LA U6W
T«l8 sont l68 récits lamentables du ohanoine Mopea«^ témoio de toutes ces calamités, et qui, Ugueur assez convaincu luî-oaiéiBs, n'avait pas intérêt à exagérer les souffrances du peuple. D'siileim, tons les ccmtemporains confirment les détails que nous venons de transcrire ; 4^ deux côtés, Top fait le trisie aveu de Tétat dépkirabii dans lequel se trouvait la Bretagne à la fin de ceite malheureuse guerre civile. Mercœur, dans des lettres qui établissent tm nouvel impôt pour le siège de Malestroit, déclare que ceux du plat pays s<»it contraints abandonner leurs demeures ei se retirer avao forteresses^ tellement que tes champs demeurent déserts et les terres wm euttivées^. Nous avons déjà rappelé les tristes doléances des ligoeirs eux-mêmes, surtout aux Ëtats de Vannes de 1592, 1593, 1694.
Les députés des trois ordres de Tévôcbé de Léon disent, tn se soumettant, que le pays est réduit en tQute désolation, tant yMtr la peine et mort des hommes^ que par la ruine eî ravage 4tes éiéns^ (1594). Le seigle et le blé^ écrit le bourgeois Pichart, mlent douze à quinze fois leur valeur ordinaire : d est pitié du paum'e peésple des champs que fon voit venir en cette ville demander J'aumâne; tuais ce n 'est rien, au prix de ce que l'on voit sur des ckamps^. Le ptfit/^e, ajoute Hontmartin, dans plusieurs endroits, nemvaitplus que d'herbes, parmVles ckmups, pour ta grande siéritité des bUs; et il y a eu père châtié pour avoir tué son enfant, le voyant languissant de faim. ^
Le parlement de Bennes, dansses doléances au prince deDombes, expose les misères des'paysans pris, jetés dans les cachols et mis à rançon : « On les force aussi à aller travailler aux fortifications; et « le capitaine a fait pendre des labcHireurs, pour ne 8*ôtre pas trou- « vésau jour assigné à travailler anxdites fortiQcations, réputées « inutiles. Une infinité de voleurs, sous le nom de soudards, bat la te campagne, tourmente le pauvre peuple, oblige les laboureurs i se « réfugier dans les villes; et comme ces brigands enlèvent de « force tout le bétail, et que là terre n'est plus labourée, il ne « peut msuiqQerde s'ensuivre une disette générale^* 9 Voilà ce que
1 Jctesëe^retj t HI, col. 1S43.
% Jetés de Bret,, t. HI, col. iS99.
3 Pichart. — Jcles de Bret. , t. HI, col. 1752.
4 Table raisonnée des registres secrets du parlement, t. V, p. 602.
«< Les soldats se répandaient par bandes , dans les campagnes , sans chdii , sans
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les magistrats écrivent au commencement de la gnerra. Trois ans plus tard, les ËCats adressent an roi les remontrances les plus douloureuses. « La licence 4es gens de guerre en vostre dit pays a esté « et est telle et si déréglée sur vostre. pauvre peuple, qu*ils n'ont ee obmis ni espargné aucune espèce de violences, pour espuiser sa « substance ; et ont exercé toutes les cruautez que la corde, le fèr fc et le feu ont pu administrer pour rançonner le paisan laboureur et « le marchand du plat pays innocent; et après les avoir misérabte- (c ment tourmentez et géhenne» en Jours personnes pour extorquer « leurs deniers, pillé, bruslé les maisons et meubtes qu'ils ne pouce voient emporter, ont finalement pris le bèstail jusqu'aux porcs, et <( keloi rançonné par teste; et non contents de tant d'oultraiges, ont « violé femmes et fiifts suis aucune considération d'âge; encore ont « conUraint les pères de racbepter leurs enfants pupilles, et les maris « leurs femmes ; et réduit vostre peuple à telle extrémité, qu'il a esté « C(Hitraint d'abandonner maisons et familles, et chercher l'espoir de « la sûreté aux forests entre les plus cruelles bestes, néantmoins la « rigueur de Thyver, aiipant mieux habiter avec les animaux «au- « vaiges et chercher leur vie, que de languir et mourir prisonniers « enCro les mainis des gens de ^erre, de tourmens, delaim et d'ennui, « par fsAlte de moyens pour m rachepter ; et se sont tellement des» « ponîllez de toute humanité et laissé aller à la cruauté, qu'ils ont « dénié les corps morts en leurs prisons à la parentelle pour les « inhumer, jusqu'à les rachepter^ faisant languir les vivans avecque « les corps des morts en leurs dites prisons, ce qui a teUemenc « ruiné vostire peuple, que les paroisses entières se voient désertes, « les grosses bourgades sd>andonnées de tous habitans, el^K »
Est-il possible de rien ajouter à ce tableau lamentable, présenté an roi par les députés de la province ? et le chanoine Moreau peut-il être accusé d'exagération? ^
Quatre ans plus tard, les mêmes États de Bennes répètent leurs doléances, pour ainsi dire dans les mêmes termes : « Le pauvre «e peuple a été réduit à telle extrémité, qu'il semble maintenant avoir
« discipline, tuant, pillaiit, selon leurs caprices, et cela an mépris de la trSve, « faisant beau ménage tout à leur aise, sulyant les paroles d'un contemporain, A sans distinction de ligueurs et de royalistes . >* Notice sur Màrdelles, par M. Tabbé Oresve, dans le Dictionnaire de Bretagne.
1 Registres des États, A iioiyief 1593 : dans les Jetés de Bret,,t III, col. 1557.
« déposé tonte hnnàanité pour vivre à la façon des brutes, ne res- « tani que bien peu de noblesse et d^habitans audit pays^. » En effet, le chanoine Moreau, résumant, à la fin de son lamentablerécit, les malheurs de la guerre, affirme que dans telle paroisse où il y avait jadis plos de douze cents communiants, il ne s'en trouve pas douze^ surtout dans les cantons éloignés des villes et des places de retraite^.
Dans une remontrance au roi sur les misères de la province, les mêmes douleurs sont vivement rappelées : « L'on a vu les labou- « rèprs, les veuves, les orphelins et antres personnes misérables, « fuir dans les champs, et périr sous les coups des soldats. Et si « d'aventure il s'en est trouvé qui aient pu éviter telles cruautés, ils « ont été finalement contraints de se retirer es bois er forêts, comme « à un asyle, espérant trouver plus d'humanit Antre les bêtes brutes « et farouches, qu'ailleurs entre les hommes qu'ils ont trouvés « sans merci et sans compassion'. »
Cette grande misère qui désolait les campagnes était l'une des causes de là misère des villes. « Elles fourmillaient, dit Moreau, de « pauvres qui s'y jetaient de toute part, en si grand nombre qu'il « était impossible d'y subvenir à tous; de manière qu'il était néces- « saire tôt ou tard qu'ils mourussent pauvrement, et principalement « en hiver, étant mal nourris, presque tout nus, fors quelques dra- « peaux pour couvrir leur honte, sans logements ni couvertures que « les étau^t ; et on ils trouvaient des fumiers, ils s'enterraient dedans « comme pourceaux, où toutefois ils n'étaient guère de temps qu'ils « n'enflassent fort gros avec une couleur jaune qui les faisait inconti-
« nent mourir Le mal Jaune, comme pu appelait cette terrible
« maladif emportait son hommer en vingt-quatre heures; et si le « malade passait le troisième jour, il en échappait^. »
1 Registres des États, Arch. d'Ille-et- Vilaine. — De Pire , t. II , p. 298.
2 Moreau, p. 344.
3 Mém. de la Ligue, t. VI, p. 601.
4 Moreau , p. 338. — Les Registres du paflement de Rennes sont remplis de tristes documents de cette nature : KemontrancQ^ sur les misères de la province (5 août 1592), — Plaintes des délégués de la Basse-Bretagne (févr. 1595). — Désordres des gens de guerre (24 mars 1597). — Rennes surchargée de pauvres mendiants (27 mars). — Misère incroyable de Févêché de Gomouaille : les malades et les enfants, qui ne peuvent se retirer dans les villes, meurent de faim e$ leurs corps sont dévorés des chiens et des loups (17 avril) , etc. , etc.
