CHAPITRE X
Décadence de la Ligue en Bretagne. — Mercœur n'a pas sincèrement défendu la cause catholique : il n a pas su combattre pour relever la nationalité bretonne. — Depuis la conversion de Henri IV, le clergé doit abandonner le parti de Mercœur. — Les gentilshommes se rallient peu à \ïevL au roi; leurs motifs; leurs capitulations intéressées. ,
Malgré la faiblesse da parti royaliste en Bretagne, Hercoenr, que nous avons va si paissant, surtout après la victoire de Craon, ne doit pas triompher. II succombera, non pas en chef convaincu, qui lutte jusqu'au dernier jour pour défendre ses convictions; non pas en glorieux représentant de la nationalité bretonne, qui un instant avait espéré en lui; non pas écrasé par les forces supérieures de la France, réunie sous Henri lY : car c*est au moment même de son triomphe éphémère que commence la décadence de son parti; et lorsque enfin il ne lui est plus permis de tergiverser, lorsqu'il lui faut renoncer à ses rêves ambitieux, il termine cette longue lutte par un traité, dans lequel il ne semble préoccupé que de ses intérêts particuliers. Fin digne de son égoismc politique, préparée par toutes ses fautes, mats bien en contradiction avec ses déclarations solennelles de dévouement, et qui donne un démenti complet au caractère de noble héroïsme que quelques écrivains ont voulu prêter au duc de Mercœur.
<x Les prétendants à la couronne, a dit Montaigne, trouvent tous ft les eschelons jusqùes aux marchepieds du trône, et petits et aisés; « mais le dernier ne peut se franchir par sa hauteur. » Cela est vrai
de Mercœar : à la fin de Tannée 1592, il semble n* avoir plus qu'à prendre le titre de dac de Bretagne; mais il n'ose pas : ses convictions ne sont pas assez fortes, son ambition manque de hardiesse et de décision.
Mercœar était d'un esprit lent et irrésolu; craignant toujours dese hasarder, il n'avait ni Taudaceni l'énergie capables de le faire triompher : (c La vérité est, écrit Duplessis au roi, qu'il est naturellement « long et irrésolu, attendant toujours quelque chose; opiniastre « néanmoins au dessein qu'il a une fois conçu, qu'il ne vent^esmor- « dre que le plus tard qu'il peut. » (Lettre dû 1«' juillet 1595.)
Aussi, il ne fonda rien, il ne tenta rien de grand; et sa conduite, irrésolue dans son opiniâtreté, contribua pour beaucoup à désorga-niser le parti de la Ligue en Bretagne.
D'abord, quel intérêt Mercœar représentait-il? Ëtâit-cé la cause de la religion catholique qui lui avait mis les armes à la main, et le forçait de combattre Henri IV jusqu'en 1598? S'il agissait par conviction religieuse, ne devait-il pas non-seulement défendre son parti dans la province dont il était le chef, mais travailler de tous ses efforts à s'unir aux catholiques des autres provinces, pour triompher de leurs ennemis communs et fonder un gouvernement légalelinégnlier ? Que tait Mercosur, au contraire ? Il s'isole dams la Bretagne; il a'^» aert que pour aller piller dans le Poitou, le Maine et l'Anjou; il Qégti^ à deaseisi toiues relations, pour ainaidire, avec Mayenne et les autres chefs de la Ligue i partout et toujours^ il traache du duc 4e Bretagae, sans se préoccuper v^ritableinem 4es intérêts de la Frav^e et de la religion.
Dans une lettre fort remarquable, qui devait ^tre soqmisa i Mercœur, Duplessis-Mornay réfute en peu de nK>ts toutes lea objections sérieuses que le duc, pouvait faire^ pour ne pas accepter la paix qui lui était offerte : « S'il parle du acrupuie de traitter avec un « Prince de différente reUgiou ; les prédécesseurs Papes ont bien « traicté avec lui, avant mesme son avènement à la couronne : le « roy d'Ëspaigne l'a bien vouleu faire pour l'armer contre le feu « Boy; et encores préaejitement il traicte de paix avec ses subjaeta « de Hollande et Zeelande, sans préjudice de leur religion. Ce saut «c donc scrupules vains et empruntés.
« S'il veuU avoir seureté en la religion catholique, il y auroit plua c< d'apparence que le roy en deraandast pour la sienne. Toutesfois ils
« doivent peser la foi et parole du roy, non jamais violée; la force et du roy, qui consiste es catholiques; le conseil du roy, qui en est « composé, qui ne consentiront pas à la ruyne de leur religion. Joinct « que le roy est trop prudent pour ne cognoistre qu'en remuant cela, « il tireroit sa ruyne sur sa teste-
« S'il insiste sur la religion pour la personne du roy, il n'est rai- « sonnable que le changement précède l'instruction, ni selon le droict « humain, ni selon le divin. Il n'est honorable, qu'il se fasse par « traicté, les armes en la main, et comme par force ou par justice, « mesmes du subject i\u prince. Il n'est utile, ni pour le roy, ni pour « l'Estat que son peuple ait subject de croire qu'il n'ait religion que « sonintërest.
« Mais, pourvu que ses subjects le recognoissent ainsi qu'ils doib- « vent, il leur promettra de se faire instruire, prendra un terme « préfiz pour ce faire, et recherchera tous moyens k ceste fin, con* « venables à sa dignité et conscience.
« Consentira mesmes aux seigneurs catholiques qui l'ont suivi et « assisté d'envoyer vers le pape pour conférer des moyens de ladiçte « instruction avec lui.
«r Pour le particulier de M. de Mercœur, H. Meslier le pourra « asseurer que Sa Majesté entend le maintenir en son gouvernement, ft en l'auctorité accoustumée à sa charge et dignité, et désire en « oultre l'honorer es occasions qui se pourront présenter à l'avenir.
« Toute guerre veutestre finie par une paix : celle-ci ne peut estre « finie ni plus tôt ni plus à propos qu'en traictant avec le roy; tout « aultre traicté ne pouvant estre que ruyneux à TEstat, et suspect à « eux*mesmes.
