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lions, voulait que l'on crût à son désintéressenietit, à son désir sincère de défendre la cause patholique : il savait que seà propositions ne pouvaient pas être acceptées par Henri lY ; il voulait s'en faire honneur auprès des catholiques, et les rallier plus courageux et plus dévoués que jamais sous son étendard. « Mercœur vent avoir cette « gloire par-dessus tous les chefs de la Ligne, d* avoir fait et obtenu « une loi particulière pour ceux qui Tout suivi, afin d'attirer à soi la « protection de la religion, de tous les côtés duroyaume^ »

Puis, beaucoup d'hommes qui s'étaient déclarés pour la Lignes soit par conviction, soit dans Tespoir d'une meilleure position', perdaient leurs illusions, et commençaient à murmurer contre l'ambition des chefs, qui rendaient la guerre éternelle. Mercœur cherchait à faire taire ces murmures, soit en les trompant par la fausse espérance d'une paix prochaine, soit en leur faisant croire que- la guerre était Touvrage des ennemis, qui repoussaient ses propositions. Cette intention de Mercœur n'échappait pas à ceux qui traitaient avec lui : à Cèsiunmoien, écrit Duplessis au roi, de leurrer lés peuples et « villes, lassées de la guerre^ de respérance dé la paix... .^ »* Luimêfhe s'exprimait en ce sens dans une lettre qu'il aAressait en 1595 au duc de Mayenne, et qui fut interceptée : « Ce que je fais et ai fait « jusqu 'ici, n'est que pour contenter la reine, et les esprits de notre « parti en ce pays, qui recherchent trop curieusement la paix, « résolu au reste de continuer la guerre^ ^ » Mercœur veut gagner du temps, comme on le voit à chaque instant dans les lettres de Duplessis ; ses députés, sa femme, l'habile duchesse, qu*il envoie à Ancenis, ont recours aux plus futiles prétextes pour « chercher des « longueurs sur toutes occasions^. »

Il désirait surtout se rendre important aux yeux des Espagnols comme à ceux des royalistes 4 les négociations sont « un moien aussi

i De Thou,liv. 117. — Duplessis , mémoire du 19 décembre 1594.

3 Lettre au maréchald'Aumont, 29iévrier 1595. -^Mémoire au'roi, 3 mars 1595.

3 Duplessis , lettre du 29 féyrier 1595. — D. Taillandier, p. 444.

4 Voir les Lettres de Duplessis, février 1595^ etc., et surtout la lettre de Hemi IV kla reine Louise, pour lui annoncer que les conférences d* Ancenis sont rompues (13 mars 1595). Pour les détails des négociations, les lettres de Duplessis sont très-nombreuses ; le manifeste contre Mercœur , qu'il rédigea par ordre du roi, contient un historique très-clair et très-circonstancié de ces conférences. (Mém. de Duplessis, t. VI, p. 385 430.)

« de lai rendre les Espagnols pins traictables, qnand il lenr fait « entendre qa*il est recherché de la paix par le roi, et par Tentre-: « mise d'ane Boine sa sœur, comme de fait ils lai sont plas soapples, «' qa*ils n'ont jamais esté par ci-deyant. » « Mercœar, ajoute Diiples- « sis, qai ne voaloit démordre Tespérance de Tasurpation de la daché « de Bretaigne, pense qu*il4ai falloit faire pear à TEspaignol de sa « reconciliation avec le roy, afin qa*il le pressast tant moins, n'ayant « jamais eu aultre desseing que de nager entre ces deux grands « rois, attendant toujours ta mort naturelle de Tung, la violente de « TauUre, pour demeurer enfin duc de Bretaigne, etc.^ »

Henri lY venait de déclarer la gaerre à Philippe II, en 1595; Mercœar espérait profiter de cette nouvelle lutte. Ainsi, dans tous ses rapports avec les députés du roi, il faisait sonner bien haut son alliance avec les Espagnols, les secours qu'il pouvait en recevoir, les villes qd'il pouvait leur livrer si on le forçait à rompre les négociations : « H» de Mercœur est de certain lieutenant-général du roy « d'Espaigne en Bretagne, il a promis de demeurer ferme à son « service. Il tient la conférence d'Ancenis, attendant quatre mille « Espagnols qui doivent arriver au premier vent. Il a promis de leur «c livrer la tour de Cesson et la ville de Saint^Brieuc. Bien ne le fâche « pins que quand on le veut traiter à la mode des autres, étant tout « autre chose qu'eux, soit qu'on considère son zèle à la religion, soit « son établissement, soit le secours proche et certain qui ne lui peut « manquer^. »

