‹ La ligue et Henri IVChapitre 10 sur 50 · II · texte numérisé non relu

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lui pas nu-content; ce n'était point contre le catliolicisme qu'était dirigé son coup d'état ; ce n'était même pas contre l'union et la ligue. C'était une manière de se substituer au duc de Guise dans le gouvernement de l'union, une attaque personnelle contre la maison de Lorraine pour se faire chef dirigeant d'un grand parti. Il se trompa dans ses calculs; mais sa pensée était politique.

CHAPITUE III.

DÉVELOPrEMKNT DE L'uNION MLNICIPALK.

Nouvelle (le la inoi't du duc de Guise à Paris. — Mesures municipales.— Circulaire aux villes. — Elections. — Conseil de l'union. — Magish-ats.

— Conseil des seize quarlcniers. — Prédicateurs. — Déch<''ance de Henri III. — Gonvcrnciiicnt municipal. — Rajijiorts rxii'ricurs. — Mouvement provincial. — Alliance de Henri III et de Henri de Béarn.

— Mort de Catherine dcMédicis. — Situation de Paris. — Assassinat de Henri 111. — Joie populaire. — Correspondance de la ligue avec l'Espagne. — Les deux rois de France, Henri de Navarre et Charles X. — Opérations militaires. — Arques.— Ivri.

La nouvelle du coup d'état de Blois, de la cruelle exécution du duc et du cardinal de Guise, arriva au bureau miinicipai de Paris comme à vol d'oiseau « par un nommé Verdureau , (jid cscliappa avant qu'on fermast les portes de la ville de Blois ; et depuis a tant couru qu'arriva ledict jour sur les sept à huit heures du soir \ » Non seulement le noble chef de l'o-

1 « Journal des chose? advenues h Paris depui»: le 23 décembre 1588, jusqu'au dernier a\ril Ifj'iO. «

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pinion catholique, le vainqueurdes reîtres, et son frère le siiint, le martyr, le cardinal avaient été lâchement dagues à coups de pertuisane, mais le bon prévôt de Paris, les échevins députés aux états étaient captifs, gardés es prisons royales. Le messager porteur de cette triste nouvelle était vêtu de noir; il allait parcourant les rues, criant d'une voix lugubre : « Messersles bourgeois et manants, nous n'avons plus nostre sainct et brave protecteur Henry de Guise et monseigneur le cardinal, son illustre frère. » A minuit, les échevins assemblés au bureau de la ville se hâtèrent d'écrire à la famille de Guise, pour lui comrauniquorle funèbre message. Ils disaient au duc de Lorraine : « Monseigneur, vous entendrez par la despesche de M. d'Aumale , le malheureux acte commis en la personne de monseigneur de Guise, ainsi que nous l'avons appris par deux courriers présentement arrivés. Cette nouvelle nous a resduits en telle perplexité et aflliction que nous ne vous en pouvons rien représenter. Ce 2-4'' décembre, à minuit, J 588. »

Paris se hâtait également d'annoncer la falale exécution à toutes les villes municipales : « Messieurs, nous venons préalablement de recevoir des plus misérables nouvelles. Deux courriers, venant de Blois, nous ont assuré que traistreusement l'on a tué monseigneur de Guise, et pris plusieurs autres prisonniers ; pensez là-dessus à la conséquence, et quel dessein l'on peut avoir sur nostre religion et sur tous les catholiques. » Jamais nouvelle n'avait eu un retentissement plus soudain, plus universel : le peuple des halles et des métiers, cette multitude qui s'était levée tout entière le jour des barricades se réunit tumultueusement en armes. C'était le 24 décembre, la veille de Noël, dans cette nuit de prières à la crèche des pastoureaux, devant la Vierge et l'enfant Jésus, pieuses traditions du moyen âge, temps où la voix des anges du ciel calmait les passions brutales, consolait les soulfrances par les grandes promesses d'éternité. La ville, profondément émue, ordonna des services de deuil : «Monsieur le président d'Assy, plaise vous trouver demain, sept heures du matin, en

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l'iioslcl de ceslc ville puiir nous accouipugner à aller inviter messieurs de la cour du parlement el autres compagnies de cette ville, se trouver au service et prières publiques qui se feront en l'église Nostre-Dame de Paris, dimanche de relevée et lundi matin , pour le remède des àmés- de feu MM. les cardinal et duc de Guise , vous priant de n'y vouloir faillir. Priez tous MM. les capitaines, lieutenants, enseignes, et deux notables bourgeois de vostre quartier de eux trouver avec vous en deuil, si faire se peut, sinon en habit noir, et n'y faictes faute. » On se rendait en foule aux sermons en sa paroisse ; et là le docteur Lincestre, si puissant sur la multitude, déclara le premier « que le vilain Ilérodes , c'est-à-dire Henry de Valois , n'estoit plus leur roy, eu égard aux parjures, desloyautés et tueries commises envers les catholiques. » Ce fut le premier mot de la déchéance populaire prononcée par les halles contre Henri, car en sortant le peuple « arracha de furie les armoiries du roy qui estoient au portail de l'église entre les festons de lierre, les brisa, jetta dans le ruisseau et foula aux pieds '. » On n'entendait dans les rues que plaintes et douleurs sur l'horrible assassinat de MM. les duc et cardinal de Guise. Mille estampes représentant le martyre des deux chefs de la maison de Lorraine étaient distribuées dans la foule; on y voyait : « Les efiîgies de feu M. de Guise et M. le cardinal son frère , massacrés pour soutenir l'église catholique et la loi de nostre sauveur J.-C. ; lombeau sur le trépas et assassinat commis aux personnes de messeigneurs de Guise (jui sont morts pour J.-G. et le public, et vivront à jamais. <» Ensuite d'autres gravures représentaient « les corps des grands princes de Guise estendus dans une salle du chasteau de Blois, percés et dagues de mille coups, ayant chacun un crucihx en la main ; et la démonstration comme Henry de Valois, ce perfide politique, masqué d'une vie saincte, ayant communié et disné avec lesdicts princes, les faict tost après

1 JutiriHil de Henri 111, luni. il, pay. 177. , -

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luer et massacrer.» Des images, enluminées de rouge, démontraient « comme Henry, le perfide, le détestable Valois, fait mettre en pièces les corps sanglants des deux princes martyrs; puis les faict jetter au feu pour les consumer en cendres ; comme les deux princes estant morts sont rais tout nuds sur une table, meurtris de divers coups, et comme Henry de Valois repaissoit ses yeux de ce spectacle ; et le martyre cruel du rcvérendissime cardinal, sous Finhumain tyran qui sautela d'allégresse et de plaisir en apprenant l'exécution , et crioit bien fort : Je suis seul roi de France; je vais remettre sus l'a thée, le libertin, le sorcier, le voleur, et tous les diables. »

Il n'était pas un sermon, pas une de ces harangues qui parlaient aux masses, dans laquelle il ne fût question des princes de Lorraine. Madame de Nemours, la mère du duc de Guise, assistaitaux sermons du petit feuillant ; le prédicateur, se tournant vei's elle, s'écria dans son invocation : « 0 sainct et glorieux martyr de Dieu, bénit est le ventre qui t'a porté et les mamelles qui t'ont allaité ! » Et le docteur Lincestre, au milieu de l'église Saint-Bar Ihélemi, «exigea de tous les assistants le serment, en leur faisant lever la main, d'employer jusqu'à la dernière goutte de leur sang et jusqu'au dernier denier de leur bourse, pour venger la mort des deux princes lorrains, massacrés par le tyran dans le chasteau de Blois à la face des estais. » H imposa un serment particulier au premier président de Harlay, qui, assis devant lui dans Toeuvre, avait écouté sa prédication, l'interpellant par deux fois en ces termes : « Levez la main, monsieur le président, levez-la haut, encore plus haut, afin que le peuple le voie. » El ce peuple vivement ému continuait à briser tous les signes de la royauté, toutes les marques de son antique sujétion aux Valois, tandis que les crieurs des villes faisaient retentir les rues d'une multitude de lamentables histoires : « Portrait et description du massacre prodiloirement commis au cabinet et par l'autorité du roy, pendant les estais h Blois, en la personne do Henry de Lorraine, magnanime duc de Guise,

protecteur et déleiiseur de l'église catholique et du royaume de France. — Les cruautés sanguinaires exercées envers feu monseigneur le cardinal. — La vie et innocence des deux frères, contenant un ample discours par lequel on pourra aisément rembarrer ceux qui taschent d'esteindre leur renom. — Regrets et soupirs lamentables de la Franc{3 sur le trépas do très haut, très valeureux seigneur le duc de Guise. — Épitaphes des deux frères martyrs, par un gentilhomme angevin, avec des vers adressés à madame de Montpensier. »

Ces lamentations désordonnées n'amenaient aucune forme de gouvernement, ne préparaient pas l'avenir du mouvement populaire que les chefs cherchaient à régulariser. Pour bien comprendre la marche et la portée de la révolution municipale de Paris, il est essentiel de préciser les divers pouvoirs qui allaient s'y partager l'autorité. Dans l'ordre hiérarchique, le conseil municipal, le bureau de la ville, c'est-à-dire la réunion du prévôt et des éclievins de la cité, tenait l'administration publique, commandait aux compagnies bourgeoises, réglait les halles, réunissait les métiers. Tous les mandements pour la police et la bonne gestion émanaient du bureau de la Grève ; quelque soin qu'eût pris le peuple de choisir des magistrats dévoués aux idées catholiques, à la sainte ligue, comme ce conseil se composait de l)ons et notables bourgeois, il y avait dans son scindes hommes de propriété et de conservation, éléments d'un système régulier. A côté du gouvernement de la commune, il s'en était formé un autre dans un sens plus vif, plus prononcé. On a dit que Paris était distribué en seize quartiers, à la tète desquels se trouvait placé un quartenier élu du peuple, l'homme des métiers et des compagnies bourgeoises, souvent môme colonel de ces. compagnies. Ces seize (juarteniers formaient un conseil particulier, indépendant de l'hôtel-de-ville en la place de Grève, et dominant mémo ses résolutions, parce que derrière eux était le peuple en armes. Il y avait parmi ces seize quarteniers des orateurs énergiques. Le plus puissant d'entre eux était Senault, simple av/)-

