ET TBÉPASSÉ LE 21 DÉCEMBRE
Le 5 novembre 1592 , après la victoire de Craon, la duchesse accoucha d'un fils et d'une fille. « Le baptesme de ces deux c gémeaux* ne fut si superbe que celui de leur mère, laquelle, « pour mériter davantage la faveur céleste, mesprisant Thon- « neur et pompes du monde, print pour ses compères et commères, « trois pauvres hommes et autant de pauvres femmes nécessite teuses de ceste dicte ville^... Elle fait baptiser Messieurs ses « enfants le jour mcsme qu'ils furent nez, avec autant d'humilité *« que pourroit faire le moindre gentilhomme du monde'. » Avec Targent que Ton aurait pu dépenser à la cérémonie, elle accordait des pensions viagères à ces pauvres gens. Ëtait-ce uniquement par humilité? n'était-ce pas plutôt désir de popularité, adresse politique, comme le remarquèrent plusieurs des contemporains? Aussi, les acclamations du peuple ne cessaient pas de retentir autour de la maison de l'accouchée : la duchesse ne s'en trouvait nullement fatiguée ; son ambition lui faisait tout accepter avec joie, et aussitôt qu'elle pouvaif sortir, elle allait elle-même remercier ceux qu'elle appelait ses fidèles Nantais. Le jeune fils recevait également le nom de Prince ou Duc de Bretagne.
1 Le jeune prince , nommé François, doit mourir peu de temps après ; sa sœur Françoise de Lorraine, épousera plus tard César de Bourbon , diic de Vendôme , fils de Henri IV.
2 L'usage était alors de donner deux parrains avec une marraine k un garçon, et deux marraines avec un parrain k une fille.
3 Biré, p. 186. — Extrait des registres de Téglise paroissiale de Saint- Vincent, de Nantes, pour l'an 1592 : V. Annales de la Soc. OQod, de Nantes^ 1853 , p. 37.
Arnsi, le dac de Hercœur hésitait à se déclarer lai-méin& souverain de la province; mais il avafi soin de présenter ses fils^ comme les héritiers des anciens ducs, comme les princes légitimes de la Bretagne*.
Déjà en relation directe avec les étrangers, avec le pape et le roi d'Espagne, qni lut envoyait des secours d*bommes et d'argent, tout-puissant dans la province, tandis que les royalistes, vaincus et affaiblis dans le duché, luttaient péniblement en Normandie et aux environs de Paris, Mercœnr voyait son rdve se réaliser chaque jour ; elles Bretons, séduits par les souvenirs toujours vivaces de leur vieille indépendance, le regardaient (beaucoup du moins) comme le digne représentant de leur nationalité. Sons tontes les passions de nature diverse, bonnes ou mauvaises, qui agitaient leurs cœurs et les poussaient au combat, fermentait toujours le vieux levain de la résistance bretonne : c'était une protestation réelle contre la réunion; c'était la dernière tentative un peu sérieuse faite pour échapper à la vaste unité française. La situation de la Bretagne, environnée de presque tous les côtés par la mer, et qui pouvait facilement recevoir des secours étrangers, donnait à Merco&ur les moyens de profiter de ses victoires, de s'établir fortement dans la province, et peut-être OQiéme, si Toccasion était favorable, de s'éteùdre sur les pays voisins.- Le duc et la duchesse avaient déjà leur capitale et leur cour, leurs historiens, leurs panégyristes et leurs poètes ; Nantes, la première ville de TUiiion dans la province, toute dévouée à Mercœur depuis Temprisonnement, Texil ou le silence forcé des modérés ; Nantes catholique, en face du Poitou protestant, sans cesse en relations d'intérêts et de commerce avec les sujets de Philippe II ; Nantes, la rivale, Tennemie de Bennes, devait, la dernière des villes de France, résister à Henri IV, partout ailleurs reconnu et victoHeux. C'est là que Mercœur résidait, près de l'ancien et vaste château des ducs souverains de Bretagne ; c'est là qu'il avait établi les principales autorités de la province: c'était de Nantes et du pays voisin qu'il
1 Dans ses actes, il prenait ordinairement le titre de gouverneur de Bretagnei cependant Ton a plusieurs fois affirmé qu il fit frapper des momiàies à son effigie, avec ces mots :
PHIUPPE-EIMMÀNUEL l^'^ DUC DE BRBTÀGIIE.
Jtf . P. Chevalier a écrit qull possédait une de ces pièces, en or, de la valeur de deux louis.
tirait ses principales ressources ; et, à la fayear des galères qoMl avait fait équiper sur la Loire, il faisait des bénéfices considérables.
A Nantes se trouvaient, sous tes yeux du duc et de la duchesse, le conseil d'Ëtat, le parlement, la cour des Comptes, Tbôiel des monnaies, etc., etc. Cest également, pour augmenter la gloire de la ville, c'est pour obtenir d'utiles auxiliaires de sa cause, c*est aussi poussé par un noble désir de protéger la culture des lettres et le développement de F intelligence, que Mercœnr cbercbe à relever l'université nantaise, tombée depuis les guerres civiles. Avec le consentement des Étais de Bretagne, assemblés à Vannes, il ordonnait de lever des impôts pour constituer une rente de 4,000 litres, afin d'entretenir et payer quatre docteurs en chacune des facultés de théologie, de droit civil et canonique, de médecine et des lettres humaines; et il promettait de construire à ses propres frais des bâtiments considérables dans la faille neuve, pour les leçons y estre dictes et faictes, ainsi qu'elles ont accoustumé aux meilleures et plus fameuses universités de C Europe^. Les vicissitudes et plus tard les revers de la guerre civile empêchèrent sans doute Mercœur de réaliser toutes ses généreuses intentions; mais les cours reprirent avec un certain 4clat, grâce à l'impulsion donnée par le Duc : nous le voyons, par exemple, assister à la première leçon sur le droit civil, faite paj; le président Garpentier sur ce texte du code Théodosien :
Eum gui leges facit,pari majestate legibus obtemperare convenit (15 octobre 1593)».
