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pas Espagnol. Il esl tiès giaud euiieiiiy de la peine et des nécessités, et de son naturel très induict au repos et à ses plaisirs. — Conty, le premier de la maison de Bourbon après le Navarrois, est quasy inhabde, sourd, mal parlant et demy loi. — Le cardinal de Vendosme, à présent de Bourbon, est tenu pour pire que le Navarrois. — Le comte de Boissons est dict un très gracieux et assez religieux prince, mais pauvre et malcontent.— De Guise, je ne sçay qu'en dire, parce que je suis ignorant. — De Nemours, vostre altesse le cognoist mieux que moy. — Nevers esl homme qui présume beaucoup de soy comme vieil Italien ; quand il a vu Paris à sa dernière nécessité, pour en estre gouverneur s'en vint au camp de l'enneray, mais Dieu l'en chastia si bien que, de là à deux jours, Paris lut deslivré ; et luy, en la mesmo armée navarroise, pour moquerie, estoit appelé gouverneur de Paris'. »
11 fallait cependant arriver à une lin, et les catholiques ardents devaient s'entendre, pour empêcher tout mouvement qui porterait le roi de Navarre cà la couronne, car sa conversion ne serait que feintise, comme le disait l'envoyé de Savoie ; les états seuls pouvaient décider la question ; et comment allaient-ils la résoudre? se prononceraient-ils pour l'infante d'Espagne? adopteraient-ils un terme moyen? Le duc de Feria écrivait à Philippe II : « J'ai parlé au duc d'Aumale, et il s'est offert franchement de sacrifier sa fortune et sa vie pour le service de vostre majesté et de la sérénissime infante; c'est à mon advis l'homme le plus sincère entre tous les autres. Le marquis de Rosne est l'amy intime du duc de Mayenne, et il suivra toujours sa fortune. L'archevesque de Lyon nous aidera, ne seroit-ce que pour avoir le clnpeau de cardinal, chose qu'il désire extresmement. Le \u\'sident Jeannin est l'homme qui s'est monstre le moins affeclionné au service de vostre majesté. Depuis ([ue je traite icy, il n'a cherché à me voir une seule fois. Villars, qui a reçu les
1 Mss. de Colbert, iu-fol., inaroq. rouge doré, vol. xviu, pag. 314,
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pouvoirs de la ville de Rouen, dict qu'on ne peut rien attendre si on n'effectue pas ce que l'on a promis; c'est un homme si ellVonté qu'il est bien nécessaire que vostre majesté soit prévenue de ceste réponse, afin de juger ce qu'elle doit laiie. » L'obstacle était toujours ce duc de Mayenne, indolent, intéressé. N'y avait-il nul moyen d'arriver jusqu'à lui et de le faire changer d'avis? L'Espagne n'avait-elle pas en ses ressources un mobile pour le rattachera ses opinions, afin de proclamer les droits de l'infante? Ce mobile fut trouvé: «Le duc de Mayenne vient d'appeler J. B. Taxis et Diego de Ibarra (se hâte d'écrire le duc de Feria), et leur a dict qu'il accepteroit volontiers l'eslection de la sérénissime infante avec un prince françois, et qu'aussitost on pourroit arresler les conditions ; quant à luy, il ne pouvoit rendre obéissance et soumission que lorsque ladicte infante sera entrée dans le royaume, mariée avec ce prince françois, et luy, entretenu dans sa place de lieutenant-général, comme il est à présent.» Ainsi jamais rien de net, rien de précis dans la conduite du duc de Mayenne: il se tournait à droite et à gauche, cherchant partout ses intérêts, L'Espagne avait voulu dominer les états-généraux ; elle n'y avait point réussi. Il y a des temps où les choses en viennent à ce point que la corruption elle-même est impuissante : le duc de Mayenne exprimait mieux la majorité ; son parti était plus français; et ce ne fut que lorsque le prince fit quelques démarches pour se rapprocher de l'Espagne que les états adoptèrent, et encore dans un sens vague, l'une des propositions du duc de Feria. « Ils sont d'advis que l'on doit dire aux minisires d'Espagne, «pie les estais tiendront tousjours à très grand honneur et obligations infinies, s'il plaisl à sa majesté de donner la sérénissime infante sa fille à un prince français, sous les conditions qui seront trouvées justes et raisonnables, comme lesdicls estais l'ont ci-devant faict entendre et baillé par cscril. Mais sur la proposition qui a esté faicle auxdicts estais par M. le duc de Feria et autres ministres du roy d'Espagne do créer présentement el cstablir une royauté, lesdicts estats esti-
