‹ La ligue et Henri IVChapitre 7 sur 50 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

SITUATION POLITIOIE JUSQU'AUX ÉTATS DE lîLOIS ET A I.' ASSAS- SINAT DU DUC DE GUISE.

La Flandre. — Le comte de Leicester gouverneur. — Rupture de l'Aiiirleterre et de l'Espagne. — Préparatifs de Varmada. — Conjuration ca- Iholiqne de Mario Sluart. — Correspondance avec Pliilippe IL — Intervention des Guise. — De Henri IlL — Mort de Marie Sluart. — Effet en Europe. — Mouvement de l'Espagne. — Rapprochement d'Elisaheth et de la France. — Départ de Varvwda. — Elle est dispersée. — inlliience de ces événements. — La Hollande. — Etat des opinions en France. — Élections pour les états de Blois. — Action politique de l'Espagne. — États de Blois. — Adoption de l'imion. — Assassinat des Guise.

Les scènes de guerre civile, ces transactions entre les partis, ces soulèvements d'opinions et de villes tenaient presque toujours à des événements extérieurs qui , éclatant en lace do l'effervescence des esprits, dominaient leurs résolutions. Le catholicisme et la réforme , grands types des intérêts en Europe, donnaient à la politique générale un caractère d'unité et de sympathie. Un fait ne pouvait se produire sur un point sans qu'il y eût du retentissement sur tous les autres, et il n'y avait pas alors cet égoïsme territorial , ce p;iiriotisme du sol, II. i

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li'odalité ('purc'C des temps modernes. La mort inopinée du duc d'Anjou, après sa folle campagne des Pays-Bas, avait jeté la maison de Nassau dans l'alliance de l'Angleterre. Elisabeth, mécontente du roi d'Espagne, confia au favori de son cœur, au brillant et fougueux comte de Leicester, la conduite de quel.'iues auxiliaires anglais réunis à Flessingue. Leices- Ic!', en présence de ce peuple soulevé, ambitionna le pouvoir que le duc d'Anjou avait désiré lui-même. Le titre de comte de Flandre, la souveraineté de ces belles et plantureuses provinces souriaient à son avenir. Tandis qu'il luttait avec des fortunes diverses contre l'habile tactique du duc de Parme , il imposait sa volonté impérieuse aux étatsgénéraux , sans tenir même compte des instructions d'Elisabeth, alors tout entière dans les idées de ménagements.

L'intervention du comte de Leicester à la tète d'une armée anglaise était si publiquement avouée, qu'il eût été impossible à Philippe II de ne pas songer à la vengeance. Il résolut dès lors d'en finir, non seulement avec la révolte de Flandre, mais encore avec Elisabeth, dont l'activité dt'^ouaitses projets d'unité catholique. Des ordres furent donnés dans tous les ports d'Espagne, du Poitugal et de la Flandre, pour réunir une formidable armada^ Hotte gigantesque qui, rassemblée dans le canal de la Manche , devait tenter l'invasion de l'Angleterre, proclamer Marie Stuart sous l'aile de Philippe II, restaurer enfin le catholicisme violemment comprimé depuis Henri VIII. Il y avait longtemps que cette conjuration contre le pouvoir d'Elisabeth était tramée par Marie; elle se liait aux jirojets de la ligue en France, aux mouvements de l'union depuis 158a. Des critiques anglais ont cru que plusieurs des pièces du procès de Marie furent supposées par Elisabeth afin de perdre sa rivale ; mais il reste dans les archives de Simancas des documents trop décisifs et trop importants, pour qu'il soit possible de nier encore la participation de Marie aux grands projets de Philippe II contre la couronne protestante d'Angle^ terre. Dès la conférence de Nancy, le duc de Guise écrivait au

ET IILMU n . 3!)

roi d'Espagne: « Sire, après tant de diverses intelligences que j'ai conduictes et reclierchées dès longtemps avec beaucoup de peines pour l'establissement de la religion catholique en Ecosse, Dieu m'a faict la grâce d'avoir induit cl attiré les principaux du pays à la bonne et saincte résolution. El ayant traité ccste atlaire avec les principaux du pays d'Ecosse, j'en ai trouvé, à la vérité, l'exécution trop difficile sans le secours et assistance de votre majesté, que nous avons d'une commune voix choisi protecteur et appui d'une si digne et louable entreprise. C'est pourquoy je vous supplierai très humblement, siie, vouloir appuyer de vostre main libérale le zèle de c(;s bons catholiques et les assister du secours qu'ils attendent de vostre majesté >. » A la suite de cette recommandation, un traité est signé entre Philippe II et les Écossais, «qui supplient très humblement le roy catholique de leur vouloir octroyer les choses qui ensuivent, à sçavoir : six mille hommes soudoyés pour un an seulement pour s'opposer à la royne d'Angleterre, en cas que elle voulust entreprendre sur eux, se sentant assez forts d'eux-mesmes pour vaincre ce qui est du pays ; cent cinquante mille escus pour fournir aux levées et frais de cette guerre. »