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rai de Paris ; il parlait avec facilité : sorte de tribun de la vieille Rome, quand, au conseil, il se proposait quelque affaire qui lie lui plaisait pas, et qu'il voyait que d'un commun consentement elle était prête à passer, « se levant, il disoit tout haut : Messieurs, je l'empesche, et je m'y oppose pour 40 mille hommes; à laquelle voix tous baissoient la teste comme cannes, et ne disoient plus mot.» En seconde ligne de talents, et avec une influence moins grande, on comptait encore le commissaire Louchart et Esmonnot, procureur au parlement, favoris des halles capricieuses. L'homme d'action et d'épée parmi eux était Jean Leclerc , aussi procureur en la cour de parlement, qui, depuis son élection au titre de capitaine de son quartier, s'était adonné au tir de l'arquebuse et aux jeux de dague; c'était Leclerc qu'on chargeait de toutes les opérations actives de la commune. A la tète de la bonne garde bourgeoise, il gouvernait la Bastille Saint-Antoine, taisait le guet de nuit, arrêtait les politiques tièdes ou traîtres, et messire Leclerc était plus connu aux halles de Paris que le roi de France même. Pour bien préciser la différence entre ces deux conseils, on pouvait dire que l'hôtel-de-ville représentait la bourgeoisie catholique ligueuse, mais amie de l'ordre et d'une administration régulière; tandis que le conseil des seize représentait les métiers, les confréries, tout le peuple des rues'. C'étaient là les autorités municipales. Sous un titre plus général et se rapprochant davantage de la royauté, se trouvait le parlement avec ses grand'chambres et ses présidences. Ce parlement devait jouer un rôle actif, parce que son autorité était antique dans l'opinion des peuples, et qu'elle s'étendait au dehors des murs de Paris. La ligue, en l'état du parlement tel qu'il était composé et sans modifications, ne pouvait compter sur son appui; on y avait trop de dévouement pour le roi : ne savait-on pas qu'il y avait des présidents, des conseillers qui

1 On peut comparer cette organisation à celle de la commune et du département à la première époque de la révolution française.

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ùtaieiil en rapport avec Henri III, le tyran déchu, et qui trahissaient la ville et la sainte-union elle-même? il fallait un coup de force : on verra que le peuple de Paris l'essaya. Les autres cours souveraines avaient moins d'importance, et la ligue mettait moins d'intérêt à les acquérir; ces cours se montraient d'ailleurs dévouées. La Sorbonne, la grande autorité ecclésiastique, était pour les principes du gouvei'nement catholique ce que le parlement était pour les principes judiciaires et l'action administrative. On pouvait compter sur ce grand corps, car les curés de Paris s'étaient prononcés : en toutes les églises, aux paroisses, il existait des prédicateurs qui correspondaient avec elle, formulaient ses principes dans la chaire, en face du peuple. La Sorbonne était en plein rapport d'opinion avec le conseil des seize. Il y avait parité de sentiments et d'enthousiasme. . Le caractère de tous ces pouvoirs était surtout municipal; ils ne s'étendaient pas en dehors de la cité; les autres villes avaient de la déférence pour Paris, mais elles ne reconnaissaient son conseil que comme un membre de la confédération. H fallait une autorité supérieure, une forme de gouvernement provisoire, avec des pouvoirs sur l'ensemble de la ligue. Le conseil de l'union catholique, qui jusqu'alors n'avait existé que d'une manière occulte et instantanée, se déclara publiquement en permanence; il prit la direction dcsatlaircs, car le peuple demandait à grands cris la déchéance de Henri III, et voulait qu'il ne fût plus question du tyran , ni dans les prières publiques, ni dans les formules parlementaires. L'union sainte créait donc ainsi une espèce d'administration politique, en attendant une mesure déliuitive, après la déchéance royale régulièrement prononcée. «Du jeudi, IG" jour de février I08I). — En assemblée générale ledict jour, faite en la grande salle de l'hostel-de-ville de Paris, en laquelle assistaient messeigneurs les ducs de Mayenne, de Nemours, d'Aumale et comte de Chaligny, se sont réunis messieurs les esclievins, conseillers de ladicte ville, députés des cours souveraines, corps, collèges, chapitres, comnmnaulés. (luarteniers el quatre no-

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Lies bourgeois eslus par le conseil de chuscuii quarlier de ladicte ville, pour adviser à l'establissement d'un conseil général de l'union, destiné à la conservation de la religion catholique et de toutes les bonnes villes. Monseigneur le duc de Mayenne, président en ladicte assemijlée, a remonstré qu'il avoit esté dressé un l'ôle contenant les noms de ceux que Ton desiroit et jugeoit estre plus propres pour tenir ledict conseil, lequel rôle lui avoit esté délivré. Au mesme instant il en a esté laict lecture à l'assemblée ; après laquelle lecture a esté advisé que ledict rôle sera envoyé aux conseils establis en chacun des seize quartiers municipaux, pour voir et donner advis de ceux que l'on voudroit retenir dans ledict conseil. » Cette liste fut arrêtée, en elfet, le lendemain, et le peuple conllrma officiellement le conseil secret, tel qu'il existait depuis deux ans ; il n'y eut aucun changement, car Paris avait foi en les délégués de l'église et de l'état.

Le premier acte administratif de ce gouvernement provisoire fut de déléguer le commandement de Paris, l'action militaire, à un des représentants de la maison de Guise ; M. d'Aumale reçut ce témoignage de confiance. Comme gage au parti populaire, il confia lui-même la BastUle à un des seize quarteniers, à Leclerc, Thomme des halles et des métiers. Successivement, le conseil de Tuiiion prit des mesures d'ordre et d'organisation politique. « De par le conseil général de ruiiion des catholiques establi en cette ville de Paris, attendant l'assemblée des estats généraux du royaume, — défenses sont faictes à toutes personnes, de quelque estât, qualité et condition qu'elles soient , d'entrer de leur auctorité en aucune maison des bourgeois ou autre, soit en celte ville ou dehors, pour y visiter, loger ou prendre meubles et autres prises, ni pareillement saisir aucun prisonnier du parti contraire à l'union, ni mettre garnison es maisons sans mandement et ordonnance dudict conseil ou des eschevins de ladicte ville, signé de trois d'entre eux, sur peine de la vie, et tous ceux qui auront esté visités, auxquels on aura mis garnison, logé, pris

mculjles, poiiiTont venir librement et seuremcnt lain; leurs plaintes, s'ils en ont, par devant ledict conseil, pour y estre pourvu ainsi que de raison, Sa*" février io89 '. »

En même temps des lettres circulaires exhortaient toutes les villes à demeurer dans de communs sentiments avec les bourgeois catholiques de la cité de Paris : « Messieurs , nous sommes advertis que depuis les massacres et autres malheurs arrivés à Blois, plusieurs mal affectionnés à la religion et ne s'en servant que comme de masque pour tromper les catholiques, vont de villes en autres, semant de faux bruits, déguisant la vérité de cette histoire tragique ; ils veulent persuader que le feu duc de Guise avoit quelque sinistre entreprise sur In roy. C'est un maigre prétexte pour colorer lesdicts assassinats, de dire que M. de Guise avoit une entreprise. Ses comportements ont assez descouvert son intention. Messieurs, c'est chose horrible à penser que la saincte communion ait servi de masque à l'entreprise de telles cruautés, et que les corps ainsi inhumainement meurtris aient esté escartelés et bruslés pour les priver de sépulture. Unissons-nous donc plus que jamais et nous gardons de surprise et de garnisons; et, nous aidant l'un à l'autre, conservons nostre foy et nostre religion. Dieu nous y veuille tous bien résoudre, encourager et assister. » Le bureau municipal de Paris ne resta point en arrière ; il s'associa hardiment à l'union. Et comment en eût-il été autrement, lorsque son ancien i)révôtVersoris, ayant entendu la nouvelle de la mort des deux princes de Guise, en fut si fort ému qu'il en ifiourutle lendemain de Noël?« Il étoit tellement ligueur et amateur du duc de Guise qu'il voulut embrasser son portraict avant que de mourir, l'appelant bon prince; et, ayant pris celui du roy, l'appela tyran, le rompit et mit en pièces. » Les actes de la municipalité de Paris portaient tous à des mesures d'ordre et de bonne police urbaine : « M. le président de Blanc-Mcsnil, colonel; nous vous prions faire et faire faire par

