‹ La Ligue en BretagneChapitre 17 sur 26 · M4 LA LIGUE · texte numérisé non relu

M4 LA LIGUE

2o Les difficultés do la position du roi, qui avait le plus grand besoin de ces secours, et qui, comprenant les intentions secrètes d'Elisabeth, désirait cependant sauvegarder les intérêts de sôq royaume;

3"* La vigilance des représentants du parti royaliste en Bretagne à défendre la province contre les entreprises de leurs dangereux alliés.

Depuis longtemps, les Anglais connaissaient le chenxin de cette terre de Bretagne, jetée par la nature comme une menace conti- . nuelle en face de leurs rivages : ils avaient fait les plus grands e£rort3 soit pour la soumettre à leur domination, ^oit pour Tarr^cher à Taciion envahissante de la France; il^ n'avaient pu réussir. Aiissi, depuis l'iépoque de la réunion, n'avaient-ils cessé d£ Tattaquer, comme pour la faire repentir d'être française ;. mais les marins bretons, dès le xyr siècle, s'étaient déjà montrés plus d'une fois les dignes adversaires des marins anglais. £n 1512, Henri YIII avait préparé une flotte considérable pour tenter une descente en Bretagne; les Bretons se défendaient courageusement près de Brest, et la victoire qu'ils remportaient sur les ennemis, en 1513, était à jamais illustrée, p^f l'héroïque dévoiiemeoi du capitaine de la G<u:delière, André Pprlzanogu^r ou Prim^mei *.

Dix ans plus tard, la riche ville de Morlaix était prise et pillée par le$ Anglais. Soa@ Henri II, toutes les cdles méridionales^ Loomir prjaker, Hofial, Hasdic, Qell^rl^, éiaieni égalemei|t ravagée» (^4B) : ils restaient nifysyd pendant quelque temps maîtres de cette djernière position, si importapte (1557). L'année suivant^, une flotte très^iGpnsidérable s'cimparp du Conque! ; les Anglais brûlèrent les églj^s, ravagèrent les willages voisins et eommirent d'horribles excès ^ : ils. avaient même déjà formé le projet de prendre Qreat; mais les milices du pays e-ëtaient réunies au son du toosin, sous la con4uite d'un brave genMIbomme, et les avaient foreés à se rem^ barquer (155^)'. Enfin, profitant des guerres civiles qui désdaient lia France, les Anglais, sous prétexte de soutenir les calvinistes,

1 Jetés d§ firet., t. lU, col 903, ^06. — D'Argentré, liv. ^n, ch. S6.

2 Sur quatre cent cinqi^nte pouiispps, 4 eo resta huif; 4^bQ\it| à Ploago^YdUa, sur près de cinq cea^ maisop^, il eu échappa douze. — V. potier 4p M.I^ J^aii, dans le BulL archéoL de l'Association Bretonne, t. III, p. 137.

3 Dom Taillandier, p. 250, 2S0, 264.

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iTaient, à diverses reprises, ravagé toutes les e<ytes, pillé les villages, et pris les bâtiments marchands : Saint-Malo, Morialx et Nantes avaient surtout souffert.

Hais, depuis ralliante intime des Ugueurs et de Philippe II, la situation était bien changée pour Elisabeth. Le roi d^Ëspagne s'était baoteinent déclaré Tennemi oKNrtel des calvinistes dans toute TEurope; partout, ancoDtraire, la reine d'Angleterre les soutenait. La oiort de la catholique Marie Stuarl avait été comme un défi menaçant, auquel Tambitieux Philippe avait répondu par Tlnvincible Armada ; cette flotte immense avait été vaincue, plus encore par les tempêtes que par les Anglais : mais Topiniâtre Philippe persistait dans ses efforts ; ses intrigues troublaient l'Angleterre, soulevaient TMande, et mettaient en péril la couronne, la vie même d'Elisabeth. Elle lui rendait baipe pour haine, soutenaU la rébellioB des Flamands, dirigeait des expéditions destinées à enlever à Philippe II le Portugal, récemment Conquis; tandis que ses hardis marins poursuivaient sur toutes les mers les riches galions de FEspagne. An milieu de ces luttes, au premier abord purement religieuses, Elisabeth avait deviné le génie de sa nation, l'avenir de son pays ; et déjà c'était l'empire de l'Océan qu'elle disputait aux Espagnols, jusqu'alors sans rivaux. La grande affaire, pour le gouvernement anglais, était donc de résister aux projets ambitieux des Espagnols, d'affaiblir leur puissance, de leur nuire par tous les moyens imaginables, en toute espèce de rencontres. Elisabeth ne pouvait rester indifférente aux événements importantsqui se passaient en France; elle devait prendre part à nos malheureuses guerres civiles. Ëtait-ce par conviction ou par politique religieuse? Non sans doute; car il serait facile de prouver qu'elle n'a cessé, pendant son long règne, d'être dirigée par le mobile unique de Tintërêt. Elle a soutenu Henri IV catholique, comme elle l'avait soutenu avant sa eoo^version : elle n'a pas sans doute espéré que la France pût devenir protestante avec Henri de Navarre; elle n'a même jamais défendu les intérêts politiques et religieux des calvinistes, et sa prétendue douleur en apprenant la conversion de son allié, toutes ses letures', toates ses démarches à ee sujet, ne sont, en réalité, que des mensonges officiels. Si Elisabeth fut mécontente de cet événement, depuis longtemps prévu, c'est qu'il devait hântr la fin des guerres civiles et rendre la paix à la France ; or, la reine, en bonne Anglaise, avait toujours vu avec une joie secrète les divisions qui ruinaient un pays

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rival de rAiiglelerrc. Si elle a secouru Henri IV de son argent et de ses soldats, nous ne lui devons qa «ne très-faible reconnaissance, ei nous ne pouvons nous associer aux ëloges que souvent les historieDS et les poètes, Fauteur de la Henriade, par exemple, ont accordés à sa généreuse assistance.

Nous croyons qu'Elisabeth, dans rintérôtde rAngleterre, ne songeait qu'à proâter des troubles de la France ; mais ce qu'elle craignait, ce qu'elle devait craindre surtout, cVtait le triomphe des ligueurs et de Philippe IL Si Henri IV était vaincu, c*était le roi d'Espagne qui profitait plus que tout autre du démembrement de la France ; et quel danger immense pour FAngleterre, si son redoutable ennemi devenait seulement mailre de la Bretagne et de la Normandie! Les Anglais étaient chassés de TOcéan, et la conquête de leur pays n'était plus impossible. Voilà le motif réel, Tunique motif des secours que Henri IV obtint d'Elisabeth, et encore avec les plus grandes peines, par les prières et les flatteries les plus humbles. Henri avait un exirôme besoin de ces secours ; aussi déploya-t-il une rare habileté, une souplesse à toute épreuve dans ses relations diplomatiques avec son excellente alliée la reine d'Angleterre*

Dès le commencement de son règne, Henri EV avait réclamé les secours d'Élisabeib contre les Espagnols; et elle avait envoyi', après quelque hésilation, 20,000 livres sterling en or, et quatre mille Anglais, sous le commandement de lord Willoughby, M aïs le tout-puissant ministre Bnrgbiey les avait fait revenir, au commencement de 1590; car il regardait la continuation de la guerre civile en France comme un avantage pour T Angleterre*. Aussi fallut-il de nouvelles instances et de nouveaux dangers, pour décider Elisabeth à secourir te parti royaliste en Bretagne.

