‹ La Ligue à Beauvais: précédé d'une introduction: [1535-1585]Chapitre 11 sur 23 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans ces temps de lentes communications, la Année ^58S. nouvelle de la catastrophe de Blois, connue à Paris dans la soirde du 23 décembre , n'était parvenue à Beauvais que le 26. Elle y produisit une douloureuse stupeur. Aussitôt , le Conseil de ville est convoqué, et les mesures qu'il prend attestent assez rétendue de ses craintes. Les chefs des quartiers sont mandés ; on leur donne avis de la piteuse nouvelle, et il leur est enjoint de tenir leurs compagnies prêtes. Désormais Ton n*ouvrira que trois portes de la ville , et on y fera bonne garde (i). Ordre aux étrangers de sortir de Beau-

{\) La milice communale se composait A"* des officiers nommés par les maire et pairs ; 2<» de portiers qui avaient spécialement la garde des portes de la ville; 5<» de guetteurs chargés d'aller à la découverte hors la ville. {Doyen. Hist. de Beauvais.)

^588. vaiSf et aux hostelains (i) d'apporter au maire les noms de ceux qu'ils hébergent. En même temps ^ le Conseil dépêche à Paris un de ses membres « le sieur de Canonne, afin de découçrir comment les choses sont armées et les voies que Messieurs de Paris tiendront (2).

Une lettre du vieux seigneur de Crèvecœur aux maire et pairs peut donner une idée de la perplexité de ces premiers momens :

« Crèrecœur, ce 28 décembre -1588.

« Messieurs, je ne doute point que vous n'ayez » votre part du bruit des nouveaux désordres » arrivés à BIoîs, et que là- dessus vous ne jugiez » de la prévoyance de vous fortifier de remèdes » contre la suite de tels événemens, dont peut-être » aucuns voudraient prendre sujet de remuer entre

» nous quelques nouveaux ménages

Après les avoir exhortés à rester en paix et fidèles au roi , il termine ainsi :

(c Comme votre meilleur et plus assuré ami et » voisin, j'ai bien voulu, en vous donnant cet

(^) Les aubergistes.

(2) Délibérations de l'HAtel-de-ViUe de Beauvais. Dec. ^588.

» avis, vous offrir en cela, ainsi qu'en toute autre 458^. » chose , ce que vous désirerez de moi ; et, pour » n'avoir sur ce aucune chose digne de vous, que » le bruit seulement de cette nouvelle , je vous » prie, si vous en avez certaines particularités, » de m'en faire part (i). »

Ces offres de services d'un bon serviteur du roi furent peu goûtées par la ville qui allait obéir à une autre impulsion. Pour toute réponse, on arma la tour de Craoul, on fit réparer les forteresses, le guet de nuit y fut établi, et les eaux des fossés furent renflées (a).

A Paris, l'hésilation dts Seize n'avait pas duré. D'abord consternés, ils reprirent toute leur audace quand ils virent que le crime d'Etat de Blois n'était suivi d'aucune mesure rigoureuse. De la crainte ils passèrent au plus frénétique emportement « et les villes de l'Union en ressentirent de suite le contre-coup. Dès le 3i décembre, M* Claude Heu, envoyé d'Amiens, arrivait à Beauvais pour y provoquer la ville à seconfédérer, ety échaufler les esprits. Il les trouva tout disposés à l'entendre.

(^) Manuscrit de M. Le Caron de Troussures.

(2) Dclibcralionsde l'Hôlel-de-Villc. Décembre 1588.

36 LA LIGUE A BEAOVAIS.

4588. Le même jour, M. deCanonne, revenu de Paris, en rapportait des conseils et des exemples de sédition , et de suite Messieurs du clergé s^offraient de garder TEvéché et la tour de Craoul de jour et de nuit. Des lettres de THôtel-de- Ville de Paris et du duc d*ÂnmaIe , apportées par le Mayeur d'Abbeville et deux échevins d'Amiens, faisant appel aux sentimens catholiques des Beauvaisins, les conjuraient d'entrer dans la Sainte-Union.

Déjà par les soins de Luquin , émissaire des Seize à Beauvais, un oratoire açait été institué dans la Cathédrale (i). Là, chaque jour, ce théologal , prophétisant la ruine de la foi , catéchiste de la révolte , faisakt couler les larmes publiques sur la mort des princes lorrains , en même temps qu'il changeait en exécration l'ancien mépris du peuple pour le roi.

Année 4589. Une sourde rumeur attribuait à des gentilshommes des environs l'intention de s'emparer de Beauvais. Le samedi 7 janvier, jour du francmarché, la ville offrait un aspect inaccoutumé. De grand malin les chaînes avaient été tendues dans les rues. Chaque porte était gardée par qua-

(4) Goilefroy Hermand.

LA LIGUE A BEAUYAIS. 37

rante commuuiers. Tous les capitaines des quar- 4589. tiers (i) avaient ordre de porter Tcpée et de tenir armds leurs hommes d'élite. Deux canons étaient braqués devant THôtel-de- Ville.

Ces précautions n'étaient pas faites pour calmer les craintes populaires. Aussi, un rassemblement tumultueux ne tarda-t-il pal à sommer le maire de suivre l'exemple d'Amiens, qui venait de désarmer les hérétiques.

