II
sermon séditieux contre la personne du roi de Navarre, étoit à la tête du régiment, tenant d'une main une croix, de l'autre une pertuisane; Jean du Pont, prieur des Chartreux, l'assistoit en même équipage; Gavillon, curé de Ste-Catherine, servoit de sergent, et couroit de rang en rang, d'espace en espace. Ces soldats de nouvelle fabrique mêloient le bruit de leurs arquebuses et de la mousqueterie au chant des psaumes qu'ils récitoient ; rien n'étoit plus comique que de voir les moines le capuce abattu, le froc retroussé à la ceinture, le morion en tête et le mousquet sur l'épaule (1). Tous les jours, ce clergé militaire faisoit l'exercice, et monta depuis des gardes régulières au poste qu'on lui confia. Le 7 février, il vint processionnellement recevoir, à la porte de la ville, le corps de M. de Rambures qu'on apportoit aux Minimes. Une partie du clergé, en équipage militaire, escorta le corps de ce seigneur auquel il rendit les honneurs de la guerre au moment qu'on le mit dans le tombeau. » — Formentin.
Formentin poursuit, et nous citons toujours, n'ayant pas ici d'autre guide :
« Au mois de mars, les Espagnols tentèrent de surprendre Boulogne; le duc d'Epernon , qui en étoit gouverneur, vint, avec cinq cents chevaux, rompre leurs desseins. Au retour, il trouva les Ligueurs en embuscade sur PAuthie; Maigneux , gouverneur de Montreuil. étoit au-delà de la rivière avec partie de sa
de raillerie fait défaut, et si la procession eut lieu, le peuple dut la suivre très-se'rieusement.
(1) Formentin, en écrivant ce récit, ne se souvenait-il pas de la Satire Ménippée?
garnison. Le duc d'Aumale étoit de l'autre côté, sur les terres de ce pays, avec un corps de troupes tiré des garnisons voisines et des communes d'Abbeville (1). Maigneux, s'étant trop hâté d'attaquer le duc d'Epernon au lieu de le laisser passer pour le prendre en queue, tandis que le duc d'Aumale l'attaqueroit en tête, fut taillé en pièces et fait prisonnier avec ses deux fils. Le duc d'Aumale, devenu simple spectateur du combat, se retira à Abbeville , après avoir renvoyé ses troupes dans leurs garnisons. Le duc d'Epernon passa en triomphe à quelques lieues d'Abbeville et fut assiéger Pierrefonds. » — Formentin.
Nous retrouvons enfin nos registres échevinaux.
Le premier fait que nous relevons est peu important, mais nous reporte en plein dans les questions de service qui occupaient la ville.
Le 30 mai, le lieutenant du prévôt des maréchaux se présente à l'Echevinage, accompagné de plusieurs de ses archers. — Les archers se plaignent qu'on veuille « les comprendre à la garde et lui-même, malgré l'exemption qui leur appartient de cette garde. » — On décide que, « sans tirer en conséquence ny faire préjudice à lad. exemption prétendue, le lieutenant du prévost des marcschaux et lesd. archers feront lad. garde en personne comme les aultres habitans lorsqu'ils y seront semonces, pourvu qu'ils soient en ceste ville. •>
C'était bien le moins, quand les ecclésiastiques montaient la garde, que les archers la montassent aussi.
(i) Le fait, en ce qui regarde les troupes municipales d'Abbeville, est possible; je ne le nie pas; cependant combien est fâcheuse la lacune de nos registres!
Nous pouvons nous figurer , d'ailleurs , l'état des esprits assez sombre. Se souvenait-on bien encore du cri de triomphe qui avait salué la levée du siège de Paris? Le roi de Navarre, en s'éloignant de Montmartre, s'était rapproché de nous. 11 parcourait la Normandie. Il venait à Dieppe. Le danger nous touchait. Le découragement ne parait nullement encore, mais les présomptions de la première confiance devaient faiblir dans les assemblées bourgeoises d'Abbeville comme dans les conseils de Mayenne.
Il est assez facile, dans les trois mois qui nous restent à parcourir jusque la fin de l'année échevinale, de diviser en trois groupes les actes , les résolutions de l'Echevinage, les événements et les préoccupations de la ville :
Achat de munitions; soins de défense de la ville.
Arrivée du duc de Mayenne à Amiens; députation vers lui; ordres qu'il donne.
Le péril de Saint- Valéry, point de mire des troupes royales cantonnées ou errantes en Normandie.
Voyons d'abord les efforts faits pour la sûreté de la ville.
« Vendredy septiesme jour de juing, au son des cloches, pour l'assemblée des deux collèges, par-devant A. Manessier, maieur. »
Il est besoin, dit le maieur, « de se prouvoir de munitions de guerre en ceste ville, attendu la calamité du temps, et seignament de canons, pouldres et sallepestre, et, à cesle fin, adviser les moiens de recouvrer des deniers pour emploier à cest effect, la ville ne pouvant, quant ad présent, y satisfaire pour les grands charges et affaires quy luy surviennent par chacun jour, et
seignament pour la fortification de la ville où l'on travaille en plusieurs et divers endroicts. — L'assemblée trouve bon de faire achept le plus qu'on pourra des munitions dites. — Plusieurs expédients sont proposés « pour recouvrer deniers à cest effect. » Les maieurs de bannières se retirent dans leur chambre où ils confèrent rapidement entre eux, et, à leur retour, il est décidé, « par Padvis commun des deux collèges , qu'il sera vendu aux plus offrans deulx maislrises de chacun mestier, saouf de Testât de cirurgien et appotiquaire, sans tirer à conséquence pour l'advenir ny l'aire préjudice aux statuts et ordonnances desd. mestiers, pour les deniers en provenans estre emploies en achept desd. munitions et non aillieurs, à la charge que ceulx auxquels elles seront adjugées seront tenus de l'aire expérience par -devant nous, présens et appelles les maieurs de bannières et esgards, et que les en fans d'iceulx ne pourront eulx prévalloir desdictes maislrises , ny en conséquence d'icelles se dire fils de maistres. »
Dans cette question de la sûreté de la ville, que les habitants se sentent de force et d'énergie à sauvegarder, se mêlent des défiances peut-être contre le gouverneur M. de Hucqueville, à coup sûr un grand désir d'être seuls les maîtres chez eux et de voir disparaître le « gouvernement » militaire. Les difficultés toujours renaissantes, depuis quelque temps, entre l'Echevinage et le gouverneur; quelques « règlements » obtenus un jour, par ce dernier, contre « les autorités ■> de la ville, font porter l'affaire, avec des plaintes et de vives sollicitations, au duc de Mayenne venu à Amiens, comme nous le dirons bientôt.
Deux échevins, Hector Rumet et François Dequevauvillers, sont donc à Amiens comme députés vers Msr du Mayne. F. Dequevauvillers revient seul pour exposer (20 juin) un point qu'il regarde comme important. Il s'agit d'aviser « sur ce que M. de Hucqueville prétend que les réglemens qu'il a cy devant obtenus contre les autorités de ceste ville soient gardés et observés. On remet à discuter ce point en assemblée générale (le 21 juin). Cette nouvelle assemblée « de la pluspart des habitons » arme « de bons mémoires et procuration » Me François Dequevauvillers « pour disputer sur le faict desd. réglemens et recepvoir celuy qu'il plaira à mond. seigneur de donner. » On suppliera Monseigneur ne voulloir toucher en ce temps misérable ausd. prétendus réglemens obtenus par surprinse et faveur contre les auctorités de lad. ville et la seuretté d'icelle et quy n'ont jamais esté exécuttés, et ordonner que les choses seront administrées et gouvernées comme elles ont esté de tout temps, et, pour ce que l'on a mis en avant que ledict sieur de Hucqueville et Madame ont plusieurs fois offert de quitter led. gouvernement en le remboursant, que l'on sup pliera aussy led seigneur pour estre deschargés dud. gouvernement pour les difficultés quy en proceddent et raisons touchées en lad. assemblée quy luy seront amplement déduictes, et seignament qu'il n'est raisonnable que une ville de telle conséquence et importance et ung poeuple sy affectionné à la saincte Union deppendent de la volonté d'un soldard ou morte paie. » Dans la même assemblée générale, on discute aussi sur la difficulté « quy se propose chacun jour pour la garde du pont du chasteau et du petit chasteau et
pour les habitans quy sont emploies à la garde dud. chasteau quy maintenant voeullent mescongnoistre l'auctorité de céans (de l'Echevinnge), et que plusieurs (!) proposent debvoir estre comprins au nombre des aultres habitans (2), attendu que led. sieur de Hucqueville s'est faict attribuer cinquante soldards pour la garde dud. chasteau où il les doibt emploicr et non à la garde de la porte Marcadé où ils apportent grande incom modité aux habitans quy y sont posés en garde. » — On suppliera aussi le duc du May ne , advenant qu'il ne soit prouveu sur le faict susdict, que les cinquante soldards quy ont esté naguères baillés aud. sieur de Hucqueville, pour la garde de son chasteau, y seront dores :avant emploies et non aiilieurs, et les habitans quy luy ont esté accordés devant qu'il eut des morte-paies en nombre suffisant, soient remis en leur ordre de la garde ordinaire des aultres habitans.
