemis en leur ville, affin qu'ils viennent plus librement et seurement voler le plat pais, et, de
faict, ils sont cause de la ruyne dud. plat pais
estant mesme la vérité que deppuis quinze jours nosd. ennemys ont volé aud. pais cent cincqtiante chevaulx , ayant le capitaine Fournier, l'un des chefs de nos ennemys, faict par chacun jour sa retraicte et couche en lad. ville d'Eu où ledict
gentilhomme (1) l'a encore trouvé
L'Echevinage rappelle ensuite les services rendus par Abbeville aux habitants d'Eu, tant avant qu'après la prise de leur ville, et il finit en réclamant du duc des mesures contre la complaisance manifeste des habitants d'Eu pour les ennemis qui viennent piller le Vimeu. — « D'Abbeviile, ce XXVIIIe apvril 1590. Vos humbles, etc les maieur et eschevins d'Abbcville. »
(1) De la Jacquelinière sans doute,
Nous ne savons quel fut le résultat de cette lettre, quant aux mesures réclamées par Abbeville contre sa tiède voisine, mais nous voyons peu de jours après M. de Mayenne s'occuper, en ses lettres du moins, de pousser la guerre en Normandie et de rouvrir cette province au commerce orthodoxe de la Picardie.
Le 3 mai , arrivent par les mains du sieur de Harmainville des lettres du duc de Mayenne, datées de Soissons le XIX d'apvril. Le duc de Mayenne mande que désirant rendre le commerce libre de Picardie en Normandie, il envoie 31. de Tavanes avec ses troupes «pour s'emploier à reprendre les places et chasteaux quy y nuisent, mesmement le Noeufchastel, et que, pour cest efl'ect, l'on eût à envoier artillerie, pouldres, balles et hommes pour la conduire. »
On décide qu'il sera fait offre au sieur de Harmainville de deux pièces d'artillerie, « pour servir à l'effect que dessus, et que la nécessité que nous avons icy de pouldre et balles luy sera représentée; au surplus qu'il en sera escript à Messieurs d'Amiens, aftin que de leur part ils fournissent lesdictes balles et pouldres pour la despence desd. deux canons, considéré qu'il a (qu'il y va) de leur conservation comme [de] la nostre et qu'ils envoient un elleu de leur ellection pour faire assiette sur les villaiges prochains, des chevaulx et attelaiges pour conduire lesd. canons, pouldres et aultres munitions. »
Mais 3Iessieurs d'Amiens restaient souvent sourds.
Le lieutenant criminel envoyé vers le duc de 3Iayenne est de retour; il rend compte de son voyage le 4 mai; sa mission avait pour objet, on s'en souvient, «d'obtenir assignation d'estre remboursé des frais faicts par la
ville pour le siège de Gamaches ; il s'agissait aussi de la somme de v'xx livres prise sur Robert Louvel [?] pour le paiement de la garnison de Saint -Wallery , pour raison de quoy la ville estoit poursuivie. » Le rapport de M. Leboucher n'est pas résumé dans le registre aux délibérations, mais nous lisons qu'il lui fut alloué une somme de vingt-huit écus, à raison de un écu par jour (il avait été absent vingt-huit jours), et attendu le danger qu'il y avoit à faire led. voiaige.
C'est le dimanche VI mai que fut tiré le fameux coup d'arquebuse du maieur au « guay de la joeunesse (1). » Les préoccupations des batailles environnantes ne suspendaient donc pas les réjouissances traditionnelles — légèrement guerrières, il est vrai.
Bientôt arrive à Abbeville la nouvelle que le cardinal de Bourbon — le roi Charles X, — est mort le 9 mai. L'événement, remarque Formentin, mit les Ligueurs en grand embarras; « on ne savait à qui déférer la succession. »
En ce qui regarde l'impression causée à Abbeville par l'évanouissement du vieux fantôme caduc d'une royauté sans couronne et prisonnière -, en ce qui regarde les manifestations qui suivirent la nouvelle apportée, Formentin produit quelques assertions qu'il faudrait soumettre à un rigoureux contrôle ; je n'en ai pas, pour ma part, rencontré toutes les preuves dans nos registres municipaux.
« Les funérailles » — le service funèbre — « ayant été laites avec éclat à Saint-Vull'ran , dit Formentin , on reçut des lettres du prévôt des marchands de Paris, par
(t) Voyez plus loin dans le chapitre des faits divers.
lesquelles cette ville nous invitait de demeurer fermes dans l'Union. En conséquence, les députés de toutes les villes du Ponthieu, s'étant assemblés à Abbeville, en présence du duc d'Aumale , se qualifiant comte de Ponthieu (1), le serment de l'Union et de ne reconnoitre aucun roi hérétique fut renouvelé au mois de juillet. Le clergé de la ville commença à faire des processions générales et des prières plusieurs fois par semaine, pour obtenir la victoire sur les hérétiques. Le 24 août, il y eut une espèce de sédition causée à une de ces processions par le doyen de chrétienté qui refusa d'y assister en entier avec ses confrères. »• — Formentin.
Je ne crois nullement à ces processions fréquentes ; celle du '23 août, que nous rappellerons plus loin, n'eut pas remué tellement l'Echevinage, le clergé et la ville (2) .
Revenons en arrière , en tournant modestement les feuillets de nos registres.
Le gouverneur et le maieur, d'accord, je le pense, pour le maintien de l'Union, se piquaient de temps en temps, nous l'avons vu déjà et nous le verrons encore, en de légères discussions sur l'étendue de leurs droits respectifs, que parfois des hasards mettaient en conflit.
Le vendredy XVIIIe jour de may, le maieur rapporte
(1) Nous avons déjà fait remarquer que nous n'avons saisi nulle part cette prétention du duc d'Aumale.
(2) Je lis cependant dans le registre aux comptes pour une procession antérieure à celle du 23 août: « Un écu à Jehan de Baillocul et autres, qui ont sonné les cloches du grand Eschevinage durant une procession et prières publiques. — Regist. de 1589-1590. — Ce même elocquemant, Jehan de Baillocul, recevait un écu un tiers pour avoir sonné toutes les cloches pour la solennité de Saint-Vulfran.
que la veille, « comme il visitoit l'ouvraige de la ville avecq Monsieur le gouverneur , assistés de plusieurs notables bourgeois de ceste ville, survint le capitaine de navire que le sieur de Bellenglise a esquippé et armé en guerre sur la mer. » Le capitaine désirait « passe-port de quelques harquebouzes. » Le maieur avait donc signé « en la présence dud. sieur gouverneur quy luy dict, par après à part, qu'à luy seul appartenoit bailler passeport des armes , suivant certain règlement par luy cy-devant obtenu. » Discussion. Le maieur avait maintenu « que c'estoit sans doubte (1) qu'à luy aussy appartenoit de bailler passe-port des armes et quy (qu'il) les avoit tousjours baillés depuis noeuf mois ou environ qu'il estoit en charge; touttefois qu'il en communiqueroit voluntiers en assemblée de Messieurs les échevins. » L'assemblée décide « que led. sieur maieur continuera de bailler ou refuser les passeports des armes à sa discrétion, n'estant à propos le règlement dont se vante led. sieur gouverneur, parce qu'auparavant led. règlement, les maieurs bailloient seuls les passeports des armes, de quoy feu M. de Rubempré s'est plainct aultrefois. » Un arrangement était intervenu depuis, le gouverneur disant « que le faict des armes concernoit la force et seureté de la ville dont ils (2) avoient la congnoissance comme avecq led. sieur maieur. » Il avait été réglé alors « que led. sieur gouverneur bailleroit aussi les passe - ports , mais non privativement aud. sieur maieur, quy ne poeult auttrc ment respondre de la garde et conservation de la ville,
(i) Qu'il n'y avait pas de cloute qu'à lui aussi appartînt, etc. (2) Les gouverneurs.
— 2-J7 — s'il n'a congnoissance des armes quy y sont et qui en sortent, joinct que Iesdictes armes proceddent de la manufacture des habitans quy est icy très-grande et fréquentée. »
Les yeux inquiets des habitants se portaient toujours cependant du côté de la Mormandie, du côté de Dieppe, de Neufchâlel. Les promesses faites par M. de Mayenne, — voyez plus haut, 3 mai, — s'effectuaient peu (I) ; et si les deux pièces d'artillerie de la ville étaient parties avec le sieur de Harmainville, elles protégeaient mal nos frontières de la Bresle.
La signature de quelques conventions entre les pays de la Ligue et les garnisons royalistes de Normandie, — particulièrement de Diepppe, — est jugée très-opportune pour assurer les travaux des champs et la moisson. Nos registres donnent à ces conventions le nom de trêve.
Le deux juin 1690, assemblée à deux cloches. L'assemblée prenant en considération la misère et la ruine des gens des champs «journellement pillés et ravagés, tant par les garnisons de Dieppe , Noeufchastel et aultres du party contraire, que par les gens quy se disent de nostre party, avise que l'on s'emploiera par tous moiens de faire accorder la trefve pour le repos, liberté et seuretté du laboureur avecq Iesdictes garnisons contraires suivant la volunté de Monseigneur du Mayne, déclarée le dixiesme jour de may dernier, et qu'il sera faict responce ausd. gens des champs que l'on ne trouvera poinct mauvais que , moiennant
(i) M. de Mayenne qui attendait alors avec impatience son allié d'Espagne, le duc de Panne, élait fort occupé d'ailleurs à observer de Meaux, le siège de Paris, pressé de jour en jour par Henri IV.
quelque légère somme d'argent qu'ils sont contens paier pour une fois , ils procurent leur repos avec lesd. garnisons contraires, et pourveu qu'ils ne s'obleigcnt en façon quelconque et ne prestent aucune faveur aud. party contraire, et ne contreviennent aussy au serment et obligation de nostre saincte Union. »
Des députés d'Abbeville se transportèrent donc ù Eu pour traiter de la trêve avec les députés des garnisons ennemies. Le commandeur d'Oisemont s'était entremis déjà et s'entremit encore pour le succès des négociations (î). Le traité fut signé à Eu le 4 juin.
Je lis, après le procès-verbal d'une assemblée du 9 juin (où il n'est pas question d'ailleurs du traité;, cette transcription :
« Ensuict la teneur des articles accordés avec ceulx de la ville de Dieppe pour le repos des laboureurs.
«Premièrement, que touttes personnes ecclésiastiques, de quelque ordre que ce soit, ne pourront estre pris, rançonnés et molestés en leurs personnes et biens ,
(l) 13 juin 1590 : Pour recongnoistre aulciinement Mr le commandeur d'Oisemont de ses peines et frais « à la sollicitude de la trêve faicte avec ceulx de Dieppe pour le repos des laboureurs, il Iuy sera faict présent d'une orloge ou coupe d'argent de la valleur de trente esrus. »
Et nous trouvons en effet dans le registre aux comptes : « A Jehan Lescuier, M' orfèvre, la somme de trente-cincq escus cinquante sols pour deux sallières et une esguière (aiguière) d'argent dont auroit este fait pre'sent par ladicle ville au commandeur d'Oisemont pour le recongnoistre des frais faicts traictant avec ceulx de Dieppe et de Neufchastel pour la trclvc et repos des laboureurs, comme appert plus amplement par ordonnance du vingt-troisiesme jour de juing audict an, cy xxvv"° l'. »
faisans leur devoir de se comporter modestement en leurs charges.
« Que tous laboureurs et auttres serviteurs labourans pour quelques personnes et de quelque qualité qu'ils soient, ne pourront estre pris, molestés, ni recherchés en leurs familles, personnes, chevaulx, bestiaulx et auttres biens par ceulx du party contraire, ains vivront en toutte seuretté comme pourront faire tous auttres artizans et manoeuvres demeurans aux champs. »
L'article suivant intéresse la sûreté des pescheurs ou chasseurs de marée;
L'article d'après, la sûreté des femmes, de quelque qualité et condition qu'elles soient.
D'autres articles s'efforcent, par quelques presciptions prévoyantes et pratiques , de rendre possible l'exécution de ce traité qui fut « faict et arresté en la ville d'Eu, le quatriesme jour de juin 1590. » Ce traité, approuvé par le duc de Mayenne, dut être lu et publié suivant la délibération que je consulte, « tant en
la ville d'Abbeville, à Gamaches, à , que
[aux] autres villes et bourgades du gouvernement et seigneurie du Ponthieu. »
11 jetait, dans des temps peu habitués à la douceur, quelques-unes de ces règles d'humanité, de justice ou de simple morale, qui sont si lentes à pénétrer dans les mœurs de la guerre.
Pendant qu'elles pourvoyaient ainsi aux intérêts des champs, aux intérêts généraux de la vie, nos assemblées de l'Echevinage assuraient, par leurs résolutions, la sûreté de la ville dabord, puis celle de tous les lieux fortifiés qui défendaient autour d'elle le Ponthieu, villes, châteaux ou tours.
