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de France. Le duc de Mayenne se croyait appelé à une royauté bourgeoise et catholique, et cela explique ses murmures, à l'occasion des dernières mesures du parlement. Au reste, ces mesures ne le frappaient pas immédiatement; elles n'étaient dirigées que contre les femmes et les étrangers, ce qui ne pouvait atteindre les Guise. La connaissance des intrigues qui partout se manifestaient, avait depuis mis Mayenne sur la voie du but définitif des parlementaires, la restauration inévitable de l'ancien chef des huguenots, Henri de Navarre.
Le pouvoir de l'union avait été suspendu par la présence des états généraux ; mais l'autorité municipale, la juridiction des quarteniers, colonels, dixainiers coexistaient avec la puissance politique de la grande assemblée. J'ai dit la révolution qui, sous l'influence du duc de Mayenne, avait fait passer les fonctions de l'hôtel-de-ville, la direction de la cité, des mains du peuple de Paris à la bonne bourgeoisie plus dévouée à l'ordre et aux idées de modération ; cette influence des bourgeois s'était depuis accrue, si bien que la plupart des colonels de quartiers étaient alors revêtus de la toge parlementaire. Ainsi maîtresse des forces publiques, la bourgeoisie voulut donner sa propre impulsion aux afïiiires municipales, et par là diriger le mouvement pohtique du royaume. L'ardeur des saintes confréries, soutenue par les régiments napolitains, les Espagnols et les Flamands, ne permettait point encore une expression publique et hautement avouée du plan définitif des parlementaires. La bourgeoisie se montrait même extérieurement ligueuse et dévouée aux formes catholiques , mais dans les conférences intimes, elle cherchait secrètement les moyens de tout pacifier, en faisant sa soumission à Henri de Navarre. Que pouvait-on lui opposer? le Béarnais n'était-il pas catholique, réconcilié avec l'église par l'absolution? Les conférences pour préparer la transaction politique, se tenaient spécialement chez l'abbé de Sainte-Geneviève, membre du clergé dévoué à Henri IV. Là, les notables bourgeois et principaux habitants se réunissaient pour aviser aux moyens de rétablir l'ordre; la délibération la
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plus importante porta : « que les anciens colonels des quartiers rentreraient dans le droit, usurpé par les seize, de commander chacun en leur quartier. » Le parti espagnol reçut ici un grand échec ; car sur seize de ses colonels, treize se déclarèrent ouvertement contre les projets de Philippe IL
La tendance de la bourgeoisie, désormais bien connue, cherchait la restauration de Henri IV, roi de France et de Navarre; elle tâchait d'agir sur le peuple à cette lin. Quand les députés partirent pour solliciter la trêve, elle ameuta quelques hommes de la halle; des groupes assez nombreux s'étaient rassemblés en la place de Grève, et là ils poussèrent des cris de paix : « Nous voulons le repos, disoil-on de toute part. » Le duc de Mayenne se rendit en Thôtel -de-ville, et du haut du balcon il promit d'y travailler activement. En même temps il rendit une ordonnance dans le but d'empêcher les assemblées particulières au-dessus de six personnes.
