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Morlaix, Tune des plus importantes places de commerce du duché, avec Nantes et Saint-Malo, était aussi Tune des plus privilégiées. Dès 1545, les habitants réclamaient, avec la conservation de leurs privilèges commerciaux, qui étaient fort considérables, rétablissement de juges consulaires et d*ofBciers municipaux. En 1562, des lettres patentes de Charles IX accordaient à la ville un maire, deux échevins et douze jurats^ Les membres de la municipalité étaient, à ce qu'il paraît, choisis parmi les négociants en gros : le maire devait siéger aux Ëtats, Tépée au côté, comme plus tard ceux de Nantes, Rennes, Brest, Saint-Malo. En 1566, Charles IX créait à Morlaix un tribunal de commerce, une juridiction consulaire, par un édit dont les termes sont remarquables, et montrent Finfluence du génie de L'Hospital. Les négociants avaient le droit d'élire, en C assemblée de cinquante notables, à cet effet convoqués, trois marchands, faisant partie de ladite assemblée, pourvu qu'ils fussent bretons et habitants de Morlaix. Le premier 8*appelait juge, et les deux autres consuls ; ils décidaient des affaires commerciales jusqu'à la somme de 500 livres. On leur adjoignait, pour les aider dans leurs écritures, deux assesseurs, pris parmi les jeunes gens les plus capables de la ville : c^est en considération, disent les lettres du roi, que cette, ville est pays limitrophe du côté d'Angleterre et d'Espagne, en lesquelles Icutite ville commerce de marchandises plus que nulle autre ville dudU

Mais le privilège le plus remarquable de Morlaix, c'était celui de garder le château qui défendait la ville. Les habitants, pillés par les Anglais en 1522 et en 1541, avaient constitué leurs milices sur un pied formidable. Les gentilshommes pauvres, les cadets de famille, la recrutaient; les paysans des campagnes voisines étaient également armés, et des corps de garde étaient établis jusqu'à rentrée de la rivière. Mais les bourgeois n'étaient pas encore rassurés ; ils s'adressèrent au duc d'Ëtampes, gouverneur de la province, et, par son intermédiaire, obtinrent du roi la permission d'élever une forteresse sur un rocher qui défendait l'arrivée de la ville'. Us se cotisèreot,

1 Archives municipales de Nantes. — Arch. de Morlaix.

2 Jetés de Bret., t. III, col. 1351-53.

3 En 1544, sur la convocation du seigneur de Coêtinisan, lieutenant du duc d'Etampes, dans le pays de Tréguier, les principaux bourgeois se réunissent pour nommer un capitaine chargé de défendre le château qu'ils faisaient alors construire. Jetés de Bret., t. III, col. 1055.

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suivant leurs moyens, et, avec Taide du dauphin duc de Bretagne, ils purent Fachever en 1552; c*est le château du Taureau. Usant du droit, peut-être unique dans Thistoire, que leur avait accordé François I*', de nommer, choisir et appointer à volonté le commandant et la garnison, les notables commencèrent dès lors à se réunir sous le parvis de Notre-Dame-du-Mur, pour procéder à Télection. L^éln devait, en recevant répée des mains du maire, prêter serment au pied de Tautel, d'abord aux habitants, ensuite au commandant de la ville, qui représentait TËtat ; et il jurait de ne prendre aucun soldat sans la volonté de la bourgeoisie. Peu après Tachèvement du fort, la communauté décida que chaque maire serait, après une année d*exercice de sa charge, placé comme commandant du château pendant un an. Les bourgeois étaient désormais en sûreté ; aussi, déclaraient-ils qu'ils n'étaient astreints qu'à des gardes volontaires, et quand l'ennemi était menaçant. Ces privilèges singuliers devaient durer jusqu'en 1660 ; Louis XIY les abolit. Les habitants de Horlaix, coomie ceux de Saint-Malo et de la plupart des villes privilégiées, sont jaloux de leurs avantages et peu disposés à les partager: ils désirent que nul étranger ne puisse faire le commerce dans la ville, à leur préjudice; ils se plaignent que, contrairement à leurs franchises, il leur soit permis de faire acheter par des habitants et hors des marchés, des toiles qu'ils embarquent ensuite sans droit ni debvoir, à Roscoff ou à Paimpol ; ils accusent les Anglais de payer en monnaies de mauvais aloi, et d'emporter le bon argent du pays^.

Cependant, malgré tous ces avantages, les habitants étaient sans cesse en lutte avec les représentants du pouvoir royal; sans cesse des contestations s'élevaient entre la mairie, le tribunal consulaire et les juges ou gouverneurs royaux. Ainsi, en 1568, lorsque Morlaix fut érigé en gouvernement en faveur de Troîlus de Mesgoiîez. marquis de la Roche, homme avide, rapace, et qu'on accusait de protestantisme^, il fallut lutter contre ses exactions et ses arrêts illégaux : il n'est sorte de vexations qu'il ne fit endurer à la ville, pour augmenter ses revenus ; il voulait surtout s'emparer du châ-

1 A. de CoorsoD, p. 370-371. — Pièces justificatives, p. 608-516. — Dictionnaire de Bretagne, art. Morlaix, nouv. édition. — F. Gouin, Annuaire de Brest, 1838. — Bulletin archéologique de C Association Bretonne, t. El, p. 30.

