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ainsi que sa majesté le permet aux Espagnols ; le roy ne se nommeroit plus roy d'Espagne, non plus que roy de France, mais le grand roy ou autre tel titre qui ne portast spécialité. Les estats se tiendront de quatre en quatre ans, où on advisera à réformer les choses appartenantes à Testât. » Ainsi catholicisme ardent, unité religieuse, liberté municipale et politique, élection royale, souveraineté des états, leur convocation périodique, déchéance delà couronne au cas de la violation du serment, régularisation des taxes, examen des comptes, franchise du commerce; tel était le fondement de la sainte-union des villes, telles étaient les conditions auxquelles elles voulaient faire un roi. Mais tout cela était encore bien confus, bien indécis : tant que les étals n'étaient pas rassemblés, on ne pouvait jeter que des projets, on ne pouvait i)réparer que des intrigues. Les bons députés des villes et des provinces allaient arriver à Paris ; les prétendants exposeraient devant eux leuis droits respectifs, et ces droits seraient appréciés et jugés par les mandataires des trois ordres : clergé, noblesse et bourgeoisie allaient élire un roi.
Dans les crises de la monarchie, toutes les fois qu'un mouvement se développait avec quelque énergie, il y avait tendance à reconstituer la vieille nationalité provinciale : que ce mouvement vint des villes ou des barons, il avait le môme esprit; on se détachait du centre pour se grouper en provinces indépendantes, circonscriptions mieux en rapport d'habitudes, de langage avec chaque origine de peuples et d'invasions. Les ligues de cités, quoique dominées par l'unité catholique, avaient produit un résultat de morcellement; de grandes familles qui possédaient les gouvernements héréditaires, de vastes fiefs, des droits de protection et de vieilles origines, s'étaient déclarées affranchies de toute obéissance. Il y avait des parlements particuliers pour la justice et l'administration ; des cours des comptes, aides, finances. On n'avait besoin de l'autorité royale que pour conserver une suzeraineté politique dont les liens étaient si ftiibles encore. Cette démolition dîi
principe d'unité avait commencé par la Bretagne : sa position loin des mœurs et de la langue des autres provinces, l'isolement de ses villes, ce territoire de grands fiefs et de haute famille, favorisaient cette existence à part, cette vie d'indépendance féodale. Là il y avait un peuple encore vierge, dans un pays coupé de vieux châteaux crénelés, de forêts séculaires, fécondes en aventures de chevalerie et en souvenirs de romans ; Morgane n'y avait-elle pas laissé toute l'épopée de sa puissante magie ! La ligue s'était largement organisée dans la fervente Bretagne ; le duc de Mercœur, de la famille de Lorraine, en avait secondé l'impulsion ; l'ascendant qu'il exerçait sur les masses s'était accru par la faveur qu'il accordait au projet de la noblesse de reconstituer l'indépendance provinciale de la vieille Bretagne avec les grandes villes de Rennes, Nantes, Ploërmel, décorées de leurs municipes antiques. La position du duc de Mercœur lui rendait urgents les secours de l'Espagne; des bords de la Loire, Henri de Béarn, dans ses marches rapides, pouvait envahir la Bretagne. A l'origine de la ligue, le duc de Mercœur appelait l'appui de Phihppe II. Et le roi d'Espagne accorda des secours d'hommes et d'argent. Les troupes espagnoles, sous les ordres de don Juan de Laguila, entrèrent en Bretagne ; et le J" décembre 1590, le duc de Mercœur écrivait à Philippe II : « Sire, il seroit donc requis qu'il plust à vostre majesté m'ayder. Et nettoyant bientôt cesle province, comme j'espère faire, par la grâce de Dieu, et l'appuy qu'il plaira à vostre majesté me donner, l'on pourra tirer des commodités non seulement pour la conserver, mais aussi pour employer au service de l'Espagne dans l'entreprise d'Angleterre ou autre, ainsi qu'elle voudra commander, tant pour lever des gens de pied et de cheval que pour armer des navires.» Le duc de Mercœur avait raison de prévoir ce soulèvement des provinces d'Anjou et du Maine. L'envoyé auprès des braves Bretons, don Mendo de Ledesma, écrit à Philippe II : « Les Bretons viennent à vostre royale majesté, comme à leur unique protecteur et seigneur, la supplient en toute humilité
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de leur faire grâce et laveur de secourir ces deux provinces, tyrannisées par l'cnnemy, de deux mille soldais espagnols à pied et deux cents chevaux. <>
Le mouvement de la Bretagne, de l'Anjou et du Maine se liait à la vaste province du Languedoc, cette vieille patrie des Albigeois oii l'hérésie avait été si fortement réprimée au treizième siècle. Les catholiques avaient pris les armes sous le duc de Joyeuse, de cette famille de nobles favoris, dont le chef avait été couvert de colliers d'or, de pourpoints d'une blanche soie , et du cordon de l'ordre pendant sur sa jeune poitrine. Joyeuse, alors à Toulouse, s'adressait à Philippe II : «Sire, j'ay vu, par la lettre de vostre majesté, comme il lui plaist d'avoir égard à ce que je luy ay si souvent demandé, pour le bien comuuin de tous les catholiques de cette province de Languedoc, laquelle ne peut guère davantage subsister, s'il ne plaist à vostre majesté nous continuer le secours qu'elle nous a si bien commencé, et duquel elle nous donne quelque espérance.» Partout dans ces provinces étaient répandus les agents de l'Espagne, parmi ces nombreux couvents, alîiliation sainte (jui (îmbrassnil la catholicité. Un pauvre frère Basile, capucin, était en cori'csnondance avec le grand roi et son secrélaiie don Juan d'Jdiacjuez; il lui donnait des avis sur lesaffaiies du Languedoc, sur la manière de se conduire pour le triomphe de la cause commune. Ce frère Basile voyait les duc et cardinal de Joyeuse, le marquis de Villars et tous les chefs catholiques du midi; il avertissait la cour d'Espagne des conférences qu'il avait eues avec eux, et surveillait ceux-là même qui étaient en rapport avec Philippe IL La Gascogne, qui agissait plus nettement dans les intérêts catholiques , adressa à son royal protecteur un mémoire pour demander son aide.
