CHAPITRE XUl
Mercœur commence k négocier avec les royalistes; la reine Louise k Ancenis; mission de Duplessis-Momay. — Les négociations traînent en longueur. — Mercœur yeut se faire valoir auprès des ligueurs, des Espagnols et des royalistes : ses espérances, si le roi vient k mourir. — Résultats de ses lenteurs, on no peut croire k sa sincérité; on s habitue k la paix; le parti se désorganise. — Correspondance de Mercœur et de Tarchiduc Albert; pamphlets royalistes. — Mercœur, abandonné par tout le monde, est forcé de se' soumettre.
Après la conversion de Henri lY, Mercœur ayait été forcé d'accepter, bien à regret, une trêve d*9iUeurs mal observée : alors, vers la fin de 1*annéc 1593, pour mieux montrer sa faiblesse et sa duplicité, il commence à négocier; il parle de ses bonnes dispositions à traiter, et sa sœur, la reine Louise, est choisie pour servir de médiatrice entre Henri IV et le duc. Ces négociations doivent durer pins de quatre ans; elles nous sont connues, surtout par les lettres et les mémoires de Duplessis-Mornay, chargé spécialement par le roi de défendre ses intérêts : cherchons les causes qui engageaient Mercœur à les commencer sans franchise ; voyons les résultats de cette politique malheureuse, et nous pourrons plus facilement comprendre comment le roi de Nantes ne réussit qu^à retarder Tépoque de sa soumission, sans avantage pour sa cause, sans profit et sans gloire pour lui-même.
Henri IV était, sans aucun doute, animé du plus vif désir de traiter; les difiBcultés ne devaient pas être soulevées de son côté; Dès le mois de mars 1594, il informe Duplessis^ que la reine
1 Lettres missives de Henri IF, 5 mars.
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Louise se dirige vers ÀDcenis, suivie de sou chancelier Châieauneuf : mais comme elle est sœur, comme celui-ci peut être faible par complaisance, il enjoint à son fidèle conseiller de les accompagner, pour le bien de son service; Doptessis reçoit m^e une instruction secrète, qui lui donne la direction principale de cette affaire, avec pouvoir de s'élargir de manière à ce que la paix fût bientôt faite, La reine Louise arrive à Ancenis au mois de juillet; mais les négociations traînent en longueur ^ .
Cependant rannée s^écoulesans conférences suivies et sans résultats. Vers le mois de novembre 1594, le roi .insiste pour que les négociations soient plus sérieuses ; it écrit aux députés sédentaires de Rennes, qu'afin de protéger les intérêts de la province, il a choisi le sieur Harpin de Marigny, président au parlement de Bretagne, et Jean Avril, sieur de la Gréé, président de la cour des Comptes, pour se réunir à Ancenis à Tarcbevéque de Reims, Pbilippe du Bec, l'ancien évoque de ^Nantes, à Duptessis et à Châteauneuf 3. L'évéque de Saint-Malo, Charles de Bourgneuf ; de Launay, président au parlement de JNante^; du Garrot, vieux gentilhomme du pays de Vannes ; Guillaume Raoul, sieur de la Ragotière, procureur général des Ëtats. de Mercœur ; Fourché de la Courousaeriâ, mi^tr» des Comptes 9; Lorenzo Tornabiion surtout et Jean Vallel, prieur de de la Trinité^ avec Minette, sont chargés de défendre les intérêts des ligueurs et du gouverneur de Bretagae^. Apcès les préliminaires
1 Lettre du roi k M. Duptessis , 5 mass^ — Réponse de Ihipkssis, 14 1 — Lettre au roi, 20 mai. — Mist. de M. Duplessis, p. 221.
,2 Lettres missives de Henri IF, 9 novembre 1594. — Jetés de Bret. , t. 111, col. 1620. — De Thou. — Lettres de Duplessis. — Le comte de Fiescpie ; le comte de Rochepot, gouverneur de F Anjou; Saint- r.uc; plus tard, Schombei^iet de Thou^, doiyent prendre part aux négociations.
3. U était alors make de Nantes r dans las éditions , d'ailleurs fort mal faites , des lettres de Duplessis-Momay, il est appelé Gourourens, Concourens, Gourourêne , pui9 Gourroucerie (29 fév. 1595) , et dans un autre endroit il signe Fourché (15 mars 1595). Mercœur le récompense de soù dévouement par une charge de maître des Gomptes.
4 Dès tô94, MBDCGBur se sert cte VaBet , alors à Paris , pour préparer secvëtemeut un traité avec Henri IV; par les ordres du roL, Sehomberg et le prieur de la Trinité dressent même les principaux articles du traité. Mercœur n*agissait pas franchement : Vallet était un ami intime de Tornabuon, et Tun des confidents de Mercœur , comme on le voit par les lettres de Duplessis.
L'on trouve encore parmi les agents de Mercœur, qui, k diiférentes reprises,
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d'usage, on s* accordé à donner à Henri IV le nom de Majesté, mais sans expUcathon : les députés de Mereœur.yenleiit prendre la qualité de représentants de la Bretagne, telle qu'elle était avant la réunion et le mariage de la reine Anne, Hais les royalistes ne penrent admettre cette prétentioB ridicule, ni celle de quelques personnes ç^ Voulaient traiter pour le Poitoo, la Normandie, TAnjoa, le Haine.
Puis, deux points principaux sont abordés : 1* Les députés de Merc€e«r demandent qn*il n'y ait en France, as moins en Bretagne, qu^one seule religion : on leur répond qa*une proyince ne peut faire la loi au royaume; le roi, d'ailleurs, veut que les calvinistes jouissent des avantages de Tédit de 1577. La Ragotière soutient que les édils n'ont aucune force dans la province, si les États ne les ont pas acceptés : l'édit de 1577 était doue nul pour la Bretagne. 2^ Les dépotés du roi demandent, à leur tour, que le duc fasse sortir les Espagnols de la provinoe ; ils s'engagent à éloigner lés Anglais et les Suisses, qui défendent la cause royale. Leur but évident était de gôner et de: déconsidère)* Hereœur; car il n'avait pas assez d'autorité pour renvoyer %es alliés, ils restaient malgré lui : aussi déclarait-il qu'il ne pouvait accepter cette condition, avant que b religion ne fida assurée par un traité. Mauvaise défaite, dont personne n'était dupe, même dans son parti. Comme l'écrivait Dnpiessis an roi, « les députés ont eu ce bat, en ceste conférence, de faire voir aux « peuples que Sa Majesté vouloit la paix, et de laisser le blasme des « longoeors à ceux de la Ligue... Us ont d'ailleurs bien l'opinion « que M. de Mercœur voudroit venir à une pak, mais si avantageuse « qu'elle lui affermisse sa condition ^ * Mercœar, en acceptant ces conférences et en faisant ces proposi-
se mêlèrent des négociations, deux de ses lieutenants : de Montigny, dont nous avons déjà parlé, et Sévigné d Olivet. (DeThqu, liv. H 7. ~ ^em. de Dnpiessis, 5 mars 1595, etc.)
I Long mémoire, qui contient toutes les négociations, envoyé aa roi ^& 19 décembre, par Duplessis. — Lettre à M. de Loménie^ 30 janvier 1595; au^duc de Bouillon , 25 déc. 1594. — Instruction baillée par le roi à M'' l'évêque de JSàntes, 12 janvier 1595. — Je ne comprends pas les erreurs qui se trouvent dans rédition des Mémoires de Duplessis : ainsi , pour ne citer qu'un exemple , Philippe du Bec est ici appelé Pucanant et qualifié du titre d'archevêque 4e Rennes!