BN BBETAOIÏB. 291
L'histoire particulière des villes vient confirmer Texactitade de ce récit : à Nantes, par exemple, les paavres affluaient de tontes parts, et ne trouvaient pas où s*abriter pendant là nuit; on les parqitait dans les cimetières (ordonnance du 2 septembre 1596); on leur distribuait quelques morceaux de pain de seigle, au delà des portes de Saint-Pierre, de Saint-Nicolas, de la Poissonnerie; et comme le miseur déclarait que les ressources de la ville étaient épuisées, on forçait tou^ les malheureux qui n'étaient pas du diocèse, à se retirer dans les vingt-quatre heures. Les hôpitaux ne pouvaient suffire aux malades; on les entassait jusque dans les greniers : vainement, Mercœur réunissait les médecins, pour conjurer les épidémies par des ordonnances sanitaires; vainemeni on multipliait les processions à travers la ville, et jusqu'à Saint-Sébastien; le mal pôursuiviait ses ravages. A Quimper, la mortalité était si grande, en 1594 et 1695, que Ton ne trouvait plus de place dans les églisies, dans*les cimetières de la ville et des faubourgs, pour enterrer les morts, etc. A cette époque Ton fait remonter l'érection desxroix de pierres écotées, que Ton rencontre dans les campagnes de la Basse-Bretagne, et qui y sont connues sous le nom de croix de la peste^. Aussi, même avant la conversion du roi, la souflDrance avait déjà dissipé bien des illusions : < Le peuple, las de la guerre et des grands subsides, écrit c Duplessis dès le mois de septembre 1592, commence à détester le c nom du duc, tellement que M' de Hercoeur n'oseroit ouvrir la « bouche de ses prétentions^. » A plus forte raison, lorsque la nou^ velle de son abjuration se fut répandue, beaucoup d^hommes, dans les villes surtout, furent ébranlés dans leurs anciennes convictions; beaucoup, s'ils l'avaient osé,, se seraient empressés de reconnaître, comme roi légitime, le Béarnais catholique. L'on n'ajoutait plus foi aux déclamations de Mercœur et de ses partisans intéressés; à Nantes même, malgré les prescheurs qui cohHnuent toujours leur sUle^ le pétale crie la paix^. Beaucoup de villes^ commençaient à se détacher du parti de la Ligue; et là même où de nombreuses garnisons faisaient encore redouter la puissance du prétendant, des voix s'élevaient pour exprimer les sentiments de la bourgeoisie, ses douleurs et ses vœux.
1 Travers, t Ul, passim. — Morcau, p. ^62. — Note de M. Paul de Gourcy,
2 Mémoire au roi, 2 septembre 1592.
3 Lettre de Duplessis k Villeroy, i«' janvier 1696.
!2'92 u LIGUE
Je trouve la preuve de ce que j* avance dans un livre, assurément peu connu, tnais curieux à plus d* un titre : ce ifeçt pas un pamphlet; c*est un ouvrage sérieux, composé par un grave et savant magistrat, Begnault Dorléans, conseiller au siège présidial de Vannes^. Mercœur a lui-même engagé Fauteur à publier le résultat de se» études et de ses observations ; c*est à Mercœur que le livre est dédié : dans cette dédicace « où perce une certaine ironie, Dorléans se proclame bon Français, et ennemi des Espagnols,' qui ^renient ruiner ce royaume de France, jadis si florissant. Ce sont les prétentions de Philippe II qu*il attaque principalement ; c'est la loi salique qu'il soutient; c'est la royauté légitime de Henri lY, qu'il proclame /« fdu$ beau et le plus parfait de tous les États, gouvernements et républiques du monde. Si, passant en revue les différents ordres de r£tat, il signale les abus et les vices, sources de nos malheurs, et les moyens d'y porter remède et de gouverner les Français, au milieu de ses dissertations politiques, la voix de la bourgeoisie mécontente éclate, ses plaintes douloureuses vont frapper l'oreille de Mercœur lui-même.
« Maintenant, s'écrie-t-il, les François ne répètent la justice que « par duels, ne recognoissent supérieur sinon que lorsqu'ils sont « contraints; chacun se veut dire libre, grand et digne de comman- « der. Le roy n'est plus que le valet ; les princes ne sont plus que « subjets; et la justice demeure enfermée soubz les fers de silence « et decraincte. Nous sommes, dit-il autre part, les ousérables spec- « tateurs de ceste Tragédie qui se voit au théâtre de la France, <ç chacun y jouant son personnage, qui d'espérance, qui de déses- « poir, qui de rapine, qui de ruyne, comme la saison le porte. »
Et plus loin : « Malheur, dit le Sauveur, sur le royaume divisé en « soy, car il tombera en désolation; et n'y demeurera pierre sur « pierre. Nous en pouvons sçavoir les expériences par la longueur « du temps qui nous y a consummez, et ne pense homme, fust-il de « fer ou de diamant, qui ne se sente lassé de ceste maudite guerre
1 Les observations de diverses choses remarquées sur l'Estat, couronné et peuple de France, tant ancien que moderne f^^vs noble homme Regnaolt Dorléans, sieur de Since , conseiller au siège présidial de Vennes (sic) en Bretagne; k Vannes, de rimprimerie de Jan Bourrelier, 1597. ^ Le livre contient, outre la dédicace, 270 pages ; il est divisé en 26 chapitres.
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« civile, qaine sert qae de risée aux peaples estrangers, qui nous « mangent et se mocquentde nous à nos despens. »
Cest le peuple qui souffre surtout de ces misérables discordes : Usertde bœuf.d'asne, et de cheval de louage aux Roy s, aux Princes, et aux Nobles : mais encore fault-il lut/ laisser quelque repos, et ne pas le travailler, comnie on faict ordinairement. — Quel plaisir y a-t'il de voir un seigneur riche, et tous ses subjects coquins et belistres? Autant qu à voir un petit bossu maigre et contrefaict, qui n'a pas les jambes plus grosses que fuzeaux, et porte sa bosse plus grosse et grande que le reste du corps. Si quelqu'un veut prendre garde à Vexcessive levée des tributs, il trouvera qu'il riy a rien qui puisse tomber au commerce des hommes, qui ne soit chargé de gabelle; les choses sont réduictes à ce point qu'il ne reste plus au pauvre peuple que la voix pour se plaindre de son malheur^.