1 Regist. de l'hôtd-clc-viUc, lom. xu. fol. 296.

les atilres capitaines de vosli'c quartier bonne et exacte recherche présentement par toutes les maisons, hostelleries, chambres garnies et autres lieux de tous les soldats et autres personnes qui s'y trouveront sans adveu, et de ce nous l'aictcs envoyer incontinent vostre procès-verbal. » — « Il est enjoinct à tous les bourgeois, manants et habitants de la ville, eux aller en personne aux guets, gardes des portes qui se font en icellc de jour et de nuict, et desfense à eux de désemparer la ville sur peine et confiscation de corps et de bien, auxquels bourgeois et habitants est aussi enjoinct de faire venir en ladicte ville, en toute diligence, le plus de grains, vivres et provisions qu'il leur sera possible, pour la fourniture et provision desdicts bourgeois, habitants et autres. » — « Monsieur le président d'Hameau, colonel; faictes desfense à tous armuriers, quincailliers et autres qui font trafic d'armes en vostre quartier, d'en vendre aucune à quelle personne que ce soit sans exprès congé de monseigneur le duc d'Aumale ou de nous, sous peine de 200 escus d'amende et de confiscation desdictes armes. » — « En l'assemblée générale cejourd'huy laicte en la grande salle de l'hostel de ville, M. Rolland, nostre premier eschevin, a amplement fait entendre que pour éviter aux tumultes qui pourroient advenir par le menu peuple, lequel demeurant oiseux et en nécessité, pourroit s'esmouvoir et se mutiner; il estoit fortement nécessaire de voler quelque médiocre somme de deniers pour subvenir aux plus nécessiteux tant que la misère durera; partie sera distribuée au menu peuple et partie dans des ateliers et aux ouvriers pour fortification et réparation de la ville. Le fait mis en délibération a esté advisé ; attendu la nécessité présente, l'on doit faire une levée générale sur tous les bourgeois, manans et habitans de la ville, lesquels seront excités à contribuer gracieusement et sans contraincte pour une si juste et sainte cause, et les quêtes seront laictes par les curés et quatre bourgeois. »

Le bureau municipil de Paris, moins avancé dans la sédition que les seize, les orateurs populaires et les halles ,vip

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voulait pas rompre absolumonl avec le roi, auquel il .^vait ('-crit dans des termes de soumission, pour réclamer son prévôt et ses échevins retenus à Blois :« Sire, les habitans de vostre ville de Paris s'estant assemblés en très grande et notable compagnie, tant du corps de ladicte ville , des principaux de vostre parlement, chambre des comptes et autres bons bourgeois d'icelle, ont desputé le sieur président Lemaistre * pour i-eprésenter à vostre majesté les très humbles requestes et supplications dont ils ont esté chargés de ladicte assemblée. Et pour l'assurance qu'ils ont qu'il plaira à vostre majesté les entendre bénignement et favorablement, ne ferons la présente plus longue, sinon pour supplier notre Créateur, Sire, vous donner longue et heureuse vie. 28 décembre 1588. »

Le parlement partageait en majorité ces opinions d'arrang(?ment et de modération ; il apercevait les périls d'une rébellion ouverte ; il y avait mille chances de revers; et alors ([ue deviendrait Paris dans la révolte? Le conseil des seize (juarteniers, colonels, prédicateurs de paroisses, n'était pas aussi calme; le peuple avait déclaré à haute voix la déchéance de Henri de Valois; celte voix puissante devait être entendue; plus d'arrangement avec Henri, le persécuteur des martyrs ; mais pour cela, il fallait être maître du parlement , autorité civile et judiciaire, et de la Sorbonne, pour la question Ihéologique et morale, laquelle consistait à savoir si le serment de fidélité à Henri de Valois serait brisé, parce qu'il était hérétique et assassin. Et comment couper court à toutes les négociations, à toutes les intrigues, à ces menées des calhohques à double opinion et à double con-

' On lit dans le Journal de la ligue ; « Messieurs de la ville déléguèrent vers ce maudit tyran de roy plusieurs personnes , entre autres M. Lemaistre, président en la cour, lequel se mit en bon estât, et fil son testaniuiU avant (jue partir, afin rpie si ce. tyran le vouloit faire mourir, qu'il fust on hon estât. » — Journal des clioscs advenues à Paris depuis le 2.5 déc( mhre 1688, de.

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science? Dans le parlement, tel qu'il (''lait cnmpnsr, la violence était, dillieile : ne l;illail-il pas [)arij;ei' ce paiiemenl de ces hommes qui sous rriam trahissaient la ville? Le conseil populaire prit un parti décisif. « Le lundy 16 janvier loSl), Jean Leclerc, naguères procureur en la cour de parlement, lors capitaine de son quartier et gouverneur de la Bastille de Paris, accompagné de vingt-cinq ou trente autres, armés de cuirasses, ayant le pistolet à la main, estant les chambres assemblées, dit haut et clair : « Vous tels et tels, qu'il nomma, suivez-moi, venez en l'hostel de ville, oîi l'on a quelque chose à vous dire.» Lors le premier président et les présidons Potier et De Thou s'acheminèrent pour le suivre ;. et après eux marchoient volontairement cinquante ou soixante conseillers de toutes les chambres du parlement, mesme des requestes du Palais qui ne se trouvèrent point sur la liste, disant qu'ils ne pouvoient moins faire que de suivre leurs capitaines. Marchant le premier, il les mena sur les dix heures du matin par le Pont-au-Ghange, comme en triomphe, jusqu'en la place de Grève, où, voulant s'arrester pour entrer en l'hostel de ville, suivant la proposition de M" Jehan Leclerc, en furent empeschés, et par luy contraincts de marcher outre et menés à la Bastille Sainct-Antoine, tout au travers des rues pleines de peuple, qui espandu par icelles, les armes au poing, et les boutiques fermées pour les voir, les lardoit de mille brocards et villenies. Il en alla encore ce jour prendre quelques-uns en leurs maisons qui ne s'estoient point trouvés à la cour, et mesme de la cour des aydes, chambres des comptes et autres compagnies, dont il y en eut quelques-uns serrés en la Conciergerie et aux autres prisons de la ville; mais les uns furent eslargis dès l'après-disnée , d'autres les jours ensuivans, parce qu'ils n'estoient pas sur la liste de Jehan Leclerc, ou estoient estimés estre des zélés catholiques. » Il y avait, dans cette mesure prise contre les magistrats, une nécessité impérieuse ; toute transaction étant alors impossible, n'était-il pas naturel qu'on débarrassât les grands corps judiciaires et

politiques do l'état dos hommes de transactions? no fallait-il pas leur imprimer une forte et nouvelle impulsion catholique, afin de les jeter corps et biens dans la ligue ? Le parlement, épuré par ce coup d'état populaire tout entier dans les mains des seize quarteniers, se réunit sous la présidence du sieur Brisson, alors lié à la bourgeoisie, tète sans courage politique, vivant de concessions et de protestations, « qui, bien qu'il fust des plus suspects, par quelque poictevine ruse et promesse aux Seize, qui disoient tout haut qu'il leur avoit promis d'estre homme de bien, se garantit -de la prison, et de l'aict exerçant Testât de premier président, demeura tousjours depuis en la cour. Le jeudy 19, la cour assemblée ordonna par arrest qu'elle se joindroit au corps de la ville de Paris, pour luy adhérer et assister en toute chose, mesme contribuer aux frais de la guerre, résolue pour le bien public. Le samedy 21, fut nommé parla cour et par Senault, greffier en icelle, M. Mole, conseiller en la cour, pour exercer Testât de procureur général qu'il accepta enlui, à son grand regret et à son corps desfendant, estant vaincu de la voix et multitude du peuple eschauffé qui crioit : Mole! Mole! et aussi de la crainte de mort ou, prison, où il s'asseuroit bien de rentrer au cas qu'il refusast. »

Le parlement ainsi organisé dans les intérêts du mouvement municipal, put sanctionner la question de déchéance qui étiiit alors agitée à laSorbonne, parsuite d'une requête du prévôt des marchands et échevins de la ville. «Vous remonstrent humblement les bons bourgeois, manants et habitants de la ville de Paris, que plusieurs dosdicts habitants et autres de ce royaume sont en peine et scrupule de conscience pour prendre résolution sur les préparatifs qui se font pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine de cesle ville de Paris, et tout Testât de ce royaume, à Tencontre des desseins cruellement exécutés à Blois et infraction de la foy publique, au préjudice de ladicte religion, de Tesdict d'union et do la naturçllo liberté de la convocaiion des estats ; f>uv

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quoi lesdicts suppliants désireioient avoir une saiiicle et véritable résolution. Ce considéré, il vous plaise promouvoir que MM. de la faculté de théologie soient assemblés pour deslibérer sur ces poincts, circonstances et dépendances, et s'il est permis de s'assembler, s'unir et contribuer contre le roy; et si nous sommes encore liés du serment que nous lui avons juré, pour sur ce, donner leur adviset résolution. » Les articles qui furent posés à la Sorbonne étaient ainsi conçus : « Si le peuple du royaume de France peut eslre deslié du serment de fidélité et obéissance preste à Henry III ; si en assurée conscience le mesme peuple peut estre armé et s'unir, lever argent et contribuer à la desfense de la religion catholique, apostolique et romaine en ce royaume, contre les conseils pleins de toute meschanceté et efforts dudict roy.» La savante agrégation catholique ne fit pas longtemps attendre sa réponse ; elle se prononça sur toutes les questions conformément aux opinions de la ville : « Le peuple de ce royaume est deslivré et deslié du serment de fidélité et obéissance preste au susdict roy Henry. Le mesme peuple peut licitement et en assurée conscience estre armé et uni, recueillir deniers et contribuer pour la desfense et conservation de l'église apostolique et romaine contre les conseils pleins de meschanceté dudict roy. "