« Que le roy est prince bening, non vindicatif, non motif de ceste « guerre...
« Lui alléguer le bon traictement faict au comte de Chaligny, son « frère; l'honneur et l'advantage faict encore naguères à la royne.
« Qu'il ne permette qu'il soitdict à la postérité qu'il aitmescogneu « les honneurs que leur maison, eulx particulièrement, ont receu en « France.
« Qu'il est trop sage pour s'élever du succès de' Craon. Que ces « heurs sont glissants et passent vollontiers de main à aultre; et que « les plus sages font leurs conditions bonnes, lorsque leurs afiaires « se portent bien...
« Que la royne d'Angleterre envoyera de grandes forces en Bre- « taigne; leroy mesme y viendra
« Et lors, pour s'en défendre, il sera coutrainct A'j mettre TE^ai- « gnol si fort, qu'il ne l'en ponrra tirer par après, tellement que la ft Bretaigne sera en danger de se perdre et pour Tun et pour l'autire.
« Qu'une médiocrité en somme vault mieulx bien asseurée, qu'une fc grandeur oultre mesure sans fondements »
Les raisons du sage Dnpiessis étaient fortes; mais enfla Henri IV. malgré ses promesses, était toujours calviniste : on conçoit que Mercœur ait encore hésité. Quand le roi s'est converti au catholicisme, Mercœur ne veut pas le reconnaître : c'est une conversion mensongère, dit-il, et qui d'ailleurs n'est pas encore acceptée par l'Église. Quand Henri IV est complètement réconcilié, quand le pape a prononcé l'absolution solennelle du roi soumis, Hercœnr suit l'exemple du roi d'Espagne; il résiste au chef de la chrétiemé luimôme, montrant ainsi jusqu'au dernier instant que la défense de la religion n'a été pour lui qn'un moyen, qu'un prétexte pour mieux réussir dans ses projets ambitieux.
Dans le mouvement de la Ligue en Bretagne, nous l'avons plus d'une fois fait remarquer, il y avait une protestation, souvent déguisée, mais très-réelle, contre la royauté française. Mercœur a-t-il compris quelles ressources il aurait pu se procurer, en s'adressant au patriotisme breton ? A-t-il osé suivre les conseils de sa femme, bien plus intelligente que lui de la situation, et se dédarer l'héritier des anciens ducs ? A-t-il franchement essayé de profiter desiroubles qui déchiraient la France, pour briser une union encore impopulaire, encore mal affermie ? JNous avons vu où s'arrête son courage : il se déclare, à la mort de Henri III, gouverneur de la province, au nom de Charles X; commettant, comme les autres cheb de la Ligue, et plus qu'eux-mêmes, la grande faute de reconnaître les droits des Bourbons. Il proclame continuellement, avec une hypocrisie que l'on peut appeler habileté, et qui n'est à mes yeux que maladresse, son attachement, son respect infini pour la couronne de France : il proteste hautement contre toute idée de séparation; et, cependant, il désire séparer à son profit la Bretagne de la France. Aussi, comme on l'a bien dit, il n'offrait point à la popu-
1 Instruction k M. Meslier, du V août 1592.
latioD bretonne d'issue pour sortir de la guerre civile ; et quand on combat sans but, Ton est déjà à moitié vaincu.
Toujours réservé, toujours affectant la modération elle désintéressement^ quand la franchise était si nécessaire, quand Tambition avait un si grand besoin de hardiesse» Mercœur doit exercer une assez faible influence sur la population bretonne, qui bientôt ne croit plus ni à là sincérité de ses convictions reUgieuses, ni à l'énergie de ses prétentions politiques. Alors, chacun songea ses propres intérêts : les croyances s'affaiblissent, les ressources du dévouement s'épuisent ; régoîsme produit la dissolution, et amène la décadence et là ruine sans gloire du parti.
C'est la désorganisation de la Ligue en Bretagne qu'il faut maintenant étudier : nous allons voir les diverses classes de la population, bourgeois, paysans, clergé, noblesse, se séparer successivement de U cause de Mercœur; c'était le résultat fatal de sa politique sans franchise et sans résolution. Ses relations avec les Espagnols, qu'il appelle maladroitement dans la province; ses négociations hypocrites avec les ministres de Henri IV, achèveront de nous faire connaître le prétendant à la couronne de Bretagne et les causes de sa ruine bien méritée.
Au premier moment de la lutte, tant qu'il s'agit seulement d'attaquer et de défaire, les ligueurs furent heureux et triomphants; mais les divisions commencèrent le jour où la victoire sembla possible, et où chacun songea à réaliser ses espérances particulières : alors, les ambitions, bientôt rivales, se séparèrent, et la désorganisation fut imminente. Comme l'a dit un contemporain, comme l'ont si bien montré les auteurs de la Ménippee, « la Ligue était un parti enflé « d'intérôts et d'espérances particulières; et, sur la difficulté de nom- « mer un roi, on permettait à plusieurs ce. qui ne se pouvait attribuer « à uq. On apprenait les droits d'un roi de Provence, d'un autre « d'Austrasie, quelques vieilles leçons du duché de Bourgogne ; mais « de bien plus expresses pour celui de Bretagne, dont la duchesse « de Mercœur montrait des titres étranges^. »
Après la mort de Henri III, Mercœur avait été soutenu dans sa lutte contre Henri lY et contre la France par la puissante influence de la grande majorité du clergé breton. Alors, comme à d'autres
1 D'Aubigné , t. II , p. 288.
épocpies, beaucoup cThommes, excirës sans doate par rexalfatlon religieuse du siècle le plus révolntionnaire, s'étaient laissé entratoér, par la fougue impétueuse de quelques-uns, au delà des limites de la sage modération. Beaucoup, égarés par les intrigues des partisane dé la maison de Lorraine, aTàient cru Téritablement qu*il ne s*ftgts$ail que de sauver la religion catholique; menacée d'une ruine prochaine; beaucoup, par timidité, par faiblesse, avaient craim de paraître tibdes, et même partisads secrets de la réforme; et ils avaient abandonné le premier rôle, sans protester, aux plus emportés et àfix plus ambitieux.