Mercœur, nous l'avons déjà remarqué, était un prince très-instruit, connaissant plusieurs langues anciennes et modernes. « Ronsard était « son poète, écrit un de ses biographes, Guichardin son historien, « Sénèque son philosophe, Plutarque son politique, Clavius son ma- « thématicien. Sa bibliothèque était composée de 18,000 volumes, dont les sieurs Fumée et Saint-Remi avaient la garde'. » Mercœur avait très- probablement formé cette magnifique collection avec les livres qui provenaient de la bibliothèque de Pierre le Gallo, alors en vente, et que la ville ne sut ou ne put pas acheter, malgré les près-
1 Biré,p. 348.
a Travers, t. 111, p. 77.
3 f^ie de Mercœur, p. 25n.
santés réclamations de Taniversité, qui se trouvent consignées dans les registres ^
ftlercœur était poète lui-môme, et composait des odes, des sonnets, des stances dans le goût de Tépoque : ordinairement, après le repas, Ton agitait et Ton traitait au long une belle matière dont loimôme avait proposé le sujet; après avoir attentivement écouté les différentes opinions, il parlait à son tour, ei les périodes de ses discours contenoient autant de sentences et résolutions. Il dépensa môme jusqu'à 4,000 écus pour faire représenter, deux nuits de suite, dans la grande salle du château de Nantes, une pastorale ingénieuse; il prenait beaucoup de plaisir à entendre les pièces de Yaléran (quel est ce Yaléran?) et lui faisait de beaux présents; sa générosité était grande, puisque Tun de ses historiens, Fumée, son bibliothécaire, raconte avoir entendu dire à son trésorier qu'il payait chaque année, par les ordres du duc, plus de 50,000 écus aux réfugiés de Nantes^,
Mercœur et la duchesse, également instruite et protectrice des lettres, trouvaient avantage à s'entourer d'hommes capables de soutenir leurs droits par leurs écrits, et de célébrer leur puissance'.
Quelques détails pourront non^ donner une idée de Tinfluence que devait exercer sur les esprits cette petite cour littéraire et poétique
1 II semble résulter des pièces nombreuses , concernant cette affaire , que la bibliothèque fut enfin adjugée à M. Jean Cousin de la Roche, receveur des finances: n' agissait-il pas au nom de Mercœur, dont il était la créature? (Archives municip. de Nantes.)
3 Fie de Mercœur, p. 259.
3 (< Tesmoin la louable curiosité qui la portoit à faire amas des plus beaux et « plus rares livres, particulièrement manuscrits, pour les resserrer et conserver « dedans sa bibliothèque. » — Za vie et mort de feue JH^* de Mercœur, par M. Ch. François dAbra de Raconis, docteur en théologie, conseiller et prédicateur ordinaire du roy ; Paris, 1625.
J^avais espéré tirer quelques renseignements nouveaux de ce livre : je n*y ai trouvé que Téloge pompeux, vague et pédantesque de la duchesse,* cest une amplification de plus de (rois cents pages, passablement écrite, mais vide d'idées et de faits. Le panégyriste, après avoir célébré la naissance de M°>e de Mercœur, sa modestie, son humilité, sa grandeur de courage , sa largesse et parcimonie, son action et contemplation, compare la mort de son héroïne avec celle du Fils de Dieu, et consacre les six derniers chapitres de son œuvre diffuse à des rapprochements singulièrement prétentieux et forcés avec la passion de Jésus- Christ.
Elf BRETAGIIE. 205
du doc de Mercœar. Nous Tavons vu, Bertrand d^Argentré était accQsé. peut-être à tort, d* avoir écrit sa grande histoire de Bretagne à son instigation.
Parmi les livres qai lui furent d<^diés, rappelons les Devis d^un Catholique et (fun Politique, par, mattre Jacqaes Le Bossn. Un docteur en médecine de Tuniversité de Nantes, médecin du duc de Mercœur, et souvent chargé dé missions politiques par lui et par la duchesse, Louis Vivant, lui offrait également un traité scientifique et politique, au sujet d'un tremblement de terre ressenti à Nantes. Cétait un prodige menaçant : bien plus, on avait vu des hommes en feu se battre dans les airs; on était donc à la veille de grande et terribles événements : il fallait reconnattre ses fautes, faire pénitence, et servir la cause de Mercœur, en combattant les hérétiques :
c( Citoyens, savez-^ous qnel prodige menacé c< rïos murs, notre cité, nos biens et notre sang ? « C'est le péché qui tient parmi nous tout le rang : i< Péché, dont justement se doit venger la trace. »
Carie médecin Vivant était lui aussi un poète, dont un contemporain stimulait ainsi la verve :
c( Je ne m'étonne plus. Vivant, si fu demeure
ce Si longtemps endormy à composer des vers ;
Cl La muse n'ayme pas un règne si pervers,
« Au lieu de s'esjouyr, nos malheurs elle pleure, etc^. »
Le vieux capitaine Gassion, Tun des serviteurs les plus dévoués de la maison de Martigues et de Luxembourg, employait ses derniers efforts à la célébrer dans ses mémoires.
