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Les statistiques ont constaté que le nombre des délinquants et des criminels de moins de vingt ans a quadruplé: de 5,000 environ, il s’est élevé à plus de 20,000. Il ne peut échapper à aucun homme sincère, quelles que soient ses opinions, que cette effrayante augmentation de la criminalité, chezles jeunes gens, a coïncidé avec les changements apportés dans l’organisation de l’enseignement public. Ce doit être, pour la conscience de ceux qui ont cru trouver le progrès dans cette voie nouvelle, un lourd soucique de voir la jeune génération sedistinguer par sa perversité brutale.»
Tel est le témoignage de M. Adolphe Guillot, juge d'instruction, membre de l’Institnt. (Paris qui soufire, p. 230, Paris 1887.)
«Depuis 1887, penché sans cesse sur la misère morale de l'enfance, mon sentiment n’a fait que s’affermir.
«Ceux qui ont accompli cette révolution néfaste se sont-ils repentis? J'en doute fort. Cependant, dans les rares occasions où j'ai causé avec M. Buisson, il m'a semblé qu'il y avait en lui l'esprit d'un philosophe plutôt que d’un sectaire,
«On m'a assuré que M. Buisson, pour apprécier de quelle façon les instituteursentendaient la laïcisation, avait demandé leur sentiment par une sorte d'enquête et qu'il avait été épouvanté des négations morales auxquelles beaucoup avaient abouti.
«En même temps que l'idéal religieux, tout autre idéa! a disparu. Les sans-patrie sont de même souche que les sans- Dieu.
«Si le mal n'est pas plusgrand, c'est grâce aux écoles libres
qui ont conservé à la France un noyau d'hommes craignant
et servant Dieu.»
(Second témoignage de M. Adolphe Guillot, à l'enquête du
Figaro, 19 août 1896.)
Le Figaro (19 août 1896) dit à son tour:
«L'augmentation de la criminalité des jeunes coïncide d'une manière mathématique avec l'avènement de la laïcisation.
«En 18S1, date de la loi scolaire, le chiftre des délinquants de moins de 16 ans est de 7,151. En 1388, alors que l’école laïque porte ses premiers fruits, ce chiffre s'élève à 8,488. En 1890 il atteint 8,666, et depuis cinq ans, cette même courbe lamentable se poursuit.»
Répondant aux questions posées par le Fisaro sur
“L'Ecole et la Criminalité,” M. Georges Bonjean, juge
au tribunal de la Seine et fondateur de l’admirable colonie d'Orgeville pour l’enfance abandonnée ou coupable, dit :
«C'est un monde, c’est tout au moins la vie ou la mort nationale que votre question soulève. Il n’y a pas, à mon avis, de sujet plus urgent. La France s’en va aux abîmes avec ses générations successives dont chacune est plus vaniteuse, plus paresseuse et plus révoitée que la précédente. L'éducation irréligieuse est évidemment le principal facteur de cette dégénérescence.» (G. Goyau: L'Ecole d'aujourd'hui, p. 386.)
«Nous sommes présentement en passe —;je dis cela humblement, mais enfin je crois devoir le dire—d'échouer dans la
‘andeentreprise qui a été faite de faire l'éducation dela démocratie en France, et nous échouerons par la raison qu'on vise le savoir et non la conduite... Voilà la source de ces enfants qu'il faut plus tardenvoyer en correction paternelle... (Paroles de M. Gaufrès à la Société des Prisons, citées par Jacques Bonzon, Le Crime et l'Ecole, p. 71.)
À son tour, M. Jacques Bonzon, avocat à la Cour d'Appel de Paris, protestant et grand partisan de la
laïque, dans son ouvrage “ Le Crime et l’École,” après avoir fait un lamentable tableau de la criminalité en France, et surtout touchant l'enfance, dit:
«L'école d'aujourd'hui, les programmes de ses cours et de ses leçons, l'esprit qui les imprègne, non, tout cela n'a pas créé la criminalité montante de l'enfance, Mais elle devait l’enrayer elle nous permettait de lui barrer le chemin et de réaliser enfin le mieux si longtemps attendu.» (1)
«Au lieu de cela, qu'a-t-elle fait? At elle jeté dans les ârues une semence féconde de vertu et de bonté, a-t-elle inspiré à tous ces jeunes esprits malléa 1es un amour du bien assez fort pour triompher, chez la plupart, de leurs passions et de leurs désirs mauvais ? Je ne le crois point, et nul observateur sincère ne le peut croire lui-même, sans s'abandonner à un pessimisme exagéré, sans renoncer d'avance à toute amélioration, à tout remède, quand, au contraire, plusieurs modifications à l'esprit de l'instruction populaire sont dès aujourd'hui réalisables, il faut reconnaître courageusement que l'école n’a pas produit les résultats qu'on en espérait. Elle n’a pas aidé à la diminution de la cririnalité enfantine. Elle ne l’a pas empêché de croître. Llle a même contribué à la rendre plus grande.
