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nous avons roqiiis; of souliailù avt;c laiiLdecoiilinuenos larmes C'X prières, (jiie voslre majesté, suivant les vonix qu'il lui a plu faire de restablir nostre saincte religion en son entier par Textirpation de toutes erreurs et hérésies, réglera et remettra les ordres altérés, donnera soulagement à son pauvre peuple sans lequel nous sommes menacés d'une entière ruine et désolation de cet estât. En quoy, sire, nous protestons de ne manquer nullement de nostre très humble, très fidèle et très dévotieux service et de n'y espargner nos propres vies jusqu'au dernier soupir. » En même temps le baron de Senecey complimentait le loy au nom des gentilshommes: « Sire, nous espérons aussi de vos i)romesses sacrées le restablissemcnt de l'honneur de Dieu, religion catholique, apostolique et romaine, et autres choses utiles à vostre estât et nécessaires à voslre pauvre peuple. De nostre part, sire, nous protestons tous d'y apporter la fidélité, zèle, affection et générosité qui tousjours a esté naturelle aux gentilshommes françois, en l'endroict de leurs rois et princes souverains. »
Mais en dehors de ces rapports oiTiciels , il y avait mécontentements, oppositions dans les états. Les mesures du conseil avaient aigri les esprits, un moment palriotiquement réunis par la nouvelle de l'invasion du duc de Savoie dans le marquisat de Saluées ; les nouveaux secrétaires d'état paraissaient les hommes du duc d'Epernon, du tiers-parti se rapprochant du roi de Navarre; pouvait-on leur confier les intérêts de la sainte-union catholique? n'était-il pas naturel d'en laisser la conduite au brave duc de Guise, à cette noble maison de Lorraine? La majorité des états exprimait ses craintes dans les petits comités; elle avait des rapports journaliers avec Henri de Guise autour duquel tous les mécontentements se groupaient. La position devenait inextricable ; le roi dcvait-il changer son conseil, le composer absolument des hommes qui avaient la confiance de l'union catholique? La reinemère, mécontente du renvoi de Chiverny et de ses collègues, et apercevant toute la puissance des états, n'était pas étrangère 11. fi
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ù ce mouvement qui eût modifiù le conseil du roi dans le sens de la ligue. Fallait-il subir une opinion aussi formidable ? telle n'était pas la tendance du roi ; il roulait d'autres desseins.
Une erreur de l'esprit d'Henri III avait toujours été que son nom était encore une puissance sur l'opinion catholique. Dans ses jeunes années, alors duc d'Anjou, il avait rendu de grands services au catholicisme dans les batailles; devenu roi, cela s'était etfacé. La qualité d'un chef de parti, son influence surtout tient à la condition absolue de servir les caprices, les haines, les passions de ce parti ; quand on secoue cette loi impérieuse qui prend une conscience d'homme pour en faire un instrument, on devient en exécration ; et telle était alors la triste position de Henri III ! comment croire qu'il pouvait lutter de popularité avec le duc de Guise? comment espérer qu'en lançant un coup d'état contre cette maison, il se substituerait à sa grandeur, à son induence? ne savait-il pas que la race des Guise éteinte, il se serait élevé une autre famille, qui aurait été placée haut dans la ligue, par cela seul qu'elle représenterait les intérêts catholiques? C'est cependant à ce coup d'état, à cette exécution des chefs de la famille de Lorraine ([ue s'arrêta Henri III; il les accusait d'être la cause des embarras inflnis que suscitait à la royauté l'assemblée de Blois: en les frappant, tout ne rentrait-il pas dans l'ordre? «Sçachez, écrit encore Pasfiuicr, que le roy étoit indigné des particularités qui se passoient à nostrc assemblée, (tellement que c'estoit vraiment une hydre dont l'une des testes coupée en faisoil renaistre sept autres, mesme que trois ou quatre jours auparavant, M. de Guise estoit entré avec lui en une dispute tant de son estât de lieutenant-général que de la ville d'Orléans). Il se deslihère de faire mourir ces deux i)rinces , estimant que leur mort seroit la mort de tous ces nouveaux conseils'. » D'où vint ce coup de force subit et désespéré? qui l'imposa à la royauté impuissante de Henri IH? U ne reste aucune trace d'une déli-
lEsT, pASQnnn, liv. xni, loll. 5.