Un docteur en théologie, Baoul le Maistre, prédicateur renommé, se servait principalement de ces mémoires, pour publier, en 1592, à Nantes, un ouvrage considérable, dédié à Mesdames Marié de Beaucaire et 31arie de Luxembourg^. Il se propose surtout de celé-
1 Mém.de la Ligue, t. II, p. 301, 302. — Journal de Jérôme dAradon,p. 266. — Les Regrets d'OUenix du Mont-Sacré, sonnet 161».
2 En voici le titre exact : Original clés troubles de ce temps. Discourant briefoement des princes les plus illustres de la très-ancienne et très-illustre famille de Luxembourg et de leurs alliances généalogiques, et principalement de Charles et Sébastien, frères germains, et princes de Martigues, et des guerres où ils se sont trouvez, tant dedans que dehors le royaume de France. — n renferme, outre Tépître dédicatoire, un prologue de lauteur, trente chapitres
brer Tillustre origine de madame de Mercceur, qui par son père descend de Pbaramond : c*est un fait bien certain, comme Fanteiir le di^moDtre par la plus savante, la plus fabuleuse, la plus poliliqne des gf^né^logies : « Ceux qui ont In les bistoires de France, jécrit-il « bravement, sçavent que Pbaramond espousa Argotte, fille alnëedu « roi des Chambriens... ; de ce mariage sortit Glodion, qni eot deux c fils, dépouillés du trône par les Mérovingiens. » Puis il ooos montre, sans omettre la moindre particularité, leurs glorieux descen^ dants^ maîtres des Ardennes, de TAlsace et autres lieux, s'unissant par de$ mariage» aux princes ostrogojibs, aux empereurs d*Orient« devenant sénateurs de Rome, ducs d* Aquitaine, marquis de Tempire sur TEscaut, par I9 grâce de Jnstinien, et donnant naissance aux maires d'Àustrasie, Saint-Arnould, Pépin de Hëristal,Cbarles Martel. Les Carlovingiens sont donc les princes légitimes ; avec Pépin le Bref la couronné retourne à la lignée des Clodions : c'est d'un prince de cette famille, Becuin, que descendent les brancbes de Lorraine, de Bar et de Luxembourg, et c'est aux princes lorrains qu'ont passé tous les droits des Carlovingiens, dépouillés à leur tour par Hugues Capet. « Ainsi, dit-il, en résumant son œuvre, Madame « Marie de Luxembourg, fille d'un si grand nombre de ducs, (c marquis, comtes, barons et grands seigneurs, et à présent mariée « avec Monseigneur Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mer- « cœur et de Pentbiëvre, est sortie en droicle ligne de Pbaramond, « premier monarque et roi des Français. »
L'on ne se contentait pas de donner Tbéritage de Bretagne aux descendants des Pentbiëvre ; c'était môme la couronne de France dont on les jugeait dignes: si Ton en croit certains écrivains de répoque, Mcrcœur n'était déjà rien moins que le roi Trës-Cbrétien; la ducbesse avait été plusieurs fois appelée la Beine, et Nantes devenait la capitale du royaume catholique*.
et la généalogie de la maisoib de Luxembourg; en tout, 336 pages. Chez Nicolas des Marestz et François Faveryo, Nantes, 1592.
1 L'on connaît les livres de même nature, publiés déjà depuis longtemps sous le patronage de Guises : louvrage de Ghampier, intitulé Genealogia Lotharingorum, avait été imprimé k Lyon en 1537; plus récemment, François de Rozières avait voulu également prouver, dans ses Stemmata Lotharingiœ, que les princes lorrains descendaient directement de Gharlemagne ; Fauteur et le livre avaient été solennellement condamnés en 1583. — L'on peut consulter, sur. cette question, plusieurs pièces curieuses insérées au premier volume des lïïénwires de la Ligue.
Baoïll Lie Maiscre était d* ailleurs renoemi déclaré de toute, réconciliation avec les b<^rétiques, et fort mal disposé à Téjgard des Bourbons, leurs fauteurs ; en racontant Thistoire des troubles depuis leur •rigîcie, il manifeste fraûchemeni son opinion. «Loger discorde en « une cité, et penser mettre en sûreté un peuple de diverse religion « sous un monarque chrétien, c'est vouloir marier le loup avec les « brebis, et accommoder ensemble les deux hérissons, ceiuy de la « mer avec celuy de la terre... Y eut-il jamais Prince qui ait permis « Texereice de deux diverses religions en ses terres, sans en estre « cbastié, ou qui n'en ait vu sortir sa ruine ?.... O Fradçois 1 vostro « mine procède d'une même source, c'est la liberté de conscienoo
« qui vous a ruinez Prenez exemple sur l'Angleterre, et croyez
« que si vous estes, gouvernez par un Roy catholique, vous serez « catholiques; si par un Roy hérétique, vous deviendrez enfla héré- « tiques comme Iny. Vous ferez bien quelque résistance au com- « mencement, trouvant le changement fort estrange; mais ce oe « seront que bouffées de vent; enfin î( faudra plier sous le joug, « ainsi que vous voye^ l'exemple des Anglois. »
Un autre docte et savant personnage avait également composé on petit traité pour prouver que le duché de I^orraine faisait partie de Tancien domaine de la couA)nne, el que les princes lorrains étaient vraiment princes français; 11 l'avait dédié au jeune François, doc de Penthiëvre ou de Bretagne, fils de Mercceur : nous ne savons s'il a jamais été publié^.