« Comme aussy que le petit chasteau soit ouvert pour y poser garde, touttefois et quantes que besoing sera, par les habitans. »
La ville, dans les jours qui suivent l'assemblée du 2 juillet, cherche à trouver de tous côtés de l'argent pour remplir ses obligations; elle louera d'avance la ferme de l'obolle (résolution du 2 juillet) ; elle prendra sur la maison du Val cent écus « ou aultre plus grande somme s'il se poeult faire; » elle prend à rente iiii'xx' aux marguilliersde St-André (3 juillet); quatre cents écus à demelle Peronne Briet, veuve de feu Francoys Gail-
(1) Plusieurs des assistants.
(2) C'est-à-dire des habitants faisant le service de la garde pour la ville.
lard (rt juillet), etc. Le crédit de la ville ne semblait sans doute pas fort assuré à tout le monde, car Peronne Briet refuse de donner son argent après s'être engagée, et il faut, pour lui faire entendre raison, lui envoyer des sergents à masse et la menacer de la vente de ses biens « nonobstant oppositions et appel lations, » et on est réellement obligé d'en saisir une partie. — Délibération du S juillet 4591.
La crainte d'une surprise possible avait fait condamner la Portelette (1).
Le duc de Mayenne était arrivé à Amiens dès le commencement du mois de juin. Remontons donc un peu dans nos registres pour saisir et fixer la suite de ses rapports avec la ville.
Le dimanche neuvième jour de juin, on a appris l'arrivée de M§r le duc de Mayenne à Amiens; on députe deux de Messieurs les échevins, Beaucaurroy (Rumet)et Briet, « pour faire à Amiens la révérence aud. seigneur, luy offrir le service de la ville et recepvoir ses commandemens. »
La venue du duc de Mayenne à Amiens n'apporte pas un soulagement à notre ville, au contraire. Je copie à peu près simplement encore :
Dès le lendemain (lundi 10 juin), le maieur a reçu des lettres de M^ le duc d'Aumalle , Messieurs les trésoriers généraulx de France et Belleiglise, « pour
(1) Le lundy huiclicsme jour de juillet, les habitants des environs de la Portelette présentent requête « à ce que, en considération qu'ils ne poeuvent faire leur tralicq ordinaire à cause de la fermeture de la Portelette, il soit diet que lad. porte sera ouverte » On décide ne faire droit à cette requête, « attendu que Péminent péril dure encore. »
la fourniture des vivres qu'il convient par chacun jour pour la nourriture de la cavallerie que Mer le duc de Maienne a amenée avecq luy lors de son arrivée a Amiens (quy fut le VIII du présent mois), avecq ung estât de ce que mond. seigneur du Mayne commande estre fourny par ceste ville. >■■ La fourniture demandée montait pour chaque jour à « dix muids d'avoine, mesure d'Amiens, huict barils de bierre et yi'lxx livres de pains. •<— On répondra « à mond. seigneur d' Au malle et ausd. sieurs généraulx pour tascher d'cstre deschargés desd. vivres s'il est possible, et cependant, pour la conséquence du faict, que l'on tiendra prest le nombre de vic pains. « — Les boulangers, immédiatement mandés, reçoivent l'ordre « de faire cuire et painetter led. nombre de pains du poix de douze un ces. »
Le mardi XVe jour de juin, nouvelle assemblée. - On a reçu des lettres de M§r le duc de Mayenne (I), toujours à Amiens. Le duc mande que la ville ait à fournir * la somme de n vic escus restans des vim escus à quoy lad. ville a esté cottizée pour sa part de la somme de xxviir escus qu'il a convenu trouver pour le paiement de la gendarmerie qu'il a esté jugé nécessaire entretenir pour la conservation de ceste province. ■> On décide « que, attendu la conséquence du faict, assemblée sera faicte cejourd'huy, deulx heures de rellevée, pour en résouldre meurement. »
À deux heures donc, nouvelle lecture des lettres du duc de Mayenne est donnée à une assemblée plus nombreuse qui, » après plusieurs raisons proposées et
(1) Les lettres avaient été rapportées par les députés Rumet et Briet.
débattues sur ce subject, » décide enfin « que lad. somme sera paiée et que, pour éviter aux inconvéniens quy pourroient survenir sy, pour le fournissement d'icelle, l'on faisoit assiette par capitation sur les habitans, elle se prendra, scavoir la somme de vmc escus que l'on a mis en avant estre deube au bureau des paouvres dont il sera constitué rente au teau du denier douze au prouffit des paouvres sur les nouvelles impositions et mesmement sur le revenu de la communaulté de ceste ville ; plus, que la ferme de l'obolle sera baillée par advance pour deux ou trois ans, et que le reste de la cotte dernière sera levé et exécutté pour l'entier paiement de ladicte somme de vira escus, pour toutte laquelle il sera créé rente sur lesdictes impositions et communaulté de ceste ville, comme est dict cy-dessus, au prouffit de tous ceulx quy auront fourny les deniers, chacun à portion respectivement. » Le deux juillet, assemblée à deux cloches Le maieur expose qu'il a reçu, la veille, des lettres de Monseigneur du Mayne « du XXVII de juing dernier, par lesquelles il mande et ordonne de mettre es mains du commis du trésorier de l'extraordinaire des guerres la somme de deux mil six cens dix-huict escus restans des vim escus à quoy la ville a esté cottisée par emprunt et constitution de rente pour le
paiement des compaignies de ceste province »
Le reste de la page a été déchiré; je crois voir cependant que la ville trouvera, par divers expédients, les moyens de satisfaire à la demande du duc.
Le moment était bien venu de s'occuper sérieusement de la conservation de Saint-Valéry menacé, selon toutes les prévisions, par l'ennemi.
Un commandement a été fait à l'Echevinage d'Ab beville, par Monseigneur du Mayne, de « envoier tout présentement le cappitaine Du Crocq avecq sa compaignie en la ville de St-Wallery, avecq celles du régiment de Monsieur Griboval, pour éviter le siège de ladicte \ille par le roy de Navarre estant de présent en la ville de Dieppe. » Le capitaine Du Crocq, mandé à l'Echevinage en l'assemblée du XIXe jour de juin, ayant entendu le commandement, remontre « qu'il luy estoit impossible de faire acheminer sad. compaignie s'il ne leur estoit baillé argent. » L'assemblée arrête donc « qu'il luy sera dellivré, sur et en tant moings de la monstre (1) prochaine, la somme de lx escus sol. par Jehan Dehault, argentier de la ville. »
Ducrocq n'eut point hâte de partir cependant. Ses retards s'expliquent encore par des besoins d'argent le 1111 et le V1H juillet.
Le 1111e jour de juillet, le capitaine Ducrocq se présente en la Chambre du Conseil et remontre « qu il ne poeult tenir ses soldards qu'ils ne soient paies de leur solde; » il requiert « d'adviser aud. paiement ensemble sy l'on désire pour l'advenir contenir lad. compaignie ; aultrement il sera contrainct la licentier. » On écrira « à Monseigneur d'Aumalle, estant à Amiens, pour le supplier que lad. compaignie soit du nombre des six dont M* de Griboval a le commandement et paiéc comme les aultres jouxte la promesse qu'il en a [donnée] aux depputtés de ceste ville estans ces jours passés en la ville d'Amiens.»