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Mration positive; mais tout porte à croire que l'assassinat des princes lorrains, que le coup d'état de Blois fut conseillé par le tiers-parti du duc d'Epernon, menacé lui-même du poignard par la ligue, et qui, à la tète d'une armée, ollrait ses braves soldats à la royauté mécontente. Le roi posait ici en fait, comme à la Saint-Bar thélemi, l'existence d'une conjuration, pour justilier l'exécution de quelques hautes têtes. Le parti modéré allait aux excès par le besoin d'en finir avec les opinions qui fatiguaient ses convictions tièdes ; c'est souvent sa nécessité ; et alors il est plus cruel que les opinions extrêmes.
La résolution fut donc prise en conseil, de frapper d'un seul coup le duc de Guise et la ligue des états : ils s'étaient trop complètement confondus dans leurs délibérations ijour qu'il ne les atteignît pas en même temps ; Henri III pensait eifrayer les députés par une résolution violente, afin de dominer ensuite leur majorité. Les avertissements n'avaient point manqué au digne chef de la maison de Lorraine : «Trois jours avant la mort de M. de Guise à Blois, madame de Guise invita à souper M. le cardinal son frère, Monsieur do Lyon, le président de Neuilly, le prevost des marchands Marteau , et Mandreville; auxquels, après avoir bien soupe , M. de Guiso exposa les advis qu'il avoit de divers endroits, que le roy devoit attenter sur sa personne. Lors ledict sieur de Lyon fut d'advis de passer outre ; qui quittoit la partie la perdoit ; qu'il ne reviendroit jamais au point où il estoit parvenu avec tant de peines d'avoir faict convoquer des estais et y avoir faict desputer tant de gens de sa faction ; que le roy estoit assez sage, qu'infailliblement il appréhenderoit sa ruine manifeste en ce cas-là, scachant la part que ledict sieur de Guise avoit dans les estais et dans les provinces mesme, et qu'il ne se résoudroit jamais d'attenter sur lui. Le président de Neuilly, en larmoyant , lui disoit : Si vous vous perdez , monsieur, nous sommes tous perdus; je suis bien d'advis de passer outre, mais néanmoins vous devez prendre garde à vous. Marteau disoit qu'on estoit les plus forts ; qu'il ne llilloil rien craindre, et
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néanmoins qu'il ne lalluit point se lier, mais pluslost [irévenir et se mettre devant. Maudreville dict en jurant que le roy c^stoit un fol, et qu'il falloit croire qu'il n'auroit aucuue prévoyance et api)réIiension, mais exécuteroit son dessein bien ou mal. Et parlant qu'il lalloit se lever devant lui, lar il ne laisoit nullement sûr. M. de Guise respondit que Maudreville avoit plus de raisons que tous; mais que néanmoins les affaires estoient réduites à tel terme, que quand il vcrroit entrer la mort par la fenestre, il ne voudroit pas pourtant estre sorti par la porte pour la fuir ' . »
« Le jeudy 25 décembre, en sortant de la messe, le duc de Guise passa au grand jardin en attendant son heure de disner, où estant arrivé, le roy le tire à l'escart pour se piomener eux deux, et en même temps que sa majesté couunenca de parler du dessein de leur guerre , le duc le tranche court cl change de discours. Ils furent si longs, que chascun s'estonnoit de ce que le roy oulrepassoit ainsi l'heure de son repas. Le duc ayant rompu le discours du roy, lui dit que depuis le temps que sa majesté luy avoit faict l'honnciur de le recevoir en ses bonnes grâces, il auroit essayé, en diverses façons, à lui faire pavoistre par inlinies actions, le témoignage de ce bienfaict et l'affection qu'il luy portoit ; mais que par malheur ses actions les plus pures estoient prises tout à rebours par la malice et artifice de ses ennemis, chose qui lui estoit doresnavanl insupportable, et il estoit résolu de s'en venger par son esloignement, priant sa majesté de recevoir la démission de ses charges et emplois, et luy permettre de se retirer en son gouvernement, lui octroyant la survivance pour son lils. Le roy fut fort estonné de ces demandes, luy dict ipi'il vouloit entièrement se confier en luy, tant s'en faut qu'il voulust recevoir ses démissions, au contraire il désiroit plustost de l'accroistre ; le duc de Guise dict de rechef au roy que décidément il remelloit ses charges entre ses mains. — Non, dict le roy, je ne le veux
' M^i. DuiKiv, \ul. CGI. 'l!il)liulli, n>\alc.)
