‹ La Ligue à Beauvais: précédé d'une introduction: [1535-1585]Chapitre 10 sur 23 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Vingt annces de guerres religieuses n'avaient Année ^385, abouti qu'à partager la France en deux camps. La mort violente des chefs de parti , les batailles perdues, ordinaires solutions des querelles humaines, n'avaient rien pu sur cette lutte entre deux principes irre'conciliables. La Saint-Barthélémy elle-même , crime inutile, n'avait produit qu'une halte sanglante.

4585. Comme en Allemagne, la re'fonne allait donc s'établir dans le royaume Irès-chrétien , et Thérilier de la couronne e'iant calviniste, l'avenir du catholicisme y était gravement menace'.

Pour disputer la France à Thérësie , il ne restait à Rome qu'un recours extrême et de'sespe're' : soulever contre les Huguenots le sentiment général , appeler la nation tout entière dans ce grand débat, confédérer fortement les consciences, en un mot, faire prêcher la croisade populaire pour la défense de la foi. Ce vaste plan fut adopté. Rien ne manquait à la Sainte-Union pour devenir formidable. Le Vatican devait lui prêter ses foudres, l'Espagne son or; et ses armées, le clergé sa puissante impulsion. Un chef adoré, le duc de Guise, lui donnait la force d'unité; le cardinal de Bourbon, l'autorité de sa naissance et d'une apparente modération.

C'est à Paris , depuis longtemps travaillé par les factions, que la Ligue devait éclater ; niais là surveillance du Parlement et la prudente hésitation de la bourgeoisie y déjouèrent les tentatives des Guises.

Elles eurent plus de succès en Picardie. Les villes et la noblesse de cette province étaient profondément catholiques. Le marquis d'Humièrcs

commandait à Përonnc (i). Dévoué aux princes IoK:;. lorrains, à la veille de perdre son gouvernement, il mettait au service de TUnion sa ville et sa grande influence sur ces pays. Pour mettre à profil ces circonstances favorables, le vieux cardinal de Bourbon est donc amené de Rouen à Péronne par une députation dn gentilshommes picards ; et le 3i mars i585, le fameux manifeste de la Ligue y est lancé sous son nom (2). Celte grande manifestation, pressentie depuis longtemps, répondant à tant de vœux, fortifiée de Tunanime appui du clergé, eut un immense retentissement.

Beauvais n'entra d'abord qu'avec réserve dans le mouvement qui se préparait. Longtemps encore cette ville devait garder une neutralité armée qu'un événement de cette époque caractérise parfaitement. Henri 111, inquiet des menées qui se pratiquaient à Paris, mande près de lui les garnisons de Picardie. Le duc d'Epernon, à la tête d'une

(1) Il était gouverneur de Péronne, Roye et Montdidier.

(2) Le manifeste de la sainte Ligue, signé par la noblesse de Picardie, au cMteau d'Applincourt , près Noyon, fut porté k Péronne par Nicolas d*Anserval, seigneur de Liancourt, et mari de Gabrielle d'Estrées, pour y recevoir les signatures du Tiers- Etat. {Notices lîist,, par M, P. Roger, de la Société des Aitliquaires de Picardie.)

^r»85. grosse escorte, s'avance au-devant d'elle, et vient jusqu'à ïillard , à quelques lieues de Beauvaîs.

Au premier bruit de son approche , les portes se ferment, les herses s'abaissent. La ville tout entière prend les armes et s'apprête à lui disputer le passage. Instruit par ses coureurs de ces dispositions hostiles, le dncd'Epernon rétrograde.

Cet acte de re'bellion e'tait le premier fruit du manifeste de la Ligue.

Pour peu qu'on interroge le programme de Pc'ronne (i), on se rend facilement compte de l'influence qu'il dut exercer sur les populations catholiques , mais surtout on y trouve l'explication de la prise d'armes spontanc'e de Beauvais dans ce passage particulinrcment à l'adresse des villes libres : w Ecchorlons fouies les villes et communautés, d'autant qu'' elles aiment leur conserçation, de mettre la main à cette bonne entreprise Les

admonestons d'avoir l'œil à leur chose propre , et cependant ne se laisser envahir et posséder par ceux qui par quelque sinistre interprétation de nos volontés , se voudront emparer de leur dite ville et en y mettant garnison de gens de guerre ,

(\) Voir aux Notes la substance de ce document; point de départ et formulaire de la Ligue. (Note w^ \ .)

tes réduire aux mêmes servitudes que sont les au- ^585. très villes par eux occupées. »

En refusant ses portes au duc d'Epernon , Beauvais n'ayait donc fait que se conformer au mot d'ordre de la Ligue.

La Sainte-Union devait en effet trouver à Beauvais de puissans appuis et de bien faibles antagonistes. Son évéque , Nicolas Fumëe, saint prélat, homme d'entrailles , qui eût été la bénédiction du pays à tonte autre époque, y était l'objet de la méfiance générale. Il était le confesseur de Henri 111 , et il voyait rejaillir sur lui une partie de l'impopularité soulevée contre le roi.