ment qu'il seroit non seulement hors de propos, mais encore périlleux pour la religion et pour Testât de faire ceste élection et desclaration en un temps où nous sommes peu fortifiés et d'hommes et de moyens. » Les états subordonnaient leur concours à l'appui que l'Espagne leur prêterait. Les bourgeois, les parlementaires, les députés des états pris dans ces trois opinions ne repoussaient pas absolument l'infante ; seulement ils voulaient que cette combinaison fùl appuyée de forces suffisantes pour vaincre la chevalerie huguenote. Le duc de Mayenne avait depuis modifié ses opinions ; autant il était opposé à l'Espagne dans le principe, autant il semblait alors s'en rapprocher. Ce changement dans les opinions du duc de Mayenne pourrait être expliqué par une dépêche de l'ambassadeur de Savoie au duc son maitre. «Je dirai à vostre altesse qu'avant que le duc de Ferla arrivast en ceste ville, lorsqu'il estoit à Soissons avec ledict duc de Jlayenne, ils entrèrent en capitulation de ce que ledict sieur de Mayenne voudroit avoir du roy d'Espagne, afin de le faire parvenir à son dessein pour l'infante. Le traité en fut faict pour la somme de six cent mille escus payables à certains termes, dont le duc toucha lors en pur don, comme m'a dict le duc de Feria, tant comptant qu'en assignations, la somme de cent quarante mille escus. A ceste heure que l'on a voulu venir à la résolution en faveur de l'infante et du duc de Guise, il a faict donner par desclaration plus de deux cent mille escus de dettes, prétendant, suivant ladicte promesse, huit cent mille escus tant en comptant que en bonnes assignations, et le gouvernement de Champagne pour son fils, outre les cent mille écus de rente. L'on a continué de consulter et conférer tous les jours, et finalement la résolution de M. de Mayenne a esté qu'il estoit content de signer avec les autres officiers de la couronne une promesse qui sera tenue secrète de nommer et choisir pour roy et royne des François M. de Guise et l'infante, quand ils verront assurances suftisanles pour le mariage proposé, et des forces et moyens lion r pouvoir résister à l'ennemi. »
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Il a été difficile de peindre et d'exactement dessiner toutes ces préten1ion5 qui s'élevaient alors dans les états-généraux ou en dehors pour proclamer un successeur à Charles X : tout était intrigue, et la force municipale était hors de question. Quand il s'était agi du catholicisme, haute et grande question sociale, d'une lutte franche et décidée contre la réforme, alors les halles , les métiers, le peuple, en un mot, s'était montré , avait jeté son bras nerveux dans la lutte. Mais ici tout se résumait en manœuvres sourdes et intéressées; on se disputait les lambeaux du territoire ; on stipulait de l'argent, des pensions pour soi, pour sa famille. Ce n'était pas pour soutenir de si petites choses que s'étaient armées les confréries; elles marchaient pour de plus vastes intérêts. Dans cette décadence de la grande cause municipale et catholique, les parlementaires pouvaient s'élever à une certaine puissance , préparer une transaction définitive; ils laissaient les ambassadeurs se quereller, le duc de Mayenne disputer quelques questions d'intérêts privés, et les esprits modérés sous les deux tentes engageaient des conférences particulières pour arriver à une solution désirable dans la tourmente pul)lique.
