CHAPITRE IV
La plupart des villes se déclarent pour la Ligue. — Caractère particulier du soulèvement de Saint-Malo, qui s érige en véritable république. — Morlaix, ses privilèges. — Quimper, son organisation municipale. — Saint-Brieuc. — Activité des conseils bourgeois pendant la Ligue.
Grâce à rinfloeDce toute-puissante de la plus grande partie du clergé, le peuple des villes se déclarait presque partout en Bretagne pour la Sainte-Union. Les bourgeois, effrayés ou troublés par les anatbëmes des prédicateurs» par la fureur aveugle et menaçante de la populace, toujours exagérée en temps de révolution, redoutant d'ailleurs les forces de Mercœur, se taisaient, signaient la Ligue, payaient de leur fortune, pour éviter une ruine complète, et attendaient en silence des temps meilleurs. Car, ainsi que le dit Tanteur du Journal de Henri III, les sermons ligueurs devenaient une obligation à laquelle on n'osait plus se soustraire. Les gens de bien étaient forcés d*y aller, pour évitier péril de mort ou prison, et pillage de leurs maisons; et si n'osait-on dire ni parler trop haut des extravagances de ces prêcheurs. Beaucoup de bourgeois, d'ailleurs, s'unissaient franchement à la cause dont Mercœur était le chef, dans l'espérance, vague et mal formulée, mais réelle, d'obtenir, avec l'indépendance de leur duché, un gouvernement moins tracassier ou moins ennemi de leurs vieux privilèges que celui des rois de France.
Aussi, la plupart des villes de la province s'étaient-elles de bonne heure séparées de la cause royale, du parti de l'étranger. A l'exception de quelques-unes: de Rennes, place d'armes des royalistes; de
Vitré, où les protestants se défendaient bravement contre toutes les attaques; de Brest, à Textrémité de la péninsule, toutes s^étaient déclarées pour la Ligue. Brest, qui n'était pas encore le grand port militaire, ouvrage de Louis XIV, mais très-imporiant, grâce surtout à son admirable position, était déjà une ville plutôt française que bretonne. Un instant, elle avait été perdue par les royalistes; pen^ dant la minorité de son gouverneur Jean de Carné', son oncle Fraa^ çois de Carné Bosampoul s'était rangé du parti opposé : mais les habitants ne partageaient pas ses opinions; d'ailleurs, son caractère hautain les avait irrités. Aussi, Guy de Bieux, marquis de Chftteaaneufs profitant avec habileté de ces dispositions, se ménage de nombreuses intelligences dans la ville, part de Bennes, arrive k Brest, y entre par surprise, avec T aide des habitants, et force Bosampoul à fuir vers Qnimper avec les débris de ses soldats (fin de 1589)^. Il avait rendu un grand service à la cause royale, et oiérila de transmettre ce gouvernement, qu'il avait conquis, à son second frère, Bené de Bieux, marquis, de , Sourdéac, qui combattait, non sans gloire, pour Henri IV, dans la Ëasse-Bretagne, et sut défendre Brest contre tous ceux qui enviaient cette belle possession. Il avait écrit sur la guerre de la Ligue de curieux mémoires, dont parleot les bénédictins, et qu'avaient consultés Matthieu et Mézeraî : Ua paraissent malheureusement perdus'. L'on raconte qu'Aimar Hennequin le sollicitait de soutenir les prétentions de Mercœur; Sourdëac lui répondit très-fièrement : « Celui que vous appelez le roi de « Navarre, est roi de France et le légitime souverain. Si j'étais « capable de manquer à la fidélité que je lui dois et que je lui ai jurëe« « ce ne serait pas sans doute pour aider un cadet de la maisop de « Lorraine à devenir duc de Bretagne : j'y penserais pour moi^. » Dans un des chapitres précédents, nous avons vu les événements et les motifs qui amenèrent le soulèvement de Nantes contre l'auto-
i La sœur 4e Guy et de René de Rieux était la belle de Chàteauneuf , Renée de Rieux, liai fut aimée passionnément par Henri III. — V. le père Ansalme, Généalogie de la maison de France, t, VI, p. 771, 773.
2 En 1593 , Henri IV, pour les récompenser, leur accorda le droit de bourgeoisie.
3 Jetés de Bretagne, t. III, o(A, i5i4. — Notes du Dictionnaire d'Ogée, k rarticle Br^st, nouvelle édition. — Mém, d Aradon , p. 209^ — Montmartin, p. 994.
