‹ La ligue et Henri IVChapitre 26 sur 50 · LA LK.LE · texte numérisé non relu

LA LK.LE

VOUS misles plus que jamais à recherclier les leiumes, vous laissant emporter aux vanités et voluptés. Dieu qui vous aimoit ne vous laissa pas porter bien loin ce péché, car le honteux lèvemenl du siège de Paris en fut la punition. Vous promettez aux catholiques romains de conserver leur religion, et vous n'avez point soin de la vosUe.'Quel désir avezvous monstre pour que la paix l'ust remise en l'église? Mon encre est destrempée de mes pleurs, et mon papier est lavé de mes larmes et puis desséclié du vent de mes soupirs auxquels, pour faire lin, j'adjouteray ce souhaict du plus profond de mes entrailles : que nostre Dieu veuille amender vos desfauts, accroistre vos vertus et vous remplir de toutes ses bénédictions tant spirituelles que temporelles au bien de cet estât, à la paix de vos subjects et à la ruine de vos ennemis. Ainsi soit-il'.»

Les ministres calvinistes avaient raison d'exhaler ainsi leurs plaintes : pour qui étaient désormais les grâces elles faveurs? qui avait les amitiés du roi? ces catholiques qui naguère poursuivaient les cornettes blanches et lleurdelisées de Henri de Navarre. On savait d'ailleurs que la volonté de Henri était de changer de croyance, de secouer la réforme en adoptant la foi romaine : on avait donc combattu pour un ingrat, un impie, un apostat ; tels étaient les murmures du camp. Partout arrivaient des plaintes et des requêtes. Où le roi voulait-il conduire ceux qui l'avaient élevé sur le pavois? Non seulement les ministres du saint évangile faisaient entendre leurs douleurs austères, mais encore les amis, les confidents du Béarnais. Tous rappelaient à sa mémoire les assemblées belliqueuses qui se réunissaient pour la défense commune , aux époques de persécution, et par là les calvinistes semblaient menacer le roi de se choisir un autre protecteur. « Sire, écrivait Mornay à Henri , roi de Navarre ; je vous supplie croire que rien ne se traicle en nostre assemblée contre vostre service. Le

" Uibliolli. iojalc, mss. de Colberl, ii" U.

KT HENRI IV. nu

mal croist tons les jours : on ne nous tient en France que comme la lie du peuple ; nous y vivons sans crédit, intéressés en l'exercice de nostre religion, en la justice et en ce qui est de nostre sûreté. Aussi s'est-on résolu de subir plustost mille guerres et mille morts que de relascher un seul point de ce qui est absolument nécessaire à la conservation générale des Églises. Je crois que vous ne condamnerez point un si sainct désir, pour lequel effectuer vous avez souffert tant de peines antrefois et couru tant de hasards avec nous. » Les calvinistes prenaient ainsi leurs précautions , se réunissant en assemblées pour se préparer à saisir les armes. Leur langage était jusqu'ici digne, modéré ; ils n'abdiquaient pas le protectorat du roi, leur vieil ami; ils ne repoussaient pas cette bonne épée du Béarnais qui les avait guidés aux champs de la victoire ; mais ils craignaient l'avenir! Henri de Navarre allait cesser de leur appartenir. Sous quelle loi le calvinisme se placerait-il désormais? Le roi comprenait tout le danger de ce mouvement du parti réformateur dans son armée ; là étaient ses serviteurs zélés, les hommes sur lesquels il pouvait compter. Le calvinisme était le principe de son pouvoir, le fondement de ses alliances, la force de ses batailles, le point autour duquel se ralliait un grand parti. Il venait d'en éprouver toute la puissance; car par cela seul qu'il était huguenot, tous les pauvres Yaudois des vallées de Lucerne, Pérouse, Saint-Martin se reconnaissaient ses sujets; et leui' première épitre reposait toute entière sur la ferveur de la fui réformée, dont Henri IV s'était posé le chef. Dès lors il fallut s'expliquer et se justifier. « Sa majesté, adverlie que quelques ministres parloient en leurs presches de sa conversion, fit appeler les seigneurs de ladicte religion etlesmmistres qui estoient en la cour, et furent assemblés par trois fois devant luy. M. le mareschal de Bouillon .se trouva aux deux premières, et le roy leur ayant annoncé la résolution qu'il avoit prise de se convertir, le ministre La Paye luy dict assez timidement : Sire, nous sommes grandement desplaisans de vous voir ai'racher avec violence du sein de nos