En réponse, le roi d'Espagne envoya des secours au duc de Joyeuse en Languedoc; quelques régiments passèrent lesPyréiiées et prirent garnison à Toulouse et à JMontpellier. Dans le Lyonnais et la Bourgogne, le duc de Nemours obtenait le même résultat au proht de la hgue. Jamais la sainte villCde
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Lyon ne s'était démentie un moment de ses sympatliies et de ses croyances, toutes pour le catliolicisme et la digne association: elle en avait hautement arboré les couleurs; et pour imiter la ville de Paris, ses consuls et cchevins appelaient la protection du roi d'Espagne : « La bonté de vostre majesté nous faict prendre la hardiesse de lui taire représenter par le sieur de Pellissier une partie de nos atraires. Le dedans de la ville est gardé par les naturels habitants qui font guest jour et nuict d'un grand courage, encore que cela leur apporte une très forte despense et incommodité indicil)le. Cela, sire, nous a donné occasion de recourir à vostre libéralité; et la supplieitrès humblement qu'ayant esgard à l'importance de ceste ville convoitée par les ennemis, il luy plaise de nous impartir quelques petites sommes de deniers par cliascun mois. »
Et en Provence quelle ferveur et quel zèle! parlement, cités municipales, Aix, Marseille, Arles, tout se réunissait pour la conservation de l'antique foi catholique. Elle venait, cette grande province, de recevoir un secours elVectif du duc de Savoie et des Espagnols , auxiliaires de la sainte- ligue. Le duc de Savoie était entré dans Aix , appelé par le parlement; Marseille voyait ses braves galères unir aux couleurs du duc ses longues flammes, ses banderolles à croix. Quelques gentilshommes, sous la conduite du sire de Village, avaient voulu crier fueros los Savoyards ; mais le peuple, sous son premier consul Casaulx , avait salué le prince , défenseur de sa croyance et de ses libertés municipales. Comme dans la commune de Paris, toutes les rigueurs furent dirigées contre les huguenots et les biijarras, tiers-parti qu'on signalait auisi dans le patois de Provence'. Cependant quelques différends s'élevèrent entre le consul Casaulx et le duc de Savoie sur les privilèges de la ville : les Marseillais n'auraient jamais soufTert qu'une garnison oppressive entrât dans les nnu's de leur république municipale, et lorsque, par surprise, le parti des gentils-
1 Registres municipaux de Marseille, 1590-1691.
liomiiies se lui emparé du monastère do Sauil-Victor, CasauLx. lit pointer des canons contre ses hautes murailles , car la ville voulait elle-même défendre ses droits et sa foi religieuse. En 1591 une transaction réunit les esprits dans la cause commune. La possession de la Normandie était plus disputée et plus difticile ; la ligue y régnait moins en souveraine. Dans cette province, alors le théâtre de la guerre, Henri de Navarre avait établi le centre de ses opérations militaires. La Normandie nourrissait Paris de ses richesses ; Rouen était toute sympathique d'opinion avec Fhôtel de Grève; c'était en quelque sorte le môme peuple. Il était rare que le mouvement qui éclatait dans une de ces cités ne retentit pas profondément dans l'autre. Henri de Navarre sentait la nécessité de s'emparer de la seconde capitale de la ligue ; et après avoir fourragé quelque temps dans les environs de Mantes et de Lisieux , il se présenta tout à coup devant Rouen , confié alors à Villars (Brancas), gentilhomme provençal, bon ligueur et capitaine de gens d'arm(is. Le Béarnais avait réuni ses auxiliaires anglais, ses lansquenets d'Allemagne , sa brave chevalerie ; il pouvait tenter un coup de main. Néanmoins pour éviter un siège, il écrivit à ses amés et féaux les maire, échevins et habitants de la ville de Rouen : « Encore que vous ayez pu cognoistre, par le succès de mes affaires, ma boime ctsainctc intfïution de traiter tous mes subjects comme un bon père de famille, ce néanmoins persuadés par le roy d'Espagne (qui me veut priver de ma légitime succession ) , que je veux abolir la religion catholique, vous continuez toujours en vostre resbellion, encore que j'aye fait par actes le contraire dans les villes soumises en mon obéissance; de quoy j'ay hkn voiJa vous advertir, afin que, secouant le joug des Espagnols, qui vous rendroient à jamais misérables , vous recognoissicz vostre roy légitime ; autrement si vous me contraignez d'employer la force, il n'est pas en mon pouvoir d'empescher ([ue la ville ne soit pillée. Le secours du duc de Parme que vous attendez ne vous servira guère, car il ne [)Ourra aller jusqu'à vous sans une bataille,