Voilà quels étiaiient les sentiments de la plupart : les vieilles espérances de Tindépendance bretonne s'affaiblissaient ; et les habitants des villes apprenaient chaque jour, au milieu des souffrances et des horreurs de la guerre, que la domination royale, capable de faire respecter Tordre et la justice, valait en définitive beaucoup mieux que le despotisme insolent des chefs militaires.
Les habitants de Saint>Malo, depuis la mort du comte de Fontaines, formaient une véritable république, obéissaient seulement à leurs lois et à leurs magistrats, et songeaient avant tout à étendre leurs relations commerciales et leur puissance maritime. Mais de bonne heure ils reconnaissaient la faiblesse du parti ligueur, et se soumettaient à Henri IV, en obtenant, par un traité solennel, ce qu'ils désiraient surtout, le maintien et Textension de lenrsi;)rivilége8 et de leurs franchises. D* abord, leurs députés, venus à Rennes, avaient reçu du maréchal d'Ânmont mainlevée de leurs biens saisis; puis ils avaient envoyé au roi des notables de la ville pour traiter avec lui. Henri IV crut ne pouvoir payer trop cher une ville apssi importante par ses richesses, sa position et la bravoure de ses habitants : aussi, leur uccorda-t-il une capitulation trës-avantageuse. Le préambule est d'un singulier ton d*emphase triomphante: « Le « mesme rayon de ce soleil divin et tout-puissant, seul auteur et
1 Dorléans, p. 24i , 131, 232, 238, 240, 246.
tt [Hrotecteor de cette monarchie frangoise, qui a dissipe les nuage» « desquels nostre âme auroit été circonvenue, incontinent après
« nostre naissance jusqu^à nostre conversion, a dessillé les yeux
tt de nos subjects offusquez dlnfinis artifices et faux prétextes... « Maintenant, la pluspart de nos subjects qui sembloient les plus « éloignez de nostre recognoissance, se sont trouvez sans force, 9 promesse ni. espérance. » Il vent bien rejeter leur faute sur Tardente dévotion que les Français portent au service de Dieu, et lui rend dès gr&ces infinies d^avoir sauvé TËtat ravagé et presque détroit par les étrangers, qui espéraient profiter de la simplicité des ligueurs, pour démembrer la France. Il reconnaît que les Malouins, quoique un peu tard, « se sont courageusement opposez à diverses c pratiques secrètes, intelligences et entreprises ouvertement ten- « tées sur ladite ville par les ennemis de là royauté...!... Ils se sont « garantis de la puissance et violence de nos ennemis, lesquels, sons « Tappârence de la religion et d*uné^ feinte amitié et communication (c familière, s'en vouloient empâter, etc. En conséquence, metlani ff sous le pied toutes choses à son préjudice, il leur accorde : »
i"* Que la religion catholique sera seule exercée dans la ville, sas faubourgs et à trois lieues à la ronde; Tédit de 1577 sera d'aUleurs observé; il prend sous sa protection tous lés ecclésiastiques, et ordonne de leur rendre leurs biens, franchises et immunités.
S® Il ne veut autre garnison, pour la sûreté de ladite ville, que la bonne volonté et affection des habitants; le gouverneur sera catho» tique et agréable aux habitants.
3® Ils seront exempts pendant six ans de toutes tailles et emprnntSi excepté de Fimposition levée en dénier Beu par Henri VI, ponr la garnison et les besoins de la guerre.
4** et 5<» lU obiiennent Tabolition complète de tout ee qu'ils otê fait pendant la dernière guerre ; et ici Tédit entre dans les détails les plus mîiiuitieux.
6f Ils sont confirmés pour dix ans dans la jonissancer pleine et entière de loua les privilèges, franchises, libertés et droits accordés par les ducs de Bretagne et les rois de France.
7"* Us exerceront librement le commerce avec tous les Ëtats, républiques et royaumes quelconques, conformément aux traités faits avec les princes ou pays étrangers.
9° Le conseil établi par les habitants doit continuer comme par le passé; tous les jugements rendus par lui seront confirmés.
EN BBBTAGIHE. 295
14« Le ror crée un priear et deux consuls pour juger en première instance les procès concernant le commerce, à l'instar de ceux qni déjà sont établis i Rouen.
15<* Il est permis aux habitants de fondre les pièces d'artillerie dont ils pourront avoir besoin soit pour leur défense, jsoit pour les nombreux vaisseaux qui courent sur les mers^.
18<» Pour récompenser les artisans de leurs peines et fatigues, il ne $€ pourra habiter en icelle aucun artisan ou gens de tnestier estrangers de quelque art, qualité et condition quHls soient, sans ta volante et consentetnent du corps et ciHnntmîauté delà ville, et par requeste présentée en assemblée géniale desdits habiUmts, et qu'ils n'y puùsent lever boutique qu'en faisant chef-dTœuwre et par ieur consentement, €tc^.
C'est bien là, comme l'a dit Chateaubriand avec un orgueil patriotique, une belle capitulation; la ville traitait de puissance à puissance avec le roi de France lui-môme'. Quelques jours après, les Malouins <(Atienn^t du roi de nouvelles concessions ; par un privilège spécial, il acowde aux juges de Saint-^Halo le pouvoir de oonnattre et de décider en première instance tous cas royaux qui surviendront en rétendue de leur juridiction; ainsi, la ville avait le grand avantage de se soustraire à la juridiction du parlement de Bretagne^. Les Malouins reçoivent encore du roi des lettres par lesquelles il était •défendu aux étrangers de faire dans la ville le même commerce que les habitants : ils conservaient donc toujours ce môme esprit 4'iiitérét local et exclusif qui les avait dirigés pendant les troubles de
Un écrivain breton, que son amour souvent aveugle des temps
-passés entraine parfois au delà des limites de la vérité, M. de
Gonrson, après avoir rappelé et interprété à sa manière la conduite
des Malouins, s'emin^sse d'attaquer sans explication les progrès de
la liberté moderne, l'optimisme des politiques et des légistes actuels :
1 Philibert de la Guiche , grand-maître de l'artillerie de France , en vertu de cet article , leur permet de faire fondre cent pièces de canon , k la condition toutefois qu'elles seront marquées et armoriées de Franco.
3 L'édit^st enregistré au parlement de Rennes, le 5 décembre 1594 : Jetés de Fret. , t. m, col. 1605, 1612.
3 Mémoires d' outre-tombe.
4 Actes de Bret., t. III, col. 1617.
ce ]\ous nous permettrons d'observer, ajoute-l-il, qu'en fait de cai^accc tëres, le dix-neavième siècle nous semble fort inférieur aii « seizième. » Je comprends fort peu cette observation; seulement, sans vouloir déprécier en rien le caractère des Malouins du Xyv siècle, le les vois, avant tout et toujours, préoccupés des intérêts de leur commerce et de leur richesse : c'est là leur premier principe; leur histoire pendant la guerre le prouve suflSsamment. Après leur soumission, ils sont toujours les mêmes ^ ; ainsi, lorsque Henri IV déclare la guerre à TEspagnOvils sont très-mécotitents, à cause.de leurs relations commerciales, qu'ils qe voulaient pas interrompre, et Ton engage même le maréchal d'Anmont à surveiller leurs démarches^. L'année suivante, après la prise de Calais par les ennemi», craignant de perdre leur trafic d'Espagne, ils furent, dit Picbart, eu grand branle de se donner à l'Espagnol, et y eut grand mutmure en la mile, mesme à mettre d* aucuns des prisonniers plus mutins; et toutefois ils demeurèrent en leur debvoir^ soit par crainte ou autrement. Ce ne sont pas là sans doute les caractères que le xà? siècle aurait à envier à un siècle qui eut, lui aussi, ses misères et ses tristes passions 3.
