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\in. M. de La Bourdaisière se tiendra dans TArsenal. — Deçà l'eau : M. de Mayenne se promènera par toute la ville, comme il verra nécessaire, ayant le sieur Pichonnat, eschevin, avec luy; M. le mareschal de La Chastre pourvoiera au Palais en cité et aux deux Chastelets; M. de Chazeul se rendra en la Tournelle et prendra charge de la muraille jusqu'à la porte Sainct-Marceau ; M. de Toire se rendra depuis la porte Saint- Marceau jusques à celle de Sainct-Micliel ; le prevost des marchands se trouvera en l'hostel-de-ville; le gouverneur où il ad visera estre nécessaire; M. le procureur de ville assisteraM. le gouverneur, s'il est besoin. Juillet 1595 '. » Après ces précautions toutes militaires pour que la ville ne fût point surprise par Henri IV, on publia également un nouvel ordre pour la police de la cité. « Dcslenses sont faictes à toute personne, de quelque parti et qualité qu'elle soit, de tenir aucun propos scandaleux au désavantage de l'union des catholiques, ny user de paroles insolentes qui puissent esmouvoir à sédition, sur peine d'amende arbitraire et punition corporelle. Les hosteliers seront tenus perler chascun jour à l'eschevin du quartier, les noms, surnoms et qualités de leurs hostes, et pareillement les bourgeois qui retireront en leurs maisons leurs amis ou autres, feront le semblable, sur peine de forle amende. Avant d'entrer, on visitera les chariots, charrettes aux barrières, aûn d'obvier aux surprises. »
Toutes ces précautions étaient prises, tandis que les étatsgénéraux continuaient avec une lenteur réfléchie leurs délibérations politiques. Dès l'origine de ces états, on a vu que la question qui avait préoccupé tous les esprits était celle de la succession à la couronne. C'était là le triomphe et le profit matériel de toutes les intrigues. La souveraineté de la France, ce vieux et noble Irùne, valait bien la peine que d'activés ambitions s'agitassent pour l'obtenir. Je répèle que deux partis existaient bien distincts sur cette question de la succession à
. 1 Regisl. de l'iiôtcl-dc-ville, XIU, fol. 422.
ET HENRI IV. 2ôâ
la couronne : 1" le parti français, mais ligueur, qui repoussait tout accommodement avec Henri de Navarre ; celui-là se portait tout à la fois sur le duc de Mayenne et Théritier de Guise ; avec eux on ne sortait d'aucune loi fondamentale : ils étaient Français, mâles et catholiques; 2» le parti de la sainte-union, tellement pénétré de l'alliance intime avec l'Espagne, qu'il eîit tout sacritié au prince dont les doublons étaient jetés, d'ailleurs, à pleines mains pour arriver à sa grande pensée, qui éprouva plusieurs transformations. Dans l'origine, le roi d'Espagne, se tenant au principe pur de l'élection, aurait voulu porter toutes les voix des états sur le prince Ernest d'Autriche, auquel il aurait donné l'infante; et par là sa politique restreignait le centre de l'unité européenne dans sa famille. Cette combinaison n'ayant pu réussir, Philippe 11 avait un moment songé à l'élection du duc de Savoie, qui, époux d'une infante, préparait à l'Espagne la même sécurité ; enfin, échouant encore dans ce double projet, il se contentait de l'élection de l'infante, sous la condition d'épouser un prince français, et par condition secrète, le duc de Guise.
