‹ La ligue et Henri IVChapitre 43 sur 50 · I:T liEMU IV. ^là · texte numérisé non relu

I:T liEMU IV. ^là

plus loiiya(!iiu!iil dans ma première ielU'e. J.-B. ul Taxis. » La dépèche promise arriva bientùt, annonçant tout ce qui se passait à la cour dans cette circonstance, et les projets de Henri IV : «Sire, j'ay eu, le 'J3 du courant, une audience du roy très chi'estien, en ce moment à Fontainebleau. Je luy ay présenté les lettres de vostre majesté en qualité de son ministre ordinaire, et l'ay lëlicité en vostre nom de la naissance de son lils. Sa majesté très chrestienne a esté extrcsmement hienveillanle, et son accueil des plus aimables : il s'est écrié (ju'il lemeirioit en elfet le ciel de luy avoir donné un lils ; «Les deux couronnes, a ajouté le roy (en Taisant allusion à la lille tpii viiinl de naistre à vostre majesté), les deux couronnes de France et d'Espagne viennent de recevoir deux héritiers des mains de la Providence ; il semble qu'elle a voulu resserrer les liens de bonne amitié qui existent déjà entre les deux royaumes, en donnant un lils d'une part et une lille de l'autre, de manière à laisser entrevoir dans l'avenir la possibiliLé d'une alliance qui éterniseroit la paix'. » Ces paroles, joincles à des assurances dt^ sincèj'e amitié, ont esté prononcées avec effusion et franchise 2. J'ay respondu comme je l'ai dû, et en conjurant sa majesté de ne pas changer de résolution. »

Le roi d'Espagne répond sur-le-champ à son ambassadeur : « Je n"ay qu'à me louer du langage que vous m'avez l'aict tenir auprès du roy de France à l'occasion de l'accouchement de la royne. Mais pour ce qui est des liançailles des nouveaux-nés, sçavoir entre le fils du roy de France et iiostre inrantc, je regarde ce projet comme trop prématuré pour y donner suite '.Si le roy m'en faisoit part d'une autre manière, je lui répondrois en conséquence; mais jusque-là ce n'est point

1 Ces mots ont été soulignés par rambassadeur, ainsi que ceux qui terminent la lettre.

2 Todo islo dkito difusumcnle ij cou muncras aricrtas.

'■^ Pcro paru lo (Ici cusainiciiio de lus rezitii itacidos es mmj lewprano por ([uc se riiovio lu plulieu.

une affaire dont, on doive s'occuper. Et, bien que vous ayez Ibrt bien laict de m'avoir prévenu de ce qui s'est passé, vous aurez soin de laisser ignorer que vous l'avez escrit icy >. » Tout paraissait gai à la cour, et pourtant ceux qui s'approchaient de Henri IV s'apercevaient qu'à travers des éclairs de distraction et de joie il y avait de tristes préoccupations ; on voyait sur son front l'ennui, l'elTroi, la crainte d'un avenir d'angoisses et de tourmentes publiques. Le roi ne satisfaisait précisément aucun parti ; son système de temporisation n'allait droit à aucune de ces opinions franclies qui donnent la popularité. Sa tète, déjà penchée sur sa poitrine, paraissait dominée par de grands projets. Quelle était sa position à l'extérieur? le repos allait-il naître avec la paix ? cette paix était-elle détliiilive et sincère ?

La haute et belle partie du règne de Henri IV est l'organisation régulière et vaste des relations politiques au dehors. Dans le désordre qu'avait jeté la ligue, dans ces alliances motivées sur d'autres liens que sur des circonscriptions de territoire, sur l'intérêt des peuples ou la force de la couronne, il avait été dillicile de parfaitement démêler les véritables éléments d'un système européen. Deux principes étaient au fond de toutes les questions : le catholicisme et la réforme, et tant qu'ils étaient en lutte, tant qu'on n'était pas parvenu à les concilier ou à les dompter l'un par l'autre, il était impossible de se faire des alliances durables, des principes de sécurité au dehors. Henri IV, prince conciliateur, mil la main à l'œuvre et parvint à son but, après la paix de Vervins surtout, qui fit rentrer chaque puissance dans ses intérêts propres; car il faut considérer cette grande paix comme un retour vers les idées simples et régulières de la diplomatie. La transaction de Vervins n'avait pas calmé pourtant les agitations politiques de l'Europe. La pensée religieuse ne s'était pas entièrement trans-

' No havra para que se enCiendœ que lo aveis escriio aca. — Archives de Simancas, A 58 ^*.

formée dans la pensée politique; et tant le principe catholique était encore énergique, que toutes les puissances s'ébranlaient pour l'élection d'un pape. Clément VUI (Hippolyte Aldobrandini) venait de mourir; le sacré collège portait le cardinal Baronius, le savant analyste qui avait placé au-dessus de toutes les puissances la suprématie romaine; il fut repoussé par l'Espagne. On transigea enfin pour le cardinal de Florence , qui fut élu pape sous le nom de Léon XI. Léon XI vécut peu de temps et fut remplacé par Paul V.Henri IV mit une grande importance à ses alliances d'Italie, non seulement par le souvenir de la vieille domination française, mais encore dans des intérêts généraux et puissants ; il fallait les opposer à la Savoie, s'assurer le pape, conserver l'antique alliance et le protectorat de Venise. Son mariage avec Marie de Médicis avait aidé cette politique générale. Ses rapports avecle pape prirent une grande extension à la suite de la médiation française dans la querelle du souverain pontife et de] Venise, rôle qui créait pour Henri IV une haute influence dans les relations de l'extérieur.