La reddition de Morlaix n'est pas moins curieuse et instructive : c'était la seule place de l'évéché de Léon que l'activité de Sonrdéac, le brave gouverneur de Brest, n'eût pas soumise à l'autorité du roi ; tout le monde reconnaissait l'importance de cette position : les Ëtats de Bretagne avaient écrit à Henri IV que la prise de Morlaix avan^ cerait de beaucoup la réduction des trois évéchés les plus rebelles et au meilleur pays de la province, à savoir : Léon, ComouaiUe et Tréguier*. Aussi, le maréchal d'Aumont, après la soumission de Guingamp , s'était dirigé vers cette ville. Les habitants de Morlaix avaient jadis déployé le plus grand zèle contre les royalistes ; le conseil de la Sainte-Union, qui se réunissait trois fois par semame,
i Ils s'adressent fréquemment à Henri IV, pour soutenir leurs réclamations auprès du gouvernement anglais; c'est ainsi qu'il demande en leur faveur, h Elisabeth, la faculté de pouvoir naviguer et trafiquer librement dans tous les pays et villes de lobéissance de la reine d'Angleterre. (Lettres du 15 février, du 29 novembre 1595 ; — lettres du il juin et du 17 novembre 1596 , etc.)
2 Lettre de Duplessis , 29 février 1595.
3 Picbart : Jetés de Bret., t. 111, col. 1749.
4 Jetés de Bret., t. 111 , col. 1605.
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dans la salle des Jacobios , avait gauverné la ville et les paroisses voisines avec une antorité souveraine , réglant les impôts et les cotisations, distribuant les armes, organisant les compagnies urbaines et les contingents des paroisses, emprisonnant les suspects, accordant dé véritables certificats de civisme^. Mais cette ardeur s'était peu à peu calmée ; et Ton était forcé , pour la ranimer, de faire un règlement condamnant à Tamende les membres qui feraient défaut aux séances du conseil.
En 1594 , beaucoup de bourgeois étaient disposés à abandonner le parti de la Ligue : la guerre les fatiguait; et, malgré rapproche du maréchal, ils n'avaient pas voulu recevoir dans leurs murs le comte de la Magnanne et son régiment. Mais ils redoutaient lé gouverneur du château , François de Carné , seigneur de Bosampoul , homme fier et absolu , qui profitait de sa position pour s'enrichir, exigeait des habitants'une obéissance servile, et les maltraitait avec un orgueil insolent. Il avait même dernièrement menacé de faire pendre Bernard le Bihan, seigneur du Bandour, vieillard respectable, qui exerçait les fonctions de sénéchal^. Mercœur, pour retenir les habitants dans son parti , les exhortait par ses agents à la patience, leur annonçant qu'il espérait conclure bientôt une paix générale qui leur serait très-avantageuse.
Cependant, le maréchal s'était avancé jusqu'à Lanmeur/et les avait invités à se soumettre au roi. Alors, les principaux bourgeois se réunissent secrètement, et arrêtent de se rendre sous certaines conditions : ils font décider, dans une assemblée générale à la maison de ville,, que l'on enverrait quatre députés vers le maréchal, pour lui offrir dix mille écus, s'il voulait s'éloigner pendant quinze jours, en attendant l'issue des négociations de Mercœur au sujet de la paix; et l'oQ s'arrange de manière à choisir pour la députation quatre de ceux qui voulaient rendre la ville. Tel était l'expédient auquel on
1 « Sera bailé atestation au sieur de Coatlcsper qull a toujours favorisé le «« parti de TUnion et les habitants de ceste ville. » ( Extrait du Registre de la liigue k Morlaix , au Cayer poup les affaires de la ville,)
2 Moreau dit que ces menaces furent faites par une espèce de gentilhomme , confident de Mercœur, et envoyé tout exprès par lui pour défendre Morlaix contre les royalistes. 11 agoute : « Plusieurs , indignés de Taifront fait à leurs juges et « à eux-mêmes , se résolurent le même jour de changer de parti, et d'envoyer « vers le sieur maréchal à Guingamp. » (P. 183.)
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avait recours pour tromper les nobles et les geos de guerre, qui se seraieDt opposés à la capitulation. Mais le gouverneur, instruit de leur départ et se défiant de leurs intentions, envoie des cavaiiers à lenjr poursuite ; les députés avaient eu soin de prendre des cbeoûBS écartés, et le soir même ils arrivèrent au camp du maréchaK An lieu de s'acquitter de leur mission officielle, ils lui présentèrent les articles du traité qui avaient été rédigés à l'avance dans rassemblée secrète. D'Aumont se hâta d'accorder ce qu'on lui demandait, et l'on se prépara pour le lendemain (25 août) à pénétrer dans MorUix. L'affaire était délicate ; il fallut recourir encore à la ruse. Deos députés restèrent auprès du maréchal, pour le guider et lui servir d'otages ^n môme temps : les deux autres, de retour à Horlaix, affirmaient qu'il avait accepté les dix mille écus, et que l'on devait seulemeni se mettre enr garde contre le gouverneur. N'avait^il pas envoyé ses gens de guerre pour les arrêter et leur faire un mauvais parti, quoiqu'ils fussent les députés de la ville? Ne songeait-il pas à se réunir an comte de la Magnanne, doqt on connaissait les exploits, pour se jeter sur les bourgeois et les, massacrer? Pendant la nuit, les maisons restaient éclairées par des lanternes, de peur d*une sorprise ; et des gens dévoués aux bourgeois du complot, occupaient en armes deux des portes de la ville. Le lendemain, au point du jour, le maréchal d'Aumon^ entrait par Tnne de ces portes avec son armée : le procureur des bourgeois, suivi de douze des principaux habitants, après une courte harangue, lui présentait les clefs de. la ville; les rues et les places étaient occupées sans résistance, et la plupart des bourgeois venaient saluer le maréchal et prendre l'é* charpe blanche. Le gouverneur, le comte de la Magnanne, qui arrivait du pays de Tréguier, et bon nombre de soldats et d'habitants s'étaient retirés dans le château, et s'y défendaient courageusement. Le duc de Mercoaur accourait avec des forces considérables': il avait donné rendez-vous au général espagnol don Juan d'Aquila, à l'abbaye de Reliée, à trois lieues de Morlaix; puis il sommait le maréchal d'abandonner la ville, et de consentir à une trêve de trois mois, disant que telle était l'intention du roi ; sinon, il lui offrait la bataille. D'Aumont eut le bon esprit de continuer le siège du château, tout en se préparant à repousser l*attaque de Mercœur : heureusement pour lui, les deux chefs ennemis entrèrent bientôt dans de grandes contestations^ dont nous indiquerons plus tard l'origine et le caractère. L* Espagnol
