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trcli'^ j'ai gardé inviolable le respect et le service que j(^ lui dois ; je ferois tort à la grâce de Dieu si je la voulois exagérer de parole; il me suffit de conférer maintenant avec vous , comme frères et compatriotes , des moyens d'employer ceste occasion inespérément venue du ciel pour le bien de nostre religion catholique, service de nostreroy,de nostre repos à l'avenir sans les racheter (s'il est possible) par quelque guerre ruineuse et sanglante. » Il y avait habileté à multiplier les témoignages de respect pour la royauté tout en s'organisant pour la résistance ; les villes, rassurées envers la couronne , se montreraient plus dociles , et se jetteraient dans l'union sans scrupule : que voulait-on? délivrer l'autorité royale des hérétiques et des politiques, de d'Épernon surtout, qui en arrêtait les nobles et saintes inspirations. Quelle était la cité qui pouvait se refuser à cette intention pieuse? quelle était la confrérie bourgeoise ou de métiers assez tiède pour ne pas saisir l'arquebuse en l'honneur des saints du paradis et des images de la 'Vierge bénite ?
Henri III s'était retiré en toute hâte sur Chartres dans le dessein d'y reconstituer un parti et de planter en liberté sa cornette fleurdelisée , point de ralliement pour les royalistes; le duc d'Épernon l'avait joint bientôt avec quchpies compagnies suisses, mille lances et arquebuses françaises. La correspondance avec Henri de Navarre s'était alors engagée en des termes pressants et d'une certaine intimité. Le Béarnais offrait sa gentilhommerie de province et de castel, ne demandant autre chose que la reconnaissance solennelle de ses droits de succession ta la couronne de France. Henri III n'avait que peu d'affection pour le parti de la chevalerie huguenote du roi de Navarre ; sa vie de jeunesse et de bataille avait été tout entière consacrée au catholicisme ; il préférait attirer à lui les chefs de cette opinion , comme les villes en sa fidélité. Toutes ses démarches tendaient à sa justification. Les torts étaient-ils de son côté dans la journée de Paris? Avait-il attenté à la religion et à la liberté du peuple? C'est dans cet objet qu'il écrivait ,une
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lettre curieuse à M. de Nevers, car elle donne la mesure des opinions de Henri III et du tiers-parti sur les barricades :
« Mon cousin, j'estois en ma ville de Paris où je ne pensois à autre chose qu'à faire cesser toute sorte de jalousies et empeschements du costé de Picardie et ailleurs qui retardoient mon acheminement pour poursuivre la guerre contre les hérétiques, quand mon cousin le duc de Guise y arriva à mon desçu le 9" jour de ce mois. Sa venue en ceste sorte augmenta tellement les desfiances, que je m'en trouvai en grande peine, parce que j'avois auparavant esté adverti d'intinis endroicls qu'il y devoit arriver de ceste façon, et qu'il estoit attendu par plusieurs habitans soupçonnés d'estre cause de ces défiances; Les advertissemens ordinaires me redoubloient journellement qu'il devoit esclore quelque grand trouble en ladicte ville ; je pris résolution de l'aire faire lesdictes recherches par les quartiers d'icelle plus exactement que les précédentes, afin de descouvrir et recognoistre au vray Testât de la ville et faire vuider lesdicts estrangers qui ne seroient advoués comme ils dévoient estre ; pour ce faire, j'advisai de renforcer de certains corps-de-garde, les habitans et bourgeois de ladicte ville, que j'avois ordonné estre dressés en quatre ou cinq endroicls, des compagnies de Suisses et de celles du régiment de ma garde qui estoient logées aux fauxbourgs d'icelle ; je commandai à aucun de mon conseil et chevaliers de mon ordre du Sainct-Esprit, d'aller par les quartiers avec les quarteniers et autres officiers de la ville, comme il s'est faict plusieurs fois, dont je fis advertir le duc de Guise et tous ceux de ladicte ville, afin que personne n'en prist alarme et ne fust en doubte de mon intention. Les choses s'eschautïèrent de telle façon par l'induction d'aucuns qui alloient semant et imprimant au cœur des habitants, que j'avois fait entrer des forces pour establir des garnisons estrangères en ladicte ville et leur faire encore pis. Quoy voyant, je me résolus de ne faire exécuter plus avant lesdictes recherches commencées et de taire letirer lesdictes forces que je n'avois fuict entrer que pour