4 Jffist. de l'ordre du Saint-Esprit. Sourdéac fut créé chevalier en 15^8, sui> yant L'Ëstoile , p. 291.
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rite royale. La révolte de Saiot-lHalo prësenle nn caractère diflFérent, et son bistoire n'est pas moins féconde en enseignements intéressants. Les écrivains'bretons, et surtout Tun des pins illustres, Chateaubriand, ont accordé les plus grandes louanges à la conduite des Malouins, pendant les guerres de ta Ligue. Dernièrement encore, dans le congrès de TAssociation Bretonne , à Saint-Malo môme, H. de Blois, à Touverture des séances, disait, en rappelant rapidement l'histoire glorieuse de cette viHe : « Lorsque la Ligue les plaça « dans la difficile alternafiTe de subir la domination d*un prince « huguenot ou de seconder les projets ambitieui du duc de Hercœor, « h» Haloirin» n^bésitèrent pas, et, s'emparant du château par l'un « des coups les plus hardis dont il soit fait mention dans l'histoire, « ils maintinrent leur indépendance jusqu'au jour où la conversion « de Henri lY amena leur soumission, et leur permit de donner des c preuves éclatantes de leur fldélité au légitime héritier de la cou- « imme*. » Mais pour bien comprendre le rôle de Saint-'Halo à cette époque, nous croyons nécessaire de dlire quelque mots de son histoire antérieure.
La ville de Saint-Malo, située au fond d'un golfe que forment les côtes de Bretagne et celles de Normandie, n'était véritablement ni br^onne, ni normande. Sur son rocher, que les flots venaient chaque jour entourer, cette fille de l'Océan, sans cesse menacée par ses puissants voisins, avait su conquérir une sorte d'indépendance. Les évéques, pères et administrateurs naturels de la cité, qui leur devait son eiisteoce, en étaient devenus les seigneurs temporels, et de bonne heure s'étaient érigés en petits souverains : ils jouissaient des droits Usl phis étendus, délivraient Tes expéditions des navires, étaient dnrgés de la police, rendaient ta justice et publiaient des ordonnances, en employant déjà ces termes significatifs: cctr tel est no&e tm^ plaisir; ils levaient les impôts sur les habitants, et les produits Al droit de bris, donum providentiœ, leur appartenaient exclusivement, etc., etc.
Dès le XIV* siècle, les Malonids soutiennent que la ville relève immédiatement et uniquement du pape, comme fief de l'Ëglise, et que le duc ne doit y exercer aucune autorité : après des débats longs et acharpés, le pape intervient, et il est décidé que le duc et l'évéque
i Bulletin archéologique de C Association Bretonne, t. Il, p; 139.
86 partageront les impôts; le commandant de la ville jarera de la garder fidèlement pour le duc, Févéque, le chapitre et les habitants (1384) ^ Dix ans plus tard, Saint-Malo se soulevait et se donnait au pape d'Avignon, Clément YII; celui-ci, après avoir accepté la soumission des habitants, remettait la ville entre les mains de Charles YI, et des commissaires venaient, au nom du roi de* France, en prendre possession. Un traité la rendit bientôt au duc 3. Mais, en 1403, les bourgeois, vexés par la garnison bretonne, prirent les armes pendant la nuit, se jetèrent sur leurs oppresseurs, les chassèrent de la ville, et cette fois s'adressèrent directement à Charles VI, en se mettant sous sa protection. C'était malheureusement répoque des guerres désastrensea qui furent sur le point d'amener la ruine de la France: quand le royaume fut envahi par Henri V, les Armagnacs promirent au duc Jean V de lui rendre Saint-Malo, s'il leur accordait quelque secours. Aprèç la journée d'Azinconrt, la ville fut en effet livrée ; le pape fit attendre neuf ans son consentement. Hais les prétentions de l'évéque sur la souveraineté do la ville n'en subsistèrent pas moins ; et il s'opposa dès lors à la construction d'un château que le duc faisait élever pour contenir la ville'. Malgré une bulle du pape de l'année 1475, cette opposition dura jusqu'au temps de la duchesse Anne, qui fit graver sur la grosse tour de la forteresse, enfin terminée, ces mots célèbres : Qui qu'en grogne, ainsi sera, c'est mon plaisir : de là le nom de la tour Quinquengrogne,
Quand la Bretagne fut réunie à la France, les habitants (Je Saint- Maloréclamèrent.et obtinrent du roi une déclaration qui, en vertu de la donation inaliénable de Clément VU, les réunissait irrévocablement au domaine de la couronne,, et les séparait complètement du pays et duché de Bretagne, en les exemptant de tout impôt, à l'exception de 300 livres par an, pour être employées en aumônes et en offrandes : de plus, ils ne devaient relever, en dernier ressort, que du parlement de Paris (13 octobre 1493)^.
