‹ La ligue et Henri IVChapitre 11 sur 50 · II. • ui · texte numérisé non relu

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rAcp?. armospiiis:^anlos do la pai'i'l;\ conlivqui l'ioirnl-ollop dirigées ? quel était le hiil de ces ardentes prédicalions? le roy Henri III, le tyran, le Néron qui s'alliait avec les huguenots contre le chef et la tète des villes catholiques de France, la grande et belle cité de Paris. Il n'est sorte de calomnies populaires qu'on ne contât sur Henri Jll : il se criait mille pamphlets dans les rues comme il arrive toujours contre les pouvoirs renversés. « Les sorcelleries de Henry de Valois, et les oblations qu'il faisoit au diable, dans le bois de Vincennes, avec la ligure des desmons d'argent doré, auxquels il adressoit des offrandes, et lesquels se voyent encore en ceste ville. — La vie et faicts notables de Henry de Valois, tout au long, sans rien requérir, où sont contenus toutes les trahisons, perfidies, sacrilèges, exactions, cruautés et hontes de cet hypocrite ennemi de la religion catholique; esdition seconde, revue et augmenté} de plusieurs autres desportemens et apostasies de ce dernier des Valois, lequel néanmoins, par ses abominables faicts, ne peut en rien obscurcir le lustre des prédécesseurs très chrestiens. »

Les prédicateurs en leurs sermons, exhalaient l'injure contre le roi : « Ce teigneux, s'écriait Boucher, est coiffé tousjours à la turque, d'un turban, lequel on n(! lui a jamais vu ost,cr, mesme en communiant, pour l'aire honneur à Jésus-Chi'ist, et quand ce malheureux hypocrite faisoit semblant d'aller contre les reistres, il avoit un habit d'Allemand fourré et des crochets d'argent, qui signifioient.la bonne intelligence et accord qui esloicnt entre lui et ces diables noirs empistolés. Bref, c'est un Turc ])ar la teste, un Allemand par le corps, une harpie par les mains, un Anglais par la jarretière, un Polonais par les pieds etunvray diable en l'àme.» Lincestre, en son sermon (lu mercredy des cendres, avait dit au peuple : « Je ne vous .presoherai point l'évangile; c'est chose commune, mais je preschorai la vie, gestes et faicts abominables de ce perfide tyran, Henry de Valois, qui invoque le diable. » Et le prédicateur ayant tiré do sa manche un des chandeliers dudict roi, sur lequel il y avail des satyres gravés : « Ce sont démons du roy, répé-

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tait-il ; ce misérable tyran les adore, il s'en sert on ses incaii Citions ! » Faul-il le cUre encore ? les cordeliers ôtèrent la tète à la figure de Henri III qui était peint à genoux, priant Dieu auprès de sa femme, au-dessus du mailre-aulel ; et les jacobins barbouillèrent tout le visage d'une pareille figure du roi qui se trouvait dans leur cloitre.

Pendant ce temps les armées réunies de Henri de Navarre et du roi de France manœuvraient de concert. Le duc de Mayenne, à la tête de ses lidèles catholiques, s'était présenté devant Tours subitement; il était parvenu à se rendre maître d'un des faubourgs de la ville ; mais Henri III, retrouvant son ardeur d('S batailles, le força à la retraite. Depuis, les royalistes avaient l'ait de grands progrès: M. de Montpensier remporta une notable victoire sur les Gottiers, paysans de Normandie, qui avaient pris les armes pour la ligue. D'un autre côté, le duc de Longueville, secondé par La Noue, avait battu M. d'Aumale sous les murs de Senlis et f avait forcé d'en lever le siège, tandis que M. de Chàtillon, par une manœuvre habile, dispersait les troupes liguées venues de Picardie sous les ordres du sieur de Saveuse. C'est en poursuivant ces importants succès que Henri de Valois et Henri de Navarre arrivèrent à Saint-Cloud. Leurs bataillons nombreux avaient été renforcés par un corps de dix mille Suisses et Allemands, conduits par M. de Sancy, qui les avait levés à ses frais. L'armée royaliste et huguenote, qu'on évaluait à quarante mille hommes, était bien disciplinée, composée de braves soldats, de chefs intrépides, munie de bonne artillerie et d'abondantes provisions. Henri de Valois et Henri de Navarre étaient donc en face de Paris, dans le bourg de Saint-Cloud; tous deux pouvaient contempler ces feux nombreux, ces murailles bien bâties, derrière lesquelles on apercevait les Tuileries, le Louvre, Saint-Pol, et autres maisons de plaisance qu'Henri III aimait tant à habiter. Le roi se mourait de dépit de n'être plus maître d'une si belle ville avec ses quatre cent mille habitants, autrefois si ardents, si empressés de saluer leur prince. Vindicatif et colère, Henri III roulait dans sa tète