Ces démonstrations avaient peu d'influence au milieu des confréries ardentes, de la populace, des métiers, tous dévoués à la ligue batailleuse. Le duc de Mayenne savait le crédit récent de la bourgeoisie. Quand il avait rompu avec l'Espagne, quand il avait agi auprès du parlement pour combattre le parti (le rinlanle, c'est ((u'il avait cru que ces résolutions tourneraient à son profit ; il s'imaginait désormais être maître du mouvement, et lui donner l'impulsion. La bourgeoisie lui avuil échappé; jugeant que la paix et l'ordre ne pouvaient venir que d'un arrangement avec Henri de Navarre, elle s'était mise sous l'aile du parti parlementaire et négociateur. Pouvait-on en douter encore d'après les mesures décisives que venait d'arrêter le parlement de Paris? Ce corps prenait de la hardiesse, alors que l'opinion bourgeoise se prononçait. H venait de rendKî un nouvel arrêt au profit de Henri IV : « Sur la remontrance faicte par le procureur général du roi, comme, suivant l'ancienne et louable loy salique, de tout temps observée en ce royaume, nouvellement confirmée, par arrest de ladite cour, la couronne soit à présent tombée par ligno
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masculine à Henry de Bourbon, roi de Navarre, par le décès du roi dernier décédé ; la cour a ordoiuié et ordonne que M. le duc de Mayenne, lieutenant général de Testât, sera supplié par Fun des présidens et six conseillers de pourvoir dans un mois, ou plus tost, si faire se peut, à un bon repos, et traiter une ferme et stable paix en ce royaume. Ladite cour, qui est la cour de paix, et qui a pardessus toutes la conservation de cette couronne et la justice en main , a enjoint à tous ordres, eslats et personnes, de quelque qualité qu'elles soient, de reconnoistre ledict roy et souverain seigneur, et le servir envers et contre tous, comme ils sont naturellement tenus, sous peine de confiscation de corps et des biens'. »
Le duc de Mayenne n'ayant tenu compte de l'arrêt, quelques jours après nouvelle injonction parlementaire. « La cour, ayant vu le mespris que le duc de Mayenne a faict d'elle sur les remontrances qu'elle luy a faictes, a ordonné mettre ])ar escrit autres remontrances qui luy seroient envoyées par le procureur général du roy. Ladicte cour, d'un commun accord, a protesté de s'opposer aux mauvais desseins de l'Espagnol et de ceux qui le voudroient introduire en France ; ordonne que les garnisons estrangères sortiront de la ville de Paris. » Il y avait donc une lutte active, décidée entre le parlement et le lieutenant-général du royaume. Dans cette position, le duc de Mayenne, pour échapper à la restauration de Henri de Navarre, préparée par la bourgeoisie, tenta un rapprochement avec le parti populaire que ce même duc avait frappé avec tant d'énergie. Mais ce parti pouvait-il avoir confiance en celui qui avait proscrit ses chefs bien-aimés, Senault et Leclerc ^ ? Pouvait-il donner de la force au duc de Mayenne, l'homme naguère du parlement, et qui avait élevé lui-même cette classe bourgeoise, dont il voulait plus tard secouer le
1 Extrait des Registres du parlement, 3 janvier 1594. — Mss. de Ba-
luze, vol. in-fol. eot. SGT5 E.
^ Reiçist. de riiôlcl-de-viUe. Tome XIH.
joug importun? Pouvait-il rendre ce qu'il avait (Mé, et toutes les démarches du duc de Mayenne seraient-elles pourtant repoussées? Le parti populaire, en se rapprochant du lieutenant-général, demanda des gages : d'abord la dissolution du parloir aux gros bourgeois, qui se tenait chez Tabbé de Sainte- Geneviève et la poursuite régulière contre les fauteurs de restauration : ceci fut accordé. Mais le gouvernement de la Bastille était une garantie ; on l'avait ôté au brave Bussy-Leclerc, au fils chéri des halles et des métiers ; on le rendit à un nouvel élu du peuple ; on l'enleva à la garde de ces bourgeois qui trahissaient la cité, au profit du Béarnais et de la gcntilhommerie. Toutes les prédications populaires attaquèrent encore le maudit roi de Navarre : Boucher, curé de Saint-Benoit, continua ses sermons contre les fauteurs hypocrites, misérables complices de Bourbon ; et ces sentiments, fortement applaudis des métiers, disent assez quelle était alors la nature et lapuissance des opinions de la multitude.