Jamais rien de plus populaire que cette résolution de déchéance. La multitude avait effacé partout, comme pour témoigner de son affranchissement et de son émancipation politique, les armoiries royales ; la Sorbonne et l'évêque de Paris ordonnèrent que les formules de la messe ne contiendraient plus aucune prière pour le tyran déchu et exécrable qui avait violé la lui publique «au notoire préjudice de lasainctefoy catholique romaine et de l'assemblée des estats du royaume.»Des formules nouvelles remplacèrent la vieille et sublime prière de l'offertoire, et l'on lit plusieurs oraisons pour les princes catholiques : le peuple prosterné demandait à grands cris leur conservation au Dieu de miséricorde et de bonté. Ainsi tout se mettait en rapport avec la conslilulioii calhoKque , et à la suite de ces délibéra-

lions, la ville fit rédiger une instruction spéciale adressée aux prédicateurs, organes si puissants sur la multitude, « pour advertir et exhorter le peuple continuellement en leurs prédications et à toutes occasions, alin de le contenir en l'obéissance de leurs magistrats et supérieurs'en ceste ville de Paris, pour la gloire de Dieu et conservation de ladicte ville, le bien de la saincte union des catholiques. Plusieurs espions et mauvais garnemens se coulent finement parmi les troupes oiseuses du peuple assemblé devant l'hostel de la ville et y sèment certaines calomnies, faux bruicts et mauvaises nouvelles pour diviser le peuple : à quoi il n'y a meilleur ni plus gracieux moyen de remédier que par les prédicateurs et ministres de la parole de Dieu, lesquels sont priés de la part desdicts magistrats de remontrer au peuple en leurs prédications le crime exécrable et dangereux qu'il commet, en usant de calomnies et propos insolens contre ceux qu'il doit respecter. Que ceste mauvaise façon de faire n'est pas le moyen de remédier aux affaires, mais pluslost de les ruiner, et par nos désordres, fortilier nos ennemis et leur ouvrir le chemin à nostre servitude pour nous réduire sous leur puissance, beaucoup plus dure et insupportable que celle qui est à présent, laquelle est douce et gracieuse. Que dès le mois de janvier dernier, le roy s'est vanté que nous ne vivrions pas deux mois dans Paris sans nous couper la gorge les uns aux autres. C'est pourciuoy il faut que chascun se contienne en obéissance. Dieu respandiu ses bénédictions sur nous et nous deslivrera de l'hérésie et tyrannie qui nous menacent K »

Et comment les prédicateurs n'auraient-ils pas multiplié ces larmoyantes histoires, lorsqu'on savait que madanie de Guise, la veuve du martyr, écrivait au duc de Nevers une bien pitoyable épitre? « J'espère que Dieu aura pitié di! nioy et qu'il ne me deslaissera jamais en une si juste querelle ; mais qu'il suscitera tant de gens de bien pour se joindre à ceste cause, ([uo

' \\vj,\i[. ik rii6l(l-de-\illc, \ll, iul, ;j:J6 à ■âil.

bienlost je verray une bonne justice de l'assassinat meschant et malheureux commis sur celuy qui n'eut jamais dans Tàme que le service de Dieu et celuy de ce malheureux, cruel, tyran, inhumain, qui, pour me priver de mon mary, a perdu son âme, son honneur et renommée. Pardonnez-moy si je continue à vous importuner de mes plainctes ; je ne puis m'empescher de cela, car estant privée de ce que j'avois de plus cher, il ne me reste que la vengeance que j'ay si empreinte dans le cœur que je ne parle ni ne resve autre chose ; à quoy je vous invite, conjure et supplie de m'assisler, et en rescompense je vous offre et présente ma vie, mes pauvres enfants et tout ce qui est en nos puissances pour sacrifier à l'observance de vos commandements, que je tiendrai à jamais chers comme venant de vous, monsieur, que j'aime et honore autant que je rccognois y estre redevable, Continuez-moy donc, s'il vous plaist, vostre bonne grâce, et croyez ce porteur qui vous parlera plus particulièrement de ma part. Je me remets donc sur luy pour linir ma lettre, en vous baisant très humblement les mains. Vostre très obéissante sœur, Catherine de Glèves '.)>

Ainsi, pour bien résumer la situation de ce mouvement de la ligue, il y a d'abord manifestation d'opinion publi(iue, puissante, énergique contre Henri de Valois, opinion prononçant la déchéance de fait contre la royauté , et effiiçant ses armoiries. Puis, elle trouve une expression régulière dans le conseil municipal de Paris ; elle se feit violente et désordonnée parmi les quarteniers et dans la chaire. La déchéance est prononcée par la Sorbonne, autorité légitime dans l'organisation catholique. Les crimes imputés au roi, au tyran, sont la violation de la foi romaine (la constitution d'alors), le mépris des états-généraux (la représentation du pays). On efface les formules de la messe, comme aux époques politiques on modifie les formules royales; puis enfin s'établit un conseil d'u-

Biblioth. ro,\alc : « Mémoire du iii;iic du roj Henri 11! [icndaiil ia Iguu, « coi; 88G0, lui. 207. iM,-^. ..

90 L\ LUiLK

nion, une espèce de gouvernement, provisoire et populaire, en attendant un système régulier et délinilit", une élection de roi.

Si à Paris la triste nouvelle du martyre de MM. de Guise, reproduit partout en belles images, avait fait une sensation si, vive, si profonde, combien dut-elle être plus puissante encore dans ces cités sans cesse exposées aux attaques et aux insultes des huguenots? On a vu que le conseil d'union avait écrit maintes circulaires aux échevins, prévôts, maires, majein^s, jurais, pour leur annoncer l'organisation entière de la sainte ligue, et les inviter à se joindre à lui contre le tyran Heiui de Valois. La plupart des cités n'avait pas attendu celte invitation pour éclater ; en armes déjà, elles avaient déclaré leur liberté et leur entière adhésion à la foi catholique, au parti municipal qui en proclamait la grande suprématie. Partout le mouvement est marqué de ce double CiU'actèrc : appel aux vieilles franchises de la cité, aux anciennes formes d'échevinage, élection, maison comnunie, beil'roi, bannière des confréries et métiers ; et puis, esprit catholique, prédication libre et politique ; en un mot, gouvernement de la cité par la cité. Ce retour à la liberté municipale, à ces fédérations de ville à ville, se lit avec un ordre, un ensemble qui peut même étonner les perfectionnements de la civilisation moderne.

A Lyon, la nouvelle de Blois advint trois jours après, cl le conseil municipal se réunit sur-le-champ en une belle et grande assemblée ; il y fut exposé par le doyen des convScillers « que les bons et vrays catholiques de la ville avoicnt eu grande occasion de prendre les armes pour se garantir des entreprises malheureuses que faisoient sur eux les liéré1i(iues assistés des politiques et machiavélistes, lesquels avoient si souvent faict desmonstratioii de mauvaise volonté. Trouvant moyen d'empescher nos desvotions accoutumées , qui est de mettre le sainct-sacrement par les églises où le peuple va en desvotion et procession, sous prétexte qu'ils disoient que le roy en auroit jalousie et diroit que nous faisons prières poyr

ET HENUI IV. 91

les âmes de ces pauvres princes massacrés ; ils firent clorre la bouche aux pres(iicateurs,empeschant qu'ils ne dissent la vérité, et les vouloient forcer de soutenir que les massacres, cet acte si meschant et détestable, avoient esté bien et légitimement faicts. Ce qui fut l'occasion que la nuict le peuple se doutant de quelque surprise, se miten armes de soy-mesme et sans estre commandé. Et l'on descouvrit des arquebusiers de la ville qui s'alloient jetter dans les maisons des politiques pour leur faire assistance et main-forte. Il y avoit en la ville et dehors des personnes qui disoient tout haut qu'avant qu'il fust peu de jours l'on pendroit tant de ces eschevins mutins, qu'il n'y auroit pas du chanvre à demi pour faire des cordes. Brief, le party catholique est demeuré le supérieur. Les desseins de ces factionnaires conspirateurs se sont esvanouis comme la poussière au vent, et nos politiques sont demeurés saisis et mis en un lieu où Ton est assuré qu'ils ne nous peuvent plus nuire. » Quand donc cet exposé eût été bien fait et parachevé, tout d'une voix on délibéra l'union jurée et promise par les consuls, échevins , manants et habitants catholiques de tous les ordres et états de Lyon ; tous s'écrièrent : « Nous promettons à Dieu, sa glorieuse mère, anges, saincts et sainctes du Paradis , de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine; jurons de donner tout notre pouvoir et puissance à la conservation de ceste ville de Lyon , establissement d'un bon et asseuré repos à la descharge du pauvre peuple. Nous voulons entretenir de poinct en poinct l'esdict d'union publié ès-cours de parlement de ce royaume, juré solennellement par le roy en l'assemblée générale des estats, et depuis par lesdicts estats, et n'assister de nos personnes ni moyens ceux qui ont violé et faussé la foy promise auxdicts estats. » Ces résolutions, qui se passèrent en conseil de ville, il fallait les publier au dehors , et c'était là véritablement la sanction populaire ; le conseil n'hésita pas : « A esté ordonné que les articles qui ont esté dressés de l'union , seront imprimés et publiés, ensemble la forme du serment que doivent

92 LA LltJUE

faire tous les habitants de la ville de Lyon, et par ce, est enjoinct h Jehan Pillehotte, impnmeur de ladicte ville, de les imprimer. Faict au conseil tenu en l'hostel-de-ville, le lundi 2^ mars 1589, par ordre dudict conseil : Janthoxas. »

