CHAPITRE YIÏI
SITUATION DES PROVmCES. — DÉCADENCE DE LA LIGUE.
Fédération des cités. — Secours mutuels des provinces. — Lyonn;iis. — Guienne. — Languedoc. — Provence. — Picardie. — Bretagne. — Eflorts du iiarti de la liaue. — Tendance municipale de Paris vers la paix.— Siège ut dolente de la ville. —La garnison espagnole — Lo
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camp de Henri IV. — Le sacre. — Surpi'i:^c de Paris par le roi. — Entrée de Henri IV. — Mouvement mililaire des Espagnols. —Les dépêches sur la reddition de Paris.
L'époque de la plus haute puissance de la ligue avait vu s'établir sur de fortes bases un système fédéralif de provinces et de cités s' unissant pour leur défense mutuelle. La France, jusque là morcelée dans son territoire, avec ses grandes divisions, ses communes et ses nombreuses capitales, s'était tout à coup centralisée autour d'un principe religieux, drapeau d'une même opinion, patrie morale d'une génération pieuse. Aucun sacritice n'avait coûté ; les hommes, les trésors municipaux avaient été mis à la disposition du conseil de l'union. Quand les jours de danger avaient éclaté, chaque ville avait payé de sa personne, et avait envoyé ses bonnes troupes sous les bannières de la ligue ; des Provençaux étaient accourus aux murs de Paris ; les catholiques de la Loire s'étaient montrés sur les rives de la Durance. Une chanson contemporaine, composée par un enfant de Lyon venu au siège de Ponloise, raconta ce que firent les ligueurs du Rhône dans les environs de Paris : « Les Lyonnois montrèrent en toute sorte une assurance brave et forte ; ils repoussèrent l'ennemi et surent l'atteindre avec hardiesse; jamais le cœur ne leur faillit, et la bande lyonnoise voulut mourir pour défendre Ponloise. » Quant à celui qui faisait la chanson, « ce estoit un brave enfant de Lyon qui commandoit dedans Ponloise une de ces fortes bandes.» Lyon pourtant voyait l'ascendant moral de la ligue s'affaiblir; la même contre-révolution municipale qui avait éclaté à Paris contre les seize quarteniers s'était opérée dans la grande ville du Rhône. La bourgeoisie avait pris la supériorité sur le peuple; de là, ce désir de transiger et d'en finir qui dominait les actes du corps municipal. Les événements de Paris, le changement d'esprit public, le mouvement bourgeois qui partout conquérait la prépondérance, avaient ufTaibli les liens intimes de
Tunion catholique dans les provinces. Comme pour compliquer le mouvement provincial, la discorde venait d'éclater à Lyon entre la fraction des gentilshommes dévoués à la ligue, sous la conduite du duc de Nemours, et les bourgeois de l'hôtel-de-ville. La bourgeoisie avait triomphé, et le duc de Nemours, de la grande noblesse ligueuse, avait été jeté dans le château de Pierre-Cise, sorte de bastille municipale. Quand les échevins de Paris apprirent la captivité du duc de Nemours, noble champion qui avait défendu leurs murailles dans les périls du dernier siège, ils écrivirent à la ville de Lyon : « Messieurs, nous mériterions d'estre tenus, entre tous les magistrats et gens d'honneur de nostre parti, pour les plus lasches et ingrats de nostre siècle, si nous ne reconnoissions, toute nostre vie, l'obligation que nous avons toute entière aprèsDicu, à monseigneur le duc de Nemours, de la conservation de nostre ville. C'est pourquoi, messieurs, ayant entendu comme les choses s'étoienl passées en voslre ville, le IS" jour du mois dernier, cela nous a fort affligés, et a été cause de vous escrire la présente, pour vous supplier bien humblement en général et en particulier, et de tout nos cœurs, de remettre mondit seigneur en sa liberté. Il ne nous faut pas, messieurs, s'il vous plaist, désunir maintenant les uns les autres, ni périr au port après une si longue et périlleuse navigation ; nous approchons de l'endroit où fortune a planté les bornes de nos travaux ; tenons-nous fermes et ne nous laschons pas mal à propos. » Les Lyonnais se calmèrent, à la bonne recommandation des échevins de Paris; M. de Nemours sortit de Pierre-Cise ; mais les dissensions se continuèrent malheureusement.