Mercœar, en effet, pouvait porter un coap funeste aux affaires de ilenri, s'il se jetait complètement dans le parti espagnol et lui donnait la Bretagne. Mais il cherchait, dans le môme temps, à se faire valoir, auprès des Espagnols; et craignait de se livrer à Philippe II, dont il ne voulait pas le triomphe : « Il est diversement combattu, écrit « Dnplessis au roi, tantost de l'appréhension de sa ruine, soit qu'il « traicte, soit qu'il faille à traicter avec votre Majesté : tantost des « menaces de l'Espagnol, qui proteste de se retirer, s'il traicte; ce auquel cas, il se voit tout nud, exposé à la merci de votre ma- « jesté'. »

Les Espagnols avaient alors intérêt de s'attacher d'une manière

i Méni. de Duplessis au roi, 3 mars 1595, et t. VI, p. 393.

2 Lettre du maréchal d'Aumont, 5 mars 1595. — Lettres de Duplessis.

3 Duplessis au roi, l®"^ juillet 1595.

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pias intime le mailtre de la Bretagne : aussi ils le flattaient, lai promettaient des froapes, qai devaient s*embarqiier à Saint-Sébastian, et môme de grosses sommes d* argent. Ils avaient ebarge de faire pour la gverre ce qne Mercœur leur commapderait^ Un secrétaire de Philippe il, muni de ses instructions secrètes, arrivait à R antes^ et apportait à Mercœur une magniique écbarpe rouge enriehie de pierreries; oBrlui offrait une pension de cent mille écns : Dnplessi» dit même, par erreur probablement, trois cent mille écùs, èo ajou • tant : Je, ne saus'il sera assez sage pour connaiire que c'est lui mettre une pierre au col^. IjHercœur, pour se rendre pins néeessairer ne se prononçait pas ouvertement; il se contentait d'envoyer en Espagne son fidèle agent Tomabuon, pour donner des espérancesrà Philippe II el pour tnsjpirer des crainte» à Henri IV. Peu après, Tornabuon lui écrivait qu'il était perdu, s'il s'noissaît intimement au roi d'Espagne, ou s'il se véeonciliait avec Henri ; il l'engaceaiC 4r temporiser. Ce copseil devait naturellement plaire à Marcœur; sa poKtique n'était qo'une politique de temporisation '.

Aussi, pendant toute l'année 159S, le» négeciaikms traînerait en longueur : « Longueurs affectées, propositions caplienses ; nul indice « deboime volonté : e'^est tout, sauf que notre conférence est semise « à Chenonceaux avec aussi peu d'espoiv que devant* jt C'est ains* que Dnpiessi^ résumé avec raison tous les travaux ^plomaliQne» de cette année^.

La Ragotière, l'un des confidents de Mercœur, arrivait assez tard à Chenonceaux (fin de juillet), et se plaignait iosoteiuiMntdesiientenrs de la négociaâiMt; les députés de Henri IV repoussaient facilement ces récrimination»^ le pressaient à leur tour^ «t lut faisaient avoter que si Slercœur avait tsardé, c'est qu*il avait dépéché vers PU* lippe Ilet attendait sa répense. A cet avea important, iis vMiaieat briser toute négociation; la Ragotière cherchait vainement à revenir sur ses paroles, et les députés quittaient Chenonceaux, après avoir montré toute la duplicité du duc de Mercœur '.

Mercœur attendait d'heureux résultats de la guerre que Henri IV

i Duplessis au roi , 2t février 1595.

â De Pire, t. U, p. 133. — D. Taillandier, p. 443. — Duplessis, 10 juin 1595.