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pas, la nuicl vous donnera conseil. Et incontinent recognoissant, par cesle dernière attaque du duc de Guise qu'il estoit temps de jouer le dernier acte de la tragédie, disposa sa partie en ceste façon : après avoir soupe, se retire en sa chambre sur les sept heures, commande au sieur de Liancourt de faire tenir un carrosse prest à la porte de la galerie des Cerfs. Sur les neuf heures du soir, le roy mande Larchant , capitaine des gardes-du-corps, lequel, bien que malade d'une dyssenterie, va vers sa majesté, qui luy conunande de se trouvera sept heures (lu malin, assisté de ses compagnons, pour se présenter au duo de Guise lorsqu'il monteroit au conseil, avec une requestu pour le prier de faire en sorte qu'il fust pourvu à leur payement ; et lorsque le duc entreroit dans la chambre du conseil du roy, de se saisir de la porte, en telle sorte que quiconque ce fust ne pust entrer, ny sortir, ny passer. Cela commandé, le roy se retire, sur les dix à onze heures du soir, entre dans son cabinet, accompagné du sieur de Termes seulement, où ayant demeuré jusqu'à minuict : « Mon lils, luy dictil, allez vous coucher, et dictes à du Halde qu'il ne faille pas à m'éveiller à quatre heures , et vous trouvez icy à pareille heure. » Le roy prend son bougeoir et s'en va coucher avec la royne. Et pendant ce repos, l'on dict que le duc de Guise preiioit le sien auprès d'une des plus belles dames de la cour, dont il se retira sur les trois heures ; un de ses dourestiques le vit lisant cinq billets portant ad vis qu'il eust à se donner garde des entreprises du roy. Le duc ayant dit à ses gens le subject de ces advertissements, ils le supplient ne les vouloir mespriser. Il les met sous le chevet, et se couchant, leur dict : « Ce ne seroit jamais fini si je voulois m'arrester à tous ces ad vis ; il n'oseroit : dormons, et vous allez coucher. » Quatre heures sonnent. Du Halde s'éveille, se lève et heurte à la chambre de la royne. Damoiselle Louise Dubois de Prolant, sa première femme de chambre , vient au bruit , demande que c'estoit : « C'est du Halde; dites au roy qu'il est (jiia!rc heures. — Il doi't et la royne aussi. — Éveillez-le, répomiil du Halde; il me la
commandé , ou je heurterai si fort que je les éveillerai tous deux. » Le roy, qui ne dormoit point, ayant passé la nuict en belles inquiétudes, entendant parler, demande à la demoiselle que c'estoit : « Sire, dict-elle, c'est ]M. du Halde qui dict qu'il est quatre heures. — Prolant, dict le roy , mes bottines , ma robe et mon bougeoir » ; se lève, et laissant la royne dans une grande perplexité, va en son cabinet, où estoit déjà le sieur de Termes et du Halde, auquel le roy demande les clefs de ces petites cellules qu'il avoit faict dresser pour des capuchins ; les ayant, il y monte, le sieur de Termes portant le bougeoir ; le roy en ouvre une et y enferme le sieur du Halde, et successivement les quarante-cinq qui arrivoient; il parle ainsi à ceux de son conseil : «Vous sçavez tous de quelle façon le duc de Guise s'est porté envers moi depuis l'an 1585, que ses premières armes furent descouvertes ; à l'heure que je parle il est à la veille d'oser entreprendre sur ma couronne et sur ma vie, si bien qu'il m'a réduit en ceste extrémité qu'il faut que je meure ou qu'il meure, et que ce soit ce matin ! » Et leur ayant demandé s'ils ne vouloient pas l'assister pour avoir raison de cet ennemi, chascun d'eux approuve son dessein et font tous offres de leurs humbles services et de leur propre vie. Cela faict, il va en la chambre où estoient ses quarante-cinq gentilshommes, auxquels il parla en ces termes : « l\ n'y a personne de vous qui ne soit obligé de recognoistre combien est grand l'honneur qu'il a reçu de moy, ayant faict choix de vos personnes sur toute