Il existe sur ces temps difficiles des nouvelles à la main, écrites jour par jour, évidemment par un parlementaire, liommc du tiers-parti, partisan de toute transaction au profit do Henri IV : « 25 novembre. — Le conseiller Marillac, tom- J),.nt en discours en pleine rue avec le secrétaire Desportes sur ]e fait de la misère et calamité du temps, lui dit tout haut , voyant que sa réponse ne tendoit à ce qu'il espéroit d'apprendre : « Vous avez beau faire des desseins, mais ils seront plus difficiles à exécuter que l'on ne pense ; car bien que tous les Espagnols et garnison que l'on pourrait mettre dans la ville se ticndroient par la main sur les remparts, elle n'est pas tellement dépourvue de gens de bien qu'on ne puisse doimcr entrée au rby de Navarre et à tous ses serviteurs, et si on prétend s'y opposer, on trouvera à qui parler. » Ledict jour, l'abbé de Sainte-Geneviève, venant voir ledict duc de Mayenne, le trouva dans la galerie de son logis, en compagnie de mesdames de Nemours et de Montponsier ; et il fut entendu que lesdictes dames contrarioient lort ledict duc, disant : « Je quit-
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terai plutost la France, ajouta madame de Nemours, que de subir pareille indignité d'être Espagnole.» Ce matin le duc de Mayenne s'est rendu à la cour, oi^i il a exposé sa venue en douze paroles : « Je me suis présenté au milieu de vous, a-t-il dit, pour adviser sur les moyens propres aux soulagements et à la conservation de la ville et de l'eslat. Le seul et plus prompt remède me paraist estre d'assembler les députés. » Le conseil d'Orléans répondit au duc : « N'est-il pas parmi nous gens assez téméraires qui ont osé escrire au roi d'Espagne (jue cette couronne estoit à sa disposition pour l'en rendre, ou tel que bon lui sembleroit, possesseur! Cette délibération pernicieuse peut avoir la plus mortelle influence sur les bons François, et tendroit à faire réussir les intrigues en faveur de celui qui de tout temps a esté ennemi de ceste mesme couronne. » Le duc de Mayenne ne s'estoit point attendu à une pareille tournure de discours; il auroit bien voulu n'estre point entré, et sans allonger la discussion, il se leva et se relira avec une contenance démonstrative de mécontentement; et bien il lit, car peut-estre eust-il entendu plus mal encore pour ses desseins. Depuis, tous les mestiers et les quartiers se sont assemblés. Cbacun commence à en parler librement, et à se plaindre des tyrannies passées, jusqu'à ces mots : « Nous nous sommes bien barricadés contre notre roy légitime, qui nous avoit si favorablement traités que nous ne connoissions pas notre bonheur et Taise où nous estions ; nous le saurons bien faire à plus juste occasion contre ceux qui ne sont point nos roys, et qui nous ont fait et nous font tous les jours endurer tant de misères et de déshonneurs, qu'il ne nous reste plus que des cris épouvantables. »
On voit donc, par la tournare que prenaient les opinions parlementaires, la nécessité pour le duc de Mayenne de se rapprocher du parti hgueur. La condition imposée au lieutenant-général était dure : donner le gouvernement de Paris à la ligue, et enlever aux gros bourgeois l'élection des colonels et quarteniers pour la rendre au peuple! Le duc de Mayenne
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ne s'opposait point à de nouvelles élections, à faire passer dans les mains de l'union les forces de la cité ; mais donner le gouvernement de Paris, c'était se mettre encore une fois dans le mouvement qui avait fini par l'exécution des quatre chefs des halles. Beslin, l'homme du parlement, gouvernait la ville depuis la contre-révolution bourgeoise; le duc de Mayenne le sacrifia sur les plaintes publiques, qui l'accusaient d'être fauteur de la paix avec Henri IV. On demanda au lieutenant-général un gouverneur dans le sens de la ligue; et comme il était harcelé par les chefs des halles, il quitta Paris pour solliciter un surcroît de troupes espagnoles et se rapprocher de Philippe II, dont il avait pourtant compromis la cause. En abandonnant Paris, le duc de Mayenne confia le gouvernement de la cité à un des gentilshommes attachés à sa maison, à Charles de Cossé-Brissac. Brissac avait donné dos gag.es à la ligue et à l'Espagne même ; mais il avait des sympathies pour la noblesse qui presque entière s'était rangée sous le Béarnais; au moment où lout penchait pour le parti de Henri de Navarre, n'était-ce pas une faute de livrer Paris à la discrétion d'un gentilhomme si puissamment tenté de traiter avec la noblesse royaliste ? Des avis étaient arrivés de mille parts au duc de Mayenne sur le danger de se confier à Brissac; il ne les écouta pas. Il se trouvait alors dans la position des hommes politiques qui, ne sachant pas prendre un parti, se jettent dans les résolutions mitoyennes, lesquelles perdent leur cause. En choisissant un homme populaire pour gouverner Paris, le duc de INIayenne aurait empêché la reddition de la ville ; il préféra un de ses fidèles, et les fidèles, aux jours du péril, passent souvent où est la victoire. On verra que ce traître Brissac livra la benne cité de Paris à la gcntilhommerie béarnaise. Bussy-Leclerc, violent et tout peuple, ne l'eût pas fait. Dans les crises il n'y a souvent que les hommes à excès qui sauvent les causes, parce qu'ils savent les sceller avec du sang. Brissac donna la ville de Paris à son roi héréditaire ; il sacrifia les privilèges et prérogatives immenses de
la municipaliltj de Paris à ses propres intérêts, à une fidélité de race, à la vieille loyauté féodale.