Le chevalier Boger Williams adressait à la reine une relation détaillée sur Tétat des aifaires de France, et lui montrait les Espagnols menaçant surtout la Bretagne : « Alors, disait-il» il nous fau- « dra avoir des garnisons dans tous nos ports, et envoyer toujours (t nos vaisseaux de guerre pour escorter nos vaisseaux marchands : « mais Tennemi Jure que si nous envoyons notre flotte en Bretagne, « il la fera périr, nous battra et entrera dans notre pays. » Il ajoute plus loin ces paroles remarquables, qui expliquent parfaitement les

1 Litigani, t. IV. p. :)69| éditioD Charpentier, t843>

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dispositions du goiivernemeDt anglais : « Le prince de Parme ne se <t met pas en peine de voir la France déchirée on divisée, pourra « que son parti soit le plus fort; et nous ne devons non plus nous <c embarrasser que du crédit et de la puissance des Espagnols. Mais « quel avantage nous reviendra-t-il que la France soit en guerre « continuelle, si les Espagnols sont maîtres des ports de mer 7 II « vaudrait mieux pour nous qu^ils eussent cinq autres provinces, « que d*avoir la Bretagne ; car tous les meilleurs ports de France « sont dans cette province. . . . Après tout, il n*y a aucun moyen « de nous sauver, qu*en envoyant incessamment 8,000 hommes « ou en Bretagne ou dans les Pays-Bas ^ »

Telles sont, en réalité, les préoccupations de la reine et de ses ministres: ils connaissent et ils craignent les projets ambitieux de Philippe II; c*est la cause de TAngleterre qu*il s*agit de défendre, en soutenant contre lui la province française de Bretagne. Bien plus, profltant de la malheureuse situation de Henri lY, les Anglais ne pourront-ils pas former eux-mêmes en France quelque établissement de grande importance, qui fasse oublier à leur amour-propre national la perte de Calais ?« Xaimerais mieux, écrit lord Burghlcy « à Tambassadeur d'Angleterre, qu'on eût laissé Paris et Rouen, « sans les recouvrer, que de perdre la Bretagne. » Et, au môme moment, lorsque le parti royaliste, après la malheureuse journée de Craon, a surtout besoin de secours, et ne paraît pas devoir se montrer difficile sur les conditions, le même ministre déclare qu'il faut absolument un port de mer pour les Anglais en Bretagne. Voilà la générosité des alliés de Henri IV 3.

Déjà, dans les derniers mois de l'année 1589, l'ambassadeur de France auprès d'Elisabeth, Beauvoir La Nocle, avait engagé la reine à octroyer des lettres de représailles contre Hercœur et les Nantais, qui avaient vexé les pauvres marchands anglais' : mais le duc de Mercœur était moins à craindre que Philippe II, et l'on dut être bien effrayé, à la cour d'Elisabeth, lorsque l'on apprit que les

i Rymer, t. VU, p. 47 : Fœdera, conventiones, litterœ, etc.; accar. Th. Rymer, edit. tert., 174S.

2 Lettres du prince de Dombes pour réclamer des secours, 31 mai 1593. — Lettres de Burghley k Tambassadeur, 39 mai et 6 juin 1593. — Rymer, t. VII, p. 94-95.

3 Rymer, t. Vil, p. 12.

ebeis de la Ligae étaient disposés à le reconnaitre protecteur do royaume de France. Entre autres secours, il avait promis d'envoyer à Nantes 500 chevaux, 3,000 hommes de pied, un navire chargé de munitions de guerre, et dii chargés de grains, etc*. L*on était alors généralement persuadé, en Angleterre, que le duc de Parme devait, pour obéir aux ordres de son maître, faire une expédition à travers la France, ju8qu*en Bretagne, 8*unir an^ Espagnols venus à Nantes, et soumettre toute la province. Elisabeth écrit à Henri IV, pour le supplier d'empêcher par tous les moyens une jonction si funeste. Beaucoup de lettres répètent ces paroles : « Une flotte s^appréte à (c sortir d*Espagne ; et alors le duc de Parme ira tout droit en « Bretagne : il fait tous ses préparatife ; les Anglais savent que « cela a été décidé^, j» La reine est trës*inqniète, comme on le voit dans ses instiructions à Edmond Yorke qu'elle adresse à Henri IV; elle parle déjà d'envoyer des secours. Celui-ci connaît aussi le danger qui le menace; mais, dès le premier jour, en habile politique, tout en protestant, dans ses^ lettres pleines de flatterie . adroite, qu'après Dieu, c*est à la reine d'Angleterre qu'il devra son royaume, il lui {ait voir qu'elle est au moins aussi intéressée que lui à empé* cher le triomphe de Philippe H. Par exemple, dès le 7 décembre 1589, il écrit à ses ambassadeurs Beauvoir La Node et de Fresnes, une lettre destinée sans doute au gouvernement anglais; il leur annonce que, du Mans, il va se diriger vers la Basse-Normandie, « sur l'avis qu'il a de quelque entreprise qu'il y a, mesme de la « part des Espaignols; entres aultres places en celle de Saint-Halo, « sur laquelle ils ont fait particulier desseing, comme lieu qu'ils ont «( estimé propre en leur entreprise d'Angleterre 3. » Dans plusieurs de ses lettres, il a soin d'entretenir les craintes, d'ailleurs assez fondées, du gouvernement anglais *. il annonce qu'une armée espagnole se réunit à la Gorogne, et qu'elle menace les côtes de Bretagne^; bientôt môme, les Anglais apprennent qu'elle vient de débarquer et qu'elle commence à s'établir. A cette nouvelle, filisabeth ordonne à l'un de ses plus braves capitaines, François Drake,

1 Rymer, t. Vil, p. 17.

2 Lettres du 30 janvier 1590 : Rymer, t. Vl[, p. 48, 49, 50.

3 Lettres missives de Henri IF, l. 111, p. 98.

4 Lettres missives de Henri W, 6 mai 1590, p. 191.

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!• lerrear des Espagnols, d'aller recoMattre c6 qui se paiftse eti Bi^tagne. B se bÀ«e d^accdtnplir sa missioi^, et s*aAresse au pvinee dei Dombès, pour obtenir les renseigneinents qoMt ddsire.

« ^ti prince de Bombes^ François Drake.

« Aussitôt que le bruit s'est ici répandu, qae rennemi commifn de « l'on et Tautre royaume avait débarqué ses Groupes à Nantes, de « ravis de son QODseil, la reine sérénissime, ma maîtresse, m'a « donné Tordre d'équiper un navire très-rapide, pour aller m'in- « foriaer/dans tes villes de Bretagne, des projets de ees Espagnols ^ « des lieux où ils se sont établis, de leur situation ? .