Leduc de Mayenne montrait de l'hésitation. «Croyez-vous, dit-il un jour aux envoyés d'Espagne, que les François presteront volontiers l'oreille à l'abolition de la loy salique? Il vous faudroit une armée nombreuse, des monceaux d'or ; sans cela le seul soupçon de vos desseins rangera la plupart des desputésdu côté du roy de Navarre.— Nous sçavons, reprit don Bernardino de Mendoça, que les estais non seulement accepteront l'infante ; mais encore que c'est eux qui la demanderont au roy son père ; vous seul, M. de Mayenne, vous y opposez. — Je ne vous redoute pas, répliqua le duc de Mayenne ; sans mon concours, jamais personne ne réussira! — Vous vous trompez, s'écria le duc de Feria, nous n'avons qu'à vous oster le commandement de l'armée, le donner au duc de Guise, et vous restez un personnage sans pouvoir aucun. — Mais avec un seul mot, répliqua vivement le duc de Mayenne, je vais vous faire expulser du royaume ; je puis faire soulever la France
contre vous. Je ne suis point icy soumis à vos caprices; je n'ai aucune loy à recevoir de vous ; votre manière d'agir est pour moy un moyen de m'esloigner de vous. » Les choses en vinrent à ce point que le duc de Mayenne jeta son gant de défi aux ambassadeurs espagnols. Ces différends étaient connus des bourgeois de Paris, qui commençaient à se fatiguer des violences de la guerre ; les états ne résolvaient rien de positif, laissaient tout en suspens : où allait-on avec ces interminables disputes? La chevalerie royaliste dévastait la province; l'Espagne ne fournissait pas les forces suffisantes pour délivrer le territoire. Le tiers-parti grandissait de toutes ces hésitations, de ce besoin de paix publique qui animait toutes les classes. Le cri de trêve et de paix se faisait entendre parmi la bourgeoisie ; Mayenne la protégeait hautement. Le duc de Feria écrivait à Philippe II : «Mayenne nous a représenté, à D. Diego et à moi, qu'il convenoit de prolonger la trêve de trois mois, en ajoutant une foule de prétextes à ses raisons. Il estoit forcé, disoit-il, d'envoyer à Rome et en Espagne pour savoir positivement la volonté de sa majesté et de sa saincteté quant à l'élection d'un roy et au mariage royal proposé ; enfin, quant à sa gratification particulière, il m'a dicl qu'il ne pouvoit se contenter de moins que ce qui est mentionné sur sa note *. Dans un temps si court, a-t-il ajouté, que feront les forces que vous annoncez, en supposant qu'elles arrivent? — Un temps si court!... ai-je interrompu ; mais ignorez-vous le temps depuis lequel vous leurrez sa majesté catholique de l'assurance d'eslire un roy? Oubliez-vous les despenses effrayant(>s que luy coustent et cette guerre et vos gratifications qui vous arrivent régulièrement de Flandre?»
Ce fut dans ces circonstances que les parlementaires crurent indispensable de prendre position et de relever la grande cour, dominée jusqu'alors par l'esprit de la ligue. Cette cour avait jalousie des états- généraux ; pourquoi ne se prononcc-
' -Vo pudienUo conicnlar se con menos de lo pedido en su papcl.
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rait-oii pas à rencontre de leurs incertitudes? n'était-ce pas au parlement à proclamer les principes ? On n'y avait pas songé plus lût, parce que la force municipale dominait toutes les résistances ; mais cette force étant alors alfaiblie, rien n'empêchait la magistrature de suivre désormais sa ligne avec assurance. L'acte qui proclama la loi salique ne fut point une de ces mesures rétléchies que les corps politiques préparent d'avance ; elle arriva spontanément, comme elles se manifestent presque toujours dans les crises, lorsque l'opinion pousse les esprits à un parti décisif. Alors il suffit à un homme de prendre la parole pour entraîner une majorité qui ne se fait pas, mais que les événement ont faicte toute seule. C'est ainsi qu'un corps politique le plus faible, le plus incertain, peut être conduit aux mesures les plus violentes et les plus prononcées. « Le 25'' jour de juin iri95, M. de Marillac, lors conseiller en la cour de parlement , représenta que Ton proposoit d'eslire un roy , et que le parlement s'y devoit opposer. Ce discours estonna la plus grande part de ceux de la compagnie, non qu'ils ne l'approuvassent grandement tous, mais une partie par crainte qui estoit grande, d'autant que le danger n'estoit pas moindre que de la vie, et partie par opinion que cela ne scrviroit de rien. Le vendredy 25 juin, lendemain de la Sainct-Jean, les chambres furent assemblées ; et comme l'on commençoit à deslibérer, arriva en la cour M. le président Vêtus, envoyé par M. de Mayenne, qui pria de remettre l'assemblée à lundy, car le dimanche prochain il concluroit la trêve. Et le lundy 28, le parlement s'assembla, et au lieu de parler de la trêve, de laquelle seulement M. de Mayenne pensoit que l'on dust traiter, on s'arresta principalement sur la nomination d'un roy dont on parloit aux estats. La cour manda les gens du roy qui, ayant entendu le subject de l'assendîlée, prirent, par la bouche de M. Mole , fliisant lors la charge de procureur-général , leurs conclusions fort généreuses et convenables au subject : «Voyez les principes! magistrats très ornés, s'écria Edouard Mole ; je ne disputerai pas