Le présidial , installé de la veille malgré Topposition du comté , du Chapitre et de la commune , n'avait encore dans le pays ni consistance ni crédit , et ne pouvait apporter à la royauté qu'une précaire influence.

La Ligue , au contraire , y rencontrait de puis* santes sympathies , dans les haines les plus vivantes comme dans les plus vieux souvenirs.

Beauvais était la plus ancienne commune de France (i); sa liberté se perdait dans la nuit des

(\) Cambrai, dont raffranchissement est antérieur, faisait alors partie du comté de Flandre.

6 U LIGUE A BEÂUVAIS.

4585. temps. Dès les premières années du douzième siè* cle j ses habitans sVtaient affranchis dans une sédition (i) ; se sentant de cette origine > ils avaient longtemps guerroyé contre leurs évêques et leurs châtelains pour le maintien de leurs privilèges contestés. Un instant soumis à l'influence bourguignonne par les intrigues d'un de leurs évéques , ils n avaient jamais subi de garnison anglaise , et n^avaient pas tardé à donner des gages éclatans de leur vieille loyauté. L'histoire qui parle des exploits des Saveuse, Boufllers, Soyecourt, ces chefs beauvaisins, émules des Lahires et des Xain* trailles , doit garder la mémoire de Jean de Li^ gnières , qui sauva la ville, et du généreux Guéhénies, qui mourut pour elle. Plus tard , la formidable artillerie de Charles-le-Téméraire n'avait pu briser cette porte de l'Ile-de-France, et pour prix de sa courageuse résistance , Louis XI avait étendu les privilèges de la cité fidèle. Grâce à cette faveur, lorsque dans presque toutes les villes le régime communal allait s'affaiblissant devant le pouvoir royal , Beauvais, sous l'ère monarchique , avait

(\) Turbulenta conjuratio factœ communionis. (Ep. d'Yves, évoque de Chartres. Apnd script, rer. franc.)

î:a ligue a BEiVLVAIS. 7

conservé ses vieilles franchises achetées au prix VôSo de son sang.

Représenté par un capitaine dont les fonctions étaient plutôt honorifiques que réelles , par un élu et quelques officiers de gabelle ou de tailles , le pouvoir du roi s'y faisait à peine sentir. Le véritable gouvernement s'y concentrait entre les mains d'une bourgeoisie riche , nombreuse et éclairée. On y voyait des noms vénérés de la multitude et contemporains de l'institution communale , de vieux noms qui avaient lutté contre les Anglais ou s'étaient illustrés dans le grand assaut (i). Ainsi les Aubert , Binet , le Lantcrnier , avaient é(é élus maires dans les temps calamiteux que l'on venait de traverser. Aux principales charges de la ville et du comté figuraient toujours de ces hommes entourés d'une popularité séculaire, desBoileau, de Feuquières, Boicervoîse, de Nully.

Dans la lutte qui allait s'ouvrir entre l'avenir et le passé, leurs antécédens attachaient donc de cœur les Bcauvaisins aux vieilles coutumes féoda-

(I) Lorsde Tassaut de 1472, Jean Aubert, scigneui de Condé, alors avocat, Guillaume Bïnet , maire, JeanBoileaa l'aîné, ancien maire, Louis de Feuqiiières, bailli , s'étaient distingués dans plusieurs sorties. Le Lantcrnier descendait par sa mère de Jean de Lignières. Des 1173, Bercncfarius de Nullif était maire de Beauvais. {Simon,)

H LA LÎGUE A BEALVAIS.

1385. les qui leur avaient été à la fois tulelaircs et glorieuses.

Sur toutes les habitudes de cette démocratie féodale , le calholicisrae avait mis une forte empreinte. On tient que l'acte d*émancipation de la commune avait été juré dans une église (i). II n'était si chétive corporation qui n'y marchât sous la bannière d'un saint patron , et on s'y rappelait avec orgueil qu'au plus fort du grand assaut la châsse de sainte Angadréme avait glorieusement paru sur les remparts. On peut donc se figurer l'horreur qu'inspirait à celte population catholique les destructions iconoclasles et les profanations des Huguenots. A leurs yeux ils différaient peu des Païens et des Cannibales.

Ce zèle religieux des Beauvaisins était encore accru par une haine de voisinage. 11 y avait entre la bourgeoisie de Beauvais et les châteaux des environs un vieux levain de rivalité que l'anarchie des derniers temps avait fait violemment fermenter. Quand jadis la commune, véritable seigneurie allodiale , s'était établie , protégée par ses remparts , appelant au son de la cloche ses com-

(I) A Saint-Elicnne, ou dans le cimoticrc qui entourait cette éfïlisc.

muniers sous sa bannière pour défendre ses pri- ^383. vîlëges et proléger son négoce, elle avait eu pour ennemis naturels tous les gentilshommes du voisinage (i). Depuis ils n^avaient pu voir sans jalousie CCS bourgeois enrichis par le commerce , se faisant compter et craindre , achetant des terres nobles (2), portant Tépéc et s'alliant parfois jusque dans leurs familles. Presque toute la noblesse du Beauvaisis était calviniste; la haine de caste venait donc s'ajouler à la haine religieuse.