Les tètes de résolution et d'énergie n'avaient point approuvé ce choix. Elles appelaient au gouvernement le maréchal de Rosne, capacité militaire, chef de bataille de la ligue, qui développa un vaste plan de défense pour Paris. « Sur la proposition fiite par le révérend issime cardinal légat, M. le duc de Feria et autres ministres de Sa Majesté catholique, il fut convenu d'envoyer quérir le maréchal de Rosne pour lui donner charge de la garde de Paris avec son gouvernement de risle-de-France. » Don Diego de Ibarra lui ayant écrit pour savoir sa volonté, il répondit: «qu'il préféroit le commandement des villes frontières où il estoit; mais que cependant il mettroit toujours le service public devant son intérêt particulier, et que si le seigneur Ibarra estoit d'accord avec le légat et les autres ministres de sa majesté catholique, il vouloit bien venir à Paris, mais qu'il y serviroit aux conditions suivantes, afin de n'y avoir pas les bras croisés; premièrement, on remettra 5,500 soldats de pied étrangers de toutes les nations ; 500 hommes de pied francois et cent chevaux ; attelage de six canons , et poudre et balles pour tirer quatre mille coups. Ernando de Séville, marchand espagnol, me respondra (continuait la dépêche de M. de Rosne) de la paye des gens de guerre , et si Ton ne peut donner la paye entière pour ceste heure, que la demi-paye soit au moins donnée tous les mois, et un pain par jour à chaque soldat, du poids de vingt onces, lequel sera rabattu sur leur paye. Pour cet etfet , on achètera trois cents muids de blé, qui seront mis en un magasin exprès. Tous les six mois on payera leurs descomptes aux soldats. M. de Mayenne fera en outre remettre la Bastille en mes mains. De plus, en arrivant j'aurai le pouvoir d'oster tous les principaux qui me seront suspects, et seront reconnus politiques, en leur scellant passeport de se retirer dans vingt-quatre heures. Je donnerai l'ordre à toutes les personnes, excepté aux artisans,
de se fournir de blé et vin pour six mois, à peine qu". si dans
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luiit jours cela n'est pas lait, je ferai sortir ceux qui n'auront exécuté mon ordre. Je ferai encore une ordonnance , à peine de la vie , d'avoir aucune communication avec les ennemis ; et de ne nommer le roy de Navarre jamais que le prince de Béarn , et sur la mesme peine de ne faire ni de dire rien en sa faveur. Huit jours durant à mon entrée en ville , je ne refuserai aucun passeport à ceux qui voudront en sortir. Et quant aux gardes, je ferai murer toutes les portes, excepté quatre, savoir : deux de chaque costé de la rivière. Je mettrai bonne garnison dans la Bastille , au Louvre , au petit et grand Cliastelet, dans le palais et sur les porteaux desdictes quatre portes. Devant mon logis, il y aura un corps-de-garde de 400 hommes d'ordinaire, et deux canons avec les chevaux auprès pour les tirer, afin que s'il venoit quelqu'esmotion ou surprise, je puisse empeschcr les barricades. A chaque quartier, je f(!rai un ordre qu'on me tienne prestes quelques quantités de pioches, pelles, boyaux, serpes et coisgnées pour s'en servir au besoin, de même que bon nombre de sacs et barriques. Aussi dans le cas où nostre armée ou celle de sa majesté Ciilholique feroit quelque progrès en Normandie, Picardie, Islc-de-France ou Champagne, le Béarnois sera obligé d'aller au secours avec les siens, ou par diversion d'attaquer une autre place. Pour lors je tirerai 5,000 hommes de la ville , avec tout l'attirail d'artillerie, et irai attaquer Corbeil, Saint-Denys, le