Le duc d'Aumale ne fait aucune réponse; on décide,
(1) Montres, revues à l'occasion desquelles on payait.
dès le 8 juillet, qu'on lui « rescripra touchant l'en tretenement de la compaignie du cappitaine Ducrocq estant au faulbourg de Bouvroy. «
Les demandes s'échangent entre la ville et les chefs de la Ligue, et ce n'est pas, peut-on voir, la ville qui obtient. Le duc d'Aumale était le correspondant ordinaire (I).
Le maieur reçoit, le 8 même, des lettres du duc, datées d'Amiens. Le duc demande « que l'on envoie des dépputtés pour adviser sur ung reiglement l'aict par Msr de Mayenne , ensemble au recouvrement de la somme de vim escus qu'il convient trouver pour emploier à la fortiffication du Crottoy et St-Wallery. » - 11 sera fait plus grande assemblée pour y adviser; mais avant cette assemblée , le duc d'Aumale vint à Abbeville , et le maieur, dans une assemblée du XVI juillet, revenant sur la demande de vim écus, dit « que led. seigneur d'Aumalle, estant arrivé en ceste ville, l'a pressé et sollicité de faire responce sur ce subject. »
On décide, « en ce qui touche les vi" écus pour la fortification du Crottoy et St-Wallery, pour l'importance du faict, que Monseigneur d'Aumalle sera supplié de donner quelque dellpy pour en advertir les comtminaultés voisines de ceste ville, ausquelles le faict importe comme à icelle, alïin d'en adviser meurement ensemble. »
(1)11 paraît qu'on lui envoyait parfois quelques légfrs ions, du poisson par exemple:
« A Anthoine Lcscuier, hoste de In Poissonnerie, la somme de quatre escus à luy deube pour poisson acheté et présenté au nom de la ville aud. sieur duc d'Aumalle, comme appert par ordonnance du liuictiesme juillet amlictan (1591), cy. . iih"c. »
La question du capitaine Ducrocq se représente le 10 juillet. On avait donné charge à ce capitaine, premièrement de cinquante hommes de pied pour la garde du faulbourg Docquet et, du deppuis, de cent hommes. Ducrocq demande à être payé ou licencié, « attendu que mond. seigneur d'Aumalle l'a faict rayer de Testât des compaignies. - — Monseigneur du Mayne sera supplié « de vouîloir ordonner qu'elle soit entretenue pour les considérations qui luy seront représentées. Cependant, « pour ce que lad. compaignie importe grandement la seurelté de la ville, la ville lui subviendra de quelques deniers, attendant que mond. seigneur de Mayenne y ait prouveu, saouf à faire faire le remboursement cy-après. »
Le dernier jour de juillet, nouvelle à remuer la ville.
Le maieur annonce à l'Echevinage que « cejourd'huy mattin, sur l'adverlance qu'il auroit receue de la prinse de la ville de S t Wallery par l'ennemy, l'on auroit, par dellibération de céans, — cette délibération, prise à la hâte sans doute, n'est pas dans le registre ou ne figure que pour une expédition de pains et de bière (1), — prié la noblesse estant en ceste ville de s'acheminer pour secourir le sieur Damerval estant dans le chasteau quy y tient fort, laquelle s'y est acheminée en nombre de cinquante maistres avecq quelques sept à huict
vingts hommes de pied , tant de la compaignie des
(i) « Du dernier jour de juillet A esté dellibéré que
pour la nourriture des g^ns de pied quy uni esté oejourd'liuv envoies au secours de la ville de St Wallery surpriuse par l'enneniy, il luy sera envoie promptemerjt le nombre de trois eens pains seigle et huict barils de bierre. »
eappitaines Camps (î) que aultres voluntaires que l'on auroit peu (pu) recouvrer, et, pour ce qu'il est à craindre que lesdictes forces ne soient bastantes (2), et qu'il est très-nécessaire de secourir promptement led. sieur Damerval pour l'importance de la place, il auroit faict faire la présente assemblée pour y adviser » L'assemblée décide « qu'il sera faict choix , par les eappitaines de chacune compaignie, tant des habitans, des cinequanteniers que de la joeunesse, jusques au nombre de dix hommes de chacune d'icelles, quy s'achemineront, en la plus grande dilligence que faire se pourra, au secours de la ville de Sainct-Wallery , attendant que Monseigneur d'Aumalle, auquel a esté donné advertissement, y aura prouveu de plus grandes forces. »
Ainsi Abbeville dut envoyer alors à Saint-Valéry environ quatre-vingts hommes de ses milices bourgeoises. Quelques-uns des volontaires partis d'abord à la suite des cinquante maistres devaient être aussi ou de la bourgeoisie effervescente de la ville ou du petit peuple non inscrit dans les compagnies. Pauvres gens héroïques qui ont vécu un instant peut-être de la grande vie du dévouement et de l'enthousiasme. Pour faire un homme de pied, dans un temps eu les moines portaient la salade, la volonté de tenir une arme pouvait suffire. — Nous voyons d'ailleurs , dans la délibération du VI août, que l'ennemi n'avait fait qu'entrer dans Saint Valéry pour en sortir après quelques exactions rapides, Damerval ayant bien tenu le château.'
(1) De Camp Mannay. Voyez plus haut, au chapitre II de cette urinée. — Cette forme « des capitaines Camps que autres voluntaires » est bien elliptique. Je copie.
(2) C'est-à-dire amenées à battre en retraite.
— 2as —
Quant au capitaine Ducrocq, il demande toujours de l'argent avant de se décider à partir (l).
Ce capitaine, dont les raisons affamées ne sont pas, il est vrai, trop mauvaises, se présente le deux août à l'Echevinage et expose encore « qu'il ne poeult plus tenir ses soldards s'ils ne sont paies par ce quy (qu'il) luy convient, suivant le commandement de Monseigneur d'Aumalle, tenir garnison en la ville de St-Wallery, et, partant, qu'il désiroit qu'il en fut advisé, autrement qu'il sera contrainct les licentier. » — Le capitaine Ducrocq se retire et on décide, après avoir recherché tous les moyens de trouver de l'argent, « que lad. compaignie sera paiée pour un mois, et que les deniers se prendront sur le revenu de l'abbaye de St-Wallery. • Une assemblée, convoquée au son des cloches, ratifiera cette résolution.
Le lundi VI" jour d'août , assemblée au son des cloches, par devers J. Bernard, lieutenant général, et A. Manessier, maieur.
Le maieur expose « que Monseigneur d'Aumalle , estant en ceste ville, après la réduction de St-Wallery, il bailla commission au cappitaine Ducrocq pour s'aller mettre, en lad. ville, en garnison avecq cent hommes de pied, et pria lad. ville (d'Abbeville) de regarder à recouvrer quelques sommes d'argent pour luy bailler,
(i) Le capitaine Ducrocq n'était payé d'ailleurs que par la ville, le duc d'Aumale l'ayant rayé « de l'état des compagnies. » —Voyez plus haut, au 16 juillet. — Peut-être cependant le duc d'Aumale, lui ayant donné ou fait donner l'ordre de se rendre, à St- Valéry, était-il revenu sur la radiation. Ducrocq, dans tous les cas, ne demandait que l'arriéré de la solde.