3 De Pire, t. Il , p. 133. — Duplessis , 10 juin 1595.

4 Duplessis, 27 avril 1595.

5 Lettres de Duplessis , 22, 26 juillet 1595, etc. — De Thou, liv. 117.

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yenait de déclarer aadaciensement à PbiUppeH; il avait même refusé, dans Tespérance de quelques grands succès^ une trèye que hii proposait le maréchal d'Aumont. Le brillant combat de Fontaine- Française dut le troubler daof sa confiaiiee; Mereœnr néanmoins résolut de tirer profit de cet échec des Espagnols. Tandis qu'à Kantes et dans les villes qui dépendaient de lui, il faisait chanter un Te Deum en acttons de grâces pour remercier Dieu de la prétendue victoire que le connétable de Castille aurait remportée sur le roi de France^, il cherchait à vendre plus cher ses services à Philippe II ; et Tornabuon recevait alors des offres et des promesses plus séduiaantes : on ne pressai plus Mercœur de renoncer à ses prétentions an faveur de Tlnfante ; Philippe II semblait disposé à s^unir étroitement avec lui, et offrait même de lui transmettre les droits de sa fille sur la Bretagne, si elle mourait sans héritiers, comme le montrèrent des lettrée interceptées par les Anglais. Mercœur, sans répondre à ces avances, consentait, sous différents prétextes, à signer une trêve avec les royalistes : allait-^il suivre l'exemple de Mayenne, qui rengageait à se réconcilier 7 U hésitait toujours, se contentant de faire vivre ses troupes, aux dépens du Maine et de TAujou, et 4e faire payer bien cher aox habitants cette trêve, qu'il aurait dû consciencieusement observer. Puis, toujours fidèle à sa politique d'adresse et de temporisation, Merqoar^ espérant des occasions plus favorables, refusa d'être compris dans le traité de Henri IV et de Mayenne. En 1595, Mayenne avait invité tous ceux "«qui tenaient racore le parti de TUnion f se joindre à lui, pour conclure un traité de paix générale avec Henri IV. Mercœur n'eut garde d'accepter ces propositions; il fit même arrêter à Nantes l'envoyé de Mayenne, et le retint prisonnier, sans vouloir ni le voir ni l'entendre^. DaHisle traité conclu entre le roi et Mayenne, l'on accordait six semaines à Mercœur pour obtenir de£^ conditions avantageuses. Mais^, écrit Doplessis au roi, « il semble ne vouloir traiter sous M. de Mayenne, « affectant la gloire d'être demeuré le dernier au parti contraire, pour « s'en installer protecteur avant que la guerre finisse, afin qu'on ait K recours à lui plutôt qu'aux autres de sa maison, si les affaires se « rebrouillent'. » Les Espagnols obtenaient-ils, dans l'année 1596,

1 Duplessis, lettre au roi, 1«' juillet 1595.

â D. Taillandier, p. 451. — Mémoires de La Ligué, t. VI.

Z Mém, de Duplessis, 4 uov. 1595.

des avantages considérables, au nord de la France, Philippe II se montrait à son tour moins facile : il voulait maintenant forcer Mercœur à reconnaître Tlnfante, comme héritière de Bretagne, et se préparait à envoyer une grande ^rmée navale, pour le décider enfin à se jeter complètement dans le parti de l'étranger ^/ Alors le duc recommençait ses négociations avec les royalistes ; et comme les Espagnols s'étaient emparés par surprise du poste inoportant de Primel, à Tembonchure de là rivière de Morlaix, il faisait tous ses eâbrts pour leur enlei^er cette place, mais inutilement 3.

L'un des motifs qui engageaient Mercœnr à ne pas se prononcer, c'est qu'il espérait voir bientôt toute la France dans le trouble et l'anarchie, comme à l'époque delà mort de Henri III. Les succès des Espagnols, Tépuisement du roi de France, lui faisaient croire que le démembrement du royaume était prochain. Me pourrait-il pas alors, eh sachant bien ménager ses intérêts, profiter de ces malheurs, et garder la Bretagne, tandis que le roi d'Espagne s'emparerait de plusieurs autres provinces? Ou bien Henri pouvait mourir; les fatigues de la guerre, les hasards des combats, le poignard toujours menaçant des assassins, pouvaient l'enlever aujourd'hui ou demain : alors, plus de chef, plus de roi, plus d'unité; rien ne saurait plus empêcher le démembrement; et qui, mieux que lui, serait à même d'en tirer parti ? « Quelle autre espérance peux-Ju avoir depuis deux ans? dit un « pamphlet royaliste de l'époque : Quoy ? penserois*tu bien que ce « grand prince achevant le cours de ses ans et évitant le cousteau (c Jésuite, laissast toujours Tifantes et pahie de la Bretagne entre les « mains d'un tel homme que toi? Tu n'es point si despourveu de « sens; il faut nécessairement que tu espères, qu'il se trouvera « encores un Barrière ou un Chastel. Bien autre chose ne le « peut avoir faîct opiniastrer depuis deux ans (\ue tu gaignes toustf jours temps'. » Chaque jour, Mercœur s'attendait à quelque catastrophe; chaque jour il faisait répandre ties bruiti^ de toute espèce sur Henri lY : on annonçait tantôt qu il était très-gravement malade, tantôt même qu'il était mort. « Il est dans l'attente de quelque « insigne malheur, qui le mette à son aise, écrit Duplessis au roi ; en

1 DeThou, liv. 117. — Lettres de Duplessis.

!2 Dom Taillandier , p. 453.