Mais il existait dans la ville , h côté de cette bourgeoisie municipale » une puissance non moins influente et qui s'y rattachait par de nombreuses affinités , c'était le clergé. Indépendamment de son évéchépaîf ie , Bcauvais renfermait de vastes couvens, des collégiales nombreuses et bien dotées, douze paroisses , des fondations hospitalières. A ses portes s'élevaient de puissantes abbayes (3).

Sur toutes ces forces ecclésiastiques dominait le chapitre de la cathédrale. Unissant de grandes richesses à des privilèges naguère immenses et tou-

(1) Voir aux Notes, iv 2.

(2) Entre autres privilèges, le droit de franc-fief leur avait été octroyé par Louis XL

(5) Les abbayes de Saint-Lucien, de Saint-Quentin, de Saint- Sympliorien et de Pentheraont.

-1585. jours îrnposans, propriétaires d'une partie de là ville (i), collectivement hauts justiciers, les chanoines de Saint-Pierre vivaient en seigneurs (2) dans leurs maisons canoniales (3). De tout temps ce chapitre s'était surtout recruté dans la haute bourgeoisie de Beauvais. Il avait compté des hom* mes célèbres par leurs vertus comme Nicolas Pastour (4)> par leur science profonde comme Claude Despenscs , une des lumières du Concile de Trente. On y avait vu souvent briller des noms historiques (5) à côté de ceux des plus puissantes familles parlementaires (6), caries temps n'étaient

(1) La paroisse Sainte-Marguerite, une partie de la paroisse Saint-Laurent, leur appartenaient (Simon). Entre autres propriétés rurales, ils possédaient quatre grandes mairies ou fer^ mes avec granges dixmeresses, à Guignecourt, Haudiviilers, Boursines et La Neuville-Saint-Pierre. (M, Graves. Annuaire de roise.)

(2) Leurs fourches patibulaires étaient rue Sainte-Marguerite, et leurs prisons dans la rue qui en porte aujourd'hui le nom, près de Saint-Pierre.

(5) Ils avaient droit de jusUce dans l'intérieur de leur maison . fSimon.J

(4) Fondateur du collège de Beauvais.

(?) Des La Tour-d'Auvergne, Châtillon-Châtillon , Montmorency, Mornay, Chaulnes, Villiers de l'Ile-Adam, Vaudrey- Mouy, avaient fait partie du chapitre, f Simon,)

(6) De La Vacquerie, des Ursins, Olivier, de Gannay, de Thou, avaient été chanoines de Saint-Pierre. {Simon.)

LA UGUE A BEAUVÂIS. U

pas loin où Fëlection des (fyéques appartenait aux 4585« chanoines (i)« et où les riches bénë6ces en commende étaient dévolus presque exclusivement à Tépiscopat. Aussi le Chapitre revendiquait-il éner* giquement ses antiques privilèges. Le concordat « cette politique concession des papes au pouvoir croissant de la royauté , ne pouvait être apprécié par cette corporation au point de vue élevé de la Cour de Rome. Dans cette transaction qui inté^ ressait la couronne au maintien de Tantique croyance, le Chapitre ne pouvait voir qu'une odieuse spoliation.

On comprend quelle influence devait exercer sur la cité ce corps à la fois riche , illustre , puissant et éclairé.

J'ai vu beauioup de personnes judicieuses , dit Brantôme , s'étonner comment force gentilshommes se mirent du côté de la Ligue ^ car sielle eût eu le dessus ne faut douter que le clergé ne les eûtpriçés des biens d'église (2),

[\) Us avaient lutté huit ans contre le roi et le fameux Philippe de Grèvecœur, pour maintenir l'élection de l'évoque Villiersderile-Adam, et ils avaient fini par l'emporter. fHermand, Histoire de Beauvais.)

(2) Pierre de Bourdeilles, sieur de Brantôme, était oe-sei« gneur de la riche abbaye de Brantôme , dont il avait pris le nom.

4585; Dans ce peu de mots, l'indiscret historien trahit une des arrière-pensëes de la noblesse de son temps, et d un autre côté il fait comprendre à quel point le clergë était intéressé au succès de la Ligue.

On peut croire toutefois que les chanoines de Beauvais ne seraient entrés dans le mouvement qu'avec réserve et comme il convenait de le faire à de riches bénéficiers intéressés à ce que le sol ne tremblât pas. Mais en temps de crise les passions sont plus écoutées que les intérêts : aussi les chanoines souffrirent*iIs qu'un d'entre eux fît ce qu'ils n^auraient pas fait eux-mêmes; en subissant l'influence d'un homme violent et passionné, qu'ils devaient plus tard choisir pour mandataire, ils se donnèrent un maître.