Mais cet état ne pouvait durer longtemps; l'exagération devait bientôt s*épuiser : la fougue des prédicateurs se lassait; les instiltès passionnées lancées du haut de la chaire évangélique contre les ennemis de la Ligue, étaient trop contraires à Tesprit duchristianîsmlé; les saints, les Te Deum, les prières de quarante heures, les procesëions bizarres, extraordinaires, puissants moyens pour soulever la mol-* titode, devaient perdre bientôt presque toute leur influence, par Tabnè même qu'on en faisait; et, malgré tous les efiTorts des ligueurs intëressés.des partisansde Mercœuren Bretagne,par exemple, Texaltation religieuse tombait peu à peu. Après quelques années de lutte, les hommes modérés, désormais plus éclairés et moins craintifs, commençaient à renoncer à leurs ^reurs, et comprenaient chaque jour davantage, que le rétablissement de l'autorité royale avec Henri IV n'était nullement inconciliable avec l'existence respectée et florls^ saute du catholicisme en France.
Henri, dès son avènement, s'était efforcé de rameheV vers lui tes différentes classes de ses sujets, en aplanissant tous les obstades, en ménageant toutes les susceptibilités, en gagnant tous les intérêts. Ainsi, ne pouvant, à la mort de Henri III, changer brusquement dé religion, il avait déclaré hautement son intention bien arrêtée de s'instruire, et sa ferme volonté de protéger dès lors, comme un roi devait le faire, la croyance de la ttiajorité dés Français. Cette con^ duite, la seule qu'il pût honnêtement et utilement adopter, avait réuni autour de lui les catholiques et les calvinistes, assez tolérants et assez iniellig^ts pour comprendre qu'il s'agissait, avant tout, de défendre, à la fin du xvi* siècle, la grande œuvre de l'unité nationale. Grâce à leur appui, Henri, à force de courage et d'adresse, s'était soutenu péniblement, mais avec succès cependant; il avait donné à ses enne-
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nrisf le tenps de se dhFiser, dese montrer les mis aoz autres levrs inléréts dirers, leors ambitions opposées : pm, il les avait vamcns; et matntenadt qa*il n*était pins considéré par personne comme an cbef de parti, mais comme nn roi .▼ictorieul, il avaK pn adopter la religion dn pins grand nombre, sans renoncer à la tolérance poor la minof itë qui Tavail si longtemps soutenu, et cpii se devait plus espérer 40e sa protection. Le 25 juillet 1593, le Béarnais entendait à Samt-Denis sa première messe, célébrée par Philippe do Bec, yévêqtfe exilé de Nantes : peu aprës^, il était sacré et couronné roi de France, suivant le» cérémonies antiques du catholicisme ; et là etfcore nous retrouvons PhSîppe do Bec, qui remplaçait, comme ptîr dn royaume, Févéque-dac de Laon.
Cétait un coup terrible pour les chefs de la Ligue ; Mercoeor en fut sans doute profondément attristé : pendant^ quelque temps, il cacha ou dn moins fit mer par ses agents et ses prédicateurs la gTMide nouvelle, qui se répandait trop vile josqo'au dernier hameau de la Basse-Bretagne, tp Les livres et écrits qui publioient la conver- « siM du roi sont condamnés pour libelles factieui^ les hommes qui • en parloient, punis comme criminels de lèse-majesté^. » Mercœoir avuit souvent déclaré qu'il n'avait pris les armes que pour la défense de la religion catholique; il avait maintes fois répété que, aussit^H après la conversion du roi, il serait Tun des premiers à le recon- Battre «t à le servir. Maintenant, il ne se hfttait pas de remplir ses protneese^: « Au contraire, dit Hontmartin, se roidissant en Topi- « niasfreté de ses injustes armes, sesdits prescheurs commencèrent « k beurler et à escrire que ce n'estoit que hypocrisie ce qo*en fai- « soit Ss Majesté, et par leurs malicieuses raisons rimprimoienrt, « tant aux Espagnols qu'aux partisans faux François dudit sieur de « Hercœyr'. » Mais ils répétaient vainement qae ce retour simalé ne tendait qu'à tromper les cathoKqiies, que la religion courait plus de dangers que jamais, et qu'il fallait se donner garde du loup qui v&ulaii enêrer dans la bergerie sous la peau d'une brebis : une cruelle expérience avait rendo les peuples moins faciles à se laisser ffédttire; ils n'ajoutaient pl«s foi à ces déclamations évidemment intéressées. Vainement Mercoenr soutenait que l'a conversion de Henri
i Mém, de Duplessis, t. VI, p. 393.