Dans ces hésitations des états pour l'élection d'un roi , les deux expressions du jiarti modéré cherchèrent à se voir, à s'aboucher, indépendamment de leurs extrémit('S belliqueuses. A mesure que le tiers-parti politique r.i négociateur grandissait, il était naturel qu'il vnulûl taire prévaloir son importance : les royalistes vivaient sous la tente de Henri de Navarre, en opposition avec les huguenots austères; les parlementaires, au milieu de Paris, au sein de la bourgeoisie , (!t en opposition avec les ligueurs ardents. Comme après tant d'épreuves les sentiments devenaient plus calmes et plus rélléchis, le tiers-parti faisait tous les jours de nouveauxprogres.il rut enOn, sous fin lut'i:ce des états de l'aris, ses contérences \vgulières, moyen en quel<iue sorte de convenir des faits d'ordre et de paix publique qu'il cherchait à faire triomphei' dans, les crises do la patrie. Les propositions de r-if'pr'o-^'Tiement vini.,'nl
des catholiques sous la lente de Henri de Navarre, qui étaient violemment entraînés à en finir, parce qu'ils craignaient l'excommunication. Depuis leur réunion à Farmée des huguenots et cette obéissance qu'ils accordaient à un prince hérétique, les royalistes étaient tout inquiets de leurs rapports avec Rome. Sous un prince réformé, ne combattaient-ils pas les catholiques? ne marchaient-ils pas contre la sainte association? Dans ces circonstances, le marquis de Pisany ( Saint-Goard ) eut mission de se rendre auprès du pape en leur nom pour « baiser les pieds de sa saincleté et lui expliquer les causes qui avoient donné aux susnommés subjects de tenir le parti de sa majesté : que lors du décès du déUinct roy, celuy qui règne maintenant tenoit le lieu de la seconde personne en leur armée. Qu'auparavant l'avoir eslu , le roy auroit promis, desclaré, juré et protesté de maintenir la religion catholique , garder et conserver les ecclésiastiques en leurs prérogatives , dignités et honneurs, laquelle desclaration et promesse auroit été enregistrée en tous ses parlements. Et quïi présent, pour obvier aux ruines et pertes de ce royaume qui se commettent sous prétexte de religion, ils ont unanimement supplié sadicte majesté de trouver bon d'estre instruict de la religion catholique, àquoy il auroit faict response, conmie il a toujours t'aict par cy-devant, qu'il estoit docile et prest. »
Cette note était signée spécialement par le duc de Nevers, le garde des sceaux Chiverny, Charles de IMontmorency, François d'O et Revol, chefs des royalistes unis à Henri de Navan-e. Le marquis de Pisany avait eu jusqu'alors peu de succès ; il fallait se décider à un parti, si l'on ne voulait encourir la foudroyante excommunication. Les royalistes écrivirent longuement aux modérés de la sainte ligue, pour solliciter des conférences intimes, afin de se rapprocher, en posant un terme aux crises politiques. «lisse sont d'autant roidis avec leurs armeset moyens, en la desfense de la couronne quand ils ont vu entrer en ce royaume les estrangers envieux de la grandeur decesle monarchie cl de l'honneur et gloire du nom franrois, rnr il est u. - 20
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trop (ividont qu'ils ne tendent qu'à le dissiper. A ceste cause, lesdicts princes et autres seigneurs, au nom de tous et avec le congé de sa majesté, ont voulu par cet escrit, signifier au sieur duc de Mayenne et autres personnes assemblées en la ville de Paris, que s'ils veulent entrer en conférence et communications des moyens propres pour assoupir les troubles, et despuler quelques bons et dignes personnages pour s'assembler en tel lieu qui pourra estre clioisi entre Paris et Saint- Denis, ils y en enverront et feront trouver de leur part pour recevoir et apporter toutes bonnes ouvertures. »