Guillaume Luquîn (i), docteur de Sorbonne, chanoine théologal et principal du Collège de Beauvais , avait été à Paris l'émule des Vincestre, Pigenat, Aubry, Boucher, ces prêtres fanatiques

{\) Ce chanoine de Beauvais fut un des prédicateurs les plus séditieux de la Ligue. 11 prêchait la rébellion a Paris en -1589 ; et , dans le dessein de s'emparer de la cure de Saint-Merry, il fit son possible pour faire chasser Morène qui la possédait. De Tkou , t. IV, livre 95, page 425. — Dialogue du Maheutreet du Manant )

charges par l'Espagne et les Guîscs de de'lruirc 1385. dans le peuple le respect de la royauté'. Fils d'un bahutier du pont Notre-Dame, il devait sa fortune à sa science et h son éloquente parole. Le théologal avait importé à Beauvais ces factieuses prédications qui retentissaient alors d^m bout à l'autre de la France, furieuse propagande dont aujourd'hui on ne saurait donner une juste idée, qu'en disant qu'elle unissait à l'éclat de la tribune l'entraînement du club, la périodicité du journal et une virulence qui n'appartenait qu'à elle.

Ces diatribes, échauffant les. esprits, les jetaient dans de profondes méfiances. On voit poindre ces semences de haine et de mépris dans les chroniques locales; on y sent percer Timprécalion populaire contre les prodigalités de la cour et les murmures du bourgeois s'habituant à maudire le roi tout en payant son taillon.

A ces causes locales de fermentation, venait se joindre Timpuision ligueuse partie de Paris, et qui se manifestait par des écrits incendiaires. Un contemporain, frappé de l'abus que dès-lors les partis faisaient de la presse, caractérise ainsi ce nouveau moyen d'action :

« Les libres gnon publia au commencement de » C£S désordres j furent le bois y la paille et le

^585. » soufre qui entretinrent longtemps le brasier de » ces rébellions. Il n'y aidait si petit pédant qui, i> comme un corbeau sur quelque clocher^ n*an- :» nonçât les tempêtes et les calamités de cette y> furieuse mutinerie (i). »

Avertie par tant de manifestations, Catherine de Medicis voyait trop que les forces vives de la France étaient du côté des catholiques, et que leur confédération allait accabler la royauté si elle ne prenait initiative. Sa politique changea de face en un instant. La réforme , que , selon les occurrences, elle avait soufferte , réprimée ou encouragée, fut définitivement proscrite sous peine de mort. L'édit de Nemours (2) donna aux Calvinistes six mois pour se convertir, supprima les cham* bres mi-parties, et , intervertissant les rôles , accorda à la Ligue des places de sûreté (3). Cette large satisfaction donnée aux catholiques sincères, devait arrêter la Ligue, si la Ligue n'eût eu qu'un but religieux ; mais il n'en était pas ainsi , les

{\) Hist. des derniers Troubles de France;

(2) Les tristes réflexions que suggérèrent à Henri de Navarre la lecture du traité de Nemours, firent blanchir la moitié de sa barbe en une demi-heure.

(5) A l'occasion de cet édit, Tévêque Fumée reçut à Bresles l'abjuration de plusieurs gentilshommes.

concessions de la cour ne la rendaient que plus ^-^^5. menaçante, et sa fureur se tournait contre les^oliliques (i), comprenant sous ce nom tous ceux qui ne voulaient pas procéder contre les Huguenots par voie d'extermination.

Les Guises avaient à Beauvais d^habiles émissaires. Si les annalistes de l'époque ne l'attestaient, le fait suivant en serait une preuve. Us firent courir par la ville un bruit accueilli malgré son invraisemblance. On répandit que le seigneur de Crèvecœur

(I) Les vers, sui vans expriment assez bien l'opinion que les ligueurs et les politiques avaient les uns des autres. Voici la définition du politique :

« Sonner FEtat et non la piété,

» Forger son Dieu du fond de sa marmite ;

» Demander paix oîi paix être ne peut ,

» Près de coiffer le turban si Ton veut.

n Armer sous main et sauver l'hérétique ^

» Pour TEvangii' Machiavel tenir,

» De l'autre monde en rien se souvenir,

» Sont les couleurs du masqué politique. »

 quoi celui-ci répondait :

« Si pour être ainsi saint il faut tout ravager,

» Violer, massacrer, nous vendre à l'étranger,

» Etre envers les voisins comme un tigre farouche,

» Si la loi des ligueurs l'a ainsi ordonné,

)) J'aime mieux mille fois ôtre estimé damné,

» Qu'être athé dans mon cœur et chrétien en la bouche.

(Hist. des derniers Troubles de France.)

16 LA LIGUE A BEAUVAFS.

^585. voulait s'emparer de Beauvais. Sur celle rumeur, la ville s*alarme, on double les postes, on s'apprête à la de'fense. Or, le seigneur de Crèvecœor ( i ) avait toujours été bon voisin , catholique sincère» et de tout temps ami de la ville. Dans les derniers temps, ce vieux guerrier, connu sous le nom de Chevalier sans reproche , avait même commande la cavalerie de Beauvais et poursuivi les bandes pillardes des environs. Il est donc probable que ce fut là un de ces mensonges politiques tels que les partis les inventent , un de ces bruits destines à échauffer les esprits, à préparer une crise. On se compta dans la ville, on prit des mesures de sûreté, on redoubla de méfiance contre les politiques^ et c'est là tout ce que voulaient les chefe de la Ligue.