Marie Stuart elle-même est en rapports assidus avec l'ambassadeur d'Espagne à Paris, don Bernardino Mendoça : « Monsieur l'ambassadeur, le roy catholique, monsieur mon bon frère, commence à se revancher des pratiques et attentats de la royne d'Angleterre contre luy. Vous ne croiriez combien l'apparence des succès des comtes de Leicesteret Drake aeslevé le cœur des ennemis dudict sieur roy, et combien sa patience si longue avec cette royne d'Angleterre avoit amorti la confiance que les catholiques par-deçà ont tousjours eue en lui. Je vous remercie bien affectueusement de vos bons offices à l'égard du roy, vostre maistre, pour les sommes d'escus dont il luy plaist me subvenir pour ma délivrance, à laquelle ils seront employés. » Conjuration catholique, délivrance de Marie

1 "27 mai I oSG. — Archives du Simancas. col. lîoT'^'^

.Sluarl, tel est le projet que Pliilippe II veut seconder. La reine d'Ecosse écrivait encore au rnème ambassadeur : « Le porteur a charge de vous communiquer quelques ouvertures de ma part, considérant Tobstinalion si grande de mon fds en l'hérésie (laquelle je vous assure que je ay pleurée et lamentée jour ei, nuict plus que ma propre calamité, et prévoyant sur ce le dommage érninent qui en est pour l'église catholique, par lui venant à la succession de ce royaume), j'ay pris la deslibération, en cas que mondict lils ne se réduise advant ma niort à la religion catholique (connue il faut que je vous dise qu'en voye peu d'espérance tant qu'il restera en Ecosse), de céder et donner mon droit par testament en ladicle succession de cette couronne aiidict sieur roy vostre maistre. Je vous prie encore un coup que cecy soit lena très secret, d'autant que s'il venoit à estre révélé, ce seroit en France; la ]ttuie de mon douaire, en Ecosse l'entière rupture avec mun lils, et en ce pays ma totale ruine et destruction ^ Makii'.»

Ainsi Marie StuarL déshérite son lils au proht du roi d'Espagne, tant son ardeur religieuse est grande en l'ace de la mort; tandis que Téchalaud se dresse dans la chapelle tendue de noir, lorsque cette tète de reine va tomber, Marie n'oublie pas cet ambassadeur espagnol quia secondé ses projets: «Mon très cher amy, comme je vous ay tousjours cognu zélé en la cause de Dieu et atrectionné en mon bien et dcslivrance de captivité, je vous ay tousjours iaict aussi participant de toutes mes intentions en la mesme cause, vous priant de signifier au roy monsieur mon bon frère pourquoy à présent, selon le jieu de loisir que j'ay, je vous ay bien voulu dire ce dernier adieu, estant résolue de recevoir le coup de la mort qui m'a esté samcdy dernier desnoncée, je ne sais quand ni en (pielle sorte; mais pour le moins vous pouvez assurer et louer Dieu pour moy (|ue par sa grâce je ay eu le cœur de recevoir ceste très nijusle semence des hérétiques, avec contentement pour

» Arclihes de Siuiuiicu<, wl. A 57. <

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riieur que je estime que ce m'est de respandre mon sang à Ja requestc des ennemis de son église, laquelle ils m'honorent tant de dire qu'elle ne peut subsister sans subversion, nioy vivante; et l'autre poinct, que leur royne ne peut régner en sûreté au mesme cas; pour les deux (pielles conditions je ay sans contredit accepté l'honneur qu'ils me déféroient tant coumie de très zéleuse en la religion catholique pour laquelle j"ay publiquement oftert ma vie. Tant y a que ils n'ont sru tirer de moy sinon que je estois royne libre, catholique et obéissante à l'église. On me menace si je ne demande pardon; mais je dis puisque jà ils m'ont destinée à mourir ([u'ils passent outie en leur injustice, espérant que Dieu m'en rescom[iensera en l'autre monde; et par despit que je ne veux parler, ils vinrent hier osier mon duys (ornement), disant que je ne esiois plus que une femme morte, sans nulle dignité. Ils travaillent en ma salle; je pense que c'est pour faire un eschafaud jiour me faire jouer le dernier acte de la tragédie. J'ay demandé un prestre, je ne sçais si je l'aurai; ils m'en ont ofl'ert un évesque des leurs; je l'ay refusé tout à plat. Dieu vous donne heureuse et longue vie. Vous recevrez un tocqueu de moy d'un diamant que je avois cher pour estre celuy dont le feu duc de Norfolk m'obligea sa foy et que je ay tousjours porté quasy ; gardez-le pour l'amour de moy. Je ne sçais si j'aurai congé de faire testament; je l'ay requis, mais ils ont tout mon argent. Dieu soit avec vous. Adieu encore une fois, et je vous recommande mes pauvres destitués serviteurs de rechef, et priez pour mon ame^ »

La mort de Marie Stuart produisit un profond effet en Europe. La maison de Guise avait fait tous ses elforts pour favoriser une révolution catholique en Angleterre et en Ecosse; Henri III et Catherine de Médicis envoyèrent des ambassadeurs spéciaux pour défendre l'indépendance et l'honneur des coui< innés. Marie ne put échapper à sa destinée ; elle la subit en fciiiiiie

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