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le cours de leurs prospérités interrompu par la fatale journée de Saint-Quentin. Le connétable y fut fait prisonnier, et Coligny, après avoir défendu la ville aussi bien que le fût place de ce temps 9 subit aussi une longue captivité à TEcluse. Philippe II s'avançait sur Paris , alors découvert par la défaite de Saint - Quentin ; mais soit qu'il reculât devant une telle entreprise , car c^est un grand fait que daller attaquer un royaume de France dans son fort ^ soit que le champion du catholicisme aspirât à la paix pour mieux combattre l'hérésie, il ne profita point de sa victoire.
La prise de Calais, possédé par les Anglais depuis plus de cent cinquante ans, vint à cette époque relever l'esprit public eu France, et commença la réputation militaire de François de Guise. L^artillerie de Beauvais contribua à cet important succès 9 et parmi ceux qui se signalèrent à ccsiége, oncited'Andelot (i), Montmorency, Sénarpont (2) et François de Bonnivet.
(\) Il s'était déjà distingué a la camisade de Boulogne. Son frère GoUgny avait fait ses premières armes sons la cornette du duc d'Enghin k Gérisolles.
(2) Le sieur de Senarpont, gouverneur du Boulonnais, avait conçu et proposé ce hardi coup de main.
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Pendant que Coligny langubsait dans sa pri son de l'Ecluse , son frère d'Ândelot, prisonnier à Milan , pour charmer les ennuis de sa captivité, cherchait des consolations dans la lecture. Ce fut alors qu'il lut les livres des novateurs : âme ardente , esprit grave , il ne devait pas s'en laisser faiblement pdnëtrer. Ses lettres communiquèrent ses sentimens à l'amiral sou frère. D'Audelot, en liberté, manifesta hautement ses nouvelles opinions, et Mézeray suppose que le cardinal de Granvelle et les Guise recherchèrent un éclat qui devait affaiblir le connétable de Montmorency s'il se séparait de ses neveux , ou le rendre suspect d'hérésie s'il prenait leur parti.
Averti par Granvelle ^ le pape se plaignit donc liautement au roi des doctrines de ce jeuneseigneur, alors au siège de Calais où il avait fait merveilles d'armes. Henri II lé manda près de lui et l'interrogea avec bonté sur ses opinions religieuses. D'An« delot répondit comme pourrait le faire un homme de nos jours eu élevant une distinction entre ses de* voirs envers Dieu et ses devoirs envers le roi, et finit par déclarer qu'il aimait mieux mourir que daller à la messe. Le roi prit la liberté de ses paroles pour
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de la rébellion, et fut sur le point de le frapper de sa dague. Le colonel général de l'infanterie fut envoyé dans le château de Mclun , et en demeura disgracié pendant quelque temps. Ici, notons comme nouvelle preuve de la grande union qui exis-^ tait entre les trois frères, que le 7 mat iSSg le cardinal de Châtillon, de plus en plus opulent, fit cession à Coligny et à d'Ândelot des biens meubles que douze ans auparavant sa mère lui avait donnés.
C'est ici le lieu de parler des progrès du protestantisme en France, et des mesures de rigueur dont il fut l'objet. Le schisme avait préparé l'hérésie, et l'Eglise, partagée entre les conciles de Pise et de Lalran , enseignait au monde chrétien à douter de la papauté. La science s'était sécularisée, et l'empire de l'intelligence n'était plus , comme au moyen-âge , le patrimoine exclu-^ sif de saint Pierre ; l'imprimerie répondait à la soif d'érudition qui caractérisait cette époque , et les abus cléricaux , mieux signalés par cette nouvelle puissance, paraissaient plus nombreux et devenaient plus intolérables. L'Europe, remuée par Luther, était séparée en deux camps. Le fils d'un tonnelier de Noyon , Calvin , avait , sous le
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nom d'institutions chrétiennes^ donné un corps à une doctrine jusque-là purement négative. L'Allemagne , la Suisse et les Pays-Bas obéisssaient au pape de Genève , et l'Angleterre , à la veille de suivre cet exemple , avait déjà rompu avec la cour de Rome. L'Europe était donc partagée entre Rome et Genève t et la France allait servir de champ de bataille à cette grande querelle de l'autorité et du libre examen.