La première et la plus forte alhance, c'était celle des princes de l'empire , barrière opposée à l'ambition de la maison d'Autriche ; elle datait de François I" et de Henri H; le roi agrandit cette protection par des subsides habituellement payés, soit à la Bavière, soit aux princes palatins, aux villes libres du Rhin, que Bongars rattachait habilement aux intérêts français. Cette ambassade de Bongars fut des plus habiles et des plus curieuses par les résultats ; je ne puis la comparer qu'à celle de Savary de Brèves à Constantinople. L'Allemagne était encore agitée par les questions religieuses. La réforme puritaine, le système de Calvin, tentait d'y pénétrer et de s'y établir; il trouvait surtout faveur dans la Basse-Allemagne, au sein de ces populations qui avaient autrefois salué la royauté anabaptiste de Muncer. Dans plusieurs cités, et principalement à îîarbug, le peuple avait chassé les ministres luthériens pour adopter les doctrines plus démocratiques de Calvin. C'était à ce résultat (ju'aboulissail alors le

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mouvement religieux : le lutliéianisme, la hiêrarchin eplscô-» pale avaient à hiUer contre l'égalité presbytérienne, le dernier jiériode de la rélbrrnation. Ces divisions religieuses en Germanie favorisaient les progrès des Turcs dans la Hongrie, champ de bataille et glorieux rendez-vous de la chevalerie catholique. Là périssait le jeune Laval, le petit-lils de Taustère Dandelot, qui avait abjuré hautement le calvinisme. Par pénil(!uce, Laval venait expirer sous les balles turques. Bongars, habile et persévérant, se ménagea toutes les alliances avec les petits |)rinces germaniques contre la grande maison d'Autriche.

L'Angleterre avait prêté aide et appui à Henri IV ; le prince persista dans cette alliance qui était un naturel appui contre l'Kspagne, l'ennemi conunun ; des traités successifs agrandil'ent et resserrèrent ces rapports politiques et commei'ciaux:, Elisabeth , malgré ses moments de mauvaise humeur et de colère contre le Béarnais, n'avait cessé de conserver pour lui une vive et tendre amitié que le traité de Vervins n'avait pas reh'oidie. Le roi l'engageait même à en finir avec une guerre; (pii appauvrissait ses sujets et tourmentait sa vieillesse. f^'JisaiKîth n'avait point voulu traitera Vervins : ses raisons étaient puisées moins encore dans les intérêts matériels que dans le principe religieux et moral ; principe qui en Angleterre se mêlait si puissamment aux droits de la couronne. Le parti catholique était fort dans les deux royaumes. La paix avec l'Lspagne lui redonnerait une énergie nouvelle, car Elisabeth était déjà aux prises avec les dissidents des deux sectes extrêmes , catholique et presbytérienne. Depuis ,Ja grande reine rUiit morte; une dépêche de M. de Beauvais, ambassadeur à Londres, en prévenait le roi. « Sire, le 5 de ce mois, à trois heures du matin, la royne a rendu l'esprit fort doucement, ayant commencé de perdre la paiole depuis quelques jours auparavant. »

La mort d'Elisabeth ne ehangea point les rapports nécessaires et naturels de la France et de l'Angleterre. Le ôOjuillet, un traité de confédération entre H 'iiri IV el Jacques F"', roi

d\\ng]c!(ivrft (!L (rlicosse, lui conclu par le marquis de Rusiiy. Il avail pour objet la délenso et la conservation des provincesunies des Pays-Bas contre le roi d'Espagne. Ensuite cette alliance se développa, parce qu'elle était dans la force et la nature même des intérêts.

Depuis le traité de Vervins , les rapports avec l'Espagne étaient placés sur des bases régulières et précisément déterminées ; l'Espagne pouvait soulever encore des mécontentements en France, profitei- de quelques révoltes isolées; mais elle n'avait plus pour elle une ligue dont les chefs se proclamaient dans toute l'étendue du territoire, dans les villes, parmi les métiers et les affiliations populaires. Philippe II n'était plus; cette haute ligure politique avait disparu do la scène après la signature de la paix de Vervins. On eût dit que la mort s'était emparée de cette proie au moment où la pensée catholique avait cessé de dominer les intérêts d'état à état. Quel rôle pouvait encore jouer Philippe II à la suite de la paix de Vervins, transaction qui reposait sur des idées de conciliation diamétralement opposées à l'unité religieuse et politique, fondement de son système? Son successeur, Philippe III, était jeune, indolent, peu capable ; sa main ne se montre plus sur toutes les dépêches, comme aux grands jours de son père: on ne trouve pas la trace de son pouvoir jusque dans les moindres actes de sa chancellerie. Tout se fait par son conseil d'état, et dès lors les vastes archives de Simancas n'offrent plus le même intérêt de politique et d'histoire. Les transactions de l'Espagne, à cette époque, se résument dans les négociations suivantes : 1" Développement difficile et inquiet de l'état de paix avec la France, conséquence naturelle du dernier traité ; 2" arrangement spécial de l'Angleterre et de l'Espagne à la suite des transactions de Vervins ; 5" tendance obligée à la pacification des Pays-Bas et à leur reconnaissance comme état libre.