2 Depuis longtemps, Catherine de Médicis aimait et protégeait spécialement de Mesgoiiez.

teav: on phida avec opiniâtreté devant le pariement; mais, ponr se débarrasser de ses prétentions, la conmnmanté dut lui payer comptant 2,500 livres. Aussi, â Fépoqae de la Ligue, les habitants se déclarèrent contre Henri lY; mais Duplessis-Kerangoff, alors commandant du château, refusa de le rendre aux marchands, et le garda, an nom du roi, même après les troubles, malgré les habitants. Il se servit de cette bonne position pour tourmenter impitoyablement le commerce de Morlaix, et se conduire en vrai pirate. H bloquait la rade« faisait main basse sur les navires, enlevait les notables dii pa3rs et les rançonnait. Il finit, après dix ans d*excès, par vendre sa retraite à prix d*argent. Les royalistes le laissaient faire ; mais ]e ne crois pas facilement que Henri lY lui ait écrit une lettre, contenant ces paroles: « Plumez, plumez la poule, sans la faire crier. » .

Pendant la Ligue, une assemblée, dite de la Sainte-Union et composée de cinquante-six personnes, gouverne Morlaix et le pays voisin : elle est dirigée par un ferVént ligueur, 1* archidiacre de Pioagastel, et tient ses séances dans la grande salle du couvent des Jacobins. Toutes les paroisses des environs, Plourin, Plougasnoo, Ploujean, Plouézoch, Lanmeur, Plonégat, etc., doivent fournir un certain nombre d* arquebusiers, sons la conduite de leurs capitaines : ceux qui refusent obéissance sont punis sévèrement; les suspects sont dénoncés ; les gentilshommes et bourgeois sont forcés de jur«r rUnion, de signer sur le registre et de donner caution en argent. François de Camé, seigneur de Bosampoul, doit être nommé, par Hercœur, gouverneur de la ville de Morlaix^.

Quimper, capitale de la Basse-Bretagne, siège de Févéché de Coniouailles, présidial, avait aussi depuis longtemps de nombreux et importants privilèges. Dès le xiv* siècle, la ville a un capitaine et une assemblée communale; Jean de Montfort adresse ses lettres (1343) Capitaneo et commimitati de Kimper; probis hominibus et communitati, etc. An moyen-âge, Tévéque avait exercé une puissance considérable, qui semble de plus en plus contestée par les bourgeois, à mesure que Ton avance vers le xvP siècle. Us ne formaient d'abord qu'une espèce de comité consultatif sous sa direction ; dès la fin du xv* siècle, ils sont presque indépendants et de rautorité épiscopale, et de l'influencé nobiliaire. Ils plaident contre le chapitre,

1 M. GouÎD, d'après un registre conservé aux archives de Morlaix.

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ponr le droit de faire sonner la cloche communale; d^administrer la maison des lépreux; de nommer le chapelain de Notre-Dame-du- Guéodet, qu'ils regardaient comme Féglise de la commune, enfin pour la libre disposition des impôts. Quatre anciens maires prennent la place des quatre seigneurs, qui depuis longues années avaient le privilège de porter la chaire de Févôque, lors de son installation. L*évéque ne possède plus véritablement que quelques droits utiles et hottorifiqaes. En même temps, la joridiction royale fait chaque jo ur de nouveaux progrès; l'établissement d'un siège présidial sous Henri II enlève au tribunal de l'évoque presque toutes ses attributions^. Au xvr siècle, sous le gouvernement des rois, la puissance communale grandit encore. Le chef de la commune de Quimper s'appelait procureur ou syndic ; il était élu pour deux ans par le conseil des notables, qui choisissaient aussi le député de la ville aux États 3. A côté des garnisons royales, nous trouvons des milices bourgeoises, bien exercées au tir de l'arquebuse, avec leurs canons et leurs munitions; à Quimper, il y a de plus des gabares armées, destinées à protéger la navigation du port. Aussi, quand le maréchal d'Aumont venait pendant la Ligue assiéger la ville, il éprouvait une résistance inattendue. « Vous m'aviez dit, s'écriait-il, en s' adressant « à Lezonnetf qu'il n'y avait dans la ville cpie des habitants : vive « Dieu, vous êtes un affronteur, et si vous me fâchez, je vous fera! « un mauvais tour. Lezonnet répondait : Monseigiieur, sur ma vie « et mon honneur, il n'y en a pas d'autres; le maréchal répliqua: « Vertubleu, ce sont gens de guerre que ces habitants >. »

Nous avons déjà dit comment Quimper se sépara du parti royaliste, dès la fin du mois de septembre 1589. Le sénéchal, Jacques du Laurent, avait voulu, mais en vain, faire reconnaître Henri lY; les habitants, encouragés par les cordeiiers en armes^ avaient entouré l'auditoire, et contraint le sénéchal et plusieurs de son parti à s'enfuir à Bennes ou à Brest. Depuis cette époque, Quimper cherche avant toute chose à se préserver des désastres de la guerre par ses

1 Aymar de Blois, Notice sur Quimper^ Annuaire du Finistère, année 1847. — M. dç laBorderie vient de publier deux pièces curieuses, concernant les délibérations des habitants de Quimper pour la reddition de leur ville à J. de Montfort, en 1364.

2 D. Taillandier, p. 380.

3 De Pire, t. II, p. 67, 68. — Moreau, p. 212.

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