9 Montmartin, p. 300.
était nulle aux yeux des bons catholiques, puisque le pape ne Tavait pas relevé des excommunications lancées depuis longtemps contre lui ; Ton reconnaissait que son ambition était désormais le sçul motif de la lutte. Yainemeût, pour montrer son dévouement au Saint- Siège, pour obtenir Tappur du pape, et peut-ôtre aussi pour ranimer le zële religieux, faisait-il solennellement adopter en Bretagne les décrets du concile de Trente; Topinion publique restait froide, malgré réioquencedu président Carpentier, malgré les éloges qu'il aàressait aux princes lorrains, descendants de Charlemagne, et surtout à M. de Mercœur, le glorieux défenseur de la religion ^
Au reste, Mercœulr et les membres du clergé eux-mêmes qui soutenaient encore la Ligue, malgré la conversion de Henri IV, n'étaient pas toujours aussi dévoués au Saint-Siège, quand il s'agissait de leurs intérêts personnels. Ainsi, le chapitre de Nantes avait demandé au légat, le cardinal de Plaisance, la confirmation des deux grandsvicaires, nommés, depuis 1590, pour remplacer Tévôquedans Tadmînistration du diocèse. Le légat, après avoir envoyé ces lettres i Rome, et consulté le pape, choisit, au grand déplaisir du chapitre (6 avril 1593), un étranger, Julien Gormerais, doaeur de Paris, qui prôchait-alors le carême à Nantes i lorsque celui-ci présenta la copie des lettres qui le nommaient vicaire général, les membres du cha^ pitre lui firent rafirontd'exiger Toriginal. Il fallut obéir, mais ce fut à regret; et, dès lors, il y eut des rapports assez froids, Sioaveot même hostiles, entre le clergé nantais, d'uqe part» son chef Cormerais, de l'autre, et U cour de Rome. Le légat s'en plaignait assez vivement au chapitre le 13 septembre 1593, par l'organe de Georges d'Aradon : le chapitre se contentait de répondre qu'il était toujours parfaitement soumis an pape, malgré l'injure qu'il venait de recevoir. Plus tard, le grand-vicaire reprochait aux chanoines d'avoir agi sans le consulter; ceux-ci lui déclaraient que ses fonctions cessaient avec la légation du cardinal de Pjaisance^ à moins qu'il ne leur montrât un. nouveau bref du pape. Julien Gormerais était en règle; et le chapitre se soumettait encore une fois, mais de mauvaise grâce. Lorsque Je pape Glément YIII, par un bref célèbre et parles lettres de son légat, ordonnait de députer aux Ëtatsde
1 Le texte de son discours a été publié dans le Dictionnaire de Bretagne d'Ogéc, 1. 1, p. 209 de la nouvelle édition. :
Paris, pour rélection d*un roi cathplique, le chapitre, se conforiDaDt aox intentions de Mercœur, se gardait bien d'obéir. Mais quoique les d^ets du concile de Trente eussent été promulgués en Bretagne, les chanoines, contrairement à ses décisions, voulaient unir aux canonicats des cures et des bénéfices, afin d'améliorer leur fortune; les conseillers de Tévéque, disaient>-ils, ne devaient pas être moinsr bien traités que les conseillers du roi. Enfin, quand le pape luimôme eut solennellement réconcilié Henri lY avec TÉglise, le légat écrivit à Mercœur, qu'il n] avait plus aucun prétexte de résistance, et qu'il l'excommunierait s'il refusait de se soumettre (2 août 1596). Alors, le duc trahit ouvertement la nature de son opposition, en continuant la guerre, et en bravant lui-môme les foudres du Saint-Siège, qn'il affectait jadis de tant respecter. Mercœur en est alors réduit à soutenir que le roi n'est pas converti de bonne foi; le pape et les cardinaux se sont laissé abuser ; ils ont manqué de franchise ou de prudence; les catholiques ne peuvent en conscience le reconnaître, que lorsqu'il aura donné, par la destruction des hérétiques, une preuve certaine de sa conversion^. « Quant à l'absolution, il décla- « roit qu'elle estott nulle contre le canon de l'Église, jusqu'à s'en « prendre au pape et au consistoire, jusqu'à la nommer hérésie 3. » Mais comment pouvait-il encore publier des' ordonnances,, avec cette clause, jusqu'à ce quHl y ait en France un roi catholique, puisqu'il ne pouvait douter que le légat ne fût envoyé vers le roi et le royatime par le souverain pontife?
Quels étaient les hommes consciencieux, dans les rangs du clergé, qui pouvaient désormais' soutenir le parti de ce prince tristement opiniâtre dans son ambition? Aussi, beaucoup désiraient vivement le rétablissement de l'ordre et de la paix, la réconciliation complète du trOne et de TËgiise. Dès l'année 1594, l'on faisait à Nantes, an grand mécontentement des chefs, des processions pour demander à Dieu un heureux succès des conférences d'Ancenis au sujet de la paix. Le cél^re ligueur Aimar Hennequin, lui-môme, donnait un exemple que beaucoup devaient imiter; il rentrait franchement dans le parti du roi, et, à sa mort, en 1596, il méritait les regrets de ceux dont il avait été longtemps l'ennemi acharné. Charles de Liscouet,
1 DeThou, liv. H7.
2 Mémoires de Duplessis, t. VI, p. 408.
mÇ} LA LIGUE
ëvéque de Quimper« qui n'avait pas vonla prêter serment lors de la soumission de cette ville, venait à Bennes, au cotnmencement de 1595, entrait au parlement, jurait fidélité au roi, et depuis lors présidait Tordre du clergé dans les États royalistes de la province. ,
Mercœor n'ignorait pas les sentiments et les dispositions de la plupart : soit par mëcontentementf soit par nécessité, il contribuait encore à les irriter, en ne ménageant pas assez ses auxiliaires, jadis si utiles ; en les obligeant à supporter les charges dont il accablait la bourgeoisie. Les ecclésiastiques devaient payer pour les fortifications, pour Tentretien des troupes, etc ; et il parait que plusieurs bénéficiérs étaient forcés d'aliéner une partie de leur temporel, pour s'acquitter des taxes : aussi de fréquentes réclamations s'élevaient; l'on refusait môme de payer, malgré les ordres formels de Mercœur, et l'on invoquait les bulles pontificales. Un jour, le duc fait venir devant lui le doyen du chapitre de Nantes et l'archidiacre : il leur manifeste assez durement sa surprise extrême et son mécontentement; en les congédiant, il leur ordonne d'assetnbler le clergé et de faire savoir ses volontés : on obéit; mais^ pour gagner du tempe, Ton envoie à Mercœur des députés, chargés de lui représenter la panvreté du clergé et de réclamer son indulgente. Mercœur ii*en persistait pas moins à exiger les impôts dont il avait besoin, et les ecclésiastiques, sans aucune exemption, étaient assujettis au service militaire et surtout à la garde des portes, sous les peines les plus sévères.
Aussi, quand Henri IV s^avança vers la Bretagne, le clergé des villes et des pays qui résistaient entore, devait facilement se soumettre. « Ceux de liantes, écrit Yilleroy, ont déclaré en public à « Mercœur vouloir envoyer vers le Boi pour la paix : même les « ecclésiastiques lui ont protesté qu'ils ne pouvoient plus, en saine « con^ience, s'abstenir de prier Dieu pour le Boi, puisque le pape « l'avoit approuvé et commandée » A Nantes, pour que la soumission parût plus complète, l'on implorait celui-là même qui jadis avait été indignement outragé, et le chapitre écrivait à Philippe du Bec, mamtenant archevêque de Beims, pour le prier d'intercéder auprès du roi*.