Aux abords de THôtel-de-Ville , où le Conseil était en permanence, se pressait une multitude inquiète et murmurante. Alors, trois membres du Conseil de ville s'y rendirent les organes de la plainte publique : c'étaient Boîcervoise , Charlesle-Bèguc et ce fameux Godin, qui devait bientôt jouer un si grand rôle dans la cité. Us représentaient que le peuple était ému, qu'il Tétait à bon droit; qu'il voulait savoir si la ville se liguerait, l'Union avec les autres villes pouvant seule sauver Beau vais, menacé au dehors par les châteaux

(i) Voici les noms des capitaines de la milice communale :

Compagnies des quartiers : Ticquet,Gallopin, Duvivier,Bigoty Picard, Robert Loisel , Evrard, Bachelier^ Gaudoin, Hoquet, Brocard , de FrancasteK

Compagnies des faubourgs : Blanchard , Cabot.

Infanterie : Le Lanternier.

Arquebusiers : Lucien Motte.

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4589. royalistes, à l'intérieur par les trahisons des Huguenots et des politiques.

Pour donner satisfaction au peuple , le conseil arrêta qu'à Tinstant des listes de suspects seraient dressées, et qu'une assemblée générale allait être convoquée pour décider si la ville adhérerait à la Sainte-Union {{). '

 Paris^ la marche de l'anarchie était autrement rapide. Un décret de la Sorbonne, sanctionnant la Ligue , venait de délier les sujets du serment de fidélité au roi (2). Le Parlement en masse avait été conduit à la Bastille (3). Luquin jugea que le moment était venu de frapper à Beauvais un coup décisif. L'assemblée générale du clergé et du peuple était réunie à THôtel-de-Ville, le 21 janvier, pour délibérer sur la grande question de la Ligue. Dans cette occasion solennelle , Luquin se surpassa (4).

Chaque jour, sans doute , sa voix avait crié vengeance , mais jamais avec de pareils accens. S'inspirant de la haine, de la pitié, de la crainte qui

(i) Délibérations de l'Hôtel-de-Ville. Janvier 4589.

(2) Voir aux Notes, le n'' A.

(5)Id.,/en«5.

(4) Hermand, Simon, etc., etc.

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agitaient son anditoire, il trouva, dit-on » de dé- \ôw^ terniioantes paroles, de ces éclats de passion qui font vibrer la fibre populaire. Son récit faisait entendre les derniers soupirs du héros catholique ; il comptait ses blessures, les faisait pour ainsi dire saigner à tous les yeux. Mais Tinvective et Tana-thème sortaient de ses lèvres en traits de feu, quand au nom de Dieu et des hommes il maudissait ce Valois sacrilège immolant Voint du Seigneur^ ce grand cardinal de Guise, image, selon lui, du martyre réservé à TEglise de France ! Il montrait, si Ton ne s armait à l'instant, les Huguenots bien* tôt maîtres de la ville, profanant les choses'saintes^ et traînant après eux le pillage et les massacres. Puis,- s'appuyant sur le décret de la Sorbonne, promettant des récompenses éternelles à ceux qui combattraient pour le service de Dieu, il prouvait, l'Evangile à la main, que l'Union avec les villes révoltées était la plus sainte des entreprises et Tunique chance de salut.

La tradition a conservé l'effet que produisit ce discours. Il fut immense. A l'instant même Y Union ibt signée d'enthousiasme par toute la milice ur* baine. Les compagnies privilégiées et des quartiers, leurs capitaines en tête, vinrent, au nombre de douze cent vingt hommes, donner leur adhésion

^0 LA LIGUE A BEALVAIS.

4389. à la Ligue (i). Un fait qui caractërise i'cntrainement de Tépoque, c'est qu*au nombre des soldats du capitaine Blanchard figure le nom de roessire Antoine Robbe , curé de Saint-Jacques.

Le lendemain, qui était un dimanche, l'unanimité d'opinion de la cité se manifesta par une procession solennelle. Â travers les rues, richement tendues et décorées, on voyait s'avancer le chapitre, le corps de ville, le présidial, toutes les paroisses et les ordres religieux. Les compagnies privilégiées, en armes, précédaient le cortège, et il était suivi des corps des métiers avec leurs bannières. Tous les capitaines des quartiers, l'épée à la main et la tête nue , entouraient le Saint-Sacrement, pour montrer qu'ils étaient prêts à mourir pour la défense de la religion catholique. Ce spectacle n'était pas sans grandeur. A Bcauvais , la Ligue, encore pure de tout excès, éclatait à la suite d'un crime odieux. Tout ce peuple croyait défendre un principe alors fondamental, l'union de l'Eglise et de l'Etat ; mais, à son insu, il allait combattre pour le maintien de l'unité nationale , vocation providentielle du pays.

(I) Voir aux Noies les noms des signataires de l'Union. {Noie n« 6,)

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Les armoiries du roi décoraient les torches ^589. portées devant le présidial. Elles en furent arra* chées par le peuple. Les insignes royaux qui ornaient les portes de rEvéché eurent le même sort. De ce moment , l'Eglise supprima les prières pour le roi et pria pour les princes chrétiens ( i).