la noblesse de mon royaume pour me confier à vostre valeur et fidélité; vous avez esprouvé, quand vous avez voulu, les effecls do mes bonnes grâces, ne m'ayant jamais demandé aucune chose dont vous ayez esté refusés, et bien souvent ay-je prévenu vos demandes par mes libéralités, de façon que c'est à vous à confesser que vous estes mes obligés; mais maintenant je veux eslre le vostre en une urgente occasion où il y va de mon honneur, de mon estât et de ma vie. Vous sçavez tous les insolences et les injures que j'ay reçues du duc de Guise depuis quelques années, lesquelles j'ay soutlerles jusques ù faire douter de ma
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puissance et do mon courage ; vous avez vu en combien de façons je l'ay obligé, pensant ralentir le cours de ceste violence et furieuse ambition. J'en suis réduit à telle extrémité qu'il faut que ce matin il meure ou que je meure. Promettezmoi de m'en venger en luy ostant la vie ! » Tous ensemble d'une voix promirent de le faire mourir ; et l'un d'entre eux, nommé Périac, frappant de sa main contre la poitrine du roy, dict en son langage gascon : « Cap de jou, sire, je bous le rendrai mort. » Là-dessus sa majesté ayant commandé de cesser leurs offres de service de peur d'éveiller la royne sa mère : «Voyons, Messieurs, qui de vous a des poignards ? » Il s'en trouva huict, dont celuy de Périac estoit d'Escosse. Ceuxcy sont ordonnés pour demeurer dans la chambre et le tuer. Le sieur de Loignac s'y arresta avec son épée ; il mit douze de ses compagnons dans le vieil cabinet qui a vue sur la cour ; ceux-cy dévoient le tuer à coups d'espée comme il viendroit à hausser la portière de velours pour y entrer. Le roy, après avoir ainsi parachevé de donner l'ordre qu'il vouloit estre suivi pour ceste exécution, vivoit en grande inquiétude. En attendant que les deux frères fussent arrivés au conseil, il alloit, il venoit et ne pouvoit durer en place contre son naturel ; parfois il se présentoit à la porte et exhortoit ses gardes à ne pas se laisser endommager par le duc de Guise : « Il est grand, il est puissant, j'en serois marry, » disoit-il. On lui vient dire que le cardinal estoit au conseil ; mais l'absence du duc le travailloit surtout. Il estoit près de huict heures quand le duc de Guise fut csveillé par ses varlets, luy disant que le roy estoit prest à partir. Il se lève soudain, s'habille d'un habit de satin gris, part pour aller au conseil, trouve au pied de l'escalier le sieur de Larchant qui lui présente la requeste. Leduc lui promit contentement ; il entre dans la chambre du conseil. Et peu après que le duc de Guise fut assis : « J'ay froid, dit-il, le cœur me faict mal, que l'on fasse du feu » ; et s'adressant au sieur de Morfontaine : « Monsieur, je vous prie de dire au premier varlet-de-chambre du roy que
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je le prie de me donner des raisins de Damas uii de la conserve de rose» ; et ne s'en estant point trouvé, il lui apporta à la porte des prunes de Brignolles. Là-dessus, sa majesté ayant sçu que le duc de Guise estoit au conseil, dit à M. Revol, secrétaire destat : « Allez dire à M. de Guise qu'il vienne parler à moy en mon vieux cabinet », et le sieur de Nambu luy ayant refusé le passage, il revient au cabinet avec un visage eilrayé. C'estoit un grand personnage, mais timide. «Mon Dieu ! s'escria le roy, Ilevol, qu'avez-vous? que vous estes pasle ; vous me gastcrez tout ; frottez vos joues; frottez vos joues, Revol. — il n'y a point de mal, Sire, dicl-il ; c'est M. de Nand)u qui ne m'a pas voulu ouvrir que votre majesU'; ne luy commande.» Le roy commanda de luy ouvrir et de le laisser entrer et M. de Guise aussi. Le sieur de Marillac rapportoit une affaire de gabelle quand le sieur de Revol entra ; il trouva le duc de Guise mangeant des prunes de Brignolles, et lui ayant dit : «Monsieur, le roy vous demande ; il est en son vieux cabinet,» se retire, rentre comme un csclair et va trouver le roy. Le duc de Guise met des prunes dans son drageoir, jette le reste sur le tapis : « Messieurs, dict-il, qui en veut se lève,» ; il trousse son manteau sous le bras gauche, met ses gants et son drageoir sur la main de mesme costé, et dit : «Adieu, Messieurs.» 