CHAPITRE Vm
Faiblesse des royalistes eu Bretagne,* divisions entre les catholiques ètlesoalyinistes du parti. — Les gonyellieurs ne sont pas h la hauteur de leur mission i le prince de Dombes est torgours en lutte avec le parlement et les États; mort de La Noue Bras-de-fer; le maréchal d'Aumont est peu populaire; Saint-Luc, Brissac— Rôle difficile des États royalistes réunis k Rennes ; ils défendent les intérêts et les droits de la province.
Jamais peut-être la royauté ne s'était trouvée en France dans nn état plus désespéré qu'au début du règne de Henri lY; jamais Tunité nationale n'ayait été plus gravement compromise. Mercœur^ grâce aux circonstances exceptionnelles de sa position, semblait surtout assuré de réussir ; le parti royaliste paraissait encore plus faible en Bretagne que dans le reste du royaume. Cependant, après quelques années de guerres civiles et de malheurs, Henri, triomphant de tous 8es ennemis, devait être reconnu rôi légitime par toute la France et par toute l'Europe ; et Mercœur, le dernier des princes, il est vrai, était forcé de se soumettre, sans même oser un dernier effort, une tentative glorieuse de résistance. Nous avons vu la puissance de la Ligue en Bretagne ; il nous faut assister à sa triste décadence : mais le tableau ne serait pas complet, si nous ne disions quelques mots de Tétat du parti royaliste dans la province pendant les troubles:; il en ressortira pour nous cette vérité, qu'il ne fut jamais assez fort pour empêcher la réalisation des projets de Mercœur, et qu'il faut chercher autre part les causes de sa ruine.
Aucune partie de la Bretagne ne devait soutenir franchement et
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par conviclion la cause des Français royalistes : presque toute la province était entrée facilement dans le mouvement de la Ligue. Les royalistes, peu nombreux, peu populaires, n'étaient pas d'ailleurs parfaitement unis, parfaitement dévoués au roi : ainsi, les huguenots du parti étaient fort mal vus et souvent fort maltraités parles catholiques leurs alliés ; on peut en juger par les nombreux arrêts du parlement de Rennes contre ceux de la prétendue religion réformée. Les plaintes du royaliste Pichart nous semblent bien exprimer les sentiments des plus modérés eux-mômes, à Fégard des huguenots ; un libraire de Bennes, Bertrand Avenel, avait publié un pam* phletpeu catholique; F affaire avait fait beaucoup de bruit dans la ville, et il avait été seulement banni pour deux ans, au grand scandate et murmure du peuple, B est vrai que défense était faite à tout libraire ou imprimeur d'imprimer ou d'exposer en vente un libelle contre la religion catholique, apostolique et romaine, sons peine d'être pendu et étranglé. Maître Pichart ajoute tristement : « Aujourd'hui, les plus vicieux ont leur règne; car si le plus saint « homme qui soit vivant avait rien dit à un huguenot, il est aussitôt « déclaré et approuvé de la Ligue ; et pultre il est exposé à perdre « tous ses moyens, et estre misérablement reténu prisonnier et « géhenne: il est en grand danger d'estre pendu etestranglé, n etc„ etc^ L'exagération partiale du catholique est ici évidente. Au resta, les huguenots, sauf d'honorables exceptions, comme La Noue, Hont^ martin^, se distinguaient souvent par d'odieux excès, capables d'exciter et d'envenimer bien des haines, Ainsi, même parmi les royalistes, on parlait avec terreur des ravages commis, dans tout le diocèse nantais', par Le Goust, maître de Blain, gentilhomme cruels barbare
i Pichart, c(^. 1714-1716.
3 Montmartin lui-même, comme tous les ca];Htain^ de cette époqiMi, calvi^ nistes ou ligueurs, ordonne de cruelles exécutions : voir ses Jfé7m}iiiej, la Journal de Pichart et les textes cités par M. de la Borderie, dans le Calvinisme à Fitrè, p. 82 î M n s'est commis, dit-il lui-même , plusieurs autres actes pleins d'inhu- « manité, lesquels il vaut mieux taire que dire. » Seulement, Montmartin ne fait pas cette réflexion à propos des excès des calvinistes de Vitré , mais après avoir raconté les exploits des ligueurs.
3 Voir Moreau, Travers, passim, etc. Beaucoup d'écrivains disent que du Gouz ou Le Goust était protestant (ainsi Moreau, p. 118); d'autres le font catholique (dAubigné , Grevain, p. 978) : c est lopinion de M. Bizeul , de Blain , dont rémdition est si grande.