En s'étendant du côté de la Provence, la lutte était plus violemment engagée entre le duc d'Épernon et le comte de Carces; l'un, expression de la royauté de Henri IV; l'autre, chef du parti catholi(iue , el gouverneur de Provence pour la sainte-union. Brave et zélé commandant, le comte de Carces voyait bien que c'en était fait de sa cause : d'Épcriion arrivait avec une nombreuse el forte chevalerie ; le
cumte appela les secours de TEspagiie. 11 avait d('piU('' M. de Yervins, inquisiteur général de la sainte loi en toute hi légation d'Avignon. Arrivé à l'Escurial, l'inquisitear adressa un long mémoire à sa majesté catholique. Il en résulte (]ue les villes de Marseille, Aix et Arles donnaient de grandes inquiétudes, à cause des intelligences qu'elles entretenaient avec les hérétiques, car le duc d'Épernon faisait forte guerre dans ce pays au nom de Henri rv. Le comte de Garces demandait quatre mille arquebusiers et mille chevaux au roi d'Espagne. Les secours devaient être fournis sans délai, le danger étant si pressant. Ces demandes d'auxiliaires arrivaient de tout côté au roi catholique, aussi bien des villes que des provinces; le péril était commun. La république municipale de Marseille, ses consuls et échevins écrivaient aussi à Philippe II leur protecteur pour lui demander du blé de ses royaumes de Sicile, ensemble l'assistance de deux galères pour pouvoir résister plus facilement par mer et par terre aux ennemis. « Nous supplierons d'abondant vostre majesté autant qu'il nous est possible, ne trouver estrange si avec telle hardiesse et assurance nous nous adressons à icelle, sçachant que pour la conservation de ceste ville tant catholique et tidèle à son prince et roy très chrestien qu'il plaira à Dieu nous donner, elle nous prestera sa main favorable, ainsi qu'il luy a plu faire par cy-devant, avec très grande alfection et amitié, dont nous en demeurerons à jamais obligés et redevables. Les consuls gouverneurs de Marseille : Caries de Casault, François Gas, Gaspard Seguin K »
Et cet envoi de galères , ces secours de forces et d'argent n'étaient pas seulement sollicités auprès de Philippe II ; les dignes consuls de Marseille s'adressaient également au pape. « Très saint père, la ville de Marseille, guidée de l'esprit de Dieu, n'a jamais changé, ni tant soit peu altéré de son ancienne foi. En attendant qu'il plaise au souverain roy desroys nous establir de sa providence un roy très chrestien de nom
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et de foict, nous n'avons trouvé rien mieux, et plus expédient que de recourir au très sainct souverain pontife, chef de l'église de Dieu, et père de nostre salut; suppliant vostre sainctelé d'envoyer de deçà à nostre secours deux de ses galères, accommodées et équipées , que nous entretiendrons ici à nos despens pour quelques mois de ce prochain esté; et les envoyer s'il lui plaist au plus tost comme nous lui en faisons très humble et instante prière. »
Une supplique à peu près semblable à celle des villes ligueuses de Provence, est adressée par les étals de Languedoc à Philippe IL C'est le cardinal de Joyeuse qui écrit au roi que les catholiques (noblesse et clergé) étaient harassés de pertes et de fatigues. Montmorency les menaçait là comme d'Épernon les poursuivait en Provence. Le cardinal sollicitait les secours du roi d'Espagne, leur protecteur, « le priant de continuer sa bonne et paternelle affection aux braves gentilshommes et villes, particulièrement pour leurs pertes de terre et d'argent. » Alors le marquis de Villars, commandant pour la Ligue en Guienne, demandait que Philippe lui fit passer le plus de troupes que l'on pourrait distraire de l'armée d'Aragon. Bordeaux, Caliors et Blaye surtout, que le maréihal de Matignon tenait étroitement bloquée avec les Anglais, avaient aussi besoin de secours. Pour résister au mouvement combiné des hérétiques d'Elisabeth et de Henri de Navarre, le gouverneur de Bayonne, M. de La Hilaire, et le commandant de la citadelle, M. de Lamalde, proposaient de rendre à Philippe II ces deux places d'importance, moyennant une somme de soixante mille escus comptant, et leurs femmes et enfants mis en sûreté. Sur cette dépèche, expédiée par le duc de Feria à son souverain, on voit écrit en marge de la main de Philippe : « J'ay vu ceste relation que Feria appelle avec raison large ; je n'ay rien à adjouter aux justes observations de cet ambassadeur. Le meilleur seroit, en effet, si l'on se décide à envoyer des secours, qu'ils ne soient (({uant à ceux en argent surtout) confiés qu'à une personne sûre, afin que, comme desjà cela est
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arrivé, nostre argent ne soit pas perdu. Cette affaire de Bayonne est bonne ', »
Discutant la nécessité des secours espagnols pour la ligue de France, le conseil de l'union en Guienne, sous les ordres de Villars, proposa de les faire entrer par la Navarre, attendu que Bayonne tenait pour Henri IV. A la fin de ce plan on trouve tracé, de la main du secrétaire d'état, l'itinéraire des troupes espagnoles par les divers défilés de Roncevaux. Les deux provinces qui paraissaient alors le plus incontestablement acquises à la ligue étaient la Bretagne et la Picardie. La première, par sa position solitaire, sa vive foi, l'actif courage du duc de Mercœur, l'appui d'une nombreuse armée espagnole, était en debors'de toutes ces craintes de contrerévolution mixte et politique ; elle était province indépendante et souveraine. Toutefois une division grave jetait du désordre dans l'administration et les moyens de guerre en Bretagne. Philippe II prétendait pour l'infante à un droit spécial de propriété sur ce duché; les capitaines des bandes espagnoles, s'appuyant de ce droit, donnaient à leurs démarches un caractère impératif de commandement. Le duc de Mercœur s'en plaignait dans son intime correspondance avec Philippe II, en lui envoyant un agent spécial , avec charge d'expliquer bien au long sa conduite. L'agent était porteur d'une instruction sur les vieux services du brave duc envers le roi d'Espagne : « Aux estats-généraux de la France, assemblés k Paris, n'avoit-il pas embrassé de toute affection les propositions laites par les ministres de sa majesté, et essayé, par tous moyens à lui possibles, qu'elle recust le contentement qu'elle en désiroit? ayant à cela disposé de telle façon les desputés de la Bretagne, qu'il n'y a autre de toutes les provinces du royaume qui aye apporté plus de bonne volonté, sincérité et ardeur aux affaires qui se sont présentées auxdits estats pour le service de sa majesté. » '■
' Esta bien lu plaiica ih' Biiyomt.