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voQlait le pillage de la ville, et Mercœur 8*y opposait; enfin, don Jaan d^Aqnila, malgré les prières de ses aliiës, se retira avec ses 5,000 soldats, et Mercœur fat contraint d* abandonner Morlaix. Les défenseurs du château avaient épuisé leurs dernières ressources: Taînement ils avaient mis dehors toutes les bouches inutiles; vainement ils en étaient réduits à manger leurs chevaux; les proyisions avaient bientôt disparu, car Bosarapoul s'était précédemment montré fort avide et fort négligent, et il avait gardé pour lui l'argent que Mercœur lui avait envoyé pour ravitailler la place. Le château capitula le 21 septembre ; d' Aumont y laissa une ganûson ; peu de temps après, H. de Boyseon, seigneur de Coëtinisan, fut nonuné gouverneur de la ville par lettres patentes du roi (16 novembre 1594); deux ans plus tard, il reçut également le gouvernement du château. Les Moriaisiens sont dès lors fidèles : eux, qui naguère offraient à Rosampoul, le ligueur, un beau buffet doré, dépensent avec joie plus de 500 livres pour célébrer le baptême du fils de Coëtinisan, payer la sage-femme, la nourrice, les violons et le déjeuner de l'archidiacre^. Les habitants de Morlaix, en capitulant, avaient obtenu des conditions avantageuses, que le roi devait légèrement modifier, lorsqu'il approuva le traité fait par le maréchal. Ainsi, ils avaient demandé que Texercice de la religion catholique fût seul permis, et qu'il ne fdt fait aucun exercice de la religion prétendue réformée, ni dans la ville, ni dans tout le bailliage de Morlaix, ni dans celui de Lanmeur : le roi restreignait cette concession à h ville, château, faubourgs et autres lieux défendus par Tédit de 1577 (art 1). Ils voulaient qu*on ii*étabUt aucun gouverneur dans la ville, qui ne fût catholique et du pays; le roi déclarait seulement que, l'occasion s'offrant, il serait pourvu au contentement des habitants (art 3). Ils sont d'ailleurs maintenus dans tous leurs privilèges; le fort du Taureau doit être manié suivant les anciens usages et privilèges de la ville par tels que bon teur semblera; Gùûn, tout ce qui a été fait à l'occasion des troubles est déclaré aboli (art. 2, 6, 7, ete.)^. La prise de Morlaix était un événement très-avantageux au roi ; Mercœur perdait une ville forte, qui loi procurait beaucoup de ressources : comme le disait le maréchal, « je lui ai esté cent mille escus de rente tous les ans. » Ce succès
1 De Pire, t. H, p. 32-50 — Morcau , 181-184,496. — Dom TaillaBdicr, p. 433.
2 Jetés de Bret. , t. 111, col. 1601 , 1602.
amenait la soumission de toutes les places, de tous les ports que le duc avait encore dans le bas pays; enfin depuis ce jour, la défiance ne fit que s'accroître entre les Espagnols et Blercœur^ La ville de Morlaix, ruinée par la guerre , la peste, la famine, accablée par une dette énorme, comme le prouvent les comptes du miseur, encombrée par une population dont le& émigrations rurales avaient augmenté le nombre et la misère, ne 8*est jatnais relevée depuis' cette malheureuse époque de son histoire.
Quimper ne tarde pas à tomber également entre les mains des royalistes ; depuis le commencement de la guerre, cette ville se gouvernait comme une sorte de république indépendante. Jean du Quellenec, seigneur de Saint-Quérec, qui y commandait, avait su, par la prudence de son administration, maintenir la paix et la tranquillité. Seulement, le conseil de la ville, trompé parles promesses perfides du comte de la Magnanne, avait eu Timprudence de lui ouvrir les passages que l'on gardait aux environs de Quimper, et les^ villages voisins avaient été impitoyablement ravagés par ce chef de ligueurs pillards. Mercœur n*était pas très-satisfait de cette indépendance des habitants ; il aurait désiré mettre à 4a place du gouverneur un homme qui lui fût plus dévoué, et il avait méine nommé à ce poste important le seigneur de Goulaine, Tun de ses fidèles lieutenants. Mais celui-ci n'avait pas été accepté; et les Quimpérois avaient déclaré qu*il ne fallait rien changer à ce qui était établf, que la-ville était capable de se garder elle-même : et quand bien même, ajoutaient-ils, il eût été nécessaire de pourvoir un autre du gouvernement, il le fallait prendre du diocèse ou du langage du pays, etnon pas. un étranger^ qui peut-être Ôterait la liberté aux habitants, et les rendrait de libres, esclaves. Preuve nouvelle de cet esprit d'indépendance locale, que nous avons plus d'une fois signalé! A Quimper, comme dans les autres villes, beaucoup de bourgeois désiraient abandonner le parti de la Ligue ; une première tentative pour livrer la ville avait échoué (juillet 1594) : Lezonnet, gouverneur de Concarneau, jadis homme de confiance de Mercœur, maintenant réuni aux royalistes, déployait la plus grande activité pour donner Quimper au maréchal d'Aumont. Il avait dans la ville de nombreux amis : des négociations furent immédiatement entamées; et les par-
I Actes de Bret. , t. III, col. 4614.
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tisaDs de la soumission eurent assez de hardiesse pour se réunir dans une grande assemblée publique, au présidial méioe, sous la présidence du sénéchal Guillaume Le Badd. Celni-ci engage alors ceux qui Tentendent à reconnaître Henri lY , comme roi légitime ; son discours est Texpression franche et couiplète des sentiments qui animaient la bourgeoisie; il parle surtout des malheurs de la guerre civile, dont ils sont les victimes, et des grands avantages que la paix doit leur procurer. « Quoique notre prétexte, ajoutete t-il, ait été spécieux de prendre les armes pour la défense de notre « religion^ par succession de teinps, Texpérience nous a fait connat- « tre qu'il n'y a que de T ambition parmi les chefs; il faut une fois « revenir au principe de reconnaître un roi; c*est le vrai moyen de ti nous délibérer de tous nos maux ; la plupart des autres villes de « la province se sont déclarées pour le roi, comme Saint-Halo, « Hennebont, Guingamp, Horlaix, Bedon et autres, môme Messieurs « les ducs de Guise et de Mayenne, qui étaient les principaux chefs
« du parti en France Notre voisin le sieur de Lezonnet, voyant
« bien que le duc de Hercœur n*avait les moyens de résister à la « puissance du roi, s'est rendu avec la place de Concameau sons « l'obéissance du roi : aussi nous conseille-t-il d'en faire autant, sans « attendre d'y être forcés... Il ne respire que notre bien, et assure « obtenir du roi que chacun demeure en ses ebarges, sans aucune « finance, outre que la ville pourrait obtenir quelques privilèges « par rapport à sa prompte obéissance. » Le chanoine Moreau, qui raconte tous ces événements, et un autre conseiller, s'opposèrent seuls à cette: résolution. Cependant, ceux qui ne voulaient pas se soumettre étaient encore nombreux dans la ville ; aussi les négociations et les exhortations échouèrent. Au commencement de septem^ bre, Lezonnet vint attaquer la place, et fut même sur le point de la prendre; mais elle fut secourue par la Grandville, jeune frère de Quinipily : Lezonnet y reçut la blessure dont il mourut plus tard, et fut contraint de se retirer ; la perte des royalistes aurait été considérable, si ceux des habitants, qui étaient d'intelligence avec eux, et qui étaient les plus empressés à garnir les murailles, n'eussent tiré à poudre sur leurs alliés secrets.