et les ligueurs se souvienneiil de celle d'Ivry. Au camp de Vernon, 1" décembre 1591. Henri. »
Quand les éclievins reçurent, en conseil de "ville, ces propositions, tous s'écrièrent : « Est-ce que le Béarnais se mocque de nous ; est-ce qu'on ne cognoist pas ses déportements? Croitil que nous ayons oublié la prise d'Estampes et de Louviers , où furent t'aicts de si cruels carnages , et de Vendosme, où il fit décoller monsieur de la Maille Bernard, et pendre un cordelier, docteur de Sorbonne, nommé M. Gesse? Aux ongles nous cognoissons le lyon. Nous n'avons rien à foire d'un tel lioste. Il nous reproche de servir l'estranger ; est-ce que luymesme ne remplit pas le royaume d'Allemands et d'Anglois, lesquels, outre l'hérésie, sont ennemis conjurés du royaume de France? Allez donc, M. l'hesrault, porter nostre résolution de mourir plutost que de recognoistre l'hérétique pour roy. »
La défense des catholiques dans Rouen fut admirable comme l'avait été celle de Paris. « On y vit les bourgeois de la ville sous l'estendard du Crucifix, pieds nuds, chascun un llambeau de deux livres en la main; grand nombre de petits enfants qui chantoicnt les litanies, et puis les saincts reliquaires de sainct Romain, de saincl Godard, de sainct Oucn et de sainct Cande. Jean Dadrœus faisoit de longues prédications, il montroit fort doctement les raisons qui empeschent de recevoir un hérétique pour roy de France : un jour lit lever la main au peuple de plustost mourir que de recognoistre Henry de Bourbon, hérétique, relaps, pour tel déclaré et condamné par les papes Sixte V et Grégoire XIV. Pendant ce temps le Béarnais attaquoit vigoureusement la porte Sainct-Hilaire ; mais les habitants étoient tous sous les armes, résolus de s'ensevelir sous les ruines de la cité, et ce brave M. de Villars, à la teste des bons bourgeois, faisoit de fréquentes sorties, notamment une parla porte Cauchoise qui fut meurtrière aux hérétiques '.»
La sûreté et les subsistances de Paris dépendaient de Rouen.
^ Discours du siège de Rouen valeureusement soustenu contre le roy de Naviii-rc m l'anné" 1601-150?,
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Les membres de Tiinion le sentaient bien; comment lutter avec de simples troupes de bourgeoisie contre Henri de Navarre à la tête de la chevalerie huguenote? Le duc de Mayenne s'était rendu en toute hâte auprès du duc de Parme, dans les Pays-Bas, pour appeler de nouveaux secours. Il lui avait exposé les besoins de la ligue, la nécessité de transiger avec le Béarnais, si Bouen n'était pas secouru comme l'avait été Paris. Le duc de Parme fit de nombreuses difficultés ; il voulait faire acheter ses services; il n'avait pas été content de la reconnaissance des Parisiens après les avoir délivrés du grand danger du blocus et de la lamine : quel sort allait être réservé aux intérêts de l'Espagne ; élirait-on rinl'ante dans les états? ferait-on quelques concessions au roi Philippe II? Le duc de Mayenne promit beaucoup , m.ontra l'importance , avant toute chose, de ne pas subir la domination du Béarnais, résultat inévitable, si l'on ne délivrait Bouen. Farnèse se décida à une seconde campagne, et les braves soldats espagnols saisirent leurs pique set arquebuses. L'armée wallonne traversa de nouveau la Picardie avec cet ordre admirable qui avait si bien réussi lors de la première pointe sur Paris. Il est facile de juger, par les lettres du duc de Parme, tous les mouvements qui précèdent ou suivent cette campagne des Espagnols en Normandie.
Alors la famille de Guise, et le jeune fils bien- aimé de l'illustre Machabée s'étaient rendus dans les Pays-Bas. De Landrecy, le 18 décembre 1591, le duc de Parme écrivait au roi d'Es|)agnc : « Je ne sçaurois dire cuml)ieu j'ay de regret de voir les choses de ce royaume et celles de l'union en particulier dans la confusion où elles sont ; ne pouvant entretenir l(?s uns ny les autres, ny subvenir à Mayenne, ny aux François qu'on pourra avoir, .l'en crains les désordres et desbandements; Dieu y pourvoira, car Mayenne et les François sont desgoustés par faute de ne pouvoir et n'avoir moyen de leur subvenir; je ne sçais ce qu'il en S(îra de nous et comment nous |)0inrons faire le royal service de voslre majesl<'' en aucun
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lieu, puisque le tout sera exposé au bénéfice de la fortune, en une saison et affaire qui devroient estre bien différentes de ce qui est; de sorte que je ne sçais que dire, sinon que nous recommander à Nostre- Seigneur et en ses miracles, car autrement il n'y a apparence, je ne dis pas d'obtenir ce que Ton prétend, mais encore de nul bon succès.