1 Jetés de Bretagne, t. II, col. 466.
2 Jetés de Bretagne, t. H, col. 626. — Ordonnances des rois de France, t.Vm,p.6.
3 Jetés de Bretagne, t. II, col. 924, 1142. — Ordonnances des rois de France, t. X, p. 248.
4 Jetés de Bretagne, t. III, col. 737-740. — D. Taillandier, p. 219.
Cependant, peu d* années après, nous voyons la reine Anne intervenir, comme duchesse de Bretagne, dans les affaires de Saint-Malo, régler les droits des bourgeois, de leurs assemblées municipales, de leur commerce, et surtout déterminer les attributions de Tévèque et du chapitre (13 octobre 1513)^. Une ordonnance de François P' restreint les privilèges des chanoines, en augmentant beaucoup, au contraire, les pouvoirs du capitaine nommé par le roi ou de son lientenant (24 janvier 1528p. Les contestations continuèrent pendant tout le XYI* siècle. Déjà Saint-Malo était une ville importante par son commerce et par sa marine : dès 1423, ses habitants avaient équipé une flotte de 30 vaisseaux et fait lever aux Anglais le siège du Mont-Saint-Michel. Charles VU, pour les récompenser, leur avait adressé des lettres de privilèges curieuses à consulter s. La découverte du nouveau monde avait surtout développé Tesprit audacieux des Malouins : de concert avec des marins de Biscaye et de Dieppe, ils avaient recontiu, en 1504, Tile de Terre-Neuve^. Sous Louis XII, ils combattent les Anglais et les Espagnols ; ils aident Tempereur Gharlès-Quint, lors de son expédition en Afrique. Jacques Cartier, Tune des gloires de la marine française, découvre le Canada vers 1534^. Leurs corsaires signalent plus d'une fois leur valeur, dans la lutte contre les Anglais : ainsi, sous les ordres du comte de Montgommery, ils font la guerre à leurs frais et contribuent surtout à la prise de Belle-Isle. En 1575, un marchand de Saint-Malo, en Son nom et au nom de vingt-t^is antres marchands et capitaines de la marine de cette ville, offre au duc de Montpensier, gouverneur de Bretagne, de fournir douze grands vaisseaux armés en guerre, avec les soldats et les munitions, avec les chaloupes et les pataches nécessaires, pour servir le roi. Ils s'engageaient, à bloquer le port de la Bochelle, de manière que rien ne pût ni entrer ni sortir, moyennant 120,000 livres ; et ils offraient caution à Paris ou à Rouen de 100,000 écus, qu'ils voulaient perdre, au cas qu'il se trouvât rien en mer de plus
1 jéctes de Bret, t. III, col. 909-912.
2 uéctes de BreU, t. III , col. 974-977.
3 A. de Courson, p. 347 : Bretagne armoricaine, 1840.
4 Selon labbé Manet, dès 149$ : Ifist, de la Petite-Bretagne, t. II , p. 509.
5 Voir le curieux article de M. Levot , dans la Biographie bretonne, avec les notes de M. Cunat, de Saint-Malo.
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fort qu'eux. Ils demandaient que toutes les prises, faites par eux de bonne guerre, leur appartinssent, saqf les droits de ramiranté^.
Saint-Malo, comme on le voit, sous les rois ainsi que du temps des ducs, était une ville à part, presque indépendante. Au XYi^ siècle, les habitants désiraient toujours se délivrer soit de Tantorité temporelle de leur évéque, soit des vexations gênantes du gouvernement royal» Les troubles de la Ligue leur fournirent Toccasion désirée; et leur soolëvement à celte époque est un exemple remarquable de cet esprit d'indépendance locale, qui jeta beaucoup de villes de France dans le parti de Topposition à la royauté.
Déjà depuis longtemps les Malouins s'étaient presque complètement soustraits à Vobéissance du sieur de Fontaines, lieutenantgénéral du roi en Bretagne, et gouverneur de Saint-Malo : Honorât du Bueil) vice-amiral de France, chevalier de Tordre du Saint-Esprit, jadis premier écuyer de Charles IX et Tun de ses favoris, était an seigneur extrêmement riche, mais tracassier et peu aimé, comme la plupart des officiers de la royauté dans les provinces. Dès 1585, lès bourgeois avaient nommé douze conservateurs de la cité, diargés spécialement de veiller à ses intérêts et à son salut 3. Avant le commencement delà guerre civile, le procureur^syndic de la ville, les quatorze capitaines des compagnies de la milice et quatre capitaines généraux formaient un conseil souverain de la commune; deux chanoines pouvaient assister à leurs délibérations : les étrangers avaient été forcés de sortir de la ville ; Ton avait arrêté le départ des navires prêts à faire voile pour Terre-Neuve, et Ton avait choisi dans les équipages une garde de cent hommes qui devait spécialement veiller à la conservation dis Saint-Malo.
Le comte de Fontaines ne savait quel parti prendre ; il se retranchait dans le château, d'où il n*osait plus sortir : les Malouins achetaient des canons, de la poudre, des boulets, etc.; Tabsence de lear
1 Histoire du duc de Montpensierj par Nicolas Coustureau, sieur de la Jaille , président de la chambre des Comptes de Bretagne , p. 85.