« J'ai pensé que personne ne pourrait avec plus de certitude que « votre Grandeur, me donner ces renseignements, etc^, etc. »

Le prince de Dombes lui répond :

« Que votre Seigneurie sache que l'ennemi eamman assiège main- « tenant la ville d'Hennebont et s'est établi dans le pert, pen éloigné « de là, que nous appelons Blatel ; il y fait construire une citadelle « très-forte, etc. » Le prince de Dombes réclame» de^ ëecours, et te prie d'appuyer ses demandes auprès d'Ëlisabetll'. lY a bien soin* de montrer les Espagnols tout disposés à faire ufve éJlpédftien contré* I*Angletèrre^«

Quelques joui^ après, excités sans doute par le pFFfice et par les i^eprésentants du pouvoir royal en Breiagne, les déptftéâ des ffeis états de la province^, réunis èf ftenne^, sufppHânt le roi de les aider à oliiiénirle secours de FAagMerre, pour reppottsser rE9pagilol>, antien ennemi d«^ royaume, ei le due de Mercœai* ; «t car le itfal croist, « disenrt-ils, etafjà occupé toute ventre dite province, ne restant pltrs « de ville de retraite à vos fidelles sujets que Bennes, Ploêrniiel, « Vitré etMelestroft. » Us offrent de rembourser les frais des armées qui seront employées à leur détit^âfnce, et domiehl à leu^ trésorier, Gabriel Hux de la Bousehetière, fe^ les pouvoirs nééesSlai^s (30 dée^: 1590)3. n part de Bennes le 10 jatfvier 1^591. Henri I? adi^ésse les députés bretons à son ambassadeur, le priant d^insister auprès d'Elisabeth pour obtenir les secours qu'ils doivent lui demander; en même temps, il écrit à la reine une lettre affectueuse et pressante,

1 Rymer, t. Vil, p. 46-47 (ces lettres sont en latin).

2 Registres des États. — Jetés de Bret., t. III, col. 1515-16, 1532.

pour loi appreodre l'état malheureux de la Bretagne, les projets menaçants des Espagnols, et pour lui remontrer combien leurs intérêts sont unis dans cette lutte contre Tennemi commun (30 janvier 1591)*.

Elisabeth, depuis le rapport de Drake et les lettres du prince de Dombes, n'était pas moins inquiète ; et, le jour même où Henri loi écrivait, elle donnait des instructions détaillées à Edmond Yorke, qu'elle envoyait auprès de lui en mission extraordinaire. Elle s'étonne que le roi ne lui ait pas communiqué ses desseins pour chasser les Espagnols de Bretagne; d'autant plus que Philippe II fait de grands préparatifs, en Espagne et en Portugal, pour prendre toute la province : le prince de Dombes lui a demandé un seconrs, que Henri devrait bien plut6t lui envoyer; elle est d'ailleurs surprise qu*nn sujet ose ainsi s'adresser de lui-même à une reine étrangère, à l'insu de son souverain, et sans l'intermédiaire de son ambassadeur. Cependant, comme elle apprend les progrès des Espagnols, elle est disposée à envoyer des vaisseaux et des soldats, mais à certaines conditions, pour la sûreté de ses sujets : « Vous tâcherez, dit-elle, de vous « procurer pour nos vaisseaux et nos gens Vusage du port de Brest; « et la commodité des rades pour nos vaisseaux, et la ville et les « logements pour notre monde; sans laquelle assurance il n'y « aurait aucune sûreté ni pour les vaisseaux, ni pour les gens. »

Dans toutes ces instructions, l'on voit combien le gouvernement anglais est préoccupé des affaires de Bretagne : le roi d'Espagne fait de grands préparatifs auFerrol, à la Groyne (Corogne?) en Biscaye, à Saint-Sébastien; quand la flotte sera sortie d'Espagne, le duc de Parme doit marcher aussitôt sur la Bretagne, en traversant la France*.

Burghiey remettait peu après à l'ambassadeur français uq mémoire détaillé, renfermant les promesses et les conditions d'Elisabeth ; Henri IV répond à ces différentes demandes.

Il la supplie de lui accorder, pour ce pays particulièrement, jnsqu'à 3,000 hommes de pied : — Les Anglais pourront descendre à Brest^ à Granville ou à Cherbourg. -— Ils seront nourris comme les soldats

1 Jetés de Bretagne, col. 1519, 15i0. — Lettres missives de Henri If^, t. ill, p. 331 , 33â.

2 Kymer, t. VU, p. 50.

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français, « bien qae, pour le regard des boissons, ladite dame et les « seigneurs de son conseil seront avertis, et considéreront, s'il le « plaît, que ladite province n*en est si bien fournie, qu*il ne soit peut- « être besoin leur en faire venir d'Angleterre. »

U accepte avec reconnaissance Toffre que lui fait Elisabeth de foire croiser sur les côtes 25 ou 30 bons navires ; d'autant plus qu'elle apportera par là plus de sûreté à son propre royaume, « auquel les coups, que le roy d'Espagne donne par deçà, ont impli- « citement leur but et leur visée, d II regrette de ne pouvoir l'aider d'une flotte; et il ordonne que les vaisseaux anglais soient reçus dans tous les ports et havres du pays : il désigne en particulier Brest; mais il supplie la reine « de prendre en bonne part, pour lé regard « du château, ce qui a été remontré audit seigneur d'Yorch, pour le « lui représenter sur les respects avec lesquels la condition du temps « vent-qu'il se conduise, pour ne donner ombrage ni mécontente- « ment à sa noblesse catholique. »

Si, avec le secours des Anglais, on peut reprendre Blavet, le port le meilleur et le plus commode de la province, la flotte d'Elisabeth y trouvera toute sûreté.

Quant au remboursement des frais de l'expédition, il envoie les députés bretons en Angleterre ; et il charge son ambassadeur de passer tous les actes et contrats nécessaires (4 mars 1591)^

Le même jour, en effet, il donne à Beauvoir le pouvoir de traiter avec la reine d'Angleterre^. Un mois après, le contrat est signé en bonnes formes avec toutes les garanties possibles, pour que les Anglais soient remboursés de toutes les avances qu'ils pourront faire (4 avril 1591). Le 6, l'ambassadeur et le trésorier des Ëtats de Bretagne font un nouvel accord, par lequel celui-ci, au nom des Ëtats, s'engage à payer tous les frais des secours en hommes et en munitions'.

. On le voit, la conduite d'Elisabeth n'est rien moins que généreuse, malgré les flatteries politiques de Henri IV. Le roi, qui connaissait les appréhensions d'Elisabeth et de son conseil, faisait des efforts de toute nature pour vaincre leur indécision; ainsi, le prince de Dom-

1 Jetés de Bret., t. III, col. 1516, 19. — Kyiner, t. VII, p. 5i.

2 Jetés de Bret. , t. III , col. 1521-1523.

3 Jetés de Bret.,L lll, col. 1523, 1529.

bes, éorit-il à la xeine, a appris, par des lettres interceptées et des prisooniers, qde les Espagnols ont reçu Tordre de fortifier Slayely « pour servir de retraicte aux forces que ledit roy y vealt envoyer^ « et mesme pour Tarmée qu*il dresse pour faire passer^ cest ësté« ^n « Angleterre. » Il demande qu'Elisabeth bftte le départ do secours convenu. « Tespëre, dit-^ili qu'elle et moy nous sçanrons garanfir « du préjudice que la dicte place nous pourroit apporter ; car 6i la « noblesse s'y voit assistée de ce renfort, cela Tencouragera et tous « tnes aultres bons serviteurs de la province, de sousteùir mon ser« « vice arec leurs iibertez, ce que la pluspart n'osent entrefitendrè « ouvertement, se voyans les plus foibles^. »