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de sinistres piujels; les idées réformatrices d"un morcellement territorial lui étaient devenues l'amilières; il protestait contre cette centralisation immense de Paris, cité qui n'avait cessé d'être le mobile et le but de toutes les ligues; on l'avait entendu s'écrier : « Paris, chef du royaume, mais chef trop gros et trop capricieux, tu as besoin d'une saignée pour te guérir ainsi que toute la France, de la frénésie que tu lui communiques ! Encore quelques jours, et on ne verra ni tes maisons, ni tes murailles, mais seulement le lieu où tu auras été. » Cette idée est venue à bien des pouvoirs fous ou menacés. Paris n'ignorait pas ces intentions du roi; on les exagérait même pour animer le peuple et soulever ses haines. On ne peut se faire une idée de l'état d'irritation où étaient alors arrivés les esprits. Qui donnait en etïét la supériorité aux liuguenots? qui conduisait leurs armées jusque sous les murs de Paris? n'était-ce pas Henri de Valois? Ce maudit tyran était le lien d'union entre une partie des catholiques et deshéréli(iues; en se débarrassant de lui, ne brisait-on pas ce parti impie? ne faisait-on pas rentrer dans le giron de la sainte ligue ceux que le concours du vilain Ilérode en avait détachés? Et ce tyran continuait ses menaces, rapportées au conseil municipal et au peuple. On racontait que Henri de Valois se mettait parfois à la fenêtre de son hôtel de Gondi, à Saint-Cloud, et que là, jetant les yeux sur Paris, il s'écriait : « Ce serait grand dommage de ruyner une si bonne et belle cité ; toutefois ne faut-il pas que j'aye raison des rebelles qui sont dedans et m'en ont ignominieusement chassé. » Ces menaces s'adressaient aux noms les plus populaires de la ville, et particulièrement à cette noble dame de Monti)ensier, aussi vénérée par la multitude que la Vierge et sainte Geneviève. «Lejeudy 27 juillet, un gentilhomme envoyé du roy dict à madame de Montpensier qu'il avoit charge de sa majesté de lui dire qu'il étoit bien adverti que c'étoit elle qui entretenoit le peuple dans sa rébellion ; mais que s'il y pouvoit jamais entrer, il la fcroit brûler toute vive.» A quoi clic répondit sans autrement' s"é-