fort de Gornay ou Meaux ; et ces places estant bien reconnues, il ne faudra pas plus de dix joiu's pour les prendre; ' toul cela peut se faire dans un an. Et ainsi Paris retournerait en estât de pouvoir subsister; et l'on pourroit diminuer la garnison de moitié '. » Ces mesures d'énergie et de conservation militaire, qui seules pouvaient sauver la ligue dans la crise qui la menaçait, étaient vivement approuvées par le légat, le duc de Feria, Juan-Baptisla Taxis, tous ceux qui constituaient la tète de la grande association catholique et voulaient
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la préserver; mais lu duc de Mayenne craignait de se livrer trop au parti espagnol et populaire. Il voulait bien que Paris, ne lut point traîtreusement abandonné à Henri IV par la bourgeoisie; toutefois ces violences, ces proscriptions contre le parlement répugnaient à son caractère modéré , à l'attitude mitoyenne qu'il cherchait à conserver dans le mouvement politique. D'ailleurs la tendance des esprits n'était plus à ces compressions par la force brutale , à cette domination militaire que le maréchal de Rosne voulait établir. Il est des épo- (pies où les armes ne domptent plus rien ; avec elles on tente un coup de main; on n'établit pas un gouvernement.
Tous les actes du parlement et de la bourgeoisie de Paris étaient dirigés spécialement contre le parti espagnol. Si la cour avait proclamé la loi salique, si les états avaient tant hésité sur le choix de l'infante, si des tentatives même avaient été faites dans l'objet d'expulser de Paris la garnison étrangère, n'était-ce pas pour se débarrasser de cette influence de Philippe II, qui importunait le tieis-parti dans ses intentions de paix publique? Trois regimentos occupaient les postes principaux de la capitale sur les deux rives de la Seine; leurs forces n'étaient pas suffisantes pour comprimer les compagnies bourgeoises. Le bas peuple était pour l'Espagne; de fréquentes distributions d'argent et de vivres, l'ardeur catholique, les derniers ferments de la ligue, secondaient l'nnpatiente activité des trois envoyés de Philippe U : le duc de Feria, ambassadeur à titre ; Taxis, homme d'action et de surveillance auprès du duc de Mayenne; Ibarra, commandant les forces militaires, lesquelles agissaient sous ses ordres les plus immédiats, au nom du roi catholique. Taudis que les intrigues parleinenUiires s'agitaient à Paris, les envoyés espagnols tenaient leur cour bien informée des moindres accidents. « Le prince de Béarn, écrivait Taxis à Philippe II, commence à faire descendre son armée des environs de Dreux jusqu'ici, et le duc de Mayenne, dans l'impatience de porter remède à ce fâcheux événement, a i)i'ovoqué une réunion dans l'assemblée du légat,
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afin de prendre une décision par rapport à Télection d'un roi selon vos ordres. On distinguait dans ceste assemblée le cardinal légat et celui de Pellevé; les ducs de Mayenne, de Guise, d'Aumale, l'arcbevesquc de Lyon, La Chastre, Rosne et Sainct- Pol, qui avoient esté appelés un ou deux jours auparavant par le duc de Guise, et voici ce qui s'y passa : Le légat dit avec beaucoup de fermeté que sa présence estoit à ceste seule fin de faire nommer un roy catbolique, et que dans le cas où l'on demanderoit une trêve, il avoit ordre exprès de n'y pas consentir. Ni la crainte de l'arrivée du prince de Béarn, ni les dangers de sa personne, ne pourroient le faire détourner de sa résolution ; dans le cas où il ne parviendroit pas à cmpescber la conclusion de la trêve, il