Le 15 janvier 1S92, le premier mouvement des Espagnols commença sur les frontières; le duc de Parme s'empresse de l'écrire à Philippe n : « Sire, je partis de Landrecy samedy dernier, et vins loger sur les limites de France , et pour ce qu'il me falloit passer bien près de Guise, où estoient pour lors la duchesse et le duc son fils, il me sembla qu'en passant je luy devois aller baiser les mains pour sçavoir quelle seroit son intention sur les affaires de ce royaume , ce que je fis ; et à ce que je pus comprendre, par les propos de Madame qui me furent confirmés par l'évesque de Plaisance qui estoit avec elle , je cognus bien qu'elle ny son fils n'estoient aucunement contents du duc de Mayenne, se plaignant à moy du peu de compte qu'il avoit d'eux , disant qu'il ne faisoit son devoir à leur égard, et qu'il prendroit plutost le chemin d'amoindrir que d'advancer l'auctorité du duc de Guise. Sur le tard arriva le duc de Mayenne pour voir Madame , se trouver avec moy et traicter ce qu'il faudroit faire sur les choses plus press(''cs, et me semble que je l'ay trouvé plus retenu en ses paroles et avec plus d'ombrage et de soupçons qu'il n'avoit accoutumé; il entra en mille plaintes , tant pour le regard de l'argent que pour le faict de don Diego. Enfin nous entrasmes sur la matière principale de la convocation des estais, et sur le surplus de l'eslection et déclaration d'un souverain catjiolique, luy rappelant l'instruction de vostre majesté touchant la sôrénissime infante ; à quoy il dit qu'il la serviroit comme il estoil obligé ; mais qu'il estoit nécessaire de gagner plusieurs gentilshommes pour parvenir à ceste fin, me voulant faire entendre que sans cela, l'assemblée des états seroit de nul profit. »
Cependant l'armée espagnole marchait au secours de Rouen II. n
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qui jetait do temps à autres ses braves défenseurs dans de périlleuses sorties. Le siège continuait avec persévérance, et les catholiques redoublaient de zèle, en face de cette troupe huguenote et royaliste qui menaçait ses murailles. La population des halles, des métiers, les bouchers, tisserands, les clercs des écoles, tous couraient aux remparts, maniaient l'arquebuse ou la couleuvrine. S'il y avait des traîtres , des hommes malintentionnés qui songeassent à Henri de Navarre , ils étaient dénoncés par le peuple , frappes par le parlement. « Vu par la cour , toutes les chambres assemblées , la requeste présentée par le procureur-général du roy, contenant qu'à l'occasion du siège mis devant ceste ville par Henry de Bourbon, prétendu roy de Navarre, aucuns malatl'ectionnés estant en icelle, ne séduisent le peuple, la cour iaict très expresses inhibitions et desfenses à toutes personnes, de quelque estât, dignité et condition qu'elles soient, sans nul excepter, de favoriser en aucune sorte et manière que ce soil le parti dudict Henry de Rourbon, mais s'en désister incontinent, à peine d'cstre pendus et cstranglés. Et d'autant que les conjurations apportent le plus souvent la ruine totale des villes où telles trahisons se commettent , est ordonné que par les places publiques de ceste ville et principaux carrefours d'icellc, seront plantées potences pour y i)unir ceux qui seront sy malheureux que d'attenter contre leur patrie ; et à ceux ([ui descouvriront lesdicles trahisons , encore qu'ils fussent complices, veut la dicte cour leur deslict leur estre pardonné, et leur estrc payé deux mille escus à prendre sur Thostel-de-ville '. »
Et qui aurait osé affronter les arrêts de la cour ! qui aurait osé parler du Béarnais au milieu de ce peuple qui défendait si vaillamment ses murailles contre les gentilshommes et les bandes d'étrangers pillards! Henri de Navarre laissa un corps de troupes sous le niarèchal de Biron, devant Rouen, et à la tète d'une nombreuse cavalerie, il courut liarceler Thabile et prudent Farnèse, qui s'avançait en bataille, des frontières de
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Flandre. A Auiiiak', la mêlée fut cliaiidc; les arquebuses et couleuvrines retentirent ; Henri de Navarre s'aventura, comme il faisait toujours, avec sa témérité de gentilhonmie, Jusqu'au milieu des avant-postes ennemis ; il en revint blessé, échappant à peine aux reg/niientos espagnols, aux braves lances wallonnes. Le 9 février, le duc de Mayenne annonçait des succès au légat : « J'ai eu advis, par un trompette des ennemis, que dans Tescarmouche, à Aumale, le roy de Navarre avoit reçu un coup de pistolet au-dessous de sa cuirasse, qui lui avoit tout froissé le costé, et en gardoit la chambre ; de façon, monsieur, que cet effecl a beaucoup accru le courage des nostrcs. Nous partons tous demain pour nous advancer, et ne serons plus esloignés de Rouen que de six petites lieues et fort proches des ennemis, .le ne faudrai de vous donner advis de ce qui se passera entre nous et eux, et Dieu nous fasse la grâce que le succès en soit à sa gloire et au bien de l'église. »
L'armée catholique continuait sa marche sur llouen ; l'avantgarde obéissait au duc de Guise, à MM. de La Châtre et Vitry : la bataille était conduite par Farnèse, le duc de Mayenne et le duc Hercule, neveu du pape Grégou'e XIV; le duc d'Aumale était à la tète de l'arrière-garde. Les Suisses et l'artillerie étaient sous les ordres de Bassompierre et de La Motte. Deux moyens se présentaient pour la déhvrance de Rouen : l'un d'attaquer en face l'armée du Béarnais, arquebuse pour arquebuse, couleuvrine pour couleuvrine ; l'autre de se rendre maître de la petite ville de Caudebec, de la plus haute importance par les magasins qu'elle contenait. Ce dernier parti fut adopté et exécuté avec une grande habileté. Le duc de Parme y reçut une blessure dangereuse. La prise de Caudebec compromettait la position de Henri IV. L'armée espagnole était si menaçante, ses reglmientos si nombreux, que le Béarnais demandait partout des secours. Alors il écrivait à M. de Beauvoir, son ambassadeur à Londres auprès d'Elisabeth , en lui donnant quelques détails sur les opérations militaires devant Rouen : a Continuez, mon amy, i'instauco que je vous ay mandé faire