Cependant, c'est à regret, dit Lingard d'après le chancelier Eger^ ton, que l'on annonce un prêt d'argent, que l'on accorde la petmissioB d*ezporter des munitions de guerre, et que l'on prépare une armée de 3,000 hommes. Et quelles précautimis minutieuses^ pow que les Anglais ne perdent rien^! Le brillant comte d'Essez avait sollicité la commandement de l'expédition, et^ pendant des heures entières, stfpplié la reine, à genoux, de lui accorder sa demande. Il ne put riea obtenir, probablement parce qu'il ne ménageait pas assez le sang de ses soldats, comme Elisabeth le lui avait reproché; et, par les avis de Burghley, l'on conféra cette mission difficile à sir John Norris. C'était un vieux capitaine, plein d'expérience : deux ans auparavant il était avec Drake, à la tête de l'expédition qui avait ravagé toutes les côtes de l'Espagne et du Portugal; il était Tennemi des Espagnols, qu'il combattait alors dans les Pays-Bas, et lesunnis^ très anglais espéraient sans doute qu'il saisirait, mieux que tout autre, l'occasion de s'établir dans quelque position importante de

1 Lettre pressante de trois pages, 19 avril 1591 : Lettres missives, t. m, p. 381, 3.

2 Omnes sumptus bonâ fide, juste ac realiter restituantur et persolmntur in civitate Londinensi secundivm valorem monetœ Jngliœ infrà spatium duo* decim mensium aut citiùs, si citiùs Britannia libéra futura sit ab invadem-' tibus Hispanis. — Et plus loin , après avoir énuméré dans le contrat toutes les garanties données aux Anglais , Tambassadeur s engage lui-même, ses héritiers et tous ses biens, comme caution : Obligo me, et hœredes meos, ac omnia bona mea, tàm futura quàm prœsentia, etc. : contrat fait entre le sieur de Beauvoir et la reine d'Angleterre : Aej/îA^rfiA" des États, dans les Actes de Bret. , t. Ill, col. 1523, 1525. X

Bretagne ^ Aussi, dans une lettre à Henri IV, Beauvoir La Nocle, tout en rendant justice à sa bravoure, ajoutait qu*il tfoulait plutôt commander qu'être commandé, et qu'il fallait se défier de $es entreprises^. L* armée anglaise débarquait à Paimpol, le 12 mai 1591; mais, au lien de 3,000 hommes, conmie on était convenu, 2,500 seulement arrivaient, sous les ordres de Norris. Le trésorier des États, qui les avait accompagnés, se bâtait de prévenir le prince de Dombes que 500 hommes avaient débarqué à Dieppe, pour la Normandie; il était nécessaire de prendre des précautions, pour que la Bre-tagne ne se trouvât pas chargée de tous les frais de Tarmement'.

Les Anglais s'annonçaient assez tristement sur le territoire français ; conduits par quelques gentilshommes royalistes, ils avaient enlevé Tlle de Brehat, poste important du duché de Penthièvre : ils avaientrencontrépeude résistance,carla plupart desbabitants avaient fui; mais quelques soldats se défendirent, et bientôt, pressés par la faim, furent contraints de se rendre : Norris, par un supplice recherché, les faisait périr, en les pendant aux ailes des moulins^. A cette nouvelle, les Malouins furent effrayés pour leur commerce, et leurs, vaisseaux chargés de Tor espagnol cherchèrent en toute bâte un refuge â Blavet, où ils furent très-bien accueillis. Mais Feffroi ne devait pas longtemps durer ; les Malouins proûtaient de la négligence des Anglais, ^et, quelques jours après, un de leurs armateurs repre** nait rtle de Brebat, et s*y fortifiait.

Norris avait rejoint le prince de Dombes près de Guingamp; et la ville était tombée en leur pouvoir, par la trahison du capitaine La Cointerie, fils d*iin pâtissier d'Angers, élevé par la faveur de Hercœur, mais qui voulait se venger de lui^ depuis qu*il avait été forcé de céder le gouvernement de Vannes à la puissante famille d'Aradon^. Alors commencent des marches et des contre-marcbes,qui n'amènent aucun résultat sérieux : plusieurs fois, Dombes et Mercœur, les Anglais et les Espagnols, sont en présence; des deux côtés, dit-on. Ton brûle du désir d'attaquer l'ennemi ; des deux côtés, on évite en réahté une bataille décisive; et la mort de La Noue, au

1 Lingard, t. IV, p. 369.

2 Papiers mauuscrits de Thomas Egerton.

3 Certiticatdu prince de Dombes : Actes de Br et. ^ t. iil,col. 1531-33.

4 Montmarlin , p. 287.

5 Moreau, p. 109-114.

siège de Lamballe, semble surtout paralyser le parti royaliste (août 1591). Les Anglais sont très-fatigués ; beaucoup, comme récrit MoDtmartin, à came de leur gloutonnerie, tombent en de grandes langueurs^ : le général, d^ailleurs, veut ménager ses troupes; à Saint- Meen, à Saint- Jouan, il s*oppose à ce qu*oii attaque Mcrcœur; puis, il ne voudrait pas s'éloigner de la mer. De là des divisions entre Norris et le prince de Dombes ; de là des plaintes d^Ëlisabeth et de ses ministres. On peut lire, à ce sujet, les objections respectueuses, mais fermes, de Norris, qui déclare an prince ses raisons pour ne pas le suivre dans le haut pays : il demande une autre place que Alorlaix, pour servir de retraite à ses soldats pendant Thiver, et il désire être le maître ; car il est assés notoire par tout avec quelle dévotion ils reçoivent les soldats étrangers : d^ailleurs, il attend les volontés de la reine, à qui il en a référé^. Elisabeth ne veut pas, en effet, que ses soldats aillent combattre autre part que sur les côtes ; quel profit en retirerait-elle? Aussi lui ordonne-t-elle d'aller s'établir dans quelque place maritime, et déjà même elle menace de rap* peler ses troupes de Bretagne. Burghley énumëre les griefs des Anglais à l'ambassadeur Henri Unton : « Si les Français, ajoute-t- « il, prétendent qu-Ëlisahetb a autant d'intérêt que Henri à défendre « la Bretagne, qu'il réponde que cela n'est pas; qu'elle a eu plus de (( troupes que le roi en Bretagne ; que celles de Dombes sont si « incertaines, que quelquefois, de toute une semaine, il n'y a point eu « 100 hommes au lieu de 1,000; et quelquefois ceux qui se viennent « joindre au prince, n'y restent ordinairement pas plus de quinze « jours, etc., etc. »

Elisabeth garde encore moins de ménagements, lorsqu'elle termine ainsi Tune de ses lettres à Henri lY : « Pour conclusion^ je a veulx que cognoissiez que nos gens ne demeureront une heure, si « M"" Dombes leur délaisse; m'asseurant que les Espaignolzne farce deront à y venir; et pour ce, si je ne m'asseure que M*^ Dombes « n'y demeure, et soit plus fortifié de plus grandes forces, nos gens ce ne seront sacrifiés pour le plaisir des nonchallanà.

« Prenez en bon gré mes rondeurs, ma patience n'est que trop

« esprouvée. ,r ,.