Le 23 janvier, il fut procédé à une exécution toute révolutionnaire ; les portes de la ville sont fermées, on fouille les maisons suspectes pour y saisir les protestans, les politiques et tout ce qui tenait pour le roi. Mais le secret de cette exécution n'avait pas été bien gardé. Les personnes les plus compromises , averties par des parens ou des amis, avaient pris la fuite ou s'étaient cachées. Néanmoins, quatorze prisonniers furent jetés dans les cachots du chapitre. Ce fut sur un étranger que s'assouvit la fureur du peuple. Un malheureux verrier de Tierrache, nommé Jean Jubert, fut trouvé à rhôtcl des Quatre-Fils-Âymon , nanti de livres hérétiques. On lui attribua en outre le crime de fausse monnaie, et, sommairement jugé, il fut pendu sur la place du Marché, niant le prétendu crime qu'on lui reprochait, persistant d'ailleurs

(\) Pro Chrisnanis prïncipibus nostris, (Mëm. de la Ligue.)

^S8d. dans sa foi, et subissant la torture avec une constance qui étonna ses bourreaux sans les toucher.

Dans sa première ferveur, le corps de ville de Beauvaîs convia toutes les villes voisines, et entre autres les habilans de Senlis , à s'unir a ceux de Beauvais ; mais les Senlisiens, royalistes au fond, éludèrent la proposition, déclarant se référer à Fédit de juillet qu'ils avaient juré.

Dès le 24 janvier, Nicolas Godin , lieutenant du capitaine, et Jean Gouine, avocat, se rendaient à Paris pour y signer l'Union. Le même jour, une autre députation partait de Beauvais pour Amiens dans le même but (i).

Des services funèbres , surpassant en magnificence tout ce qu'on avait vu jusqu'alors, furent célébrés avec celte majesté que la religion seule sait imprimer aux manifestations publiques. A la porte des églises étaient exposés des tableaux représentant le martyre des princes lorrains. Comme à Paris, une procession des enfans de la ville parcourait les rues, vétusde blanc et portant des cierges qu'ils éteignaient contre terre dans les églises, en criant : Périsse ainsi la race des Falois !

(4) Fotr celle pièce, aux Notes, n'^ 7, (Manusc. de feu M, Le Car on de Troussiires.)

LA UGUE A BEAUVAIS. 43

L*irritation des Bcauvaisios ne s'en tint pas à ^S^^^ces stériles démonstrations. Le 6 février, les ha* bitans de Mony s'cftaicnt confëdërës (i) avec ceux de Beau vais. Mais le château était tenu par un seigneur Huguenot, alors à l'armée du roi , Georges de Yaudrey, seigneur de Mouy, qui devait bien* tôt se montrer le plus actif et le plus dangereux ennemi de Beauvais.

La ville venait de lever à la bâle une compagnie de cent hommes de pied. C'étaient de pauvres ouvriers sans ouvrage , quelques jeunes gens près* ses de combattre. Nicolas Godin se met à la tête de ces enfans perdus. II court attaquer le château de Mouy, le surprend, y fait des prisonniers, dii butin , et y laisse , sous les ordres d'un nommé Falempin , une petite garnison qui ne devait pas y faire un long séjour.

En même temps, les Beauvaisins déjouaient les machinations hostiles du marquis de Bonnivet , tils aine du seigneur de Crèvecœur. On savait que le marquis achetait des arquebuses et de la poudre pour armer les vassaux de son père, dont la puissante seigneurie comprenait ving,t-sept clochers.

{\) Voir aux Notes (n« 8), rActe d'Union de Mouy. (Maniisc. de feu M, Le Caron de Troussures.)

44 LA LIGUE A B£AtJVAIS.

^$89. Eustache Tristan, à la tête de quelques compagnies bourgeoises, alla désarmer ces yillages.

Le nouveau gouvernemeot s'était rapidement constitué à Paris. Un conseil général de l'Union avait été élu et avait fait reconnaître Mayenne comme lieutenant-général de la couronne, en même temps qu'il intronisait fictivement le vieux cardinal de Bourbon sous le nom de Charles X. Ce roi de la Ligue fut proclamé à Beauvais ; son nom, crié trois fois par un des sergens de la ville, fut accueilli par les acclamations populaires.

Le 26 février, le duc d'Âumate vint à Beauvais pour y constituer le nouvel ordre de choses et y faire jurer l'Union. La ville lui fit une magnifique réception. A sa rencontre marchèrent les arbalétriers à cheval avec mantilles de velours où brillait la Croix blanche. Une compagnie de cent cavaliers volontaires, portant la cuirasse, se joignit à eux, ainsi que les compagnies de pied. De iSaint-Lazarc à la place du Marché, toute la milice communale, sous les armes, était rangée en haie sur son passage. On tira le canon devant THôtelde-\^ille, et un Te DeumîvX chanté à la Calhéralc.

Dans ces premiers momens, les perspectives de la Ligue étaient prospères. Il n'y avait alors que six villes dans toute la France qui reconnussent le

roi. £d présence de cette unaniniitë de manifesta- ^^^d* tions , on ne pouvait prévoir les défaites et les dissensions qui devaient sitôt affaiblir ce parti.

