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prétendue absolution de Henry de I3v)urJion, piinee de Bt-ani. » Maitie Jeau Boucher avait pris pour texte l'Évangile du jour .. A ttendite à falsis pruphetis , « Séparez - vous des faux propliètes. Et cliers IVères , cette conversion n'estoit-elle pas en tout nulle? L'excommunication n'a-t-clle pas atteint ce chien pourri de Béarnais? Et quel pouvoir avoitM. l'arclievesque de Bourges pour absoudre un relaps? Voilà le faux prophète dont il faut s'éloigner. A quoi peut-on comparer la race des hypocrites? cherchez-le : elle ne se trouvera que dans ce qui est immonde et abominable ! Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! vous n'estes que bastonsde ronce qui croissez dans la boue, qui n'avez aucune racine! Oh! les meschants, les pervers hypocrites, animaux tachetés et mouchetés de diverses bigarrures ; autruches grossières et pesantes ; cygnes blancs par dehors, mais dont la chair est noire et dure ; vous estes des paons au beau plumage, mais avez pieds de larrons, teste de serpents et voix de diable. Vous estes les aspics qui se coulent et tuent sans faire douleur; vous estes singes qui contrefaictes l'homme pour tout perdre et gaster, comme ce singe d'Antioche qui, dansant sur le théastre habillé en belle demoiselle, perdit toute sa contenance pour ramasser les noix qu'on lui jctoit ! Et combien ne sont pas damnés, archidamnés, les antechrists hypocrites qui se sont tapis dessous l'abri d'une feinctc dévotion ou abjuration, et ainsi ont servi d'instrument au diable! Voyez Hérode, qui vouloit surprendre et faire mourir Jésus-Christ sous le prétexte de le venir adorer; et Juhen l'Apostat, qui contrefit le chrestien, voire se fit moine et raser la teste, jusqu'à ce que parvenu à l'empire, une fois bien assuré et en force, il osta les droits, honneurs et immunités aux gens d'éghse et confisqua leurs revenus : il y a plus de mille peintures de pareils hypocrites et favoris du diable : Hennerick, roy des Vandales, fit démonstration de catholique pour pacifier son royaume ; une fois paisible, usa de toute cruauté, jusqu'à fermer les églises et bannir les esvesques. Combien ne sont pas coupables ceux qui favorisent de pareilles transfor-
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mations, qui lieurtent leur leste contre la dureté du rocher, à ceux qui sont les auteurs d'un schisme. L'église de Rome est seule souveraine ; c'est là qu'est établi le siège de Dieu sur les nations et les royaumes, comme il est dict dans Jérémie; seule, elle a l'auctorité pour juger de la conversion vraie ou fausse, et ne faict rien à ce propos, qu'on soit esvesque, archevesque, primat ou patriarche ! » Ces vives, spirituelles et saintes paroles de maître Jean Boucher retentissaient parmi le peuple. Jamais puissance plus grande que cette prédication de paroisse où se pressait la multitude ardente, confondue aux pieds des autels, agenouillée devant la croix bénite ou le saint de la confrérie , orateur aux entrailles populaires qui soulevait les masses.
Néanmoins l'efiet de la conversion était produit. II n'y avait plus d'obstacle sérieux dans le sein du parti catholique contre Henri IV. L'abjuration faisait arriver le roi dans le système social; et dès lors toutes les opinions ardentes qui s'agitaient en dehors n'étaient plus qu'une difliculté à vaincre parle temps et rhaJjilcté. Si sous ce rapport la position de Henri de Navarre était singulièrement améliorée, elle l'engageait dans un autre mouvement politi(iuc qui brisait ses vieilles alliances, et compromettait ses anciens intérêts , à l'extérieur surtout ; car ses traités étaient tous particulièrement fondés sur une communauté de principes religieux. Qu'allaient devenir ses alliances avec les Suisses, l'Allemagne, le Danemarck, la Suède et l'Angleterre qui l'avait si puissamment secondé? Quelques jours après son abjuration, Henri IV envoya auprès d'Elisabeth, sa vieille allié, le sieur de Morlans, chargé de représenter : « Testât misérable du royaume lorsque sa majesté étoit parvenue à la couronne ; les forces que l'Espagnol avoit en France et les intrigues qu'il conduisoit pour l'eslection d'un roi à sa desvotion et de sa propre famille. 11 avoit fallu chercher des remèdes à un danger si imminent. Brief, sa majesté s'étoit vue obligée de faire sa conversion. Elle supplioit ladicte dame royne d'Angleterre de prendre en bonne pari ce qui a este .tenu
jusqu'à pri'sent; et croire que sa majesté ne fera jamais rien OLi elle n'ait tout le regard qui se peut à la sûreté, repos et contentement de ceux de la religion. Suppliant serablablement ladicle royne de conserver sa majesté en ses bonnes grâces, la favoriser tousjours de son amitié, et d'autant que les ennemis de sa majesté dressent plus grands efforts contre elle, luy vouloir estre d'autant plus favorable et continuer son bon service*. »
Quand Elisabeth eut connaissance des projets de Henri IV, noble protectrice des huguenots, elle ne se tint plus de dépit et de colère. « Ah! quelles douleurs ! et quels regrets et quels gémissemens j'ay sentis en mon ame par le son de telles nouvelles que Morlans m'a contées! Mon Dieu! est-il possible qu'aucun mondain respect dust cflacer la terreur que la crainte divine menace! Pouvons-nous, par- raison même, attendre bonne séquelle d'actes si iniques? — Celui qui vous a maintenu et conservé par sa merci, pouvez-vous imaginer qu'il vous permist aller seul au plus grand besoin ? Or, cela est dangereux de mal faire pour en espérer du bien. Vostre trèsassurée sœur, sire, à la vieille mode, avec la nouvelle je n'ay que faire. Elizabeth *. » La reine exagérait l'expression religieuse de sa douleur, parce qu'elle sentait la portée de l'abjuration de Henri de Navarre, acte politique qui dénaturait les principes de l'alliance, et bouleversait l'équilibre des relations d'état à état en Europe. Plus tard, Elisabeth se calma par l'assurance qu'elle reçut du Béarnais, qu'au fond de sa conscience la réforme avait encore tout son pouvoir. Indifférent d'ailleurs sur les croyances, Henri de Navarre se moquait et se gaussait de sa propre abjuration. «3'arrivai hier soir de bonheur, écrivait-il à sa belle maîtresse, et fus importuné de Dieu garde
'F.iil à Saint-Denis, juillet 1593. Mss. de Colbert, in-fol. M. R. D. vol. xix, pag. 126 v°.
-Ribl. du roi, mss. de Colbert, in-fol. — M. R, J). vol. coté 16, fol. 329.