Le danger menaçant exigeait toujours des gardes pénibles d'une partie des habitants (1) et ne réclamait pas moins l'entretien, lourd pour la ville, des fortiiications. Seulement, sur ce dernier point, le gouverneur et le maieur n'émettaient pas toujours des avis identiques. Une discussion de ce genre est portée devant l'assemblée à deux cloches du '2 juin. La veille, le maieur et le gouverneur se sont trouvés sur le lieu même des travaux de fortification. Un différend s'est élevé entr'eux. Le gouverneur est d'avis de continuer les fortifications du baslion de Rez; au contraire, la plupart des habitans présens à la discussion ont esté d'avis de différer cette fortification de ce boulevart, afin de poursuivre la muraille et le nouveau rempart depuis la court de Ponthieu jusques au boullevart de Longueville. La discussion est remise au lundy suivant (4 juin), le gouverneur n'estant pas présent à l'assemblée. »
Le h. juin donc, assemblée nouvelle à deux cloches où se rend M. de Hucqueville. On décide que, suivant les anciens desseins, le « noeuf rampart sera poursuivi et parachevé par le travers de la court de Ponthieu, sans néantmoins faire aucune ouverture de la ville. » Le lieu sera visité en présence « de massons et ouvriers exprès, quy feront les allignemens de lad. continuation de
(1) Du deuxiesme jour de juin, assemblée à deux cloches: Eu considération des frais, peines et fatigues que les membres et compagnons de la compagnie de la jeunesse ont supportés et supportent à la garde ordinaire de nuit au boullevert de l'Union et autres factions extraordinaires, ils seront à l'avenir exempts de la garde ordinaire de la ville, savoir: les membres, le temps et espace de deux ans, et les compagnons, l'espace d'un an entier à compter du jour de leur mariage, pourveu qu'ils aient auparavant fait garde et faction de lad. compagnie.
rampart, et sera, par rr.esme moien, proceddé à l'adjudication au rabais de lad. ouvraige, aux charges quy se trouveront plus raisonnables.» — Le gouverneur ne parait pas avoir opposé d'objection aux avis ci-dessus.
Le sept juin suivant, nouvelle assemblée générale dans laquelle M. de Hucqueville demande qu'on fasse fonds de deniers « pour continuer le rampart noeuf jnsques au boullevert de Longueville, » suivant la délibération de trois jours en ça.
La décision, le dernier mot, on le voit, restent à l'Echevinage.
Mais derrière les murs même, il fallait de la poudre, il fallait des canons et des canonniers. La ville ne négligeait donc ni son artillerie, ni la confection des gargousses ou des pétards (1).
Pendant quelque temps les assemblées délibérèrent juste au-dessus des barils de poudre.
On décidait le H juin, que les poudres, alors à l'Echevinage , seraient transportées , partie à la tour du Moisnelet et partie au casematte Saint-Gilles, « pour
(I) Il est nécessaire, dit-on, —XXV may 1590, - d'avoir un homme bien expérimenté pour la conduicte du canon, taire du feu artiticier et plusieurs aultres choses servans au faict de la guerre. Un nommé Jacques Bocquet, sur le point d'aller hors de ceste ville faire service à Monseigneur le marquis de Maignelay, est, par son expérience, l'homme qu'on dés re. — On avise que le sieur Bocquet sera retenu en ceste ville. — On le mande immédiatement pour convenir avec lui des gages qui le décideront à rester; on lui accorde vingt écus par an, -mais ces gages cesseront dès qu'on pourra lui bailler le premier estât vacant de portier ou de sergeant à mace. — Led. Bocquet prête en conséquence le serment requis. Un serrurier du nom même de Jacques Bocquet existait encore dans la chaussée d'ilocquet au commencement de notre siècle.
il 15
l'inconvénient quy pourroit arriver si lesd. pouldres demeuroient où elles sont en cest Eschevinaige, soubs la chambre du Conseil. »
Les places fortes et les garnisons de la Ligue autour d'Abbeville appellent notre attention comme elles appelaient le souci de nos assemblées.
Nous rencontrons d'abord, dans une délibération du 3 juillet, la tour du Plouy Domqueur, qu'occupaient six soldats (1).
Une délibération du 9 juillet nous nomme la plupart des autres.
Ce IXe jour de juillet , Me Alexandre Gaillard , recepveur des aides et tailles en Pellection de Ponlhieu, remontre que, « estant ces jours passés en la ville d'Amiens, il lui a été donné charge par Messieurs les généraulx, en vertu de la rescription de M. de Berny, recepveur général en ceste province , de paier les garnisons de Rue, Crottoy et aultres, et qu'à ceste tin le cappitaine Grubault estoit en ceste ville. » — Le capitaine Grubault, qui demandait le paiement de la garnison de Rue , ajoutait la menace à la prière ; si on ne le satisfaisait, « il serait contrainct, disait-il, de se taire paier de son auctorité, »> — sur le pais voisin
(1) Du III" jour de juillet: « Sur l'instance faicte par Jehan de Cantelen, au nom de Nicolas Decanteleu son frère, a este' advisé qu'il sera ccrtifiie' et attesté à Monseigneur d'Aumalle que la tour du Ploys, scituée au bailliaige d'Amiens, proche de la ville de St-Ricquier, est une place forte de grande importance au pais, tellement que sy Fennemy s'en emparoit, il pourroit ravager jusques aux portes d'Amiens et d'Abbeville, et ne pourroit estre reprinse qu'avecq grands frais , partant qu'il seroit expédient de conserver lad. place par cincq ou six soldants, comme elle a esté jusques ad présent. »
de Rue, sans doute. - On décide d'un avis commun «que l'on consentira que lesd. garnisons de Rue,Croltoy, Pontdremy, Rambure et Est;>ppes, seront paiées pour éviter àconfusion, et, attendu quel'arrest, puis naguères fait en conséquence lad. dellibération généralle du vingt-cincquiesme juing dernier, est faict en partie pourla seuretté du paiement desd. garnisons, sans préjudice néantmoings aud. arrest que l'on entend tenir pour les aultres causes mentionnées en lad. dellibération. »
Toutes ces préoccupations , toutes ces précautions nous ramènent alternativement du dehors de la ville en nos murs et de nos murs au dehors. Nous ne pouvons mieux faire saisir ces soucis qu'aux dates mêmes où nous les saisissons dans le va-et-vient rapide fixé par le scribe échevinal.
Les mesures ayant en vue la police ou des besoins éventuels de défense atteignent même l'ouverture de certaines rues comme des passes de fleuves à l'entrée des villes fortes 5 elles enchaînent des maisons aux carrefours; elles déterminent l'établissement d'un premier éclairage au devant de Saint-Vulfran.
Les voisins de la rue Nostre-Dame du Castel viennent de remontrer « qu'il est très-nécessaire, pour la conser vation de la ville , de faire faire une chaîne pour attacher à la maison du sieur de Tofflet et aller respondre à la maison des Sansonnets, et une aultre pour attacher à la maison du sieur d'Achery. » L'Echevinage entend, le XIII juillet, le rapport de Ducandas, échevin et mailrc des ouvrages. Selon l'ordre de la ville, Ducandas s'est transporté sur les lieux avec Estienne Leau et Lois Sanson , échevins ; les trois commissaires ont reconnu en effet la nécessité «• de faire
une chaîne qui prendra au coin de la maison dud. sieur de Toftlet et se rendra à la maison des Sansonnets (J) et se fermera par dedans lad maison, et une aultre en la rue des Sœurs-Grises, proche de l'Hostel-Dieu, à l'endroict de la maison du sieur d'Achery qui se viendra fermer à la maison de derrière de Jehan Blanchart, avecq une aultre petite pour fermer la rue Nostre-Dame du Gastel du costé du pont Allance, quy prendra au coing de la maison d'un menusier et se fermera à l'aultre coing de la maison du barbier. » L'Echevinage décide « que pour la conservation de la ville, lesd. chaînes seront faictes en la plus grande dilligence, mesme qu'il sera faict un fallot pour mettre au coing de la maison du sieur de Tofflet, qui est le lieu accoustumé. » Ainsi ces chaînes semblent devoir être tendues non en travers la rue Saint-Vulfran, qui reste libre, mais à l'entrée des rues qui y aboutissent. Est-il nécessaire d'expliquer plus? Destinées à appuyer au besoin des barricades , elles étaient surtout commandées pour barrer les rues tranversales de la ville en cas de passage de troupes et pour ne laisser, en avant des compagnies municipales rangées en haies, qu'une voie ouverte entre une porte et l'autre. Hors de la ville, les ponts-levis, levés et baissés avec précautions, ne laissaient passer les troupes alliées que par fractions-, ces
(1) Cette maison faisait partie du pâté abattu en 1845 (environ) et qui s'élevait entre la petite rue dos Changes (disparue par suite de la démolition) et le Pont aux-Broucttos et le parvis de Saint- Vulfran. Quand on la détruisit, les oiseaux qui la décoraient tuent croire qu'elle avait appartenu à la famille Moisnel. NYst-il pas plus simple de la ratta< lier à la famille Sanson qui avait pour armes parlantes des sansonnets?
fractions traversaient ensuite la ville entre les mousquets chargés des habitants.
Nous avons relevé des votes pour l'achèvement des remparts, pour le canon, pour la poudre; nous en trouvons pour « l'établissement d'une bonne force. »
Suivant une opinion de M. de Hucqueville, transmise à l'assemblée par le maieur (assemblée générale à deux cloches, du samedi 21 juillet), il est très-nécessaire « de faire une force en ceste ville pour conserver le pais et la moisson d'aoust prochain. » La noblesse » est bien disposée, de sa part, à ce faire, pourveu que les habitans (d'Àbbeville) fassent le semblable » 11 y a même eu, la veille, réunion de Messieurs de la noblesse au prieuré de Saint Pierre pour aviser à cet égard. Messieurs de la noblesse consentent « que le ban et arrière-ban soient levés pour emploier au paiement de la force qu'ils entendent faire de leur part pour la conservation du pais. »
L'assemblée tenue à PEchevinage est d'accord de l'opportunité de l'établissement d'une bonne force ; la difficulté est de trouver moyen « de faire deniers pour le paiement d'icelle.
« Au surplus, que, pour la pouretté (pauvreté) du plat pais, les misères qu'il souffre par chacun jour et les creues extraordinaires quy se sont levées puis naguaires sur icelluy, le procureur de la ville persistera en l'opposition par luy formée pour empescher la levée du ban et arrière-ban. »
Simple épisode en ces inquiétudes, en ces remuements d'armes. M. de Hucqueville est obligé, un jour, de repousser quelques soupçons, quelques méchants bruits de trahison, de déloyauté.
Blessé, indigné, il vient se plaindre le 27 juillet en la chambre du Conseil échevinal. 11 a été averti « que le sieur de Cornehotte, irrité de ce qu'il est hors du chasteau du Crottoy, auroit publié plusieurs parolles non moings préjudiciables à son honneur et réputation (1) que à la seuretté et conservation de ceste ville, parlant au sieur de Fermel [?] son lieutenant, en présence de plusieurs gentilshommes (2), asscavoir que Madame sa femme (3) avoit traité avecq Monsieur de Rubempré, pour la reddition de ceste ville (4) au roy de Kavarre et qu'il (j) désiroit justice en estre faicte. » Le sieur de Cornehotte sera mandé et adjourné devant l'Echevinage «pour, icelluy (6 oy, faire droict aud. sieur de Hucqueville ainsy qu'il appartiendra par raison, et, ce pendant, qu'il en sera informé (qu'une instruction sera faite pendant ce temps, ou plutôt que M. de Hucqueville sera informé des résultats de l'enquête).
Qu'on juge du mouvement démocratique, peut-on dire sans anachronisme 5 qu'on juge de l'importance de l'Echevinage en ce temps. C'est devant l'Echevinage, devant le Conseil des bourgeois, que M. de Hucqueville porte la cause de son honneur, et ce Conseil se reconnaît naturellement juge du fait; il fera comparaître et interrogera le gentilhomme auteur des mauvais propos ;
(t) A la réputation et à l'honneur de M. de Hucqueville.
(2) Alors ou un peu plus tard, M. de Hucqueville crut aussi reconnaître parmi ses accusateurs M. de Rambures. — Voyez à la date du 1 111 octobre clans le premier chapitre de l'année 1590-1591.
(3) M"' de Hucqueville.
(4) Pour la reddition d'Abbeville.
(5) M. de Hucqueville.
(6) M. de Cornehotte.
il appréciera, il jugera. Je ne sais en quels termes fut rendue en l'Echevinage la satisfaction qu'obtint sans doute M. de Hucqueville, mais le gouverneur d'Abbeville s'était aussi adressé à l'évêque d'Amiens ; il en obtint « une censure ecclésiastique » contre ses accusateurs, puis une autre; censures jugées trop larges par l'Echevinage qui appela comme d'abus des deux, sauf en ce qui regardait M. de Corneholte, et fit défense aux curés des paroisses de la ville d'en donner lecture en chaire. Voyez d'ailleurs, pour la suite de toute cette affaire d'accusations, de réclamations, de satisfactions et d'appels, le chapitre premier de l'année 1590-1591, au MI, au VI et au XI octobre.