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si le royaume de France appartient à Isabelle , à Claudia ou bien à Marguerite ; mais je vous exhorterai à conserver intègre la loi salique, corroborée par la vétusté et par tant de siècles! Vous, hommes, choisissez un homme; saluez un roy et non une royne, et sauvez par vostre courage la France, depuis si longtemps atTectée de tant de maladies. » Et sur icellcs la cour deslibéranl , s'en ensuivit Tarrest qui fut rendu. Les opinions se portèrent non à remontrer , mais à casser tout ce qui se faisait aux états contre la loy salique et les lois fondamentales du royaume ; et à l'instant on envoya vers M. de Mayenne, qui donna l'heure entre onze et douze pour ceste audience. Ainsi la deslibération fut parachevée et l'arrest conclu tel qu'il est publié, et M. le président Le Maistre, desputé pour l'aller faire entendre à M. de Mayenne avec quelques conseillers. Ils le trouvèrent accompagné de peu de personnes (entre lesquelles estoient M. l'archovesque de Lyon et M. de Rosne). « Monsieur, la cour m'adonne charge de vous dire qu'elle a cassé et casse tout ce qui se faict et se fera cyaprès en l'assemblée des eslats, contre la loi salique et les lois fondamentales du royaume. » M. de Mayenne se montra estonné de ce langage et de ceste manière de parler; il respondit pou de paroles, disant: «Vous vous fussiez bien passés de donner un arrest de si grande importance sans m'en connnuniqucr. » Et aussitost la compagnie se relira. Et depuis, M. de Mayenne prit occasion de conférer avec le président Le Maistre et quelques conseillers ; mais il ne put trouver ny accommodement, ny les fléchir. Ledici sieur de Mayenne se résolut de casser cet arrest; il n'osa l'entreprendre, le voyant appuyé par tant de gens de qualité, et scachant la compagnie tellement affermie qu'ils avoient tous faict serment de perdre plustost la vie, que de se desparlir de leur arrest. »
Le texte de cet arrêt nous a été conservé; longtemps les vieux parlementaires le gardèrent dans les annales de leur famille, comme un titre d'honneur et de dévouement envers la royauté, qu'ils avaient pourtant contribué à proscrire. Dans
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les grandes crises, Jes individus s'attribuent toujours des résultats qui se sont laits tout seuls, par la marclre naturelle des choses. L'arrêt fut le premier mouvement légal de l'opinion, et dans l'histoire des révolutions, même turbulentes, l'acte législatif qui les consacre est une force pour le présent et l'avenir, car il régularise le cri désordonné des masses : « La cour ordonne que remontrances seront laictes à M. de Mayenne, lieutenant de Testât et couronne de France, en la présence des princes et grands officiers , estant de présent à Paris, à ce que aucun traité ne se fasse pour transférer la couronne en la main de princes ou princesses étrangers, que les lois fondamentales de ce royaume soient gardées , et les arrêts donnés par ladicte cour pour la déclaration d'un roi catholique et françois soient exécutées ; et qu'il ait à employer l'auctorité qui luy est commise, pour empescher que sous le prétexte de la religion, le throsne ne soit transféré en mains étrangères conti'e les lois du royaume, et pour venir le plus promptement que faire se pourra au repos du peuple, dans l'extresme nécessité duquel il est rendu ; et néanmoins dès à présent a desclaré et desclare tous faicts accomplis et qui se feront cy-après pour l'establissement d'un prince ou princesse estrangère nul et de nul effect et valeur, comme faicts au préjudice de la loy salique et autres loys fondamentales du royaume de France *. » Le parlement, qui avait si puissamment secondé la ligue à l'origine, 86 trouvait ainsi engagé dans une voie de transaction ; il s'était associé au mouvement religieux et bourgeois ; il s'en retirait avec cette bourgeoisie mécontente. Par son arrêt le parti de l'Espagne était complètement écarté, car l'infante se trouvait sous le coup de deux incapacités : d'abord la loi salique , puis sa qualité d'étrangère. Toute la question allait s'agiter entre la maison de Lorraine et celle de Bourbon. C'est ainsi du moins que l'interprétaient les parlementaires, car ils ne vou-
128 juin 1593. — Ârrrt donné en la conr de parlement de Paris; BiblioUi. royalr, rcc. de liièccs iii-8. eo(. I i!)l/>'C, pièi-c 7.
laieiît point rompre avec le duc de Mayenne, dont ils reconnaissaient et saluaient le titre de lieutenant-général du royaume. Il y avait bien une fraction du parlement d'intelligence avec Henri IV ; mais les autres étaient aussi dessinées , la première pour le duc de Mayenne ; la seconde pour le cardinal de Bourbon, tête royale improvisée par le tiers-parti. L'arrêt laissait toutes les prétentions en suspens.
