LA LIGLK
Us ajoutaient aux maii-e et échevius d'Oj'léans : « Messieurs, ce n'est pas tant le devoir qui nous faict nous conjoindre avec vous, que le singulier plaisir que nous avons en nostre bonne intelligence, nous vous prions et exhortons d'escrire doresnavant en corps, selon les occasions qui se présenteront, et principalement aux villes avec lesquelles vous avez le commerce plus fréquent, comme à Tours, Chartres et Angoulesme, non tant pour la continuation du trafic seulement, mais pour les exhorter à leur sûreté et à une entière correspondance avec vous de ce qui sera de besoin pour vostre mutuelle conservation. » Toutes les villes auxquelles ces chartes furent adressées partageaient les opinions de Paris ; leurs halles, leur peuple, leurs métiers étaient également fervents et dévoués. Comment ne seraient-ils pas entrés dans Tunion municipale que la ligue proposait contre les politiques, en exécration à cette multitude? Le 4 juin les échevins d'Amiens répondaient à la ville de Paris : « Messieurs ; aussitost que vostre député, présent porteur, nous a deslivré la lettre qu'il vous a plu nous escrire du dernier jour du passé, nous avons faict assembler jusques à deux cents des principaux et plus notables habitans; par advis et commun consentement desquels avons résolu nous unir avec vous.» Les habitants d'Abbeville ajoutaient: «Messieurs, nous avons reçu vos lettres, et en assemblée générale faicte en l'hostel de ceste ville, a esté trouvé bon de vous escrire la présente, ayant de nostre part tousjours dressé nos intentions pour vivre et mourir sous un mesme Dieu, une mesme foy, un mesme roy ; et nous avons deslibéré nous unir avec vous et autres villes catholiques. »
Quoique l'inlluence de Paris fût grande et dominatrice, les villes s'écrivaient les unes aux autres pour s'exhorter à la modération. Le duc de Guise, la noblesse, le parlement, unis à la ligue municipale, tendaient surtout à régulariser le mouvement des cités, à l'empreindre d'un caractère de justice, afin d'en perpétuer la durée. Les ambassadeurs n'avaient point quitté Paris ; celui d'Espagne avait même encouragé les ellorts
du duc de Guise. 11 en était un surtout parmi eux qui plus d'une fois avait excité Tindignation des halles, parce qu'on le savait hérétique; c'était l'envoyé spécial d'Elisabeth. Le duc de Guise était trop habile politique pour rendre à tout jamais impossible l'alliance de l'Angleterre, en exposant son représentant aux haines populaires; il députa donc vers lui M. de Brissac « pour lui offrir une sauvegarde et le prier de ne se point estonner et de ne bouger, avec assurance de le bien conserver. » L'ambassadeur fit response, « que s'il eust esté comme homme particulier à Paris, il se fust allé jeter aux pieds de M. de Guise pour le remercier très humblement de ses courtoisies et honnestes offres, mais qu'estant là près de Henri III pour la royne sa maistresse (qui avoit avec le roy alliance et confédération d'amitié), il ne vouloit ni ne pouvoit avoir sauvegarde que du roy. « Le sieur de Brissac lui remontra « que M. de Guise n'estoit venu à Paris pour entreprendre aucune chose contre le roy ou son service, qu'il s'estoit seulement mis sur la défensive. )) L'ambassadeur répondit « qu'il vouloit bien croire qu'il lui disoit vrai, mais que ce qui se passoit à Paris seroit trouvé ti'ès estrange et très mauvais par tous les princes de la chrestienté qui y avoient intérest. Qu'il lui promettoit au reste très volontiers qu'il liendroit au plus tost la rdyne sa maistresse advertie de tout ce qu'il lui disoit; mais de servir d'interpreste aux conceptions de M. de Guise et de son parti , ce n'estoit chose qui fust de sa charge, estant la royne sa maistresse plus sage que luy, pour, sur ce qu'il lui en escriroit, croire et juger ce qu'il lui plairoit. » Le sieur de Brissac, voyant que ni par ses offres , ni par sa prière , il n'ébranlait l'ambassadeur, termina sa harangue par des menaces, lui disant que le peuple de Paris lui en voulait pour la cruauté dont la reine d'Angleterre avait usé envers la reine d'Ecosse. A ce mot de cruauté, l'ambassadeur lui dit : « Tout beau, monsieur, je vous arreste sur ce seul propos de cruauté. On ne nomma jamais cruauté une justice bien qualifiée. Je ne crois pas, au surplus, que le peuple m'en veuille, comme vous dites; sur quel sub-
