II
La Picardie, convoitée par l'Espagne, était également protégée par ses troupes. D'une ejijamliée, les braves bantles wallonnes pouvaient sortir des Pays-Bas, marcher sur Amiens et Abbeville sous l'influence du duc d'Aumale, très dévoué à Philippe IL II existe, dans les archives de Simancas, un plan original de la main même du duc d'Aumale, où il décrit géographiquement toutes les villes de la province, leur zèle et leur dévouement. Le duc indique les cités sur lesquelles on peut le plus compter, les capitaines fidèles, la résistance qu'ils peuvent opposer : il garantissait leur service, et au besoin il aurait offert de les remplacer par des garnisons espagnoles. Depuis Amiens jusqu'à Saint-Valery, tout reconnaissait le roi d'Espagne connne un grand et généreux protecteur ; les catholiques se montraient fervents ; on prendrait chaudement la défense des intérêts de la ligue ; les capitaines étaient à sa disposition, en leur assurant quelque pension et aide, et pour cela on s'adressait encore à la générosité de Philippe IL La ligue prenait ainsi en provinces le même esprit que dans ses derniers temps à Paris. Le parti catholique ne se sentait plus assez puissant pour agir seul; il appelait l'Espagne à l'aide de la cause religieuse menacée. Partout les braves gentilshommes de Henri IV, les huguenots, le tiers-parti poursuivaient les forces de l'union ; à qui donc pouvaient-elles recourir, si ce n'est au protecteur naturel, à ce roi d'Espagne, qui déjà avait fait tant de sacrifices pour la foi ? En résumant le mouvement provincial, on pouvait juger qu'il s'affaiblissait sur tous les points. Il y avait encore quelques éclairs de zèle et de ferveur catholique; mais ce mouvement n'était plus unanime, n'avait plus rien de cette énergie qui avait signalé l'origine de la fédération municipale.
Le duc de Mayenne, en se plaçant à la tète du parti bourgeois et mitoyen , n'avait jamais travaillé sincèrement pour Henri de Navarre. Son opposition à la violence des halles ou à rt'le(;tioii de l'infante n'avait été déterminée que par le désir profondément senti de ceindre son front de la grande couronne