Après quelques hésitations, les députés des états acceptèrent l'offre de ces conférences. Il y avait alors tendance aux arrangements; on voulut en finir avec la guerre civile, car on était au temps où cette impatience se montre partout, ressort de tous les faits ; vainement voudrait-on alors courir encore aux batailles; la paix est dans les opinions, et la puissance de la modération triomphe ; la paisible bourgeoisie reste maîtresse du pays. Saint-Denis, puis Surène, furent les lieux indiqués pour ce règlement des intérêts du tiers-parti. Les deux premières séances se passèrent en débats sans intérêt. Dans la troisième, on arrêta une trêve de dix jours à quatre lieues de circonférence. Le pouvoir des délégués consistait à comparaître, au nom des princes et états de l'union, aux conférences, ouïr les ouvertures du parti contiuire, y répondre selon leur prudence, et faire d'eux-mêmes telles propositions qu'ils jugeraient utiles à la réunion des catholiques, à la conservation de l'église catliolic[ue, apostolique et romaine, La quatrième séance fut ouverte par rarclievêque de Bourges, expression d'ime petite fraction du clergé qui n'avait point adopté la ligue. 11 exposa l'état misérahle de la France : la paix seule ■ pouvait effacer les traces des discordes civiles. Alors l'archevêque de Lyon, au nom de la sainte ligue, répondit : « De nostre part, nous n'apportons aucune passion ; mais une pure et sincère volonté de trouver quelque bon et salutaire conseil ;i la conservation de la rclitiion catholique et de l'es.
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lai. La paix, les catholiques la demaiidenl, pourvu que ce soit la paix de Dieu el de l'église, celle paix pour laquelle Jésus- Christ est venu séparer le père d'avec le fils, et commander de quitter biens, parents et alliances. Pour jeter les fondements d'une heureuse et solide paix, il faut que les catholiques soient unis, pour maintenir la religion et combattre rhérésie, »
L'archevêque de Bourges répliqua : « Si vous n'establissez pour base de la paix Tobéissance au roy et prince souverain, c'est en vain que vous parlerez de sauver la religion ; ce roy ne peut être que celuy donné de Dieu et de la nature ; il est chrestien , il croit en un mesme Dieu , en une mesme foy, en un mesme symbole ; il est seulement séparé par quelques erreurs, touchant les sacrements, desquelles il sera facile de le retirer après l'avoir recognu. S'il Ji'est pas tel qu'on le désire, il faut tascher de le rendre tel ; employez-vous donc tous à ce bon œuvre. — En effect , réphqiia monseigneur de Lyon , la paix et prospérité des eslats dépendent principalement de l'obéissance au prince et de la concorde des subjects; mais ceste concorde ne peut exister s'il y a diversité de religion ; l'expérience des trente années passées l'a assez démontré. » M. de Lyon invoqua l'autorité du concile de Latran, lequel concile imposait à tous les princes le serment d'exterminer les hérétiques, d'en purger leurs royaumes, terres et juridictions; autrement ils étaient excommuniés, et leurs sujets absous du serment de fidélité et obéissance. L'archevêque de Bourges, infatigable, prit de nouveau la parole : « L'Escriture ne recommande rien tant que l'obéissance due aux roys et princes souverains , elle est pleine d'exemples du respect que les prophètes et les anciens chrestiens leur portoient. A l'égard des lois fondamentales, je réponds que ny les estats du royaume, ny le roy même n'ont pu violer la loy de succession de celte couronne qui est perpétuelle, et ne peuvent oster ce que la nature et la loy ont acquis. « En entendant ce discours de l'orateur du tiers-parti, l'archevêque de Lyon, ardent ligueur, s'écria ; « Nous n'avons jamais preste serment de fidélité au
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juy de NiivaiTo. Au conlraiir, nous avons juré, solennellement de ne le recognoistre jamais. » Dans la sixième séance, tenue le 10 mai, rarchevèque de Bourges pria tous les députés de s'expliquer aussi franchement que lui. « Nostre intention peut facilement s'interpréter, répondit l'archevêque de Lyon ; nous n'avons eu qu'un but en entreprenant ceste conférence, c'est la réunion de tous les catholiques, assurer la religion et conserver Testât ; en tout , nous conformer à l'advis de nostre Saincl-Pére.— Mais, dit l'archevêque de Bourges, que répondez-vous sur la conversion du roy? ne voulez-vous pas nous aider à le laire catholique ?—Plust à Dieu, monseigneur, (ju'il fust bon catholique, et que nostre Sainct-Père en fust bien satisfaict! »