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t(jniier : « Le teu est pour les sodomistes comme luy, cl non pas pour moy. «Noble et héroïque réponse de la dame du peuple et des halles! Depuis la mort du duc de Guise et du cardinal, il s'était l'orme à Paris une compagnie de jeunes hommes dont le vœu était de se débarrasser de Henri de Valois par le couteau, comme lui-même avait frappé le Lorrain du poignard. Quand une forte idée de patriotisme religieux ou politique fermente dans certaines tètes unies en associations mystérieuses , il est rare qu'elle n'éclate pas par l'assassinat. L'assassinat, horrible pensée, s'ennoblit au cœur d'un fanatique de liberté ou de religion, par la conviction d'un grand service Brutus fut placé par le vieux patriotisme de Rome; dans le panthéon de la républi(iue; Jacques Clément fut fait saint et élevé dans le sanctuaire des confréries, comme un jeune martyr qui avait délivré la monarchie catholique de son oppresseur. D'après la légende qui fut publiée à Paris, « Jacques Clément, religieux jacobin, âgé de vingt-deux à vingttrois ans, natif de Sorbonne près Sens, se minoit et consommoit ordinairement, cognoissant la tyrannie de laquelle usoit envers son peuple Henry de Valois. Une nuict, comme il estoit en son lict. Dieu lui envoie son ange en vision, lequel avec une grande lumière se présente à ce religieux et lui monstrant un glaive nud, lui dict ces mots : Frère Jacques, je suis messager du Dieu tout-puissant, cpii te viens acertener que par toy le tyran de France doit estre mis à mort ; pense donc à toi et te prépare, comme la couronne de martyre t'est aussi préparée. Cela dit, l'ange se disparut et le laissa resver à telles paroles véritables. Le matin venu, frère Jacques se remet devant les yeux l'apparition, et douteux de ce qu'il devoit faire, s'adresse à un sien ami, religieux aussi, homme fort scientifique etverséenlasaincteescriture, auquel il demande si c'estoit chose désagréable à Dieu de tuer un roy qui n'a ni foy ni religion, altéré du sang innocent et regorgeant en vice autant qu'il est possible. A quoi l'honneste homme fit response qu'il estoit défendu de Dieu d'estre homicide; mais d'autant que le

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roy estoit un homme distrait et séparé de Téglise, qui boull'oit de tyrannies exécrables, il estimoit que celuy qui le ineltroit à mort, comme lit jadis Jiulilli à Holoplierne, leroit chose saincte et très recommandable , attendu qu'il deslivreroit un grand peuplade Toppression lyrannique d'iccluy, que mesme au cas où celuy qui exéculeroit un si bon œuvre fust mis à mort, il seroit bien heureux. Lesquelles paroles furent si agréables à frère Jacques, que dès lors il se décida; estant donc résolu, il faict i)ar plusieurs jours jeusnes et abstinence au pain et à Teau , se confesse , se faict communier et après avoir mis ordre à nettoyer et purger son ame , il regarde comment et par quel moyen il viendroit à l)out de son dessein. 11 arresta d'aller par devers un seigneur qui luy remit des lettres signées et cachetées, auquel il promet de les fairo tenir sûrement et sans aucune comnuniication ; et lit provision (l'un couteau long^ bien tranchant el foit poinlu, leijuel il met en sa manche, et ayant pris congé de qui bon luy sembla, s'en alla à Saint-Cloud où pour lors estoit k; roy. Le mardy d'"' jour d'aoust, environ huict heures du matin, le roy fut adverti qu'un moine de Paris vouloit luy parler, et estoit sur sa chaise percée ayant une robe de chambre sur ses espaules, lorsqu'il entendit que ses gardes faisoient dilliculté de le laisser entrer, dont il se courrouça et dict qu'on le lisl entrer, et que si on le rebutoit, on diroit qu'il chassoit les moines et ne les vouloit voir. Incontinent le jacobin entra, et ayant faict une profonde révérence au roy qui venoit de se lever et n'avoil encore leschausses attachées, lui présenta des lettres delà part du comte de Brienne ; le roy commença alors de lire la lettre que le moine luy avait apportée, lequel moync voyant le roy attentif à lire, tira de sa manche son cousteau et luy en donna droit dans le petit ventre au dessous du nombril, si avant (ju'il laissa le cousteau dans le trou, lequel le roy ayant retiré à grande force en donna un coup de la pointe sur h; sourcil gauche du moine et s'écria : « Ha ! le méchiuil moine ! il m'a tué, qu'on le lue!» Auquel cry estant vislemrnl accourus* les