La grande ville de Lyon , qui commandait au passage du Rhône, cette puissante cité, se prononçait donc pour la défense de ses libertés municipales et du catholicisme ! Plus au midi, Toulouse se jetait dans la ligue avec cette violence qui avait signalé ses excès lors de la Saint-Barthélemi. A Lyon, il n'y avait pas eu second massacre; la formation de l'union municipale s'était accomplie d'elle-même et par un mouvement naturel. A Toulouse, le sang méridional fermentait; le parlement n'avait pas voulu seconder l'impatience catholique ; il était dominé par Duranti, homme du tiers-parti. 11 y eut donc un mouvement populaire contre le parlement, à l'imitation de ce qui s'était passé à Paris. Lors des massacres de la Saint-Barthélemi, on avait déjà pendu cinq ou six conseillers au grand orme de la place du Capiiole ; le contrat d'union fut encore scellé d'une nouvelle exécution populaire. Le 25 janvier, le peuple se rassembla .à l'hôtel-de-ville, et d'un commun accord il renversa les armoiries royales , brisa les portraits de Henri de Valois, le tyran, le nouveau Néron. Le président Etienne Duranti et Tavocat-général d'Assis cherchaient atout pacifier; dans ces moments d'elfervescence et de soulèvements, la voix des hommes modérés est impuissante. Duranti et d'Assis furent traînés en prison, et quelques jours après assommés par la populace ; leurs corps furent ensuite jicndusavec l'effigie du roi Henri HI que Ton avait percée de plusieurs coups de poignards. Aussi la bonne ville de Toulouse et son parlement épuré reçurent-ils les grandes félicitations de leurs alliés de Paris; le conseil municipal de îa Grève leur écrivait : « Messieurs les capitoux de Toulouse, nous ne pouvons assez vous exprimer le plaisir et consolation que nous avons tous ressenti d'avoir appris, par vos Itittres, le devoii' qu'ave/, liiict [tour vostre cunservalion et vous sauver

ET HE.NRl IV. "i^i

des dangers qui vous meiiaçoient. Il ue reste plus que d'es^ablir partout un bon ordre , à quoy nous travaillons par drc'i pour l'establissement du conseil général de l'union auqinl s'expédient toutes affaires et dispositions. 17" mars 1589.» — «Messieurs du parlement de Toulouse, ajoutaient-ils, no::; avons estably un conseil général de l'union , composé d'i :i grand nombre de grands et honnestes personnes des trc s ordres, auquel s'expédient et ordonnent toutes les affaires ù^' notre union avec messieurs les princes catholiques, lesqin i-^ ont les premiers juré d'obéir audict conseil. Les grâces et nmissions, provisions d'offices et toutes autres, telles affaires \ sont despeschées de toutes les parties du royaume sous ni sceau nouveau aux armes de France, en la lesgende duqi.' I sont escrits ces mots : Sigillum regni Franciœ '. Le parlemcil de Paris a approuvé et autorisé ledict conseil et ledict scen;', avec lequel aussi se font toutes expéditions de justice. Toiiti s les capitales, villes de provinces ralliées, ne laissent pas d'avoi.' un conseil provincial pour les affaires de la province qui rccognoist et se réfère au général du conseil de nostre ville ; <■! de cet ordre nous espérons beaucoup de bien en attendant l'assemblée des estats-généraux qui sont ordonnés par ledicl conseil et par nostre parlement. 17'^ mars lo8'J ^. »

Et à Marseille, la ligue avait aussi retenti; elle s'était facilement formée là : ancienne république, Marseille pouvait-elli' repousser un système qui la faisait revenir à ses mille franchises de municipes, au gouvernement de ses consuls, à sc:^ statuts et règlements, à sa maison de ville, à son vieil hôtel de la place Vivaux, à ses maire et échevins?

Déjà une première tentative avait été faite pour rendu'. Marseille à sa hberté et à la ligue ; elle avait été déjoua-

1 C'est un curieux rapprocliemcnt à faire que l'adoption de ce seul d'un gouvernenieiit provisoire avec celui qui fut adopté après la dcchtance de Louis XNI en 1792.

3 Regist. de riiôlei-de-ville, Mil, fol. 303,

[)i LA LIGIE

[vàY la i'orcc dos hommes d'armes. Depuis, la ville avait été plus heureuse ; et quand la lettre de MM. les échevins de Paris arriva pour annoncer la triste nouvelle de Blois et la déchéance de Henri de Valois, l'hérétique, le tyran, la grande cité n'hésita pas. On se souvient que la révolution municipale et catholique avait été tentée par le brave consul Dariés ; la partie victorieuse du conseil de ville s'était hâtée de tlétrir dans un tableau qui décorait l'iiôtel-de-ville, la mort de l'intrépide champion des hbertés de la cité et de la sainte-union. Plus d'une fois ce peuple de matelots , de bourgeois et de métiers avait gémi de cette humiliation qui tournait au profit des huguenots. A peine avait-on publié l'édit d'union à Blois, que le peuple marseillais prit les armes contre La Valette, gouverneur de Provence. C'était le 20 août ; le sieur de Vins, organe de la ligue, venait d'être élu par le parlement et les bourgeois, gouverneur de Provence à rencontre du mignon de Henri III. Linche, deuxième consul, ami de La Valette, expression du tiers- parti politique, voulut tenter la contre-révolution au profit de la royauté ; il se revêt du beau chaperon du consulat, s'arme de sa cuirasse, et pénètre, un pistolet à la main, dans rhùtel-de~villc. Cette folle entreprise indispose le peuple. A la seule invitation de Cepède, premier consul, il se porte à l'hôtel-de-ville ; le tocsin sonne ; le drapeau de Marseille, libre et catholique, est arboré à la Mayor et à la Vierge-de-la-Garde, protectrice des braves mariniers. Que voulait donc ce traître Linche? livrer la ville aux huguenots. Il fut poursuivi, proscrit, et quoiqu'il eût cherché un asile dans un des tombeaux d<; l'Observance, sous la statue roide et froide d'un pieux abbé aux sandales de marbre, à la mitre d'or, à la crosse d'ébène, Linche fut dague à coup d'épée, criblé de coups d'arquebuse, et expira. Quand la nouvelle de l'adhésion de Lyon à la sainte-ligue fut connue, l'enthousiasme n'eut plus de bornes ; l'union fut signée ù rhùlcl-de-ville ; le petit nomin'e de ceux qui n'avaient pas voulu y souscrire fut contraint de quitter la ville. Le peuple

ET HENRI iV. 1)J)

les désigna sons lo nom do Bigarrés, poliliquos du liors-paiii sans couleur et sans conscience. Et comment le Iji'ave [icuplc marseillais n'eût-il pas adopté la ligue avec enthousiasme, lorsqu'il était récompensé par une bonne bulle du pape? « Très cbers iils, nous cognoissons toute vostre lidélité pour l'église romaine ; nous vous louons de toute la sollicitude que vous avez apportée à maintenir intègres et fortes vos libertés et la religion. Nous vous envoyons nostre légal Henri Caietano ; croyez-le comme nous-mesme sur tout ce qu'il vous dira. » Bientôt la sainte-union eut son parlement à Aix, et son premier acte fut de proclamer le triomphe de la religion catholique et Fallégement des subsides*.

Que dirai-je de Rouen, à la population ardente , et qui la première suivit le mouvement de Paris? Le parlement s'unit à toutes les résolutions du peuple, et avec Rouen, Amiens, AbbevJlle, Orléans et cinquante-cinq autres grandes villes, environnées et couronnées de belles tours à créneaux. Les provinces prirent ainsi parti pour la révolution municipale de Paris. Le centre de ce mouvement était bien aux tours de Notre-Dame, à l'hùtel de la Grève ; mais l'organisation de la France était telle alors que chaque grande ville était le centre de sa propre administration. Aix, Marseille, Lyon, Toulouse, Rouen, Abbeville, Caen, Orléans, et tant d'autres cités liguées commandaient à toutes les sénéchaussées, bailliages de leur ressort. C'était une véritable fédération provinciale pour la défense des vieux privilèges et des libertés. Quelques-unes même de ces cités jouèrent dans la ligue un rôle armé aussi puissant, aussi décisif que Paris : Lyon surtout, pieuse et fervente, devint le foyer de l'union catholique : c'est dans ses murs que s'impriment les pamphlets, que s'agitent les confréries, que se préparent les armes et les mouvements militaires ; elle était la métropole de la ligue méridionale, le point de communication entre la Savoie, le Languedoc et la Provence.

* Regist. des (ilats de Provence, mss. fol. 14T-148,

nr, LA LIGUK

Alors s'orgjanismt la Franco en syslrine provincial de lirgelllii'-k! qui (■•ckiiail sur lleiu'i fil. Li' coup d'rlal contre la maison de Lorraine et ceux des princes et députés qui secondaient Lies tentatives n'était point destiné à briser l'unité catlioli(|ue. Dans la pensée du roi, il ne s'agissait que d'un seul r.'sullat à atteindre : se substituer à la puissance des Guise <lans la ligue, replacer enfin sur la tète royale cette couronne du grand parti qui était la société presque entière. Ce but n'avait point été accompli et ne pouvait l'être. Loin de là, l'opinion catholique, violemment séparée de la royauté des Valois, avait proclamé la déchéance. Henri III, ne comprenant pas la [loriée de ce mouvement, renouvelait devant les états mutilés et sous une impression de terreur, le serment solennel de l'cspect et de bon vouloir envers la sainte-union catholique, comme si rien n'était changé autour de lui. La reine Catherine de Médicis avait une plus haute intelligence de la triste et t'atiile situation de son fds : dès qu'elle eut appris l'exécution des Guise, elle vit la couronne brisée. L'œuvre de ses ménagements périssait, et la mort s'avança pour elle. «Elle cstoit desjà malade lorsque les deux frères lorrains furent occys, et l'allant voir le roy et lui disant : Madame, je suis maintenant seul roy; je n'ai plus de compagnon. Que pensez-vous avoir faict, luy respondit-elle ! Dieu veuille que vous vous en trouviez bien ; mais au moins, mon fds, avez-vous donné ordre à l'asseurance des villes, principalement d'Orléans? Si ne l'avez faict, faictes-le au pluslost, sinon il vous on prendra mal, et ne faillcz d'en advertir le légat du pape par M. le cardinal de Gondi. Elle se fit ])orter ensuite toute malade qu'elle estoit, au cardinal de Bourbon qui estoit malade et prisonnier, qui, dès qu'il la vit : Ah ! madame, dict-il la larme k l'œil, ce sont de vos faicts, ce sont de vos tours ; Madame, vous nous faictes tous mourir. Desquelles paroles elle se mut fort, et luy ayant respondu qu'elle prioit Dieu de la damner si elle y avoit jamais donné ni sa pensée, ni son advis, sortit incontinent, disant : Je n'en puis plus ; il luut.que

je me mette au lict ; comme de ce pas elle fit, n'en releva, et décéda au chasteau de Blois, âgée de soixante-onze ans, et portoit bien Tàge pour une femme pleine et grasse comme elle estoit ; elle mangeoit et se nourrissoit bien, et n'appi'ébendoit pas les affaires. »