icelles occasions, estant vraisemblable que si j'eusse eu autre volonté, je l'eusse tentée, et peut-estre exécutée entièrement selon mon désir avant Tesmotion desdicts habitants , et qu'ils eussent tendu les chaisnes et dressé les barricades par les rues ; ils commencèrent à le faire incontinent après midy, quasy en mesme temps par toutes les rues de ladicte ville, k ce instruits et excités par aucuns gentilshommes , capitaines et autres estrangers envoyés par ledict duc de Guise qui se trouvèrent en bien peu de temps despartis et rangés par chascune des dixaines pour cet etrect, faisant retirer lesdictes compagnies suisses et françoises. Il y eut , à mon très grand regret, quelques arquebusades tirées et coups reçus par lesdicls habitants, qui portèrent principalement sur quelques-uns des Suisses, que je fis retirer et loger ce soir-là es environs de mon chasteau du Louvre, afin de voir que deviendroit l'esmotion. Néanmoins, au lieu de voir l'effect tel que je l'attendois pour leur propre bien, les bourgeois auroient continué depuis à hausser davantage leurs barricades , renforcer leur garde jour et nuict , et les approches de mon chasteau du Louvre jusques contre les sentinelles de mes gardes ordinaires, et mesme se seroient saisis de l'hostel de ville , ensemble des clefs de la porte Sainct-Anthoine. Je me résolus d'en partir ledict jour, et plustost m'absenter et esloigner de la chose que j'aimois , que de la voir courre plus grand hazard et en recevoir aussi plus de desplaisir; ayant supplié la royne madame et mère d'y demeurer pour voir si par sa prudence et auctorité elle pourroit faire en mon absence, pour assoupir le tumulte, ce qu'elle ne put faire en ma présence ; et m'en suis venu en ceste ville de Chartres, où je désire que mes bons serviteurs, et principalement ceux qui sont de vostre qualité, et qui ont rendu tant de preuves de leur piété et religion catholique , et pareillement de leur affection et fidélité à mon service et au bien public du royaume, me viennent trouver, comme je vous prie de faire au plus \o\. » Le roi voulait ainsi fortifier son gouvernement à Chartres , lui donner l'appui de la nobles^io,
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se justifier auprès des bons catlioliques, et rappeler dans les cœurs les vieux principes de fidélité, que le mouvement municipal avait si profondément ébranlés.
La sainte-union déployait ses forces à Paris et dans les villes; mais l'instinct lui faisait sentir que rien n'était fini pour elle si le roi ne rentrait pas dans sa bonne cité , s'il établissait surtout, comme Charles VU, un gouvernement à Chartres, à Bourges ou <à Blois, en dehors de l'intluence de ses bourgeois et de ses halles. Ne valait-il pas mieux traiter avec le chef du tiers-parti catholique, lui imposer la sanction de tout ce qui s'était fait par la ligue? La leine-mère poussait à ce résultat, parce qu'elle y aurait retrouvé son influence, alors tout à fait annulée par le duc d'Épernon. Les parlementaires essayaient un rapprochement sérieux à Chartres, tandis qu'une larmoyante procession, conduite par Joyeuse, sillonnait les rues de la ville, psalmodiant les psaumes delà pénitence. C'était alors l'époque des émotions ; la ville de Paris , le conseil municipal ne demandaient pas le pardon de leurs rébellions, comme on l'a dit; mais cet aspect de Joyeuse soutenant uue haute croix de bois , de ces pénitents avec leurs chapelets à tète de mort, ce retentissement de voix lugubres au sein des églises, devaient entraîner les cœurs à la repentance : « A la tète de cette procession apparoissoit un homme, lequel portoit une longue barbe ; il avoit le corps couvert d'un ciliée, et audessus un large baudrier, d'oîi pendoit un sabre long et recourbé; d'une vieille trompette il tiroit des sons aigus et discordants. En arrière de lui se voyoient trois autres hommes, ayant chascun en guise de casque une marmite grasse, et portant brassarts et gantelets ; leurs hallebardes estoient toutes rouillées. Ces trois hommes tournoient leurs yeux d'une manière estrange et se démenoient terriblement pour esloignejla foule qui estoit à l'entour d'eux. Après eux venoit frère Ange de Joyeuse, nouvellement capucin. Afin d'enseigner le roy, on Favoit prié de faire et représenter à ladicte procession nostre Seigneur Jésus - Christ se rendant au Calvau'c. Il