Si le clergé, surtout depuis l'heureuse conversion de Henri IV et sa réconciliation avec l'Église, désirait la fin d*une guerre désormais
1 Lettre de Yilleroy à MM. de Bellièvre et SiUery; 16 février 1598. 1 Registres du chapitre de Nantes : Archives municip. de Nantes. — Travers, t. III, passim, — Mellinet, t. IV, p. 26,* 34, etc. — Dom Taillandier, p. 453.
sans canse légitime, les gentiljdianHnes qai avaient pl*is les armes contre la royauté, ne devaient pas faire une résistance bien opiniâtre, ni surtout bien héroïque, nusieurs avaient été séduits par les promesses de Mercœur, quelques-uns avaient saisi Toccasion de lutter encore une fois dans Tintérét de la vieille indépendance bretonne; mais la plupartif avaient tu dans la guerre qu'une magnifique occasion d'agir et de s'enrichir par le pillage ou la rançon des prisonniers. Il aurait fallu un chef capable, par son énergie et par son intelligence, de lès contenir et de les diriger; ils ne le trouvèrent pas dans Mercœur : ils combattirent au hasard, sanâ but déterminé ; ils fireiït leur soumission, en ne consultant que leurs intérêts, sans attendre les ordres ou l'exemple de celui qui n'avait pas su les conduire.
Si Mercœur n'avait aucune de ces grandes qualités qui subjuguent iiçs hommes, Henri lY, à mesure qu'il était plus connu, gagnait en considération et en popularité. La Bretagne était ssois doute bien isolée, bien ignorante de ce qui se passait dans le reste de la France : cependant, au milieu des calomnies que les chefs du parti répandaient dans le pays, quelques nouvelles véritables pénétraient jusiqu'aux extrémités de la péninsule. Henri n'était-il pas le vaillant soldat et l'habile capitaine d'Arqués etd'Ivry; le chef chevaleresque de la noblesse, qui, de bonne heure, s'était sentie attirée et séduite par les qualités brillantes du Béarnais? On répétait quelques-unes 4e ces paroles, qui sont restées si populaires : après la victoire dl'Ârques et le siège de Paris^ lé roi s'était avancé jusqu^à Laval; et beaucoup de seigneurs bretons, guidés par le prince de Dombes, s'étaient réunis pour voir le prince, dont tous parlaient: ils admiraient son affabilité, sa bonne humeur, ses saillies spirituelles, et le suivaient partout, jusqu'à Fempécher d'avancer. Le capitaine des gardes voulait les éloigner : «Laissez-leS fake, dit gracieusement « Henri, ce n'est point importunité à ceux qui me ressemblent; « car tandis que je serai pressé et aimé de ma noblesse, je serai un « mauvais garçon et ruinerai mes ennemis. » Ce qui, ajoute l'historien Matthieu, apporta un tel contentement et applaudissement à ces pauvres Bretons, qui il n*y avait péril ni précipice qui les eût effrayés pour porter ses commandements oà il eût voulu^.
1 Matthieu, MisL de Henri IF, t. 11, p. 243. — Mcmtmartin, p. 281.— Jtfem. de Duplessis, t. IV, p. 433.
D'ailleurs, lor^qe les gentilshommes du parti de Mercœnr, reconnurent qu'ils avaient plus à gagner en vendant leur soumission, qu'en persistant dans la défense d'une cause qui n'avait pas pour elle l'avenir, les défections commencèrent, chacun cherchant à traiter aux meilleures conditions. Beaucoup même n'auraient pas si longtemps attendu, s'ils n'eussent espéré obtenir des avantages plus considérables par une paix générale. « Plusieurs places sont en traicté avec « N. le mareschal, et les deux partis de la noblesse ne sont main- « tenus du duc de Mercœur, que par Tapparence qu'il donne de ft vouUoir entendre à la paix^ » Mais les lenteurs et les tergiversations de Mercœur les décourageaient; et la plupart n'attendirent pas la fin de la guerre, pour se ranger sous le drapeau de Henri IV. Les gentilshommes du pays de Léon traitaient avec Sourdéac, le gouverneur de Brest; un grand nombre de nobles de Cornouaille, réfugiés à Quimper, cherchaient à s'emparer de la ville et à la livrer au roi, dès Tannée 1594 ; Fondebon remettait le château de Guébriac, etc^ Tous, et principalement les plus puissants, avaient soin de stipuler en leur faveur les plus grands avantages; et ce qui était Tun des plus tristes résultats de la guerre civile, c'est que le roi, en Bretagne, comme partout en France, était obligé de payer bien cher la soumission de ces hommes, qui tant de fois avaient proclamé leur dévouement et leurs convictions désintéressées. Donnons quelques exemples pour la Bretagne : Lezonnet, gouverneur de Concameau, et Jean de Talhouet, gouverneur de Bedon, s'étaient rendus auprès de Mercœur, après la conversion du roi, et avaient osé lui rappeler que c'était là l'occasion si désirée de mettre fin à une guerre cruelle, qui désolait le pays. Mercœur avait cherché à leur persuader que le roi n'était pas véritablement converti, et que ce n*étoit que simula-tion, pour plus facilement tromper les catholiques et esteindre leur religion; il les priait de ne rien précipiter, et de ne pas ternir, par une démarche inconsidérée, la gloire qu'ils avaient acquise.
Mais tous deux connaissaient bien le duc; et dès lors, par Tentremise de Montmartin, ils négocièrent un traité avec le maréchal d'Aumont. Lezonnet se soumettait, à de bonnes conditions, dès 1594, et ^éploy^ai^ immédiatement la plus grande activité pour le service du
1 Mémoire baillé par M. de la RocheGiffard , le 17 mars 1595. â Moi'eau, p. 292, 293.
roi : « Après avoir bien fait ses affaires au service de Mercœcir,> dit « Horeau, duquel il avait reculant d*honneurs et de profits quMl en « était envié par les anures seigneurs, pratiqué par certains cbarla- « tans, qui promettaient des montagnes d'or à un avare, il tourne « casaque et se déclare du parti des royalistes^. » Talhouet, qui avait sous ses ordres douze cents hommes de pied et quatre cents chevaux, après avoir tardé quelque temps, par intérêt, venait trou- Ter le maréchal d*Aumont au camp devant Comper, et se rangeait définitivement sous les ordres du roi, prêt à combattre, dès le premier jour, ses anciens compagnons d'armes. On lui promettait rezpectative de Tabbaye de Redon pour Tun de ses enfants ; une somme de Tingt mille écûs ; le gouvernement de Redon lui demeurerait, avec la survivance pour son fils atné; enfin, il serait nommé maréchal de camp dans Tarmée du roi *.