Le 27 février était le jour fixé pour l'engagement solennel de la ville. Elle avait convoqué toute la noblesse catholique des environs, et à la suite d'une messe du Saint-Esprit , un Missel fut placé sur un banc devant le maître-autel de la Cathédrale. Un conseiller du Parlement proclama les articles de rUnion que chacun vint jurer et signer, l'évoque d'abord , M. de BoufUers et toute la noblesse ensuite (i). Au milieu de cet accord apparent^ on eût pu remaquer néanmoins le silence et la froideur de certains politiques; mais ces sentimens se dissimulaient avec soin et disparaissaient dans l'entraînement général. Le duc s'empressa d'organiser à Beauvais un Conseil particulier de l'Union» véritable comité du salut public , ayant mission de faire prêter serment à la Ligne, et de poursuivre comme ennemis de la cause ceux qui le refuseraient ou qui ne lui resteraient pas fidèles. Ce Conseil particulier correspondait avec le Conseil général établi à Paris. Tous ses arrêtés étaient

(\) Voir aux Notes (n« 9) ces signatures. (Manusc. de fea M* Le Caron de Troussures.)

-15851. soumis à la sanction du corps de ville, attribualion purement nominale et qui ne devait être effective qu'autant que la municipalité égalerait en violence le pouvoir nouveau qu'elle allait contrôler.

A la tête de la ville ëtait alors sire Georges Leboucher, homme pose , de bon jugement , et peu porte à entrer dans une rébellion qui ne lui présageait que malheurs. Aussi était-il sans influence. Dans ces premiers temps , la ville était conduite par le Conseil de l'Union , et par quelques boute-feux de la bourgeoisie et du Chapitre. Leur violente influence ne tarda pas à se faire sentir. Elle se signala de suite par deux mesures fécondes en désastres pour la ville.

La guerre de partisans qui suspendait le commerce et infestait les routes, désolait surtout les campagnes et les rendait inhabitables. Le sieur de Marivaux, seigneur de Troissercux, pour mettre sa femme et ses enfans en lieu sûr, voulut se réfugier avec tous ses biens à Beau vais. Il fut nette^ ment refusé. Le seigneur de Crèvecœur, âgé de 76 ans, demandait également à se retirer à Beauvais avec sa femme et un très-petit train. Il essuya le mâme refus. Il s*en suivit que Marivaux , indigné , prit le parti du roi et lit une cruelle guerre à

LA UGUE A BEAIVAIS. 47

la ville (i), et qœ le marquis de Bonnivet(2), se ^rm. fortiBant dans Breteuil, fit payer cher aux Beauvaîsins la dureté de leurs gouvernans. Les esprits sages s affligeaient de ces actes impoiitiques, mais alors les esprits sages n'ëtaient pas écoutés Le conseil de rUaion obéissait à des méfiances exa* gérées et à une haine de caste contre les gentilshommes royalistes.

Un chroniqueur contemporain reproche une autre faute à la municipalité. Elle eût dû , selon loi, retenir prisonnier le même marquis de Bonnivet, lorsqu'à son retour de Blois^ passant par Beauvais, il y avait distribué des justifications du massacre des Guises. Mais , dans son zèle pour la Ligue, le chroniqueur oublie que le marquis de Bonnivet était porteur d'une lettre du roi pour les maire et pairs de Beauvais, et que ceux-ci avaient cru épuiser leur droit en ne tenant nul compte du message et en expulsant le messager.

L'Hôtel-de-\ille présenta au duc d'Aumale une s^rie de résolutions tendant à maintenir et à accroître les privilèges de la cité, et à préserver le

(^) Claude de Lisle, sieur de Marivaux , se signala depuis dang Tannée royale.

(2) Fils aîné du seigneur de Crèvecœur.

1589. pays des ravages qui raftligeaient Levëe de deux compagnies à la solde de la ville, achat de munitions , haute-main donnée aux conseil de ville, sur les chefs militaires, défense aux gens de guerre, sous peine de mort, de loger, à moins de deux lieues de Beauvais ; tous ces points furent pleinement accordés.

Cependant la soldatesque que la ville entretetenait commençait à faire sentir son indiscipline. On trouve dans les archives de la mairie une lettre adressée par un des chefs de cette milice aux maire et pairs de Beauvais. Elle fait connaître la situation du pays et Tavidité de ces bandes mercenaires.

« Messieurs , il y a aux environs de la ville de » Beauvais plusieurs gentilshommes et autres per- » sonnes hérétiques, lesquels je vous ai bien » voulu bailler par écrit , a6n que s*il vous plaît » m'emploier à les emprisonner et faire saisie » de leurs biens , je m y comporterai selon votre » commandement et avec telle modestie que vous » aurez occasion de vous en contenter» C'est aux » plus apparents hérétiques , il vous plaise per- » mettre à vos pauvres soldats de pren^^ la proie » à leurs périls et fortunes. Ils en seraient davan-

LA UGUE A BEAUYAIS. 49

» tage obligés et s'emploieraient toutes fois, et ^^^d. » quant qu'il vous plaira leur commander. Nous » sommes ici ne vous faisant que bien peu de ser- » vice , et désirerions volontiers s'il vous plaisait » de nous permettre de nettoyer le pays des enx> nemis de la foi qui sont les heVétiques et par ce » moyen tâcherons à rendre le pays libre.