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estoit tout garrotté, et sur sa ligure on avoit peint de larges gouttes de sang qui sembloient sortir de sa teste couronnée d'espines. 11 trainoit derrière lui une longue croix en carton fort bien peinte, et sembloit-il marcher difficilement, se laissant cheoir de temps en temps, et poussant des cris vraiment horribles et lamentables. Aux costés d'iceluy marchoient deux capucins représentant la Vierge Marie et la Magdeleine. Ils tournoient desvotement leurs yeux au ciel, et toutes les fois que ledict frère Ange s'estendoit par terre, ils se prosternoient audevant de luy. Quatre ballebardiers , bien noirs et bien lugubres, tenoient la corde qui ceignoit frère Ange, et lui donnoient-ils des coups de fouet qui s'entendoient au loing. Une grande foule de pénitents, capucins et autres, fermoit ceste marche merveilleuse ^ » C'était une sorte de procession à la manière de la Fête-Dieu , instituée pieusement et en artiste, par le roi René, en sa bonne ville d'Aix en Provence.
Ces images saisissantes et vives frappaient les masses. Henri III avait toutes les superstilionsd'uneàmefoibie et maladive; quand frère Joyeuse, capucin, lui fit entendre des paroles de repentir et de mort, ne devait-il pas éprouver cette contrition douloureuse qui agite une vie de libertinage et de croyances? Et pendant ces avertissements venus du ciel, on vendait à Paris une belle image peinte où se voyait un vénérable ermite à barbe longue et blanchie qui appelait à repentance « Henri de Valois^, le politique, qui était presque dans l'hérésie, mais qui pouvoit encore se sauver par sa bonne union avec la saincte ligue et en chassant d'Espernon. » Quand les députés parlementaires arrivèrent à Chartres, ils obtinrent facilement de voir le roi. Entre autres propos notables que le roi leur tint, il leur dit : « Il y en a, en ce faict, qui se couvrent du manteau de la religion, mais méchamment et faussement ; ils
iDeThou, adann. 1588.
^ «Le véritable pourlraict, sous la rigiire d'un hurmile,^» se Irouvc dans le curieux recueil de la ligue. Bibl. ro;^ale,
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eussent mieux taict de prendre un autre cliemin. » 11 dit au président de Neuilly, député de la cour des aides, qui faisant sa harangue pleurait à chaudes larmes et s'excusait de ce qui était advenu : «Eh î pauvre sot que vous estes, pensezvous que si j'eusse eu quelque mauvaise volonté contre vous et ceux de vostre faction, que je ne Feusse pas bien pu exécuter? Non, j'aime les Parisiens en dépit d'eux, combien qu'ils m'en donnent fort peu d'occasions ; retournez-vous-en, faictes votre estât comme de coutume, et vous monstrez aussi bons subjects que je me suis monstre bon roy, en quoy je désire continuer pourvu que vous vous en monslriez dignes. » Ces bons bourgeois de Paris, si aimés du roi, lui avaient en effet écrit une longue lettre pour demander à obtenir ses grâces : « Sire, vostre ville de Paris n'a eu jamais tant agréable de se voir la première de vostre royaume, comme elle a pris à plaisir et honneur d'estreenvers vostre majestéet vos prédécesseurs roys, la première en amour et bienveillance ; et ne voulant faillir à son devoir, scachant que de tous les membres de la ville on est allé vers vostre majesté, elle de sa part y envoie la présente, laquelle servira à voslre majesté, s'il luy plaisl, de témoin de la fidélité qu'elle a tousjours vouée à vostre service.» Et le roi leur répondit : « Chers et bien amés, vous aurez, comme nous estimons, entendu les occasions qui nous ont mù de partir de nostre ville de Paris, le treizième de ce mois, et vous dirons par la présente que ça esté avec tous les regrets et desplaisirs d'un prince qui a tant rendu de preuves de sa bonté et affection envers ses subjects. Nous vous prions et exhortons derechef de vous tenir conjoincts, fermes et unis avec nous, pour nous rendre l'obéissance que vous nous devez, et nous donner plus de moyens de vous régir et traiter heureusement et favorablement, comme nous avons très bonne volonté de faire. » En toutes ces démarches on voyait l'action de la reinemère qui cherchait à gagner la confiance du duc de Guise et les bonnes grâces des bourgeois ; elle se promenait dans Paris, visitait les confréries, les halles, témoignant à tout
le peuple qui l'entourait qu'elle allait s'entremettre pour obtenir du roi le retour en sa bonne ville.