2 La Ligue à Saint-Malo, p. 84. — Nicolas Protêt, fils de Josselin, sieur de la Landelle , capitaine de Tone des quatorze compagnies bourgeoises de la ville de Saint-Malo en 1589, et lun des principaux personnages politiques delà \ille , a composé le récit curieux des événements de ce temps. C'est là le naanuscrit précieux dont se sont servis tons les écrivains qui ont raconté cette histoire ; la Revue rétrospective en a publié un long extrait, 2° série, t. IX, p. 83-1 S4.
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é>oque, alors à Rome, les enhardissait encore. A la nouvelle de Tassassinat de Henri III, les bourgeois se réunissent en grande assemblée à révéché; ils prennent les armes, poussent les barricades jusqu'aux portes du château, et jurent de vivre et de mourir dans la religion catholique^. M. de Fontaines, parégoîsme craintif encore plus que par nécessité, s'empresse de traiter avec eux; il reste dans le château, avec le titre de gouverneur et 4,000 écus par an, tandis que les Malouins s'érigent complètement en république indépendante, jusqu'à ce que Dieu, suivant leurs paroles, eût donné à ta France un roi catholique reconnu par les États K Dès lors, sans se déclarer pour Mercœur, ils entrent en relation avec lui. Il s'était emparé des châteaux de Cbâteauneuf et du Plessis-Bertrand, près deSaint-Malo; de la tour de Solidor, à l'embouchure de la rivière de la Bance (à la fin de 1589) : ces places pouvaient gêner considérablement le commer^^edes Malouins avec les villes voisines, surtout avec Dol et Dînan. fls lui envoient des députés pour lui demander la garde de la tour de Solidor, et le prier d'ordonner à ses capitaines dans les deux autres châteaux de ne pas leur faire tort. Mercœur était intéressé à leur complaire; il leur accorda leurs demandes, et fit avec eux une espèce de traité que de Fontaines fut contraint de ratifier, mais qui ne fut pas toujours fidèlement exécuté par les lieutenants de Hercœar».
Cependant^ le gouverneur, malgré sa pusillanimité, pouvait encore inquiéter les Malouins. Il ne s'était pas déclaré pour la Ligue: on faisait courir le bruit qu'il était en correspondance secrète avec Henri IV, et qu'il se proposait d'introduire une garnison royaliste dans la ville ; il rançonnerait alors les riches marchands, et établirait une autorité despotique ^. Aussi, dès le mois de mars de l'année i59(V, un complot s'organise contre lui. Sous la conduite de Pépin de la Blinaye, et de Michel Protêt, sieur de la Bardelière, Cinquantecinq jeunes gens des plus intrépides et des plus agiles, à la faveur de robscnrité profonde de la nuit, escaladent au moyen d'une échelle de corde la tour de la Générale, haute de plus de cent pieds. Cette entreprise audacieuse les rend maîtres du château ; les soldats de la
1 La Ligue à Saint- Malo, p. 104.
2 /rf., p. 105-106.
3 D. Taillandier, p. 380.
4 De Thon, liv. 98.
garnison sont tués ou forcés de se rendre (11 mars). Le comte de Fontaines est percé d'un coup d'arquebuse, au moment où, précédé d'un page, qui portait un flambeau devant lui, il se rendait dans la salle haute du donjon, pour découvrir la cause du tumulte^. D'aprèft les récits et les réclamations postérieures des royalistes, les meubles magnifiques que le comte avait amassés depuis longtemps, furent pillés, l'argent fut partagé entre les conjurés ; ils en cédèrent nne partie aux échevins, dit de Tbou, pour l'usage de la ville, afin de justifier leur vol. On trouva dans le cabinet du gouverneur des lettres de ceux qui, dans la ville, auraient voulu rendre Saint-Malo à Henri IV \ Ce fut la cause ou le prétexte de tristes violences ; on pénétra dans leurs maisons, on pilla leurs meubler, t^n les rançonna, on les chassa de la ville. Plusieurs, si l'on en croit la requête da royaliste Julien Ârtur, l'une des victimes, furent emprisonnés, traités avec barbarie, contraints, pour payer rançon, de vendre. la plus grande partie de leurs immeubles : et l'on défendait même de les acheter, pour les faire mourir de faim; enfin, ils étaient eipulsés de la ville avec leurs femmes et leurs enfants'. Tous ceux qui étaient suspects furent ainsi traités, et, dit un historien de cette époque, il suffisait, pour le paraître, de n'être pas originaire de Saint-Malo^.