Après la prise de Morlaix, le maréchal d'Aumont, excité par Lezonnet et par les émissaires qui lui venaient de Quimper, se dirige vers cette ville, et arrive le 9 octobre au matin ; le siège commence
immédiateiueot. Lés deiu partis qui divisaient la bourgeoisie étaient en présence ; les ligueurs espéraient qu'on allait leur annoncer la conclusion de la trêve promise, et que quelques jours de résistance les sauveraient. Dans une assemblée populaire sur la place publique, les ecclésiastiques étaient d*avis de ne, pas se rendre, eit s'offiraient eux-mêmes pour défendre la ville; les jeunes gens, entraînés par leur ardeur, étaient naturellement pour la résolution la plus cou* rageuse. Mais les bourgeois les plus modérés, et les plus compromis par leur désir de la paix, étaient décidés à tout tenter pour soumettre Quimper au maréchal ; ils avaient en T adresse de faire envoyer à d'Aumont des députés, tons choisis dans leur parti, à Texception d'un seul, qui devait les surveiller : ceux-ci avaient rapporté de belles promesses du camp des royalistes; la ville était dans Tagltatlon. Alors ceux qui voulaient profiter de Foccasion pour se rendre, se réunissent dans une assemblée secrète, à laquelle assistaient les plus notables et même le gouverneur de Saint-Quércc : Ton envoie de nouveaux députés au maréchal, pour lui affirmer que la ville était prêfe à traiter, et pour le prier^de donner à quelques personnes de confiance la mission de dresser les articles de la capitulation. D*Anmont, qui avait h&te d'entrer dans une place qui pouvait si bien se défendre, accorde les plus belles conditions, sauf è ne pas les exécuter toutes à l'avenir.
1<> En tont ï'évêché de Comouaille, ne se fera aucun exercice de religion qqe de la catholique.
2<> Les officiers de judicature, de guerre, de finances et autres seront catholiques; le roi ajoute seulement cette restriction, que redit de 1577 sera observé.
. 7<> La ville sera maintenue en ses privilèges, etc., et ce qui a été fait à roccasion des troubles aboli.
10<» Les gens da guerre de la garnison sortiront avec leurs armes et bagages.
11"* Le maréchal lèvera le camp sans frais, et n'entreront aucunes gens en la ville» et ne feront dégast dans la campagne.
17'' Le trafic dès à présent sera libre par mer et par terrée
Mais lorsque le maréchal fut dans la place, comme la fidélité d'un grand nombre d'habitants lui était toujours suspecte, il se hâta, pour
1 Chambre des Comptes de Nantes : Jetés de Fret., 1. 111 , col. 1602, 1603.
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les contenir, d*y ëleyer une forteresse. Il était d'ailleurs entré dans la Tille avec ses gens de guerre, Français et Anglais, qu*il avait peine à contenir, et qui voulaient piller : puis il avait fait lever un Impôt de 11,000 ëcus, un autre de 6,000, payables dans huit jours, sous peine de prison. EnGn les habitants furent forcés de prêter serment de fidélité, sous peine d'ôtre traités en prisonniers de guerre, chose bien pénible pour beaucoup, puisqu'un vieillard, cbanomé de Sàint-Corentin^ qui regardait encore le roi comme huguenot, eut tant de remords d'avoir souscrit à ce serment, qu'il en mourut, diton, de douleur^
Cest ainsi que partout, dans les villes de la Ligue, un peu plus tôt on un peu plus tard, selon que les circonstances le permettaient, les bourgeois se ralliaient au parti de l'ordre, de Tnnité, de la royauté, et retrouvaient même parfois du courage, à cause des vexations excessives que leur faisaient éprouver les chefe et les capitaine» do la Ligue.
Di&an, ville alors très-forte, défendue d'un côté par la Rance, de l'autre par une muraille considérable, avait été livrée à Mercœur, dès l'année 1585; il y avait transféré le présidial de Rennes, et il y faisait battre monnaie. C'était la ville la plus importante qu'il possédât an nord de la province, et il y avait placé une grosse garnison, sous le commandement de son lieutenant dévoué Saint-Laurent. Les habitants^ opprimés par les soldats, forcés de payer des taxes énormes, étaient fatigués de la domination de Mercœur, sortout depuis la conversion du roi; et les plus sensés désiraient qu'on se bât^t de se soumettre, pour obtenir de meilleures conditions. Mais l'ffctivité et les forces de Saint^Laurent rendaient l'entreprise difiBcile: une première conspiration avait échoué; et ceux qui avaient essayé d'arborer le drapeau blanc avaient été pendus. C'est à cette occasion qqe Duplessis écrivait au maréchal de Schomberg : ce Mercœur a « pensé enrager de ce qu'entre les principaux entrepreneurs de « Dînan, il s'en trouve deux qu'il a nourris pages, parce qu'il ne sait « tantost plus à qui se fier, et n'est plus suivi qu'à graisse d'argent. « Toutes les garnisons sont paiées douze mois, le moindre soldat à
i Moreau, p. 160-180, 205-241. —De Pire, t. II, p. 57-74. — Dom Taillandier, p. 436, 440.
<i cinq écus, le cbevau-léger à quinze; et est merveille quMI nous en « demeure an seul, vu Fbumeur des soldats de ce temps ^ »
Un second complot fut formé par les habitants eux-mômes, pour leur délivrance : BaoulMarot, sieur des Alleux, sénécbal et capitaine de la ville ; François de Saint-Gyr, prieur de Saint-Malo de Dinan, et Robert Hamon, sieur de la Grange, syndic de la ville, entrèrent en relation avec le roi, et avec Saint-Malo, (|ui avait surtout souffert des courses de Saint-Laurent.
Pour éloigner le gouverneur de Dinan, on contrefit avec habileté des lettres de Mercœur, qui l'appelait veirs lui en toute hâte, avec la plus grande partie de ses soldats. Saint-Laurent s'empresse de se mettre en route, sans plus de réflexion : mais c'était l'hiver; les chemins étaient rompus, les eaux débordées; il lui fallait faire un grand détour loin de Bennes; aussi les conjurés pouvaient-ils compter sur plusieurs jours, avant que le mensonge ne fût découvert. Pendant son absence, an jour convenu, les principaux ofiBciers du château sont invités à un bal, où on les retient, les portes fermées, sous prétexte d'un réveillon; les soldats de garde à la porte de là ville sont surpris par les bourgeois, et huit cents hommes venus de Saint-Malo sont introduits dans la place : Dinan tombe, presque sans combat, au pouvoir des royalistes. Les gens de la campagne, qui avaient beaucoup souffert des pillages de la garnison, accourent en foule, disant qu'il ne fallait pas faire quartier aux voleurs; et le château, mal fortifié, est forcé de se rendre quelques jours après. Le roi, en apprenant cette heureuse nouvelle, confirma tous les privilèges de la ville, conservés dans la capitulation que lui avait accordée le maréchal de Brissac^. Quelques ligueurs seulement furent exclus de
1 Duplessis à M. de Scbomberg, 29 mai 1597.
â Le premier qui apprît cette heureuse nouvelle à henri lY, fat Tûd des notables Malouins dont nous avons déjà parlé , le capitaine Pépin r « Sire, dit-il, a tout hors d'haleine, au roi, j'avons pris Dinan. — C«la ne se peut , reprend le « maréchal de Biron. — Vay , répond Pépin , d un ton railleur, il le sçara mieux « que mai, qui y étas. » -- Puis il demanda si l on était dans la maison du bon Dieu , où Ton ne boit ni ne mange. — Le roi le fit régaler , et rit beaucoup de son langage et de sa franchise. Le lendemain, Henri lui demande, s'il veut qu'il le fasse noble. — « Nenny, sire, répond Pépin, je les chassons de notre « ville, à coups de bâton ; mais faites-moi donner un cheval de votre écurie, car *< le mien a crevé comme un porc. »
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cette capitulation, et entre autres Guillaume d^Argentrë, fils du célèbre historien, alors à la tête du présidial de Dinan^.