11 heurte à la porte; le sieur de Nambu lui ayant ouvert, sort, ferme la porte après soy. Le duc entre, salue ceux qui estoient en la chambre, qui se lèvent, le saluent en mesme temps et le suivent comme par respect. Mais ainsi qu'il est à deux pas de la porte du vieux cabinet , prend sa barbe avec la main droicte, et tournant le corps et la face à demi pour regarder ceux qui le suivoient, fut tout soudain saisi au bras par le sieur de Montseriac l'aisné qui esloit près de la cheminée, sur l'opinion qu'il eut que le duc voulust reculer pour se mettre en desfense, et tout d'un temps et par luy-mesme frappe d'un coup de poignard dans le sein gauche, disant : « Ah ! traître, tu en mourras. »> En mesme instant le sieur des All'ravats se jette à ^àcs
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jambes, et le sieur de Seinalens lui purle par le derrière un grand coup de poignard près la gorge dans la poitrine, et le sieur deLoignac un coup d'espée dans les reins, le duc criant à tous ses coups: «Hé! mes amis, hé! mes amis, lié! mes amis! » Et lorsqu'il se sentit frappé d'un poignard sur le croupion par le sieur de Périac, il s'escria fort liant : « Miséricorde!» et Lien qu'il eust son espée engagée dans son manteau et les jambes saisies, il ne laissa pas pourtant, tant il estoit puissant, de les entraisner d'un bout de la chambre à l'autre, au pied du lit du roy où il tomba. Ces dernières paroles furent entendues par son frère le cardinal, n'y ayant qu'une muraille de cloison entre deux : « Ah ! on tue mon frère ; » et se voulant lever, il est arrcsté par M. le mareschal d'Aumont qui, mettant la main sur son espée : «Ne bougez pas ; dict-il, mordieu ; Monsieur, le roy a all'aire de vous ; » aussi l'archevesque de Lyon, fort esfrayé, joignant les mains : « Nos vies, dict-il, sont entre les mains de Dieu et du roy. » Après que le roy eut sçu que c"en estoit faict, va à la porte du cabinet, hausse la portière, et ayant vu M. de Guise eslendu sur la place, entre, et commande au sieur de Beaulieu de visiter ce qu'il avoit sur lui. Il trouve autour du bas une petite clef attachée à un cliaisnon d'or, et dedans la pochette des chausses, il s'y trouva une petite bourse où il y avoit douze escus d'or et un billet de papier où estoit escrit de la main du duc ces mots : « Pour entretenir la guerre en France, il faut sept cent mille livres tous les mois. » Un cœur de diamant fut pris, dict-on, en son doigt par le sieur d'Antraguet. Pendant que le sieur de Beaulieu faisoit cette recherche, apercevant encore à ce corps quelque petit mouvement, il lui dict : «Monsieur, pendant qu'U vous reste quelque peu de vie, demandez pardon à Dieu et au roy; » alors sans pouvoir parler, jetant un grand et profond soupir comme d'unn voix enrouée, il rendit l'àme, fut couvert d'un manteau gris, et au-dessus mis une croix de paille. Il demeura bien deux heures durant en cesie façon ; [)aJs fut livré entre les munis du sieur de lUche-
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lieu, lequel, par le cuniinaiidement du roy, lict hnisler le corps par son exécuteur en ceste première salle et à la fin jeter les cendres à la rivière'. »