M^is nous avons conservé Ton des nombreux ouvrages écrift sous l'inspiration de Mercœur ; il est peu connu, et n'en est pas moins assez remarquable, ot par le bat quo se propose l'auteur, et par la verve avec laquelle il défend sa cause : noi|s y avons déjà faitgpUisieurs emprunts/€e sont les AUiences •généalogiques de la maison de Lorraine, illustrées des faits et gestes des Princes d'icelle, ensemble de ceux de Bar^ f^audemont, Luxembourg, etc., etc., et le sommaire des guerres qui ont esté en France depuis fan i660fusques en l'an 1593 ^.
1 Biré, p. 66.
2 Ce livre très-rar»est à la Bibliothèque de Nantes; il est divisé en deux parties : la première, de 348 pages ; la seconde de 134, avec préface : il a été iinpniné à Nantes, par Nicolas des Marestz et François Faverye, 1593.
L'aotear, Pierre Biré, sieur de la Donciniëre, était aVocat da roi au siëge présidial de Nantes, d'une ancienne famille nantaise, dévouée à la Ligue, et Tnn de ceux qui formaient la cour du duc de Mercœnr. C'est à ce prince très-hault, très-illustre et très-vertueux qu*il dédie son ouvrage. Biré semble s'être entendu avec Baoul Le Maistre, comme celui-ci paratt le dire quelque part : ce dernier a, fait surtout Téloge des ancêtres de M™" de Mercœur; Biré s'occupe principalement de la maison de Lorraine et de l'illustration du gouverneur de Bretagne. Il se propose de répondre à tous ceux, qui dans ces derhiers temps, ont contesté l'origine française des princes de cette noble maison; il attaque surtout, ave& assez de haine et de mépris, V An tiguisard, pamphlet calviniste de l'époque ^ Cest, en réalité, le panégyrique continuel, la glorification pédantesque des princes lorrains et surtout de Mercœur, pour lequel il proteste luimême travailler. Après avoir rappelé l'origine des Français, qu'il fait très-facilement remonter jusqu'aux Troyens, il prouve, à sa manière^ que les princes de Lorraine sont issus en ligne masculine de Pharamond et d'Anlhf^nor, venus de Francien, fils d'Hector, fils de Priam. Francien, fuyant de Troie, serait passé en Pannonie, et se serait établi à Sicambrie (Budç), avec sa femme, fille de Bhcmus (fondateur de Rheims), fils lui-nlbme de Nannès (fondatepr de Nantes).
Depuis, ces princes illustres ont exeii*cé les premiers et plus honorables états et dignités delà couronne de France, et peuvent être appelés à juste titre princes du sang des premiers rois de France et de Charlemagne; « à moins, ajoute-t-il, que V jéntigui" « sard ne publie par ses écritures que Charlemagne et Hugues « Capet, princes de grande et admirable réputation, n'étaient que « potirons vepus en une seule nuit ^. » Développant sa thèse, 4tiré
1 VJnti'Guisart, qui fut imprimé k Paris, sans nom. de ville ou d^auteur, se trouve au tome premier des Mémoires de la Ligue, p. 355.
S C*est ce que doit k peu près répéter le père du Paz, dans son Histoire généatogique : « Ledit Philippe -Emmanuel est issu de deux maisons des » plus illustres et anciennes d'entre les princes de 1 Europe. Car, du côté <« paternel, Torigine de la maison de Lorraine est si ancienne, quelle se peut M vanter en vérité d'estre issue des anciens roys de France de la première et Il seconde lignée, et du sang de Charlemagne, du costé des femmes, etc., » p. 122. — Cf. Satire Ménippée, harangue de M. dAubray, p. 445, éd. de I^bitte.
montre sarabondamment combien sont glorieuses les différentes branches de la maison de Lorraine : il défend la oiëmoire des Guises, soutiens généreux des rois contre les attaq^iies ambitieuses des princes de la maison de Bourbon ; ils ont sauvé le royaume et la religion catholique. Et maintenant les catholiques ont bien raison de rejeter un prince huguenot; « car c'est une chose très-certaine « que tout Prince, monarque, roi ou autre, qui viole les lois fondait mentales de son Estât, se rend privé et indigne de toute obeyssance, c honneur, respect et fidélité, et qu*en ce cas ses subjects le peuvent « chasser, et procéder à Teslection et réception d*un autre, qui « mérite le glorieux nom de Roy^ »
Biré, s'il n*est pas complètement hostile aux princes de la maison de Bourbon, réfute surtout avec force, quoique d*uné manière indirecte, les prétentions du roi d'Espagne, qui commençaient à inquiéter Tambition de Mercœur; à propos de la biographie romanesque de Pharamond, il soutient la loi salique, vray fondement et pilier de l'État, et déclare que ni les femmes, ni leurs descendants, ne peuvent avoir aucun droit sur la couronne de France^.
Son livre, écrit avec une certaine verve de style, a^^c un étalage curieux de prétendue science, et souvent avec une habile modération à regard de Henri de Bourbon, était principalement destiné à rehausser la naissance, les services et les talents du duc de Mercœur. Comme le remarque avec raison M. Bizeul, Tune des parties les plus curieuses de cette œuvre, ce sont les articles concernant Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues et le duc de Mercœur son gendre ; il écrit tout à fait dans le sens des prétentions de Mercœur sur le duché. Biré n*hésite pas à dire que le vicomte et Charlotte de Brosse, sa mère, étaient du sang royal des vrais et légitimes ducs de Bretagne, représentant le fils aîné de Charles de Blois et de Jeanne la Boiteuse, héritière du duché de Bretagne'. La prise de possession du duché par Jean de Montfort, en 1365, est qualifiée par lui d'usurpation, le traité de Guérande non avenu. « Ce vieux procès non jugé, ajoute « M. Bizeul, le consciencieux et savant écrivain, et que les Valois « eux-mêmes craignaient tant de voir relever, qu ils demandaient, à «^ chaque règne, des ratifications aux descendants vaincus de Jeanne
i Biré, liv. II, p. 49.
sBiré, liv. II, p. Il, 13.