» Premièrement, monsieur de Rieux s*est ab- » sente de ce pays et est en un château proche de » Troyes qui est fort : ne veut jurer l'union. » Gbaqu'un sait qu'il a toujours porté les armes » contre le bon parti. Il vous plaira me donner » permission de saisir ses meubles, et laisser gar- « nisonensa maison, laquelle demeurera néan- » moins jusqu'à ce qu'il ait fait apparoir de sa » jurande.

» Monsieur de Rueil a eu toujours commande* » ment sous le seigneur de Bonnivet et a fait tous y> ses efforts pour lever gens, pour aller à Com- » piègne pour secourir le château de Cheverin >^ qui était assiégé ; permission de le faire prison- » nier et faire bon inventaire de ses biens.

» Monsieur d'Omecourt, Huguenot, lequel dès » incontinent que feu monsieur de Guise a été >> massacré se mit en effet de lever gens de pied » et voyant qu'il n'en pouvait avoir se relira avec

^589. » mDnsicurdeMëru(i),puisauPoQt-de-rArche; » a toujours soutenu le parti contraire. Perniis- » sion de le prendre prisonnier et ses biens don- » nés en proie aux soldats, sauf toutefois, mon- » seigneur, votre droit.

» Monsieur de Merkmont, Huguenot de tout » temps , sa maison a toujours servi de lieu pour » la prêche, permission dy entrer : ses biens » donnés en proie aux soldais,, sauf votre droit » monsieur comme iiotre capitaipe , et y laisser » garnison, telle qu*ii vous plaira en ordonner. » Monsieur de Troussencourt est aussi un appa- » rcnt Huguenot, permission (idem).

» Monsieur de Framicourt, de Bailiibaut, de » La ISeuviile à Blancfossé , de Courcelles au Dé- » luge; de tous les dcssus-dis les ayant pris pri- » sonniers et leurs biens saisis en cas qu^ils soient » convaincus d'hérésie, il vous plaira monseî- » goeur, conformément aux lois de la guerre, » donner à vos pauvres soldats les deux tiers des » biens, le tiers préalablement pris pour vous, » comme étant notre capitaine (2). » '

{\} M. de Montmoreacy-Méru, frère de Montmorency-Thoré et de Montmorency-Damville.

(2) Copié sur. l'original, aux Archives de la ville de Beauvais. (Manusc. de M. Le Caron de Troussures.)

U LIGUE A BEÂDVAIS. 51

Le i3 avril suivant, grâce aux pillages de ces 4^89. soldats et aux repre'sailles qu'elles entraînaient » le mal était devenu si grand que la ville de Beauvais adressa an conseil général de FUnion une proposition de règlement , naïf témoignage de la confiance des partis dans le pouvoir qu'ils ont institué. On lui demandait de rendre le commerce libre ^ défaire marcher les manufactures et d'assurer le trai^ail des champs. Pour atteindre ce but désirable , ou signalait comme moyen efficace l'arrestation des métis et politiques de la ville. On les accusait d'être d'intelligence avec les Huguenots du dehors et de leur signaler les captures à faire en les avertissant du départ des convois.

Mais ces premières tribulations devaient bientôt être effacées par de plus graves inquiétudes.

La ville de Scnlis, résidence royale, ancien siège d'un baillage, renfermait beaucoup d'habitans attaches à la cause du roi. A ses portes, le château de Chantilly, demeure des Montmorency, de père en fils gouverneurs de l'Jle-de-France , exerçait sur la ville une grande influence. Quelques ligueurs soutenus par le gouverneur , le fougueux ëvêque Roze, et par une partie du chapitre, y tenaient seuls pour TUnion ; mais les membres du bailliage, ainsi que les principaux bourgeois,

52 LA UGUE A BEAUYAIS.

4589. étaient en secrète intelligence avec le château de Chantilly, et le 26 avril, M. de Montmorency- Thoré , accompagne des sieurs de Boutteyille et de Warty, s*empara d'une porte (i) qu'ils lui livrèrent. Le sieur de Saint-Simon de Rasse (2) , gouverneur de la ville , se méfiant des sentimens royalistes des Senlisiens, avait fait barricader quelques-unes des rues centrales et les abords de rHôtcl-de-\'ille. Suivi de quarante cuirasses, aidé de trois cents bourgeois qui Tattendaient (3), M. de Montmoreucy-Thoré culbuta facilement les premières barricades, défendues par quelques zélés au cri de Vhent les princes ! On se battit surtout à la barricade de l'Etape-au-Vin , derrière le beffroi , et à celles de la commanderîe de Saint-Jean et de la rue de Paris. Deux fauconneaux pris au Montauban, sur le rempart de la porte de Creil, furent braqués du clocher de Sainte-Geneviève, contre les barricades, dont ils firent taire le feu après deux heures de combat.

(\) La porte de Saint-Rieul.

(2) François de Saint-SimoD, seigneur de Rasse, fut l'aïeul de Claude de Saint-Simon , duc et pair, grand louvetier et favori de Louis XllI , et le bisaïeul du grand écrivain de ce nom.

(5) Histoire manuscrite du Siège de Senlis, en la possession 4e M, deJunquières, de Versigny.