Il mourut, le Machabée de l'église, l'aîné de la grande race des Guise, de cette race en qui le principe religieux et municipal s'était personnifié. Simple capitaine, ou à la tête d'une forte armée, il montra le même courage, la même capacité militaire; il avait été heureux dans toutes ses entreprises ; seulement il manquait de cette puissance de résolution qui va sur-le-cliamp à un but et le touche. Nul doute que son dessein ne fût de poser sur sa tète la couronne de France en l'entourant d'une auréole catholique, en vertu de sa lignée carlovingicnne. Ces usurpations s'étaient vues; et un maire du palais, l'homme des batailles, n'avait-il pas tonsuré dans un monastère les Mérovingiens dégénérés? Plus tard, le fier vassal Jkigues Capet, le fils des barons de la terre, n'avait-il pas dépouillé le pieux descendant de Gharlemagne, l'expression de l'église et des clercs? Le duc de Guise avait plus de difficulté à vaincre, parce que le principe de l'hérédité était plus prolun- (iément établi dans les esprits; il hésita trop parce qu'il ne fut jamais nettement secondé par l'Espagne; Philippe II savait qu'on France le duc de Guise lui disputerait la prééminence sur la royauté religieuse. Après les barricades, la faveur poiuilaire aurait pu l'élever au trône ; il préféra la liculenancegénérale, espèce de mairie du palais qui préparait les voies à une ambition plus large. L'élection du cardinal de Bourbon lui assurait ce résultat. Henri de Guise arrivait au trône par la succession légitime, idée saluée par le peuple, comme l'était l'exclusion du Béarnais, huguenot maudit ; et c'est ce qui le séduisit sans doute, car la secousse était moins violente par l'hérédité simple qu'en essayant une révolution de race.
Dans les vieilles collections inédites se sont conservées deux lettres de Henri III, écrites au moment môme de l'assassinat du duc de Guise. Il est essentiel de prendre en quelque sorte
1 Ce curieux récit eslemiiruulé à uu int?-. ilc la colieclion l)ui]U\ ,vuli GGl.
la royauté sur le ftiit, de pénétrer dans ses plus intimes pensées, pour savoir si sa main trembla, si le cœur faillit, La première est adressée au duc de Nevers : « Mon cousin, estant de nouveau et depuis peu de jours venu à ma cognoissance que le duc de Guise travailloit à dresser sa partie pour se saisir de ma personne et troubler de nouveau mon estât, j'ay pensé que je serois à bon droit estimé indigne, par tous les princes estrangers, de la couronne et monarchie à laquelle Dieu m'a appelé, si je n'arrachois le cours de tant d'entreprises, et par là conserver ma vie et mon estât, et donner moyen à mes pauvres subjects de vivre en repos. Je vous dirai seulement que ledicl sieur de Gesvres vous fera entendre ce que je luy ay commandé de vous dire, par quoy je vous prie de le croire comme vous feriez moy-mesme, qui prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa très saincte garde. A Blois, le Sâ-^ jour de décembre 1588. Henry \ » La seconde lettre de Henri III étoit mandée aux échevins de Rouen : « Nos amés et féaulx, nous vous dirons que, au lieu que nostre bonté devoit adoucir le duc de Guise, puisque les lions se rendent familiers et domestiques par bienfaicts, il devoit, par nos gratifications, se ranger en son devoir; mais il estoit devenu si insupportable en ses comportemens, et faisoit tous les jours tant de mauvais desseins contre nostre propre vie, que la conservation d'icelle n'estoit plus qu'en la perte de la sienne, au soulagement et repos de nos pauvres subjects ; donnant au surplus ordre que les habitants de nostre ville de Rouen fassent ce qu'ils doivent, et ils nous trouveront tousjours prest îi les gratifier en ce qu'il nous sera possible, n'estant pas délibéré de souffrir désormais aucune entreprise contre le respect qu'ils nous doivent; car tel est nostre plaisir-, »
^ Henri III au duc de Nevers. — 23 décembre 1588, jour de la luort de Guise. — Mss, de Bélhunc, vol, cot, 88CG, fol. 193.
-24 dccembrn 1588. Mss. de Colbort, iii-lol. M. H. 1). \o\. fol. 10, fol. 2G7.