L'opinion de la reine-mère était alors celle d'une transaction avec la ligue; pourquoi n'assurerait-on pas la succession de la couronne à la maison de Lorraine? Catherine de Médicis résolut le voyage de Chartres dans ses desseins d'accommodement. « Le samedy 50 juillet, la royne-mère, le duc de Guise, accompagnés de quatre-vingts chevaux, le cardinal de Bourbon, précédé de cinquante archers de sa garde, vestus de casaques de velours cramoisy, bordées de passements d'or, l'arcbevesque de Lyon et plusieurs autres, partirent de Paris et arrivèrent le lundy à Chartres et furent bien accueillis par le roy. La royne-mère, interpellée du duc de Guise et de ceux de son parti d'interposer derechef son crédit pour persuader le roy de retourner à Paris, lui en lit une fort affectionnée supplication; mais le roy luy respondit qu'elle ne l'obtiendroit jamais, et la pria de ne l'en importuner davantage; alors, ayant recours aux larmes qu'elle avoit tousjours en commandement : « Comment, mon fils, lui dict-elle, que dira-t-on plus de moy, et quel compte pensez-vous qu'on en fasse ? Seroit-il bien possible qu'eussiez changé tout d'un coup vostre naturel que j'ai tousjours cognu si aisé à pardonner? — Il est vray, madame, ce que vous dictes, respondit le roy ; mais que voulez-vous que j'y fasse? C'est ce méchant d'Espernon qui m'a gasté et m'a tout changé mon naturel bon. » Cette expression moqueuse disait un peu la situation du roi, absorl>é sous la faveur du duc d'Epernon. Retourner à Paris, n'était-ce pas se mettre dans les mains de la grande ligue des princes et des villes bourgeoises à laquelle on venait à peine d'échapper ?
Les affections du roi étaient pourtant toutes cathoUques: il avait commencé sa vie dans ce parti ; il en préférait les doctrines. Il ne voulait point se livrer au conseil de Paris, et subir les conditions de la multitude organisée; mais, libre dans son impulsion, ne pouvait-il pas directement traiter encore une fois avec la ligue cl le comité général iiui la dirigeait? Ce fut dans
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ces circonslances que le conseil de l'union se liàta de prcsenlei' une requête au roi pour préciser ses griels d'une manière complète. » Sire, disait-il, le cardinal de Bourbon et les autres princes catholiques s'unissent ensemble pour supplier vostre majesté d'extirper les hérésies de son royaume; ils persistent encore maintenant à luy faire celte très humble supplication, de parachever ce sainct œuvre, l'effect duquel peut seul arrester le cours de toutes les partialités et misères qui menacent la ruine de la France. » Ces expressions de dévouement étaient suivies de plaintes amères contre les gens qui pouvaient s'opposer au dessein du roi, amener à la longue la subversion de la religion catholique et la ruine du royaume : «Le duc de Espernon, sire, et le sieur de La Valette son frère, lesquels vous avez eslevés aux grandes charges et dignités de ce royaume, "sont recognus non seulement par la France, mais généralement par toute la chrestienlé pour principaux tauteurs et supports des hérétiques. Outre cela, sire, ils ont faict une honteuse marchandise des estais du royaume ; ils ont ravi et mis en leurs coffres toutes les finances de France; ils ont utfensé les principaux officiers de vostre couronne. Pour ce qui concerne vostre bonne ville de Paris, vos très humbles, très obéissans et très fidèles subjects les bourgeois et habilans d'icelle vous supplient qu'il vous plaise croire qu'en tout ce qui s'est passé ces jours derniers, il n'ont jamais eu volonté, ni intention de se despartir de la vraie obéissance que les subjects doivent à leur roy. Supplientsa majesté que, quand il luy plaira retourner à Paris (de quoy ils auront un extresme contentement), il aye agréable de n'y amener ni à douze lieues es environs, autres forces que ses gardes ordinaires du corps, vu que le passage des gens de guerre apporteroit grande cherté des choses nécessaires à la vie. »