Cette décision subite du parlement avait surpris les étatsgénéraux, s'avançant avec lenteur à leur but de temporiser avec les événements, pour tirer de la crise une élection nationale. Quand ils virent que le parlement s'était si nettement prononcé, la plupart des députés réclamèrent une suspension des états, afin de seconder, par l'absence du pouvoir électeur, le triomphe de l'hérédité, en faveur de Henri IV. Il y eut donc interruption de séances ; mais dans celle qui termina leurs travaux, voulant hautement rendre hommage à la puissance catholique, expression delà société, ils proclamèrent encore une fois le serment à la ligue, et la souveraineté du concile de Trente, manifeste du catholicisme contre la réforme. « Pour remédier à toutes les misères et calamités introduictes en ce royaume par l'hérésie, nous ne trouvons remède plus présent et efficace qu'en l'observation du sainct concile universel de Trente, lequel a si sainctement desterminé ce que Jes vrais catholiques doivent fermement croire, et resfuté si vertueusement toutes les erreurs que ce misérable siècle avait produictes, qu'on y recognoist une manifeste assistance de la grâce du Sainct-Esprit. Prions toutes cours souveraines, et mandons à tous autres juges, tant ecclésiastiques que séculiers, de quelque condition et qualité qu'ils soient, de le faire publier et garder en tout son contenu, selon sa forme et teneur, et sans restrictions ni modifications quelconques '. » La conduite des états-généraux, dont l'action était ainsi suspendue, ne doit pas être appréciée par le petit nombre d'actes
^ Di'L'lavation sur la imblication du concile de Trente. — Collection des étals-généraux, 1593.
émanés de cette assemblée des provinces. Les pouvoirs sont souvent utiles à une cause, moins par ce qu'ils font que par ce qu'ils empêchent de faire. On a jugé sévèrement les états de lo95, parce qu'ils ne conclurent rien; mais n'est-ce point à eux qu'on doit toutes les résistances passives aux intrigues qui se croisaient pour l'élection d'un roi? Ils ne suivirent pas l'engouement général des populations ligueuses, voulant proclamer Ernest d'Autriche, le duc de Savoie et Tinfonte. Aux exigences impérieuses, ils opposèrent un système qui, en concédant quelque chose, aboutissait néanmoins à refuser le concours nécessaire à l'élection immédiate d'un souverain étranger. S'ils avaient brusquement repoussé les prétentions de l'Espagne, s'ils avaient heurté la puissante intervention du roi catholique, ils auraient déterminé une crise; en temporisant, ils l'évitèrent. Peut-on oublier qu'on leur doit les conférences de Surène, la trêve qui en fut la suite, le rapprochement des partis, l'utile fusion des opinions dans le besoin généralement senti de la paix publique? Car la conversion de Henri IV avançait grandement la question politique. Les mouvements qui décident de la destinée des empires ne se prononcent avec énergie qu'alors qu'ils sont secondés par l'opinion publique. Dans la durée des temps, il arrive des situations oili la ruine d'un système est dans l'air. Quand ces temps éclatent, les gouvernements ont beau redoubler d'habileté, chaque accident est un danger, chaque tête d'homme un obstacle; l'heure a sonné; tout marche à la destruction. Depuis que le duc de Mayenne, chef de la bourgeoisie, avait frappé son coup d'élatcontre les chefs populaires des quartiers de Paris, il s'était fait un revirement d'opinion publique, surtout dans la petite bourgeoisie, si Hgueuse, il y avait seulement une année! On appelait la fin delà crise. Les disputes entre les prétendants à la couronne, ces hésitations des états, tout jetait du ridicule sur la marche du conseil de l'union et des chefs, qui ne savaient pas s'entendre eux-mêmes dans les périls de la cause catIioli((ue.