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gardes et autres, ledict religieux lut à llnstanl lue de divers coups; puis ce pauvre religieux est dépouillé et mis à nnd à la vue de tout le peuple pour sçavoir si personne ne le pouvoit cognoistre, car plusieurs estimèrent que c'estoit quelque soldat desguisé, paroissant cet acte trop hardi pour un moine. » Henri III était donc frappé ; ce fils des Valois tombait sous le couteau d'un jeune homme qui croyait délivrer la cité municipale de Paris et préparer le triomphe de la liberté. On espérait d'abord que Henri HI survivrait à sa blessure ; le malheureux prince le pensait lui-même, car deux heures après le méchant coup de couteau, il écrivait à sa femme : «Ce matin, estant à mes allaires, et le sieur de Bellegarde seul estant en ma chambre, mon procureur général m'a amené, par mon comminidement, un jeune jacobin ; lors ce méchant et malheureux m'a donné un coup de couteau pensant me tuer ; mais Dieu, qui est protecteur des royset qui n'a pas voulu que son très humble serviteur perdist la vie, a tellement destourné le coup que, grâces à Dieu, ce n'est rien, et que j'espère dans })eu de jours recouvrer ma santé , tant par le sentiment que j'en ay en moymesme que. par l'asseurance que m'en ont donnée les médecins et chirurgiens qui m'ont pansé et recognu n'y avoir aucun danger, dont j'aybien voulu vous adverlir, ahn que vous ne soyez point en peine par les bruits que l'on pourra faire courir. Au pont de Sainct-Cloud^le l'^'jour d'aoustl589. {De la main du roi:) Ma mie, j'espère que je me porterai très bien; priez Dieu pour moy, et ne bougez de là K »

Henri adressait de son lit de douleur une lettre au comte de Montbelliart : « Mon cousin , mes ennemis s'aidant du zèle que je porte à ma religion et du libre accès et audience que je donne à tous religieux, pauvres gens qui veulent parlera moy, et violant sous ce manteau les lois divines et la foy qui doit estre sous l'habit ecclésiastique, ce matin, un jeune jacobin fut amené par mon procureur-général, pour me bail 1er, disoit-il, des

M.ss. do biUuiiic, \ol. i-iÀ. Sy(i6, fol. G(J.

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lellresdu sieur de Harlay, premier président en ma cour de parlement. Après m'avoir salué et feignant à me dire quelque chose de secret, j'ai faict retirer les personnes présentes, et lors ce malheureux m'a donné un coup de cousteau, pensant bien me tuer ; mais Dieu qui a soin des siens, n'a voulu que je perdisse la vie, et me Fa conservée par sa grâce et empesché ce damnable dessein , faisant glisser le cousteau , de façon que ce ne sera rien , s'il plaist à Dieu , espérant que dans peu de jours il me donnera ma première santé. » Quelques heures après, toutes ces espérances de rétablissement s'évanouirent. « Le roy, ayant esté porté en son lict bien soigné et médicamenté par plusieurs médecins et chirurgiens, donnait idée de guérison ; mais sur le soir, la blessure s'aggrava de telle sorte , que les chirurgiens n'espérèrent plus le sauver. » Quelle tristesse dès lors parmi les braves compagnons de Henri II! 1 Le parti royaliste crut nécessaire de constater formellement qu'Henri de Valois, le roi très chrétien de France, allait mourir dans les sentiments catholiques ; il ne voulait point , tout en combattant sous les mêmes cornettes, être confondu avec les huguenots qui suivaient Henri de Navarre. Les royalistes catholiques craignaient l'excommunication du pape, el les fulminations contre la mémoire de leur roi ; ils se hâtèrent de dresser et sceller un procès-verbal particulier sur les circonstances de la mort de Henri III , leur maître et seigneur. « Qu'on sçache donc que lorsque nostre roy se sentit blessé, il se recommanda tout aussi tost à Dieu comme au souverain médecin ; il demanda à son premier chirurgien quel jugement il faisait de sa plaie, afin qu'il ne fust prévenu de la mort sans avoir recours aux remèdes de l'âme , qui sont les sacrements de l'église catholique, apostolique et romaine, à savoir : la saincte communion du corps et sang de Jésus -Christ et extresme - onction, etc. Sur les deux heures après minuict son mal rengrégea si fort, que luy-mesme commanda au chapelain d'aller prendre le précieux corps de Jésus - Christ, afin qu'estant confessé , dit - il , je le puisse adorer et recevoir pour viati(|ue ; il

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