C'était une grande perte pour le parti royaliste; aussi, le doc de Mercœur faisait-il célébrer cet heureux événement par des Te Deum^ des processions, des feux de joie : il se hâtait d'écrire aux habitants
1 Suivant les auteurs de la Satire Ménippée, le comte de Fontaines aurait été tué dans son lit par son valet, séduit parles Ligueurs. « Il y a de pires saincts en u Bretaigne que le catholique valet de Od. de Fontaines, qui coupa la gorge à son « maistre en son lict, moyennant deux mil escus, pour nostre mère saincte Ëglise. » Dans les notes de léditionde Ch. Labitte, p. 12, et delédition de Le DucLat, t II, p. 47, on trouve que le crime fut commis à Tinstigation du duc de Mercœur : cette accusation nous parait une cruelle calomnie. Le récit circonstancié de La LandeUe prouve la fausseté de ces assertions. Ce qui a donné lieu k cette erreur, c'est Farrestation à Rennes, la condamnation et le supplice du valet de chambre du comte, qui avait emporté une grande partie de ses diamants.
3 Lettres du comte de Fontaines au roi, dans la Ligue à Saint-Malo, p. 96-99.
3 jictes de Bret,,i. III, col. 1579-1580. — De la Gabonais, dans son Bésumé de l'Histoire de Bretagne, p. 166. Son bisaïeul, qui avait laissé, dit-il, des mémoires sur cet événement, fut lun des bannis de Saint-Malo.
4 Mézcray, t. XV, p. 460. — Xa ZItgfwe à Saint-Malo, p- 111-122. — De Pire, t. I«^ p. 149-161. — D. Taillandier, p. 382-388. — De Thou est assez inexactet confus dans cette partie de son histoire, liv. 98.
des lettres trës-flatteuses, pour les féliciter. Quelques mois après, les Malouins, de leur côté, lui députent leur syndic et douze notables, pour le prier d'avouer tout ce qui s*était passé à Saint-Malo, et lui faire approuver leur plan de gouvemement : c*était une sage précaution, en cas de revers. Il leur répond très-gracieusement. Mais ce n'était pas au profit du chef de la Ligue en Bretagne qu'ils avaient fait leur révolution : ils voulaient, à l'exemple des calvinistes de la Rochelle, former une république catholique indépendante, puissante par sa mariné et son commerce. Accoutumés aux luttes sur l'Océan et aux périls des voyages lointains, ils avaient assez de confiance dans leur courage pour espérer réussir. Ils se contentent donc de répondre avec politesse aux avances de Mercœur; mais ils ne s'unissent pas à lui, refusent tout secours étranger, ne laissent pas même pénétrer dans leur ville ceux qui arrivaient pour la défendre, se gardent et se gouvernent eux-mômes, faisant la guerre à ceux qui gênaient leur commerce, et cherchant, par la crainte ou par les bons oflSces, à s'attacher les petites villes voisines, dont ils avaient besoin. Ainsi, ils aident Mercœur et ses lieutenants à prendre le châtes^u de Guémadeuc, celui de Pontbriand, la ville de Pontorson : ils jettent des secours dans Avranches, pourvoient à la sûreté du Hont-Saint-Michel, et surtout tentent de nombreuses expéditions sur mer, etc., etc.
Les Malouins ne semblent pas guidés, dans ces différentes expéditions, par les motifs les plus désintéressés; ils font la guerre, comme la plupart la faisaient à cette époque. Ainsi, contrairement à la capitulation accordée par eux au sieur de Pontbriand, pendant qu'ils le retiennent prisonnier au château de Guildo, conduits par leurs capitaines, secondés par quelques gentilshommes et par les paysans des environs, ils démolissent le château de Pontbriand, pillent ou détruisent tous les meubles, provisions et munitions, avec toutes les richesses, le blé amassé dans cet endroit, les bestiaux des métairies, abattent les bois, et emmènent un navire appartenant au seigneur. SMis aident Mercœur au siège de Pontorson, c'est dans la crainte qu'il ne vienne les attaquer^.
Tous leurs actes nous montrent le but qu'ils se proposent; c'est
1 Requête du sieur de Pontbriand k Tamiral de Montmorency, contre les bourgeois de Saint-Malo : Actes de Bret., t lU , col. 1645.
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leur indépendance qu*ils veulent conserver. Voyons leurs rapport)» avec Mercœur.