Beauvais , du reste , n'avait pas besoin qu'on excitât son zèle catholique. Ce qui se passait autour de ses murailles était bien fait pour l'exaspérer. Depuis deux ans, les Huguenots , reprenant

(\) François Gouffier, seigneur de Crèvecœur, était fils de Famiral de France, favori de François V^^ Guillaume Gouffier de Bonnivet, et de Louise de Crèvecœur, unique héritière de sa maison. François de Crèvecœur avait servi glorieusement. Loisel parle de sa dextérité dans les combats en champ-clos. fjtf . Graves, Annuaire de l'Oise.)

LA LIGUE A BEAtVAlS. 1 2

courage, avaient reparu en armes dans les environs. i585. Les châteaux de Mouy, de Troissereux , d'Esches et de Merlemont, étaient redevenus autant de centres de prédication. Récemment , au grand scandale de la viiie , un synode composé de quarante ministres genevois s'était tenu chez le seigneur de Mouy. Le duc d'Âumale , transportant de la Picardie dans rUe-de-France la guerre qu'il faisait aux religionnaires, était venu se faire battre sous les murs de Beauvais par un chef dé Huguenots normands. Martel de Baqueville, vainqueur du duc , exerçait d'impitoyables déprédations dans le Beauvaisis. On n'entendait parler que d'églises pillées j de croix abattues , et de toutes les horreurs qu'une guerre de fanatisme peut entraîner.

Cest dans ces conjonctures que le sieur de Boufflers, gendre du seigneur de Crèvecœur, sollicita de la cour le gouvernement de Beauvais. Adrien de Boufflers était frère de ce terrible Louis de Boufflers qui, vingt ans auparavant, avait fait une si cruelle guerre aux églises et aux couvens. La charge de grand bailli d'épée venait d'être créée en sa faveur (i). Ce seigneur, qui connais-

(2) Adrien II de Boufflei-s avait commandé la noblesse du Beauvaisis à Saint-Denis, k Jarnac et à Moncontour. Il descen-

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^^85. sait à fond le pays, frappé des dispositions hostiles de la cité^ et prévoyant sans doute le rôle qu'elle pourrait jouer dans les troubles à venir, sentait la nécessité d'y comprimer, par une garnison , les efforts de la Ligue. Or, un des privilèges auxquels la ville était le plus attachée , c'était le droit de se garder elle-même. Cette prérogative, reste de sa fierté et de ses antiques franchises , lui était chère comme un souvenir de gloire, et sacrée comme une garantie d'indépendance. Dans les plus mauvais jours du quinzième siècle , jamais elle n'avait permis aux Anglais Tentrée de ses murailles. La sainte horreur de l'étranger et cette haine des peuples libres contre les troupes armées, y régnaient dans toute leur force. La prétention du seigneur de Boufflers attentait donc au sentiment le plus vif chez les Beauvaisins ; aussi , repoussé avec la plus grande énergie par l'hôtel- de-ville, ce projet n'eut pas de suite , et il n'en resta qu'un profond ressentiment contre le seigneur de BoufHers.

tlait (le Pierre de Boufllers qui, au siècle précédent, avait contribué à chasser les Anglais du pays. Adrien II fut Tarrièregrand-père du maréchal de Boufflers , célèbre par la défense de Lille. Sous le litre d'Histoires appariilées, Adrien de Boufflers a laissé des Mémoires sur les événemens auxquels il avait pris part.

Le grand arrêt du Concile de Trente était porté ; ^685. l'Eglise , rejetant toute modification touchant au dogme, y avait arrêté des réformes de discipline. Conformément à ces prescriptions, un Concile provincial s'était tenu à Reims. Par suite , Tévêque Fumée ayant réuni tous les ecclésiastiques eiî synode diocésain , leur fit, à Févêché, une exhortation dont Téloquence inattendue surprit un chroniqueur contemporain. A cette occasion, l'auteur du Recueil mémorable entre en scandale contre le prélat, qui , ne voulant de Tépiscopat que les honneurs sans les charges, s'obstine à ne pas prêcher au grand préjudice de l'Eglise; episcopari volo, sed prœdicare nolo, ajoute-t-il. On conçoit que dans un pareil temps, un évêque, du caractère sage et de l'opinion politique de ce prélat, s'abstint de la prédication. Loin d'être reçue en bonne part par le peuple, coramerimaginelenaïf Riquier(r), il est évident qu'elle eût produit un tout autre effet. Quelle influence pouvaient exercer la douceur et l'onciion évangéliques sur des esprits accoutumés aux furibondes diatribes de Luquin , qui retentissaient alors dans toutes les chaires de la cité ?