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auprès de la l'o^ne madame ma huiiiie sœur, qu'il luy plaise làire accélérer le secours dont je l'ay supplié me vouloir assister, et si tout ne pouvoit estre promptement assemblé, dès qu'il y auroit mille hommes prests, qu'elle les voulust faire passer, et laire suivre le reste jusqu'à quatre mille hommes que je luy ay demandés. » P. S. (De la main du roi.) « Le duc de Parme a esté blessé d'une arquebusade ou une mire, devant Gaudebec, qui luy fut rendu avant-hier par composition; et néanmoins il ne laisse pour sa blessure de comparoistre aux aOaires '. » Menacé dans toutes ses positions, le maréchal de Biron leva le siège de Rouen le 22 février, à midi, contre le gré de ses soldats, qui, disaient-ils, « aimoient mieux mourir que de se retirer après les rigueurs de l'hyver qu'ils n'avoienl pas enduré pour lascher le pied. » Le roi de Navarre était allé à Dieppe avec une partie de l'armée hérétique, tandis que les Anglais se retranchaient à Arques. Quelle joie dans Rouen pour cette bonne di^livrance! « Messieurs du parlement, suivis de tous les habitans, allèrent le jour mesme à Nostre-Dame rendre grâce à Dieu d'une telle nouvelle, et après le Te Deuin chanté, furent faicts feux de joie aux places publiques, et toute l'artillerie de la ville tirée en signe d'allégreise. » A l'imitation de la bonne ville de Paris, après la délivrance, les maire etéchevins écrivirent au duc de Parme, leur sauveur, et chef des braves Espagnols : « Dieu, père de miséricorde, nous a faict sentir sa paternelle providence par le secours de l'armée conduicte par votre altesse, qui a préservé ceste ville de la rage des hérétiques, et sauvé par ce moyen ce royaume, dont elle est principal membre, de la persécution cruelle de riiérésie. De sorte qu'après Dieu nous vous recognoissons , avec nos princes, sauveurs, libérateurs et protecteurs, non seulement de ceste ville, mais de tout le royaume de France. »
Le duc de Parme ne négligeait pas ces bons rapports avec les villes municipales; il savait toute la force, toute lapuis-
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sauce des étals ; le peuple était pour lui ; ne l'alluil-il pas songer à rélection de rinranle? aménager les conseillers et éclievins ? La position de l'armée espagnole, après la délivrance de Rouen, aurait été critique, si le duc de Parme ne s'était assuré un pont sur la Seine; ces ponts étaient rares; plusieurs au contraire facilitaient les abords de Paris. Appuyé sur la grandi' cité, on pouvait effectuer ce passage à l'abri des murailles, de leurs pièces d'artillerie, des braves bourgeois armés. Les privilèges municipaux étaient alors d'une telle force, qu'aucun homme de bataille ne pouvait pénétrer dans une ville fermée sans l'avis des conseillers , magistrats et chefs de quartiers, nobles gardiens des chartes. Le 15 mai 1592, Farnèse écrivail aux échevins de Paris : « Messieurs, je ne doute que n'ayez entendu ce qui s'est passé au désassiégemenl de la ville de Rouen. Nous vous en avons bien voulu adverlir, et que s;i majesté ne veut abandonner ceste cause saincte ni nous, atiii que continuez et persévérez à vous comporter comme avez si bien faict jusqu'à présent; et s'il est besoin de passer par vostre ville , nous faire donner passage ou barques pour faire un pont sur la Seine , comme nous sera plus commode ; et assurez-vous de nostre amitié et de l'atrection que nous avons à vostre propre bien. » Et que le duc de Parme avait bien compris les bons habitants de Paris! Comment auraient-ils refusé passage à l'armée catholique et libératrice qui venait de sauver une cité alliée! « Le lundy 18^ may, il y eut assemblée faicte en l'hostel-de-ville au petit bureau, pour ad viser aux moyens de faire la réception et frais de l'entrée en ceste dicte ville de MM. les prince de Parme et duc de Guise. La compagnie a esté d'advis qu'il estoit très nécessaire d'aller cejourd'huy à la porte de Bussy, par où doivent entrer Jesdicts seigneurs et leur faire la réception qui leur est due, et de là, les accompagner jusquesès-maisons où ils descendront comme princes qui le méritent , s'il y en a au monde. Et le mardy 19'= du présent mois, lesdicts sieurs prevost des marchands et escheyins, et le sieur Morin, procureur de la ville, se nhrent
en coche et furent au chasteau de Meiidon, où cstoit le duc de Parme, pour lui faire la réception et donner quelques présents au nom de la ville ; lequel seigneur ils trouvèrent sur le chemin de Gentilly, et luy fut faict par M. le prevostune petite harangue , à laquelle il fit response fort honnestement, et remercia la ville de ce qu'elle lui faisoit beaucoup d'honneur. Et le 20% on distribua les présents à MM. les ducs de Guise, prince de Parme et deux de ses neveux , aux sieurs de Plaisance, Saint-Paul, de Rosne, et plusieurs grands seigneurs qui avoient accompagné lesdicls princes. » Ce fut encore un notable résultat obtenu par la tactique du duc de Parme; Rouen était délivré comme Paris, et cela sans presque aucune perte. Farnèse épuisait en courses de montagnes et de plaines toute la chevalerie du Béarnais; et lui, restait inexpugnable avec ses bons régiments, ses batailles de lances couvertes de chariots ; partout où l'Espagnol se portait en masse , le but militaire était atteint. Une des grandes villes catholiques était sauvée; Henri de Navarre obligé de s'éloigner. Puis, comme les Pays-Bas avaient besoin de l'armée espagnole , le duc de Parme, harcelé par la gentilhommerie, qui croyait le retenir en son pouvoir, opéra cette rcitraitc merveilleuse à la vue du Béarnais , « lequel ne s'(!n étant pas douté , ne put opposer aucune résistance. » Farnèse passe la Seine, côtoie Paris, et se rend en Flandre sans coup férir. La mort l'enleva bientôt au commandement suprême des provinces confiées à son habileté et à son courage.