Toute l'histoire dont j'ai recueilli les débris est dominée par la grande figure de Catherine de Médicis , et ceux qui ont suivi avec quelque attention l'immense série des événements de celte époque, l'intluence de transaction et de paix publique que la reine exerça, ont dû la placer haut. Tout se heurte, la société est comme un vaste duel de sang, et la voilà , cette femme patiente, active, intelligente, courant d'un camp à un autre, adoucissant les haines, apaisant les ressentiments. C'tîst la première négociatrice de ces temps de troubles : jeune, elle se sert de ses charmes pour la paix; vieille à cheveux blancs sur son front large et ridé , elle parcourt en litière les lentes des hommes d'armes, calme les passions, fait lous ses efforts pour empêcher les déplorables batailles; quand elle ne peut éviter ces batailles, elle les dirige au profit de la modération; qu'importe qu'elle fit tout marcher vers la grandeur de son pouvoir, qu'elle aimât ce pouvoir, avec idolâtrie souvent? qu'est -elle celte passion dans les âmes fortes? la conscience de ce qu'elles valent, le sentiment éprouvé qu'on peut le bien et qu'on veut le faire ; qu'importent encore des faiblesses de femme, des superstitions, des talismans magiques? la superstition se mêle toujours aux grandes émotions de la vie; ceux qui voient un peu loin se laissent entraîner à cette terreur de l'immense nature, et petit qu'on est en face de l'univers, on s'agenouille devant ses pliénomènes. La vieille chronique nous a conservé quelquesunes des faiblesses de Catherine de Médicis lorsqu'elle se rendait le soir chez Ruggiéri, en son oratoire de la place aux Chats ; elle le consultait sur la destinée future de sa race. Un jour ledit Ruggiéri l'entoura d'un cercle magique, et tandis

que mille têtes fantastiques paraissaient autour d'elle et se rén. 0

?t LA LIGUE

flétaient dans des miroirs noircis, trois petites figures royales parurent sur une table préparée , et l'alchimiste annonça que c'étaient les trois fils de Catheiine, tous trois couronnés d'un pesant diadème. Le sieur Régnier, mathématicien , et qui passait pour magicien , était l'inventeur d'ini certain talisman que Catherine portait toujours sur elle. « On prétend que la vertu de ce talisman estoit pour gouverner souverainement et cognoistre l'avenir, et qu'il estoit composé de sang humain , de sang de bouc et de plusieurs sortes de métaux fondus ensemble, sous quelques constellations particulières qui avoient rapport à la nativité de cette princesse. » Elle mourut, Catherine de Médicis; et cette femme, qui avait réuni tant de grandeurs, fut délaissée à son agonie solitaire, « Après sa mort, de laquelle tut parlé diversement, on ne parla non plus d'elle que d'une chèvre morte. Et si quelqu'un s'en souvint, ce fut plutost pour en détester la mémoire que pour en publier les louanges. » Et combien les partis s'attachèrent encore à cette mémoire! combien de pamphlets sur ses dé- Itordemonts! les huguenots en avaient déjà tant publié! Les catholiques ne Tépargnèrent pas; mais ils en parlaient avec modération, parce qu'ils savaient (pi'elle avait gémi de l'attentat de Henri III sur les Guise. Dans un de ces sermons si ardents qui se répétaient alors aux chaires de Paris, « Lincestre fit entendre au peuple la mort de la royne-mère, laquelle, dit-il, a faict beaucoup de bien et de mal, et- crois qu'il y a encore plus de mal que de bien. Aujourd'hui se présente une difficulté, savoir si l'église catholique doit prier pour elle, qui a vescu si mal et souvent soutenu l'hérésie, encore que sur la fin elle ait tenu, dict-on, pour nostre droicte union, et n'ait consenti à la mort de nos bons princes : sur quoy je vous dirai que si vous voulez lui donner à l'aventure, par charité, un Palcr et un.liv', il lui servira de ce qu'il pourra. »

Henri lïl pleura sa mère; il était alors tout occupé des étals-généraux qui poursuivaient mollement leurs délibérations à Blois. La violence exercée contre les Guise avdil

VA' liEMi! IV. 09

effrayé cette bonne réunion de nobles, clo clercs et de bourgeois; on ne discula plus que des questions sans iniporiance ; on fit de la rhétorique , des protestations et peu d'actes. Henri III paraissait encore ofûciellement à la tète du parti catholique , signait les actes d'union , prenait en main le commandement des armées ; au fond il n'inspirait plus de confiance; les députés ne songeant qu'à se séparer, ne ])rétaient plus aucune force à la royauté des Valois; et comment les catholiques se seraient-ils associés à un tyran déchu, lorsque les braves ligues de Paris et des bonnes villes bourgeoises tenaient la campagne et menaçaient le roi lui-même? Dans celte situation , Henri III devait chercher des garanties et des ressources en d'autres forces. Les états -généraux se dissolvaient d'eux-mêmes; le jour de la clôture il y eut pourtant des harangues. «Leurs remontrances, Sire, ne seront pas fardées ni déguisées; nous sommes à cela invités et contraincls pur la franchise des états, par la liberté donnée , la sûreté promise. Nous recognoissons, et publions haut et clair, que le ciel et la nature vous ont libéralement enriclii de ce qui est bien nécessaire pour nous régir et gouverner. Mais le mal a esté que la lumière de vos vertus a esté empeschée et n'a pu jetter ses rayons, ni les faire pénétrer sur la misère et allliction de son pauvre peuple et désolé royaume, par fartifice et pratique de quelques mauvais conseillers. »

Les états devenaient chose insignifiante. Les deux forces actives, vivaces en présence, n'étaient, à vrai dire, que les armées catholique et huguenote ; l'une sous la conduite des ducs de Mayenne et d'Aumale; l'autre sous la cornette blanche du roi de Navarre. En renvoyant les états de Blois, Henri 111 s'était hâté de convoquer le ban et l'arrière -ban de la chevalerie, parmi laquelle figuraient les braves de la Gaiche, d'O, d'Humières, La Châtre, d'Aumont, Noailles, Mortemart, Mirepoix, Givry et Firmacon. Le maréchal d'Aumont s'était emparé de la citadelle d'Orléans , et Tours était choisi pour le siège du gouvernement royal. D'Epernon cherchait à mainte-

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nir la Provence; La Valette, le Dauphiné, tandis que le duc de Mayenne soulevait le Lyonnais pour la sainte-ligue, et que la Bretagne proclamait Tunion sous le duc de Mercœur. Sur ces entrefaites, Henri de Navarre passa la Loire , sorte de Rubicon qui ne lui laissait plus que la nécessité de vaincre, car si au midi les huguenots avaient une force dans l'esprit des montagnes, dans cette chevalerie de caslels qui s'étendaient des Cévennes aux Pyrénées, au-delà de la Loire les communes étaient toutes catholiques. A la première déiliite des huguenots, villes et bourgs auraient sonné le tocsin au clocher de la paroisse, pour courir sus à cette maudite engeance. Henri de Navarre venait de s'assurer l'appui de toutes les églises réformées en tenant un synode à La Rochelle ; on avait cherché à décorer cette assemblée modeste et pieuse, qui avait délibéré sur le dogme et les besoins du calvinisme, du titre d'étatsgénéraux, pour l'opposer aux grands états de Blois. Mais (juclques braves et dignes paladins, couverts de fer, des ministres de science et de piété ne pouvaient se comparer à la noblesse, au clergé, à la bonne bourgeoisie , qui avaient tenu naguère leurs séances à Blois. l\ fallait la victoire au roi de Navarre; il la cherchait avec toute la vaillance de la fière et dure chevalerie des montagnes.