En retournant un peu en arrière, nous trouvons, au XXV juin, une assemblée à deux cloches, très nombreuse, et dans laquelle il est question du château de Gamaches, mais surtout de confiscations, saisie et arrest de tous les deniers, tant ordinaires du domaine, taille, taillon, aides, gabelle, traicte et impositions foraines que extraordinaires procédant des biens et revenus des hérétiques et autres tenant parti contraire à l'Union des catholiques. Pour plus d'explications quant à ces questions de h'nances, voyez la note ci-dessous (I).
(1) Du XXV jour de juing :
« Dellibéré de Padvis commun de lad. assemblée que pour effectuer la volunte de mono", seigneur le duc de Maienne déclarée en ses lettres patentes données à Soissons le XVIIIe jour d'apvril Ve Mil" X, éviter aux intérests des particuliers ausquels sont deubes les sommes mentionnées esdictes lettres et pourvoir de paiement à d'aultres particuliers habitons de ceste ville ausquels sont deubes plusieurs années d'arriéraiges île rentes qu'ils ont esté cy-devant contraiucts d'achepter et constituer sur la recepte généralle d'Amiens, estant mesiues lesdicles rentes
Cependant Paris, assiégé par le roi de Navarre depuis le 7 mai, se trouvait réduit au point de se rendre.
Le vingt-deuxième jour d'août , le maieur expose « qu'il a reçu lettres ai'fin de faire faire procession généralle et prières par le poeuple pour implorer la grâce et aide de Dieu pour la dellivrance et secours de ceulx de la ville de Paris, et qu'il est certain que de bref il se pourra donner une bataille pour les deulx armées estre proche l'une de l'aultre, et que, à la rr.esme fin, Me Jehan Leleu, doien rural, avoit receu lettres de Monsieur l'évesque d'Amiens, qu'il lui avoit dict avoir confiées à Messieurs du chapitre de Saint-Wlfran . » L'assemblée mande donc led. Leleu, doyen rural, mais des difficultés se présentent pour fixer le jour de la procession, le renouvellement de la loi qui doit se faire
le plus grand revenu d'aucuns desdicts habitons quy, au deffault iliid. paiement, en ont souffert et souffriront encore grande nécessité, et pour aussy asseiircr les monstres (i) et paies des garnisons nécessaires en ceste séneschaucée et comté vie Ponthieu, il sera proceddé à la saisie et arrest de tous les deniers tant ordinaires du domaine, tailles, taillon, aides, gabelle, traicte et impositions foraines, que extraordinaires proceddans des biens et revenu des héréticques et aultres tenans le parly contraire à la saincte union des catholicques, et les recepveurs desdicls deniers assignés par devers Messieurs les maieur et escbevins pour se purger par serment de ce qu'ils doibveut à cause de leurs receptes , mesmes représenter leurs estats et compter, se veoir faire deffence de wuidder leurs mains desdicts deniers, sinon de l'ordonnance desd. sieurs maieur et escbevins, à peine de paier seconde fois, eï, pour éviter qu'il ne se commette aulcun abbus en la perception des droicts de lad. traicte foraine, a esté advisé qu'il sera commis ung controlleur quy, à ceste fin, a esté nommé et elleu en la personne de honorable homme Ezecias Darrest, maieur de bannière. »
(1) Les revues à l'occasion desquelles on payait les gens de guerre.
le vendredi 24 et le dimanche 26. On propose de hâter ce jour de la procession et de fixer le lendemain même, jeudi. L'empêchement viendra de Saint-Vulf'ran. Le doyen rural a communiqué, il y a déjà quatre heures, les lettres de Pévêque d'Amiens au chantre et doyen de Saint-Vulfran -, mais l'un et l'autre, « au lieu de se disposer à ce faire (de se préparer pour la procession), n'en ont voulu tenir compte (n'ont voulu tenir compte des lettres), soubs prétexte qu'ils disent que mond. sieur d'Amiens leur en a deub escripre,et davantaige icelluy Apvril (le doyen) luy a dict des injures ; au moien de quoi il (Leleu) ne poeult aultre chose faire que d'en escripre aud. sieur évesque. » Messieurs Boucher et Beauvarlet, conseillers au siège présidial de Ponthieu, surviennent alors dans la chambre du Conseil ; suivant la délibération prise dans leurs propres chambres avec MM. de Saint Vulfran et de Saint-Pierre, la procession a été remise à lundi XXVIll. Le maire leur répond « qu'il n'y a raison de remettre les prières publicques, l'armée catholicque estant proche de celle de l'ennemy (I); elles se debvroient plus tost accélérer et réitérer ; il en fera advertance à mondict sieur d'Amiens ; au surplus leur chambre de la plaidoierie n'est pas le lieu où se doibvent résouldre telles dellibérations , ains en la maison commune où tous les habitans sont représentés par les maieur et eschevins qui en sont les chefs, et où lesdicts de chapitre et de Saint-WIfran se doibvent trouver pour en adviser, et que, pour le reffus, l'on
(I) On avait donc appris l'entrée du duc de Parme en France et sa marclie sur Meaux où il devait faire sa jonction avec le duc de Mayenne.
advisera d'y prouvoir ainsy que de raison.— Le maieur, s'interrompant, fait instamment sonner les cloches, et le fait est mis en délibération « en la manière accoustumée. » — On décide alors avec le doyen rural Leleu, « que procession généralle et solempnelle de touttes les paroisses de la ville seront faictes demain, où sera porté le Saint-Sacrement de l'autel par led. doien, deppuis l'église de Saint André où est de présent l'oratoire, jusques au couvent des Cordelliers, à laquelle il sera enjoinct à tous habitans, de quelque quallité et condition qu'ils soient, d'assister en toutte dévotion et révérence, avecq torses et luminaires et faire cessation de leur traficq , ouvraiges et négoces, jusques après ladicte procession, et qu'à ceste fin publications seront faictes à son de trompe et cri publicq au marché et lieulx accoustumés, et les cloches de céans sonnées pour plus exciter le poeuple à prières et dévotions. »
Et, sans plus de retard, les cloches sont mises en branle de nouveau, le crieur public sort de l'Echevinage pour parcourir les rues, et la trompe qui sonne de place en place va apprendre au doyen Avril que l'on passera outre à son opposition. Le doyen Avril devait se rendre cependant, quoiqu'en ait écrit Formentin.
* Le lendemain, vingt-troisième jour dud. mois (l), au grand Eschevinaige, au son de la cloche, par devant
(l) « Aud. deBailloenl, pour avoir faict sonner les cloches dud. Echevinage pour une procession et prières faictes le vingt-
deuxiesme d'aoust (1590), ung escu, cy 1 "c. •
— Reg. aux compus. — 11 y a donc une légère erreur de date dans ce registre. Formentin, lui, se trompe en postdatant d'un jour: « Le 24 août, dit-il, il y eut une espèce de sédition causée à une de ces processions, etc. » Voyez plus haut, après le service funèbre célébré à Saint-Vulfran pour le cardinal de Bourbon.
led. sieur de Beaucaurroy maieur , Messieurs Belle , Ducandas, Sanson, Pottier, Michault et aultres eschevins , et grand nombre de maieurs de bannières , assemblés pour aller à lad. procession, sont comparus
Me Apvril, doien de Saint-Wlfran, Me Ypolite
Morel, chantre et chanoine de lad. église, el M. Penel (ou Penet) prieur du prieuré de Saint-Pierre, lesquels auroient prié lad procession estre i'aicte en la manière accoustumée, et qu'eux et leurs collèges et chappitres s'y trouveroient ; à raison de quoy pour éviter à désordre et murmure quy eut peu arriver, lad. procession auroit esté faicte dud. prieuré de Saint Pierre à Saint-Wlfran, où se seroient trouvés tout le clergé de ceste ville, M. de Hucqueville, gouverneur, et la plus part de tous les habitans avecq luminaire en grande révérence et dévotion. »
Ce jour là même, le duc de Parme opérait sa jonction à Meaux avec le duc de Mayenne, et quelques jours après (29-30 août) , Henri IV était forcé de lever le siège de Paris. Les habitants d'Abbeville purent, en se rappelant la date de leur procession, s'attribuer quelque part de ce succès.
FAITS DIVERS
Les éludes contrariées par les calamités du temps.— La maison des Grandes- Ecoles louée au principal du collège des Anglois de la ville d'Eu. — La police. — Les fêtes. — Le maieur vainqueur au tir du geai de la jeunesse et au tir des harquebusiers.— Les maisons à vil prix.— On ne peut vendre celle des Grandes-Ecoles —Comment on mettait en vente les maisons, etc.
Les études — religieuses, au moins, peut-être aussi les autres — paraissent dérangées par « le mauvais temps •>
comme on disait alors. « 11 septembre 1589, permission à MeCoppin, chanoine séculier, d'aller, jusqu'au jour de Tan prochain, étudier où il lui plaira tant que lemau vais temps se pourra passer en ce pays de France. - — Le 1er janvier 1590, cette permission lui sera continuée jusqu'à la saint Remy pour étudier à Douay, « eu égard à la calamité du temps et au chemin de Paris bouché et presque inaccessible. » — Extrait d'un registre sur Saint- Vulfr an appartenant à la ville.
Nous nous sommes, en nos différents travaux, plusieurs fois arrêté devant la maison des Grandes-Ecoles. Elle se présente encore à nous en cette année.
Nous lisons dans le registre aux délibérations, à la date du XI octobre 15S9 :
«Sur ce que led. Potier, eschevin, a remonstré que par cy devant il a esté commis pour faire louaige de la maison des grandes escolles, et que, suivant ceste charge, il a trouvé quelques maistres d'escolles estrangers quy se sont réfugiés en ceste ville, quy en ont faict offre de la somme de deux escus par mois, n'aiant trouvé aultres personnes quy en aient offert davantaige (ces maîtres d'école étaient deux), on leur accorde la maison pour ces deux écus offerts par mois- » Le registre aux comptes nous donne peu après : « A Me Edouard Man, principal au collège des anglois de la ville d'Eu, la somme de trois escus à luy ordonné pour réparations par luy faictes en la maison des grandes escolles, qu'il auroit prins à louage, ainsy qu'il est contenu et déclaré, etc.— Novembre 1589,— cy m'".» C'est rarement dans les temps d'inquiétudes politiques que la police devient le moins sévère.
« Le troisiesme jour de janvier (1590), Jehan Martin,
pour avoir esté trouvé par les rues sans chandelle, est condampné en x sols. »
Mais c'est aussi souvent aux mêmes temps , dans l'agitation et dans le tumulte, que les fêtes publiques ont le plus de fièvre joyeuse et d'éclat. On vit plus volontiers hors de chez soi, sur les places publiques, dans les bannières et dans le bruit.
Le maieur de cette année, avons nous dit, joignait à toutes ses autres qualités , celle d'habile homme à l'arquebuse.
Le procureur de la ville (Beauvarlet), remontre, le VII mai 1590, à l'Echevinage, « que le jour d'hier, premier dimanche, VIe jour du présent mois de may, Me François Rumet , escuier , sieur de Beaucauroy , maieur de ceste ville, tirant le coup d'icelle ville, avoit abattu le guay de la joeunesse au traict et jeu de la harquebouze, mesmement avoit led. sieur maieur frappé le premier dans la foeulle du guay des harquebouziers cinequanteniers, et partant [qu'il] estoit expédient de donner ordre que l'honneur de la ville fût gardé sellon que, de grande antienneté, il s'est observé et en appert par les antiens registres de la ville, spéciallement du Xll' jour du mois de mars, mil 1111e XL1I1I et XIe jour dud. mois de mars mil 1111e LU. » L'avis est adopté d'emblée. « Les frais qu'il a convenu et conviendra faire à raison dud. gay abattu par le coup et au nom de la ville, se paieront par lad. ville , et lad. compaingnie de joeunesse viendra en armes quérir led. sieur maieur au grand tschevinaige, pour, dud. lieu, le mener en l'église Nostre Dame de la Chapelle, où il sera assisté de Messieurs les eschevins et officiers de la ville et des sergeans à maees et de la vingtaine , portans , lesd.
sergeans, les livrées de la ville, et sera, par les dessus dicts et compaingnie de joeunesse , ensemble par les trois compaingnies de cinequanteniers , led. sieur maieur reconduict en sa maison; et, ce fait, sera donné à lad. compaingnie de joeunesse la somme de vingt escus, et à celle des cinequantiniers, pour le beau coup tiré en lafoeulle, deux escus sol. et, en oultre, porté et présenté au nom de la ville, par lesd. sergeans à mace et de la vingtaine, à chacune compaingnie des cinequantiniers, six quennes de vin. »
Au milieu des inquiétudes et des embarras de l'année, les maisons tombent à vil prix. On essaie inutilement plusieurs fois de vendre aux enchères publiques la maison des Grandes-Escolles, — il n'en est offert encore le 13 août que cinq cens livres. — On délibère qu'il sera différé encore quelque temps à la poursuite de la vente de lad. maison, « attendu la calamité du temps quy cause que les maisons se vendent à fort vil pris quand ad présent » — Dèlib. du 13 août (1590).