Cette longue doléance était donc tout entière dirigée contre d'Épernon, qui gouvernait le conseil du roi; la ligue savait que c'étaient les politiques qui poussaient Henri III vers le roi de Navarre; il fallait détruire cette puissance du tiers-parti
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pour y substituer le crédit absolu de la ligue. Les politiques, pour repousser cette violente attaque, publièrent un pamphlet tout justificatif de leurs sentiments catholiques et de leurs antipathies surtout pour les huguenots. «Les sieurs d'Espernon et de La Valette ayant esté advertis que c'estoient à eux à qui la maison de Guise et leurs adhérents en vouloient aussi bien qu'à ceux de la religion, n'oublièrent rien pour repousser l'injure, et entre autres moyens qu'ils employèrent, il fut divulgué un escrit en forme de remontrance au roy, par lequel est respondu à tous les points contenus en la requeste cydessus, lequel escrit porte : Remonstrance au roy yar un oraij catholique romain, son serviteur fidèle, responsable à la requeste présentée par la ligue contre les sieurs d'Espernon et La Valette. » Le temps était passé où la résistance était possible. Dans ses moments de colère publique , le roi ne cessait de ménager le conseil municipal de Paris, quoiqu'il eût des velléités de se montrer maître absolu , roi inllexible envers les révoltés. Quand il reçut le parlement, il s'exprima en merveilleux termes sur ratfection qu'il portait à sa bonne ville : « Je suis marry de ce qui est advenu en la cité de Paris, toutefois je ne suis pas le premier à qui tels malheurs sont arrivés. On a fait courir le bruit que je voulais mettre garnison en la ville de Paris, mesure que l'on prend pour ruiner une cité ou pour une deflfiance que l'on a des habitants ; ils ne doivent pas estimer que j'aye eu volonté de ruiner une ville à laquelle j'ai rendu tant de tesmoignages de bonne volonté, et puis-je dire que me suis monstre vers eux un très bon roy. C'est pourquoy je veux qu'ils recognoissent leur faute avec regret et contrition. Je tenterai tousjours la douce voye, et quand ils se mettront en devoir de confesser leur faute et me tesmoigner par etfect le regret qu'ils ont, je les y recevray et les embrasseray comme mes subjects, me monstrant tel qu'un père vers son enfant , voire un ami vers son ami. Je veux qu'ils me recognoissent comme leur roy et leur maistre ; s'ils ne le font et me tiennent en longueurs, fermant ma main à
toutes cliosos comme je le puis, je leur ferai sentir leur ofl'ense, de laquelle à perpétuité leur demeurera la marque. » Ces menaces n'effrayaient pas la grande organisation de la ligue. L'union présentoit chaque jour de nouvelles requêtes. De quoi s'agissait-il? de se mettre à la tète du mouvement! Le roi l'avait déjà fait une première fois ; pourquoi n'y consentirait-il pas une seconde? N'était-il pas simple d'ôter les affaires au tiers-parti , aux politiques , pour les mettre aux mains de la sainte ligue, de l'opinion catholique, c'est-à-dire de la majorité? Henri III hésita quelques moments; puis il scella de son grand sceau la charte suivante : « Jurons et renouvelions le serment par nous faict, en nostre sacre, de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, promouvoir Tadvancement et conservation d'icelle, employer de bonne foy toutes nos forces et moyens, sans espargner nostre propre vie, pour extirper de nostre royaume, pays et terres de nostre obéissance tous schismes et hérésies condamnés