« la Boiteuse, ne pouvait être reproduit avec plos de fayeur et | « être plus de justice qu'à Tépoque même où Henri IV venait de ane- « céder à ces mêmes Valoils, très-légitimement pour la France, mflia « non pour la Bretagne ; car ils ne descendaient m de la ducbease « Anne, ni delà femme de Charles de Blois... Mercœur pouvait donc « assez naturellement rappeler et faire valoir des droits hf^réditairea u concentrés sur la (ête de sa femme, et qui ne lui avaient ét^ enle- ^ vés que par une longue prescription, maintenue par la force ^. »
L'ouvrage de P. Biré était destiné à la plus grande publicité ; il éCail lu et goûté en Bretagne, au moins tant que M«roœur fut puissant^ et Fauteur fut célébré, suivant la mode d«i temps, par des élégies, des sonnets surtout, en latin comme en français. Déjà les poètes qui cbantai<*nt Téldquence de J. Le Bossa, noasx>nt donné quelque idée de la littérature et du goût nantais à œtte époque ; ^luelqu^ nouvelles citations nous feront voir cotmment était accueilli le panégyrique des princes lorrains.
Yofei la fin d'un sonnet :
(c Ton nom parmy le lenr doit florir immortel,
ce Poisqae par toy leurs noms sont escrits dans le ciel ,
« Et que leurs faits divins sont chantez en ton œnvre.
« Grands ces Princes lorrains, docte et ^rand ton labeur ; . «
a Admirables leurs faits, et divin ton honneur,
a Puisqu^un nouveau Francus en nostre duc tu treuve. »
Biré, dit un autre poète de la pléiade nafntaise, Jean Gallo, sienr de la Bamée :
ce Biré , tu ne pouvais mieux orner tes escrits , « Que de ce nom Lorrain tant aymé de la France V « Tu n'as que trop caché ta divine science , a An regret desplaisant de tous les bons esprits
<c Toy , contre tant d'erreurs plein de mémoire heureuse ,
€( Tu nous faits veoir au vray ceste maison fameuse
« De ce grand Pbaramond prendre son tige et nom , etc. »
Biré, c'est la gloire de Tantiqne Armorique : Birœe, Armorici lausque decusque soH; c'est la splendeur de sa maison, stirpi suœ ebur, comme on le répète spirituellement dans un anagramme, qui
1 Biographie bretonne , article Biré.
EN BBIBTA6NE. 2tl
paraît avoir été trës-apprécié. Un autre poète, Simon Simson, termine ainsi une longue élégie :
« O quantum gens Galla tibi, Lotharenaque débet « Gloria? Tùm civi terra Rritannasuo? »
Patrice Martin, procureur du roi à Guérande, René Michel de la Garnison, rivalisent avec Adamus Scotus, professeur de philosophie et de mathématiques. Michel Biré, sieur des Brosses, célébrait ainsi Fhistorien, comme Tavait également fait Jean Biré, sieur de la Gre- DOtiëre, frère de Fauteur :
ce L'Egiptien jadis s'acquéroit la créance
(c Par la garde des corps de ses prédécesseurs :
ce Ce recueil donnera aux justes successeurs
«c De nos princes Lorrains , le crédit et puissance.
<c Ce recueil nous faict veoir florissante l'engeance « De ces princes Troyens, généreux agresseurs, c( Assaillis en tous lieux, généreux deffenseurs, rc Des Lorrains contenant l'histoire et alliance.
« Achille ne fut plus d'Homère éternisé,
<c Que des Lorrains le nom est immortalisé,
c( Par ton discours, mon frère, autheur de ceste histoire:
ce Histoire qui faict veoir que ce n'est point en vain c< Que du Clergé l'appuy on nomme le Lorrain ^ c( Lorrain dont k jamais l'Église aura mémoire. »
L*un des poètes les plus remarquables de cette cour du duc de Mercœur, était sans contredit Julien Guesdon, qui lui aussi dédiait naturellement son recueil au très-illustre et magnanime priùce Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur : ce sont des pastorales, à la manière des Bucoliques de Virgile, des élégies, des sonnets amoureux surtout*. Les misères dû pauvre royaume de France le touchent et rinspireill ; il s'adresse à Mercœur Ini-môme :
1 Ce livre rare, dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque d'Angers, a pour titre : Les Loisirs de Modope, premières œuvres poétiques de Julien Guesdon, sieur du ffaut'Plessis,angevin; etc.^etc. —Eglogues ou PastoralUsf amours d'JSuryclée ; épigrammes et madrigalles; eto.;— à Nantes, chez Nicolas des Marestz et Faverye , 1593.