aïftn de s'y acheminer au plutosl, el les prendre sur touttes sortes et natures de deniers que l'on pourra recouvrer, asseurant et promettant de le faire allouer el en faire bailler bonnes assignations; toutefois que pour les difficultés quy s'offrent sur le recouvrement desd deniers, il n'a p^s encore esté possible de faire acheminer lad. compaignie pour plusieurs raisons que led. Ducrocq met en avant: assçavoir que lad. ville (de St-Wallery) est ruynée par le ruaige (l'entrée violente) que y a faict l'ennemy, en sorte qu'il n'est demeuré aucune munition de vivres ny de guerre aulx habitans, mesme la pluspart desquels l'ont habandonnée, et que, par ce moien, il luy seroit impossible dy tenir des
soldards sans paiement > De plus, « on a receu
plusieurs adverlissemens comme l'ennemy se prépare et faict es'.at d'attenter pour surprendre de rechef lad. ville, laquelle est notoirement en péril éminent. » — Le capitaine Grébault survenant « en lad. compaignie, » réitère « ces advertissemens. » Les receveurs particuliers, mandés, déclarent n'avoir « aucuns fonds ny deniers. » On décide donc, « attendu la conséquence et importance de lad. ville (de St-Wallery), que lad. compaignie s'acheminera, du faulbourg de Rouvroy où elle est, en lad. ville de St-Walery, et qu'à ceste fin, pour le paiement d'icelle, montant [à] iii'iiu" escus, il sera prins, par forme de prest et advance, sur les recepveurs de l'abbaye de St-Wallery et de Monseigneur de Nevers, la somme de nc escus, quy est à chacun c escus, et sur les deniers deubs par ceste communaulté (d'Abbeville?) à la recepte généralle le surplus montant c un" xv escus, le tout soubs le bon plaisir
de Monseigneur (1) et de Monseigneur d'Aumalle , et l'on donnera advis à Messieurs maieur et eschevins d'Amiens et Messieurs les généraulx de ce faict, al'fin que, considérant ceste nécessité, ils prouvoient nonseulement de faire bailler assignation pour lad. somme, mais aussy de donner ordre que les garnisons soient doresnavant paiées tant aud. St-Wallery que au Crotloy, et que l'on travaille de les réparer seullement jusques à les mettre hors d'escalade. »
Enfin, « suivant les lettres de Messieurs les généraulx, » il fut décidé, le 24 août, que l'on prendrait « cent livres de pouldres, plus ou moings, comme il seroit advisé, avecq de la mesche et des balles, pour envoyer à St- Wallery à Monsieur Damerval •
Nous verrons bientôt en quel péril était en effet Saint-Valéry.
Avant de fermer ce chapitre sur notre année échevinale, remontons un peu. Quelques faits sans lien entre eux, quelques délibérations distinctes aussi, mais qui ont pour nous l'importance relative que permet cette histoire, nous arrêteront encore.
Nous savons que Mayenne avait, dans le courant de mai, convoqué des états- généraux à Heims. Le tiersétat d'Abbeville avait député François Caisier à cette assemblée qui avorta. Caisier s'était rendu à Reims, et nous l'y voyons pendant les mois de juillet et d'août, attendant sans doute , avec ses collègues zélés , les députés qui n'arrivaient pas. La ville, qui payait le voyage de ses envoyés, mais qui était bien peu riche alors, parait avoir laissé assez longtemps Caisier dans
(i) De Mayenne vraisemblablement.
- '280 — l'embarras et sans argent à Reims (1). Du rapport qu'il fit de sa mission nous ne savons rien (2).
Comme tous les ans, ainsi que nous l'avons déjà vu, revient le souci de la moisson. Le IXe jour du mois d'août, assemblée à deux cloches par-devant I. Bernard, lieutenant général, et le maieur. En cette assemblée générale , il est question d'assurer les travaux des champs et la moisson contre l'ennemi, mais la délibération est si difficile à lire que je ne distingue pas bien les résolutions prises.
11 est certain qu'une sorte de défiance subsistait toujours, de la part de l'Echevinage, contre le château.
(1) . Du IIII" jour de juillet (1591) : Sur les lettres rcceues de M* François Caisier, deppulté par le tiers-estat aux Estats Généraulx à Rains (Rheims), par lesquelles il mande qu'il est bcsoing qu'on luy envoie argent pour fournir aux frais de son voiage
a esté del libéré qu'il luy sera envoie la somme de
cinquante escus sol. quy seront dellivrés à Me Jullien Hermant quy les fera tenir aud. Caisier. »
Et plus tard, à une date incertaine, le commencement de la séance manquant, mais à coup sûr entre le 17 et le 23 août 1791 :
c Sur le reffus faict par Jehan Dehault, argentier de la ville, de paier et mettre es mains de M' Jullien Hermant, procureur, suivant le mandement à luy a adressé, la somme de xxv escus pour faire tenir à M" François Caisier, depputté du tiers-estat estant en la ville de Rains, pour fournir aux frais et despences de son voiaige, il est ordonné, pour ce qu'il convient d'envoier promptement lad. somme aud. sieur Caisier, que icelle sera délivrée aud. Hermant par Guy de Vinchenoeul sur et en tant moings de ce qu'il poeûlt debvoir à cause de la ferme de douze deniers, ele «
(2) L'histoire de ces états-généraux est une suite de mésaventures et de désappointements. Promenés d'Orléans à Reims, réunis à la fin de l'année, puis reconvoqués à Soissons, ils ne s'ouvrirent qu'à Paris le 17 janvier 1593.
Cette défiance ne se dissimulait nullement et se manifestait par des actes blessants pour le gouverneur.
Ainsi :
Le maieur expose, le onzième jour d'août, à PEchevinage, que « le jour d'hier, il fut arresté ung certain homme à la porte Sainct-Gilles quy estoit garny de deux lettres escriptes par Madame de Hucqueville, lesquelles luy furent à l'instant apportées, l'une adressante au gouverneur de Sainct Quentin , soubsignée de lad. dame, l'autre non et sans aulcune adresse, son cachet y estant seulement apposé; lesquelles lettres il a représentées, affin d'adviser ce quy est à faire sur icelles. — Après que lecture en a esté faicte, a esté advisé, pour la conséquence d'icelles, qu'elles seront retenues et joinctes avecq les informations puis naguaircs faictes touchant les propos tenus par lad. dame de Hucqueville. »
Que contenaient les lettres de Madame de Hucqueville? Je n'ai pu le découvrir, et la suite même de l'incident m'échappe. M. de Hucqueville vint cependant le 23 août à PEchevinage et, ce nous semble, sans ressentiment apparent (1).
Dernier fait :
On a reçu — XXIIIe jour d'août— des nouvelles de l'évasion de Monseigneur de Guise, « ja longtemps dé tenu prisonnier à Tours par ceulx tenans le party contraire à la saincte Union -, et, entendu de M. de
(1) Il arait été absent pendant quelque temps et revenait, si je lis bien, de l'armée, c'est-à-iire sans doute de quelque conférence avec le duc de Mayenne. Peut-être avait-il perdu le droit d'être susceptible, si la confiance des chefs de la Ligue pji lui n'était pas non plus tout-à-fm complète.
Hucqueville, quy s'est trouvé aud. Eschevinaige, que ceulx de la ville de Paris et aultres villes catholicques ont faict ou faict faire prières pour rendre grâces à Dieu de ces bonnes nouvelles, mesmes aucuns auroient faict laire des feux de joies, a esté dellibéré qu'un Te Deum se chantera ce jourd'huy , II1I heures du soir, en l'église de Dieu et Mr sainct Vulfran, et, qu'à ceste fin , publication sera faicte portant injonction d'y assister en toute révérence et devoir. »
La mairie d'Antoine Manessier finit donc sur cette bonne nouvelle. Les embarras qui vont succéder chargeront Josse Beauvarlet.
FAITS DIVERS
Le collège. — Commis de surveillance aux portes. — Sur une assertion de Formenlin — Emissaires espagnols. — Un Minime flamand chassé de la ville. — L'abbaye du Gard en armes. — Vin présenté. — Aumône aux religions mendiantes. — Démolition d'une partie de la Cour Ponthieu.
Appelons toujours ces faits, non suivant leur importance, mais dans l'ordre chronologique, autant que le groupement , qui doit en rapprocher logiquement quelques-uns, nous le permet.
Le collège occupe encore l'intérêt de la ville (1), et
(1) Xil septembre 1390, Jehan de May, prebtre, quatriesme régent du collège, demande a l'Eclicviuage d'estre estably en la troisiesme classe, ad présent vaccante, et quy puis nagaiivs esloit faicte par M* Jehan de Boullenois Jehan Macqtiet, principa du coll' ge, ayant donné son avis sur cette demande, Jehan de May est reçu à faire l'exercice de la classe sollicitée.
ce n'est pas sans un respect véritable que nous relevons les noms des régents établis par l'Echevinage, car de l'enseignement de cette date, ou de bientôt, devaient sortir les Pierre Waignart, les Louis Rumet, les Jacques Sanson, les Nicolas Sanson, les historiens, les docteurs, les géographes, etc.
Cette année vit placer, aux portes, des agents, que nous pourrions appeler, dans notre langage actuel, les premiers préposés de l'octroi (1).