L'archevêque de Bourges ouvrit une nouvelle séance par un discours dans lequel il exposa de nouveau que le principal moyen do pacifier le royaume était la reconnaissance d'un roi : « Eh bien ! Henry de Navarre est décidé à prendre à l'égard de la religion les moyens que ses principaux servileurs lui ont conseillés. Sçavez-vous que le roy vient d'adresser une ambassade au pape pour obtenir la main-levée des excommunications prononcées contre lui, et qu'il a convoqué allantes un bon nombre d'évêques et autres prélats et docteurs catholiques, pour être instruit et se bien résoudre avec eux de tous les points concernant la religion catholique? » L'archevêque de Lyon , abordant les ouvertures faites par les catholiqu(^s modérés, dit, à l'égard de la conversion : « Personne ne la rejette; c'est même la plus courte voie pour terminer les maux de l'état. Mais la plupart, et principalement l'ordre de l'église, tiennent cette offre pour fort suspecte, et que cette conversion est plutôt un coup d'état que de religion. Vous nous avez parlé de la conversion du roy de Navarre; il est à désirer qu'elle soit vraie et sans liclion ; mais on a lieu de croire que c'est chose feinte etsusi)ecte ; la foy s'annonce par des u'uvres ; s'il avoit vraiment le repentir, il blasmeroit et detestcroil publiquement son erreur. — La conversion du roy,
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répondit l'archevêque de Bourges, amènera sûrement un grand nombre de ses suhjects à son imitation ; le roy y veut procéder bientost et si solennellement, que toute la chreslienté cognoistni son intention et sincérité. » L'archevêque de Lyon s'écria que tout ce qui avait été dit sur la conversion du roi de Navarre n'était que raison humaine et considérations d'état, « et ces raisons ne sont moyens capables de recevoir la grâce de Dieu. » Tout se résumait en pourparlers. On apercevait que les catholiques ligués n'avaient pas conOance en la conversion de Henri de Navarre , acte immense pour réunir les esprits. N'avait-il pas di'jà secoué le saint joug de l'église? cl cette croyance qu'il avait ainsi trahie, ne pouvait-il pas l'abandonner une seconde fois?
Cependant, on s'était vu; on s'était entendu sur bien des points. Quelles que fussent les nuances sur les articles particuliers, on était arrivé à cette conclusion inévitable que s'il n'y avait pas possibilité d'admettre au trône la lamiUe de Lorraine, ou l'infante d'Espagne, il fallait un roi catholique à une nation ardente dans sa foi ; d'où la conclusion naturelle que la conversion de Henri de Navarre était la nécessité de son avènement. Ainsi, pour bien juger la position, il fallait se placer au milieu de la société alors fatiguée de luttes. Il y avait quelques années que le tiers-parti formait une exception; maintenant il était la force, parce que la lassitude et un profond besoin de paix se faisaient sentir. Henri de Navarre avaitil encore à hésiter? Si la majorité n'était plus à la ligue , elle n'était pas venue aux huguenots; l'union des deux fractions catholiques se détachant des extrémités formait un imposant parti. Henri de Navarre devait , en se rangeant sous sa bannière, profiter de l'opinion bourgeoise , dominer la puissance parlementaire ; et pour cela il fallait se rattacher au cathohcisme. Les résultats de modération que devaient préparer les conférences de Surène, n'étaient pas de nature à plaire aux opinions extrêmes, à la ligue des villes, aux associations communales et religieuses. Dans la crainte qu'il n'en advint un ac-