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Les parlementaires , gens d'esprit et d'études , avaient très bien saisi ce retour d'opinion publique. Le seizième siècle était l'époque de la caricature et des pamphlets : Luther, l'école allemande et genevoise, plus récemment l'école de Hollande et de Flandre, avaient popularisé ces jets d'une mordante colère qui allaient droit à l'intelligence des midtitudes. On s'emparait des ridicules d'un homme ou d'une chose ; puis on les jetait en pâture à la foule moqueuse. Il y avait dans cette population du seizième siècle un besoin de farces, de folies, de mascarades burlesques, un mélange de religion et de débauche. On chantait les filles d'amour et les saintes confréries ; on retraçait des images vivantes pour inspirer les douleurs , la pitié ou le mépris. Jamais la caricature n'avait été plus spirituelle; elle se manifeste dans toutes les émotions, les ci'oyances de l'époque : c'est le diable qui souffle à d'Épernon les mauvais conseils contre les catholiques ; c'est le diable encore qui entraine aux enlers huguenots et politiques. Les intentions, les rôles, les ridicules sont parliiitement reproduits, et prennent une couleur, une vie remarquables sous la main de l'artiste '.
Les parlementaires s'emparèrent de celte arme puissante, dès qu'elle fut dans l'opinion et qu'elle leur fut favorahle. Paris fut inondé de pamphlets, de caricatm^es et de saisissantes inspirations. On représentait le duc de Feria sous la forme d'une grosse poule , coiffée d'un énorme bonnet rouge avec plumet, portant sur le dos une longue escouhette (balais), et tenant entre ses pattes de devant une petite chouette (sans doute rinlante). Il est en conférence avec monseigneur le légat, beau coq à longues plumes, accoutré d'un camail rouge et armé d'une arbalète au bout de laquelle se trouve un petit poisson, pour représenter l'hameçon de saint Pierre, qui retirait beaux deniers \\\\\\o\ que les âmes de l'abime du pur-
' Voijcz le curieux rL'cuc^il iiiliUilé : La L'kjuv , li'J-j. — I!iir!iulliô(iuc royale, salle des imprimés.
gatoire. « Le d*-" août 1591 , contre la muraille de la porte Sainct-Iiinocent par laquelle on entre aux halles, on trouva peinte une droslerie en laquelle l'j duc de Mayenne estoit représenté avec de grands ciseaux qu'on appelle des forces , qui estoient au-dessus de luy ; après lesquels il suoit fort et travailloit pour les avoir; mais il n'y pouvoit atteindre. Et y avoit un écrit au-dessus en grosses lettres : Je ne puis avoir mes forces. Au logis de Marc-Antoine , au faubourg Sainct-Germain-des Prés, fut trouvée peinte contre une muraille une femme monstrant sa nature descouverte, et un grand mulet auprès, qui avec son grand cas vouloit monter dessus. A la teste de la femme y avoit escrit : Madame de Montpensier, et au dessus du mulet : monseigneur le légat. » Quand Henri IV eut pris Chartres, les parlementaires racontaient, pour atténuer le crédit populaire des ligueurs, que le jour de mercredi-saint, le prédicateur de la Sainte-Chapelle, à Paris, engagea son àme au diable devant toute l'assistance au cas que le Béarnais entrât dans Chartres, « pour ce, dict-il, qu'il a faict Dieu cocu et a couché avec notre mère l'Église, » l'appela chien, hérétique, fds de putain, athée et tyran ; et pourtant le Béarnais était entré dans Chartres. Ensuite « on avait trouvé un monstre marin et beste incognue, laquelle nul homme peut cognoistre, tuée et recouvrée par grand labeur et combat en une rivière d'eau douce de six pieds de profondeur, pesant cinq cents livres, neuf pieds de long » ; et ce monstre quel était-il, si ce n'est la ligue? « puis, un hareng de couleur rouge comme un brasier, jetant comme des flammes de son corps, avec des caractères et certaines lettres marquées de l'un et l'autre costé du dos, fut pris à la pesche du hareng en mer. » Quel était-il encore, si ce n'est le symbole de cette association séditieuse soufflant le feu de la discorde dans tout le peuple? Des vers et épigiammes, des huitains et dixains circulaient par les rues ; on affichait « que les seize avoient pris possession des piliers sis à Montfaucon ; mais il n'y en avoit que seize ; si par hasard ils estoient davantage! ce seroit bien dommage et le subject d'un grand diflê-