Cette même délibération nous fait saisir un des usages de la ville. Quand on voulait vendre une maison aux enchères publiques, on mettait sur cette maison « ung escripteau, » l'annonce de la vente était « publiée par plusieurs et diverses fois, » des <J affixes » étaient « attachées aux porteaux des esglises. »
Deux jours avant l'expiration de l'année échevinale, le 22 août, un échevin présente un état « contenant la dépense de plusieurs frais qu'il a faicts pour les affaires secrettes de la ville. » Cet état monte à vingt escus.
Le renouvellement de la loi. — Provisions portées au camp du roi.— Défenses de l'Echevinage pour empêcher cette contrebande. — Le roi a levé le siège de Paris. — Quelques-unes des opérations des troupes royales d'après Formentin. —Mauvais état des fortifications d'Abbeville. — Les besoin» d'argent de l'Echevinage. — Assemblées générales des III et V septembre pour u faire fonds de deniers, h — Vote d'impositions nouvelles. — Plaintes
(1) Maieur: Antoine Manessier , seigneur de l'Hermitage , ancien juge consul. — Waignart.
Quelques contestations précédèrent l'élection de ce maieur. Waignart (exemplaire non abrégé) nous évite la peine de les relever directement dans le registre de la ville; nous emprunterons à peu près littéralement le récit qu'il nous a laissé de la querelle.
Le 24 août, au moment où les voix allaient être recueillies pour le choix « des trois personnages » à présenter aux maieurs de bannière, M" Josse Beauvarlet, procureur fiscal de la ville, fut sommé de se retirer du bureau. Josse Beauvarlet remontra que, de tout temps, lui et ses prédécesseurs avaient assisté à l'élection avec les deux auditeurs et le greflier; il se faisait fort de prouver cet usage avant une heure par une ancienne délibération et réclamait qu'on le maintînt dans son droit. Il fut ordonné cependant, sur l'avis de l'assemlilée, que beauvarlet quitterait le bureau, l'ordre ne devant d'ailleurs « tirer à conséquence pour l'avenir, ni faire préjudice à tous ses droits. » Cette première difficulté écartée, les éeîevins choisirent pour le port aux maieurs de bannières Mc Grégoire Le Devin, avocat et siéger de la ville,
en faveur îles gens des champs, — Les laboureurs pourront venir à Abbeville payer leurs fermages et vemlre leur» denrées, sans être arrêtés pour la taille dans les limites de la commune.— Prisonniers relâchés. — L'Eche- \inage maintient, malgré les ordonnances des receveurs généraux, la résolution qui protège les gens des champs. — Abbeville proteste encore contre la saisie de navires étrangers. — Suite des accusations portées contre M. de Hucqueville. — M. de Rambures nie y avoir participé. — M. de Hucqueville a obtenu des censures de l'évêque d'Amiens contre ses accusateurs. — L'Echevinage appelle comme d'abus de ces censures et en défend la lecture dans les églises, sauf en ce qui regarde M. de Cornehotte. — Le duc d'Aumale appelle à Amiens des députés d'Abbeville pour discuter sur le péril de la province. — L'Echevinage presse les travaux aux fortifications. — Le duc d'Aumale désire qu'Abbeville contribue à l'entretien des troupes dans le Vimeu. — Réponse évasive d'Abbeville.
M* Hector Rumet, escuier, sieur de Beaumarests, bailly d'Abbeville , et honorable homme Antoine Manessier , sieur de l'Hermitage. Le Devin, à l'audition de son nom, remontra qu'il était officier pensionné de la ville et soutint qu'il ne pouvait être appelé à la charge de maieur ■ comme il feroit apparoir par délibération; » il demandait acte de sa protestation et de sou appel, ce qui lui fut accordé. Les maieurs de bannières ayant élu Antoine Manessier, cette seconde difficulté tomba.
Les quatre premiers échevins furent : M' Hector Rumet , escuyer, seigneur de Beaumarest, conseiller du roy et bailly d'Abbeville; honorables hommes Galliot de le Warde, Jeban Beauvarlet l'aisné, et Nicolas Moitié, maistre du canon pour ie roy.
Les argentiers furent: pour la Ville, Jehan Dehault ; pour le Val, Claude de la Fresnoye
L'exemplaire non abrégé de Waignart nous fournit tous les échevins; ainsi pour les huit: Claude Brullet , Charles d'Ionval, Garriel Briet le jeune , Jehan Manessier l'aisné , Pierre Poultier, Jehan de Courchelles, François Sanson et Jehan David.
Le lendemain, les douze échevins de recueil furent : M' François Dequevauvillers, procureur et notaire, M' François de Ponthieu, notaire royal, Vulfran de Hippy, François Fuzkllier, Jaspart Beixenger, Antoine de Farsy, Guillaume du Four, Jehan Gambier , Jehan Des<;ardins , Jehan Fouqils , Jacques Gai.iet et François Buteux.
Nous aurons à regretter quelques lacunes dans le registre aux délibérations de cette année, ainsi que nous le dirons au 2'2 décembre.
En fermant l'année échevinale précédente, nous annoncions la délivrance prochaine de Paris, mais ie siège durait encore. On devine bien que les provisions de toutes sortes portées au camp de Henri IV venaient en grande partie de Picardie. Cette contrebande, plutôt mercantile que politique sans doute, exerçait un attrait de gain jusques chez nous, suivant nos témoignages locaux. Elle réclame de notre Echevinage des mesures préventives pendant les premiers jours de la mairie d'Antoine Manessier.
XXIXe jour d'aoust. - 11 se transporte, dit on, une grande quantité de vins et vivres à Granvillers et de là en l'armée du roy de Navarre ; il serait donc expédient de remédier « à leurs traictes. » On décide en consé quence « que doresnavant il ne se transportera hors la ville aucune marchandise de quelque sorte que ce soit, soit par la rivière ou par les portes sans avoir passe-port de nous, maieur, ou celoy de Messieurs les eschevins quy sera à ce commis, et, à ceste lin, sera la présente ordonnance attachée ausdietes portes. »
L'approche du duc de Parme a cependant obligé le roi à lâcher Paris à bout de défense, à toute extrémité. C'est toute une guerre à refaire. Le roi, n'ayant pu déterminer le duc de Parme à accepter une bataille décisive, en est réduit à des combinaisons toutes nouvelles et de détail. Eormentin en suit quelques-unes dans la Picardie.
Le roi, dit-il, « divisa alors son armée en trois corps, dont l'un fut envoyé en Picardie sous les ordres du duc Il ic
de Longueville. Charles d'Humières, lieutenant général de la provice pour Henri IV, s'empara par escalade de la ville et château de Picquigny, où il mit une bonne garnison qui courut le Ponthieu et le Vimeu où il prit quelques petites places. »
Et Formentin ajoute, ce que nous véritierons si nous pouvons, mais ce dont nous doutons déjà : « Huit cents bourgeois d'Abbeville, soutenus de deux cents cavaliers, les reprirent. »
Et encore : « Il fut résolu alors de détruire tous les petits châteaux des environs de cette ville, tant en Ponthieu qu'en Vimeu, ce qui fut exécuté. Ceux d'Eaucourt, de Mautort, de Saint-Owen, la tour du Quènoy, etc., furent de nombre (1). »
Puis, pour en finir avec les assertions de Formentin sans les appuyer ou les combattre d'avance : « Pendant l'hiver, Charles d'Humières chercha à ménager quelques intelligences dans la ville. Les sieurs Liaut et Herman, soupçonnés de correspondre avec lui , furent emprisonnés par ordre du duc d'Aumale. "
Revenons aux faits de certitude irréfragable que nous fournissent, jour par jour, des témoins quotidiens, les écrivains de l'Echevinage.
Ce qui attire surtout l'attention de la mairie nouvelle, c'est le défaut d'argent dans la caisse de la ville, c'est, malgré les travaux, à cnuse même des travaux commencés partout et non finis, le mauvais état des fortifications. Besoins de tous genres, réparations nécessaires,
(1) Nous verrons en effet, plus loin, dans une délibébration, qu'ils portaient ombrage à In ville jusqu'à provoquer ces vœux de démolition, mais Formentin va trop vite.
il faut à tout prix se procurer de grandes sommes. De là les assemblées générales des lll et V septembre.
Assemblée du lll septembre :
Le maieur remontre la nécessité des affaires de la ville ; il n'a trouvé pour y subvenir « un seul denier de fonds entre les mains des argentiers, fermiers de la ville;» pis encore, les fermes et les octrois •< pour la mallice et misère du temps , » et faute d'offre valable, sont demeurés à bailler, et cependant chaque jour amène de nouvelles et grandes nécessités que domine toujours celle d'assurer la conservation de la ville. « Les fortifications sont en si mauvais état « par les ouvraiges et commencemens ijny ont esté faicts en plusieurs endroicts des ra m parts , que la ville est ouverte et en péril de louttes parts ; » il serait particulièrement important de continuer « la courtine et rampait qu'il a esté advisé faire cy devant au travers de la court de Ponlhieu. » Le maire ne saurait satisfaire à toutes ces exigences du temps , ni « continuer sa charge, » si l'on ne fait fonds d'une grande somme de deniers.
11 présente alors et fait iire un mémoire - dressé de plusieurs impositions, » mais une discussion immédiate de l'affaire parait trop hasardée à l'assemblée. Une copie du projet d'impositions sera envoyée à toutes les cuambres, » pour en conférer meurement et en rapporter advis mercredy prochain. »
Assemblée du V, encore sous la présidence du maire, — très-nombreuse : Messieurs Apvril, doien de Saint Wlfran, Penet, prieur de Saint-Pierre, San son, chanoine de Saint- Wlfran, les officiers du Présidial, leseschevins, les maieurs de bannières en grand nombre « et plus
deulx cens nottables bourgeois, » tous assemblés pour
deviser et dellibérer, etc
Après la lecture du mémoire dressé pour les impositions, etc., il est, sur l'avis, par l'avis même de cette très-nombreuse assemblée, résolu que « pour faire fonds et satisfaire à ce que dessus, et seignament à la fortiffication de lad. ville, il sera levé pour ung an seullement et sans tirer en conséquence les impositions quy enssuivent :
« Premièrement, sur chacun tonneau de vin entrant en ceste ville, ou passant par icelle tout debout, l'a somme de ung escu sol, pour l'estianger et pour les habitans qui aehepteroient vins es havres de Saint-Wallery, Hourdel et Crottoy ;
« Comme aussy sur le forain acheptant vin eu ceste ville pour l'aire sortir hors icelle, tant par eaue que par les portes de ladicte ville, pareille somme de ung escu ;
« Sur chacun nïuid de charbon de teire qui sortira hors ladicte ville et banlieue, la somme de trente sols;
« Sur chacun cuir à poil ou tanné quy pareillement sortiront hors ladicte ville, pour le forain et estranger, seulement cincq sols;
« Sur chacun mil de gloes (ou glods), vingt sols; pareille somme pour mil de fagots, et sept sols pour mil d'abbevilloises(l), le tout sortant hors ladicte vil Is ;
« Sur chacun cent de lil de caret, cordaiges et autre lil aussy sortant hors ladicie ville, dix sols ;
« Sur le poisson frais quv sera achepté en ladicte ville et sortira d'icelle, tant par eaueque par terre, deulx sols pour livre;
« Sur chacun cent de fer aussy sortant hors ladicte ville, tant par terre que par la rivière, deulx sols ;
« Sur baril de waidde quy sortira hors lad. ville, cincq sols ;
(1) Ne serait-ce pas ce qu'on appelle encore tolinets?
« Sur chacun baril d'huyle de navette, chenevis et autres sortes d'huile a brûler qui sortira hors ladietc ville, vingt sols;
« Sur chacune moeulle à mollin servant à mouldre Lied, aussy sortant hors lad. ville et banlieue, deulx esens ;
« Que, oultre ce, il sera prins pour les venues et caiaiges des vins au lieu de Tune des fermes du Guindal, la somme de douze deniers sur chacun tonneau de v ; n qny arriveront en eeste ville et y seront descliargés, appartenais aux bourgeois et habitans d'icelle, et quatre sols pour les inarchans forains qny feront pareillement descharger leurs vins sur le eay (quai) de eeste ville et aultres lieulx et endroicts d'icelle. » Le reste de cet article ne règle que quelques détails peu importants; il fout' noter cependant que Ton devait conliner de prendre le droit de la ferme du salé « pour ce quy passe debout comme s'il estoit vendu en lad. ville (i). »»
11 faudrait voir dans les registres de la ville, pour les conséquences de la délibération prise en cette assemblée du V septembre, les délibérations des Y et Vill novembre (1590).
En cette même assemblée générale du V septembre sont présentées, en faveur des gens des champs, certaines plaintes , moins d'humanité envers eux que d'intérêt pour la ville.