('glises; ne permettez point, s'il vous plaist, qu'un tel scandale nous advienne. Le roy lu y respondit : Si je suivois vostre advis, il n'y auroit plus ni roy ni royaume dans peu de temps en France ; je désire de donner la paix à tous mes subjects et le repos à mon àme ; advisez entre vous ce qui est de besoin pour vostre sûreté, et yous assurez cependant que je seray lousjours prest à vous donner toutes sortes de contentement '.» Ces paroles étaient bien dures pour de vieux et fidèles compagnons d'armes : que signiliaientcesmenaces : « Donner la paix à tous ses sujets? » Le roi ingrat ne se souvenait plus des services. N'allait-on concéder qu'un simple édit de tolérance, comme au temps des persécutions sous Charles IX et Henri 111? avait-on pris les armes pour un si misérable résultat? Avait-on lait un roi pour le voir s'engloutir dans le papisme? Et cette protection qu'on promettait, en (juoi consisterait-elle? Dans leurs nouvelles requêtes, les calvinistes conservaient les formes du plus profond respect : « Sire, avez-vous effacé sitost de vostre mémoire ceux que le sentiment d'une mesme religion, la société de mesmes périls et persécutions, la joye commune de mesme deslivrance , et la longue expérience de tant de services fidèles y ont gravés avec un style de diamant: le souvenir de ces choses vous poursuit et vous accompagne i)artout; il inteiTompt vos plus importantes affaires, vos plaisirs plus ardents, vostre dormir plus profond, pour vous rei)résenter comme en un tableau vous-mesme à vous-mesme; hé! ([ue nostre misère et nostrc mort fusl la borne de leurs mauvais desseins, nous nous exposerions encore au feu de leurs persécutions tyranniques et à la rage des Sainct-Barlhélemi sanglantes. Mais quoy ! ils nous frappent pour blesser Jésus- Christ; ils tentent de dissiper ses églises, de bannir son royaume de vostre royaume, de fermer la bouche à toux reiix qui rinv()(juenL en esprit et en vérité! les laisserons-nous faire? demeurerons-nous les bras croisés? Nous leur fe-

^ Mss. (lo Colljcil, vol. H, M. 8'J vciv.

ET HENRI IV. Si!

roris pratiquer la loi commune ; nous leur demanderons œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. S'ils bannissent Jésus-Christ de vos villes où ils sont les plus forts, nous bannirons leurs idoles de celles où nous sommes en force; s'ils nous proscrivent, nous les proscrirons; nous leur rendrons en tout la pareille; nous leur ferons ce qu'ils nous ferons ; tels moyens sont justes à ceux auxquels ils sont nécessaires, et légitimes à ceux qui n'ont pas d'autres ressources et d'autres desfciises humaines. En cela, ils ne se pourront plaindre que d'eux, car ils commencent le désordre. Nous opposerons au prétexte de vostre auctorité qu'ils alléguenjnt contre nous, vostre bonne volonté envers nous. S'ils se vantent de vous avoir, pour s'estre emparés de vostre corps, nous nous vanterons d'avoir vostre esprit qui, estant libre, se l'ange tousjoui's de nostre côté et est tousjours avec nous. Les roman isques feront la guerre à l'Évangile, c'est-à-dire la coignée s'eslevera contre celuy (pu la lient; les hommes s'armeront contre le Dieu des armées, contre le Tout-Puissant ; le tout contre le rien , les soldats de l'Antéchrist contre ceux de Jésus-Christ. Qu'ils n'espèrent plus de patience de nous. Si vous ne les retenez, si vous ne nous fai êtes justice d'eux, nous aurons recours à Dieu qui nous la fera immédiatement '. »

Les termes un peu déclamatones de la requête des calvinistes cachaient à peine la ferme résolution de prendre les armes, de se chercher un chef au cas où Henri de Navarre, ce vieux fils des batailles calvinistes, ne protégerait plus les intérêts de la réforme. Ces menaces de révolte effrayaient le Béarnais, invariablement décidé alors à la conversion au catholicisme. Que voulait-on? la tolérance ; on l'aurait la plus large, la plus absolue. Craignait-on les catholiques? mais sous la tente du roi on avait vécu avec eux, on avait fraternisé sous la cornette blanche. Ce fut afin de rassurer les esprits qiu; les

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