François I*S au milieu d'une cour galante, entoure de sa vans et d'artistes , avait vu le protestantisme pénétrer jusque dans sa famille. La parole insinuante de Mélanchton avait été sur le point de faire du roi très-chrétien un protestant ; mais le concordat , en l'intéressant au maintien de la suprématie romaine , avait retenu dans la foi le fils aîné de l'Eglise. A cette époque, du reste, l'intérêt religieux était primé par Imtérétpolitique. Sous les règnes de François I" et de Henri II, on vit donc le singulier spectacle de deux rois catholiques s'alliant avec les princes protestans dans leur lutte contre Charles-Quint et son fils, tout en se croyant d'autant plus obligés à réprimer l'hérésie dans leur royaume qu'à l'extérieur ils pactisaient avec elle.
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Les bûchers de la place de Grève , rcxtermination des Vaudois attestaient rattachement da roi à sa croyance y et tout récemment le capitaine de ses gardes avait arrête, en plein Parlement , six conseillers notes d'hërésie.
Nous arrivons à la paix de Gateau-Gambrésis.
Pour la cimenter , Henri II fit épouser une de ses filles au roi d'Espagne, et sa sœur au duc de Savoie. On sait que ce fut en joutant dans un tournoi qu'il fut tue par Montgommery , capitaine de ses gardes. Dans ce siècle d'astrologie judiciaire , on ne manqua pas de remarquer que cette mort avait été prédite trois ans d'avance dans l'horoscope du roi tiré par Gauric , évéque de Gvita- Castellana (0^ et d'un autre côté les Huguenots
(•I) Brantôme, dans ses Nativités, et l'Aubespine, dans ses Mémoires, attestent tous deux, comme témoins oculaires, la réalité de cette prédiction , qui est peut-être la plus extraordinaire coïncidence dont l'histoire fasse mention. L'Aubespine raconte ainsi ce fait : En -1556, on reçut à Blois une dépêchede Rome oh était l'horoscope du roi, composé par Gauricus, Je le mis de latin en français pour le faire entendre au roi. Cet horoscope fut négligé jusqu'au jour de la blessure dudit seigneur dont je représentai la copie, qui donna beaucoup d'ébahissement
Dans cet horoscope, Gauric prédisait au roi les plus hauts
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aimaient a rcpëter qu'il avait reçu la mort de la main même de l'agent de ses exécutions contre les parlementaires protestans. Quoi qu'il en soit, le coup de lance de Mongoramery jeta la France dans les hasards de deux minorités.
Si déjà Châtillon était imbu des doctrines de ses frères, il n'avait garde de le manifester, et nous le voyons à cette époque, averti par ses vicaires et le Chapitre , s'efforcer de protéger son Eglise contre l'infiltration des hérésies. Calvin et Théodore de Bèze, ces deux apôtres de la réforme, touchaient de près au diocèse. Calvin était fils de l'Eglise de Noyon. Théodore de Bèze, qui avait été prieur de \illeselvc (i), était le neveu du dernier abbé régulier de Froidmont
destins^ une heureuse et longue vieillesse : Ne circiter unum et quadragesimum œtatis annum vitaret duellum , astra minari vulnus in capite quod velcœcitatem vel mortem continuo afferret. — Pourvu que vers sa quarante -unième année il se gardât d*un duel, son étoile le menaçant d'une blessure à la tête qui entraînerait incontinent la cécité ou la mort.
Or, le roi succomba dans un tournoi, a quarante-un ans, et d'une blessure a Foeil. (Archives curieuses de l'Histoire dç France, par Cimber etDanjou.)
(^ ) Très Noyon.
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Dans ses constitutions synodales le cardinal recommande chaleurensemcnt aux curés de veiller sur leurs ouailles, et il leur ordonne de lui dénoncer sans retard ceux de leurs paroissiens qui seraient déserteurs de la foi (i). L'auteur de THistoire ecclésiastique de Beauvais (2), rendant justice à la prédilection que témoignait le cardinal pour les ecclésiastiques distingués, remarque que par une secrète disposition de la providence, il élevait de ses propres mains le rempart qui devait protéger le diocèse contre Vhérésie , dont plus tard il allait se déclarer le fauteur.
(1) Summà cura invigilent Decani et Curati^ ne virus liœrescos in eorum gregem serpat; quin potiiis talia homi^ Hum monstra, statim ut probabili suspicione deprehenderint in suo ovili delitescere, nobis indicent , ne dilatio ma'foris mali causa sit, aut alios simili impietate contaminent,
(Histoire du Diocèse de Beauvais).
(2) M. l'abbc Delettre.