Le marquis de Belle-Isle et M. de Bois-Dauphin, gouverneur de Ghâteau-Gontier et de Sablé, étaient dès cette époque en relation avec Duplessis-Momay et avec le duc de Montbazon : ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour traiter; ou plutôt, ils traînaient les négociations, dans l'espoir d'obtenir des conditions plus avantageuses. Bois-Dauphin le premier relire sa femme et ses enfants de Nantes ; puis il se soumet au roi, et obtient le bâton de maréchal de France. Le marquis de Belle-Isle aurait désiré pareille récompense ; il déclarait qu'il était tout disposé à combattre Mercœur : mais Henri lY, qui ne l'estimait pas, trouvait qu'il exigeait un prix trop^ élevé. Le marquis venait de se faire nommer gouverneur de Fougères par Mercœur, qui lui avait également donné le gouvernement du Hont-Saint-Michel, s'il pouvait en tirer le sieur dé Kermartin, dont la fidélité lui était suspecte. Belle-Isle était décidé à livrer an roi ces deux places importantes, et à mériter par là môme une grande récompense, lorsqu'il fut tué sans gloire, au moment où il essayait de surprendre le Mont-Saint-Michel (22 mai 1596). Dès cette époque, les dispositions des gentilshommes n'étaient plus incertaines, et Duplessis, qui engageait le roi à venir en Bretagne, lui écrivait avec raison : « La noblesse accourra toute à Votre Majesté :
1 Moreau, p. 162.
2 Montmartin, p. 300. — De Thou, liv. m. — Duplessis, lettres du 33 et du 24 février 1595.
D'ailleurs, loràqqe les gentilshommes du parti de Mercœnr, reconnurent qu'ils avaient plus à gagner en vendant leur soumission, qu'en persistant dans la défense d'une cause qui n'avait pas pour elle l'avenir, les défectipns commencèrent, chacun cherchant à traiter aux meilleures conditions. Beaucoup même n'auraient pas si longtemps attendu, s'ils n*eussent espéré obtenir des avantages plus considérables par une paix générale. « Plusieurs places sont en traicté avec « N. le mareschal, et les deux partis de la noblesse ne sont mainr « tenus du duc de Mercœur, que par Tapparence qu'il donne de « vouUoir entendre à la paix^ » Mais les lenteurs et les tergivei^alions de Mercœur les décourageaient; et la plupart n'attendirent pas la fin de la guerre, pour se ranger sous le drapeau de Henri IV. Les gentilshommes du pays de Léon traitaient avec Sourdéac, le gouverneur de Brest; un grand nombre de nobles de Cornoùaille, réfugiés à Quimper, cherchaient à s'emparer 4e la ville et à la livrer au roi, dès l'année 1594; Fondebon remettait le château de Guébriac, etc^ Tous, et principalement les plus puissants, avaient soin de stipuler en leur faveur les plus grands avantages; et ce qui était l'un des plus tristes résultats de la guerre civile, c'est que le roi, en Bretagne, comme partout en France, était obligé de payer bien cher la soumission de CCS. hommes, qui tant de fois avaient proclamé leur dévouement et leurs convictions désintéressées. Donnons quelques exemptes pour la Bretagne : Lezonnet, gouverneur de Concameau, et Jean de Talbonet, gouverneur de Bedon, s'étaient rendus auprès de Mercœur, après la conversion du roi, et avaient osé lui rappeler que c'était là l'occasion si désirée de mettre fin ^ une guerre cruelle, qui désolait le pays. Mercœur avait cherché à leur persuader que le roi n'était pas véritablement converti, et que ce n*étoif que simulation, pour plus facilement tromper les catholiques etesteindre leur religion; il les priait de ne rien précipiter, et de ne pas ternir, par une démarche inconsidérée, la gloire qu'ils avaient acquise.
Mais tous deux connaissaient bien le duc; et dès lors, par Tentre^ mise de Montmartin, ils négocièrent un traité avec le maréchal d'Aumont. Lezonnet se soumettait, à de bonnes conditions, dès 1594, et ^éployai^ immédiatement la plus grande activité pour le service du
1 Mémoire baillé par M. de la Roche-Giffard , le i7 mars 1595. "2 Moreau, p. 292, 293.
« lique^ » Ces paroles sont vraies; elles sont la condamnation de tons ces gentilshommes aventureux, de tons ces capitaines ambitieux et pillards, qui avaient soutenu Morcœor tant qn*ils avaient trouvé profit à le soutenir. Tous ont bien soin de stipuler de nombreux avantages pour eux et leurs partisans; non-seulemeni ils demandent des gouvernements et des honneurs, U leur faut encore de Targent : Hercœur, leur chef, ne se distinguera de ses lientmants qa*en demandant et en obtenant pour lui des sommes plus considërables. Âuisi, la Pardière reçoit 20,000 écus ; le capitaine Montigny et lea frères d'Âradon, ces zélés catholiques, doivent se partager 64,000 écus; après leur soumission, ils se rendaient adjudicataires, pour la somme de 115,000 écus^ du bail à ferme de rentrée sur le vin dans révécbé de Vannes^. La plupart s'étaient donc vendus» Au reste, dans les différents traités, capitulations, lettres d*abolition, il n*est fait nulle mention des sommes d'argent que chacun lirait ainsi secrètement du roi; mais ces traités n'en sont pas moins curieux : tous renferment trois parties distinctes : l^* les avantages détaillés qui sont accordés à ceux qui se soumettent; 2* F abolition de tons les excès, de tous les pillages, de toute les crimes, dont ils se sont rendus coupables ; 3<* enfin la déclaration solennelle du prétexte honorable qui leur a mis les armes à la main. La capitulation de Jérôme d'Âradon, gouverneur d'Hennebont, l'une des plus courtes, n'occupe pas moins de quatre pages in-folio des Acies de Bretagne : « Le sieur de Quenipilly, y est-il dit, nous a très-humblement « fait remonstrer, que dez le vivant du feu Roi, ceux qui sont <c autheurs des troubles de* ce royaume, ayant mis en avant qu'ils* « prenoient les armes pour la conservation de la religion, et soubz « divers spécieux prétextes persuadé la plupart de%os subjects « que. leur seul but et dessein estoit directement à la piété; il se « seroit laissé aller avec plusieurs autres, trompez et deceus de « mesmes artifices, à faire la guerre contre' l'auctborité dudit « deffunt roi et la nostre, sans jamais néanmoins avoir eu intention^ « quelconque de quitter la foi qu'il doibt à la conservation de TËstat, «^ et de consentir à quelque chose que ce soit qui pust advantager