« Votre bonne sœur'. »

1 MoDtmartin, p. 288 , 289.

3 Jetés de Bret. , t. lll , col. 1538 , 40.

3 Lettres du 3 août, da 18 août, 1591, etc. : Rymer , t. VII , p. 60 , 64.

Le chevalier Roger Williams, qui accompagne Henri IV, an nom d'Elisabeth, se plaint continuellement an roi. Mais, à toutes ses plaintes, il répond « que Tëtat de toute la France est tel, ^ull ne « peut commander absolument sa noblesse, ni en disposer comme « il le voudrait ; d'autant qu'ils servent sans paie et à leurs propres « frais, et qu'ainsi ils s'en retournent chez eux, lorsqu'il leur sem- « blaitbon^ n

L'année suivante, la douleur d'Elisabeth fut bien plus grande, ses récriminations plus amëres et ses demandes plus impérieuses, après la malheureuse défaite de Graon. Les Anglais qui se trouvaient à la bataille, avaient été trës-maltraités; jamais, depuis le commencement de son règne, elle n'avait éprouvé pareille humiliation : ses soldats avaient laissé leurs drapeaux au pouvoir de Her^œur, qui les portait triomphalement à Nantes. A la journée de Craon, Mercœur s'écriait qu'on eût à sauver les Français et à se ruer sur les Anglais; aussi la plupart des étrangers furent tués, soit pendant la bataille, soit par les paysans, qui les poursuivaient dans les blés où ils se cachaient, soit par les Espagnols, qui les massacraient sans pitié jusque dans les bras des Français. « L'on estime qu'ils y « perdirent cinq mille hommes, dit Moreau. Pas un ne fut réservé «.par les Espagnols pour prisonniers, se souvenant de beaucoup ft de maux qu'ils avaient reçus des Anglais^. » Les débris de leur armée se retirèrent avec peine dans un des faubourgs de Vitré, où Montmartin les traitait avec le plus grand soin, d'après les ordres de Henri IV >. Bientôt, les Anglais s'ennuyèrent à Vitré, et voulurent sortir de la place : ils se plaignaient de ne pas avoir de vivres en assez^ grande abondance ; aussi, après avoir commis toutes sortes de profanations et de sacrilèges à Châteaugiron, ils s'avançaient vers la Normandie, au-devant de INorris, qui devait arriver de Caen avec un secours de 800 hommes. En vain le duc de Montpensier les avait avertis de ne pas s* aventurer ainsi à travers un pays occupé par les ennemis : ils s'arrêtent au nombre de huit cents à Ambrières, à trois lieues de Mayenne, et restent quinze jours sans prendre beaucoup de précautions. Deux cents d'entre eux

1 Rymer, t. VII, p. 75.

s'étaient aTancës vers Caen, pour y acheter des vivres, lorsque lenrs compagnons sont enveloppés par Bois-Danpbin, qui avait réuni les garnisons de Craon, de Laval et de Fougères ; ils résistent vaillamment, mais succombent pour la plupart; et leurs drapeaux, enlevés par les ligueurs, sont réunis à ceux quils avaient déjà perdus à la défaite de Craon. Norris arrivait trop tard pour les sauver; mais il venait s'établir dans le Maine, et les vengeait en ravageant impitoyablement tons les villages des environs ; au reste, U$ vivaient, dit le loyal Montmartin, comme Anglais ont accoutumé de faire en France*,

Elisabeth et le gouvernement anglais avaient dû naturellement ^'afiQiger de ces désastres; Us comprenaient sans doute que Jttercœur et les Espagnols avaient alors plus de chances que jamais pour réduire la Bretagne : le danger était grand pour TAngleterre, on Tavouait; et, cependant, c'est avec peine que Henri IV d>tient quelques secours bien nécessaires. Vainement, afin de montrer aux Anglais rimportance de la question, désîgne4-il le brave maréchal de Biron pour remplacer le duc de Hontpensier et réparer ses fautes^; vainement, lorsqu'il connaît la mortjdè Biron, écrit-il à M. de Beauvoir, pour le prier de chercher à apprendre d'Elisabeth si elle auroit pour ceste dicte charge plus tost acception de l'un que de l'aultre; Yzmement ré^ète-t-il, dans ses lettres à son ambassadeur, qu'il est tout disposé à marcher luimême en Bretagne': les Anglais font la sourde oreille, ou plutôt ils veulent profiter de l'occasion pour s'étabHr dans quelque forte position, que leur allié, dans sa détresse, ne saurait leur refuser. Ainsi, Burghley, lorsque le prince de Dombes loi apprend la défaite de Craon et lui demande des secours, commence par déplorer ce désastre : « Les méchantes nouvelles de Bretagne nous mettent « dans un si grand embarras, que nous ne saurions nous en con- « soler, quelque rude accident que le duc de Parme eût reçu.... « J'aurais mieux aimé qu'on eût laissé Paris et Rouen sans les « recouvrer, que de perdre ta Bretagne.» CTest lace qu'A écrit à son

1 De Thou , liv. 103. — Montmartin , p. 297. — D. Taillandier, p. 422.

2 Biron venait d'être nommé amiral de France et de Bretagne : :4ctes de Bret, t. 111, col. 1551.

3 Lettres missives de Henri IF, 7, 10 juillet, etc., t. 111, p. 646, 842, etc.

EN BRBTA6IHR. 1257

ambassadeur. Pois il déclare qu'Elisabeth veut bien enroyer des aeeours dans cette province, mais à la condition expresse que le rQi lui remettra telle ville qu'elle demandera, pour la retraite de sqs soldats ; il faut que ce soit un port de mer, et elle recevra tontes les taxes et impositions qui sont dues au roi, pour le remboursement de ses frais : tel est le sens de tontes Yes lettres écrites alors par les ministres anglais; tel est le sens' de la mission dont est chargé auprès de Henri IV le sieur de Sidney, gouverneur de Flessingue^. Celui-ci môme s*explique d'une manière plus claire, et demande positivement la ville et le port de Brest, dont les Anglais ont reconnu dès Jors toute Timportance, et que depuis bien longtemps déjà ils auraient voulu posséder. Henri IV renouvelle ses protestations d^amitîé et de tendresse politique : mais il ne cède pas, il ne trahit pas les intérêts de la France ; i\ résiste à toutes les prières, comme à toutes les menaces : « Je vous diray, écrit*il à Elisabeth, pour le % regaiCd de Brest, qu'il m'a encore faict grande iqstance de bailler < pour la retraite de vos trouppes, que cela apporleroit un tel « degOQstement à mes aultrcis serviteurs, qu'il m'en pourroit adve^ ff nip beaucoup de mal davantage eq mes affaires^. »

Le duo de Montpensier était moins clairvoyant, ou moins soucieux des intérêts de la France ; il avait envoyé un ambassadeur à Elisabeth, pour lui exposer l'état de la Bretagne, énumérer tous les succès obtenus sur les ennemis depuis la journée de Craon, et demander de nouveaux secours, cinq mille hommes, des canoni^, de la poudre. Après avoir adressé maintes flatteries à la reine d'Angleterre, le duc offrait Ttle de Brehat, qui venait d'être reprise, « trè&- « propre pour la retraite des vaisseaux ; » le château de Tonquedec, pour Tartillerie ,et les munitions; Morlaix et Lannion, pour rafraîchir les soldats ; et il ajoutait : « Est à noter que mondit seigneur « le duc en son conseil baille à monsieur Norris ladite ville de Mor- « laix pour retraite, laquelle estant fortifiée se peut Tendre ^tk un^ f$ mois imprenable à vingt canons, à raison de la mer ; au reste, « c'est un très-bon port <. » ~

Le gouvernement anglais fut mécontent de Henri IV, et n'envoya

i Lettre du prince de Dombes à Burghley, datée de Vitré, 26 mai 159^; lettre de Burghley, du 29 mai, etc. : Rymer, t. Vil , p. 94 , 95 , etc.