(1) « La guerre étant éloignée de ce pays, nous dit Formentin, on réédilia la muraille qui s'étend depuis la l'orteletle jusques au pont des Prés, et l'on prit une partie de l'emplacement ancien du château des comtes de Pontbieu pour agrandir le rempart du Passe-Mail. Ces fortifications furent payées par un impôt mis sur le vin et les taxes que les habitans s'imposaient Le 23 décembre, le chapitre de Sainl-Vulfran délibéra de se plaindre au duc de Mayenne de ce que le maieur exigeoit de lui qu'il payât sa quotepart de ces impositions. » — 1A rmentin. — Le doyen de Saint- Vûlfrau assistait cependant, nous l'avons vu, et probablement sans protester, à l'assemblée du V septembre.
Le procureur de la ville (Beauvarlet) remontre « que journellement il arrive plusieurs plainctes des sergeans, tant du bailliaige d'Amiens que de ceste ville, quy prennent prisonniers les laboureurs pour la taille et arrestent leurs grains, chariots et bestiaulx(l), de sorte que plusieurs laboureurs font difficulté et délaissent d'amener leurs grains en ceste ville , quy est pour rendre icelle déserte et desfournie de grains. » On décide qu'il sera permis « à tous laboureurs et gens des champs, de venir librement et seurement en ceste ville pour y apporter les mesures qu'ils doibvent aux habitans de ceste ville et aultres denrées et marchandises, pour y estre vendues et débitées et pour y faire leurs auttres affaires, sans qu'il leur soit donné aucun désordre et empeschement, et qu'à ceste fin publication en sera faite à son de trompe »
Quelques conséquences de cette délibération se rencontrent deux mois plus tard dans nos registres, aux dates des Y et Vlll novembre (2). Les sergents ont arrêté
(1) Le souvenir du pillage par les gens de guerre, des contiscations par les collecteurs d'impôts, entrera pour beaucoup dans le contentement des campagnes sous le règne de Henri IV, après le dernier apaisement et réloignement des Espagnols.
(2) Le premier échevin, Hector Rumet, se plaint, dans rassemblée échevina'e du 5 novembre, de ce que, au content (au contempt, au mépris) qu'il auroit, suivant la délibération des estats du cinquiesme septembre dernier, faict eslargir des prisons le lieutenant du bourg de Sennrpont, arresté pour la taille (1), Phles du Candas, sergeant roial, se seroit vanté d'avoir commission pour le prendre au corps encore qu'il soit bailly
(1) Au mépris de l'élargissement ordonné par lui en vertu de la délibération des Etats, etc.
de nouveau dans la ville, au nom de M.c Alexandre Gaillard, receveur en Ponthicu , et de Messieurs les receveurs généraux, des gens du dehors, pour la taille. L'Echevinage fait relâcher les prisonniers et maintient énergiquemenl sa résolution du Y septembre
et premier esclicvin de ee'ans. » L'Echevinage décide une information sur ces menaces..
Le maieur expose à son tour que les m'aient et eschevins de la ville de St-Wallery ont présenté requeste aflin d'eslargir ung des habitans de lad. ville, détenu prisonnier en cest Eschevinaige pour le faict des tailles contre la délibération des Estats cy- devant faicte et fondée sur plusieurs justes considérations. Lecture faicte. de lad. requeste, et oy le procureur de la ville quy en a requis auttant, tant pour eeuix de St-Wallery que antlres détenus pour mes:i.c cause, a esté dellibéré, en conséquence de lad. délibération des Estats, que tous prisonniers détenus en ceste ville seront libérés et deffenees faictes aux sergeans de ceste ville de ne les plus emprisonner, à peine d'amende arbitraire, mesme qu'il sera informé des concussions contenues en la requeste présentée par Iesd. maieur et eschevins de lad. ville de St-Wallery.
Trois jours après (8 novembre), le premier éehevin Rumet représente à l'assemblée la copie de certaine ordonnance de Messieurs les généraulx en date du XXVII du mois passé (octobre) à luy signiffiée cejourd'huy par Guillerel, sergeant, à la sol icitude de W Alexandre Gaillard, recepveur, quy en auroit faict la poursuiitc, portant commandement de représenter dans
la huietaine ung nomme [?], cy-devant arresté pour la
tail'e de Si'narpont et tiré des mains du sergeant et amené en cest Esche vinaige soubs nôstrc sauvegarde, en conséquence de la dcllibéralion des estats du cinquiesme septembre, dernier, sinon paier la somme il auroit esté emprisonné. »— On décide « que ce qu'en a faict led. sieuiRmiet a esté en vertu de lad. dcllibéralion des Estats et de la publication faicte pour asseurer les gens des champs de venir librement en ceste ville, que l'on prendra le faict et cause d'icelluy pour et au nom de la ville, de sorte qu'il n'en reçoipve aulcune perte ou domaige et que
La mer que nous avons vue à la fin de notre dernière année échevinale (1), infestée sur nos côtes par les corsaires de la Ligue, n'est pas plus sûre en cette année. Abbeville, intéressée, il est vrai, à la sécurité du commerce, à la bonne réputation de son fleuve, à la liberté de la mer, continue à prendre la défense des marchands étrangers.
Ainsi, par exemple, le XXe jour de septembre.
Un nommé André Piterson, maître de navire «du pais d'Ansterdan, pais de Hollande, » est « fort molesté et troublé par saisie de son navire et agrès, combien qu'il soit catholicque et qu'il soit venu charger en Somme pour la commodité de ce pais, suivant les publications quy ont esté faictes en conséquence des délibérations faictes en assemblée généralle, portant liberté à touttes personnes d'amener marchandises au Crottoy, Saint- Wallery et aultres havres de ce quartier. » — La ville interviendra et se joindra «audit Piterson en la cause pendante au siège présidial de ceste séneschaulcée, et
lad. ordonnance ne soit mise à exécution sur luy et en ses biens; au surplus, que led. Gaillard, à la poursuitte duquel lad. ordonnance de Messieurs les généraulx a esté faicte, sera mandé à demain, dix heures du mattin, à comparoir en la Chambre du Conseil pour luy veoir enjoindre de faire cesser lesdictes poursuittes, à peine de mil eseus d'amende et de pu-
gnition s'il y eschet, etc Jusque là, ledict Guillerel
demeurera prisonnier, etc
En effet, le lendemain vendredy, noeuviesme jour du mois, M6 Alexandre Gaillard reçoit à l'Echcvinagc l'injonction « de faire cesser les poursuittes faictes contre M" Hector Rumet pour raison d'un certain particullier du bourg de Senarpont, cy-devant arresté, etc »
(1) Chapitre. III.
soutiendra que main-levée luy doibt estre faicte tant de sond. navire, agrès, que marchandises. »
Abbeville, qui ne se lasse pas de fournir de tous ses moyens au bon état de défense des forteresses ses voisines (1), a eu, nous nous en souvenons, quelques inquiétudes pour son propre château, si elle a, en juillet, concédé quelque créance ou quelque doute aux accusations lancées contre son gouverneur. Toute cette affaire de soupçons , d'accusations ou de mauvais propos d'une part, de dénégations et de poursuites de l'autre , revient et se vide ou plutôt s'éternise en octobre. Grosse fumée, et comme le vieux temps autorise les proverbes, on serait facilement amené à se demander s'il y avait là fumée sans feu. Ne préjugeons rien d'ailleurs; peut-être, en avançant, découvrironsnous quelque clarté dans les événements.
Le maieur expose, le 1111e jour d'octobre, que « cejourd'huy mattin, sur l'advertance à luy faicte de la venue de Monsieur de Rambure , il est allé luy donner le bonjour, accompagné de quelques ungs de Messieurs les esche vins. Le sieur de Rambure, entre aultres propos, l'a prié de faire entendre à Monsieur de Hucqueville, gouverneur, qu'il désire se (ou le) trouver demain
(I) ' Du XXIII1* jour de septembre : Sur l'instance faicte par le cappitainc Brun (1), commandait au Pontdremy, à ce que, pour la conservalion de la place, il luy soit dellivré quelque quantité de pouldrcs et inesches, parce qu'il en a fort peu, et aussy qu'il a receu advertissement qu'il se doibt faire quelque entreprise sur icelle, a esté dellihéré quy (qu'il) luy sera dellivré le nombre de ciuquantc livres de pouldrcs, six livres de inesches cl vingt livres de plomb en balles, etc »
(l) Lebrun dans le suite de la délibération.
céans, pour se purger d'une lettre que led. sieur de Hucqueville a cy-devant représentée en cest Eschevinage et maintenue avoir esté par luy escripte à Me Jehan de Grebetmesnil. 11 est donc besoing, ajoute le maieur, de depputer quclcun de la compaingnie pour le faire entendre à M. de Hucqueville. » Les sieurs Beauvarlet et Ledevin, siéger, se transporteront à cet effet vers M. de Hucqueville
Nous ne savons s'il y eut entrevue de M. de Rambures et de M. de Hucqueville à l'Echevinage ; nous ne savons comment M. de Hucqueville accueillit la satisfaction offerte ainsi par M. de Rambures. Nous remarquons simplement que M. de Hucqueville, muni déjà depuis temps d'une censure de l'évèque d'Amiens contre ses accusateurs, écrivit à l'Echevinage seulement « à trois fins : » pour maintenir ses plaintes contre 31. de Cornehotte; pour savoir si, dans la ville et, mieux, à l'Echevinage, il n'a pas été question de l'arrêter lui-même; pour tirer au clair les propos qui l'accusent d'avoir envoyé un de ses laquais au camp du roi de Navarre. Ces exigences restreintes dans l'opinion de M. de Hucqueville, mais qui parurent encore trop fortes à l'Echevinage , ressortent d'une simple délibération à une cloche, du VIe jour d'octobre :
« Veu rescript mis par devers nous de la part de Mr de Hucqueville, gouverneur de ceste ville, contenant sa déclaration qu'il n'entend ne se voulloir aider de la censure par luy obtenue qu'il a cy-devant faict publier, sinon à trois fins : la première, pour avoir révélation des propos qu'a peu tenir le sieur de Cornebotte de Buiguy, au préjudice de son honneur et réputation et de sa femme et espouse ; la seconde, sy, en conséquence de tels faulx bruicts semés par ledict de Cornehotte, aucuns malvocullans se seraient pas assemblés pour ad viser de le retenir
jusques à voulloir attenter contre sa personne, et sy aucuns de lad. assemblée ne seroient pas d'advis de ce mettre à exécution ; la troisiesme, d1avoir aussy révellation des faulx bruicts qu'il dictqu'a controuvé (conlrouvés) ung nommé Goduin, messager, et de ceulx quy luy auroient faict tenir tels propos, asscavoir que ung nommé Vauchelle luy avoit dict en la ville de Roye qu'il avoit envoie l'un de ses lacquais au camp du roy de Navarre, à ce que la vérité en fut congneue, ladicte monition et censure en datte du septiesme du mois d'aoust dernier, le dire du substitut du procureur de la ville pour le depport d'icelluy procureur, nous, par advis de l'assemblée, avons dict et ordonné, disons et ordonnons que ladicte censure et monition ne se publiera, sinon pour avoir révélation des propos maintenus dicts par led. sieur de Cornehotte au préjudice de l'honneur et réputation dud. sieur gouverneur et sa femme, et qu'il sera faict deffense aux curés et auttres de dillater et estendre plus avant la publication de lad. censure pour ce qu'elle n'est obtenue à auttre lin, et, au cas que les sieurs curés ou auttres voeullent passer oultre, a esté dellibéré et advisé que le procureur de la ville s'en portera pour appellant comme d'abbus. »
Ainsi PEchevinage ordonne que la censure ne sera publiée qu'en ce qui concerne M. de Cornehotle, et défend aux curés d'en étendre au-delà la publication. La censure attaquait-elle donc quelques habitants de la ville, ou l'Echevinage n'était-il pas absolument convaincu de l'innocence de M. de Hucqueville?
31. de Hucqueville obtient cependant, le treize octobre, une nouvelle censure de l'évêque (Geoffroy de la Martonie), mais, cette fois, l'Echevinage se décide à appeler comme d'abus des deux censures, et nous ne voyous pas (bien au contraire) que le clergé d'Abbeville , partageant sans doute les impressions des habitants , enfreigne les défenses de lecture portées par l'Echevinage.
Nous lisons dans le procès-verbal de l'assemblée toute ordinaire, à une cloche, du XV jour d'octobre: « Sur ce que led. sieur maieur a fait apparoir en l'assemblée une censure ecclésiastique obtenue à la requesle des sieurs et dame de Hucqueville de Monsieur l'évesque d'Amiens, ou son officiai, le treiziesme jour du présent mois, laquelle lui a été mise [\) entre les mains par le curé de l'église Saint-Georges, comme ne voullant fulminer lad. censure à cause des deffenses à luy faictes par cy-devant en conséquence de nostre sentence du VIe jour du présent mois, a esté dellibcré et ordonné, en conséquence de lad. sentence, que le procureur de la ville se portera pour appelant comme d'abus, tant de la première censure que de celle obtenue led. treiziesme jour de ce mois, par lesd. sieur et dame de Hucqueville, en ce quy est au dehors du faict du sieur de Ccmehotte, et qu'à teste fin les deffenses cy devant faictes aux curés des paroisses de ceste ville et aultres tiendront; ce quy leur sera signifié de nouveau, » L'affaire, je pense, s'étoulfa lentement (2). Remontons un peu. Ces querelles, ces susceptibilités, dans lesquelles il était question de (idélité ou de trahison, if étaient pas étrangères aux incessantes et grandes préoccupations du môme temps, la guerre. Le ducd'Aumale a appelé à Amiens des députés d'Abbeville pour traiter du péril de la Picardie.