Nous ne pouvons accepter, sans quelque critique, une assertion de Formentin : « La levée des subsides accor dés par les Ktats de ce comté (2), dit-il, étoit difficile en la désolation de nos campagnes. Le maieur d'Abbeviile, chargé de la cence, fut contraint de mettre sur pi(d une compagnie de cent mousquetaires pour prêter main forte aux sergents exécuteurs des rôles. » — Mais
(1) Du XX'P jour de septembre (1590): « Pour éviter aux abbus qny se pourroient commettre à. la défraudation des droits, puis rïagûeïés mises sus pour travailler à la fortiffication de la ville, il sera commis, à chacune des portes de ceste ville, ung homme pour prendre garde et avoir l'oeiil qu'il ne se passe aucune marchandise sans nostre passeport, et nous faire fidel raport des fautles quy s'y pourroient commettre. »
Plusieurs habitants voisins des portes s'offrent pour cet empli i, et on leur donne « pour gaiges cinquante sols par quartier, ou trois escus un tiers par an. »
(2) Nous avons vu établir une sorte d'institution rivale de fa Chambre du Conseil d'Amiens, un Conseil des trois ordres à Abbeville (1589-1590, chap. Il, au mois de novembre). Cet établissement ne fut-il qu'une tentative passagère? Je le crois. Il ne faut entendre par ces mots: les Elats de ce comté, que les réunions fréquentes dont nous avons donné tant d'exemples dans le cours de ce travail, et dans lesquelles se combinaient en effet les résolutions des trois ordres.
où avons- nous rencontré cette compagnie de cent mousquetaires , sinon peut-être dans la demande de paiement faite par le duc d'Aumale pour une troupe de cent chevaux ( J590- J59 J, chapitre I, 26 novembre)? Encore cette troupe ne devait-elle avoir pour charge que d'empêcher les courses des ennemis. Dans tous les cas, l'intention de prêter main forte aux sergents dans les campagnes serait bien contraire aux résolutions prises en faveur des gens des champs (chapitre Ier de cette même année 1590-1591, V septembre).
Décembre 4590. Les vieux Abbevillois ne sauraient s'en défendre, avons-nous dit, ils ont sollicité les secours de l'étranger. Nous pourrions opposer ici, et à la date même de 1590, mais sans indication de mois, Formentin à Waignart. Les émissaires espagnols , suivant Formentin, sollicitaient sous main, la ville, de se mettre sous la protection de l'Espagne , mais un Minime flamand, qui eut la hardiesse d'en parler en chaire, fut chassé de la ville par ordre du maieur. — Nous citons, nous ne décidons rien.
Pendant que le clergé d'Abbeville s'exerçait aux armes , les religieux du Gard , entre Abbeville et Amiens, mettaient en état de défense leur abbaye qui, touchant à la Somme, pouvait tenir sous une simple mousquetc-rie la navigation de la rivière au-dessus d'Abbeville , comme Saint Valéry et le Crotoy la tenaient sous le canon, au-dessous
« Les religieux , prieur et couvent de l'église de Notre-Dame-du-Gurd donnent leur requête à ce qu'il plaise aux trésoriers ordonner que le receveur de ladite abbaye sera contraint , et mesme par corps , de leur fournir promptement deux cents livres pour
acheter des armes, poudres, et faire condamner plusieurs portes, y faire plusieurs flancs, cannonières, pour la mettre en estât de deffense et empescher que les ennemis ne s'en emparent. Vu l'importance du poste d'où l'on pourroit troubler la navigation de la Somme, sur l'avis des maire et eschevins d'Amiens, en attendant qu'il en soit autrement ordonné par le duc de Mayenne, on ordonne que le receveur mettra 100 livres ès-mains de frère Claude Noblesse, prieur d'icelle abbaye et nommé par-devant lesdits maieur
et eschevins pour y commander , à charge par
ledit prieur de rendre compte en détail de la dépense de ladite somme, etc " — Extrait d'un registre aux expéditions ordinaires de MM. les trésoriers généraux de France commençant au 19 mars lo90. Dom Grenier, tome cent, p. 546.
En cette année, qui ne fut pas cependant une année de réjouissances, nous ne rencontrons qu'acquisitions de vin et d'hypocras par la ville.
Nous avons, à la fin du chapitre 11, rappelé, en note, les principales dépenses d'un banquet offert par la ville au duc d'Aumale, savoir: à deux marchands de vin, Ï8 écus deux tiers; à deux boulangers, 2 écus 52 sols (peu auprès du vin); à un cuisinier, 54 écus 4,'î sols; à deux apothicaires, 11 écus 11 sols. Le re gistre aux comptes nous indique beaucoup d'autres dépenses pour les présents. On retrouverait, si l'on avait la date exacte des présents mêmes, le jour d'arrivée des personnages importants dans la ville.
Un marchand reçoit seize écus huit sols, « pour vin par luy fourny, employé à faire présens au nom de la ville, sellon qu'il est déclaré par les parties certiffiées
de Jacques Lecat, sergeant des présens, ordonnancée» du XV octobre Ve IIIl" X, cy xvrsc vin*
Le même marchand reçoit vingt-sept écus trente six sols, pour vin par luy livré, employé au mesme eifect, ordonnance du huictiesme jour de janvier (1591), cy xxvir c xxxvr
Un autre marchand reçoit vingt-neuf écus deux tiers, pour vin, etc., employé au mesme effect, ordonnance du 12 janvier, cy xxix c nl
Le premier marchand reçoit encore dix écus deux tiers, mandement du XI (ou X) may, cy xcsc u'
Le même, quarante-quatre écus cinquante et un sols, ordonnance du XI may, cy xliiiicsc li'
Le même, trente et un écus vingt et un sols, pour vin) employé ausdicts présens, ordonnance du XXX juillet, cy xxxrsc xxi'
Un autre, vingt-deux écus quarante-huit sols, pour vin, etc, ordonnance du XXIII août, cy xxirscxL\iir
Un autre, deux écus vingt-quatre sols, pour pareille cause, mandement du vingt - quatriesme dud. mois d'aoust, cy irsc xxiiii'
Un autre, pour vin, la somme de un écu trente six sols, ordonnance du XXVlll février (1591 toujours, le registre nous ramène un peu en arrière), cy iesc xxxvr
Un apothicaire reçoit treize écus trente-deux sols, pour hypocras par luy livré, présenté au nom de la ville, ordonnance du XVIe janvier (1591 toujours), cy xiir5C xxxii8
Le même, pour hypocras encore fourni, trois écus iix sols , ordonnance du quatriesme jour de may , cy nie,c x*
Mais ce vin devait être mis en bouteille. Une veuve
reçoit un écu vingt trois sols, pour trente-huict bouteilles de verre, ordonnance du VIIe jour d'aoust 1591, cy r*e xxni'
Une autre veuve reçoit un écu quarante sols pour plusieurs bouteilles à mettre le vin , présentées aux seigneurs par lad. ville, ordonnance du Ville jour de juillet 1591, cy r,. „.
Le commerce des bouteilles était il donc celui des
veuves
Suivons toujours nos faits, petits ou gros.
On se douterait, sans tous les témoignages que nous en apportons, de la détresse du port d'Àbbeville, et cependant la navigation était libre. La pèche, même lointaine, approvisionnait, comme en temps ordinaire, l'antique Poissonnerie. On voit, entre autres poissons, la morue «de Terre-Noeuf've » arriver à Abbeville. — Délibération du XXe jour de septembre 1590.
L'article de l'aumône ordinaire aux religions mendiantes porte, en cette année échevinale (JO octobre, date ordinaire), une mention particulière à l'endroit des Cordeliers :
« Premièrement aux relligieux Cordelliers, en considération de la calamité du temps et qu'ils ne poeuvent aller faire les prédications aux champs, ainsy qu'ils soulloient faire, mesme que plusieurs estrangers se sont retirés en leur maison, leur a esté aulmosné xxxvii aulnes drap blanchct. »
On voit que les Cordeliers ajoutaient ordinairement à leurs ressources de la ville celles qu'ils recueillaient au dehors.
Le nombre total de drap donné en aumône, le 3U octobre, aux religions mendiantes, est de mi"x aulnes
~ 294 — pour lequel a esté fait pris avecq plusieurs marchans drappiers, moyennant xxxv sols l'aulne, revenant à lu escus xxx sols.
On démolit une partie du château, dit la cour Pon thieu (1)
(1) Du cinquiesme jour de novembre 1590 a esté aussy
dellibéré que les matériaulx proceddans du eollombier de la court c'e Ponthieu, seront vendus au prouflit de la ville, pour fournir aux frais de Pouvraige quy se faict aud. lieu, scignanient pour les cachots noeufs, lesquels ont été faicls aud. lieu de. la court de Ponthieu.