1 Montmartin, p. 314.
2 De Pire, t. II, p. 357. — « Ils eurent 80 ou 100,000 écus, qui leur ont été » payés sur la ferme de six écus pour pipe de vin de Tévêché de Vanucs, » dit Montmartin, p. 314.
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« ne-leiHr reste à. tous qu'an scrupule, g est que Mercœar ait k « demeurer leur gouverueur après qu^ilé Taurofit irrita lequel lefé, V tous se mettroîent au niétne devoir que celle de Bourgogne^. »
Aussi, lorsque Henri IV, après avoir beureuaeneiH termnië la guerre avec les Espagnols^ se dirigea vers la Bretagae, les dsrniers défenseurs de la Ligue, tes plus entêtés ou les plus compromis, .perdant désormais toute espérance de pouvoir résister, ne songèrem plus qu'à déposer les armes, sans attendre ni les ordres, ni Tex^ple de Hercœur. « il est abandonné de tous les siens ; car il n'y a pas « un des gouverneurs des places qui Tout suivi, qui n*ait envoyé à « part devers Sa Majesté, pour se mettre à couvert sans lui : je « vous dis }usqnes à ses plus intimes amis et serviteurs, etc^. » Le sieur de FIsle-Aval, Tun de ses plus anciens partisans, recevait ses lettres d'abolition, dès le mois de novembre 1537; les frères d* Aradon envoyaient secrètement vers le roi, lii proniettant de traiter, dès qu'il tournerait la tête vers la province, et ils remettaient sous son obéissance Vannes, Hennebont et le &i8sinio; ViUebois rendait Mirabeau, Ghampagnac, TifTanges^ A Tbouri,. dans la Beauce, il recevait la soumission de Duplessîs de Cosme, qui livrait Craon et Montejean^; à Cbenonceaux, . les frères de Saint-Offange traitaient pour leurs places de Rocbefort et de Saint-S^mphorien; Bourcani, pour Ancenis; delà Pardièrè,pourMacbecouletBelle-Isle. A Angers, les sieurs de Goulaine, de Favonnel et de Quinipily obtenaient des lettres d'abolition } Fontenelle Ini-mème, la bonté de U Ligne en Bretagne, qui pouvait livrer Douarnenez aux Espagnols et qjue Ton redoutait, fut confirmé dans le gouvernement de cette ville, et même nommé capitaine de cinquante hommes d'armes'.
tt Tous, dit Montmartin, au lieu de donner de l'argent au roi , lui » en demandèrent : voilà le zèle qu*ils avaient à la religion catbo-
t Doplessis, lettres da s?, du 24 mars, dn 25 décembre 1594; du !«' Juillet 1595, etc. •— Lettres de Henri IV, 20 mars, 27 avril 1594. — Montmartin, p. 909.
2 Lettre de YiUeroy à MM; de Bellièvre et de SiUery, 7 mars 1598. —Henri IV dit la même chose dans une longue lettre qjxil leur adresse le 4 mars.
3 Mist de Duplessis , p. 227.
4 Dès le mois d'avril 1595, Henri IV écrit une lettre pleine d'affabilité à Duplessis, pour le décider k faire sa soumission : Lettres missives, 17 avril
5 Jetés de Bret., 1. 111, col. 1675, etc. — De Thou, liv. 120.
« lique^ » Ces paroles sont vraies; elles sont la condamnation de tons ces gentilshommes aventnrenz, de tons ces capitaines ambitieux et pillards, qni avaient sontenn Morcœor tant qa'ils avaient trouvé profit à le soutenir. Tous ont bien soin de stipuler de nombreux avantages pour eux et leurs partisans; non-seulemeni ils demandent des gouvernements et des honneurs, il leur faut encore de Targent : Mercceur.leur chef, ne se, distinguera de ses lieutmatits qu^en demandant et en obtenant pour lui des sommes plus consîdëraUes. Ainsi, la Pardière reçoit 30,000 écus; le capitaine Montigny et iea frères d'Âradon, ces zélés catholiques, doivent se partager 64,000 écus; après leur soumission, ils se rendaient adjudicataires, pour la somme de 115,000 écus^ du bail à ferme de rentrée sur le vin dans révécbé de Vannes^. La plupart s'étaient donc vendus. Au reste, dans les différents traités, capitulations, lettres d'abolition, il n'est fait nulle mention des sommes d'argent que chacun tirait ainsi secrètement du roi; mais ces traités n'en sont pas moins curieux : tous renferment trois parties distinctes : l^* les avantages détaillés qui sont accordés à ceux qui se soumettent; 2* l'abolition de tons les excès, de tous les pillages, de tous les crimes, dont ils se sont rendus coupables ; Z** enfin la déclaration solennelle du prétexte honorable qui leur a mis les armes à la main. La capitulation de Jérôme d'Aradon, gouverneur d'Hennebont, l'une des plus courtes, n'occupe pas moins de quatre pages in-folio des Actes de Bretagne : « Le sieur de Quenipilly, y est-ii dit, nous a très-humblement « fait remonstrer, que dez le vivant du feu Roi, ceux qui sont « autheurs des troubles de* ce royaume, ayant mis en avant qu'ils* ce prenoient les armes pour la conservation de la religion, et soubz « divers spécieux prétextes persuadé la plupart deAjios subjects « que. leur seul but et dessein estoit directement à la piété; il se « seroit laissé aller avec plusieurs autres, trompez et deceus de « inesmea artifices, à faire la guerre contre' l'auctborité dudit « deffunt roi et la nostre, sans jamais néanmoins avoir eu intentiona quelconque de quitter la foi qu'il doibt à la conservation de TEstat, ^ et de consentir à quelque chose que ce soit qui pust advantager