(l) C'est-à-dire remise, renvoyée.
(?) Il me semble qu'à compter des censures obtenues par lui et des résolutions de la ville qui ne les admettent pas toutes, M. de Hucqueville cesse pendant assez longtemps de venir à l'Éche village. Je ne le revois qu'à l'assemblée, assez nombreuse il est vrai, quoique à une seule cloche, du onze décembre.
Le cinquième jour d'octobre, le maieur Manessier met sur le bureau el fait lire « certaines lettres missives de Monseigneur le duc d'Aumalle, alors en la ville d'Amiens, lettres datées du IIe jour du présent mois d'octobre. » Le duc d'Aumalc a été averti » que l'ennemy se dellibèrede tourner vers la Picardie;» il a donc mandé « à tous les gouverneurs particuliers des places, de se trouver lundy prochain, VIII de ce mois, en lad. ville d'Amiens, pour adviser des moiens de s'opposer aux troupes du roi de Navarre. » 11 mande à notre Echevinage qu'on ait à envoyer, à cette conférence, «« deulx depputés du corps de ceste ville, pour estre présens à la résolution quy s'y prendra et y apporter du leur » (c'est à- dire y donner leur opinion). On députe pour ce voyage, les sieurs Rumet, échevin (le maieur récemment sorti de charge), et Le Devin, siéger, « ausquels seront baillés mémores de ce qu'ils auront à faire (c'està dire à exprimer au nom de la ville) »
Les députés d'Abbeville paraissent être restés à Amiens une huitaine de jours.
Ils ne font en effet le rapport de leur voyage que le io octobre; ils mettent alors sur le bureau la résolution prise dans l'assemblée provoquée à Amiens par le duc d'Aumale, ««lequel à leur partêment leur a dict qu'il désiroit de bref venir en ceste ville, et que, pour la calamité et misère du temps, il ne \ouIloit qu'il fut faict aucuns frais pour luy faire entrée, laquelle entrée il remettoit lorsque le temps seroit plus paisible qu'il n'est ad présent. »
Kst-ce un peu en vertu du rapport de MM. Rumet et Le Devin que nous voyons presque immédiatement
l'Echevinage presser avec plus de souci et d'activité l'achèvement de quelques parties des fortifications?
Le XXIe jour d'octobre, le maire fait entendre qu'il est nécessaire «de faire travailler à porter terres pour adosser l'ouvraige de maçonnerie encommencée à la muraille traversant la court de Ponthieu et que, pour ce faire, il seroit bien requis d'y faire travailler les habitans par paroisses, pour ce que la ville n'a aucuns deniers pour y satisfaire. » On décide qu'il sera dressé « ung roolle et deppartement des habitans, le plus doux (ce rôle) et à la moindre foulîe (pour le moindre écrasement) d'iceulx , que faire se pourra , pour y faire travailler à porter lesd. terres lesd. habitans, chacun à leur tour, sellon et en la forme qu'il se trouvera estre plus expédient pour l'advaucement de lad. ouvraige. -
M. d'Aumale désirait plus que des terres amoncelées derrière nos murs; il voulait de l'argent pour soudoyer des troupes dans le Vimeu.
Le lundi vingt-six novembre, l'Echevinage a à se prononcer sur le point délicat.
Il s'agit d'aviser sur la proposition « qu'a fait faire cejourd'huy 3Ionsrigneur d'Aumalle pour entretenir quelque nombre de cavallerie au pais de Vimeu, pour empescher les courses des ennemys. » Quels seront les moyens de soudoyer cette troupe ? 11 faudrait pourvoir à l'entretien de cent chevaux pendant trois mois et pour cela, suivant le mémoire envoyé par mond. seigneur d'Aumalle, mm xf escus. On débat la proposition, on pèse les considérations diverses, les inconvénients, et enfin on advise que l'on suppliera « mondict seigneur de voulloir l'aire observer la trêve cydevant publiée par auctorité de Monseigneur du Maine, pour la liberté et
repos du laboureur, et à ceste fin ordonner que les garnisons se contiendront aux lieulx où elles sont. » Ces garnisons, autant que je comprends, ne devront pas « courir sur l'ennemy, et, par ce moien, luy bailler subject de travailler lesd. laboureurs. » — En définitive, Abbeville l'ait une réponse évasive. Son intérêt immédiat l'a rendue, de premier mouvement, prudente et pacifique; elle se prononcera mieux, se montrera plus déterminée et de plus actif conseil en décembre.
Le duc de Mayenne demande une augmentation sur la taille. — Abbcville s'entendra avec Amiens pour solliciter en faveur des pauvres gens des champs — Mauvaises nouvelles de guerre. — Surprise du château de Gamaches par des troupes du roi de Navarre.- Abbeville cherche à mettre en sûreté le château d'Eaucourt. —Elle appelle en ses murs quatre capitaines pour pourvoir à sa propre défense. — Influence de la prise de Gamaches sur toutes les délibérations. —Nomination du capitaine du guet.
— Ses devoirs. — Grandes affaires de l'Echevinage. — Visites aux fortifications. — Recherche des deniers publics. — Le maieur et les échevins nommeront pour les aider douze habitants auxquels pourront s'adjoindre les députés de l'église et de la noblesse. — L'ennemi s'avance, dit-on. — Mesures excessives prises en l'Echevinage — Proposition d'un établissement d'espionnage formidable. — Grande lacune dans le registre aux délibérations.— Assemblée à Amiens de députés de la province de Picardie.
— Mémoires qu'emportent pour cette assemblée les députés d'Abbeville. — Qu'importe-t-il de faire pour assurer la défense du pays? — Ressources militaires du Ponlhieu. — Abbeville désire que l'état des garnisons et des compagnies levées soit bien réglé. — Opinion d'Abbeville sur l'emploi des deniers publics. — Abbeville préfère les impôts aux cotisations. — Inconvénients des cotisations — Les communautés de Picardie devront se prêter un secours mutuel — L'appui du duc de Parme sera sollicité. — Autres demandes : les châteaux voisins seront rasés; cent chevaux sous le commandement de H. de Rambures seront entretenus dans le pays, etc.
Abbeville ne pourra pas esquiver longtemps cependant les charges que les besoins généraux de la Ligue
réclameront d'elle comme des principales villes fidèles
ù l'Union.
L'.1 maieur expose, le h décembre, que les élus de l'élection de Ponthieu lui ont communiqué des lettres patentes de Monseigneur du Mayne, demandant pour la taille de l'année prochaine une augmentation d'un tiers. Ces lettres n'ont égard, remarque le maieur et avec lui l'assemblée, « aux pertes et ruynes que souffrent les habitans du plat pais, et cette ereue est grandement à la foulle (charge excessive) du poeuple, [ce] quy pourroit causer à le desmouvoir du zelle qu'il a à ceste saincte cause (l'Union). - On décide « qu'il sera écrit à Messieurs maieur, prévost et eschevins de la ville d'Amiens pour, leur responce venue, faire instance à Monseigneur du Mayne pour le soullagement des poures gens des champs, sellon qu'il se trouvera le plus expédient. »
Et les mauvaises nouvelles écartées un instant par l'entrée en France du duc de Parme, — allié, hélas! espagnol, — par la levée du siège de Paris, par la re- ! aite de Henri IV, arrivent de rechef. Ces nouvelles suggéreront aux habitants d'Àbbevllle des résolutions que nous pourrions presque, par un rapprochement facile avec les résolutions d'un autre temps, appeler révolutionnaires. Jugeons en sur le calme exposé du secrétaire impassible de l'Echeyinage : saisie de deniers ou de grains des seigneuries fortifiées à défendre (ce qui parait d'ailleurs de toute justice), mise sur pied d'une compagnie de chevaux, levée forcée d'une grosse somme sur les habitants, etc.
Le mardi , onzième jour de décembre , assemblée nombreuse, quoique à une cloche. M. de Hucqueville, le
maieur, des conseillers du roy, et outre les échevins, de « nottables bourgeois en grand nombre. »
L'ennemi, dit on, a surpris la ville de Corbie, et nouvelle plus inquiétante , « on a cejourd'huy receu advertissement qu'il y a quelque nombre de gens de chevaulx ès-environs de Saint-Wallery, et, partant, qu'il est de besoing et très-nécessaire d'adviser tant à la conservation de ceste ville (d'Abbeville sans doute, suivant la formule du temps) que du pais, ensemble de prouvoir à la seuretté des places quy sont es environs de ceste ville, comme Sainct-Ricquier, Sainct-Wallery, Pontdremy et aultres » On décide « que l'on secourera de munitions les villes de Sainct-Wallery, Sainctfticquier, Pontdremy et aultres lieulx d'icy allentour, et que pour ce faire l'on s'aidera du bien et revenu desd. lieulx et des seigneuries esquelles il y a fort ou chasteau à garder, et, à ceste lin, les recepveurs seront mandés et contraincts de paier ou advancer quelques sommes de deniers ou quantité de grains qu'ils doibvent ou qu'ils ont appartenans ausdictes abbaies, terres et seigneuries, pour soudoier quelques soldads quy seront levés des villaiges voisins en la plus grande dilligence que faire se pourra, et que pour la seuretté de ceste ville il sera faict une compaingnie de cinquante ou soixante chevaulx, sellon et en la forme qu'il sera advisé par lesd. sieurs maieur et eschevins, pour le paiement et solde desquels, pour le premier quartier, et tant qu'il sera advisé du fonds pour l'advenir , ensemble pour travailler à la fortification de !ad. ville, aux endroicts les plus nécessaires, il sera promplement levé sur tous les habitons la somme de deulx mil escus quy sera emploiée
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à l'efïect susdict, et pour le regard des gardes de lad. ville qu'elles seront renforcées. »
En conséquence encore de la délibération de la veille, l'Echevinage décide le 12, que « pour prouvoir à la conservation de la ville de Saint-Wallery, il sera prins des grains quy se trouveront en ceste ville appartenans à l'abbaye de Saint-Wallery, le nombre de cent septiers de blé pour en employer les deniers en achat de poudre, de balles, de mèches et d'autres munitions de guerre nécessaires à la ville de Saint-Valéry, pour s'opposer contre l'ennemy. « — Deux sergents à masse sont nommés pour l'exécution de cette mesure.
Une saisie de même nature sera exercée sur l'abbaye de Saint Riquier.
Le même jour, 12 décembre, se présentent, en la chambre du Conseil d'Abbeville, par devers le maieur, «le procureur fiscal de la ville de Sainct-Ricquier, assisté de l'un des eschevins d'icelle, lesquels nous ont remonstré estre envoies vers nous , affin de remonstrer la nécessité de prouvoir à la conservation de lad. ville, considéré le mavais temps, et que l'ennemy s'aproche de ces quartiers, el à ceste fin leur ordonner quelque quantité de pouldres, mesches et aultres munitions de guerre quy leur sont nécessaires pour la conserver contre l'ennemy s'il se présentoit. » On décide, en conséquence de la délibération de la veille, « qu'il sera enlevé, des greniers de ceste ville où il se trouvera y avoir des grains appartenans à Tabbaie dud. Sainct-Ricquier, le nombre de cent septiers de blé, quy seront vendus promptement , pour les deniers en provenans estre emploies à l'achapt de quelque quantité de pouldre, mesches et aultres munitions de guerre qu'il conviendra
pour la conservation de la place, sans préjudice néant moings à lad. abbaie, à les faire remplacer par lad. ville de Sainct-Ricquier comme elle verra bon estre. »< On nomme, pour exécuter cette résolution le plus tôt possible, deux sergents à masse, « et s'ils en étoient plus tard inquiétés en quelque façon que ce soit, ils en seroient deschargés par la ville. ».
Mais un événement plus important et qui va rapprocher l'ennemi de la ville en découvrant tout le Vimeu, fera bientôt prendre, comme nous le verrons, des mesures plus violentes. Waignart, en notant l'événement, a résumé aussi pour nous les premières mesures de guerre prises en conséquence du fait dans notre Echevinage. Le fait était la perte de Gamaches pour la Ligue.
« Le château de Gamaches ayant été surpris le XXI décembre par ceux de Dieppe, les Abbevillois commencèrent à penser à eux et à faire prendre garde à ceux qui commandoient aux places des environs. Il fut ordonné au Sr de Selincourt, du nom de Fer (1), gouverneur du chasteau d'Eaucourt pour le seigneur de Soicourt (2), de prendre dix ou douze soldats des plus expérimentés et suffisans qu'il pourroit trouver et choisir, » (etc., comme dans l'extrait ci-après que j'emprunte à mon tour aux registres de la ville).
Le vendredy 21e jour de décembre, assemblée au son d'une seule cloche. Le gouverneur n'assiste pas à la séance, mais il y a beaucoup de monde.