« Voyant toute la France « N'avoir Tesprit bandé qu'au malheur qui l'ofifeittce, « Que tout chacun n'y bruit que d'horreur, que de sang, «« Pai pensé qu'entre ceux qui y ont un beau rang, « A vous seul que je tiens pour seigneur et pour maistre, tt Je devais adresser ce mien discours champestre, a OU ces deux contadins, ces deux simples pasteurs, ce Bevisans, sans flatter, de nos communs malheurs, c< Peut-estre pourront bien remuer quelque chose « De ce que votre esprit plus haultement compose. « Je l'ai faict seulement afin que quelques fois, <c Lorsque, poudreux, aurez devestu le harnms, (c Ou qu'estant retourné d'une brave rencontre, « Ne preniez à dédain que quelqu'un vous le monstre. « Voyez-le, je vous pry, doncques d'aussi bon cœur, ce Gonune je pryrai Dieu qu'il vous fasse vainqueur. »
Parmi ses pastorales, on remarque le devis bucolique entre PbiloD etËrastin; c*estune imitation continuelle et facile, mais sans force, des égiogues de Virgile. Philon fait les plus belles protestations d'amitié au berger Ërastin :
« On pourra voir la rivière de Loire c( Plus tost sans eaux, sans sable, sans poissons , ce Les champs privez de leurs jaunes moissons, ce L'air sans oiseaux, et le ciel sans estoiles , ce La mer sans flots, sans vaisseaux porte-voiles \ ce Plus tost les prez demeureront sans fleurs, «< L'Anjou sans vin, l'Egypte sans chaleurs^ c( Plus tost Gérés quittera les campagnes, « Les animaux leurs fitdèles compagnes , « Qu'on puisse voir nostre saincte amitié ce Se refroidir pinr qtielque inimitié. » Etc.
Mais Ërastin est accablé de tristesse :
« Voyant gaster ainsi la pauvre France ce Par nos mutins, que j'en perds patience , Cl Voyant pays que le monde vantoit, ce Que l'estranger de tout temps redoutoit, «c Estre aujourdtiuy quasy réduit en proye ce Et par les siens dévoré jusqu'au foye.
ce Aus^ chacun, du plus grand au petit, ce Ne faict plus rien sinon que par despit.
EN RBBTAGIfE. 213
« Tout va, tout court, s'en dessous, peUe melle, ce Ce n'est plus rien que discord , que querelle i^ « Car tout chacun , contre droict et raison , ce Vent commander h sa discrétion.
« Je dy pour ceulx qui ne veulent cognoistre « Pour gouverneur, ce prince tant honneste, •<c Ce grand Mercœur, que Dieu nous a donné, « Que les hauts cieux nous avoient ordonné « Pour nous régir, et eu tout temps défendre (t Contre ceux-là qui nous veuUent surprendre. »
Le poète maudit les huguenots, et déplore, en style pastoral, les malheurs de la guerre civile ; parfois il développe en vers longs et fatigants le Fortunatos nimiùm dn poète latin :
« Bien heureux est celui qui, loin de toute afifmre,
« Vit franc d*ambition et n'a point d'adversaire ^
« Qui, comme les anciens, cultive de ses bœuf^,
« Sans tromper son voisin, le chaitip de ses aïeux ;
« Qui n'est point esveiUé par l'esclatant tonnerre
« Des tambours, des clairons, pour marcher à la guerre. » Etc.'
Julien Guesdon est aussi galant; il n'a garde d*oablier. les dames, et surtout M™' de Mercœur :
Madame, je ne puis, ayant servy mon maistre.
Monseigneur de Mercœur, presque trois ans entiers. Échappé maints dangers par maints et maints sentiers, IXe vous prier aussi de me vouloir cognoistre;
INon que digne j'en sois, ou que pour plus paroistre Je veuille vous flatter, louant vos devanciers. Qui eux-même ont acquis leurs immortels lauriers. Sans que je puisse rien k leur grandeur accroistre.
Toutefois, je veux bien, malgré tous mes envieux, Dire que je vous suis très-humble obséquieux Et que je vous consacre à jamais mon service.
< Un plus savant que moi se pourra bien vanter De vouloir vos vertus et vos grâces chanter, Mais peut-estre il n'aura si secret artifice. »
Au milieu de ces sofinefs galants, dédiés à la dnchesse et destines d etHébrer les dames, nous trouvons parfois des épigrammes, comme celle-ci, qui est assez piquante :
« Et la femme et la mer sont une mesme chose, c( Tous deux sont dangereux, tous deux sont inconstants, c( Tous deux sont sans mercy, tant plus l'homme flattants, ce Qu'un beau temps calme et doux h ses gents se propose.
ce Geluy qui sur la mer voyager se dispose, c( Et qui veut femme aymer, sont comme bois flottants c( Qui contre les rochers souvent vont esclattans, et Par leur porte perdant le bien qu'on y dépose.
ce Si la mer belle on voit, le gouster est amer, ce La femme est tout ainsy à qui la veut aymer. ce Donc, pour eslre certain de ne faire naufrage,
ce Marche toujours sur terre, en ayant le moïen , ce Et sois toujours garçon si tu as quelque bien -. ce Car tout homme d'esprit t'en estim'ra plus sage. »
Mais le poète élégiaque et galant n'oublie pas les întërôls politiques de ses bienfaiteurs et maîtres : leurs ennemis sont les aatears de tous les maux qui désolent la patrie ; qu'ils soient maudits, qo^ils disparaissent, et qu'avec le triomphe de Mercœur renaissent les temps heureux de Fâge d'or :
ce François, oU courez-vous ? contre vosire patrie, ce Contre la mesme foy qu'observaient vos aïeux, ce Dont la simple bonté valoit mille fois mieux ce Que les desguisements dont pleine est vostre vie.
ce Le traistre huguenot, bouffi d'orgueil, d'envie, ce A coullé ce poison dans vos cerveaux vanteux, ce Qui, ayant faict de vous, vous rendra malheureux, ce Vous faisant comme il faict à quiconque s'y fie.