Les mouvements de la chevalerie calviniste étaient particulièrement secondés par les troupes auxiliaires. Jamais Henri de Navarre n'aurait pu, avec ses seules forces, conquérir une à une les provinces du royaume de France, étroitement liguées. Que pouvait-il, noble et pauvre enfant de race, contre cette poi)ulation active des communes, défendant ses croyances sur le champ de bataille, aux éclats des couleuvrincs et arquebuses? Il se vidait sur la terre de France une vaste querelle : le catholicisme et la réforme s'étaient personnifiés da^ns Phi-
HT HEiNHI IV. 1'.)!)
lippe II et Elisabeth. (Tétait une guerre d'inlluence entre l'Espagne et l'Angleterre, Les Anglais ne pouvaient souffrir l'occupation simultanée de la France et des Pays-Bas par une puissance rivale. Une flotte et des hommes de débarquement partis d'Anvers et de La Rochelle, c'en était fait de Londres et de ses barons. On se souvenait de l'effroi qu'avait produit l'apparition de Varmada, et lorsque la tempête eut dispersé cet immense armement, toute la préoccupation d'Elisabeth dut être d'empêcher le triomphe du catholicisme en France et en Angleterre, c'est-à-dire l'établissement haut et durable du pouvoir de Philippe II. Lors(iu'on pénéti'a profondément dans la conjuration de Marie Stuart, lorsqu'il s'agit d'examiner les éléments de succès sur lesquels le roi d'Espagne comptait pour les victoires de son armada, il fut reconnu que le parti catholique en Angleterre, lié d'opinion et d'intérêt avec Philippe II, favorisait ses desseins. Ce fut le premier mobile de la nouvelle persécution contre les papistes. La vieille reine Elisabeth pouvait être fanatique de sa croyance; mais il y avait au fond de cette ardeur persévérante, de ces mesures de confiscation, de ces verdicts de mort contre les dissidents, une nécessité politique ; le catholicisme était le signe visible d'une conjuration en Angleterre, comme la réforme l'avait été en France ; les halles de Paris eussent brûlé un huguenot avec autant d'ardeur et de joie qu'on égorgeait les papistes dans les rues de Londres. C'était là l'expression de deux factions en armes. Mais en France l'avènement de Henri IV devint un principe de transaction. Rien de semblable ne se passa en Angleterre ; et voilà pourquoi la religion romaine y fut constamment persécutée comme une opinion dangereuse et menaçante. Cette situation, bien comprise d'Elisabeth et de son conseil dirigé par Burleigh, entraîna l'Angleterre à la double mesure d'une alliance plus intime avec Henri de Navarre et d'une attaque régulière contre l'Espagne. Il était évident que si le Béarnais triomphait et avec lui la doctrine réformatrice, la puissance de l'Espagne était frappée au cœur ; la France échappait d'abord à son système.