« Sur les nouvelles survenues de la surprinse du
(1) De Fer, d'argent à la croix de sinople chargée de 5 coquilles de — Waignart.
(2) Soyecourt.
chasteau de Gamaches par l'ennemy et plainte instamment faicte aud. Ëschevinaige par le sieur de Selincourt quy de longtemps commande au chasteau d'Eaucourt, que Monsieur de Hucqueville a envoyé un nommé Latour pour commander audict chasteau avec quelques soldards, de sorte qu'il n'y est plus maistre et ne s'en peult asseurer, » il est ordonné « aud. de Selincourt, par advis de l'assemblée, de prendre promptement dix ou douze soldards des plus expérimentés et sullisans qu'il pourra choisir pour la seuretté du lieu, et se fournir les munitions et nécessités de vivres convenables sur le revenu de ladicte terre jusques à ce que l'on aura aultrement prouveu à leur solde. »
Le scribe échevinal nous laisse deviner, ce que ne nous dit pas Waignart, qu'on se défiait toujours de M. de Hucqueville. A tort ou à raison, à cette date, les accusations lancées contre le gouverneur portaient encore coup.
Waignart nous apprend ensuite, comme le registre de la ville, qu'il « a esté advisé que, pour avoir esgard aux quatre quartiers de ceste ville, prouvoir à touttes choses nécessaires pour la deffense de la ville, advenant que l'ennemy y voeille faire entreprinse, l'on priera Messieurs de Pouttrincourt, de Cornehotte (1), Beauregard et Ponthoille de voulloir eulx retirer en ceste ville (2). »
(1) Nous avons vu, dans un de nos chapitres précédents, ce gentilhomme eu pique très-vive avec M. de Hucqueville. Il était alors, — nous Pavons dit à cette, occasion, — « hors du Crotoy. »
(2) M. Traullé a écrit (d'après des notes de l'abbé Buteux, je pense): « On introduit dans la ville le sieur de Camp Mannay, le capitaine Buigny Cornehotte, avec leur compagnie, ainsi que
La nouvelle de la prise de Gamaches remplit et influence toutes les délibérations. Elle reparaît, comme considération toute naturelle, dans la nomination d'un capitaine du guet, Abbeville se gardant elle-même et avec sa propre milice (1).
les capitaines Bcaurcgard et Vacossains, reconnus bons ligueurs.»
Waignart, qui nous donne les armes de tous les bourgeois de PEchevinage, nous donne aussi celles des gentilshommes. Ainsi pour les quatre qu'il a nommés:
Poutrincourt, de sable au lion d'argent couronne d'or.
Beau regard, d'or à la bande de cœurs de gueules.
Cornehotte, d'or à la bande de gueules chargée de troie lions d'argent accompagnée de deux arbres de sinople.
Ponthoille, d'or au sautoir engrelé de sable, une étoile de même en chef.
(i) « Du vendredy vuigt-et-nngiesme jour de décembre (1590), au grand Echevinage, par-devant A. Manessier, maieur, etc., s'est présenté Nicolas Briel, lequel nous a remonstré qu'il se seroit présenté à Mr le gouverneur et luy faicl entendre comme nous l'avions nommé et elleti pour cappitaine du guet, comme aussy nous l'aurions faict sçavoir aud. sieur gouverneur devers le XVIII du présent mois en l'assemblée quy se lict ledict jour. A esté dellibéré, pour la nécessilé dud. oflice et mesmement sur la nouvelle rendue de la prise du chasteau de Gamaches, que led. Briet seroit receu tout prompteinent, sans préjudice aux droicts et previllèges prétendus par les maicurs. de bannières; lequel Briet a esté, à ceste fin, mandé à faire le, seraient au cas requis et accoustumé. Et ledict jour sont comparus au greffe Jehan Violette, Jehan Manier, Charles Bouteiller et consors , inaieurs de bannières, lesquels, au nom de tous lesd. maieurs de bannières, ont déclaré qu'ils se portaient appellans de lad. provision de cappitaine du guet dont ils ont requis acte. »
Pendant les mois qui suivent et dont l'histoire manque dans le registre mutilé de la ville, le capitaine du guet eut de grandes besognes, et un « establissement » nouveau de la garde nuisit à
11 est représenté en l'Echevinage, le samedi vingtdeux décembre, que chaque jour il survient de grandes affaires « qui demandent de promptes exécutions; » que le maire et les échevins n'y peuvent cependant vaquer, parce qu'il leur faut à toute heure visiter les fortifications, faire réparer les endroits les plus dangereux et favorables aux surprises possibles de l'ennemi; qu'il est nécessaire de « faire recherche des deniers
ses émoluments, suivant ses plaintes portées à l'Echevinage en mai :
« Du XXXe jour de may (1591) : Sur la requeste présentée par Nicolas Briet, cappitaine du guet, à ce qu'en considération des grandes vaccations qu'il a en l'exercice de son dict estât et que il ne reçoit plus les émolumens accoustumés à cause de l'establissement nouveau de la garde , il luy soit assigné gaiges suflisans pour l'occasionner (1) de continuer le service qu'il a encommencé faire à cested. ville, lequel il luy est impossible faire , s'il ne luy est donné quelque rescompense honneste ; prins advis à lad. assemblée, et attendu les grandes vaccations qu'icelluy Briet a en l'exercice de sondict estât, a esté dellibéré que, d'aujourd'huy en avant, led. Briet aura pour ses gaiges la somme de soixante-six escus deulx tiers, au lieu de xl escus
qu'il soulloit avoir
(deux ou trois lignes que je ne peux lire
exactement), à la charge par icelluy Briet de faire bon et fidèle service à lad. ville, faire par chacune, nuit une ronde, aller visiter tous les jours, le mattin, les corps, ou même faire rapport de Testât d'icelle (ville sans doute) et en touttes auttres choses deppendans dud. estât et faire son debvoir. »
" Tout prouve d'ailleurs que le service de la garde fut trèsfatigant en cette année. Nous lisons clans le registre aux comptes :
« Aux sergeants de la vingtaine, douze escus pour les
et vaccations extraordinairement faictes en ladicte année pour la garde; ordonnance de paiement du XXIU" aoust (1591).. . xirc. »
(1) Pour lui permettre.
publicqs pour faire fonds et prouvoir au paiement des forces» qu'on a décidé de mettre sur pied, tant pour la conservation de la ville que du pays. — On décide que, « pour donner advis et conseil ausd. sieurs maieur et eschevins et vacquer sous leur auctorité à la recherche desd. deniers et à touttes les autres affaires extraordinaires , il sera nommé douze habitons par lesd. maieur et eschevins, avec lesquels pourront assister les depputtés et Messieurs de l'église et de la noblesse. » Et, sur le-champ, choix fut fait des noms qui suivent: Mr le président, Mr de Waconsains, Mr de Beaucaurroy, Mr l'elleu Cantelleu, Me Nicolas Lebel, greffier, Simon Belle l'aisné, Charles Mancssier, Nicolas Lavernot, Anthoine Rohault, Loys Sanson l'aisné.
Le Xlllle jour de décembre, M. de Hucqueville vient à l'Echevinage et fait entendre à l'assemblée, convoquée par une seule cloche, « que le bruict est tout commun que l'ennemy s'advance en ces quartiers, et, partant, qu'il est nécessaire d'adviser à la conservation de ceste ville (Abbeville), » etc.
C'est alors, ce jour-là et à I heure même, que l'urgence du péril fait arrêter des mesures jusqu'alors inouïes dans la ville en cette sévérité : expulsions de femmes, de réfugiés, de mendiants suspects-, ordre nouveau pour le service des chaînes aux ponts, aux portes, aux rues; distributions d'armes; invitation pressante (prière et semonce) aux gentilshommes de venir conférer dans la ville ; emprunt de force au bureau des pauvres, etc.
« Premièrement, a esté dellibéré, par advis commun de toulte lad. assemblée, que les femmes de cculx quy tiennent le party du roy de Navarre, quy reçoipvent nouvelles de leurs maris et les communicquent aux
habitans suspectés, seront contrainctes tout promptement sortir de la ville, mesmes ceulx quy se sont naguaires retirés en ceste ville, parlans ordinairement au désadvantaige de nostre part)' ;
«Que l'on fera pareillement sortir de la ville plusieurs gens incongneus vallides quy se sont retirés en ceste ville soubs prétexte de mendicité et paouvretté, ou eulx disans chassés de leur pais -,
« Qu'il sera donné ordre aux chesnes (chaînes) du pont des Prés et de la Porteletle, à ce qu'il n'y arrive inconvénient, et que à la fermeture d'icelle il y aura ung eschevin présent ;
« Que touttes les chesnes des rues seront tendues durant la nuict jusques à l'ouverture des portes, affin d'avoir plus de commodité de les bender , arrivant quelque affaire , et qu'il sera mis es - maisons plus proches desdictes chesnes, des futailles widdes pour dresser des baricquades, l'occasion s'offrant ;
a Qu'il sera enjoinct aux capitaines des quartiers de faire fournir à ceulx de leurs compaingnies les armes quy leur ont esté cy-devant ordonnées, ensemble d'avoir dp la pouldre suffisamment 5
« Que Messieurs de la noblesse, cappitaines et aultres que l'on congnoit bons catholicques et affectionnés à ce party, seront priés et semonces en la plus grande dilligence que faire se pourra d'eulx transporter en ceste ville pour avecq eulx résouldre de plusieurs poincts concernans la milice et les moiens de deffendre les endroicts plus faibles de la ville, et de l'ordre que les habitans tiendront en cas d'allarme, mesmes de prendre quelques secours d'hommes aultres que habi-
tans, quy seront nourris et soudoies par les plus aisés habitans ;
«• A esté aussy dellibéré que Josse Le Viel et aultres recepveurs du bureau des paouvres seront contraincts, suivant les délibérations cy-devant faictes de widder leurs mains des sommes dont ils sont rclicataires ;
« Que Jacques Bocquet sera mandé promptement pour luy enjoindre de préparer des feux artificiels et aultres choses deppendantes de la charge où il a esté cy devant commis (1). »
Ce n'est pas tout; on voudra imiter Paris jusqu'en l'organisation de police qui fait trembler tous les citoyens au coin même de leur foyer. Paris, qui a seize quartiers, a les Seize. Abbeville, qui a quatre quartiers, aura les Quatre. Aura, je me trompe heureusement. Je vois bien, — il faut citer les termes, — je vois bien :
« qu'il a esté aussy proposé s'il ne seroit
bon, à l'exemple de Messieurs de la ville de Paris, d'eslire quatre notables bourgeois bien zellés catholicques pour chacun d'iceulx commettre en son quartier ung dizinier et chef sur dix mesnaiges quy observera les depportemens et propos de ceulx de sa dizaine, tant habitans que estrangers, quy les communicquera et rapportera tout ce qu'il aura veu et congneu au chef du quartier pour le faire scavoir ausd. sieurs maieur et eschevins (2). >•
Mais je ne vois pas que ce pouvoir inquisitorial ait jamais été établi, ni môme qu'un vote régulier ait été déshonoré sur le monstrueux projet. Abbeville eut du
(1) Voyez on l'année 1 589-1590, chapitre 111.
(2) Assemblée du XXII1I décembre.
moins l'honneur d'échapper à cette organisation raffinée d'espionnage (I).
Une lacune large s'ouvre ici dans le registre aux délibérations ; elle commence après l'assemblée du 22 décembre 1590 et va jusqu'au XXV11 may 1591, date de la première assemblée que nous retrouvons (2). C'est donc un vide pour nos renseignements de cinq mois bien comptés.
Le duc d'Aumale vint pourtant à Abbeville dans cet intervalle comme nous l'apprend le registre aux comptes (3). Y eut-il à cette occasion quelques harangues trop avancées, quelques démarches trop com-
(1) Dans tous les cas, la lacune qui va s'ouvrir dans nos registres nous en déroberait la honte.
(2) Cette perte, cette mutilation peut-être, n'est pas la seule dans ce registre. Le folio vclxxviii, qui terminait l'année éehevinale 1590-1591, a été visiblement coupé.
(3) « A Galliot de le Warde marchant en lad. ville, Jehan Bcnuvarlet l'aisné, Paoul Pourielte [?] et Raoul de Vauchelles boullengers, Jehan Dury cuisinier, Joachin du Preer apoticaire et Jacques Martin, la somme de quatre-vingt-dix-sept escus vingt-six sols à eulx deubs et respectivement ordonnés par mandement du douziesme jour de janvier audict an (1591), poulie festin faict à Monsieur le dticq d'Aumalle, assavoir: audict de le Warde, pour six-vingts pots de vin, la somme de dix-sept escus vingt sols; aud. Beauvarlet, pour mesme cause, unze escus ung tiers; ausd. Pouriette et de Vauchelles, pour pain, deux escus cinquante-deux sols; aud. Dury, la somme de cinquantequatre escus quarante-trois sols; aud. du Preer, neuf escus vingt-huict sols, et aud. Martin, ung escu quarante-trois sols,
Cy Hll"XVHe*c xxvi*. »
Au mois d'avril, toutes les cloches de l'Echevinagc sont sonnées. Pourquoi? L'ordonnance du paiement au clocquement est du XIX (je crois lire avril) V'11II"XI.
promettantes à faire disparaître du registre aux délibérations? Notre histoire a t-elle à regretter quelques malhonnêtetés des hommes compromis ou qui se sont crus compromis par leur zèle dans les années de la Ligue ? Nous n'oserions repousser absolument ces craintes. On voulait bien sans doute, en 1594, crier: Vive le roi! mais on ne voulait plus avoir crié trop haut, quatre ans auparavant: Vive la Ligue!