2 Rymer, t. VU, passim. — Lettres missives de Henri! F, t. III, p. 642, 643.

3 Actes de Bret., t. III, col. 1554, 1556.

!i58 LA LIGUE

en Bretagne que les forces strictement nécessaires pour prolonger la guerre civile et empêcher le triomphe redouté des Espagnols. Norris, qui les cotnmandait encore, recevait des insti*uctions particulières, qui montrent la défiance et Firritation des Anglais : on lui ordonne de vivre aux dépens du pays, d'écrire en chifiTres au lord trésorier d'Angleterre ; enfin, on lui enjoint de s*emparer, s*il le peut, de Trumpington on i'Mington : était-ce Brest et Morlaix que Ton indiquait ainsi ^? Les Anglais combattent dans le Maine avec les troupes du lieutenant-général Saint-Luc, en Bretagne sous les ordres du maréchal d*Aumont ; leur nombre diminue, et, à la fin de 1593, de nouveaux secours sont réclamés d'Elisabeth.

Pendant toute cette année, les Anglais n'avaient cessé de se plaindre de leurs alliés ; le conseil privé de la reine était d*avis quMl ne fallait plus donner aucun secours, faire môme aucune avance d'argent à la France : les soldats anglais n'étaient-ils pas abandonnés? ne leur refusait-on pas méchamment une ville murée, où ils pussent s'établir tout à leur aise? le nouveau gouverneur de Bretagne, le maréchal d'Aumont, n'avait-il pas l'impudence d'unir ses plaintes à celles de tout le pays, que désolaient les excès des compagnies de Norris, livrées à la plus triste indiscipline^? Les députés des Ëtats s'adressaient en effet au roi, et lui disaient que le maréchal avait, sur leurs plaintes, plusieurs fois envoyé, mais en vain, des personnes de qualité pour arrêter les ravages, taxes, levées de deniers des troupes anglaises en Bretagne, pillages et saccagements des églises, au grand scandale de la religion catholique; ils le priaient d'écrire à la reine ou à Norris, afin que le peuple demeurât ferme au devoir de l'obéissance (7 février 1594).

Avec l'année 1594 commence une nouvelle série de prétentions ambitieuses de la part du gouvernement anglais; son égoïsmeest encore plus manifeste, à mesure que la royauté française se relève, quoique bien lentement encore.

Mercœuret les Espagnols étaient toujours très-puissants; Henri lY ne pouvait disposer de ses troupes, peu nombreuses, pour aller délivrer la province : aussi, était-on contraint de réclamer encore,

1 Rymer,t. Vil, p.99,i00.

2 Rymer, t. VIL —Lettres missives de HenH IF, t. III, p. 851. — Actes de Bret. , t. III, col. i585.

EU BRETAGI^E. 259

mais à regret, les secoars des Anglais , de plas en plus mal vos dans la catholique Bretagne. Jadis; Henri IV , au moment de ses bons rapports avec Elisabeth , s'était adressé direciement à elle : maintenant, il s'efface; il craint Thumiliation d'un refus , ou plutôt il aime mieux voir les représentants eux-mêmes de la Bretagne traiter avec Elisabeth, et défendre contre elle les intérêts et les droits.de leur province. Aussi, laisse*t-il agir les députés des Ëtats; il se contente de les appuyer. Déjà , les députés sédentaires avaient écrit i Elisabeth une lettre , dans laquelle ils la remerciaient de ses bienfaits, et la suppliaient de ne pas retirer ses soldats : ils réclamaient un secours sans lequel « ils seraient comme la proye des Espaignols, qui dési- « rent engloutir la Bretaigne pour s'avoisioer de plus près vostre tant

* florissant et heureux royaume, pour exercer entons les deux pays, « s'il leur estoit possible, non moindres et acçoustumées tirannies et « cruautez que celles qui seignent encore au nouveau monde et en

• toutes les conquestes , » etc^.

Les États de Rennes , réunis quelques jours après , se décident à envoyer une députation à Elisabeth et aux Ëtats-généraux de Hollande, pour obtenir des secours, et négocier surtout un emprunt ; les Hollandais, malgré leur bonne volonté , et iualgré les instances des députés, ne purent que promettre leur appui auprès d'Elisabeth, seule capable de les secourir^. Montmartin et François de la Pigoelaye, vicomte du Chenay, pour ia noblesse; Fierre Bonnier, sieur de la Habonnière ou Maboulière, et Guillaume Loret , sieur des Hayes , étaient les députésqui, après avoir reQu l'autorisation et les pouvoirs nécessaires du roi, partirent de Rennes en février 1594. Ils s'embar^ qoèrent à OranTille, et, après avoir séjourné à Jersey, ils arrivèrent en Angleterre. Henri IV les avait instamment recommandés, non-seulement à son ambassadeur, mais au grand amiral, au grand trésorier, au comté d'Essex, le puissant favori, enfin à Elisabeth elle-même ^i Les députés bretons exposèrent à la reine le sujet de leur mission, l'engagèrent à se souvenir des dangers que lui avait

i Lettre du 15 octobre 1593 : Jetés de BreU, t. III, col. 1572, 73.

S Lettres du roi à MM. des Etats des Pays-Bas (20 nov. 1593), à Maurice de Nassau, à la princesse d'Orange.— Lettres des députés des États de Bretague a MM. des États des Pays-Bas, à Maurice de i^assau. — Réponse des États de Hollande (19 mai 1594); de la princesse d'Orange, Louise de Coligny(8iuin 1594).

3 Lettres du 20 nov. et du 15 déc. 1593 : jéctes de BreU, t. Ilf, col. 1577, 1582, 85.

2f»0 L4 LIGUE

fait courir la grande Armada espignoie, ei lu? demotidèreDt des

s*?cotirs en homiaes, en muni lions, en argent : Elisabeth se piaial atûFS de la mauvaise direction de ta guerre; elle df^plore Fëtat do la Bretagne, mais elle ne petit pas envoyer de soldats, et il loi est impossible de prêter l'argent qu'on lai demande; elle consent à ne pas rappeler Norrîs, qui avait déjà reçu Tordre de s'embarquer, mak elle réclame de nooveau avec instance un endroit sûr et commode pour ses malades K

Il est évident, en lisant la correspondance aa sujet de cette affaire^ qu'Elisabeth vent amener les députés à ha faire qtielqite grande concession : Montmarlio, de son propre mouvement, lui offre de nouveau Tile de Brehat etPaimpol, places que les Anglais pourraient fortiûer : Elisabeth refuse; les travaui seraient trop longs, et d'ailleurs ses soldais ne seraient pas en sûreté à Paimpol, trop éloigné de la mer et dans une position malsaine^. C'était Brest que voulaient les Anglais : « Ce qui arreste et traverse toutes nos affaires, c'est a une certaine attente que S. M. et Messieurs de son conseil ont « conceue d'avoir Brest, alléguant qne Paimpol ne se peut défendre V contre une armée, s'il estoit assailli; et Le grand trésorier de ce a pays en plein conseil nous a dit en ces termes : que mainienimt «t iis verraient la bonne volonté du Roy, et que de celle de Monsieur «e de Sourdéac ils estaient tien assurez. Sur quoi nous leur avons u répliqué que ledit sieur de Sourdéac ne bailleroit jamais Brest, et <( que c'estoient des espérances mal fondées^. » Elisabeth avait môme envoyé à Sourdéac on gentilhomme, nommé Saint- Jean, pour loi offrir ses secours contre les Espagnols, qui commençaient à forlitier Crozoo. Le brave gouverneur de Brest ne voulut le recevoir qu'en présence de ses principaui officiers. Saint- Jean déclara que le rots^éiait engagé à livrer la ville aus Ànglaîs, comtne garantie des sommes qu'ils avaient avancées; Elisabeth, pleine d'estime pour Sourdéac, le laisserait volontiers gouverneur de la place, s'il voulait recevoir les Anglais, Alors, il répondit brusquement que le roi pouvait disposer de la ville, mais qu'il n'y resterait pas un seul instant, si

1 De Thou, liv. 107.

iî Lelire d<i!a reine aux États (39 mars 1594): Jetés de Bret., t. III , col. 1587. 3 LgUt& des députés à Messieurs des Etats (21 avril 1594) : Actes de Bret,^ l- in;t:oLl588.