Dans toutes ces capitulations. Ton retrouve à peu près les mêmes articles : Teiercice de la religion catholique sera seul permis, tout ce qui a été fait pendant la guerre sera aboli ; mais surtout Ton insiste sur le maintien des privilèges et franchises de chaque ville. A rinstant môme de leur soumission, les bourgeois défendaient encore leurs libertés locales, qu*ils désespéraient de sauver en continuant de servir les intérêts ambitieux de Mercœur.
L'une des capitulations les plus curieuses est assurément le traité conclu entre le gouverneur de Brest, Sourdéac, et 4es députés des trois ordres de Févêché de Léon. Les habitants de ce pays étaient depuis longtemps pillés et rançonnés par les gens de guerre qui suivaient la bannière de Mercœur ; an commencement de juillet 1594, ils s'étaient réunis en grand nombre et avaient attaqué une de ces bandes dévastatrices, qui s'était retranchée dans la chapelle de Greachmiquel : les ligueurs s'étaient rendus; mais les paysans furieux s'étaient jetés sur les pillards vaincus, et en avaient massacré plus de deux cents, dont quarante gentilshommes.
Déjà les députés des trois états de l'ëvêché s'étaient rassemblés pour délibérer sur les intérêts du pays; et, dès le 23 août 1591, ils avaient déclaré à Sourdéac qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de se séparer de TËtat et couronne de France ; mais qu'ils ne voulaient pas tomber sous la domination de I*hérésie. Trois ans plus tard^ le 8 et le 9 août 1594, ils se réunissent, avec l'autorisation de Sourdéac, au bourg du Folgoët; et, après avoir délibéré sur les propositions qui leur étaient faites, ils décident qu'ils se soumettront au roi, depuis que, par sa conversion et ses actes publics, il a montré qu'il voulait vivre dans la religion catholique. S'ils ont jadis prêté serment à Hercceur, c était pour défendre leurs croyances; car Us pensent bien qu'il n'a été conduit et poussé à se porter chef en cette province du parti de r Union des catholiques, que pour le respect de ladite religion Ils réclament lu remise de tout ce qui s'est passé
1 De Pire, d'après un manuscrit contemporain, t. II, p. 309, 324.— Montmartin. — De Thon, liv. 120. — Dom Taillandier, p. 473, 474. — Capitulation accordée par le maréchal de Brissac aux capitaines et soldats de la garnison du château de Dinan, dans les Mém. de la Ligue, t. YI, p. 570, 571.
pendant les troubles : si les châteanx de Kerouzeré et de Kermilin ont été démolis, c'est à leur grand regret; mais le tout a été fait dç r exprès commandement de Monseigneur 1$ duc de Mer cœur et par ses commis.
Ils supplient H. deSourdéac de faire sortir tous lès gens de guerre de révêcbé, et de n'y retenir aucune garnison, hors celle de Brest, parce que ceuùodudit évéché l'assisteront et serviront toutes les fois que requis seront, et qu'il les voudra commander^ etc.
Ils font encore plusieurs demandes de cette nature, qni, pour ki plupart, sont renvoyées au bon plaisir du roi. Et le traité est aolenneUement juré à Lesneven, en Léon, par les nobles et portables^ en présence de Sourdéac, de Liscouet^ marchai de camp, des bailli et procureur du roi en Léon *
Dans toutes les parties de la province, dans toutes les villes, nous voyous les mêmes misères produire les mêmes sentiments, amener les mêmes résultats. A Nantes même, la capitale de Mercœur, où jadis il était tout puissant, Ton commençait à désespérer de saforr tune ; le parti des politiques ûiodérés faisait chaque jour de nouveaux progrès, même dans le conseil de la commune : le maire Dubot de, Launay adoptait la neutralité , ce qui était déjà de la hardiesse ; et le duc et la duchesse intriguaient dans les élections, pour faire nommer à sa place Fourché de la Courousserie, ce même magistrat qui n'avait pas craint de porter le dévouement jusqu'à remplacer Charles Harrouys, au moment de son arrestaiioa. Enfin, dès 1596, plusieurs bourgeois poussaient l'audace jusqu'à s'associer à un projet formé par Doplessis-Mornàypour enlever le duc de Uercc^of ^: le complot était découvert; plusieurs de ceux qui y étaient entrés, étaient saisis et punis de mort. Mais ces faits significatifs montraient évidemment que Mercœur n'avait pln& pour lui la bourgeoisie, et que la bourgeoisie commençait à oser. Si elle n'avait pas redouté, et avec raison^ les excès de la |M)piiiace^ si facile à soHtever, et qui naturelleotieBt aime
1 Matthieu , p. â48. — Actes de Bm. , t. lU, eoL 1599-1601.
â Le capitaine Salinière, fort et vigoureux, promettait de prendre Mercœar, quand il serait à Indret, dans son ermitage, à lextrémité de File; on devait le jeter dans une chaloupe , le conduire à Beauvoir-sur-mer et de Ik k Saumnr : le roi avait accordé la permission k Duplessis, qui la lui avait demandée; une circonstance fortuite vint faire échouer le coinplot. — (Mist. de Duplessis, p. 938. — Travers, t. m, p. 88.)
les troubles et les rëvolutiods, si elle n'avait pas été sans cesse contenue par les soldats nombreux qui gardaient la ville, elle se serait assurément déclarée d'assez bonne heure. « Le peuple de Nantes, « dit Montmartin, désiroit infiniment la paix, et la plupart avaient « Tâme royalle et étoient en très-grande crainte que Mercœur ne «Voulût mettre les Espagnols dans la ville; il y en avoit plus de « 2000 au Pellerin, et Tagent d'Espagne à Nantes pressoit Mer- « cœur d'y faire entrer ses soldats : j'ai ouy dire à plusieurs perte sonnes de marque qu'il avoit offert au sieur de Mauléon, gou- « verneur du château, 100,000 écus pour leur bailler le château. » Puis il ajoute qu'un membre de la' chambre des Comptes se glissa secrètement dans son logis, au moment où il arrivait à Nantes, pour lui dire que les habitants étaient résolus de mourir plutôt que de continuer la guerre, et qu'ils se rendraient dès l'approche du rôi^.
Moreau confirme les assertions du capitaine royaliste : « Le duc, « dit-il, ne se fiant pas trop aux Nantais, qu'il connaissait désireux « de la paix et très-ennuyés de la guerre, commença à s'étonner et « à se repentir d'avoir si tard pensé à ses affaires, etc^. »
L'on avait déjà fait des processions et adressé des prières publiques à Dieu, principalement pendant le jubilé de 1597, pour obtenir la paix, depuis longtemps si vivement désirée : Mercœur était mécontept ; mais il ne pouvait s'y opposer, lui qui déclarait vouloir traiter avec Henri IV; il se contentait d'accabler des charges les plus pesantes la classe bourgeoise et même le clergé, qui réclamait vainement >.