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commodément capable de nuire à rautorité municipale et catholique de Paris, ou que les conférences n'exerçassenl une action sur les esprits lassés, les seize quarteniers, tous les liommes influents sur le peuple , firent paraître une protestalion, déclaration et désaveu contre l'accord et les articles de la conférence requise par ceux du parti du roi de Navarre. « C'est l'ordinaire des hérétiques et de leurs adhérents d'user des peaux de lion et de renard, afin que, manquant l'une , ils ayent recours à l'autre. Protestent les catholiques que pardessus leurs remonstrances, telle conférence se faict , la désavouant comme inutile, scandaleuse et desfendue. Sommant au surplus MM. les desputés des estats, sans s'arrcst»r à ceste conférence, ny à la corruption du conseil, d'instamment passer outre en l'exécution de leur charge. »
Que de présages contre cette maudite conférence, bâtarde union des traîtres politiques! «La fille du curé de Sainct-Jacques, mariée à un procureur de la ligue, accoucha de deux enfants, l'un vivant, bien composé ; l'autre, mort, monstre estrangement difforme. M. Le Gousturier l'anatomisa, et remarqua que ce monstre avoit une teste plate et pelue , grosse comme un œuf de poule. » Et aussitôt un pamphlet parut contenant la claire interprétation de ce que dessus : « Geste femme, c'est la France (lui a engendré deux enllints que depuis elle a tousjours nourris; l'un, qui est l'enfant dédié à Dieu, qui représente le corps des vrais catholiques de l'union-saincte ; l'autre, c'est l'enfant dédié au diable, qui représente le corps des hérétiques, schismatiques, politiques et leurs fauteurs. Tous ensemble font le corps de la synagogue de Satan , représenté par le monstre susdict, la difformité du(iuel se trouve cstrc en leur chef leBéarnois, qui est en sa vie et mo'urs difforme et monstrueux. Voilà les imperfections qui sont en ce monstre mort, qui nous représente au vif les imperfections qui sont au corps de la synagogue d'erreur, l'unique espouse de Satan, qui a pour chef, en ce pauvre royaume de France, le Béarnois, comme les hérétiques d'Angleterre ont pQur
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chef ceste chienne de Jézabel, royne iludicl Angleterre' . » Philippe II était non moins inquiet que les fervents ligueurs des conférences de Surène, principe d'une transaction désirée. Quand Ibarra sut que les états-généraux allaient s'occuper de ces conférences , il se hâta d'indiquer à son maître ce qu'on pouvait craindre ou espérer des députés catholiques délégués à Surène. « J'envoye à vostre majesté les noms des desputés des estats-généraux qui vont aux conférences provoquées par les catholiques attachés au parti du Béarnois. » Sur tous ces députés, l'ambassadeur a ajouté des notes , des . jugements diplomatiques pour en instruire son souverain ; ceux-ci sont bons, ceux-là mauvais. Il lui importait de savoir l'esprit de la fraction catholique qui vivait sous les tentes de Henri de Bourbon. Il connaissait les hommes de la ligue, les zélés défenseurs des intérêts populaires ; mais le tiers-parti , comment ne pas dire ses desseins, ses intentions, l'esprit et les croyances de chacun de ses députés? Des conférences de Surène datent la naissance, le progrès et les développements d'un clergé national, moins soumis cà la hiérarchie romaine, à la tète duquel s'était placé l'archevêque de Bourges. L'église gallicane, transformation territoriale du principe universel et catholique, tiers-parti religieux, se montra de nouveau après la haute tentative du catholicisme ardent de la ligue. Tous ceux des prélats qui n'osèrent adopter la réforme, telle qu'elle s'était produite dans le grand siècle de Luther, se rattachèrent à cette idée d'une église avec des garanties locales, à ce moyen terme d'une double souveraineté pontificale et royale sur la hiérarchie des clercs; transaction qui avait pour but de s'entendre avec le pouvoir et de conserver les honneurs , les bénéfices et les propriétés ecclésiastiques ; système mixte, car le pur catholicisme est celui de Rome.
1 Mss. Diipuy, vol. 770, fol. 215.
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