(I) L'auteur du Recueil mémorable s'appelait Riquier, et <kaU drapier au faubourg Saint-Quentin,

Année ^58G. L'.innec i586 commença pour Beauvais uue longue 'période de misère et de souffrance dont chacun devait avoir sa part. Les pauvres, comme toujours , en reçurent les premières atteintes. Une cruelle disette se fit sentir. Une peste sans cesse renaissante la suivit de près. On vit jusqu'à trente personnes succomber en un jour. Les marchandises de Beauvais étaient frappées d 'interdit sur tous les marchés; les châtelains du voisinage défendaient , sous peine de mort, à leurs vassaux de conduire leurs denrées à Beauvais. A cette époque, ce fléau était presque endémique. On s'explique sa fréquence quand on se représente ce qu'étaient, au seizième siècle, certains quartiers de la ville. Dans des ruelles étroites , sans pavés, encombrées d'immondices, où l'air, arrêté par les remparts, circulait à peine, s'entassait une population de pauvres ouvriers couverts de haillons. Lorsque la famine venait se joindre à ces causes morbifiques , ces cloaques impurs devaient nécessairement engendrer la peste, comme elle se produit naturellement dans certains marécages.

Ici se place un acte de charité qui console au milieu de ces scènes douloureuses. Un riche seigneur du Bray, le sieur de Hodenq de Saint- Sanson, ouvrit aux pauvres ses vastes greniers. Il

faisait cuire du pain qu'il donnait à tout venant, ^sse. et nourrissait par jour jusqu'à quinze cents pauvres qu'il appelait ses blatiers (i).

C'est cette même année qu'eut lieu la célèbre assemblée d'Ourscamp , où les chefs de la Ligue délibérèrent sur la direction qu'il convenait de lui imprimer. Devait-on se contenter des concessions faites par la cour, ou réclamer de plus sûres garanties? Cette grande question fut débattue le 7 octobre dans les murs d'Ourscamp, riche abbaye (2) appartenant au cardinal de Bourbon. Le but avoué de la Ligue était atteint; mais il n'entrait point dans les vues des Guises et de l'Espagne de s'arrêter en si beau chemin. Il s agissait pour les uns de détrôner un roi ; pour celle-ci d'asseoir, au mépris de la loi salique, la fille de Philippe II sur le trône de France (3). La guerre à outrance y fut donc décidée.

(1) Marchands de blé.

(2) L'abbaye d'Ourscamp était située dans la commune de Chiry, canton de Ribécourt. On fait remonter sa fondation jusqu'à saint Eioi. Elle jouissait , en 4789, de 200^000 livres de rente. Entre autres vestiges de sa splendeur, on voit encore près de l'église la magnifique salle d'assemblée où eut lieu la réunion des Ligueurs.

(5) L'Infante Claire-Eugénie, petite-fille de Henri 11 par sa mère Isabelle de France.

4586. Cependant les troubles n'avaient pas iroponément éclaté dans le Beauvaisis. Centre alors d'une active industrie, Beauvaîs avait vu s'arrêter ses nombreuses fabriques de draps, de serges et d'ctamiues. Cette industrie étendait au loin ses relations; elles étaient surtout fréquentes avec Paris, Rouen , Amiens, Picims, Troyes. Sous le nom de Laneurs^ elle occupait à Beauvaîs huit ou dix mille ouvriers, trameurs, tondeurs, fileurs, tous vivant du commerce de la laine. Cette population ouvrière était réduite à la mendicité. On leva untail- Ion pour venir au secours des pauvres qui se répandaient par bandes dans les campagnes , dévorant jusqu'au blé en herbe. Des capitaines, au nom des villes et des seigneurs, levaient des troupes. Beaucoup d'ouvriers s'enrôlèrent dans les bandes armées qui dès-lors commençaient à s'organi;5er de toutes parts. Enfin , pour donner du pain ans malheureux ouvriers, la ville en occupa deux cents aux travaux des fortifications.

Cette mesure charitable était commandée en outre par la nécessité du temps. La première préoccupation des villes closes était alors de se mettre h l'abri d'un coup de main. Beau vais était pour l'époque une ville forte : Des murailles bien flanquées et remparéeSi dit André Duchénc , des f os-

LA UGUE A BEAUVAIS. 23

ses profonds et larges ^ des écluses gui retiennent ^^6. ou laissent couler les eaux^ à la façon d'un ancien

corpS'de- garde la mettent au nonibre des

plus belles^ plus signalées et plus fortes placés du royaume ( i). Assise au milieu de marais , d'un difficile accès, ayant pour portes de véritables forteresses, munie d'une redoutable artillerie (2), l'entretien de ses remparts, ou le comprend, y était de tradition.

Outre le taillon , les dons du cierge et les secours de Tëvéque , des collectes avaient ëté faites en faveur des pauvres. Ceux-ci crurent que l'Hôtel-dc- Ville avait applique aux fortifications une partie des deniers recueillis pour eux. Il s'en suivit une sédition. Deux cents pauvres se portèrent tumultueusement vers la maison du maire Âuxcousteaux. La facilité avec laquelle cette émotion fut calmée, montre quel ascendantles classes supérieures exerçaient sur la populace, qui, plus lard, ne devait intervenir et prendre part aux événemens, qu'excitée par ceux qu'elle était accoutumée à vénérer.

Vers cette époque, un certain nombre de con- Année 158T. versions eurent lieu dans le Beauvaîsis. La cour

{\) Hist. (les anciennes Villes de France.

(2) Voir aux Notes, n« 5.

24 LA LIGUE A BEAtVAlS.

^587. redoublait de rigueur contre les re!igionnaîres« Un nouvel ëdit supprimait le délai de six mois qui leur avait été donné pour abjurer j et le théologal Luquiu , chargé par Tévéque d'instruire les néophytes y ne pouvait suffire à cet office.