EN BReTÂGnE. 261

elle était aa pouvoir des étrangers ; et il ajouta qo*il altiait mieux mille fois mourir sur la brèche, que de manquer à ses deTofrs^

Elisabeth avait envoyé vers Henri IV Hontmartin, celui des députés en qui elle avait le plus de confiance, pour obtenir de lui des conditions avantageuses; le roi, alors occupé à combattre les ennemis en Pkardie, le charge de retourner en Angleterre, de renouveler ses instances auprès d*Ëlisabeth, et de presser le départ des secours qa*elié promettait enfin d'envoyer en France. La reine et son conseil étaient mécontents, surtout lorsqu'ils apprenaient les dispositions des représentants de la Bretagne : P. Bonnier et 6. Loret venaient de rendre compte de leur mission en Angleteire ; on leur reprochait trèsvivement d'avoir excédé leurs pouvoirs, en demandant à emprunter 150,000 écus, et en offrant à Elisabeth Paiknpôl ef Tlle de Birehat : pour s'excuser, Ils rejetaient la fantesurMontmartin, qui, disaientils, prétendait agir par ordre du roi. Ainsi, les Ëtats do Bretagne cofflfluençaient aussi à se montrer défiants à Tégard de leurs alliés intéressés, qui causaient tant de maux et inspiraient tant de mécontentement dans la province^. Elisabeth envoie elle-même à phiaieurs reprises, pour presser Henri IV de lui livrer Brest : l'on de ses agents a même visité ce port» et reconnu l'état dans lequel il se trouvait. Pour empêcher les Espagnols de s^en emparer, elle offre au roi de lui envoyer bon nombre de ses meilleurs Vaisseaux et jusqu'à sept mille hommes, ou plus s'il est besoin, etc., etc. Le politique Henri IV, dans une lettre curieuse qu'il adresse à son ambassadeur Beauvoir, semble très-bien comprendre l'intention cachée d'Elisabeth, et, tout en lui rendant les plus grandes actions de grâces pour la remercier de ses faveurs, il élude habilement 1^ difficulté^. Henri IV avait, par sa prudence, déjoué les projets auibitieux de la reine son alliée; et les Anglais, malgré tous leurs efforts, n'avaient pu s'établir dans aucune position mefiftC^hte, au moment même où les lignetirs dans toute la France, et Mereœur surtout en Bretagne, trahissaient honteusement les intérêts de leur pairie, en mendiant les secours des Espagnols, et en leur livrant des

i Matthieu, HisU de Menri IV, t U, p. 347.

â Xettre du roi aux Ëtats (28 mai 1594) , de M. de Saint-Luc (4 juin) : Registres des États, 28 juin. — Jetés de Bret. , t. III , col. 1593 ,4,6,7. — Montmertin, p. 299 , 300.

3 Lettres missives de Henri IV, t. IV, 17 juin 1594.

262 LA lilGtJB

provinces OU des places trbs-impbirtantes. Henri IV et les royalistes de Bretagne refusaient avec persévérance et Morlaix et Brest aoi soldats d*Ëlisabcth, tandis que Mei'coeur établissait lui-môme les soldats de Philippe II soit à Blavet, soit dans la presqu'île de Grozon, près de Brest.

Cependant, la crainte que les Espagnols inspiraient aux Anglais, avait empêché Elisabeth de retirer se& troupes de Bretagne; et Norris, quoique en assez itaauvaise intelligence avec le maréchal d'Aumont, était venu se joindre à lui, pour attaquer et soumettre la Basse-Bretagne: Mercœur et les Espagnols avaient reculé, et la place importante de Morlaix venait de se i^endre aux royalistes. Aussitôt, les Anglais demandent qu'on remette la ville entre leurs mains ; ils se rappelaient la promesse imprudente que jadis leur avait faite le duc de Montpensier; Toccasion leur semblait favorable pour en réclamer Texécotion.

La situation était embarrassante : les Anglais avaient rendu de véritables services à la cause royaliste; comment leur refuser ce qu'ils demandaient? Mais aussi comment leur accorder une ville aussi coQsidérable, aussi bien située que Morkfix, sans compromettre la sûreté de la France et surtout les intérêts de la province ? Cesl là \h sujet de nombreuses négociations, curieuses à plus d'un titre, et propres à nous montrer quelles étaient les relations des royalistes et de leurs alliés.

Le maréchal d'Aumont était moins disposé que son prédécesseur à f4ire des concessions aux Anglais. Il s'était formellement opposé à leurs désirs, lorsqu'ils voulafent emporter d'assaut Quimper, moyennant le pillage de la ville : Le roi, leur dit-il, n'a que faire de villes désertes, et son intention est de conserver ses sujets et non de les détruire. Plus tard, il engageait les Quimpérois à se tenir sur leurs gardés; car les Anglais étaient gens fort cupides, et il lui serait impossible d'empôcher qu'ils ne pillassent la ville, quand bien même il y aurait dix capitulations <. Aussi se hâte-t-il d'écrire, pour annoncer les prétentions de Norris, et pour engager les État^ à s'y opposer de tout leur pouvoir : Que ton fasse diligence; car c'est le meilleur, le plus beau havre de toute la Basse-Bretagne ; et le roi semble sur le point de céder aux suggestions de quelques-uns de

1 Morcau, p. 220.

BN BRETAGNE. 263

ses conseillers. Les États s*empressent de ilëputer vers Henri IV le siear de la Noê, chargé de leurs lettres et de leurs remontrances^.

La lettre qu*ils adressent au roi est pleine de noblesse et de dignité; ils lui expriment surtout leur crainte de yoir d'autres, que^ses fidèles sujets, occuper des Tilles, ports, etc., dans la province, principalement Morlaix, que Ton vient de reprendre, contrairement aux lois et aux droits du pays^.. « Et regretteroient vos fidelles subjets de se « voir commander par ceux qui exercent religion contraire à celle « de laquelle Votre Majesté a fait heureuse [profession, et en laquelle «r eux et leurs prédécesseurs ont esté insti|nez et nourris pour y « vivre et mourir, » etc. (18 octobre i594).