Il avait d'abord espéré les soumettre facilement à sa domination ; mais, dès le premier jour, ils semblent peu disposés à robéissamee : ainsi, lorsqu'ils ont fait prisonnier le marquis de. la Houssaye et le vicomte de Saint-Denoual, Mercœof , qui désirait les avoir en son pouvoir, recommande aux habitants de les bien garder; ce qui n*em* pécbe pas les Halouins de les remettre en liberté, moyennant une forte rançon. Peu après, il leur demande un vaisseau qu'ils ont pris près de Pontbriand, et il éprouve un refus formel ^ Cependant, Mercœur espérait encore se rendre maitre d'une ville aussi importante; il était arrivé au mois d'octobre 1590 à Dinan, avec des forces assez considérables, quand des députés de Saint-Malo vinrent le trouver au nombre de vingt-<:inq. Après les avoir fait attendre deux jours, après les avoir préparés par ses principaux confidents, entre autres par l'évéque de Saint-Brieuc, Langelier, il leur donna l'audience qu'ils demandaient : « J'ai vu, leur dit-il, le cahier de voe « remontrances : vous voulez évidemment vous ériger en république, ce sous prétexte d'attendre qu'il plaise à Dieu de donner à la France « un roi catholique. Hais c'est une prétention contraire à mon « autorité. Ne savez-vous pas que ce gouvernement populaire que « vous rêvez, est un monstre dans un état monarchique, et je ne (c souffrirai jamais qu'il se forme sous mes yeux.... D'ailleurs, « avez-vous bien pesé les inconvénients d'un pareil gouvernement : « l'égaUté, qui tous est si chère, ne peut longtemps subsister; « bientôt il y aura des ambitieux qui voudront s'élever au-dessus des « auures, et de là combien de désordres... Votre projet n'est, je le « vois, que l'effet de l'ambition ou de l'avidité de dix ou^donsBe
« mutins, qui veulent vous entraîner à votre ruine Maisil esl
« encore possible de changer de telles résolutions. Vous êtes un « grand nombre de députés ; vous avez le plus de part aux affaires « de la ville : il ne vous sera pas difficile de faire approuver ces c diangements par vos concitoyens. Ce que je vous dis ne m'est « point inspiré par un intérêt particulier, mais par le désir de vous « sauver, et en reconnaissance de votre affection pour le parti de la « Sainte-Union. »
1 De Pire , 1. 1", p. 188-185.
Le procureur des bourgeois, après avoir remercié le duc de ses bous conseils, convint qu*il serait sais doute plus avantageux d*ètre gouverné par un seul que par les caprices de la multitude. Hais ils n'étaient pas les malures de se rendre à la force de ses «vis, et ne pouvaient que les transmettre à leurs concitoyens. Us présumaient que Ton se soumettrait volontiers à un gouverneur nommé par lui, si la mémoire du comte de Fontaines, encore trop récente, ne leur faisait craindre de retomber sous une dure servitude. Au reste, ils n'avaient jamais eu Tintention de s'ériger en république ; mais la misère des guerres civiles et la dureté habituelle des gouverneurs les obligeaient de songer à leur propre conservation.... Ils n'avaient d'autre but que de rentrer dans l'obéissance des rois, lorsque Dieu en aurait donné à la France un très-chrétien et reconnu pour tel par les États du royaume. Enfin, ils suppliaient le duc de leur constf ver toujours Tbonneur de ses bonnes grâces.
Après quelques paroles vivement échangées de part et d'auti^, MerccBar, irrité, ne put retenir sa colère : « Vous voilà donc fermes « dans votre opiniâtreté, s'écria-t-il. Ce que vous êtes ici de députés, « TOUS pouvez, si vous le voulez, vous résoudre à ce qui est de « votre bien. Je sais qae vous n'en serez pas dédits par vos conci- « toyens. »
Pais, s'échauffant de plus en plus, et mettant la main sur la garde de son épée : « Vous me parlez, ajouta-t-il, d'un roi : je veux bien « que vous sachiez que les rois ne m'pnt jamais fait la loi; et que « quand ils voudront me la faire, j'ai de meilleures villes que la vôure « pour les en empêcher* » L'audience fut alors brusquement interrompue. Le duc voulait les fake arrêter; c'étaient de précieux otages,.qui lui répondraient de Saint-Malo : mais l'affaire fut remise an lendemain. Sur le soir, comme les députés étaient réunis, assez inquiets du résultat de leur ambassade, l'un des confidents de Hercœur, l'ancien capitaine de, Bennes, Gharonnière vint les trouver, leur apprit le danger qui les menaçait, et leur conseilla de se mettre en sûreté au plus vite. Dès le lendemain, de grand matin, ils Citaient secrètement Dinan, et rentraient dans leiu: ville.
Mercœur comprit qu'il avait fait une faute ; il voulut la réparer, mais il était trop tard : les négociations furent renouées, et, peu de temps après, un de ses gentilshommes, du Vigneau, vint proposer aux Malouins le jeune enfant du duc pour gouverneur ; ils auraient
le choix de nommer celui d'entre eux qui commanderait sons ce prince. Le duc ne voulait d'ailleurs d'autre garnison que celle de leur cœur. Mais tous unanimement déclarèrent qu'ils désiraient conserver leur gouvernement; et c'est alors qu'ils s'adressèrent au duc de Mayenne, pour obtenir de lui l'aveu de la prise du château et de la mort du comte de Fontaines : ils n'avaient pas à craindre l'ambition du lieutenant-général de la Ligue; il était d'ailleurs trop éloigné. Nous n'avons rien voulu enlever à ces scènes pleines de vérité et d'instruction : de pareils détails n'ont pas besoin de commentaires t.