L'argentier de cette année, reçoit de Jehan Darras, serrurier, la somme de quarante-huict escus, pour plusieurs ferrailles proceddans de la démolition de la court de Ponthieu, vendues aud. Darras, cy xlvhT"
Un maçon, à qui on a vendu des carreaux de pierre blanche, venant aussi de ecte démolition, paie, pour le prix de ces carreaux, quatre escus.
Le renouvellement de la loi. — Le maieur élu s'effraie de la charge qui lui est imposée. — Sagesse du corps électoral — Pronostics inquiétants. — Impositions maintenues pour les travaux aux fortifications. — Abbeville désire la révocation des « neutralités » accordées aux habitants de quelques villes occupées par l'ennemi — L'Echevinage ne désire pas loger à Rouvroy quelques compagnies du duc d'Aumale. — Emprunt de deniers à toutes les caisses. — La ville renouvelle ses déclarations, sis protestations et ses défenses en faveur des marchands qu'effrayait la saisie des navires par les corsaires de la Ligue. — Approche de l'armée du roi de Navarre. — Bannissement de quelques habitants de la ville. — I es rivières de Rouvroy seront comblées. — La ville prendra à sa solde cent chevaux et deux cents hommes de pied qui seront sous le commandement supérieur du maieur et des échevins. — Les receveurs des tailles, etc., ne pourront remettre leurs deniers aux receveurs généraux avant le paiement des garnisons de Saint-Riquier, de Saint-Valéry, de Pont-Remy et de Rue, ni avant le service des rentes dues aux habitants d'Abbeville, des gages acquis aux officiers royaux. — Abbeville lèvera quatre cents hommes de pied. — Appel de secours aux campagnes — Prise de la ville de Rue. — M. de Bellenglise en embuscade pour surprendre le château d'Abbeville. — On apprend que la citadelle de Rue lient encore. — Secours envoyé par Abbeville pour débloquer cette forteresse. — Reddition de la citadelle de Rue. — Le capitaine qui la défendait se retire à Abbeville. — Ses propos jettent la défiance contre quelques personnes, notamment contre les gouverneurs d'Abbeville et du Ciotoy. — Nouveau serment de TUnion. — Arrestations de politiques et de suspects
Cette année fut une année de guerre; des secours
partent d'Abbeville pour Rue, pour le Crotoy, pour Saint-Valéry (1)
Sans nous le dire expressément à chaque page, les délibérations de l'Echevinage nous montrent, dès les
(1) L'année s'annonce mal ; la charge de l'administration de la vi le paraît d'avance lourde; on ne se soucie plus trop d'imposer le poids à ses épaules. Le maieur nommé fera tous ses efforts pour le rejeter sur d'autres. Pour des raisons de tranquillité publique, le collège des maieurs de bannières ne sera pas renouvelé. Mais procédons par ordre et assistons à l'élection entière de l'Eclievinage. De distance en distance, et quand l'époque ellemême a une marque particulière, le spectacle saisi au vif d'un renouvellement de la loi nous rend comme visibles et sensibles les impressions et les mobiles du temps.
Le 24 août donc, « les auditeurs des voix nommés pour venir au bureau » sont les sieurs Moictié et Briet.
Les trois noms présentés au choix des maieurs de bannières ont élé :
Noble homme François Rumet, escuier, sieur de Beaucauroy;
M' Josse Beauvarlet, conseiller magistrat au siège de Pontliien;
M Achat] de Cant lieu, elleu en Ponthieu.
Les maieurs de bannières choisissent pour maieur M" Josse Rf.alvarlet, conseiller magistrat au siège présidial de Ponthieu. — Waignart écrit : « noble homme maistre Joce Beauvarlet, conseiller du roy en la sénéchausrée de Ponthieu et siège présidial d'Abbeville, auparavant procureur fiscal de la ville. » Josse E< uivarlet avait résigné ses fonctions de procureur de la ville, an commencement même de. l'année 1091 , au profit de Jean Tillette. — Waignart.
Revenons à nos registres. L'élection donne ensuite:
Pour les quatre premiers échevins : honorables hommes Antmoiise Rohault, Loys Sakson l'aisné, anciens juges consuls (i),
EbTIENNE LlAULT et AlSTHOINE BRIET.
Puis, pour échevins des huit: Jehan Du Val, Nicolas Danzel,
(1) Je combine avec la liste de Waignart; c'est Waignart qui nous fournit cette qualité de juges.
premiers mois de la mairie de Josse Beauvarlet, les ennemis s'avançant pas à pas dans le pays, menaçant les alentours d'Àbbeville et la ville même. Nous voyons le duc de Mayenne rappeler dans son armée les officiers
François de Susleaue, Jehan Clément, Simon Belle Icjocune, Pierre de Poilly , Anthoine du Caurroy et Jehan de Calloigne (l).
Et les argentiers sont : pour la Ville, Michel de Behnay ; pour le Val, Me Nicolas Coulon, sieur de Hanchie, que Waignart qualifie greflier criminel commis.
Ces nominations faites, on va chercher le nouveau inaieur Beauvarlet, qui arrive bientôt et expose d'abord « plusieurs causes et empeschemens pour ne point entreprendre la charge. » L'assemblée d'élection n'admet pas ces « causes » et décide que Josse Beauvarlet « entreprendra » sa charge.
Vient la double résolution qui montre, pour le maniement délicat des passions du temps, pour la conduite des affaires plus particulièrement domestiques en quelque sorte de la ville et de l'Echeyinage , un vrai pouvoir de modération , une sagesse pratique remarquable dans la république municipale de 1591 ; sagesse d'autant plus louable que ce sont les électeurs euxmêmes qui se l'imposent; appréciation juste des nécessités du moment sans doute dans l'ajournement d'une élection et dans la hâte d'une autre.
Il est, dans la réunion même du 24, exposé que « chacun an (il est vrai), après l'élection faicte le jour de Si Barthélémy, l'on a de cous'.umc procedder au renouvellement des maieurs de bannières et de toutle la !oy, mais que, pour la briefveté du temps, il est très-diflicile, voire, impossible, attendu mesme que le jour d'hier l'on partist fort tard de céans , d'y pouvoir suflir; joiuct qu'il semble n'estre à p opos, attendu la malice du temps, de renouveller led. collège des maieurs de bannières, pour ce qu'il ne se peult faire sans esmouvoir toulte la ville, et que, eu cas que l'on trouvast bon de le faire, il vauldrmt
'1) Pour ce dernier, Waignart écrit: François de Calongne. C'est, dans tous les cas, le nom qui est devenu Calonne.
qui sont dans nos murs, et du 28 août au jour où Rue tombe au pouvoir des royalistes (17 novembre), ce ne sont déjà que soucis du péril de la ville, préparatifs de défense, précautions de toutes sortes.
Ainsi, et quoique les preuves se multiplient sous ma main, je feuillette rapidement les registres :
Le duc de Mayenne a mandé « qu'on fasse entendre au sieur de Poultrincourt, cy-devant réfugié en ceste ville, qu'il ait à s'acheminer tout présentement en l'armée et, à ceste fin, sortir de ceste ville, aussi sa suite. » On communiquera la lettre du duc de Mayenne au sieur de
miculx différer à le faire plus en et à loisir ,
et achever le renouvellement de la loy dimenche prochain. »
La question est débattue et, « prins advis à rassemblée, » il est décidé et ordonné « que led. collège des maieurs de bannières ne se renouvelera pour la présente année, et que, attendu la nécessité du temps et pour éviter que, pour quelque nouvel empeschement, Ton n'en puisse estre diverty et destourné, l'on taschera de renouveller la loy ce jour d'huy, et, à ceste fin, sera proceddé, par Messieurs les eschevins présens, au faict de leur recoeul, et, ce faief, à l'ellection et distribution de leurs oflices. »
En vertu donc do celte délibération, il est immédiatement procédé à l'élection des douze échevins de recueil qui furent: - M* François Descaulles, notaire royal, W Nicolas Becquin, procureur et notaire (i). Nicolas Dehault, Jacques Tili.ette, Philippe Le Comte, Lois Lengles,Joachim du Four (2), François Amourette, Gilles du Bos, Ricquer de Ribeaucourt. Nicolas Violette et Estienne Warré; tous lesquels ont esté envoies quérir. »
Tous ces échevins de recueil acceptèrent. Cependant M* Nicolas Becquin, procureur, lit quelques objections; suivant lui. les procureurs ne pouvaient « estre recoeillis eschevins; par
(lj Je reprends, en lisant Waignart, les qualités qu'il donne et qui ne sont pas dans le registre.