Les chanoines de la Cathddralc, retires dans leur ^589. clocher, faisaient feu sur les royalistes; mais ils se rendirent bientôt sur l'assurance qu'il ne leur serait fait aucun mal ; et Montmorency, au nom du roi , prit possession de la ville dont il emprisonna le gouverneur. Un des habitans qui contribua le plus à la réduction de Senlis fut le sieur Duthiel. // mit du blanc à son chapeau et courut par la ville ^ criant Vive le roi! et répandant le bruit qu'Henri IF était entré dans Senlis açec cinq cents chevaux (i). Bientôt des seigneurs du voisinage, les sieurs d'Humières, de Fontenay et de Mareuil, réunis aux sieurs d*Armentières, de Senarpont, et au baron de Bondi, vinrent se jeter dans Senlis avec cinq cents hommes de pied et cent chevaux.

La surprise de Senlis fut vivement sentie par le conseil de l'Union. La possession de cette place importait à ses communications avec les villes li* guées de Picardie et avec la Flandre espagnole. Aussi, dès le 29 mai, une avant-garde de huit cents Parisiens, commandée par Meueville (2), s'empare

(4)Maausc. de M. de Junquières de Versigny, (2) François de Ronquerolles, seigneur de Meneville, était sous-gouverneur de Paris. Henri IV rappelait Meneligue,

64 U UGUE A BEAUYAIS.

^5S9. des faubourgs de Senlis et s'y fortifie, après avoir coupe le cours de la iV(>/2^//^ pour affamer la ville.

Les habitans , de leur côte', se préparent à la résistance. Aidés par la garnison, ils réparent leurs murailles, élèvent des retranchemens ; et Montmorency-Tboré , la pioche à la main , les excite de son exemple. Les femmes elles-mêmes mettaient la main à Tceuvre. En même temps, Montmorency appelait au secours de Senlis le duc de Longueville , gouverneur de Picardie , qui était à Compiègne avec le célèbre Lanoue Bras -de - Fer.

Le 2 mai, le duc d'Aumale campait avec l'armée de la Ligue à Villevert, près de Senlis : Balagny lui avait amené d'Amiens quatre mille hommes de troupes wallonnes , qui portèrent ses forces à douze mille combattans. Beauvaîs avait envoyé à ce siège ses compagnies de pied. Le duc avait dix pièces de canon et trois mille cinq cents boulets.

Le i5, ou ouvrit la tranchée en attaquant le rempart et la porte de Creil. Dans les journées du i5et du i6, la ville fut battue de neuf cent quatrevingts coups de canon (i). Une brèche de cent vingt pas était ouverte. Attaquée le second jour

(^) Manusc. de M, de Jimqttières de Versigmj,

avec vigueur, Irais fois prise et reprise, elle firt 4589». défendue par la garni^oii et par les Senlisîens avec le plus grand courage. Sur neuf pièces de canoR placées sur les remparts, sept avaient crevé. La nuit sépara les combattans.

Le leodemaiD 17, les assiégeans offrirent une capitulation; mais pendant qit'on en discutait les conditions , le duc de Longoevilk et Lanoue , dé^ bonchant de la forêt de Balatte , arrivaient au se-^ cours de la ville avec un corps de trois mille bommes, et prenaient une forte position sous Montépillpy, aune demi-lieue de Senlis.Le doc d'Aumale, bien supérieur en nombre, abandonne le siège pour courir à leur rencontre, comptant avoir bon marché de celte petite armée.

La cavalerie royale en occupait le centre ; elle était flanquée à droite et à gauche de deux gros bataillons d'infanterie. Les troupes de la Ligue , aux deux tiers composées de volontaires de Paris et des villes voisines , soutinrent larquebusade des royaux avec fermeté. Mais Lanouc eut recours à une ruse de guerre alors peu connue et qui lui réussit. Il avait laissé croire aux ligueurs qu'il était sans artillerie, et ceux-ci, confians dans leurs forces, avaient laissé leurs canons en batterie dans la tranchée. Lanoue avait caché

d6 lA UGLE A BEAU VAIS.

^589. les siens (i) au milieu de ses carres de lances. A un signal , les bataillons royaux s'ouvrent et la mitraille emporte des rangs entiers delà cayalerie wallonne qui chargea la pcemière sous les ordres de Balagny. Une seconde charge tentée par le duc d'Aumale et Meneville ne fut pas plus heureuse. Les escadrons royaux, commandés par Givry et Bonnlvct, lancés à propos sur une armée en désordre , commencèrent la déroute des ligueurs , qu acheva une sortie faite par les assiégés. Ce fut alors un sauve-qui-peut général et moins une fuite qu'une tuerie qui ne s'arrêta qu'à Louvres (2). Le nombre des morts dépassa 3, 000.

(1) Le gouverneur de Compiègne, Charles de Hamières, avait envoyé a Tannée royale quatre pièces de campagne. Sur le midi \e duc d'Aumale eut avis que le duc de Longueville était parti de Compiègne. Ses espions lui rapportèrent qu'il n'avait que mille chevaux et trois mille hommes de pied, sans aucune pièce de canon. Ils disaient vrai, car Lanoue, sachant bien que les espions ne manqueraient pas de rapporter qu'il n'avait point d'artillerie, Gt faire halte a Verberie pour attendre les canons qui n'étaient partis de Compiègne que quelque temps après lui. — {Palma-Cayet.)