Dans ce défaut de nos registres, Waignart viendra une dernière fois à notre secours pour fermer cette année 1590.
En la fin de décembre, dit-il, une assemblée de la province de Picardie fut faite à Amiens pour aviser à la conservation du pays, résister aux ennemis et reprendre sur eux les places qu'ils avaient surprises ou qu'ils tenoient pour incommoder le parti de la Ligue. On délégua à cette assemblée Me Jean de Maupin, conseiller et ancien maicur, et Mfl Grégoire Le Devin, advocat et siéger. On leur donna des mémoires dans lesquels était exposée l'urgence « d'adviser et résouldre d'establir promptement des forces, tant de cavallerie que de gens de pied, et faire un gros en forme de corps d'armée, tant pour asseurer le plat pays et les communautés catholiques que pour faire teste à l'ennemi. On fait estât que l'on peut lever et tenir prest soudainement plus de cinq cens bons chevaux en l'estendue du bailliage d'Amiens et sénéchaussée de Ponthieu , selon qu'il a esté recognu en une assemblée faicte en ceste ville d'Abbeville de Mrs les gouverneurs et seigneurs voisins; et sans avoir l'aict grand estât de la cavallerie qui se peut lever au pays du Vimeu, depuis le côté de la mer jusqu'aux extrémités de la
sénéchaussée de Ponthieu et bailliage d'Amiens. L'on s'asseure aussi que, ce gros d'armée étant formé de toutes les garnisons et forces extraordinaires des seigneurs, gouverneurs et autres estant unis et marchant ensemble, Ton pourra encore lever, tant au pays de Vimeu qu'ailleurs en l'estendue susdite, plus de deux cens bons chevaux ; l'on désire que Testât des garnisons et compagnies levées et qui se pourront lever soit bien réglé et que l'on n'y desrobbe plus aucun homme, et, pour le recognoistre, qu'il soit advisé qu'à l'advenir les noms, surnoms et demeurances des gens de chevaux et soldats soient enregistrés es greffes des eschevinages et communautés, et, lesdits gens d'armes et soldats payés manuellement par les depputés desdites communautés. Pour trouver la solde desdits gens de guerre, il faut faire estât de tous les deniers publics ordinaires et extraordinaires, tailles, taillon, aides, gabelle, impositions foraines, Iraittes domainiales, décimes, qu'autres, les charges ordinaires et anciennes déduites , non compris les gages immenses d'aucuns officiers créés à la foulle (I) du peuple que l'on doibt reculer, du moins, d'une année: l'on s'asseure que lesdiles forces marchant ensemble, non-seulement on fera apporter la taille et acquitter la gabelle es lieux ordinaires, ains que Ton contraindra les habilans des villages du pays et parti de l'ennemi de payer et apporter ladite taille au lieu qui sera dit; ce que l'on ne trouve point bon de faire (2), sinon au cas que l'en
(1) À l'écrasement, à la ruine du peuple.
(2) Il faut remarquer cette restriction et cette prudrnee glissée ainsi en parenthèses.
nemi s'efforce de prendre et lever la taille sur ceux qui ont de tout temps payé au parti de nostre saincte Union. Que si lesdits deniers ne suffisent, il semble qu'il est meilleur de mettre sus quelques imposts, que non point prendre par quotlisations, qui peuvent produire de dangereux effecls, à cause que notoirement la plus grande partie des habitans des villes sont sans argent, n'ayant receu leur revenu ordinaire et cessant le trafic de plusieurs sortes de marchandises; joint qu'il n'est pas possible de garder une égalité et éviter des murmures et clameurs par la voie desdites quottisations. L'on désire qu'il soit arresté, juré et promis que, s'il arrive quelque affaire sur les bras de l'une desdites communautés ou en quelque quartier de ce pays tenant nostre parti, en l'instant lesdites forces se joindront et viendront au secours des assaillis Et, pour ce qu'il n'y a rien qui eslonne plus nos ennemis et qui nous puisse apporter plus d'advancement que le secours de nos voisins estrangers, l'on désire que, de la part de Mrs les gouverneurs, seigneurs, gentilshommes et communautés du pays, il soit envoyé vers M°r le prince de Parme et M1 le marquis d'Arembon, son lieutenant général au pays d'Àrthois, affin qu'il leur plaise nous donner asseurance de secours quand nous serons assaillis de plus grandes forces de nosdits ennemis (1)5 qu'il soit aussi envoyé, à même effect, vers Monssr de Balagny, lieutenant général en ceste province; que les forts voisins de deux lieues de cesle ville, où il y a quelques soldats, soient piomptement rasés, comme le
(I) Les vieux Afobcvillois né sauraient s'en défendre, ils ont sollicité les secours de l'étranger.
chasteau d'Eaucourt , appartenant au sieur
en blanc), et du Quesnoy, au sieur (en blanc);
qu'il soit résolu que tous les forts et chasteaux que l'on reprendra sur les ennemis soient aussi promptement rasés. Protester qu'au cas que l'ordre requis cidessus soit délaissé, d'y pourvoir (1) par la communauté de ceste ville, avec l'advis des seigneurs gouverneurs et hommes des estats voisins. Sont, lesdits sieurs députés, chargés expressément de conférer du contenu au présent mémoire avant de se trouver au lieu où se fera l'assemblée, et se conformer ou s'accorder, s'il est possible , avec Messieurs les maieur , prevost et eschevins d'Amiens, de ce qu'ils trouveront expédient pour mieux régler les gens de guerre et les finances qu'il ne s'est l'ait le passé, et à ce que lé nombre des garnisons nécessaires soit toujours fourni , lesdites garnisons commandées par vieux capitaines expérimentés estant du pays; et surtout qu'il ne soit donné aucun mécontentement aux seigneurs du pays , qui ont tant de fois exposé leurs vies pour nostre parti (2). L'on désire aussi, pour la conservation du pays et la garde des environs de la rivière de ceste ville, d'entretenir cent chevaux soubs la charge de M. de Rambures, au cas que Mrs d'Amiens retiennent pour même effect, comme l'on dit, deux cents chevaux soubs la conduite de Mr le vidame d'Amiens ou de M. de Sesseval. » Wa;gnart.
(1) Prolester que il y sera pourvu, etc.
(2) Ces dernières réclamations avaient été évidemment dictées par quelques-uns des gentilshommes présents aux délibérations générales de l'Ecbevinage, ou insinuées par des délégués de la noblesse dont nous n'avons pas les noms.
— WJ —
La lacune des registres municipaux. — Le clergé en armes. — Le due d'Aumale à Abbeville — Election de députés pour les Etats généraux convoqués à Orléans. — La procession de la Ligue à Abbeville. — Les exercices militaires et le service de garde du clergé. — Tentative des Espagnols sur Boulogne. — Les Ligueurs culbutés sur l'Authie par le duc d'Epernon. — Plaintes des archers pour la garde. — Soins donnés à la sûreté de la ville, achat de munitions — Moyens cherchés de se procurer de l'argent. — Défi.nces contre le gouverneur. — Les bourgeois désirent vivement l'abolition du gouvernement militaire d'Abbeville. — Vœux qu'ils expriment au duc de Mayenne sur le château, sur la garnison et sur la garde du château. — Expédients pour trouver de l'argent. — Le duc de Mayenne à Amiens. — Deux députés d'Abbeville se rendent vers lui. — Le duc demande des vivres pour le corps de cavalerie qui l'accompagne ; puis le reste d'une ancienne cotisation répartie entre les villes pour la défense générale de la province. — Les habitants d'Abbeville s'exécuteront.
— Par quels moyens. — Saint-Valéry menacé par l'ennemi. — Des secours seront mis dans cette place. — Retards. — Le capitaine du Crocq ne peut se porter du faubourg Docquet à Saint-Valéry, faute d'argent pour payer sa compagnie. — Surprise de Saint-Valéry par les royalistes. — Damerval u conservé le château et des secours partent d'Abbeville pour le soutenir.
— L'ennemi s'est d'ailleurs retiré. — Ducrocq ne peut encore se rendre à Saint-Valéry. — Abbeville fait des efforts pour qu'il soit payé et puisse partir, le péril de Saint-Valéry élant pressant. — Le député d'Abbeville aux Etats-Généraux de Rheims. — Délibération pour assurer la moisson.— Lettres de Madame de Hucqueville saisies par l'Echevinage. — Te Deum en réjouissance de l'évasion de M*1 de Guise.
11 nous faut, dans cette infidélité forcée de nos registres municipaux, nous résigner, avec une confiance restreinte, à des témoignages bien postérieurs et qu'il ne nous est plus possible de contrôler, à nos anciens historiens , Hennant et Formentin , qui écrivent , le premier, sur des délibérations de Saint-Yullïan , du moins il l'affirme, le second, je ne sais sur quelles garanties. Waignart, quoique plus vieux qu'eux et plus
digne de crédit (1), se tait. 11 avait consulté, pour ses travaux, les registres de la ville, et l'interruption de son témoignage sur un moment si critique de nos annales nous porterait à croire que déjà , quand il écrivait, une main honteuse et coupable avait mutilé nos délibérations. Sur ce court période de l'hiver de 1791, M. Louandre, aussi, ne peut s'avancer, comme nous Talions faire, que sur les dépositions de Formentin etd'Hermanl.
Formentin ouvre ainsi l'année 1591 :
« Comme on appréhendait d'être surpris, la garde devint plus exacte. Les ecclésiastiques de la ville (qui avoient résolu, dès le 9 septembre 1589, d'endosser la cuirasse, sur la remontrance et les ordres du duc de Mayenne, du 1 septembre, audit an) exécutèrent cette résolution. L'assemblée du clergé séculier et régulier s'étant tenue à Saint-Vulfran, le 7 janvier 1591, on y choisit quinze capitaines, sous les ordres desquels tous les moines et les ecclésiastiques furent rangés [1). On
(1) Enfant, il avait clé témoin des faits, et avait dû en conserver une sorte d'impression générale, étant né en 1 57 1 .
(2) Les assertions concordantes d'Hermant nous fournissent en outre le nombre des combattants en ro'ies réunis dans ces compagnies, moines ou prêtres :
« En 1591, le 7 janvier, les gens d'église, rangés sous quinze capitaines qui ont chacun dix-huit hommes pour entrer en garde et fonction de guerre, — députation à ce sujet vers M" de
pour autoriser celte gendarmerie. » — Registre aux
délibérations de Saint- Vu{f f an , au \\ janvier 1591. — Extrait de l'Histoire de Ponthieu, par Hermqnt
Quinze capitaines ! dix-huit hommes par capitaine. ! Le clergé, eu entrant dans la voie des armes, ne se ménageait pas les
députa le chantre et un chanoine de Saint-Vulfran vers le maieur, pour autoriser cette levée de boucliers, qui fut approuvée le 11 janvier (1). Le rôle suivant lequel chacun de ces quinze capitaines devait monter la garde, fut arrêté le même jour en l'église de Saint-Vulfran, le 19 du même mois.
« Les étals de ce comté se tinrent en la même église pour députer aux Etats-Généraux de la Ligue indiqués à Orléans (1).
«Quelques jours après, il se fit une procession générale des plus grotesques. Les quinze compagnies ecclésiastiques de la ville se rendirent en armes dans la place aux herbes qui leur servoit de place d'armes. Les uns avoient le morion en tête, le corselet et les Jacques de maille sur le dos, et portoient des arquebuses ou des pertuisanes. En ce burlesque équipage, qui marquoit plutôt le dérèglement d'esprit de ce clergé que son zèle, le régiment se mit en marche, lit le tour de la ville et se rendit en l'église de Saint Pierre, suivi d'une multitude de peuple qui en mit (3). Rambert, qui fit un
grades. 11 en est ainsi de toutes les armées de volontaires, sorties spontanément d'une émotion politique. Bien des pays et bien des temps, et les temps modernes même, nous fourniraient des exemples.
(i) Le duc d'Aumale vint vers ce temps, un peu avant ce temps, à Abbeville, où il mangea.— Voyez, dans la dernière note du chapitre précédent, le menu en quelque sorte du repas qui lui fut donné
(2) Etats-Généraux convoqués, on le sait, pour le 20 janvier 1591. Les faits de guerre ayant empêché la réunion, les députés furent ajournés à Rheims au mois d'août. Le tiers-état d'Abbeville avait, nous le verrons, délégué François Caisier.
(3) Cela n'est pas probable. Dans les temps de passion, l'esprit