Toutefois, si le protestantisme était comprimé à Paris et dans les villes de l'union , il prenait sa revanche sous les drapeaux du Béarnais. Excommunié par le Saint-Siège, Henri de Navarre avait protesté avec une énergie qui n'avait pas déplu à Sixte-Quint auquel n'échappaient aucune des intrigues de la Ligue. Maintenant il répondait par la victoire de Coutras (i), et s'avançait vers la Loire, marquant son passage par des conquêtes. Un secours de Reitres, envoyé par les princes allemands, s'acheminait à travers la Champagne pour se joindre à lui. Le duc de Guise, gouverneur de celte province, les arrêtant au passage, les délit à Auneau, à Vilmory, et en fit un grand carnage. A cette nou-

(\) Voici quelques vers d'un cantique du minisire Chandieu, sur la bataille de Coutras :

« Quand je repense encore à ce miracle étrange , » D'avoir presque plutôt vaincu que combattu , » Je repense soudain que toute ma vertu , 9 Sans ta vertu , Seigneur, n'était que de la fange. » (Mémoires de la Ligue.)

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vellc, la joie fut grande à Beauvsds : le cierge y fit ^587« de solennelles actions de grâces; il n'y eut prédicateur qui ne criât que Soûl en açait tué mille et Daçid dix mille (i). Plus que jamais le vainqueur des Allemands fut préconisé comme le champion héréditaire de la foi. Son portrait était dans chaque maison , ses armoiries sur toutes les portes, et la double croix de Lorraine devenait de plus en plus populaire. Il justifiait à la fois la fière devise de sa maison : place a la bannière, et l'enthousiasme presqu'universel qu'il avait su inspirer (2).

L'année i588 ne fut marquée à Beau vais par Année ^588. aucun événement. C'était le calme avaut la tempête. Comme tout ce qui doit être durable, l'esprit de rébellion s'y développait lentement, gêné qu'il était d'ailleurs par l'iuQuence royaliste de son cvéque et comte.

Le parti calviniste venait de recevoir un funeste coup par la mort du jeune prince de Condé. Voici comme Henri de Navarre, Tâme bouleversée, peignait en traits dignes de mémoire , ce lamentable événement :

(\) Journal de VEstoïle.

(2) La France était folle de cet homme-la ; car c'est trop peu dire amoureuse. (Mémoires du Temps.)

t588. c< A Madame la comtesse de Grammont ( i).

» Pour achever de me peindre, il m'est arrive » Tuii des plus extrêmes malheurs que je pouvais )» craindre , qui est la mort subite de Monsieur le » le Prince. Je le plains comme ce qu'il me devait » être, non comme ce qu'il m'était. Je suis à cette » heure le seul but où visent toutes les perfidies » de la messe : ils Font empoisonné , les traîtres! » Si est-ce que Dieu demeurera le maître, et moi » par sa grâce l'exécuteur. Ce pauvre Prince (non 3> de cœur), jeudi ayant couru la bague, soupa se » portant bien; à minuit, il lui prit un vomisse- » ment -très-violent qui lui dura jusques an matin. » Tout le vendredi il demeura au lit; le soir il » soupa, et ayant bien dormi, il se leva le samedi » matin , dîna debout, et puis joua aux échecs. Il » se leva de sa chaise, se mit à promener par sa » chambre, devisant avec l'un et l'autre. Tout- » à-coup il dit : Baillez-moi ma chaise, je sens » une grande faiblesse. Il n'y fut assis qu'il perdit » la parole, et soudain après il rendit l'âme assis. » Les marques du poison sortirent soudain. Il n'est

(4) C'était la célèbre Gorisandre des Andouins, aïeule du chevalier de Grammont.

» pas croyable l'ctonnement que cela a porte en ^58S. » ce pays-là.

» Je pars dès Taube du jour pour y aller pour- » voir en diligence. Je me vois en chemin d'avoir » bien de la peine. Priez Dieu hardiment pour i> moy! Si j'en échappe , il faudra bien que ce soit » lui qui m'ait gardé. Jusques au tombeau , dont » je suis peut-être plus près que je ne pense» je » vous demeurerai fidèle esclave (i).

» Henry, »

Le roi de Navarre n'était pas, du reste, celui que l'attitude menaçante des princes lorrains devait le plus inquiéter. Henri HI , avec raison s'en préoccupait, s'il est possible, davantage. Les fonctions de l'évêque Fumée à la cour, rappelaient souvent à Paris. Dans un de ses voyages, le roi le chargea de sonder d'Epinac (2), archevêque de Lyon , sur les vues réelles du duc de Guise. D'Epinac demeura impénétrable et attribua au duc l'unique intention de défendre la foi. L'évêque Fumée, comme tous les hommes sensés , ne pouvait

(1) Lettres inédiles de Henri IV (par M. Berger de Xivrey)

(2) Familier du duc de Guise.

4588. se payer d*unc pareille raison, et se demandait si les efforts d'un sincère défenseur de la religion devaient se tourner contre un roi catholique, sans s'inquiéter des progrès que faisait sur la Loire le chef des Huguenots.