(2) La déroute de Senlis excita la verve des auteurs de la Satyre Ménippée, L'armée de la Ligue avait fui jusqu'à Saint- Denis. Voici quelques couplets faits k l'occasion de cette bataille :

A chacun nature donne Ce vaillant prince d'Aumale ^

Des pieds pour le secourir : Pour avoir fort bien couru,

Les pieds sauvent la personne Quoiqu'il ait perdu sa maie

11 n'est que de bien courir. N'a pas la mort encouru.

LA LIGUE A BEAUVAJS. 57

Beaucoup de ligueurs furent tues par les paysans , 1589. et d'autres ne purent se tirer des marécages qui sont auprès de l'abbaye de ]a Victoire (i).

Un chroniqueur deBcauvais (2) prétend que les Tolontaires parisiens s'enfuirent les premiers; les mémoires du temps au contraire parlent de leur bonne contenance et attribuent la déroute aux troupes wallonnes. Quoiqu'il en soit, cette défaite n'a rien d'extraordinaire. Que pouvaient des bandes indisciplinées (3) et sans artillerie , acceptant la bataille en rase campagne contre des troupes régulières et munies de canons ?

Les Beaitvaisins firent quelques pertes pendant le siège. Dans le combat, leurs chefs , les sieurs de Saisseval et de Saint-Simon-Sendricourt furent faits prisonniers. Toute Tartillerie , les bagages du

Ceux qui étaient a sa suite Souvent celui qui demeure

Ne s'y endormirent point , Est cause de son mesclief :

Sauvant par heureuse fuite Celui qui fuit de bonne heure

Le moule de leur pourpoint. Peut combattre de rechef.

Bien courir n'est pas un vice, Qui a de l'honneur envie On court pour gagner le prix; Ne doit pourtant en mourir : C'est un honnête exercice Où il y va de la vie Bon coureur n'est jamais pris. Il n'est que de bien courir. (Satyre MénippéeJ

H) Palma-Cayet.

(2) L'auteur du Recueil mémorable.

(5) Ferociores ad rebellandumquam ad bellandum, (Tacite.^

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io89. doc d'Aumale et un immense butin , furent pris et conduits à Senlis. Ainsi, dès te dëbut, par la perte de celte bataille et d'une place importante , la Ligue recevait un coup terrible. Henri IV, plus tard , y faisait allusion quand il disait que son heur açaiï eu commencement à Sentis ( i ).

Pont-Sainte-Maxence et Clermont tombèrent par suite au pouvoir de Lanoue.

Le héros breton , dans cette circonstance , ne servit pas seulement Senlis de son épée ; il s'agissait d'approvisionner la ville, et les Iraitans refusaient tout crédit. « Oh! oh! s'écrie Lanoue, ce sera donc moi qui ferai la dépense. Garde son argent quiconque T estimera plus que son honneur! Tant que f aurai une goutte de sang et un arpent de terre ^ je remploierai pour la défense de VEtat, » De suite , il engagea sa terre du Plessis-les-Tournelles, et Senlîs fut ravitaillé.

Quelques jours après la défaite de Senlis , la Ligue avait essuyé un autre échec. Le marquis de Saveuse^Thiercelin (3), d'une famille bien connue à Beauvais , venait d'être taillé en pièces, près de

(I) Hist. de Senlis, par M. Brome,

(5) Gouveroeur de Doullens pour la Ligue. U descendait d'Hector de Saveuse, capitaine de Beauvais, dont les exploits contre les Anglais sont racontés par Monstrelet,

Cbarircs , par Cbâtîlloii , alors qu'il coodaisail huit 4589. cents hommes d'élite au secours de Mayenne (i). Mayenne lui-même avait été battu sous les murs de Tours, dans mi combat ou le roi , rappelant son ancienne valeur^ avait chargé comme à Jarnac et à Moncontour.

Ces désastres devaient jeter le découragement parmi les ligueurs de Bcauvais. Chi savait en outre dans la ville que l'armée royale , renforcée par sa jonction avec celle du Béarnais , s'avançait sur Paris. L'inflexibilité du pape et des princes lorrains avait déterminé ce rapprochement forcé du roi et des Huguenots.

Dans cette situation critique des affaires de la Ligue» l'évéque Fumée crut devoir faire entendre quelques paroles de prudence et de modération ; mais déjà suspect aux ligueurs, il ne réussit qu'à se rendre odieux. La populace, excitée par les meneurs du parti , insulta ce vénérable prélat. Un groupe de fanatiques l'assaillit dans la rue Saint- Laurent , en le traitant de Huguenot. L'un d'eux le

(\) Dans celte rencontre où Saveuse-Thiercelin fut tué, les sieurs de FouqueroUes, d'Harembures et le jeune baron de Rosny combattaient sous ChâtiUon. Sur la bannière de Saveuse était une croix de Lorraine , avec cette devise espagnole : Jtficwir mas contento. Mourir au mieux réussir.

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^589. saisissant par sa longue barbe (i), osa même lever la main sur lui. « Malheureux! s'écria le prélat, vous n'aurez point ^évéque de longtemps éCici^ » menace que Tévénement réalisa.

La position de ^Nicolas Fumée n'était plus tolérable; et lorsque le duc d'Aumale Tavertit secrètement des mauvaises dispositions qui existaient contre lui dans le conseil , il ne fit que le confirmer dans le projet de fuite qu'il méditait. 11 quitta donc Beauvais avec Claude Gouine, son grandvicaire, et ils se retirèrent d'abord à l'abbaye de Saint-Lucien , puis au château de Bresles.