ce S'y fie qui voudra, nous ne le croirons poinct : ce II y a trop longtemps que debastons ce poinct \ ee Puis nous sonmies certains d'avoir la vraye église,
ce Dont Christ nous a basti l'assuré fondement,
ce Qu'il a promis garder inviolablement,
ee En despitde Calvin et du roi qui le prise. »
Beaucoup des ouvrages alors composés dans l'intérêt de la gloire ou de l'ambition de Mercœur, ne sont pas parvenus jusqu'à nous; e^est à peine s'il existe quelques rares exemplaires de ceux qqe nous
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ayons pa consulter : ils disparurent, pour la plupart, quand le triomphe de Henri IV eut condamné à un oubli éternel la cause et les prétentions ambitieuses du prince lorrain. Ainsi, nous ne connaissons ni les sermons du théologal Christi, ni ceux du jacobin Le Maistre : nous ne retrouTerons jamais, probablement, les œuvres poétiques de Cailo. sieur de la Ramée; de M. de la Porte, médecin de Mercœnr ; du frère carme Nicolas Dadier ; de M. de Saint-Remy, Tun des capitaines du château de Nantes ; de la Roche-Cousin ; de Hicbel de la Garnison; de Gendronnière ; du Tertre, etc., etc., serviteurs du duc ou notables Nantais^. L*on peut affirmer qu^au point de vue littéraire, nous avons peu à regretter, si Ton en juge par Tun des plus féconds et des plus célébrés, dont les oeuvres restent complètement ignorées, comme celles de Julien Guesdon, mais ne sont pas encore perdues.
Cest Nicolas de Montreux, gentilhomme du Maine, né à Sablé, vers 1561, qui prend le nom d*Olenix du Mont-Sacré. Malgré ses nombreux et volumineux ouvrages, il est si mal connu, que les plus savants bibliophiles pensent qu'il a été calviniste, et lui font composer à dix ans un ouvrage qu'il a publié à Nantes, lorsqu'il avait trente ans. Des malheurs l'avaient forcé de se réfugier dans cette ville, où, grâce à la protection de M. de Bois-Daupbin, il avait été bien accueilli par le duc de Mercœur. G*est là quMl compose plusieurs poèmes, en l'honneur ou pour l'agrément de son noble protecteur : ainsi il lui dédie VArimène, ou le Berger désespéré, longue pastorale en 7500 vers, et en quatre act«s, que le duc fait représenter dans la salle du château de Nantes, avec une* grande magnificence; toute la noblesse avait été conviée à ce spectacle vraiment royal, qui durait deux jours 3. Il publiait encore à Nantes un poème en deux volumes, intitulé : V Espagne conquise par Charles-le-Grand, roi de France. Enfin, son ouvrage peut-être le plus rare et le plus curieux pour nous, sous le rapport historique, sortait des presses de Nicolas des Mareslz et de François Faverye, dès 1591. Ce sont les Regrets d'Olenix du Mont-Sacré, dédiés à très-illustre^ vertueuse et cathotique princesse, M*"" Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur
1 L'on trouve quelques pièces de vers de ces poètes ignorés dans les œuvres de P. Bif é, de Le Bossu, d'Olenix du Mont-Sacré, etc.
2 Le 25 février 1596. — In-12 , i597, Nantes, chez Pierre Dorion.
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et de Peothiëvre, comtesse de Marligues : dans la dédicace, naturellement lonangeose, il proteste qo'il neserwa jamais qu'elle, non «n souvenance de sa courtoisie, mais en l'honneur de sa vertu.
Cest un recueil de près de trois cents sonnets , fort pen remarquables, adressés i la plupart des personnages qui formaient la cour politique et poétique de Nantes : M. et W^*" de Hercœnr, M°''>de Martigues, M""' de Joyeuse, M. et W^^ de Bois-Danphin, etc., sont surtout célébrés ; puis ce sont les capitaines du château de Nan* tes , MM. de Saint-Rémy, de Mauléon, Carys, et spécialement M. de Bardin, premier valet de chambre à Monseigneur, commandant sous son autorité dans le château de Nantes, dont la main libéraU a fait les frais de l'impression, parce que l'auteur était sans moyen^ : ce senties familiers de Mercœur, Péchin, son secrétaire; la Bagotiëré, son négociateur ; du Pas^; de la Ramée, de la Porte et Vivant, ses médecins; du Guébriand, Loys de la Morissière, sieur de Yicques, Blanchard, ses capitaines; de Marconnay, abbé de Rislé, le prieur de Saint-Hylaire, le chanoine des Courans, Ghristi, Nicolas Dadier, Raoul Le Maistre, frbre Le Bossu, etc., ses religieux et ses prédicateurs. Cest là ce qui rend le recueil d'Olenix curieux pour rbistorieii de cette époque ; car il nous fait connaître, en quelque sorte dans rintimité, tous ces personnages, qui jouaient alors tour rôle, pins ou moins glorieux» dans la guerre civile. S'adressant à notre maître Chriati, il lui dit :
« Belle âme, de ce feu immortel inspirée ,
« Qui resebauffe nos sens au brasier de la Foy,
et Bel esprit catbolic,deffeIi8eur de la Loy,
« Àusang de Jesus-^hristsainotement inspirée, etc. »
A Le Maistre : '
<c Payme et crains tes discours; leur doctrine est utile
c< Et cruel le tourment qu'ils donnent au pervers ,
<c Doublement au public , outre cela tu sers ,
ce En preschant , par ta voix , escrivant par ton stille "
1 « Mauléon, aussi courtois que son compagnon Bardin estoit rude et barbare. »
â E8t-«e le père Augustin du Paz , qui prêchait le carême à Blain , dès 15S4 , comme il nous lapprend lui-même dans son Histoire généalogique, et. qui était prieur du couvent de son ordre en I59â ?