Au milieu do deux partis seuls en force, et qui seuls par conséquent pouvaient en prêter, que devait faire Henri 111? Depuis la dissolution des états-généraux de Blois, letiers-parti avait repris toute faveur auprès de lui ; Henri avait rappelé plusieurs de ses favoris, de ses jeunes hommes dévoués; d'Epernon surtout était parmi cette téméraire jeunesse que les partis extrêmes appelaient mignons. C'était un lien facile de rapprochement avec le roi de Navarre. D'Epernon essaya dès ce moment de cimenter l'alliance du roi avec le chef de la genlilhommerie béarnaise. Henri de Navarre était trop habile pour ne pas comprendre toute la force que donnerait à son parti l'union avec le roi de Franc(!. Non seulement cette alliance lui assurait la nombreuse clievalerio qui s'aniiail pour

ET llE-NUl IV. 101

le roi, mais encore la puissance morale de cette royauté qui parlait si vivement encore à l'imagination des peuples. Dans la vue de cette alliance, Henri de Navarre publia un manifeste de tempéraments et de concessions. C'était la constante politique du Béarnais rusé, comme l'appelaient les catholiques du conseil: «Messieurs, quand il me ressouvient que depuis quatre ans j'ai esté l'argument des tragédies de France, quand de ces yeux que Dieu m'a principalement donnés pour les avoir tousjours ouverts au bien de ma patrie, tousjours tendres à ses maux, je suis contrainct de la voir en feu, ses principaux piliers desjà bruslés, ses meilleures villes en cendre, ei qu'encore, au lieu d'apporter de l'eau, d'estouffer les flammes, on me force à brusler moy-mesme, ou je serois de tous les insensibles le plus insensible qui fust jamais, ou bien il faut que mon ame reçoive mille fois le jour des peines et afllictions que rien ne sçauroit égaler. Messieurs, jamais mon pays n'ira après moy ; son utilité précédera tousjours la mienne, et tousjours on verra mon mal,, mes dommages , mes afflctions courir devant ceux de ma patrie. Aujourd'huy, je suis presi de demander au roi mon seigneur la paix, le repos de son royaume et le mien que j'ai faict jamais. Les guerres n'ont rien diminué de cela. Que diroient ceux qui m'ont vu coin-ageux, si, honteusement, je quittois par la peur la façon de laquelle j'ai servi Dieu dès le jour de ma naissance? Et puis quelle conscience? Avoir été nourry, instruit et eslevé en une profession de foy, et sans ouyr, sans parler, se jetter de l'autre costé? Non, Messieurs, ce ne sera jamais le roy de Navarre, y eust-il trente couronnes à gagner. Instruisez-moy, je ne suis point opiniastre ; prenez le chemin d'instruire, vous y profiterez infiniment; car si vous me montrez une autre vérité que celle que je crois, je m'y rendray ; et feray plus, je ne laisseray nul de mon party qui ne s'y rende avec moy. Messieurs, nous sommes dans une maison qui va fondre, un bateau qui se perd, et n'y a nul autre remède que la paix : je la demande au nom de tous, au roy mon seigneur ; je la demande i»our moy,

pour tous les François , pour la France. » L'alliance qu'appelait le roi de Navarre avec ce langage de fierté et de noblesse n'était pas une nouveauté; on l'avait vue s'accomplir par le duc d'Alençon, quand la royauté s'était entièrement confondue avec la ligue catholique ; alors Théritier présomptif de la couronne avait pris hautement les couleurs du calvinisme. Les affections de Henri III n'étaient pas pour les huguenots ; aussi le voit-on hésiter longtemps et se tourner vers le duc de Mayenne, négocier avec lui et les catholiques. Il y avait là autre chose que des sentiments personnels: Henri IIÏ connaissait le peuple ; il savait que les huguenots ne formaient qu'une gentilhommerie peu nombreuse, active et turbulente; les masses, c'est-à-dire la force sociale, n'étaient pas là. Cette alliance d'ailleurs constituait pour maître Henri de Navarre. On s'était violemment débarrassé des Guise; était-ce pour tomber sous un autre dominateur? D'Épernon se chargea d'atténuer les répugnances du roi pour le traité ; mille soumissions furent faites au nom du Béarnais. Que voulait-on? servir le roi, joindre ses armes aux siennes pour comprimer la rébellion. Henri de Navarre ne se reconnaissait-il pas le plus fidèle sujet? Le traité qui ftit conclu était tout à fait dans les formes d'une concession royale : « Accordons au Toy de Navarre, pour luy et tous ceux de son party, trêve et surséance d'armes et de toute hostilité. Si durant cette guerre luy ou les siens prennent quelque ville, chasteaux ou autres places, il les remettra incontinent en nostre libre disposition suivant la promesse qu'il nous en a faicte. En conséquence de ce que dessus, ledict roy de Navarre et ceux de son party auront main-levée de leurs biens pour en jouir tant que ladicte trêve durera, comme ils laisseront jouir les catholiques, tant ecclésiastiques que autres, nos bons serviteurs, de leurs biens et revenus ès-lieux par eux tenus ». « Désormais Henri de Valois entrait en la pleine puissance des

i^Tours, 2G avril 1589. — llcgist. du parlement, vol. x.wix, fol. )û.

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Iiugucnols; roi nominal, il avait pour mailrc et successeur le Béarnais et sa chevalerie aventureuse qu'il conduisait aux batailles. On garda toutes les formes de respect dans la première entrevue des deux monarques alliés.: le Navarrais semblait abandonner toutes ses méfiances, le roi de France cachait tous ses dépits. « M. le mareschal d'Aumont vint trouver le roy de Navarre de la part de sa majesté pour le prier de vouloir passer et aller au Plessis-les-Tours où sa majesté et toute la cour l'attendoit, ce que il se résolut de faire tout incontinent ; il y avoit si grande presse tant de ceux de la cour que ceux de la ville qui estoient accourus, que leurs majestés demeurèrent l'espace de demi-quart d'heure à quatre pas l'un de l'autre, se tendant les bras sans se pouvoir toucher, tant la foule estoit grande. Leurs embrassements et salutations furent réitérés plusieurs fois d'une part et d'autre, avec une mutuelle démonstration d'une grande joie et contentement ; l'allégresse et applaudissement de toute la cour et de tout le peuple fut incroyable, criant tous par l'espace de demi-heure : vive le roy ! Le lendemain, le roy de Navarre entra dedans la ville pour aller donner le bonjour au roy, et depuis visita plusieurs fois sadicte majesté, prenant ensemble, pour le bien commun du royaume, plusieurs résolutions. » Avec ces formes extérieures de soumission, le Béarnais n'en était pas moins le maitre ; il avait imposé de dures conditions dans le traité, la cession d'une place importante, Saumur, qui lui ouvrait la Loire; et ce qui était plus encore, il se donnait la belle et grande couronne de France ; car bon allié de Henri III, il lui était facile de se faire saluer pour son successeur par ses nouveaux compagnons de bataille.

L'alliance impie, aux yeux des catholiques, d'Henri IIï avec le roi de Navarre éloignait de plus en plus le roi de France des saintes et municipales unions de Paris. Une série d'actes de la royauté témoignait assez qu'elle voulait désormais établir son gouvernement en dehors de cette turbulence populaire. Une première déclaration sur (d'attentat, félonie être-

bellionduduc de Mayenne, duc et chevalier d'Aumale, » les Irappa dans leur personne et leurs biens; Paris, Orléans, Amiens et Abbeville furent comprises dans la même piuscription; elles devaient être « deschues de tous estats, offices, honneurs, pouvoirs, gouvernements, charges, dignités, privilèges, presrogatives, dons, octroys et concessions quelconques à elles concédés, sauf si dans le quatorzième jour du mois de mars prochain, elles recognoissent leur faute et se remettent en l'obéissance que justement elles nous doivent par le commandement et l'expresse parole de Dieu, sans laquelle elles ne se peuvent dire chrestiennes. »

. Ces actes étaient dirigés contre l'union établie dans les villes municipales; et ne fallait-il pas que la royauté proclamât son propre gouvernement à rencontre de la ligue? Un édit de Henri lil intervint, par lequel la cour de parlement ({ui siégeait à Paris était transférée à Tours avec la chambre des comptes. Quelques fidèles magistrats obéirent à celle injonction royale, et Pasquier fui parmi eux. Le pauvre avocat-général avait laissé sa femme et ses enfants à Paris, au milieu des réactions de la ligue ; cette majesté désolée de son ancienne et brillante compagnie, jetiiit de la tristesse dans son esprit, du désordre dans ses idées. Quand la chambre des comptes s'ouvrit solennellement, Pasquier pleura sur les malheurs de la France : « Je ne voulois pas dire que nos compagnons de Paris ne fussent en leur cœur bons subjets et serviteurs duroy, comme nous qui estions à Tours ; m'assurant que des six parts, les cinq estoient vouées à son service, mais que la police ou pour mieux dire le désordre nouveau que l'on avoit introduict dans Paris, ne leur permettoit de se manifester, in vous puis dire qu'à cette parole les grosses larmes me tombèrent des yeux. Ce que j'avois du commencement proposé, estoit par une hypocrisie d'orateur; mais ce que je lis en co progrès de ma harangue, fut comme bon citoyen, ne pouvant plus dissimuler la juste douleur que je porlois de la misère de ce temps. Je ne me trouvay jamais si emi)esché, car i)axS

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mesme moyen, la parole, dont j'avois lors le plus affaire, me mourut en la bouche. » Et qu'importaient les doléances do Pasquier à la bonne ville de Paris, à son conseil de Tunion, à son brave peuple des halles qui prenait les armes et établissait son gouvernement? et qu'avait-elle à craindre de quelques menaces royales, quand tous ses métiers brandissaient leurs arquebuses et pertuisanes pour la défense de ses murailles et de ses franchises municipales; Paris s'était prononcé avec enthousiasme pour l'union catholique : tout ce qui portait un vieux sentiment municipal avait pris les armes pour défendre les privilèges de la cité et le gouvernement de l'union, autorité purement élective exerçant le pouvoir le plus étendu. Le parlement épuré secondait ce mouvement populaire. Si quelque magistrat protestait silencieusement, la majorité du parlement marchait avec la ligne; les uns par crainte, les autres par opinion et par sentiment religieux .