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ilieii de plus lacile que de lavonser les Pays-Bas dans leur projet d'indépendance. La Hollande était déjà organisée en état libre; tous les électeurs réformés de l'Allemagne, se détachant de l'unité catholique, secouaient la pesante couronne de Charlemagne. Ceci opérait un changement complet dans la situation politique de l'Europe. Si la ligue au contraire parvenait à ses lins, si une infante était saluée reine de France, tôt ou tard une révolution devenait imminente pour l'Angleterre. Philippe II pouvait diriger des escadres tout à la fois des ports de Bretagne, de la Normandie et de l'Escaut, sur la Tamise, où le parti catholique d'Irlande et d'Angleterre seconderait celte révolution. Attaquer directement l'Espagne, la presser dans ce premier moment d'embarras qui succéda à la défaite de Y armada, parut un bon projet au conseil d'Elisabeth, et surtout au jeune et brillant comte d'Essex, enfant de gloire, à l'époque héroïque oîi les favoris mouraient l'épée au poing à vingt ans! Le jeune homme s'échappa des bras de la vieille reine pour courir à bord des navires de Dracke, le marinier intrépide, loup de mer qui revenait à chaque course avec son navire à plein bord chargé de doublons. Il y avait alors en Angleterre deux hommes qui pouvaient servir d'instrument aux projets d'Elisabeth contre la péninsule : don Antonio, prieur de Crato, bâtard de la couronne de Portugal, et qui l'avait disputée lors de la conquête par Philippe II ; et plus tard, Antonio Perez, secrélaiic du roi d'Espagne ; Perez avait cherché là un refuge pour se soustraire au châtiment d'une trahison. Dracke prit à son bord le prieur de Crato ; vingt-deux mille Anglais débarquèrent à la Corogne. Mais quelle sympathie pouvaient-ils trouver sur celte terre! il n'y avait pas deux croyances en présence. Le cardinal Albert défendit tout le littoral de l'Espagne. Le sort de ïarmada frappa la Hotte anglaise ; elle fut dispersée par la tempête , et rentra en désordre dans Plymouth. Le conseil d'Elisabeth ne renonça point aux projets de soulever l'Espagne, d'attaquer le catholicisme au cœuV même ; il envoya des agents pour provoquer les débris de la nation des Maures vaiu-
eus et dispersés. En CaUilogne, à Valence, dans la Biscaye, c'étaient les anciens f'ueros, les vieilles libertés que la reine invoquait. Une dépèche d'un agent secret à Philippe II, indique toutes les trames deTAnglelerre dans les provinces d'Espagne ; on y préparait des soulèvements. Philippe écrit de sa main au bas de la dépèche : «Ceci est grave; qu'on s'en informe surle-champ et qu'on sévisse avec toute rigueur. »
Henri de Béarn n'était pas seulement aidé des forces militaires de l'Angleterre et de ses subsides ; sa diplomatie était habile à se procurer partout des auxiliaires. Au siège de Rouen, il parut jusque dans la Seine une flotte hollandaise; pour seconder les opérations de l'armée assiégeante. La Hollande commençait à jouer un rôle dans les mouvements de l'Europe; elle s'était constituée elle-même pour proclamer son gouvernement, et alors ce gouvernement se produisait au dehors par des alliances. En même temps Henri favorisait la rébellion morale qui se produisait dans les Pays-Bas catholiques, déclarant qu'ils voulaient être gouvernés par leurs propres lois et leur propre magistrat, tandis que l'archiduc Ernest, sous rinfluence de l'Espagne, venait de leur imposer garnison de troupes wallonnes et de lansquenets, les restes des vieilles bandes de Naples et de la Catalogne. Le Danemarck, la Suède étaient aussi dans Falliance de Henri IV au nom de la réformation. Le Béarnais avait député auprès de ces deux cours des ambassadeurs spéciaux ; et c'est peut-être un des traits de l'habileté de Henri IV, que ce choix de négociateurs actifs, allant sur tous les points de l'Europe remuer les inimitiés contre l'Espagne, objet de toutes les haines, parce qu'elle était le principe d'une grande résistance au mouvement des idées et des nouveautés politiques. Dans cette année 1592, Henri accrédita auprès du sultan Amurat un nouvel ambassadeur, Savary de Brèves, neveu de Savary Lancosme, qui venait de mourir à Constantinople. Savary était porteur de pleins pouvoirs ; et comme la puissance de 1 Espagne était antipathique au développement de la grandeur de Tislamisme,
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Henri IV clicrchant à profiter de ces rivalités contre Philippe II, écrivait à Amurat : « Très haut, très puissant, très excellent, très magnanime et invincible prince le grand empereur des Musulmans, sultan Amurat, en qui tout honneur et vertu abondent, nostre très cher et parfaict amy; nous avons l'aict entendre à vostre hautesse l'intention que nous eusmes, dès nostre avènement à ceste couronne, d'avoir un ambassadeur vers elle pour confirmer de nostre part l'immuable volonté qui nous accompagnera jusqu'au tombeau, de persévérer en l'amitié et bonne intelligence contractées depuis longtemps entre les grands empereurs et les roys de France, mesme la restreindre et corroborer davantage, si foire se peut. »