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A M. notre mattre Le Bossa :
ce Esprit, du Sainct Esprit la divine trompette, ce Combien as-tu de cœurs endormis réveillez , ce Par toy sont les mortels du vice rappeler , « Bien heureux d'escouter ta dodrine pArfaicte »
A M. de Gourans :
a Guide de ce troupeau délaissé , misérable ,
ce Par son pasteur, quia du loup vestu la peau,
ce Tu paiz divinement ce mesme sainct troupeau ^
ce Plain de los est le camp dont le chef est louable. » Etc., etc.
Enfin, il célèbre pompensement la catholique Nantes, qui a bien voulu raccueillir :
ce Catholique cité , brave ville fidèle ,
ce liantes, port assuré des serviteurs de Dieu,
ce Qui peut trop te louer ? Ton los sainct , chaste et vieu,
ce Luist de tout temps au ciel, faict lumière immortelle *.
ce La foudre du discort n'a peu briser ton zelle , ce Ferme comme tRi rocher, il n'a changé de lieu, ce Ta constance a passé par le fer, par le feu, ce Passant, elle t'engendre une gldre étemelle. ^
ce que divinement Dieu bénira tes faicts,
ce Qu'ils seront honorez des esprits plus parfaicts ,
Cl Le paya t'est obligé, et les bons redevables s
ce Ton nom ne mourra point, les bons vivent toiqours^
ce Les bons te vont louant. Ainsi ton los, tes jours,
ce Seront comme les cieux, sacrés, saincts , perdurables. >>
Citons encore, pour terminer, ces vers qu'il adre^e égalemeni à Meissieurs de Nantes :
ce Invaincuz fils de Dieu, qui réputez victoire ce De mourir, de pâlir, pour defifendre sa Loy ; ce Indigne d'un tel bien, hélas ! permettez-moy c< D'avoir part, en souffrant, k vostre saincte gloire.
ce que douce sera de vos faicts la mémoire, ce Ayans deffaict, vaincu, un hérétique Roy, ce De ceux qui, comme vous sont pilliers de la Foy, ce Le los malgré le temps est aux jusles notoire.
« Poursuivez , fils de Dieu , ceste belle vertu ,
c( C'est beaucoup que d'avoir pour son Dieu combattu,
c< Mais plus encor d'user pour ce subject sa vie :
c< Dieu vous assistera; de vous craint, adore, ce Nostre Prince en sera à jamais honoré, <c Ma muse en vostre los, sera toute ravie. »
Aussi, Nantes donnait facilement droit de cité à son poète louangeur, par Forgane de F.-N. Dadier *.
ce Docte du Mont-Sacré, sacré mignon des Dieux, c( De qui l'esprit sacré sainctement se récrée ce Dessus le sacré mont, oii la bande sacrée ce Des neuf vierges t'aprist ton mestier glorieux.
c< D'un homme, comme toy zélé, docte et pieux, ce La nantoise cité devoit estre honorée, ce Car c*est des gens de bien la retraicte assurée, ce Et l'eflDfoy dès pervers de ce règne odieux.
ce Doncques or' que tu es affranchy de l'orage, ce Et des tristes &orreur^ de l'hérétique rage^ ce Avecque nos Gantois séjourne heureusement.
ce Et comme un beau Phœbus descendu du Parnasse, ce Fay nous veoir de tes vers l'inimitable grâce, ce Vers qui feront ton nom vivre éternellement. »
Faut-il ajouter que le catholique ligueur, le serviteur déTOué de Mercœur a changé de sentiments et d'opinion, quand la fortune changea : il était poète, ou du moins se croyait doué du génie poétique, il ne pouvait Tivre probablement sans faire de Ters ; et il recommença à rimer tant bien que mal, dédiant ses livres à Henri IV -victorieux, et le félicitant d'être passé invinciblement à travers les montagnes armées de ses adversaires^.
i Dadièr, docteur en théologie, était, dit-on, un poète facile et agréable, dont la réputation avait franchi les limites de la province , et qui publia , au commencement du xvn« siècle, plusieurs ouvrages. Voir la Biographie bretonne, qui ne parle pas de son rôle à Tépoque de la Ligue.
s Les bibliophiles , Barbier, Quérard , jetc, ne parlent pas d'Olenix du Mont- Sacré : les notices de MM. Peignot , Brunet, sont très-incomplètes : celles de M. Desportes (Bibliographie du Maine, 1844) et surtout de M. Hautéàu (Nist,
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Telle était la cour de Nantes, au moment des triomphes de Mercœur; tons célébraient ses exploits et vantaient ses vertus, tous paraphrasaient en vers pins ou moins communs ce qu'écrivait Tun d'eux avec plus de concision :
« Sainct Mercœnr est beaucoup hoDoré de TÉglise ; « Car Julien l'Apostat rendre mort il ad?ise ; « Le preui duc de Mercœur ainsi loué sera , « Qui d'uu Boy apostat les fauteurs chassera « Du pais à luy commis par sa valleur exquise^. »
rTest-il pas facile de reconnaître le but et les espérances de celui qui s'écriait, un peu plus tard, lorsqu*oa^lui parlait de son pouvoir souverain : Je ne sais si c'est un rêve, mais il dure depuis dix ans.
littéraire du Maine, 1852, t. II) sont plus satisfaisantes, mais encore fautives. Ils ne connaissent pas le \i\Te des Regrets ^qae M. le baron de Wismes, son spirituel possesseur, se propose d'apprécier au point de vue littéraire. — Voir aussi la Croix du Maine, t. II, p. 171 et l7â, notice incomplète et inexacte. 1 Vers placés à la fin d un sermon de Le Bossu.