3 Libre discours sur la délivrance de la Bretagne.

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tr laquelle encore anjoard'buy les prescheurs de Nantes cntretien- « nent le peàple par le commandement des plus grands^. » « Pendant « les négociations d*Ancenis, dit encore Duplessis, il est certain « qn'on a preschf^ à Nantes, qa*on attendait un coup dn ciel bientôt; « et qnelques jours après avait lieu Tattentat de J. ChâteP. »

Plus tard encore, écrivant à Philippe II, dans un moment où il est plus découragé, Mercœur lui demande s*il ne serait pas avantageux de traiter avec Tennemi, pour conserver le libre exercice de ta religion catholique, avec nos personnes, moyens, liberté, privilèges du pays, et ainsi se maintenir au mieux que faire se pourra, jusqu'à ce qu'il se présente quelque meilleure occasion de faire un bon coup, si Die\i veut^.

En 1597, lorsque la prise d'Amiens jetait le trouble dans tous les esprits, Mercœur faisait courir le bruit que le roi, qui n'avait pas d*béritier, était attaqué d'une maladie incurable, causée surtout par le chagrin. Les huguenots , qui tenaient alors de fréquentes assemblées, malgré les défenses de Henri, auraient repris les armes : la couronne aurait légitimement appartenu au jeune prince de Coudé, à peine âgé de sept ans ; une funeste régence aurait ranimé

i Lettre da 3 mars 1595. •— « Ce duc n'a but que de nager entre les deux rois, « desquels Tun^ occupé en Picardie, ne le peut forcer par les armes; Vaultre, » affligé de ce nouveau naufrage , ne Tose encore presser de se déclarer son par- « tisan; et se conforte sur ce mot : Jnterêa fiet aliquid. » (Lettre du 31 décembre 1596).

9 Lettre du 1«' janv. 1595 à M. de Loménie. — Mém, de Duplessis, t. VI, p. 398.

3 Capefigue,t. VIl,p. 381.

Les historiens ont raconté que l'envoyé de Philippe II auprès de Mercœur , Ledesma, fit connaissance d'un moine appelé Ouyn do Laval, qui avait vécu en Espagne^ et se trouvait alors dans le couvent des chartreux, à Nantes. 11 lui mit dans la tête qu'il serait nécessaire, pour la reUgion chrétienne et pour la gloire de Dieu, de se défaire du roi, toujours hérétique dans Tâme. Le moine parla de son projet à beaucoup de personnes ; si bien que la chose en vint plus tard aux oreilles de Henri IV, qui, après la soumission de Mercœur^ le fit arrêter : le procès fut dirigé par de Thou et Turcant ; il avoua tout , et le roi se contenta de le faire çnfermer. Duplessis, dans une lettre k Villeroy du 9 avril 1595 , parle également d'un étudiant, nommé Michel Vidal, que l'agent du roi d'Espagne k Nantes a gagné , pour tuer Henri IV : « Il devait s'insinuer au service de quel- « qu'un des valets de chambre du roy, ou bien en la maison de M«>e de Mon-

« ceaux: et on luy monstra une grenade double mesurée k un feu pour icelle

u mettre soubs le lit , et puis se retirer , etc. »

toutes les ambitions, tontes les e^érances ; et le rasé Tornabnon conseillait encore à Mercœnr de, patienter et d'attendre. Ces bruits s'étaient tellement accrédités, que les seigneurs royalistes euxmêmes, songeant à leur sûreté et à leurs intérêts, se rétmirent : ils avaient à leur tête le maréchal de Brissac, gouverneur de la pro- Tince. Le duc de Montpensier, le duc delà Trémouille et le marédial de Bouillon i^nrent, dit-on, connaissance de leurs projets; il fut proposé de former un tiers-parti en Bretagne, sous le nom de Bons^ Français; Montbarot et de Gussé youlaient obliger lo niarécbal à prendre le commandement absolu : les astrologues et -les médecins assuraient que le roi ne vivrait pas deux ams; il fallait donc assembler les États à la manière des Pays-Bas, et travailler à sauver la province : on était d^avis d'envoyer yers Elisabeth, pour lui demander ses secours dans une situation aussi désespérée^. Les nouvelles 'positives envoyées par Montmartiu, qui se trouvait alors, à la cour, rassurèrent diflScilement les esprits.