jccl? Je suis icy personne publique qui n'ay jamais offense personne. — N'avez-vous pas des armes, dit le sieur de Brissac. — Si vous le me demandiez, respondit l'ambassadeur, commeà celui qui a esté autrefois ami et familier de M. de Cossé vostre oncle, peut-estre que je le vous dirois ; mais estant ce que jesuis,je ne vous en dirai rien. — Vous serez tantost visité céans, car on croit qu'il y en a, et y a danger qu'on ne vous force. — J'ai deux portes en ce logis, répliqua l'ambassadeur, je les défendray tant que je pourray, pour faire au moins paroistre à tout le monde qu'injustement on aura en ma personne violé le droit des gens. — Mais dites-moi en ami, je vous prie, avez-vous des armes? — Puisque le demandez en ami, je le vous dirai en ami : si j'estois icy un homme privé, j'en aurois; mais y estant ambassadeur, je n'en ai point d'autres que le droit et la foi publique. — Je vous prie faire fermer vos portes, dit le sieur de Brissac. — Je ne le dois pas faire, respond l'Anglois ; la maison d'un ambassadeur doit estre ouverte à tous allans et venans ; joinct que je ne suis pas en France pour demeurer à Paris seulement, mais près du roy où qu'il soit\)) L'appel à ces hautes maximes du droit des gens commençait alors à se proclamer, signalait également un grand dépit dans l'ambassadeur qui savait bien que c'en était fait de l'influence anglaise en face de la toute-puissance de la ligue : la direction des affaires allait passer à l'Espagne.
Les villes étant unies dans les intérêts communs d'une grande requête à présenter au roi pour le maintien de leur liberté catholique, le bureau de l'hôtei de Grève multiplia sa correspondance avec les princes qui pouvaient seconder cette impulsion. « Monseigneur, écrivait-il au duc de Mayenne, l'asseurance que nous avons prise que par messeigneurs le cardinal de Bourbon et duc de Guise vous aurez esté amplement adverty de tout ce qui s'est passé en ceste ville depuis un mois, nous a lait relarder le devoir de vous visiter comme l'un des
1 Pourparlers cnlre le ?ieiir de lirii^sac, dcspûché par M. de Guise auprès do l'anibassadeur de la royiie d'Auuleterre. 1688. ^
princes de la France auquel Dieuamis en mains les armes et la magnanimité en son courage pour s'opposer et à l'hérésie et à la tyrannie que Ton voit pied à pied envahir ce royaume. » La ville de Paris ajoutait pour le duc de Nevers : « Monseigneur , l'asseurance que nous avons de vostre saincte aflection et du zèle que avez à la conservation de cet estât , nous faict vous supplier', en l'extresme danger où il est, de vouloir vous unir avec les princes catholiques, en la poursuite de la requestre par eux, pour cet etfect, présentée à sa majesté ; vous la trouverez si juste et si digne de ceux de vostre rang qui aiment Dieu et ce royaume, comme vous avez tousjours faict, que nous croyons que vous embrasserez ceste cause avec eux. »
Mais toute l'expression ardente, tout le zèle bourgeois étaient pour le bon et saint cardinal de Guise : « Monseigneur , nous remercions desvostement la divine majesté, et vous particulièrement, de la diligence, dextérité et prudence que vous avez employées. Vous avez, en ce faisant, obligé plus estroitement à vous et aux vostres, nous et tous les gens de bien catliOliques. » La puissance de ce gouvernement des villes s'étendait de province en province, sous le grand ascendant du duc de Guise ; les choses n'étaient point siiHisamment avancées pour s'affranchir absolument du nom du roi ; la révolution n'était point contre la couronne , mais seulement contre le conseil des politiques; M. de Guise s'etforeait de bien nettement l'exposer, atin d'effacer tout scrupule dans l'esprit des conseils municipaux, et lui-même écrivait une lettre circulaire aux villes, modèle de modération et de tempérament : « Messieurs, si ce qui est arrivé estoit secret, et non esgalement cognu de tout le monde , je me devrois mettre en peine de vous en discourir les occasions et les progrès ; mais puisque lachosemesmepublie et enseigne si clairement quelles forces j'ay amenées à Paris, de quelle franchise je suis venu trouver le roy, quelle confiance j'ay eue en sa bonté, quels artifices ont précipité sa majesté de son bon naturel à la violence, de quelle douceur je l'ay soutenue, de (luelle opinias-