(21 Waignart écrit du Frier. J'ai peut-être mal lu.
Poutrincourt.— Délibération du XXVIe jour d'aoust 1591.
Le XXVIIIe jour d'août, assemblée au son des cloches; beaucoup d'assistants; M. de Hucqueville, gouverneur et séneschal de Ponlhieu, s'y trouve.
Il est très-nécessaire, dit-on, de trouver les moyens de continuer le travail commencé aux fortifications. — Les ouvertures pratiquées dans les murs mettent la ville en péril éminent, « l'ennemy nous approchant, comme il est tout nottoire. » Les impositions qu'on a commencé à lever l'an passé pour les fortifications, ne se lèvent plus, l'année étant écoulée ; — on décide que
ceste cause, il en doibt ostre exempté, non pas que de lionne volunté il ne voeulle pas faire service à la ville. » — Nonobstant « et, sur ce, prins ad vis de rassemblée, on de'cide qu'il en prendra la charge.
« Et parce que le collège des maieurs de bannières ne se renouvelle la présente année, sur la requeste du procureur de la ville, ils ont esté appelles par enseignes en la forme et manière qu'il enssuit. »
Suit une liste conforme à celle de l'année précédente.
On nomme ensuite deux auditeurs des voix (lesd. de Callongne et Becquin) pour la distribution des oflices de i'Echevinage.— Suit la liste des noms avec les fonctions attribuées.
Puis nostre maistre Rambcrt (l'ardent et infatigable Cordelier dont nous rencontrons souvent le nom) fait la prédication en la manière accoutumée.
Le même jour sont publiées — et c'est le premier acte de l'administration de Josse Beauvarlet — les défenses ordinaires contre les jeux le dimanche « et, en tous temps, d'aller par les rues, après la cloche sonnée, sans chandelle, de faire danses publiques ou y laisser aller leurs enfans, serviteurs et servantes, à peine de dix sols d'amende. »
Josse Beauvarlet, malgré ses velléités de refus, paraît avoir conduit convenablement son année. Il mourut, nous appreud Waignart, le 6 février 1G02.
ces impositions seront levées, comme il a été fait depuis un an.
Abbeville, effrayée de l'invasion imminente de ses campagnes, revient la première sur les traités faits avec les villes normandes.
On écrira à Monseigneur de Mayenne « afGn qu'il lui plaise de révocquer les neutralités accordées en ce pais, tant à ceulx de la ville d'Eu, Blangy, Gamaehi s que aultres, pour ce que lesdictes neutrallités sont cause de plusieurs troubles et causeront une grande ruyne au pais , et davantaige qu'il lui plaise d'envoier icy quelques forces pour seurelté de la moisson prochaine, dont l'ennemy se promet de jouir, ou bien affin qu'il soit permis à la communaulté de lever gens et y mettre ordre. »
Le duc d'Àumale s'est mis en mouvement lui-même pour s'opposer à l'invasion.
Le gouverneur est venu, le onze septembre, à l'iv chevinage pour avertir le maieur que Monseigneur d'Aumalle désirait faire loger, « pour quatre ou cinq jours, ses gardes et quelques compaignies en quelque lieu sur le pais de Vimeu et qu'il ne trouvoit lieu plus commode, attendu la force que a l'ennemy et le petit nombre des hommes desd. compaignies, que au l'aulbourg Docquet, à quoy il (le maieur) ne luy a voulu faire aulcune responce avant que d'en avoir commu nicqué à la présente assemblée. •> On remontrera à Monseigneur « à ce qu'il lui plaise de faire loger lesd. gens de guerre en aultre lieu que aud. faulbourg, pour plusieurs raisons et considérations quy luy seront représentées. »
La ville, les yeux tournés vers ses murs à réparer, va
forcer en quelque sorte toutes les caisses pour se pro curer de l'argent.
Le 24 septembre, dans une assemblée générale fort nombreuse et présidée par le lieutenant général J. Bernard, et le maieur J. Beauvarlet, pour répondre aux exigences d'un commissaire de Messieurs des comptes, qui voulait contraindre les receveurs de toutes sortes de deniers eu Abbeville, à payer des sommes dont les comptes n'avaient pas encore été rendus, il est encore question des fortifications, que le défaut d'argent ne permet plus de continuer, « encore que la ville soit accablée de toutes parts, en péril et danger d'estre chacun jour surprinse par l'ennemy quy est maistre de la campaigne et tient le pais en subjection, et que les nécessités estant nottoires et certaines à ung chacun, il estoit sollicité et poursuivy par les habitans de prendre par emprunt lesdicts deniers, plutost que de faire lever par capitation sur les habitans, [ce] quy ne se pourroit faire sans danger et tumulte et émotion, pour ce que la pluspart perd maintenant son revenu et moiens ordinaires de vivres. •» — L'assemblée avise « pour la nécessité des affaires, les réparations et fortifications, etc., que les deniers quy sont ès-mains des recepveurs et par eulx retenus en leurs mains, pour les comptes qu'ils ont à rendre, etc., mesmement les argentiers de la ville à cause des octrois, etc., seront prins et mis ès-mains de l'argentier de la ville, pour estre emploies à la continuation des ouvraigps et fortiffications et non aillieurs, saouf à en faire le remplacement lorsque le temps permettra de compter- Pour leur seureté, la ville leur passera obligation au nom de loutte la communaulté , d'en faire la restitution et les acquitter des u 20
doraaiges et intérests, èsquels ils pourroient encourir à raison de ce. »
Nous avons signalé déjà la piraterie qui s'exerçait, au nom de la guerre, sur nos côtes. Les corsaires (munis de lettres de marque des chefs de la Ligue) provoquent de nouveau les réclamations d'Abbeville qu'ils ruinent.
On se souvient que précédemment il avait été, « pour le bien de la saincte Union et la commodité de la ville même d'Abbeville et des villes voisines,»» promis « à tous marchans estrangers, comme anglois, escossois, hollandois et aultres, d'aborder et faire arriver en toutte seuretté, par la voie de la mer, es havres de Sainct- Wallery et Crottoy, toultes sortes de marchandises. » - Cependant « plusieurs aians obtenu des lettres de marque ou représailles, font par chacun jour saisir les marchandises desd. marchans estrangers quy arrivent èsdicls havres, mesme en ceste ville. » — Les marchands n'osent donc plus venir, ce qui causera enfin, « s'il n'y est prouveu, la désertion de ceste ville au grand détriment de tout le poeuple, » il est urgent d'aviser, « la saison est proche que l'on a accoustumé amener vins en ceste ville. » On décide en effet que les marchands étrangers (y compris les bordellois, aullonnoys, gascons et aultres), pourront « aborder et faire arriver en toutte seuretté, par la voie de la mer, touttes sortes de marchandises , sans qu'ils puissent estre arrestés par les cappitaines et gens de guerre tenans garnison èsdicts havres, ny aultres aians lettres de marque, etc. Deffendons au surplus, à touttes personnes, de faire traficq, achept ou vente de marchandises. . . » avec les habitants •• des villes de Dieppe, Noeufchatel, Caen, Cherbourg, Corbye, Callais, Boullongne et aultres lieux voisins,
contraires à nostre dicte Union, ou « avec ceux » aians communication directement ou indirectement avec Iesdictes villes, à peine de confiscation. » — Assemblée générale du 24 septembre.
Pire nouvelle bientôt. Résultats, pendant huit jours nous allons les voir se presser : nouveaux efforts pour la défense et aussi bannissements prononcés, hâtonsnous de le dire, par le duc d'Aumale, et adoucis honorablement par l'Echevinage.