par les saincts conciles et principalement par celui de Trente.» Le roi promettait de n'employer et^de ne pourvoir aux charges militaires, offices de judicature et de finance, que des personnes catholiques, faisant notoirement profession de la religion apostolique et romaine ; tous ceux qui seraient ainsi unis, jureraient de se défendre les uns les autres contre les violences des hérétiques et de leurs adhérents. Les conditions secrètes étaient l'éloignement du duc d'Épernon, et la lieutenance-générale de l'état et du royaume confiée au duc de Guise. Ainsi disparaissait le tiers-parti, le cathohcisme modéré ; la sainte-union le dispersait. Aux temps de troubles il ne peut y avoir que des opinions tranchées; les nuances se réunissent par la force des choses aux extrémités ; elles n'ont de vie que là. Le roi se faisait ligueur, chef de parti. Maintenant la querelle allait s'engager corps à corps entre les deux têtes de la ligue, Henri de Valois et Henri de Guise ; c'était à savoir à qui en définitive resterait la direction du mouvement populaire. La reine-mère avait pris un terme moyen, en faisant donner
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la lioiitenanro du royaume au duc do Guiso, La lieutpnanr'Pgénérale, céUiit rimage de la royauté, la force de la couronne promise à la maison de Lorraine par l'exclusion de Henri de Navarre : n'était-ce pas engager le chef des Guise à apaiser le mouvement populaire qui livrait le trône aux tempêtes?
Les engagements des Lorrains étaient trop intimes et trop étroits avec le roi d'Espagne, pour que ces négociations n'occupassent pas la sollicitude de San Lorenzo. Le duc de Guise, en envoyant les articles de la paix de la88 au roi Philippe II, lui écrivait le 24 juillet : « Sire, ayant plu à Dieu composer les allaires de deçà à la douceur, pour l'avancement de sa gloire, nous espérons que vostre majesté aura pour très agréable la soumission que nous y avons rendu, jugeant le fruit qui en reviendra '. »
En réponse, Philippe II ne manifestait pas une grande confiance pour les transactions catholiques entre la royauté et la sainte-union. Il écrivait à son ambassadeur à Paris, lui témoignant toutes ses craintes: «Don Bernardino Mendoça,j'ai reçu la nouvelle que vous me transmettez de la capitulation secrète du roy très chrétien avec la ligue. Je pense, ainsi que vous, que plus d'une difficulté s'élèvera dans l'accomplissement des conditions. Mais la meilleure j!/A-^///c«/?o« de Mucius ( Guise ), sera s'il parvient encore à se dégager. Il faut qu'il se persuade bien les dangers qu'il auroit à courir, si d'Epernon et les amis de ce dernier conservent en secret (comme on peut le présumer) les bonnes grâces du roi. Dites à Mucius que pour rien au monde il ne doit lléchir dans ce traité, ni consentir à ce que les forces du roi passent en d'autres mains que les siennes. Assurez-le de ma part de mon assistance, et de l'acconiplissement ponctuel de notre intelligence. — Don Bernardino Mendoça, je vous engage à avertir le cardinal de Bourbon et le duc de Guise de ne pas autant s'aventurer auprès du roi, dont ils doivent avoir tant de méliance. Insistez bien jiour leur démontrer le danger qu'ils courent; il faut que sans
» Archives (le Simancas, H. liSS. ,
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sY'carter des devoirs qu'ils doivent ù leur souverain , ils prennent leurs précautions. Conseillez-les ainsi de nouveau de ma part; quelles que soient les tendresses [caricias) du roi, qu'ils ne se fient point à ces trompeuses démonstrations ; lieii sçauroit-il inspirer de la confiance dans cette volonté vaiiable, dans cette pensée dangereuse! » Le roi d'Espagne semblait prévoir et annoncer l'assassinat des Guise.