L'évéquc parti, le duc d*Auroale voulut s'installer dans le palais épiscopal. Déjà il y avait fait transporter des approvisionnemens. Mais la municipalité se souciant peu d'un pareil hôte, prit de bonnes mesures pour lui faire quitter la place. Par la porte de Vllette , l'évêché était une des entrées de la ville. De plus , le duc d'Aumale ne marchait jamais qu'avec une grosse escorte. On fit courir le bruit que le peuple se soulèverait s'il voyait dans l'évêché une garnison étrangère. Toutes ces rumeurs dégoûtèrent le duc ; il partit à la grande satisfaction des Beauvaisins qui l'aimaient mieux

(\) Simon, — Supplément manuscrit.

de loin que de près , car où ces seigneurs là font 4589. demeure , cela ne rapporte rien , dit le drapier de Saint- Quentin , fidèle interprète du sentiment général.

Le siège de Pontoise par le roi de Navarre « en rapprochant le danger, exaspéra au dernier point les ligueurs de Beauvais. Il y avait parmi eux de ces hommes que le péril exaile , au lieu de les abattre. De ce nombre était Kicolas Godin» lieutenant du capitaine ; Charles Lebcgue , pair de ville; le médecin Lange. Stimulée par eux et par le chanoine Luquin , la chambre d'Union sévit avec plus de vigueur encore contre les suspects.

Cependant, on se préparc h une résistance désespérée. Le faubourg et Téglise de Saint-Jean sont abattus. On exhausse les remparts de ce côté de la ville. On augmente les fortifications du Mont- Saint-Symphorien, déjà occupé et défendu. Toutes les maisons du faubourg Saint-Jacques sont rasées jusqu'à Téglise , tous les arbres abattus.

£n même temps, de prudentes mesures sont prises pour Tapprovisionncment de la ville. On défend la sortie de blé avant qu'elle n'en soit munie pour six mois. Une fausse alerte habilement répandue dans les campagnes fait refluer dans la place les vivres et les bestiaux des environs. Beauvais

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4589. devînt alors un lieu de refuge pour beaucoup de gentilshommes et de laboureurs du voisinage. Des populations entières s y reliraient. Déjà les religieuses de Saint-Paul et de Wari ville y étaient venues chercher une retraite. Presque toutes les abbayes d'alentour y avaient des magasins ou maisons d*asile (i).

Le premier siège de Paris dëlivra la ville de ces craintes et fit suspendre ces préparatifs. Mais dans ce temps, la tranquillité était de peu de durée , et une cause d'alarme n'était pas plutôt disparue qu'une autre la remplaçait

Un matin , le guetteur de Saint-Pierre signale du côté d'AUonne quelques cavaliers ennemis.

Le jeune Carciveux , avec la cavalerie , sot't pour les reconnaitre. Il a ordre de ne pas s'écarter ; mais, emporté par son ardeur, l'inexpérimenté capitaine charge en plaine ces cavaliers qui, en se repliant, l'attirent dans une embuscade dressée au bois de Saint-Lazare par les sieurs de Marivaux , de Rumigny et de Troussencourt. Treize Beauvaisins restèrent sur le carreau, et l'enseigne Binet fut fait prisonnier. Les royalistes poursuivirent la cavalerie de la ville jusqu'au milieu du faubourg.

(i) Les abbayes de Froidmont, de Beaupré et de Lanney.

Googie

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Carciretix se J€ta dans l'hospice de Saint-Lazare et ^5^s y barrkada. lie canon du rempart fit retirer Tennemi. La petite garnison du Mont-Sain t^Symphorien » composée de vieux soldats» ne donna pas daoà le piège «t se maintint sagement.

Encouragé par le succès de Marivaux, peu après le sieur de Monceaux-Hodenq, en représailles de la capture de ses bagages par la cavalerie l>eauvaisine , s'approcha de Beauvais avec qua*rante chevaux pour tenter une surprise. Ses hommes portaient le hoqucton rouge à la croix blanche , uniforme des soldats de la ville. A la faveur de ce déguisement , il enleva , dans le bois de Saint-Lazare f vingt-deux chevaux employés au transport des fascines.

Pontoise et TIlc-Adam s'étaient soumis à l'armée royale, et pendant que Henri III, campé à Saint- Cloud, se préparait à châtier sa factieuse capitale, les fourrageurs (i) de Henri de Navarre ravageaient les environs de Beauvais. Les chefs de bandes du voisinage redoublaient d'audace. Des pillards de Jouy venaient faire capture jusqu'aux portes delà ville. En une nuit ils avaient enlevé

(1) On leur avait donné le nom de Croque*moutons. {Mémoires du Temps.)

4589. tout le bëtail d'Auxraarais. Les malheureux labou** reurs tombaient dans le désespoir : pillés par les maraudeurs de tous les partis, forcés de payer la taille de deux côtés , au roi et à la ville , ils ne trouyaient aucune protection auprès du maire , dont la faible autorité ne savait pas se faire obéir (i). La soldatesque , ardente seulement pour le butin , répugnait à marcher contre Tenuemi. Il était temps qu'une main ferme prit les rênes de Tadministration.

(4) Godefroy Hermand, — Recueil mémorable» — Simon.

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