Il fallut l'arrivée de Henri IV avec une armée, pour enlever à Mercœur ses dernières espérances; c'est alors qu'il s'adressa lui-même à cette bourgeoisie si souvent maltraitée, pour en obtenir aide et protection. Les bourgeois étaient depuis si longtemps façonnés à l'obéissance, ifs avaient d'ailleurs un si vif désir de tout faire , pour arriver à la fin de leurs misères, qu'ils ne songèrent pas même à se venger, en lui refusant leur concours : d'ailleurs, comme le fait remarquer Mellinet, nous avons vu plus d'une fois des regrets exprimés par les mêmes moyens, lors même
1 Montmartin, p. 315.
2 Moreau, p. 330.
3 Travers, t. Ill, p. 92, 93. — Mellinet, t. IV, p. 26.
qu*OQ désirait le plus le renvoi des administrateurs auxquels on donnait volontiers cette consolation, parce qu'on avait la certitude de n'être pas écoutée
Sur rinyitation de Mercœur, cent vingt-cinq notables se réunissent, le 4 février 1598, à Thôtel de ville, pour nommer des députés, qui se joindront à ceux qu'il envoie vers le roi; ils chercheront tons ensemble à obtenir les conditions les plus avantageuses pour leur ville et poui: le gouverneur de la province. Les délibérations des bourgeois nantais sont curieuses à plus d'un titre :
« Après que mondit seigneur a déclaré à ladite assemblée sa tt volonté et intention d^incliner à la paix, laquelle de longue main il « a recherchée avec l'honneur de Dieu et conservation de la reli- « gion catholique, apostolique et romaine, mais que pour avoir prins « les armes pour la défense de ladite religion on lui veult tenir cette « rigueur au traité qu'il faict que de le priver de son gouvernement, « et principalement de celui de cette ville et chasteau, où il n'a « jamais vécu que comme concitoïen, avec toute la douceur qu'il lui « a esté possible d'aporter au contentement du peuple, et que pour (ç conclure ce traicté on lui a envoie des passeports par le sieur de (c Montmartin, lesquels il n'a encore toutes fois reçus; il désire « afin que le^ babitans cognoissent de quelle affection il procède en « ceste affaire, qu'ils eslisent des députez qui aillent avec les siens, « afin que tous joints ensemble ils puissent impétrer et obtenir des « conditions qui soient plus avantageuses que faire se pourra pour « l'honneur de Dieu, conservation de la religion, manutention de « son gouvernement, seureté et liberté de ceste ville et habitans (c d'icelle, et par M. le sénéchal il a esté remercié de l'honneur « qu'il a fait à la ville de s'estre si familièrement communiqué à elle « des affaires de telle importance, etc. »
Alors, Mercœur se retire humblement, et l'on nomme plusieurs députés chargés de mémoires et instructions pour le roi. Puis l'assemblée « à commune voix des assistants, a résolu et arresté que <c Sa Majesté (c'est la première fois que la ville donne ce nom à (c Henri) sera suppliée, au nom desdits habitans, par lesdits députés, « de vouUoir maintenir mondit seigneur le duc de Mercœur en son « gouvernement et particulièrement de cette ville et chasteau, et y
1 Mellinet, t. IV, p. 30.
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« conserver la religion catholique, apostolique et romaine, pour tout « cest évesché et comté, sans quMl y soit souffert aucun exercice ce de la religion prétendue réformée, soit en public ou en privé, par « quelque personne que ce soit, et confirmer les privilèges de ladite « ville*. »
Mais, en présence du roi, le langage des représentants de la cité était loin d'être aussi ferme et aussi fier; les bourgeois, malgré eux sans doute, avaient tardé trop longtemps pour conserver quelque dignité : ils avaient conscience de leurs erreurs, de leurs fautes; et leurs députés adressèrent à Henri lY cette humble supplication, qui terminait assez mal une piériode de discours injurieux et de clameurs menaçantes contre Tautorité royale :
« Sire, vos très-humbles et très-obéissans serviteurs et snbjets les « habitans de vostre ville de Nantes, n'appréhendent pas que Yostre « Majesté ne veuille facilement esteindre aux pleurs et lamentations « publiques la colère que les guerres civiles vous auroient pu allu^ c< mer contre eux; mais bien craignent-ils que ne preniez en bonne « part qu ils viennent, après tous vos aullres subjets, s'humilier aux (c pieds de Yostre Majesté, et qu'ils semblent estre les derniers à c( s'esjouir de la faveur singulière que Dieu a fait à la France, luy « donnant un si grand roy, lequel, comme un bel astre, illuminé des « rayons de son Saint-Esprit, dissipast les ténèbres des dissensions « qui obscurcissoient la splendeur de la religion, et conséquemment « de la paix en ce royaume. Sire, vos très-humbles subjects vous « supplient voulloir imputer cette faulte à je ne sçay quel malheur « de ce siècle, plutost qu'au deffaut de bonne volonté d'obéir et «( recognoistre Yostre Majesté, laquelle se laissera persuader, s'il « luy plaist, que combien qu'ils soient les derniers à vous offrir leur « recognoissance, ils espèrent, par le moyen de vostre clémence, « estre àTadvenir les premiers en obéissance, fidélité et persévé- « rance, et croient, les voulant Yostre Majesté regarder de bon « œil, que vous jugerez, comme ont fait tous les roy^ vos prédé- « cesseurs, que en tout vostre royaulme il n'y a point de plus « fidelles et de plus obéissans subjects que vos habitans de Nantes, « lesquels, soubs le bon plaisir de Yostre Majesté, nous ont chargé
Extrait des registres de la ville, 4 février 1598, fol. 7»
« de leurs trës-bumbles retnonstrances, pour la supplier de les voir « et les considérer*. »
Puis viennent les instructions données aux députés, et les demandes qu'ils doivent adresser à Henri IV. Le roi, qui arrivait alors vers la Bretagne avec une armée, devait accepter la paix que Mercœur lui demandait humblement, et il accueillit favorablement les représentants de la ville de Nantes; mais les notables habitants durent venir à Angers, où il s'était arrêté, pour signer le traité : les anciens maires, les capitaines, les lieutenants, les enseignes et pluiûeurs autres personnages distingués se hâtèrent d'obéir aux ordres du roi, et la ville se prépara, avec un empressement extraordinaire, à faire à Henri lY une entrée magnifique. « C'est un des miracles de ce « temps, écrit de KantesDupIessisà sa femme, qu'à peine se tronve- « t-il ici un homme de la Ligue, tant chacun en a honte. C'est certes « une belle ville, surtout pour l'assiette, mais qu'ils avaient mal « ménagée pour la défense ^. »
Ainsi se terminait, pour la bourgeoisie, cette lutte, qu^elle avait si souvent déplorée, contre la royauté; au sortir des excès et des misères de la Ligue, elle tendait les bras au pouvoir absolu.
i Registres de la ville, 7 février 1598.
2 Lettre de Daplessis du li avrâ 1598.