Henri IV voulant reconnaître la bonne réception qui était faite à Madrid à son ambassadeur, donnait, de son côté, ordre à Paris de liien accueilhr les envoyés espagnols : « Très II. :î!)

cliers et bien amés, le désir que nous avons que l'ambassadeur que le roy d'Espagne nous a naguère envoyé reçoive tout le bon traitenient qu'il nous sera possible , nous a fait faire un mot à vous , nostre amé et féal prevost des marchands , pour tenir la main à ce que luy et ceux de sa suite fassent logés, bien reçus et accommodés es maisons de nostre bonne ville de Paris, où les mareschaux de nos logis que nous avons envoyés à cet etïect les pourroient marquer; et parce qu'il est party ceste nuict pour s'y acheminer, et que nous ne désirons pas qu'il soit laissé aucune chose de ce qui est nécessaire à cet eilect, nous vous mandons et ordonnons que incontnient après la réception de la présente, vous ayez à aller visiter ledict ambassadeur d'Espagne, et lui faire les présents ordinaires et accoutumés en tel cas , en sorte qu'il en reçoive le contentement que nous nous sommes prorais ; et à ce ne faictes faute, cartel est notre plaisir*. » Ces rapports de bonne intelligence n'empêchaient pas les intrigues de toute espèce que l'Espagne entretenait en France, afin de réveiller les troubles de la ligue. Les agents secrets se multipliaient. «Jésus Maria ! (c'est ainsi que commencent tous les rapports de llafiSiUn de ses agents. Jésus Marie!... Troisième rapport dans lequel je vais dire les noms des personnes qui sont ennemyes du roy de France pour les tyrannies qu'il s'est permises ; j'ajouteray les noms des provinces où résident les mécontents et ce qu'ils peuvent faire contre le roy : Le maréchal de Jiiron tire son importance de l'ancienne position seigneuriale de son père en Périgord et dans le duché de Guienne, et du costé de sa mère, dans la province etl'évesché de Comminges. Tous les principaux gentilsliommes de la province du Périgord sont parents ou très attachés à la fauiille de Biron, parce que le père du maréchal de Biron leur a rendu service à tous étant jicutcnant général de Guienne. Il peut à lui seul entretenir la guerre en Guienne et en Auvergne. Au surplus, la maréchale, mère du maréchal de

1 Regist. de l'hôtel de ville, XVII, fol. 376.

Bii'on, est alliée à presque toutes les grandes familles de Coniminges et de Gascogne, qui ne demandent que la guerre, comme les barons de Montberant, de Bajordan, les vicomtes de Saint-Giron, de Labours, etc., etc. Les seigneurs qui se sont trouvés offensés dans la personne du comte d'Auvergne sont : le connétable^de Montmorency, si puissant par tout le royaume, ses cousins les ducs de Bouillon et de Ventadour, de la Trémouille, les fils du duc d'Épernon dans le Poitou ; le duc d'Épernon lui-même tient, comme on le sait, d'une manière à peu près absolue, la Saintonge, le Bordelois,rAgénuis et la Gascogne : enfin il seroit trop long d'énumérer toute cette population de gentilshommes mécontents des impositions, rapines et vexations d'un tyran. »

L'agent donnait, à la sui te de ce tableau , un aperçu des moyens qu'on pouvait employer pour soulever les provinces. C'est ])ar ces espérances de séditions nouvelles qu'il faut expliquer les rciards que l'Espagne apportait à jurer la paix de Yervins. Ilenii IV écrit au cardinal d'Ossat, ambassadeur à Rome, une longue lettre dans laquelle il s'en plaint avec aigreur. Ainsi les démonstrations de bonne intelligence entre la France et l'Espagne furent toutes extérieures ; jamais il n'y eut amitié sincère ; cela ne pouvait être; et à peine ce traité était-il signé, que les deux monarchies se menaçaient par de sourdes menées et de longues conjurations, qui éclatèrent plus tard encore par la guerre. Un nouvel état entrait, par la médiation de la France et par son propre courage, au rang des nations parmi lesquelles il était appelé à jouer un rôle immense ; j'entends parler de la Hollande. Personne ne favorisa plus son développement que Henri IV; il la fit reconnaître par l'Espagne ellemême. C'était un grand poids que la Hollande dans les transactions de l'Europe septentrionale : de là ce puissant rôle qu'elle joua au dix-septième siècle. Deux périodes marquent la durée politique des états : 1" l'existence de fait consacrée par les efibrts des peuples et la victoire ; 2° la reconnaissance l)ar les autres gouvernements du fait accompli. Ainsi avait été

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