10 octobre. — On vient d'être averti que l'armée du roi de Navarre , « conduicte par le maréchal de Biron, s'achemine en ces quartiers. « On décide que l'on travaillera aux réparations de la ville aux lieulx plus nécessaires, » selon le jugement de « Messieurs maieur et eschevins. »
Les entreprises dirigées contre les villes du comté de Ponthieu , quelques divisions probablement aussi . secrètes ou frémissantes dans les opinions des habitants de ces villes, aiguillonnent dans l'esprit des conducteurs de la Ligue, les défiances contre les personnes. Comme dans tous les temps violemment remués et émus, les hommes qui se séparent, ne serait-ce que par le calme ou une indifférence relative, du mouvement dominateur, deviennent des suspects. Abbeville a ses suspects. Nous trouvons leurs noms dans la délibération du 14 octobre. La ville, en consentant ou en prêtant sa bonne volonté à leur expulsion, prend cependant sous sa protection leurs femmes, leurs enfants et leurs biens (l).
(1) « Du ijualorzicsuie jour d'octobre : Sur le commandement laiet par Monseigneur le duc d'Aumalle, gouverneur de la provin de Picardie , à Josse Le Viel , Robert Carbonuier, Pierre
15 octobre, assemblée générale présidée par le lieutenant général Bernard, et le maieur.
Il s'agit d'aviser sur la commission expédiée par Monseigneur d'Aumalle au maieur, afin de « boucher et faire remplir les rivières traversans le faulbourg Docquet. » Monseigneur d'Aumale les avait visitées en compagnie » de plusieurs gentilshommes et cappitaines. » Ces rivières, disait-il, rendaient plus difficile la garde du faubourg. - Si l'ennemi s'emparait de ce faubourg, on ne pourrait plus l'en faire déloger qu'avec une grande et puissante armée. — Le maieur avait reçu de son côté avis que le maréchal de Biron « y avoit entreprise, qu'il pouvoit aisément exécutter, et, ce faisant, se rendre maistre de la rivière de Somme, tant au-dessus que au-dessoubs de ceste ville (1). » L'assemblée décide, en considération du danger que pour-
Pigné, Martin Forinetitin, Pierre Le Saige, brouttier, Jacques Gouldre [?], Pierre de Bieacourt, Jehan Fremin, Ladat (l'advocat?) (Eulliot, M8 Jullien Hermant, procureur, M' Claude Delecourt, advocat, de sortir la ville pour les suspicions que l'on a de leurs personnes, et instance à nous faicte par iceulx à ce qu'il nous pleust, auparavant ce faire, prendre leurs femmes, cnfans et biens en nostre protection et sauvegarde, nous leur avons accordé ce présent acte par lequel la ville a prins et prend en sa protection et sauvegarde leurs femmes, enfans et biens, pourveu que les susnommés ne f.icent résidence en ville ou lieu tenant party contraire à la saincte Union, ny aucune chose contrevenant
a icelle
« Il sera baillé passeport à chacun d'eulx pour aller, avec asseurauce de leurs personnes, aux lieulx où 'ils se pourront adviser. »
(1) Plus loin: Le maieur avait « lettres freschement recettes, par lesquelles luy est donné advis que l'on ne my, quy est proche de ceste ville, faict estât de s'emparer du faulbourg de Rouvrov. »
rait courir la ville elle même après la prise du faubourg. « que l'ordonnance de Monseigneur d'AumalIe sera exécuttée le pius promptement que faire se pourra, et, en ce faisant, que les rivières seront bouchées, saouf néanlmoings à l'aire rcscompence aux particuliers quy ont des moullinssur lesdictes rivières, » et l'Lchevinage ajoute prudemment et justement: « pour lequel (intérest) ils se pourvoiront par devers mond. seigneur d'Aumalle, » etc.
Le XXIXe jour de novembre on décide que la délibération prise précédemment pour boucher les rivières du faubourg de Rouvroy sera exécutée, et on commet, pour l'exécution, Sanson, échevin, et
Cette résolution, qui condamnait ainsi trois bras de la Somme, et dont l'exécution eût exigé de grandes dépenses, traîna quelque temps, tomba et ne fut pas reprise.
Mais n'anticipons pas et recueillons encore au vol les nouvelles de guerre qui engagent toujours Abbeville à mettre la main sur les deniers.
iS octobre 4* 91, — « les gens de guerre du party contraire, viennent journellement jusques aux portes d'Abbeviile, pillent et ravagent les gens des champs, les prennent prisonniers et mettent à rançons sans qu'il y soit donné aulcune résistance, mesme font mener les muisons des habitans es villes de Corbie. Noeufchatel et aultres , tenans leur party, où ils les contraingnent aussy de porter la taille, de sorte que, s'il n'y est prouveu, il s'en ensuivra la ruyne totalle du pais et des habitans de ceste ville. » On décide que pour la conservation de ceste ville et du pais, et empescher les courses que faict chacun jour Pennemy jusques aux
portes d'icelle, il sera mis sus promptement cent chevaulx et deux cens hommes de pied quy seront commandés par lesd. sieurs maieur et eschevins, et les cappitaines par eulx choisis et elleus , le paiement desquels pour ung mois sera levé sur les habitans plus aisés de la ville, dont la cotte s'en fera par lesd. sieurs maieur et eschevins, et que la continuation du paiement desd. gens de guerre , sera faicte des deniers des nouvelles impositions qui se reçoipvent en ceste ville, ensemble des décimes , lesquels seront à ceste fin arrestés, et deffence faicte aux recepveurs de paier aulcune chose à quelque personne que ce soit, sans la permission desd. sieurs maieur et eschevins, à peine de paier le quadruple, comme aussy deffences seront faictes aux recepveurs des tailles, taillon et aultres de quelque nature qu'ils soient, mesme à ceulx quy sont commis en ceste ville à recepvoir les tailles de l'ellection d'A miens et Doullens, de ne widder leurs mains des deniers de leurs receptes , que la gendarmerie ordinaire et garnisons de Saint-Riquier, Saint- Wallery, Pondremy, Rue et aultres lieulx ne soient premièrement pâtées, et le surplus emploie au paiement des rentes deubes aux habitans de ceste ville et gaiges des officiers roiaulx d'icelle et des aultres charges ordinaires et mesmement à la solde des chevaulx et gens de pied, au cas que les deniers des imposts et décimes ne suffisent, et ce sur l'es peynes susdictes. » — L'Echevinage s'obligera d'ailleurs envers les capitaines qui prendront la charge des compaignies et qui ne voudraient la prendre pour un mois seulement, en raison « des frais à faire pour la levée d'icelles, comme aultrement. » La ville s'engage « à les asseurer pour trois mois. »
Le dernier jour d'octobre , on décide qu'il sera procédé à la cote à établir sur les habitons pour le paiement du premier mois de solde, comme il est dit plus haut.
Le mercredi, XIIIe jour de novembre, assemblée au son de la cloche , où se trouve le gouverneur. Le gouverneur annonce « que l'on reçoit advertissement, par chacun jour, que toultes les forces de Pennemy tirent de deçà et que le roy de Navarre y est en per
sonne. *> 11 est à craindre que ce ne soit pour
surprendre ou assiéger quelque place en ces quartiers, « seignament ceste ville ; » il est donc très nécessaire d'aviser <■ et de mettre sus au plus tost quelques forces pour la deffense de la ville. » On décide, « soubs le bon plaisir de Monseigneur le duc de Maienne, » qu'il sera faict levée, en la plus grande dilligence, de quatre cens hommes de pied , quy seront commandés par quatre cappitaines choisis et elleus par lesd. sieurs maieur et eschevins , auxquels sera faict advance de cent escus
chacun, pour faire les frais de la levée , lesquels
gens de guerre seront paies et souldoiés des deniers de quelque nature que ce soit, quy se reçoipvent en ceste ville » En attendant, on lèvera, par forme d'emprunt, « sur lesd. habitans de la ville, le fort portant le faible, jusques à la somme de quatre mil escus, » dont la cote sera faite par les maieur et échevins.
Et la ville, qui prévoit l'orage, qui le sent grossir et approcher, envoie, pour la première fois, un appel de secours aux campagnes qu'elle était jusqu'alors plutôt habituée à défendre, nous l'avons vu, contre les incursions passagères qui sautaient la Bresle.
Les habitans des villages « dépendant du gouverne-
ment de ceste ville,» seront mandés et on les conviera à fournir « un certain nombre d'hommes de chaque village, selon leurs facultés , pour estre mis es maisons des habitans sellon le deppartement quy en sera faict, pour la deffence de ceste ville lorsque loccasion s'en offrira. » L'orage ne devait pas tomber cependant sur Abbeville.