ENT
Je vous remercie ec je voudrais bien que nos efforts fussent toujours aussi bien compris.
DOCTEUR Aimez-vous votre carrière ?
AGENT Beaucoup. C’est à des circonstances particulières que j'y dois ma vocation : Dans notre famille, c’est à la police d'assurance de rotre père que nous avons dû de n'être pas réduits à ‘a mendicité. Mon père était un modeste ouvrier. À sa mort, nous restions qua-
tre orphelins. J'ai entendu ses dernières paroles. Après nous avoir bénis, il dit à notre mère qui pleurait à son chevet : “Je te confie ces pauvres petits orphelins. Elève-les dans la crainte de Dieu. Je suis heureux, ajouta-t-il, de ne pas vous laisser dans la misère. Le produit de ina police d'assurance te permettra de pourvoir à la subsistance et à l’éducation de ces chers enfants. ” Quelques jours aprè. les funérailles du regretté défunt, un agent de La Montréalaise nous remettait cinq mille piastres, capital accru de la police de papa. Combien de fois ensuite, lorsque nous étions réunis à table, notre mère ne nous a-t-elle pas dit : “ C'est votre père, mes enfants, qui vous a préparé ce repas ; vous êtes ses hôtes. Il vous aimait tant qu'il avait tout disposé pour vous continuer même après sa mort, les effets de son amour. ” Eten disant ces paroles, elle nous indiquait, suspendue au mur, la photographie de notre père, qui semblait nous sourire.
C'est à ces circonstances, docteur, que je dois ma vocation à la carrière que je poursuis, et j'ai eu bien des fois l’ineffable bonheur d'être l’occasion de salut de pauvres veuves et d’orphelins par le même moyen qui nous a sauvés.
DOCTEUR Votre vocation vient de Dieu ; il n’est pes étonnant que vous réussissiez si bien. Je vous félicite de vo-
tre succès, ici, à recruter des assurés.
AGENT Dans cette paroisse, j'ai reçu quinze sollicitations de contrats, depuis dix jours. Presque tous les solliciteurs sont des pères de fumilles pauvres. DOCTEUR Ce sont toujours bien autant de familles parmi nous, qui ne resteront pas dans l'indigence et la nécessité, quand la mort en frappera le chef ; autant de familles que notre société St Vincent de Paul n'aura pas à soutenir. ‘Tant mieux....;nous ne pouvons plus suffire à pourvoir les nécessiteux. Chaque jour leur nombre va grandissant.
AGENT J'ai assisté, ce matin, aux funérailles de M. Fortier.
Quel concours de ses concitoyens ! Cet homme était estimé, je crois, dans la paroisse ?
DOCTEUR Très estimé.
AGENT
Vous voudrez bien, s'il vous plaît, m'adresser aujourd’hui même, à Montréal, le certificat de décès de M. Fortier, votre verdict de coroner et les autres documents dont voici la liste. J'en aurai besoin demain.
18 LA LIGUE EE —, Vie DOCTEUR
Certainement ; vous les recevrez par lettre recom-
mandée.
AGENT
Bonjour, docteur: à demain soir, ave le chèque sauveur.
DOCTEUR
Puisse-t-il en être ainsi. Bon voyage, SCENE III DOCTEUR DEROY, seul.
(IL s'assied à son bureau et commrne à écrire). (Quelqu'un frappe et entre aussitôt.