1 Montmartin, p. 314.
2 De Pire, t. II, p. 357. — « Ils eurent 80 ou 100,000 écus, <iui leur ont été » payés sur la ferme de six écus pour pipe de vin de Tévêché de Vanucs, » dit Montmartin, p. 314.
« nos ennemis ou eslrangers en Tusnipation d'icellui , etc. » ^
Ces considérations ne semblent-elles pas nn peu ironiques?
Le roi accepte la soumission : il accorde qu^il ne soit fait aucun exercice de religion dans Hennebont et ses faubourgs, que de ta. catholique, etc. Quinipily et ceux qui Fassistent sont remis on con-^ firmes dans la possession de tous leurs biens ; ils sont déchargés des prises des levées et deniers publics et particuliers, saisies et jouissances de rentes^ revenus, obligations, prises et ventes de biens meubles, bagues et joyaux, abat de bois de haute futaie, des décimes, traites et impositions mises sur les denrées, cottes sur les paroisses, emprisonnemens de leurs personnes, etc.;prises de villes, châteaux, maisons, forts, rançons, fortifications, démolitions d^églises, fatibourgs, commissions particulières, sentences et jugements donnés..., voyages, assemblées, desseins, intelligences, négociations et traités tant dedans que dehors le royaume, etc. Par une autre ordonnance, Jérôme d*Aradon était nommé capitaine de cinquante hommes d'armes, en récompense de ses bons seryices'^ Les capitulations accordées au sieur Duplessis de Cosme et anx frères de Saint-Offange, sont beaucoup plus détaillées, mais présentent les mêmes particularités : seulement on entre dans les détails les plus circonstanciés au sujet des crimes commis durant la guerre, dont il» demandent Tabolition... « Embrasemens, démolitions et rasemens ft de clochers, églises, fauxbourgs, chasteaux et maisons en ville et <r aux champs, encore qu'elles fussent à ceux de n^sme parti... .\ « prises de personnes faisant la guerre ou non, estant du parti « contraire ou demeurant en villes et lieux dudit parti, pillages « des marchands et des marchandises... ; jugements et exécutions « de mort par droit de guerre, sans forme de procez, etc. « Demeurera aussi supprimée et abolie la mémoire de racte.advenu (c au lieu de la Chasteigneraie, au mois d^aoust de l'an 1595, où il « fut par quelques gens de guerre dé la garnison dudit Rochefort <c tué nombre des huguenots trouvez en un presche public qui s'y (c faisoit,et mesme quelques femmes et enfants tuez à la meslée et c< par inadvertance, eU?. »
Assurément, il devait coûter beaucoup au roi de proclamer ainsi,
1 JcUs de Fret., 1. 111, col, 1677, 1681.
2 jéctes de Bret., t. 111., col. 1653, 1657, et col. 1667, 1675. — Do Thon, liv. 120.
EN BRETAGIHE. 283
eu les récompensant, la loyauté et rbonnôteté de ces capitaines coupables de tant d*excës ; mais la nécessité loi dictait sa conduite : parfois, cependant, son langage est plus sévère, même lorsqu'il pardonne : « Encore, dit-il, que nous eussions juste occasion de « rechercher sévèrement la longueur et remise que .aucuns de nos « subjets apportent à la reconnaissance de nostre autorité, bien « éloignez du debvoir auquel comme bons Français et fidelles subjets « ils sont naturellement obligez, et que pour le mespris qu ils sem- « blent avoir fait de tant de commandements exprès qui leur ont esté « faits par nos édits et déclarations, ils deussent encourir les peines « portées par iceux; toutes fois, etc^. »
Hais à qui Henri lY n*était-il pas forcé de faire les plus grandes concessions, puisque la FonteneHe lui-môpie obtenait des lettres d'abolition et des récompenses considérables ? « Nostre cher et bien' « amé Guy Eder, sieur de la Fontenelle, nous a fait congnoistre, « que son intention a toujours esté de n'adhérer à estranger ou « autre quelconque personne qui veuille attenter à l'usurpation et
« démembrement de cetËtat Nous avons eu agréable sa très-
« humble submission. » Le roi, sur la requête du brigand, ordonne qu'il ne se fera autun^ exercice que de la religion catholique, apostolique et romaine, dans la ville de Douarnenez et dans les autres lieux de Tlle Tristan et pays circonvoisins. Puis, il accorde à Fonte* neUe et à ses officiers les mômes grades dont ils jouissaient; enfin, il les décharge de tous crimes, maléfices, meurtres, bruslemens, etc'.
Après la lecture de pareils traités, peut-il rester le moindre doute sur la nature des motifs qui avaient dirigé les principaux cbefe de la Ligue en Bretagne ? Que l'on ne dise pas que ce sont là les exceptions; que, dans tôqte guerre, il y a des excès; dans tout parti, des hommes indignes. Non, ce ne sont pas des exceptions; ce que l'on rencontrerait au contraire difficilement, c'est la noblesse des sentiments, la pureté des convictions, l'élévation du désintéressement. Que l'on ne vante donc pas, de nos jours, cette triste époque de la fin du xvr siècle; et que l'on ne métamoirphose pas en héros, nobles défenseurs de la religion et de la patrie, ces hommes dont nous avons vu lés exploits, 4ont nous avons apprécié la conduite.
1 jéctes de Brét. , t. lll, col. 1674^
2 Jetés de UreL, t. III, col, i.687, 83.