Les Malouins sont dès lors véritablement indépendants; ils entrent en correspondance avec les échevins de Paris, avec le conseil .de l'Union établi à Rouen, avec Yillars, le gouverneur du Havre. An premier moment, ils avaient interrompu leurs relations commerciales; ils avaient écrit à leurs correspondants, surtout à ceux de Marseille, pour leur apprendre leur résolution jusqu'à ce que la fortune eût décidé du sort de la France : ils les renouèrent bientôt. Ils reçoivent des lettres de recommandation du duc de Parme, pour le roi d'Espagne, afin d'obtenir la sûreté de leur commerce dans les divers pays de sa domination ; lorsque les Anglais arrivent en Bretagne, de nombreux bâtiments de Saint-Malo, qui revenaient d'Espagne, sont avertis, et relâchent à Blavet, alors aux Espagnols, où ils sont très-bien accueillis, quoiqu'ils rapportassent plus de 500,000 écus, malgré les défenses de Philippe H. Ils cherchent même à obtenir des avantages commerciaux chez les peuples étrangers qui se sont déclarés les alliés de Henri IV ^. Mais toujours ils persistent à défendre leur indépendance : ainsi, au commencement de 1591 (8 janvier), Mercœur leur adresse des lettres, pour les engager à envoyer leurs députés aux Ëtats-générabx; ces députés passeraient par Mantes, pour y assister aux Ëtats de la province : les Malouins s'excusent sur les diflScultés du chemin. Dans une seconde lettre plus pressante, Mercœur leur dit qu'il ne peut recevoir leurs excuses; il leur promet de veiller à la sûreté des routes; et, d'ailleurs, il a-de bons otages qui lui répondront de leurs députés : ils donnaient un mauvais exemple aux trois ordres et aux communautés des autres
1 De Pire, t. I«s p. 214-223. — D. Taillandier, p. 394-396.
2 De Thou, liv. 98.— De Pire, t. l«s p. 228, 297. — D. Taillandier, p. 385-395.
villes, en refasant de coDcoarir ao bien du pays dans une assemblée jatnssi solennelle : il voyait bien quils étaient mal conseillés ; il les en avertissait, comme leur ami, «t il regretterait beaucoup le inal qui pourrait leur en arriver. Les Malonins, dans une seconde réponse, le snpplient de prendre en bonne part leurs excuses, et protestent qu'ils sont toujours disposés à le servir de leurs biens, vies et moyens. Malgré ces protestations de dévouement, lorsque Mercœur, après les Ëtats, leur envoie un des députés, avec des lettres de leur procureur-syndic, des maire et échevins de Mantes, portant les cahiers de rassemblée, les Malouins ont déjà oublié leurs offres de service. Ces cahiers contenaient le serment prêté par Mercœur et les trois ordres à la Sainte-Union, et une pancarte des droits établis sur les marchandises, à leur entrée et à leur sortie de la province, pour fournir aux frais de la guerre. Les Malouins répondirent qu'ils avaient juscju'alors fait la guerre, et assisté leurs voisins, avec leurs seules forces; ils le feraient encore à Tavenir, quoique leurs ressources fussent déjà presque épuisées ; ils avaient donc besoin de leur commerce, bien déchu depuis les troubles, et qui serait ruiné s'ils consentaient à payer quelque nouvel impôt ^.
Les habitants de Saint-Malo se montrèrent ainsi, jusqu'à l'époque de leur soumission, très-jaloux de leurs libertés et de leur indépendance: ils ne furent pas plus respectueux à l'égard de leur évéque qu'à regard de Mercœur. Charles de Bourgneuf, depuis longtemps absent de la ville, revenait alors d'un voyage à Rome, et abordait au port, le 7 juillet 1590; c'était encore un ennemi pour les républicains de Saint-Malo : aussi, à peine s'était-il installé dans son palais, qu'il fut arrêté et retenu prisonnier, avec tous ceux qui étaient revenus de Borne avec lui. Vainement il protestait qu'il était bon catholique, qu'il avait été bien accueilli par le pape, qu'il ne voulait qu'exercer son ministère, enfin qu'il était serviteur de Mercœur: ses raisons n'étaient pas acceptées. Cependant, comme il fallait trouver tmmotif poûrse débarrasserde lui, on lui déclara qu'on avait sujet de se défier, parce que son frère, Jean de Bourgneuf, seigneur deCucé, était attaché au parti du roi, et qu'on devait prendre des précautions contre ce qu'il pourrait tenter au préjudice de la ville. On le fit sortir de son palais, et on Ini donna des gardes : mais, au commen-
1 De Pire, t. ^•^ p. 289,291. — D. Taillandier, p. 404-405.
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cemmi de rannée saivaDte, aprbs aYoir refusé de le livrer à Her^ cœar, qoi le leur demandait, ils le remirent eu liberté sur parole, après lui avoir fait jurer de ne rien entreprendre contre les intérêts de la Tille ^.