L'ambassadeur réussit complètement. L'histoire de ces négociations existe encore ', et les résultats en furent favorables au développement du pouvoir de Henri IV. Le sultan soudoyait la révolte des Musulmans d'Espagne , de ces braves Maures qui n'avaient rien abdiqué, ni leurs mœurs, ni leurs croyances, culte sacré qu'ils conservaient dans leurs villages dispersés. Les flottes barbaresques menacèrent les côtes d'Espagne; elles inquiétaient la tète vieillie de Philippe II. A chacune de ses victoires, à la nouvelle du plus petit de ses progrès, Henri IV se hâtait d'en écrire à son allié de Constantinople, pour app(v 1er des secours et fortifier les liens des traités. Amurat suivait les campagnes du Béarnais en multipliant les conseils. Dans un long firman , expédié par ambassade , il lui disait : « Vostre ambassadeur qui est ici nous a baisé les pieds, et nous l'avons reçu et escouté de bonne grâce. Il nous a dicl que vous estiez roy de France, recognu de tous, et que vous n'aviez des empeschements que du costé de l'Espagnol, avec lequel se sont joincts et mis quelques-uns de vos principaux vassaux, qui vous font la guerre jour et nuict ; il nous a prié de vous aider et assister ; ce que nous ferons bien volontiers si vous estes
1 Yoijez la correspoiulancc du s-iciir de Brèves ; elle existe parmi les uiss. du roi ; "iJ \ol. iu-fol. <,
vraiment roy de France, et si les Espagnols s'y opposent. » Le sultan lit plus encore : il mit ses Hottes, sous pavillon musulman, à la disposition de Henri IV. Dans la campagne de Normandie, Henri IV eut encore les secours des Suisses réformés et des lansquenets d'Allemagne, troupes mercenaires , sans moralité, et qui couraient là comme des condottieri d'Italie au moyen âge. Henri de Navarre était resté maître de tout le plat pays de Normandie; si le duc de Parme avait atteint son but, la délivrance de Rouen , la chevalerie du Béarnais , les Anglais auxiliaires sillonnaient en tous sens la plaine, et cette prise de possession d'une province était proclamée par les parlementaires comme une signalée victoire. Il fallait favoriser l'impulsion des esprits et préparer la puissance morale du parti de transaction.il existe encore un bulletin tout entier écrit de la main du roi de Navarre sur ses opérations militaires . de Normandie : « Du 28 avril. Sa majesté, continuant son dessein de combattre le duc de Parme, usa de grande diligence pour approcher son armée, et se trouva proche d'icellc lorsqu'on l'estimait encore bien loin. Sa majesté se logea proche d'Yvetol, oij estoient les ducs de Mayenne et de Guise, qui se retirèrent en grande diligence, et en furent tués cinq ou six cents sur la place. On a pris prisonniers le jeune baron de la Chastre, le gouverneur de Dreux, le chevalier P'reton , et quarante-cinq autres. En mesme temps furent envoyt^-s quatorze vaisseaux avec la grande galéasse de Rouen, chargés de vivres et de munitions, qui furent combattus par les Hollandois, partie pris et partie mis à fond ; et tous lesdicts vivres et munitions demeurés. Il s'est perdu seulement un vaisseau desdicts Hollandois. — Du 1" mai. Sa majesté partit de Varicarville pour enlever un autre logis des ennemis, lesquels estoient advertis et préparés. Et sortirent au devant bien douze cents hommes de pied et quatre cents chevaux, qui furent si heureusement combattus qu'il en demeura six ou sept cents sur la place, et plusieurs prisonniers. Et de ceux de sa majesté il y en eut cinq de tués, et dix-huict ou vingt blessés. On
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estime que depuis ce dernier retour, le duc de Parme a perdu six à sept mille hommes. »
Les moindres succès étaient ainsi exaltés par des publications qui relevaient les espérances royalistes. On se battait en l)raves partisans, en bons chevaliers; mais on n'avait aucune ville lorte pour appuyer ses mouvements, aucune cité populeuse et de ressource ; on courait entre Paris et Rouen sans tenir ni l'une ni l'autre de ces grandes municipalités. Supposez un éclatant succès aux armées catholiques, que seraient devenus la chevalerie du midi et les étrangers à sa suite, dans des provinces où les populations prenaient les armes au son du double tocsin de l'hôtel-de-ville et de la cathédrale ? De toutes parts on était aux prises. En Lorraine, le brave duc de Bouillon remportait un avantage sur les catholiques conduits par le sieur d'Amblize , grand maréchal de la province. Et à Villcmur, que devenaient lcsentrei)risesdeJoyeuse? Rien d'étonnant que les catholiques fussent battus devant une ville zélée rél'ormatrice. Le duc de Joyeuse, voyant son armée dispersée, fit sonner la retraite ; « mais ceste retraite lui fut si mal assurée, que les siens se croyant poursuivis par l'armée victorieuse, s'enfuirent à l'estourdic et se précipitèrent dans le Tarn. Le pont qu'il avoit basti estant coupé, causa la mort de [)resque tous ses gens d'armes. » .loycuse , au désespoir , ne put survivre à une si triste délaite ; on le vit, se débattant au milieu de deux soldats qui voulaient le retenir, se précipiter dans le fleuve à la face de l'ennemi vain([ueur, (jui le poursuivait à outrance. « Vers la fin d'octobre, le corps de M. de Joyeuse a esté tiré de l'eau et porté à Villemur pour y rstr(î enterré ; et le Tarn se vit pendant un long espace tout plein et jonché des testes et des corps de ceux qui avoicnl eu recours à un élément si maupiteux. » Joyeuse, brave compagnon d'armes, qui mourait là de désespoir, se trouvait dans ce pays du Languedoc à peu près en la mémo situation (\m\ Henri de Béarn dans h; centre de la France; il avait à liUter avec les cités ferventes huguenotes de Mon tau ban , Casl^es»
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avec Ips paysans des Cévennes. Sa marche était lente , ses moyens arrêtés. Au reste, tous ces mouvements militaires étaient encore sans résultats décisifs , et les esprits commençaient à se fatiguer. Quand rien n'indique la fin d'une lutte entre des opinions vivaces, la puissance d'un tiers-parti s'accroît et se fortifie. La cause en est simple: c'est que lorsqu'on ne voit pas une issue probable dans le triomphe des opinions tranchées, on en recherche une dans le parti des transactions et des sentiments mitoyens. La force morale passe là.