Tels sont les principaux motifs de la politique subtile de^Mercœnr. Quels en furent les résultats ? Dans une guerre comme Celle de la Ligue, il fallait agir, et toujours agir; c'était le seul moyen de triompher. Mercœnr, au contraire, se repose; il négocie, il. cherche à tromper. Mais lui-même prépare sa perte, et déyoiie son égoisme par ses négociations sans franchise. Malgré ses protestations, il ne parvient pas à cacher ses véritables projets ; on croit peu à la sincérité de son dévouement pour la cause catholique : « Chacun, dit « un contemporain, voudra faire paraîtra son indignation envers « ces traistres à la France, qui, destituez de tout prétexte, excpmmu- « niez par le pape, par Tarchevesque de Tours, primat de Bretagne et <c par la âorbonne, comme rebelles à leur Roy, condamnez de Qieu (c et des hommes, &ont encore si efirontez que de nous publier héré- « tiques, si nous allons chasser les escharpes rouges de la Bretagne. ^ Pauvres misérables, vos artifices sont trop divulguez... telles rases te sont en mespris aux enfants mesmes^. »

On ne croit pas à son désintéressement, à son désir de la paix; car les députés de Henri lY s'arrangent de manière à lui faire rejeter les propositions avantageuses qui lui sont offertes. A plusieurs

1 De Pire, t. H, p. 245. — Montmartin , p. 311. — De Thou, liv. 118.

2 Libre discours sur la délivrance de la Bretagne.

reprises, les nëgociations sont rompues, et toujours Ton reconnaît que rintérét personnel, que Tambition de Mercœnr a seule amraé ces ruptures. « Mesme il se peut dire, écrit Duplessis, que les « députés bretons ne s*en vont pas tons contents des procédures de « M. de Hercœur et de ceux qui le conseillent ^ »

En paraissant vouloir traiter, Mercœur a montré son peu de confiance dans ses propres forces ; ce n*est pas là le chef de parti, qui encourage, contient ou entraîne par fascendant de son énergie ceux qui se sont ralliés à sa cause. En même temps, il a donné un triste exemple, que se disposent à suivre les chefs subalternes : chacun doit désormais songer à ses intérêts; le parti se désorganise. Puis, en parlant sans cesse de paix et de traité, en consentant à des trêves avec les royalistes, il a fait concevoir des espérances aux hommes modérés ou fatigués; il a permis aux passions de se calmer, aux haines et aux préjugés de s'affaiblir; il a laissé entrevoir les avantages précieux de Tordre et de la tranquillité ^. Comme le remarque très-bien Mézeray, « les peuples reçurent la trêve avec plus de joie ff que n'auraient voulu ceux qui désiraient la continuation des tron- « blés, particulièrement les gouverneurs de province et les gens de « guerre, accoutumés an pillage, qui non-seulement y contre- « venaient toutes les fois quMIs trouvaient occasion de butiner, mais « encore la traversaient ou souffraient qn'on la traversât par des « prédications séditieuses, par dés menées, des écrits, des faux « rapports et plusieurs attentats, à quoi ils fermaient les yeux, sous « prétexte de conduire les affaires doucement'. »

Mercœur tira-t-il du moins quelque avantage personnel de sa conduite pleine de détours, à regard de Philippe II comme à Tégard de Henri IV ? A force de temporiser, il se trouva qu'il était trop tard : il ne put combattre, et il fut heureux de se soumettre, sans dignité, même en s'humiliant. Il s'était bien gardé d'unir ses forces à celles de FEspagne, quand TEspagne était victorieuse: il avait alors toutes ses défiances et toutes ses ambitieuses espérances. Cependant, il devait être assez éclairé sur sa position, au moment de la prise d'Amiens par les ennemis; il fallait alors se décider, les chances

i Lettres des ^5 déc. 1594, 15 mars, 97 avril 159S. 3 Lettre de Duplessis du 30 septembre 1595.

3 Mézeray, t. XVII, p. 38.

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