a II faudrait, dit H. de Courson, dans ses Études sur la Bretagne « armoricaine, reproduire, dans tous ses détails, Torganisatidii (c intime des municipalités bretonnes, pour donner une idée exacte « de la prodigieuse activité que les guerres de la Ligue imprimèrent « à nos communautés de ville. Délivrés de la tutelle du pouvoir « judiciaire, les bourgeois se livrèrent tout entiers à la vie politique. « Les registres municipaux de Saint-Malo, de Morlaix, de Saint- « Brieuc, de Kemper nous offrent des peintures pleines de vie^de ces « époques de guerres civiles. Les assemblées qui se succèdent de « jourenjour pour aviser à la défense de la ville et tuitionde ta « vraie religion, les attaques de nuit, les horribles tueries de quel- « ques brigands, les luttes entre les politiques et les catholiques tt ardents ; telles sont les scènes qui animent les moindres bourgades. « de la Bretagne. Chaque paroisse de ville a son assemblée, sa c( compagnie de milice, ses capitaines. Les réunions sont générales ; « tout le peuple y assiste.
« Là, des suspects sont tenus de venir rendre compte de leurs « actions et de leurs paroles; là, les femmes sont interrogées sur « mauvaises paroles dites par elles à ^encontre du sire de Caméf « gouverneur de ville et bon ligueur. Quelquefois, on voit les épées a briller au milieu des délibérations ; et c*est à grande peine si les « prêtres peuvent réussir à empêcher le sang de couler. Le sire de « Lescolouam faillit un jour être massacré, sur la place de Kemper, (c pour ne s'être point signé devant Timage du Cbrist. Ce même « gentilhomme sauvait la vie, peu de temps après, à un imprudent « bourgeois de Morlaix, lequel, en place du marché, avait osé dire « que les huguenots n'étaient pas si mauvaises gens qu'on croyait*.»
Dans la plupart de ces villes, en effet, longtemps même avant U réunion, nous trouvons des institutions municipales bien établies. Après le capitaine, plus tard gouverneur, nommé d'abord par le duc ou l'évêque, et ensuite par le roi, viennent un procureur on
1 D. Taillandier, p. 389.
2 A. de Courson, p. 367-368.
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syndic des boargeoîs, un mîsear, an contrôlenr des deniers communs, et des conseillers, dont le nombre varie de six à douze; la milice urbaine obéissait à un ofiBcier appelé connétable; les villes veillaient, sous rautorité des capitaines, à leur défense et aui réparations de leurs murs d*enceinte.
Je ferai remarquer, avec M. de la Borderie, que le& villes de Bretagne n'avaient point d'administration municipale indépendante avant le XV* siècle: les bourgeois n'avaient point conquis ou reçu de chartes de commune; ils étaient toujours gouvernés par leur seigneur ou par son représentant, le capitaine de la ville. Mais il n'en est pas moins certain que de bonne heure les habitants des villes interviennent dans les affaires de leurs cités, comme cela se passait dans beaucoup de parties de la France; que peu à peu les communautés de ville s'organisent, et s'habituent à veiller sur leurs intérêts, par les soins de leurs miseurs, procureurs, etc. : c'est généralement dans l'église paroissiale on dans une chapelle, en dépendant, qu*a lien la réunion du consal des bourgeois^. Au xv* siècle, ces communautés, plus puissantes, deviennent de véritables municipalités ; au XVI*, après la réunion, les rois de France régularisent, en les complétant, ces institutions bourgeoises : ils espéraient, par des privilèges honorables, gagner les cœurs et s'attacher la bourgeoisie ; c'était aussi le résultat de cet esprit libéral que l'on rencontre presque toujours dans la savante législation des Valois, ceuvre remarquable des grands jurisconsultes, qui démolissaient pièce à pièce l'édifice du moyen- âge 3.
Les charges municipales sont alors souvent exercées par des nobles ou des membres du clergé : les villes ont leurs impôts particuliers pour les dépenses intérieures.
4 Bulletin arch, de l'Jssoc. Bretonne, t, IV, 1853, p. 205, 243.
Gependaot, il ne faudrait pas, comme on la fait plus d'une ibis, parer de couleurs trop poétiques ces conseils bourgeois; car il serait facile de prouver, par de nombreuses citations, que de cupides rivalités troublaient souventi^es assemblées, et que Fon allait trop souvent au cabaret débattre les comptes et les intérêts du jour : les présents de vins, de confitures, de pains de ancre, pour mener k bonne fin les procès, les collations, les déjeuners, etc. , se trouvent encore mentionnés dans les registres des principales villes : aussi comptait-on alors 165 cabarets à Morlaix.
2 Voir une notice de M. de Blois dans le Bulletin arch, de l'Association Bretonne, t. III, p. 454.