partiroit sur-le-champ. Le sujet des délibérations fut dès lors l'élection d'un roy, et chacun apporta ainsi son advis : le duc de Guise, comiiie partie dans la question, ne se prononça pas ; le duc d'Aumale, pour lui et pour le duc d'Elbeut absent, parla avec grande résolution, disant qu'il falloit faire un roy promptement; l'archevesque de Lyon se rangea à ce dernier advis; seulement il s'en écartoit en ce point, qu'il vouloit qu'on attendit, pour l'élection, l'arrivée de nouvelles forces; La Chastre nageoit entre deux eaux ; Sainct-Pol, Rosne et le cardinal de Pellevé, qui fut le dernier à parler, en appuyant merveilleusement son opinion, conclurent tous à l'élection d'un roy sur-le-champ. Le duc de Feria demande au duc de Mayenne s'il exigeoit qu'on lui montrast les pouvoirs et les instructions secrètes que nous avons reçues de vostre majesté, dans lesquelles vous nous donniez l'ordre de ne mettre à exécution nos promesses, qu'autant que le duc lui-mesme auroit rempli les siennes. Rien ne fit effet sur lui ; les menaces du légat et les nostres tombèrent à plat. Les bons conseils des Parisiens furent également inutiles; le duc de Mayenne resta inébranlable, ferme, dur comme un marbre. »
Quelques jours après, le duc de Feria exprimait encore mieux ses craintes à Philippe IL L'ambassadeur espagnol nourrissait
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desméfiancesprofondes contre le duc de Mayenne; il ne voulait poinL croire au retour de Faîne des Lorrains vers les opinions et les intérêts populaires, continuant même à le dénoncer auprès du roi son maître :« Le duc de Mayenne ne sauroit déguiser son ambition, puisqu'il a avoué à Rosne qu'il avoit les yeux constamment fixés sur la couronne, et qu'il estoit dans l'intention de ne la céder à personne. Rosne me dit qu'il cherche à l'en désabuser, lui démontrant l'impossibilité d'arriver à ses fins, et même de maintenir les choses dans Testât où elles se trouvent ; enfin le danger imminent qu'ilyauroit à traiter avec le prince de Béarn. L'amiral de Villars est à Rouen jusqu'aux premiers joursdejuin.» — «Le 24dumois passé (écritiharra, commandant des forces militaires), nous nous sommes rendus à la maison du légat : nous y trouvasmes déjà le cardinal de Sens, Rosne, Tornaboni et plusieurs autres, qui se trouvoient lors de la première assemblée. Puis, vinrent l'un après l'autre le duc de Guise et le duc de Mayenne : on estoit silencieux et embarrassé en général. Enfin le duc de Feria dit au duc de Mayenne qu'il lui paraissoit inutile d'envoyer, comme il l'avoit dit, à Rome et en Espagne pour cognoistre les intentions de sa majesté catholique et de sa sainteté ; que nous, ambassadeurs de vostre majesté, et le légat pour sa sainteté, nous pouvions répondre pertinemment ; qu'il estoit incroyable, malgré les promesses et serments écrits, qu'il y eust eu encore une trêve, et cela dans la saison la plus favorable aux catholiques Làdessus, le duc de Mayenne, interrompant avec interrogance, dit : « Mais je crois que son éminence le légat veut parler aussi des mesmes afTaires. —En effet, a repris le légat , je ne pourrois parler mieux, ni autrement que M. le duc de Feria ; car je maintiens pour très certain et très juste tout ce qu'il a dit; j'ajouterai que lorsque sa sainteté m'a délégué, c'estoit pour que je fusse et l'instrument et l'expression de sa volonté. Tout ce que l'on fait est évidemment pour gagner du temps ; or sa sainteté a fait savoir déjà plusieurs fois que l'unique désir qu'elle avoit, et à la fois le seyl remède qu'elle voyoit aux