Lo coup (IV'tai no se borna point an duc do Gniso. L'oxrcntion contre la fière tète de la maison de Lorraine ne s'était pas passée sans rumeur « qni s'entendit de la chambre du conseil, occasion que M. le cardinal ayant augmenté sa desfiance et pris Fespouvante, voulut hastivement sortir, comme pour se sauver, mais il rencontra quelqu'un qui avoit commandement aux gardes écossaises, et rpii l'arresla prisonnier. Le roy commanda que l'un et l'autre lussent menés et gardés estroitoment dedans la tour du Moulin, sa majesté ivayant aucune volonté do punir le cardinal que de la prison, pour le respect qu'il portoit à ceux de cet ordre; mais luy ayant esté dict par <[iielqu'un de condition notable, que c'estoit le plus dangereux de tous, et que quelques jours auparavant il avoit tenu dos propos très insolents et pleins d'extrosmes mespris au désavantage de sa majesté, et entre autres, celui qu'il ne vouloit pas mourir qu'auparavant il n'eust mis à terre la teste de ce tyran entre ses jambes pour luy foire la couronne avec la pommette d'un poignard ; ces paroles, soit qu'elles fussent véritables ou supposées, csmurent tellement le courage du roy, que tout à l'heure il résolut de s'en despcscher; ce qui fut faicl le lendemain matin. Mandé par le sieur du Gast, capitaine aux gardes, de venir trouver le roy, sur ce commandement, estant entré en desfiance de ce qui luy devoit peu après advenir, il prie l'archevesque de Lyon de le confesser, voyant bien qu'il falloit se disposer à recevoir la mort : cela faict, ils s'embrassent et se donnent à Dieu ; et comme le cardinal approclioit de la porte de la chambre, prest à sortir, il se trouve assailli à coups de hallebarde par deux hommes apostés et commandés pour ceste exécution, après laquelle il fut faict de son corps le raesme qu'on avoit faict à celui de son frère. A la mosme heure, Pélicart, secrétaire du duc do Guise, fut pris, avec tous ses papiers, par lesquels aucun des plus secrets (;onseilsdu duc de Guise furent descouverts à sa majesté et les noms des principaux de la ligue, soit des princes et nobles, soit du clergé et <les villes. Ensuite furent arrêtés plusieurs députés et princi-
palomonl Marloan, le prévôt, l'cxpifission dii licrs-Otal. «Le. sieur de Richelieu, grand prevost, se saisit du président do Neuilly, de Marteau, prevost des marchands, Compans, Coltcblanche, cschevins de Paris, et de quelques autres, disant que deux soldats avoient failli tuer le roy, et vouloit les en faire juges'. » C'était un prétexte pour les retenir, et dominer, par ces mesures de forces, l'esprit de la grande assemblée de Blois. « Et tout aussitost à la porte de la chambre des états parut M. de Richelieu , grand prevost de l'hostcl , suivi de grand nombre d'archers, arquebusiers et picquiers de la garde, lequel s' estant présenté fit entendre qu'il estoit venu de la part de sa majesté ; que chacun des desputés eust À reprendre sa place; qu'il n'y avoit aucune offense; que le roy avoit failli à estre tué par deux soldats, lesquels avoient accusé do ladictc entreprise M. le prevost de Paris et M. le président de Neuilly, qu'il estoit venu prendre pour mener vers sa majesté. Lesdicts sieurs s'estant représentés par-devant M. de Richelieu, furent par lui et ceux qui l'assistoient mis hors de la chambre et menés au chasteau avec M. de Compans, l'un des desputés de la ville de Paris, et M. Le Roy, desputé d'Amiens ; et ledict jour en l'assemblée ne se fit aucune chose après les captures des susdits. »
Ainsi le roi épurait les états des partisans les plus zélés de la maison de Guise ; il manifesta dès lors l'intention de les continuer pour en obtenir appui et solliciter des subsides. Un moment la majorité parut indécise et craintive. «Le roi ayant fait entendre aux états que c' estoit son intention qu'ils fussent continués avec résolution de suivre en toute chose leurs raisonnables conseils, le sieur de Brissac fit une réponse pleine de congratulation et exhortation à sa majesté, de poursuivre à faire la guerre à ceux de la religion qu'il appeloit hérétiques, avec beaucoup d'autres invectives, sans leur laisser espérance da miséricorde. » Le roi n'en
^ Est. PASQViERt Viv. xiti, k(l< 5,