Dans une lettre à M. de Saint-Luc, dont ils réclament Tappui, ils ajoutent : « Nous désirons surtout voir Thumeur Ëspaignolle entiëre- « ment épuisée entre nous et ne plus faire à TAngloise, pour estre « Tune et Tautre une antipathie aux qualitez nécessaires au repos de « nostre Estât » (18 oct. 1594). Dans leurs remontrances détaillées, ils supplient le roi de considérer que, par les lois et droits du pays, jurés et maintenus par ses prédécesseurs, le commandement et le gotivernement des villes, havres et places fortes ne doivent être confiés à aucun étranger. « Voire mesme, portent lesdits droits, « de ne pourvoir auxdites places autres que les naturels duditpays.j» Ainsi, le sentiment de la nationalité bretonne se retrouve toujours, même chez les royalistes défenseurs de Tunion avec la France. S'ils ont en recours à la reine d'Angleterre contre Tennemi commun, ils n'ont jamais promis ni entendu qu'elle eût ni demandât aucune ville, havre ou place forte, pour y faire entrer aucun des siens pour commander,.. Leurs considérations ne peuvent être que justes, à cause de la proximité et jalousie ancienne des deux États, dont les guerres passées donnent ample témoignage, les exemples tout récents du Havre de Grâce rafraîchissent la mémoire et causent leur crainte. Ils énumërent les effets désastreux delà cession de Morlaix pourla liberté, la religion, la justice, les finances, le corn* merce du pays elles intérêts de la royauté : INorris ne peut-il pas se contenter dePaimpolet de Lanvollon, qui lui ont été accordés (19 oct. 1594)3?

1 Lettre à l'abbé de Saint-Mélainc : Actes de Bref., t. lll, col. 1613.

2 Jetés de liret., t. III, col. 1613, 16.

^i4 LÀ LieûE

Il s'agisBait, avant toof, de gagner du temps ; malgré le mécontentement des Anglais, le maréchal d'Anmont se servait heureuse* ment de leur présence dans son armée : il tes avait conduits au siège de Quimper ; avec eux, il avait soumis pins de soixante lieues de pays, à rextrémité de la péninsule. Les Espagnob étaient partom vaincus et chassés, et il venait, pour terminer cette belte campagne, mettre le siège devant la citadelle importante do Crozoo, qu ils fortifiaient alors, près de la rade de Brest. Vainement Elisabeth irritée demandait le rappel du maréchal*; ses succès le défendaient contre ses ennemis, et il ii'en continuait pas moins de soutenir et d'exciter les Ëtats dans leur lutte contre les prétentions de FAngleterre. Au moment méma où Norris et ses soldats contribuaient par lenr valeur à bt prise de Grozon, et' rivalisaient glorieusement d* ardeur avec les Français, il renouvelait ses. instances^ écrivait «nx Ëlats, envoyait lui^môme an roi des serviteurs de confiance, pour savver Morlaix. Les députés des Ëtats pressaient égalemeni et Sainc^Liic et Henri IV de leurs plakHes et de leurs remontrances : Le pagê^ d»saient-tls,. est plein de clameurs ; les mile» voisiner smat disposas à persister dans leur rébellion ; les villes depuis peu sommses vont peut-être changer de volante, dans la crainte d'être semsnises, à tel eomnumdementK

Cependant, le roi, dans sa réponse en novembre) i594, lenr déclarait qu'il vonlaît tenir sa parole et rester fidèle k ses e»» gagements avec k. reine, qui les avait si bien secomrusv au moment du danger : « Ce serait trop prqudider à nostre honneur et rép^ « tatianf que de leur manquer en chose que ce sait. »

Ëlisebetb s'était plainte très-vivement à Henri IV, dans une longue lettré^ et réclamait Texécution des promesses qu'oo hii ayait faite». Le roi fait attendre la réponse deux mois (septembre à novembre) :it n*a reçu la lettre que depuis deux jours, déclare-l-ii effrontément ; il la supplie de Vexcnser, et de croire à sa reconnaissance inaltérable; il lui annonce qu'il a expressément commandé au maréchal d*Au-

1 Dnplessis croit même, pendant quelque temps, que le maréchal est remplacé' par le duc de Montpensier ; mais les instances de l'ambassadeur de Frsmce et la prise de Morlaix par dAumont apaisent la reine , au moins pour le moment. (Lettres de Duplcssis , 9 août 1594 , 22 août, 4 et 16 octobre.)

2 Jetés de Bret., t. III , col. 1617, 18.

EN BRETAeNE. 365

mûOA de saiisfaire Mncèrement à toutes tes ohoses promises^. Se cependaot, malgré -celte affirmaiioD, les AngiAis ne d^vaian^ |Hip 6tre ftatîsfahs. Henri se contentait probablemeni de faire remettre qoelqoes marchands anglais, emprisonnés i MorlaJx, parcie quiiia n'avaient pas Boqniué certains droits, otde faire rendre à Sîprrîs danieanoBS qui ap^rtenaient à Elisabeth^.

L'habile Henri lY, par ces déclarations oflOcieUes de dévoneiuflllit et de reconnaissance, n'avait «ans doute pour biU que d^llëcber Ja convoitise des Anglais, et de traîner Taffaire en longueur : car, après ces belles paroles, il ne s'expliquait pas, et se contentait d'avertir les députés qu'il chargeait le maréchal d'Aumont et Saint-Luc de tes volontés à ce sujet, en leur défendant expressément de rien faire au préjudice de la liberté, du repos et de la sûreté de la province. Il paraît bien que son intention n'était pas de livrer Morlaix aux Anglais ; le sieur de la JVoê l'assurait formellement aux Ëtats, et Saint-Lac, leur écrivant peu de temps après, disait : « Pour le fait « de Morlaix, je crois que vous en aurez le contentement que vous « en désirez s. » Ce qu'il y a de certain, c'est que Henri IV, désormais supérieur à ses ennemis, et moins à la merci des Anglais, ne leur fit aucune nouvelle concession : le sieur de Coëtinizan, nommé gouverneur de la ville et du château de Morlaix, gardait cette charge, et la transmettait lâéme à ses descendants. Le temps était proche on l'on pourrait enfin se passer des secours humiliants et dangereux que la nécessité seule avait pu faire demander aux alliés intéressés de Henri IV. Depuis la prise de Grozon, la guerre et surtout les maladies avaient singulièrement diminué le nombre des Anglais auxiliaires : ceux qui avaient échappé à l'épidémie meurtrière de Quimper ^, s'étaient retirés à Paimpol ; de là ils ravageaient impitoyablement tous les environs, sans que le maréchal d'Aumont pût les contenir. Norris, de plus en plus irrité, demandait instamment son congé : vainement Saint-Lac, son ami, cherchait à le retenir; ses prières obte-

1 Lettres missives de Henri IF, t. IV; 14 novembre 1594.

3 Lettres missives de Henri IF: lettre k d'Aumont, t. IV; nov. 1594.

3 Actes de Bret.,i. III , col. 1619-1623. — Lettres missives de Henri IF; 10 nov. 1594.

4 M Ils y moururent en si grand nombre, que leurs gens les enterraient k « monceaux dedans les jardins, et n allaient chercher églises ni prêtres. » (Moreau, p. 363.)

naient avec peine an délai d*tin mois. Enfin, les Anglais, an milieu dé Tannée 1595^, quittaient la Bretagne, sans avoir pu s'établir dans aucune de ces places importantes qu*ils avaient si souvent essayé d*arra(cher aux royalistes : sans doute leur départ affaiblissait beaucoup les forces de Henrb lY dans la province ; mais ils n'étaient pas regrettés : leur ambition égoïste, leur orgueil insolent, leur licence effk*énée, avaient excité trop d'antipathie contre les ennemis de l'ancienne France et de la vieille religion?.

1 Montmartiu , p. 306.

^ Voir, sur les dernières opérations des Anglais en Bretagne , on mémoire baillé par M. de La Roche Giffard , le 17 mars 1595, dans les ifeTnotre^ de Dnii^essis.

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