Toutefois, quelques magistrats, traîtres à la cité, cherchaient à ménager l'avenir et à préparer leur accommodement avec la royauté exilée ; et parmi eux le président Brisson, dans un acte signé de sa main, faisait la déclaration suivante : « Ayant tenté tous les moyens à moy possibles pour sortir de cette ville afin de m'exempter de fiiire ou dire chose qui pust otienseimon roy souverain seigneur, lequel je veux servir, obéir et respecter toute ma vie et persévérer en la lidélité que je dois, détestant toute rébellion contre lui, il m'a esté impossible d(! me pouvoir retirer et sauver, pour estre mes pas observés de toutes personnes, guettés et gardés, à raison de quoy estant contrainct de demeurer en ceste ville et adhérer ès-délibérations auxquelles le peuple nous force d'entrer, je proteste devant Dieu que tout ce que j'ay faict, dict et deslibéré en la cour de parlement, et ce queje fei-ay , diray et deslibéreray cy-après, a esté et sera contre ma volonté et par force et contraincte, y estant violenté par la terreur des armes et licence populaire. » Ces magistrats pusillanimes étaient des exceptions dans le parlement; lu majorité était pour l'union catholique et muni-

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cipale , et ne désavouait point en secret ce qu'elle faisait hautement et publiquement. Le premier acte de la ligue, après la déchéance de Henri III, avait été de créer un chef militaire, un homme de guerre et de vaillance , pour conduire les braves bourgeois sous les bannières de la cité; le duc d'Aumale gouvernait Paris, tandis que le duc de Mayenne conduisait les armées. L'union voulait avoir un chef de modération tout à fait dévoué à sa pensée; déjà en froideur avec le conseil des seize trop bruyant de popularité, il était important qu'elle eût dans ses intérêts le lieutenant-général des forces catholiques.

Pour bien saisir le caractère de la révolution municipale de Paris, il est essentiel de rappeler que la population do de la grande cité ne se formait pas d'une seule classe , ayant ainsi une unique représentation. Les parlementaires , la haute bourgeoisie, se trouvaient plus particulièrement en rapport avec le conseil de l'union; la petite bourgeoisie avec le bureau municipal ; tandis que les halles, les métiers avaient leurs organes ardents dans les seize quarteniers élus par le choix même de la multitude. Le duc de Mayenne, Texprcssion modérée de la maison de Guise, oll'rait toutes les conditions que la bourgeoisie et les parlementaires pouvaient désirer. Il avait de grands talents militaires, de la prudence; fervent catholique, il ne repoussait pas les idées de transaclions et de ménagements. C'était un caractère à opposer à Bussy-L(!clerc et aux chefs démocratiques de la cité. Pouvait-il d'ailleurs n'être point agréable au peuple, le brave duc de Mayenne, le frère de Guise et l'oncle du pauvre petit cajjtif, alors sous la main du tyran? La triste veuve du balalré donna le jour à un hérilicr des armes et du nom de Lorraine; le corps de ville de Paris suspendit tout, ])our tenir le petit Tristan (car on appela ainsi l'entant orphelin) sur les fonts de baptême ; toutes les compagnies bourgeoises fiu'cnt sur pied et faisaient voir combien elles étaient joyeuses de saluer le rej(!toii ' de la grande et noble

•« Monsieur le Lièvre, [ilaisc vou= U'ou\i!r driiiaiii nii(l\ pri'cisc'iiKiil

famille. Quoique systi'mo de modération que voulût suivre le conseil d'union, il était poussé par le bureau municipal, surtout par les seize quartcniers; et des mesures implacables furent prises contre les habitants qui ne signaient pas la sainte ligue, conservant Tespérance de transiger avec Henri de Valois. Les rigueurs étaient bien plus sévères encore envers ceux qui avaient quitté la cité pour se joindre aux huguenots, soit qu'ils siégeassent dans le parlement à Tours , en la chambre des comptes, soit qu'ils combattissent avec Henri sous sa tente. Ces mesures étaient nécessaires sous plusieurs rapports : ne fallait-il pas jeter une grande terreur dans ce parti de transactions et de ménagements, toujours prêt à pactiser avec Henri de Valois, le tyran déchu? Et puis, on avait besoin d'argent pour la guerre, pour organiser les compagnies bourgeoises: à qui mieux s'adresser qu'aux politiques, qu'on imposait au profit des halles et du bon peuple catholique ? De nombreuses mesures de précautions et de police municipale se succédaient d'autant plus rigoureuses que, par l'alliance de Hemi de Valois et du Rw-nais, Paris allait être menacé d'une puissante chevalerie. Les conseils de l'union et de la ligue restaient en permanence. «De par losprevost et eschevins.M. le président Du Blanc-Mcsnil, colonel ; nous vous prions de faire faire présentement, par MM. les autres capitaines de vostre quartier, de bon& et forts- corps de gard€ de tous les bourgeois et habitants de vostre dict quartier, chascun en sa dixaine.— H est enjoinct à tous boulangers, paslissiers et autres de cuire présentement du pain pour subvenir à la nécessité. — Il est ordonné que les habitants des villages d'Issy, Vaugirard, Montrouge, Gentilly, Arcueil, Bagneux , Fontenay, Clamart, Chastillon et Meudon prendront les armes, pour mettre en pièces les compagnies des

en l'hoêtel de ceste vtlk, pour nous accompagner à la cérémonie (Ui baptesme du fil* de fett monseigneur le duc de Guise, vous pricant n'y vouloir iaillir. e- février 168 9. » (l^areil mandement aux quartenierâ el conseillers.) Regtst. de l'hôlç l-dc-ville, XII, fol. 276.

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(-nnemis qiiise présenteront.— 11 est enjoincl ù tons capitaines et soldats, tant de cheval que de })ied, de eux retirer dedans cejourd'lmy, heure de midy pour tout deslay, sous les resginients et enseignes en Farmée de monseigneur le duc de Miiyenne, sur peine de la vie. — Ne laictes liiute présentement et sans aucun deslay d'assembler tous les manans et habitans de chascune dixaine de vostre quartier, pour leur l'aire entendre qu'il est nécessaire d'ouvrir quelques ateliers, pour faire travailler un bon et grand nombre des pauvres valides qui sont en ceste ville, alin que par ce moyen trois choses grandement utiles lussent laides et accomplies, dont la première est la charité, par la nourriture des pauvres; la seconde, l<i Ibrlilication et réparation de ceste ville ès-lieux et endroicts tK-ccssaires, et la troisième, l'empeschement de l'oisiveté, mère nourrice de tous maux. — Il est enjoinct au premier des sergents ou archers de la ville, avec tel nombre d'autres archers qu'il appartiendra, se transporter en toute diligence ès-maisons de tous les bostelliers, cabaretiers et marchands de vins cs- .([ucUes ils sauront y avoir quantité de futailles, desquelles vous aritîsterez jusques à la quantité de deux mille pièces pour servir aux barricades nécessaires à la conservation des tran- (•lié(îs et advenues desdicts faubourgs, dont sera cy-après faict paiement. — Desfenses sévères sont faictes à tous espiciers, apothicaires et autres de vendre aucune poix, résine sèche ou grasse, thérébentine, soufre et autres matières servant à faire artifice et feu sans notre exprès congé, sur peine de cent escus d'amende, et plus grande selon le cas. — 11 est ordonné au capitaine Périchon de se saisir des personnes des sieurs présidents et maistre des comptes Amelot et de les mener à la Bastille pour les causes desduictes par ce qui a esté ordonné par MM. du conseil. — Le duc de Mayenne, lieutenantgénéral de Testât et couronne de France, désirant oster tous moyens aux ennemis d'entreprendre sur ceste ville et cmjjesclier l'cllect des mauvais desseins qu'ils ont sur icelle , ainsi que nous en ayons esté très hivAi adverlis, a advist) au

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conseil tenu près de nous que louLes les clefs des portes de cestedicte ville seront mises entre les mains du prevost des marchands.— M. le président du Blanc-Mesnil, colonel ; pour promptement pourvoir à la sûreté de la ville de Paris et la rendre partout en estât de desfense à rencontre des ennemis publics, nous vous prions mander tous les capitaines qui sont sous vostre charge et leur enjoindre de par nous que eux, leurs lieutenants ou enseignes ayent à se transporter par toutes les maisons des riches, les prier d'envoyer aux tranchées et fortifications de ladicte ville, chascun un hoTimc garni d'oustils propi'es pour travailler durant ceste semaine 1. »

Il régnait au milieu du peuple un sentiment de tristesse religieuse, une atmosphère de pénitence et de miséricorde ; il n'était point permis de se livrer aux fêtes, à ces folies, \kux souvenirs de la cour de Henri III. « Le 14 février, jour de mardy gras, se firent de dévostes processions, au lieu des dissolutions et mascarades ; entre autres s'en fit une de six mille escoliers l)ris dans tous les collèges, dont la pluspart avoient au plus douze ans, qui marchoient nuds en chemise, portant un cierge de cire blanche et chantant bien dévostement. » Et chaque jour ces immenses processions pour la liberté municipale sillonnaient Paris, « de toutes les paroisses, de tous âges, sexe et qualité, la pluspart en chemise et nuds pieds, quoyqu'il fisl bien froid. » Le peuple de la cité demandait la prédication dans les chaires publiques, comme à Athènes et à Rome il courait au Forum, pour entendre ses archontes ou ses tribuns. « Le peuple estoit si enragé, s'il faut parler ainsi, qu'après ces dévotions processionnaires, il se levoit souvent de nuict et faisoit lever les curés et prestres de la paroisse pour les mener en procession, comme ils firent à René Benoist, curé de saint Eustache, lequel pensant leur faire quelque remonstrance, fut appelé politique et hérétique, et enfin contrainct de les mener processionner. »

1 Rupist. de rtiôtel de villp, vnl. \iii,

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