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rend. Mais, ô merveille ! le gibet n'étoit-il pas faicl à deux estages? et entre le haut et le bas, il pourroit en porter trentedeux! Et vous, messieurs les Espagnols, ils sont beaux et blonds vos doublons; demi -Maures que vous êtes; faites-en chercher encore dans vos jaunes sablons ; ou bien retournezvous en basanés, car Paris vous renvoie avec cent pieds de nez. Ce n'est pas l'embarras, vous nous promettez grandement, et vous tenez peu vos promesses : pour vous découvrir il laut être fièrement retord ; vous êtes des pipeurs; prenez bien garde h vous : quand le ciel cessera de nous envoyer la grêle, il vous écrasera ; si vous nous avez faict entrecrever les yeux, nous vous balafrerons à vous tous le visage. Braves docteurs de la ligue, par votre union folle, du manteau de la religion vous faites une cape à l'espagnole. Et toi, prédicateur Boucher, flambeau de la guerre civile et porte enseigne des méchants, si tu n'es esvesque des viUes, tu seras esvesque des champs. Toi, avocat d'Orléans, si tu voulois te pendre, ce seroit Ijonne action : si tu veux sauver quelque chose de ton bien, jette-toi à Teau ; tu gagneras ta corde. Et que signifie cette double croix que portent messieurs les ligueurs ? C'est qu'en la ligue on crucifie Jésus encore une fois. Dieu nous garde de vous, ligueurs ! Car, sans croire à Dieu et à son fils, vous mangez les reliques el avalez le crucifix. Vous avez rasé et uni la France, et voilà pourquoi on vous nomme l'union ; il faut que chacun trouve ce qui lui appartient : Paris a ses douze quarteniers; il y a à Montfaucon seize piliers, chacun a ainsi son bénéfice. Il ne reste plus que douze des seize, car les quatre premiers ont été perchés comme ramiers. Vous faictes vœux, bons Parisiens, d'un navire d'argent à Nostre-Dame ; mais l'on ne s'acquitte d'un vœu que lorsqu'on est sur le rivage. Quel est l'insensé qui veut le payer estant au fort de la tempête? Deux se disputent la couronne ; ils en perdent l'appétit : l'un pour avoir trop grosse tète, l'autre pour avoir nez trop petit*. »
* Vovcz le n'ciU'il di- La Lhiite, 1S96.
ET IIEMil IV. 2C:.
Le plus mordant de ces pamphlets fut celui qui est parvenu jusqu'à nous sous le titre de : Satire Ménippée ou de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des estais de Paris ; collection , plutôt qu'unité d'ouvrage, préparée par les parlementaires, pamphlet railleur dicté par la passion, et qui a défiguré tous les jugements portés sur la ligue. « Vous ne sçavez pas les vertus du catholicon d'Espagne, sans doute? Servez d'espion au camp, aux tranchées, à la chambre du roy et en ses conseils, bien qu'on vous cognoisse pour tel, pourvu qu'ayez pris dès le matin un grain de higuiero, quiconque vous taxera sera estimé huguenot ; soyez recognu pour pensionnaire d'Espagne, trahissez, désunissez les princes; pourvu qu'ayez un grain de catholicon en la bouche, on vous embrassera. N'ayez point de religion, mocquez-vous à gogo des prestres et mangez de la chair en caresme en despit du pape, il ne vous faudra autre absolution qu'un peu de catholicon. Voulez-vous bientost estre cardinal? frottez une corne de vostre bonnet de higuiero, il deviendra rouge et serez faict cardinal, fussiez-vous le plus incestueux et ambitieux primat du monde. » Voici maintenant les étals de Paris tirés des Mémoires de mademoiselle de Lalande, des secrètes confabulations d'elle et du petit Commolet. «Après la procession, où l'on vit miiistre Pelletier, curé de Sainct-Jacques, habillé de violet, la couronne et la barbe faicte de frais, une brigantine sur le dos, avec l'espée et le poignard, une hallebarde sur l'espaule gauche, qui suoit et haletoit pour mettre chascun en rang, marchoient trois petits moinetons et novices, cinquante ou soixante religieux et six capucins ayant un morion en teste et au-dessus une plume de coq. Entré dans la salle des estats, on admiroit l'arrangement et les peintures historiées des tapisseries ; l'une d'elles contenoit le portraict fort bien tiré de son long de M. le lieutenant- général (Mayenne), habillé en Hercule galUcus, tenant en sa main des brides sans nombre, auxquelles estoient enchevestrés des veaux, aussi sans nombre. Au-dessus de sa teste comme en une nue, y