« La preuve, dit M. Bonzon, la voici: En 1889, 3,174 garçons étaient poursuivis pour vol; en 1888, nous en trouvons 3,919,»
« Le résumé statistique des résultats dela justice criminelle de 1826 à 1880, tout en indiquant un accroissement continu
(1) M. J. Bonzon fait ici allusion À ce que Jules Ferry écrivait à tous les instituteurs de France le 17 novembre 1888, pour leur recommarder l'enseignement de la morale maçonnique :
«Quand les populations vous auront vus à l’æœn::e... Quand elles remarqueront que vos leçons de MORALE commencent À produire de l'effet, que
leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, enfin tous les signes d'une incessante «amélioration morale»; alors la cause de l'école laïque sera gagnée,»
dans la criminalité de l'enfance, donnait encore la priorité aux adultes. L'augmentation pour les garçons correspondait à 139 p.c., pour filles à 117 p.c. Les adultes, au contraire, voyaient leurs délits tripler, passer de 100 à 400. L'augmen-
tation cependant était déjà très grande pour l'enfance, si l'on : L
songe que de tout temps la population enfantine, de 7 à 16 ans, aété bien inférieure à la population adulte; tette augmentation de la criminalité enfantine r'a fait que s'accentuer depuis 188$, et maintenant ELLE DÉPASSE presque du double celle des adultes. En 1882, 124,815 majeurs prévenus; en 1892, 203,855; en 1882, 5,805 enfants poursuivis; en 1892, 7,148. Aussi, pour les adultes une augmentation correspondant au neuvième du nombre primitif; pour les enfants, elle atteint presque le quart.
« En 1880, on trouvait déjà 55 suicides d'enfants. La progression est depuislors constante, elle étai 62 en 1886 et de 8° en 1892.» (J. Bonzon: Le Crime et 1 Erole, pages 32, 40, 43.)
Plus tard, la Correspondance générale de l'instruction primaire portait à plus de 100 le nombre des sui-
cides d'enfants.
Citons encore le témoignage d'un philosophe éminent, un des esprits les plus dégagés de ce temps, M. Fouillée :
«C'est pour avoir systématiquement exclu de l’enseignement primaire ces deux facteurs primordiaux (la morale et les idées religieuses) qu'en dépit de centaines de millions dépensés, les résultats d'une expérience mal conduite ont éte si médiocres et incomplets, aussi bien au point de vue pédagogique qu'au point de vue social.» (Reproduit de l'Economiste fran-
çais, ler janvier 1898.)
Le même écrivain avait dit l’année précédente, 1897 ; Revue des Deux Mondes, (t. 1, p. 425-431):
«Non moins délicate est l'interprétation purement statistique de la différence entre,les écoles laïques et les écoies religieuses. À Paris, sur 100 enfants poursuivis, on en trouve 2 à peine qui soient sortis d'une école religieuse. Sur 100 enfants détenus à la Petite-Roquette, l'école congréganiste n'en fournit que 13, l'école laïque 87.»
Et cependant la population de l'école laïque est à peine le double de la population de l’école religieuse.
En face de tels résultats, une des feuilles les plus ardentes dans la lutte contre la religion catholique faisait cet “veu en 1895:
« L'école sans Dieu nous a fabriqué une génération de décadence Tout craque dans la société, en proie à l'anarchie, et si les enfants de l'avenir sont élevés comme ceux d'il y a dix et quiuze ans, la France est condamnée à une effroyable catastrophe.»
La Revue de l'Instruction publique, organe de MM. Jules Ferry et Buisson, reproduisait les réflexions de l'instituteur, de Balligny (Loire), parlant au nom de ses coilèvues :
«Le niveau de la moralité baisse dans le peuple: le nombre toujours croissant des enfants criminels constitue un epéril social»... Si l'on veut conjurer le péril, il faut réagir, depuis l'école normale jusqu'à la modeste classe enfantine, contre un €: x de choses qui menace d'emporter tout l'édifice social,»
Qu'ils sont grands et satisfaisants les eflets que prophétisait Jules Ferry! Et que doitAl penser, du haut du
piédestal sur lequel son parti l’a juché, en lisant ces
lignes parues dans sa propre revue ?
Enfin, M. Henri Joly, membre de la Société des Pri-
sons, auteur du ï vre ‘La France criminelle et lecombat contre le crime, et M. Bonjean, juge au tribunal de la Seine, ont publié, dans le journal Le Matin, des articles désolés où ils établissent, avec force chiffres a l'appui, que la criminalité a triplé depnis peu parmi les enfants, et que la progression continue toujours, à raison de 1,700 à 1,900 ou 2,000 crimes de plus par an.
Dans l'espace de 10 ans, on a dû arrêter 40,000 varçons et 17,000 filles de moins de seize ans, pour des crimes autrefois inconnus à l'enfance ou à la jeunesse.
Tels sont les résultats mirobolants obtenus par
l’école ‘ cure laï » | CECOIE primaire aque :