Cependant, la crise approchait. Les seize redoublaient d'audace et pressaient le duc de Guise d'accourir prendre sa place à la tête du grand mouvement qui se préparait Malgré la défense du roi, le duc arrive à Paris où il est reçu plutôt en roi qu*en triomphateur. L^appel des Suisses dans la capitale précipite le dénoûment et amène la journée des barricades.

Catherine recueillait ce qu'elle avait semé. Les hallebardes et les arquebuses de la Saint-Barthélémy se tournaient contre le Louvre et les politiques. Si Guise n'eût pas reculé un instant devant cette demeure de là royauté, une quatrième dynastie commençait. Son hésitation permit à Henri III de fuir à Chartres , où, défendu par le seul nom de roi, il tint en échec un grand homme à la tête d*un puissant parti. On parlementa. Par l'édif de juillet le roi s'unit à la Ligue. Ce grand acte devait être sanctionné par des états convoqués à Blois pour la fin de Tannée. Là, Guise et sa faction comptaient bien ressaisir l'occasion manquéc

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à Paris. C'est soiis celte impression qu'eurent ^388. lieu les élections (i) presque toutes favorables à la Ligue.

Celles de Beauvais eurent par exception un caractère tout différent, car, on l'a dit, l'hostilité de la ville contre le roi était alors plus réelle qu'apparente. Au choix de ses députés, tous hommes •de modération et dévoués au roi, on ne se croirait pas à la veille de la Ligue. C'étaient, pour le clergé, le grand-vicaire Claude Gouine; pour la noblesse, Adrien de BoufQers, grand-bailli d'épée, et pour le Tiers-Etat, M' Eustache Chauffelard (2). Comme pair de France, l'évêque Fumée devait naturellement y figurer.

Il n'est pas de ce sujet de raconter le terrible épisode qui ensanglanta ces Etats. A force d'insouciance et de mollesse, le roi s'était laissé acculer au crime. Pour éviter l'effusion du sang français, le pauvre et généreux Béarnais, attaqué dans ses droits par le duc de Guise, lui avait

^ {\) Le présidial n'ayant pas encore de salles d'audience à

L Beauvais, les élections eurent lieu dans les cloîtres des Ja-

cobins.

^ (2) De Hatteville et Bigot , greffiers du présidial et des con-

suls, furent aussi envoyés à Blois pour défendre ces juridiciions attaquées.

1588. deux fois offert le duel. Henri III le fit assassiner (i).

On aime à voir un homine d'Etat contemporain, juger cette catastrophe comme durent le faire alors tous les esprits sains et élevés : Les peuples rUaymaieni ce duc que pour ce qu'ils espéraient par son moyen être délivrés des hérétiques et soulagés plus tôt que par celui du roi. Il ne fallait^ pour changer les affections du peuple ^ que faire mieux que lui en l'un et en Vautre. Voilà comment j'eusse voulu faire mourir Monsieur de Guise (2). Le plus clair résultat de ce crime fut peut-être de sauver la France d'un partage. Henri IV, étant sur

(1) Les Mémoires du temps font voir que Fassassinat du duc de Guise avait d'abord été décidé a Paris peu avant les barricades. «Cependant, le roi, merveilleusement outré en son » courage de l'incroyable audace de ce duc ; persuadé qu'il ne » venait que pour donner un chef au corps de sa conjuration » déjà bien advancée dedans Paris , se résolut à le faire mourir » avant cette union , et de l'effectuer par ses quarante-cinq » ordinaires, le matin en suivant, dedans la salle du Louvre, » lorsqu'il viendrait a son lever, puis de le faire jeter par les » fenestres pour servir d'exemple.

» Loignac, l'un des ordinaires que je rencontrai le lendemain » au Louvre, vint a moi d'un air triste, et me dit : — Mon ami, » tout est gâté, Villequier et Laguiche ont tellement intimidé » le roi qu'il a changé d'avis. » (Particularités des règnes de Henri III et Henri IV. — Manusc, de la Bib. royale J

(2) Mémoires d'Etal, de Vilieroy.

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le trône , disait souvent que si Henri III fût mort ^588. avant le duc de Guise» ce prince , et lui Henri, se seraient partagé le royaume (i).

L'évéque de Bcauvais prit dans cette tragédie le rôle qui convenait à son caractère. Il s'interposa entre la colère du roi et d'Epinac, archevêque de Lyon, à qui il sauva la vie, en faisant espérer au roi qu'il pourrait en obtenir des révélations ; mais d'Epinac tit preuve dune grande fermeté, et fut aussi impénétrable devant la mort qull l'avait été naguère dans une circonstance moins critique.

I^icolas Fumée n'en rendit pas moins un signalé service au roi , en l'empêchant d'égorger un archevêque. Déjà , ce triste prince avait à répondre de Tassassinat du cardinal de Guise, tué presque sur le corps de son frère, ce qui fut non seulement un crime, mais une grande faute, dont la première conséquence fut l'excommunication du roi.

(3) Manuscrit de Sainte-Geneviève.

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